IIe rencontre Roumalie - Stalagmanque à Port-Enyah

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Rezzacci

Message par Rezzacci »

<center>IIe rencontre entre le G.-R. de Roumalie et la S.R. de Stalagmanque
Port-Enyah, comptoir de Port-Enyah (appartenant à la S.R. de Stalagmanque, sis en la R.D.P.C.S.I. de Tel-Erib)
1er août 2022
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La situation géopolitique s'aggravait, tout le monde s'en était rendu compte. Si certains millénaristes et augures annonçaient que l'Apocalypse était à nos portes, des optimistes et rationnalistes annonçaient que, puisque le font avait été touché avec cette guerre stupide qui annonçait la ruine économique, et donc la fin de la prééminence, de l'URKR, la situation ne pouvait que s'améliorer.

Donc, comme d'habitude, les avis des experts divergeaient ; et, la seconde solution la plus sage, était de se préparer à l'éventualité la plus effrayent - la première solution étant bien sûr l'expectative contemplative.

L'une des méthodes de préparation que le Sénat de Stalagmanque avait choisi, entre autres projets plus ou moins secrets, était l'ébauche d'une alliance entre la Roumalie et Stalagmanque, qui pourrait, selon le bonheur que susciterait cette alliance, en une union multinationale.

Cette alliance ne serait pas conventionnelle, telle que l'on a pu en voir de nombreuses et qui conduisirent à la ruine que l'on put observer - le Pacte de Novgorod, le Traité d'Hellington et la Sainte Alliance - qui ont toutes finis par s'effondrer, soit par la non-viabilité de leur cef de file, soit par destruction spontanée. Le soutien mutuel militaire ne serait pas le point de mire de cette union, mais un soutien économique mais, surtout et principalement, intellectuel.

Face à l'avancée galopante de la technologie que les moeurs n'arrivaient pas à suivre, il fallait un garde-fou que les anciens membres de la Sainte Alliance, aveuglés par une foi exclusive et une course à l'hyperpuissance financière et militaire, n'arrivaient plus à former. Il fallait un pivot où les peuples perturbés sache se tourner, garants des Traditions et de la continuité, qui n'abordaient pas le changement comme une fatalité effrayante ou une abomination à éviter, mais comme un virage délicat, qu'il fallait aborder avec la plus grande circonspection et la plus grande prudence possible.

Stalagmanque et la Roumalie avaient compris qu'ils avaient beaucoup de chances de former de rempart, et qu'il fallait donc s'organiser efficacement.

Tacitement, le fondement de cette nouvelle union traditionaliste était le mot d'ordre de cette rencontre, bien qu'officiellement et textuellement, il ne s'agissait que d'une rencontre de courtoisie afin de raffermir les liens entre deux nations qui n'éprouvaient, l'une envers l'autre, que la plus profonde sympathie.

Pour des raisons géopolitiques et environnementales, la rencontre, qui devait avoir lieu à Stalagmanque même, se trouvait à Port-Enyah. On jugeait trop dangereux d'accueillir un éminent représentant roumalien en une terre qui avait sûrement reçu son lot de radiations. On avait choisi le comptoir de Port-Enyah car c'était celui qui présentait la plus forte stabilité politique. Il n'était presque pas touché par les velléités de Luigi Rapaccini.

Le seul souci était peut-être qu'en cette saison, les mers étaient prises par les glaces. Heureusement, les savants et érudits stalagmantins, en partenariat avec des autochtones, avaient établi en un an des cartes très précises de la formation des glaces, permettant de voir quelles voies, avec un brise-glace approprié, on pouvait former pour atteindre le port.

Myosotis Boraginacci n'était plus le simple diplomate d'il y a deux ans qui avait fait le voyage jusqu'en la lointaine Roumalie. Il avait gagné en grade et en expérience, devenant l'un des pontes et se voyant bientôt sûrement offrir un porte permanent au conseil consultatif du service de greffe du Sénat de Stalagmanque. C'était devenu une véritable pointure de la culture roumalienne, et il savait désormais le parler couramment avec, il devait le reconnaître, un accent assez prononcé qu'il s'efforçait, jour après jour, de corriger.
Bien entendu, le gouverneur de Port-Enyah présiderait la rencontre et toutes les balivernes officielles, mais ce sera Myosotis Boraginacci qui mènera les négociations directement.

<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=121026052408414197.jpg][img]http://nsa31.casimages.com/img/2012/10/26/121026052408414197.jpg[/img][/url]
Myosotis Boraginacci, émissaire détenteur d'un diplôme de la part du Sénat de Stalagmanque, spécialiste de la Roumalie</center>

Sa santé également avait déclinée. On l'avait par ailleurs jugé inapte à cette rencontre, malgré la demande des instances roumaliennes ; c'était Boraginacci lui-même qui avait insisté, trop heureux qu'il était de pouvoir renouer contact avec cette culture qu'il ne savait qu'apprécier. Plus sensible au froid et à l'arthrite, il se tenait très sovuent enveloppé d'une couverture en fourrure chaude, et ne sortait jamais sans un manteau à plusieurs épaisseurs, surtout en cette cité polaire au-delà du cercle Antarctique. Peut-être mettait-il sa vie en danger, mais il était trop excité par cette rencontre pour s'en soucier.

Il attendait, patiemment, enveloppé de ses couches, au sommet de la tour du port d'Enyah, l'oeil rivé sur une lunette givrée, à observer, attentivement, les mouvements du vaisseau roumalien, magnifique jonque gigantesque, qui, guidée par un petit vaporetto aux couleurs de Stalagmanque, naviguait avec précautions à travers le chemin créé par les brises-glaces, selon les cartes nouvellement créées.

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L'entrée du port du comptoir stalagmantin à Tel-Enyah
Sir_Ulric

Message par Sir_Ulric »

<center>Le fruit des brises nordiques

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Jonques se dirigeant vers la comptoir marchand de Port-Enyah.

C'est sur les flots agités et glacés, que naviguaient les habiles matelots roumaliens. Ceux-ci pouvaient apercevoir à l'horizon, une splendide cité, sculptée à même les glaciers, ce qui offrait une vue spectaculaire et fort singulière. Que d'originalité. C'est alors que le capitaine, sur le gaillard arrière, non loin du gouvernail, déposa doucement son sextant, se déplaça jusqu'à la boussole, puis, après avoir constaté les résultats, fit un signe, bref, de la tête, vers le Maître-Timonier. C'est suite à ceci, que l'officier supérieur alla à bâbord, sortit de la poche intérieure de son manteau une longue-vue, décupla celle-ci et observa au loin les installations. Il remarqua inévitablement le petit navire qui brisait la couche d'eau vitrée. C'est donc en ce moment précis que l'officier se retourna et dit: « Second-Maître, faites voile vers ce brise-glace.», et l'autre, répondit aussitôt: «Oui, capitaine.», tout en s'exécutant, et dictant les directives aux marins. La cloche, sur le navire, raisonnait, indiquant l'approche aux délégués qui résidaient à bord depuis la Roumalie.

[img]http://imageshack.us/a/img145/3633/ombreroumalien.jpg[/img]
Inconnus qui discutent.

Quelques fantassins de la Garde royale, étaient habillés pour la saison hivernale, afin d'éviter les engelures et autres incommodités, lié aux rudes températures. Quatre personnes s'extirpèrent des profondeurs du navire, tous armés, tous, au regard dirigé vers les rivages, ou du moins, ce qui en faisait office. L'un d'eux s'exprima, tout en relâchant un peu de vapeur d'eau en expirant: « Je ne m'imaginais pas, un jour, fouler le sol de ces si reculées contrées. Tout n'est que banquises givrées et neige.», puis son voisin ajouta, tout en jetant un regard en arrière: « Effectivement, la froideur de ce lieu est indiscutable. Néanmoins, je dois avouer que ça porte en son sein, les germes de l'originalité, et un certain sentiment d'exotisme. Ces Stalagmantins sont, ma foi, des êtres étonnamment soucieux, et même, quelque peu minutieux.» Pendant que la navire voguait, et ne tanguait heureusement que peu, une voix un peu plus enrouée se glissa dans la conversation: « Le lieu où nous nous trouvons actuellement n'est en fait guère distinct d'autres, si nous le constatons avec davantage d'analyses.» Pendant que les habitants de ce bateau œuvraient, doucement, mais sûrement, la coque progressait tout en fracassant ce que leur guide avait laissé derrière lui. Le vaisseau navigua donc à demi-voile, et ce, jusqu'aux abords des quais.

Une fois enfin arrivée, la délégation roumalienne débarqua, avec douze gardes armés en bel uniforme, dont quatre d'entre-eux transportaient un gros et large coffre de bois laqué. Deux matelots, aussi, semblaient extirper une cargaison mystérieuse du bateau, recouverte d'une toile d'étamine, mais quiconque ne pouvait que spéculer à son propos. L'un des membres de la délégation progressa donc vers le pauvre homme de Stalagmanque, affligé par des péripéties de l'âge, et retira sa capuche galonnée. Au même moment, deux gonfanons, hormis les pavillons du navire, se présentèrent aux Stalagmantins, mais une seule personne était en mesure de comprendre la signification de l'emblème (Sinogramme du Roi) . En effet, il avait été dit à Sieur Myosotis Boraginacci, lors de la première rencontre officielle, qu'il allait avoir l'honneur de faire face à Sa Sage et Céleste Majesté, et donc, celui-ci se découvrit et laissa les Stalagmantins voir son visage.

D'un seul coup, le Roi Cheng Tsu-Tao était là, un imprévu entier et total. Un membre de la délégation approcha, un héraut, en fait, et dit: « Messieurs, ici se trouve désormais, Sa Sage et Céleste Majesté, le Roi Cheng Tsu-Tao, souverain du Grand-Royaume de Roumalie ! »

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S.S.C.M, le Roi Cheng Tsu-Tao le Grand.
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Myosotis Boraginacci, engoncé dans ses couvertures, trépignait d’impatience en voyant les magnifiques jonques se mouvoir lentement et prudemment à travers les glaces, guidées par le petit navire stalagmantin qui faisait office de mouche à côté d’elles. Les Almérans ont peut-être dominé les mers, mais cela paraissait inconcevable face au gigantisme naval dont pouvait faire preuve, avec les mêmes moyens, les Makarans.
La prudence était néanmoins indispensable, les glaces étant meurtrières, même pour les navires métalliques.

Lorsque les vaisseaux impériaux s’amarrèrent aux quais de Port-Enyah, des manutentionnaires et secrétaires se mirent à mouvoir autour du bâtiment, les uns pour aider les Roumaliens à se stabiliser, les autres pour établir un compte-rendu sur le navire qui sera ensuite envoyé aux archives de Stalagmanque. Des individus aux yeux bridés et tout aussi emmitouflés que les Stalagmantins commencèrent à descendre du navire, avec quelques bagages, notamment un grand coffre laqué de forte valeur.

Les deux notables du comptoir – Don Cristoforo Polo, le gouverneur, et Myosotis Boraginacci, le diplomate – restaient tous deux très attentifs à ce qui se déchargeait, mais pas pour les mêmes raisons. Don Polo, en Stalagmantin natif et sénateur émérite, lorgnait discrètement le coffre laqué en jaugeant sa valeur, ayant eu vent de certaines libéralités de la part des Roumaliens lorsqu’il s’agit de faire des cadeaux diplomatiques en vue de resserrer les liens entre deux nations. Mais Boraginacci ne savait détacher son regard des étendards. Il ne les reconnaissait pas, mais sa mémoire donnait des coups de butoir dans son ego pour lui rappeler ce qu’ils signifiaient.
Il les reconnut enfin juste avant que la silhouette encapuchonnée fut découverte : le sinogramme du Roi ! Mille et une pensées traversèrent son esprit, ne sachant que penser, mais surtout mesurant enfin l’importance, avec des faits et des preuves, de l’amitié qui liait Stalagmanque et la Roumalie, car jamais le roi d’un des plus grands empires de l’Histoire du Makara ne se serait déplacé en personne, sur une terre inhospitalière et éloignée, sans faire ainsi preuve de liens très forts entre ces deux pays. Cela valait tous les cadeaux diplomatiques du monde – bien qu’à ses yeux mercantiles et pragmatiques, le Sénat de Stalagmanque ne partage pas forcément ce point de vue.

Le Ri Cheng Tsu-Tao fut tout juste découvert que Myosotis Boraginacci amorçait déjà la révérence protocolaire d’usage face au plus puissant seigneur de Roumalie et faubourgs. Don Cristoforo Polo, qui avait lui-même lu quelques livres sur la culture roumalienne, effectua les gestes nécessaires, avec moins d’aisance que le diplomate, ne s’étant pas lui-même entraîné des heures devant sa glace. Un silence glacial s’imposait sur le port, chacun des passants – et ils étaient nombreux – sentant l’importance du moment, et l’importance du personnage. Les ressortissants de Port-Enyah, touchés par la culture stalagmantine dont ils s’imprégnaient d’une manière très xénocratique, étant donc d’une grande spontanéité et d’une grande simplicité face à la splendeur, et ils sentaient qu’il y en avait. Un portefaix en moufles et chapka commença à applaudir, rapidement suivi par plusieurs autres. Un tavernier au nez rougi et à l’écharpe multigarrée cria « Vive le roi ! », et d’autres exclamations suivirent. Les gardes, prévus pour empêcher tout débordement envers son Altesse de Roumalie, ne savaient pas vraiment comment réagir face à ce débordement d’allégresse. Ils se mirent également à applaudir.

Boraginacci, la tête penchée, du réfrener un rire. En allant en Roumalie, il avait pu profiter de la culture calme, posée, de cette spiritualité makarane que l’on appelle « zen » ; ici, le Roi de Roumalie allait être témoin de la culture almérane dans ses plus beaux échantillons : chaotique, brouillonne et sympathique.

Un conseiller glissa quelques mots à l’oreille de Don Cristoforo Polo, qui acquiesça. Comme il se trouvait en présence non pas d’un simple représentant mais bien du Roi lui-même, le conseiller avait eu la présence d’esprit de donner en quelques mots au gouverneur les formules roumaliennes d’usage pour s’adresse au chef du Grand-Royaume du Makara. Le gouverneur ne connaissait en effet que quelques rares mots du roumalien, laissant les traductions à l’attention du diplomate. Mais il tenait à faire la première phrase en la langue du Roi.

Le gouverneur s’approcha donc, avec, dans les mains, un petit paquet d’apparence fragile. La foule s’était calmée, impatiente de voir ce qui allait surgir du paquet et quel allait être la suite du programme. Don Cristoforo Polo tendit les mains, et dit :


« Votre Sage et Céleste Majesté, au nom de tout le Sénat de Stalagmanque, je vous souhaite la bienvenue sur le sol stalagmantin. Veuillez recevoir cet humble présent en gage d’amitié. »

Le gouverneur ouvrit la boîte et en fit sortir une petite statuette, toute en cristal, représentant un rossignol. L’intérieur, transparent, était rempli d’engrenages, eu aussi transparents – du quartz. Le gouverneur remonta un mécanisme, et l’oiseau de glace se bit à ouvrir le bête, bouger la tête et les ailes, et siffler, d’une pure musique cristalline, l’hymne roumalien.
Cette idée, provenant du Pr. Giuliano Vacansono, était une idée toute originale que l’habituelle fanfare pour chanter les hymnes lors d’une rencontre diplomatique.

Une fois le rossignol tut, la foule se mit à applaudir de plus belle, et les officiels stalagmantins s’inclinèrent de nouveau. Myosotis Boraginacci s’approcha alors, s’inclina également, et dit, de son roumalien maîtrisé mais teinté de son accent :


<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=121026052408414197.jpg][img]http://nsa31.casimages.com/img/2012/10/26/121026052408414197.jpg[/img][/url]</center>

« Votre Sage et Céleste Majesté, je vous prie humblement de vouloir nous suivre. Nous allons vous conduire jusqu’à palais du gouverneur. »

On invita alors la délégation roumalienne à se diriger vers un véhicule, qui tenait plus de la maison roulante que d’une simple voiture.

Ce qui empêcha de nombreuses nations de former de grands explorateurs et voyageurs fut le fait qu’un homme rechigne à délaisser son confort terrestre. Les Stalagmantins n’avaient pas eu ce problème : puisqu’il fallait partir au bout du monde, autant y emmener son confort. C’est pourquoi Stalagmanque produit un nombre incommensurable d’explorateurs, proportionnellement à sa population minuscule, que bien des grandes nations côtières d’Alméra.

Le véhicule qui allait faire la liaison, avec, à son bord, la délégation de Roumalie et les officiels de Port-Enyah, possédait à son bord tout le confort nécessaire pour un Stalagmantin : de confortables sofas assortis aux rideaux, des plantes en harmonie avec le lustre de cristal, un bar contenant assez de diversité d’alcool pour tenir un siège, des cabinets d’aisance, et un système de chauffage indispensable sous ces latitudes.

Le gouverneur accrocha ses pelisses au porte-manteau, tandis que Boraginacci préféra garder ses couches. Un laquais débarrassa le Roi de ses effets, sous l’œil attentif de gardes des deux nations, et on l’invita à prendre place sur le canapé le plus confortable. Boraginacci installa ses pieds dans la confortable chancelière. Un moteur, quelque part, se mit en marche, et l’imposant véhicule gouvernoral se mit en branle, grimpant la route menant au palais du Gouverneur. Tandis qu’un laquais tisonnait le feu dans la cheminée, Boraginacci, toujours sous le choc, posa les questions rituelles :


« J’espère que votre Majesté a fait bon voyage. Les mers sont souvent capricieuses près des pôles, et dangereuses, de surcroît. »

Le laquais ouvrit les rideaux, permettant au Roi de bénéficier, par une large baie vitrée, d’un panorama sur la cité de Port-Enyah, remarquable patchwork entre la culture de l’île et de la métropole.

<center>[img]http://images1.wikia.nocookie.net/__cb20110906043612/avatar/images/a/a7/Northern_Water_Tribe_houses.png[/img]
Exemple des bâtiments communs de Port-Enyah</center>
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