Fenêtre sur le pays [utilisable sur demande]

Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Les meutes de chiens.

Au Royaume de Thorval, les chiens sont principalement choisit pour leur utilité et capacités au travail, l'aspect compagnon ne vient qu'après, de facto.

[img]http://zupimages.net/up/17/41/12to.png[/img]
Le Striðhundr est un chien de race pure, sans croisement, originaire du Skjalmland au Thorval. De taille moyenne à la constitution forte et robuste, les mâles pèsent en général une trentaine de kilos. Sa robe est sombre, grise ou rouage avec ou sans tâche blanche. Sa nature est équilibrée, réservée, courageuse et persévérante. Face à ses congénères, sauf connaissance depuis l'enfance, c'est un cabot agressif et territorial. Son instinct de combat est très développé. Le Striðhundr est utilisé pour la chasse au gibier, allant jusqu'aux loups et aux ours. Ces caractéristiques, en plus de sa loyauté, en font aussi un bon chien de garde pour la maison et le troupeau.

[img]http://zupimages.net/up/17/09/5ylk.png[/img]
Le Drótthundr est une race pure originaire de Hårland au Thorval. Il est un animal de taille moyenne au corps bien charpenté dont le poids des mâles monte jusqu'à trente cinq kilos. Avec sa robe blanche et marron tachetée, le Drótthundr est prisé par les seigneurs pour son élégance. De caractère, on le juge stable, calme, déterminé et courageux. La bête est utilisée en tant que chien d'arrêt, s'adaptant aux oiseaux, au petit et grand gibier. Lors des chasses, il a pour habitude de progresser intelligemment sans provoquer d'agitation superflue.

[img]http://zupimages.net/up/17/35/6lw0.png[/img]
Le Gaardhundr est une race pure de canidés originaire du Tresletterne au Thorval. C'est un sujet de petite taille à l'allure ramassée, ne dépassant pas 39 centimètres pour les mâles. Sa robe est à dominance blanche avec des taches de différentes couleurs, et peut être quelques mouchetures. Le Gaardhundr est considéré tel un canin de ferme, très apprécié de la paysannerie pour ses qualités bergères et de chasseur de rongeurs. Son tempérament est éveillé, attentif, affectueux, vif et très actif. Il est enfin un très bon chien de garde.

[img]https://i.imgur.com/PfyYCNG.png[/img]
Le Brakane est une race pure originaire du Brakanland au Thorval. Le chien est de taille moyenne à la consistance ramassée, forte et musclée. On le reconnait par sa fourrure dense, longue et épaisse ; pour sa robe, toutes les couleurs et taches sont admises. De tempérament, le Brakane est vif mais tempéré, vigilant, alerte, affectueux et aurait une bonne mémoire. Le Brakane est utilisé comme chien de berger dans les campagnes.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Domaine royal et exemple à donner.
17 juillet 2032,

La situation de Marie III face aux princes territoriaux (grands seigneurs) n'avait rien d'enviable et était, à bien des égards, pire que celle d'un chef républicain confronté à un parlement hostile. L'obéissance était théorique et ne dépendait dans les faits que du bon vouloir de la haute noblesse, quand le désir naturel d'autonomie ne se surajoutait pas aux ennuis. Les soumettre par l'exogène droit romain ne provoquerait que plus de turbulences, si bien que montrer l'exemple et convaincre était la meilleure solution. D'où le besoin pour Sa Majesté de s'occuper aussi de son domaine royal afin que les grands feudataires voient, soient impressionnés et imitent.

Les seigneurs locaux des terres de la Couronne, quand à eux, étaient loyaux, une fidélité que Marie s'évertuait à entretenir en invitant chaque semaine un hobereau à dîner en privé avec elle. La reine avait pu, grâce à cela, mener tambours battant sa politique sur les alleux et la répartition des terres, ainsi qu'imposer la restauration du droit d'asile chrétien faisant de chaque église un sanctuaire. Un ensemble de décisions qui furent en outre sans trop de mal adoubé par les peuples locaux. Ainsi, le domaine royal prenait peu à peu une valeur de modèle quant à la vie paysanne, en plus de gagner doucement l'image du refuge des faibles face aux poursuivants qui leur voulaient du mal.

Aujourd'hui, au sein des terres de Sa Majesté, des crieurs annonçaient peu ou prou comme suit :

« Au nom de la Reyne Marie et de ses seignors locaux,

Tout paysan censitaire ou alleutier voulant fonder son foyer en ville est lors de son départ soumis au paiement des Lods et ventes, à hauteur de 60% de la valeur du foncier concerné, en argent ou en nature.

Les commusnaux des villages se voient dotés d'un étalon, d'un taureau, d'un bélier et d'un verrat afin d'assurer une reproduction simple et locale du bétail paysan. Les saillis seront gratuites.

Marie et ses seignors locaux font savoir aux paysans qu'ils rachèteront à bon prix tout animal de trait fatigué et jugé vieillissant.
»[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Vie des villages et hameaux.
26 juillet 2032,

[img]https://i.imgur.com/fIl9Zvx.png[/img]
Scènes de moisson dans la province d'Almargård (juillet 2032).

Depuis les premières lueurs de juillet, les terres dorées des provinces thorvaloises se couvrent d'une multitude de silhouettes noires grouillant de long en large sur les parcelles, affairées aux moissons. Labeurs plus organisés qu'on ne le pense, le seigle, le froment et l'épeautre sont tour à tour fauchés, puis engerbés et séchés, avant la grande battue. Les travaux des mois les plus chauds de l'année sont durs et éprouvants mais l'on sait que ce n'est pas en vain lorsque de son moulin, le meunier annonce de la bonne farine, synonyme de fournées généreuses en pain, tandis qu'on espérera comme chaque année, mettre des graines en réserve. A la fin du jour, ce sont les veillées nocturnes entre copains qui commencent, ils possèdent peu d'avoirs mais beaucoup de gaité et de solidarité.

[img]https://i.imgur.com/G8fnhBL.png[/img]
Réunion de chevaux à quelques pas de Fruerlund, dans le Mølleåen (mai 2032).

Initialement organisés au mois de juillet, les combats d'étalons ne connaissent de nos jours plus de saison et se déroulent toute l'année, y compris l'hiver. Perçus tel un divertissement barbare, brutal et grossier en Occident, ces réunions de chevaux sont pourtant populaires dans les pays de Hårland, de Skjalmland, de Skovegård et du Mølleåen, où les places de lutte – à la lisière des villages le plus souvent – attirent des foules populeuses, par milliers, en provenance des paroisses aux alentours. Le règlement est léger, les propriétaires sont punis en cas d'atteintes disproportionnées (notion vraiment relative). Sinon, ils ont le droit d'exciter et de battre l'équidé pour le rendre plus agressif. A la fin des tournois, les carcasses chevalines sont consommées ou vendues aux équarrisseurs.

[img]https://i.imgur.com/RDsdjgv.jpg[/img]
Église paroissiale Sankt Mikkel de Grønsig dans le Frielandet (2032).

Au sein des zones rurales, il n'est pas rare que les maisons de Dieu accueillent des spectacles de théâtre populaire et notamment de comédies. Du haut des Chaire religieuses, bouffons et saltimbanques s'adonnent aux tournures grotesques, aux espiègleries, aux plaisanteries, à l'ironie et aux pires bouffonneries qui choqueraient chez d'autres pays. Que font les curés ? Ils ne protestent pas et n'en voient pas le mal. Au contraire, assis parmi les fidèles, les prêtres ne répriment pas leur éclat de rire et se bidonnent autant que leur ouailles devant pareil spectacle. Les abbés-mitrés ne disent rien non plus et participeraient même à quelques unes de ces rigolades. Lors de son voyage pontifical, on cacha au mieux cet aspect au Très Saint Père, autant qu'on l'occulterait à tout tridentin, digne de ce nom.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Croyances populaires (2).
Temps présents,

[center][img]https://i.imgur.com/SVyLanS.png[/img][/center]

Continuons ce tour des superstitions populaires, toujours bien vivaces, en se concentrant sur un animal à la très mauvaise presse : la chauve-souris. La liste ci-dessous est un échantillon et n'est pas exhaustive. D'autres hameaux présentent également des croyances spécifiques.


Comté de Tårnlund, Sankt-Olaf
Les villageois de Sankt Olaf croient que si une chauve-souris survole votre maison six fois, une catastrophe (mauvaise récolte) se produira.

Évêché de Gudøje, Fedtgrisen
Les campagnards de ce village du centre-ouest thorvalois professent que lorsqu'une chauve-souris vole près d'une personne, cela signifie que quelqu'un l'a trahie ou ensorcelé.

Baronnie de Flodland, Denlussing
Petit village isolé du midi thorvalois, les âmes qui y vivent croient que les chauves-souris dorment la tête en bas à cause de leur lourd cerveau. Manger leurs cervelles rendrait très intelligent.
Ils pensent aussi qu'elles peuvent rendre la vue aux aveugles si leurs yeux étaient appliqués sur la tête des malades.

Croyances à portée générale
Si les anges de Dieu ont des ailes d'oiseaux, le diable et ses démons portent celles de chauves-souris.
Les chauves-souris sont prolifiques et portent malheur.
Afin de conjurer le mal et éloigner les démons, il faut tuer les chauve-souris et les clouer sur les portes des granges et des étables.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Complots et intrigues (3).
5 août 2032,

L'édit royal sur le droit d'asile chrétien avait été publié il y a plus de trente jours dorénavant, reconnaissant en chaque chapelle un refuge dans lequel le tout venant pouvait se rendre. La mesure plut au petit peuple et fut également assez bien perçue par les hobereaux. En revanche, elle frustra d'aucuns grands seigneurs qui y virent une attaque dissimulée contre leur droit de haute justice. Parmi ceux là, on retrouvait Bjørn de Fårbjerg, confronté quelques semaines auparavant à la révolte d'un clan, ayant personnellement saigné pour rétablir son autorité seigneuriale sur le comté lors de la « bataille des Crêtes » le 23 juin dernier, et empêché désormais de juger le chef du soulèvement clanique qui se cachait avec une partie de sa parentèle au sein d'un monastère au Skjalmland voisin, contrée historiquement contrôlée par les rois et les reines de Thorval. Le Comte voulait le chef Knud et n'hésita pas à remonter les paysages agricoles et sauvages du domaine royal, aux pentes douces vallonnées, bercés par le chant de la nature, des rivières, des oiseaux et du vent à travers les branchages, s’entremêlant dans une curieuse harmonie. Sur le chemin, il croisa même un mouton mort, réduit à l'état de carcasse, mâchouillée et dépecée par la faune charognarde des lieux. Hélas, parvenu sur son coursier jusqu'au domaine châtelain de Sankt-Olaf, Bjørn découvrit qu'il ne pourra pas réclamer à sa nièce, elle refusait de le recevoir ou du moins ne le pouvait pas.

La reine-mère Margrethe se tenait là pour l'accueillir. Du haut de ses quarante et quelques années, celle-ci était une femme forte, aguerris aux intrigues et aux réalités de la politique thorvaloise. Expliquant l'absence de Sa Majesté, elle prétexta sa grossesse et le terme approchant à grands pas. Cela était un mensonge, honteux mais inévitable. En réalité, Marie III manquait de courage pour affronter son oncle, maitre de l'intrigue à l'apparence pas toujours très commode pour une femme de dix sept années seulement. Elle avait préféré, à la place, les rivages rassurants et pieux du père Marcel Mutaud, son chapelain connu depuis la petite enfance. La reine-mère s'était occupée afin que l'acte de faiblesse ne sorte pas des murs du château. Alors que les grands nobles attendaient de Marie III qu'elle prouve sa force, sa détermination, son audace et son courage, cette dernière montrait tout l'inverse aujourd'hui. Une suzeraine ne pouvait pleurer ou avoir peur. Trop de gens dépendaient d'elle, attendaient d'elle leur bonheur à eux : son époux, ses peuples. C'est à eux que Marie devait penser avant tout et s'oublier soi-même. Tel était la recette pour devenir une grande reine. Bjørn de Fårbjerg avait toutes les caractéristiques de l'aristocratie thorvaloise : allure forte et noble, emplit d'esprit chevaleresque, d'honneur et de libéralité, prêt à défendre la veuve et l'orphelin, à livrer bataille sans hésiter, à payer le prix du sang, à se sacrifier et capable des plus grands actes d’héroïsme et de dévotion. Néanmoins, plus ou moins comme les autres, à coté de ses qualités, il pouvait aussi être susceptible, excessif, bagarreur, indiscipliné, intriguant et tumultueux. La noblesse avait ses paradoxes et passaient constamment d'une eau à l'autre, du chemin étroit au chemin large, et vice-versa : réelle noblesse d'âme, puis butors incorrigibles, réelle noblesse d'âme puis les travers de nouveau, avant de se repentir. Marie aussi, entre bravoure et faiblesse. Bjørn se désolait de ne pas voir sa nièce mais se dit que « l'affaire Knud » se règlerait aussi bien avec l'agréable compagnie de la douairière. Malgré tout le mauvais sang qui existait entre lui et le chef de clan qu'il poursuivait, le comte de Fårbjerg admirait ce dernier pour son courage, son audace et sa valeur sur le champs de bataille. Il voyait en lui un grand homme qui eu la force mentale de le défier, lui, dans un acte tout sauf rationnel au vue du rapport de force entre son ban et les combattants du clan. Cette témérité et cette indiscipline faisaient sans doute partie de l'esprit des thorvalois. Le respect de l'adversaire s'était hélas volatilisé chez les modernes étrangers qui semblaient préférer les luttes idéologiques haineuses et sans pitié aucune. C'est du moins ainsi qu'on interprétaient ces personnes au Thorval.

[center][img]http://zupimages.net/up/17/10/zec4.png[/img] [img]http://zupimages.net/up/17/10/ibmn.png[/img]
La reine-mère Margrethe et Bjørn de Fårbjerg, Comte de Fårbjerg et oncle de Sa Majesté.[/center]

« Reine-mère, vous connoissez sans doute la raison de ma présence ici, lança la nobliau le sourire en coin.
– Trop bien, j'en ai peur. Sa Majesté ne violera pas son édit pour vous remettre le chef Knud et sa famille.
– Nous pouvons trouver un arrangement, tenta Bjørn.
– Marie ne peut se le permettre. Comprenez la : son début de règne est suffisamment difficile comme cela, soutenez là plutôt que de lui ajouter des problèmes. Vous êtes son oncle !
– J'en ai conscience, Majesté. Néanmoins, le suzerain doit faire bonne justice à ses vassaux en respectant leur dignité et leur liberté.
– La reine connait les vices intrinsèques et irréversibles de la centralisation. Ce n'est pas son intention. Un royaume ordonné est comparable à un orchestre : les musiciens sont les nobles et le chef d'orchestre le roi. Les instrumentalistes sont reconnus dans leur dignité, leur liberté et leur capacité à jouer correctement. L'harmonie est dévolue au chef qui coordonne et organise les forces vers un but commun. Si chacun joue selon son humeur, à sa façon et avec mauvaise foi, comme actuellement, le Thorval sera toujours cet édifice fragile, incertain et dysfonctionnel. Voulez-vous que vostre nièce finisse par ressembler à son père, consumée par la politique avant de tomber malade et de mourir, à force de devoir gérer la cour de récrée nobiliaire ? Posa Margrethe.
– Non pas tout, je lui souhaite la grandeur et la gloire, certifia le Comte.
– Dans ce cas, usez de vostre influence pour soutenir son règne et aidez la à rendre ce pays meilleur. Voulez-vous que des étrangers prennent le pouvoir ?
– Non sous aucun prétexte, se raidit Bjørn.
– Ah, voilà vostre patriotisme qui émerge. Eh bien, ce patriotisme doit être, à tout instant, le guide de vostre conduite. Pas uniquement lorsque le royaume est menacé d'invasion pour ensuite retourner, une fois le danger écarté, aux sempiternelles querelles, divisions, faides et disputes interminables.
– Margrethe, je n'ai rien contre cette philosophie, je suis mesme décidé à agir pour Marie. Avant, cependant, je veux Knud et l'office de Grand Chambellan.
– Ce n'est pas possible ! Réaffirma la reine-mère.
– Allons, l'édit est volontairement général afin de ne pas troubler la régulation des coutumes, flexibles par essence. Je suis certain que l'Église comprend aussi la gravité du problème. Je propose un compromis à ma nièce : elle me livre Knud et de mon coté, je laisse libre le reste de sa famille malgré sa complicité active.
Ça risque d'être long, pensa la mère de Marie.

[...][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Pays des reliques (1).
15 août 2032,

La vénération des reliques ainsi que la croyance en leur authenticité, leur vertu et leur pouvoir constituait un aspect majeur de la Foi populaire thorvaloise. Cet attachement fut une raison parmi d'autres du rejet de la réforme de Luther mais aussi d'une méfiance toujours vivante de la Contre-Réforme du Concile de Trente. Épargné des tumultes révolutionnaires mais pas des pillages liés aux guerres privées ou non, le Thorval su préserver ces trésors-ci et les restes de saints dormaient paisiblement à l'intérieur de leurs reliquaires, profitant d'une attention à toute épreuve du clergé et des catholiques. Les pratiques superstitieuses en vue d'un miracle – comme toucher le coffret ou frotter la relique contre une blessure – étaient légions et tolérées par le clergé des campagnes. Les reliques étaient enfin part prenante des nombreuses processions au cours de l'année. Celles-ci s'associaient aux grandes fêtes (Pâques, Assomption, Fête-Dieu) mais avaient également un caractère plus extraordinaire : elles étaient en effet organisées lors de la naissance d'un prince, de la visite du roi, d'un voyage pontifical, d'une calamité, d'une attaque démoniaque, d'un ensorcellement, de maladies, d'agonies ou d'une peur quelconque. Le temps précédent les récoltes faisait également l'objet de ces cérémonies (les fameux trois jours de Rogations) afin d'attirer la bénédiction de Dieu, l’aide et la protection des Saints pour assurer la bonne croissance des foins et des céréales. Ces manifestations, en plus de nourrir la Foi des gens, concouraient à la sacralisation de l'espace rural et urbain. La Foi, les superstitions magiques, les miracles et le surnaturel faisaient donc intimement partie de la vie quotidienne.

Voile de la Vierge
[img]https://i.imgur.com/CTMQlBN.jpg[/img]
Voile de la Vierge Marie, en exposition dans son reliquaire
à la Cathédrale Notre-Dame de Valborg


Le Voile de la Vierge, portée par Marie lors de l'Annonciation, a été offert en 1127 par l'Empereur d'Orient au roi Olaf V le Lion, qu'il remit ensuite à l'Abbatiale, puis Cathédrale, Notre-Dame de Valborg. Elle donnait lieu à d'intenses dévotions le 15 août, avec des pèlerins venant des quatre coins du royaume et de la Dytolie. Grand jour de fête en l'honneur de la Mère de Dieu, cette date était de même celle des processions pieuses et des marches aux flambeaux. Le soir laissait place aux banquets où l'hydromel, la bière et le vin coulent à flot.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Vie des cités et des bourgeois.
30 août 2032,

Jensgård


[img]https://i.imgur.com/5kOpBpu.jpg[/img]
La Sainte Lance exposée au Vatican (2020).

La Sainte Lance, relique de la Passion du Christ offerte par le Pape Aurel à la reine Marie, a été conduit ce matin en imposante procession jusqu'à Jensgård où elle fut confiée à la garde du couvent franciscain Sankt-Poul, situé à la lisière de la rue des Orfèvres, plutôt vers le centre-ville, loin des cochons et des poules qui peuplaient les périphéries de la cité. L'objet, sacré pour la Foi populaire et ayant pris de l'importance dès la première Croisade, ne restera toutefois pas longtemps chez les Mendiants. En effet, Sa Majesté entendait bâtir une magnifique chapelle, le plus bel écrin qui soit, afin de recevoir la Sainte Relique et cela uniquement sur son denier personnel. Déjà, sculpteurs, charpentiers, vitraillistes, ébénistes, doreurs, campanaires se bousculaient au château pour participer à la grande aventure.

[img]https://i.imgur.com/f8rICjh.png[/img]
Photo d'un combat du mois d'août avec le Champion en bonne position.

Les tavernes Jensgårdoises n'étaient pas seulement des lieux de chopines, d'écuelles et de danses populaires, certaines renfermaient aussi des compétitions de lutte. La fosse, généralement munit de gradins rudimentaires en bois, se trouvait dans les arrières et donnait lieu à des combats intenses entre le Champion et les adversaires qui souhaitaient le détrôner. Le vainqueur empochait en effet la cagnotte constituée par 50% du total des repas et des beuveries de la soirée. Sauvage et virile, l'action dans les fosses n'était pourtant pas illégale dans la mesure où la loi commune se taisait sur la question, et que rien dans les coutumes locales ne l'interdisait également, du moins pas de mémoire d'homme. Pour participer, il fallait avoir 16 ans et ne pas craindre de finir amocher. Les combats, à mains nues ou à arme contondante, se tenaient chaque jeudi, à l'exception des temps de Carême et de l'Avent, les gens se l'interdisant. Les habitués de ce genre de rassemblements étaient le petit peuple, bien qu'on raconta qu'un nombre élevé de seigneurs des campagnes s'y rendaient confidentiellement.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]S'acclimater à son nouveau pays (2).
21 septembre 2032,

Le prince [consort] prenait son mal en patience dans la Grand'Salle du Château avec pour seule compagnie sa chope d'étain emplit d'hydromel. Les rasades se suivaient depuis plusieurs minutes, imitant la célérité des plus gros buveurs de Thorval. A son arrivée, Frans-Valdemar ne jurait que par le vin mais il adopta bien assez tôt la boisson scandinave afin de se faire accepter par le petit peuple. Il n'avait en revanche pas encore réussi à apprécier la demeure royale. L'intérieur offrait davantage l'impression d'un manoir que d'un palais ; de gigantesques cheminées cohabitaient avec des tapis muraux, égayés par-ci par là de lambris ornés. Il s'y trouvait peint des entrelacs, des motifs floraux, des scènes champêtres, des épisodes de l'évangile, des événements historiques et d'autres formes appartenant à la culture de ces contrées. Certaines fenêtres étaient multicolores et offraient des effets d'éclairages notables. Les composants intérieurs illustraient enfin une verticalité accentuée. Tout cela n'était évidemment pas mauvais mais il regrettait le baroque impérial triomphant de son pays natal. Le faux marbre, les stucs, les fresques couvrant l'entier plafond, les dorures, l'ornementation à outrance et l'opulence générale ! Les délices de la cour lui manquaient également. Ici, la vie de cour lui paraissait plus austère et les gens affirmaient qu'à Saint Olaf, on avait peu de choses si ce n'est du pain, de l'hydromel et de la gaieté. Frans-Valdemar savait qu'il s'y ferait avec le temps comme il sut très vite adopter l'humeur plutôt joviale et optimiste et indisciplinée et irrévérente de ses nouveaux sujets.

« Seigneur, interrompit la sage-femme, la Reine a accouché… une fille ! Joufflue et en bonne santé.
– Ah, répondit laconiquement le Prince. Eut-il plut à Dieu que ce fût un garçon joufflu et vigoureux.
– Messire, je ne sais pas que...
– Comment va Marie ?
– Elle se porte bien, hésita la sage-femme, elle reprend des forces.
– Dites-lui de se reposer, je la visiterais bientôt. Markus ? Appela le prince.
– Messire ? Apparut-il.
– Prépare mes chiens, je pars chasser dans le bois Sankt-Nicolaj.
– Quel gibier, seigneur ?
– Grand. J'ai besoin de me dégourdir les jambes et d'actions. »

[...][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]S'acclimater à son nouveau pays (3).
27 septembre 2032,

Le prince chevauchait à bride abattue par les chemins ruraux et les sentes forestières du comté, se retenant seulement de couper à travers champs afin de ne provoquer le mécontentement paysan. A l'horizon, le Château se montra finalement. Frans-Valdemar aimait beaucoup cette facette de la vie au Thorval. Au lendemain de son mariage avec la reine Marie, on lui offrit un beau destrier, celui-là même qu'il montait actuellement. La quasi-absence de protocole, d'étiquette et de rigidité lui procurait aussi beaucoup de libertés. Son rôle en tant que prince, enfin, correspondait à ses aspirations. La royauté, ici, n'était pas cette chose qui se traînait de gala en gala, accrochée à la vie mondaine comme à un pilori et condamnée à sourire aux photographes, aux réceptions ennuyeuses et aux événements philanthropiques bidonnés. Dans ce royaume, la reine était le suzerain et devait par conséquent entretenir ses propres fiefs, arbitrer, rendre la justice, donner l'exemple en religion, aider les plus faibles et légiférer afin d'attirer des forces, parfois contraires, vers le Bien Commun. Et son rôle, en tant que mari, était d'agir en sa faveur ; la protéger, la soutenir, la conseiller, servir dans ses armées. Des devoirs au combien politiques, devant lesquels il ne s'ennuyait pas. En tant qu'époux d'une reine régnante, il avait, un moment, craint un rang vide de sens destiné à n'être qu'un symbole, sans pouvoir, ni influence, menant une vie oisive la plupart du temps. Heureusement non et en ce sens, Frans-Valdemar dû s'endurcir. C'est ainsi qu'il s'était surpris à se faire littéralement bastonner par son maître d'armes aux entraînements. Un traitement de faveur, compris le prince plus tard, concocté par la reine-mère elle-même, pour son bien car la moindre faiblesse se payait chèrement. Frans n'était dorénavant plus ce garçon effacé mais un homme qui se surprenait à s'imposer, à tenir tête à quelques uns des individus les plus obstinés au monde, et à être fort en gueule. Dans ce pays, la loyauté et l'obéissance, sans faille et sans faux semblants, se méritent plus qu'elles ne sont dû.

Devant le château, un garçon d'écurie sortit pour l'accueillir mais le prince lui fit signe de s'écarter : « ATTENTION ! » cria-t-il, avant de débouler devant tous le monde et de pénétrer comme un beau diable à l'intérieur, non sans avoir effrayer des servantes au passage. Quelques zigzagues entre les meubles et un coup de sabots sur les lourdes portes plus tard, l'époux de Marie s'offrit une entrée « royale » – à cheval – dans la salle du trône. Les personnes présentes eurent une légère réaction de surprise, à l’exception de l'émissaire du bourgmestre qui fut complètement éberlué par la scène.

« Marie Reyne ! S'exclama le Prince en inclinant la tête.
– Frans ! Répondit joyeusement la reine.
– J'ai trouvé ce vaurien qui s'en prenait à des femmes à l'auberge de la Croisée, avisa l'époux tandis qu'un garde descendait du palefroi la personne ligotée et bâillonnée.
– C'estoyent des chapardeuses, Majesté ! Des chapardeuses ! Hurla l'aubergiste lorsqu'on lui retira le bandeau.
– Paix, ordonna doucement Marie après s'être levée de sa cathèdre, nous vous écouterons en temps voulu. Y-a-t-il des témoins ? Les victimes ?
– Les victimes et témoins, des deux camps, seront là pour None.
– Très bien, merci.
– C'est un honneur de servir vostre Justice, Marie Reyne. Je serais d'autant plus heureux si vous m'annexiez officiellement à cette charge, ma reyne. »
Marie prit note de la suggestion par un signe de tête.

[...][/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Pour l'amour des mendiants (1).
7 octobre 2032,

Avec la politique des alleux, contenant par ailleurs une redistribution des terres et une bonification des communaux, un nombre sans cesse grandissant de paysans vulnérables voyait sa condition s'améliorer significativement. La réforme était venue compléter la solidarité rurale traditionnelle (villageoise, clanique etc.) et les efforts de l'Église par la charité, qui jusqu'alors empêchaient qu'un pauvre soit entièrement livré à lui-même et mis à la marge. La machine était en route et on devait dorénavant non seulement gérer les ralentissements en convainquant les mauvaises volontés, mais aussi apaiser les ardeurs de ceux qui souhaitaient accélérer au risque de grands désordres. A la campagne, l'image du nécessiteux avait su rester positive et représentait « le Christ sur terre, l'intercesseur avec Dieu » Pour la multitude des champs en effet, les humbles iront aux paradis, ils étaient déjà sanctifiés et saints. Une mentalité similaire, avec toutefois moins de convictions, traversait aussi l'esprit des bourgeois de Valborg et de Sankt-Thøger, deux cités provinciales, l'une connue pour ses pêcheurs et l'autre jalouse du savoir de ses tailleurs. Ces exemples urbains suffisaient à contredire les pensées d'aucuns philosophes qui professaient que rien de bon ne pouvait venir de la ville, que celle-ci était une abstraction en soi. Grâce aux changements ruraux en cours, favorables aux paysans pauvres, les mal-possédants se concentraient désormais surtout dans les centre-urbains, au premier chef desquels l'orgueilleuse Jensgård. Par sa position de capitale, la Cité fut la plus influencée par des thèses étrangères voulant que les pauvres méritaient pareil sort, qu'il fallait remettre ces paresseux et ces délinquants au travail, lui-même considéré en tant que moyen de sanctification. En somme, les Jensgårdois se perdaient en contradictions, cumulant dans un équilibre mal défini la compassion envers les plus faibles et le mépris vis-à-vis de ces « profiteurs. » Or, ces positions s’inscrivaient non seulement en faux à l'égard de la loi évangélique, mais également à de plus profondes et anciennes coutumes thorvaloises, qui remontaient avant la christianisation et se matérialisaient par le Hreppr, devoir social clanique de solidarité vis-à-vis des petits (encore très ancré et naturel au sein de la vie rurale). C'était dans ce climat ambivalent que les Manteaux Bleus avaient mis, le 1er octobre, quatre mendiants de la rue des Ferronniers en état d'arrestation pour manquement au respect des lois coutumières citadines, méfiantes vis-à-vis de la mendicité. Ces derniers écopèrent, via le prévôt municipal, de sept jours de prison.

La reine apprit la nouvelle le lendemain et en fut affligée. Si seulement les malheureux avaient porté l'affaire devant la Grande Cour, ils seraient libres aujourd'hui. Sa Majesté était réduite à l'impuissance devant l'injustice municipale. Qu'a cela ne tienne, il fallait maintenant faire en sorte que ces choses ne se reproduisent plus. La suzeraine décida, en ce sens, de rejoindre Jensgård le 7 octobre pour d'abord faire discrètement l'aumône aux misérables, avant de se retrouver devant le très symbolique Beffroi de la cité, alors que la foule se massait, avec surprise. La colère montait au sein de la Maison communale, située là, car pour eux la royauté empiétait sur les libertés accordées par la loi urbaine !

« Chers bourgeois,

En arpentant la rue des Ferronniers, vous croisez l'un de ces pauvres hères, que percevez-vous ?
Le Christ de retour sur terre ? Oui. D'autres, hélas, y voient un bandit, un parasite, un vaurien, un paria, un paresseux qui mérite son malheur.
Ces calomnies ne sont pas pour les miséreux. Eux sont nos seigneurs que nous devons soutenir et honorer dans toutes nos œuvres.
Quand un mendiant vous implore, ne le privez pas de nourriture, c'est vostre frère.
Quand il vous demande quelques sous, faites lui charité, cela comblera d'aise son bon cœur et le soutiendra pendant la journée.
Aimez profondément vostre famille et vostre prochain, mais aimez encore davantage les pauvres qui sont nos frères et nos seigneurs.
L'enrichissement vertueux est de nature spirituelle, par les bonnes œuvres. C'est celui de la personne qui se consacre à l'aumône, au secours et aux dons gratuits vers les plus humbles d'enstre nous.
»

La population resta silencieuse un instant, comme en pleine contrition, avant de lancer des acclamations à la gloire de Marie III. Du coup, la reine ne su pas l'effet réel de son discours sur la mentalité des bourgeois. Après, une vingtaine de minutes avant sexte, Sa Majesté alla rendre visite à l'Université en grève dans le quartier savant, où elle fut reçue avec honneur, avant de repartir au château une heure après retrouver son nourrisson. Aujourd'hui, de sûr, il n'y avait que la chose suivante : elle s'était faite des ennemis au sein du corps municipal, en particulier auprès de Anskar Bagværksen, le bourgmestre de la Cité.[/justify]
Répondre

Retourner vers « Thorval »