TRAME | Aroñariako Hegoaldea (2036-...)

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[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Sur les quais d'Aroñari | 2036-...

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/19/7/1526227730-port-d-aronari-ile-vitorio.png[/img]
[cap]La capitale paskoane est une plaque tournante du trafic néchinésien, contrebande comme commerce légal.[/cap][/center]

Le port d'Aroñari, capitale de l'île de Vitorio et de l'archipel des îles Paskoak, est un centre d'activité non-négligeable sur le versant ouest de la Néchinésie, passage obligatoire pour les navires de commerce voguant d'un océan vers l'autre. L'obstruction du canal d'Ashurdabad en Janubie septentrionale et le gel des passages maritimes dans l'hémisphère nord ne laissait plus qu'une seule solution pour les cargos en hiver : passer par la Néchinésie méridionale pour relier Ventélie et Dytolie, les deux poumons de l'économie mondiale. Aroñari, outre son caractère mercantile et commerçant, se démarquait également par sa capacité financière, concentrant la plupart des industries de service de la République archipélagique et regroupant la plupart des banques et entreprises financières du pays. La mainmise d'Aroñari sur l'archipel est cependant contesté plus au nord, sur l'île de Santxo, par les particularistes santxoans, et encore plus au nord, contestation plus grave encore, par les indépendantistes rapañoas, réclamant la fin de l'hégémonie économique de l'île-banque qu'était l'île de Vitorio pour le reste de l'archipel.

L’État paskoan, rongé par son parlementarisme à outrance et bien indifférent aux querelles internes entre les trois îles, privilégiait les investissements les plus rentables, à savoir l'expansion du secteur financier de la ville-monde d'Aroñari. A elle seule, la petite capitale paskoane regroupait plus d'un demi-million d'habitants, soit un quart de la population insulaire. S'ajoutant à cela, l'archipel paskoan entretenait des relations troubles avec son ancienne métropole, les nouvellement proclamées Provinces-Unies du Txile, dont les dirigeants semblaient manifestement hostiles à un soutien txiléen à l'indépendance paskoane. Il fallait dire que l'ex-République txiléenne remuait son passé colonisateur sans cesse, et que la nouvelle monarchie ne se gênait pas pour faire de même, voire aller plus loin en faisant référence au « Txile puissance coloniale » comme un véritable âge d'or pour la civilisation euskale, ce qui ne faisait qu'attiser les tendances paskoanes partisanes d'un rattachement du fragile archipel au géant continental.

Dans ce contexte mondial comme régional voire national très incertain, l'avenir s'annonçait précaire pour la République insulaire face à la domination continentale, au laisser-aller parlementaire, à la main-mise de l'armée paskoane sur l’État et à la montée de l'instabilité liée à la corruption et aux magouilles qui agitaient traditionnellement les îles à un rythme régulier. L'archipel des îles Paskoak verra-t-il l'aube de l'an 2037 comme celui de la reconstruction, ou s'enfoncera-t-il définitivement dans un cercle vicieux de laisser-faire de corrompus en corrompus ? La normalisation des relations txiléo-paskoanes ne peut être que l'ultime étincelle destinée à enflammer les tensions.

SOMMAIRE
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[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Palais Barradako (Donostia, Txile) | 24/03/2036

[img]https://i.imgur.com/useggqc.png[/img]
[cap]Le Palais Barradako à Donostia, siège du Ministère txiléen des Affaires Étrangères.[/cap][/center]

Ce n'était pas la première fois qu'Izko Aturalde se rendait sur le continent dorimarien, et encore moins sur le sol txiléen. En effet, il avait passé une partie de sa vie dans les grands ensembles vitrés qui composaient le cœur financier de la capitale txiléenne, Donostia, qui abritait la Bortsa (Bourse txiléenne). En vérité, il considérait le Txile comme un prolongement de sa terre natale ; l'île où il était né, Vitorio, celle la plus au sud de l'archipel paskoan, bien qu'étant morphologiquement différente du continent, restait avant tout euskale. La langue, la culture et les gens étaient les mêmes que là-bas ici, en plein centre-ville donostian. En vérité, il s'en était fallu de peu, quelques années plus tôt, pour que l'actuel Lehendakari (président) des îles Paskoak ne décide d'adopter la nationalité txiléenne. Bien lui en prit, puisqu'il se trouvait désormais, après une lutte politique acharnée et plusieurs tentatives avortées aux élections présidentielles passées, au rôle de premier citoyen de la République insulaire.

Il était aujourd'hui de retour dans le centre-ville donostian pour une mission bien spéciale, qu'il ne pouvait déléguer : il assurait, en tant que Lehendakari paskoan, la direction des affaires étrangères. Le ministère paskoan en question étant encore vacant en cette période de l'année, il devait donc en prendre les charges, et cela l'arrangeait particulièrement pour la session diplomatique à venir. En effet, il avait formulé les plus vifs intérêts par le passé en ce qui concernait la normalisation des relations diplomatiques txiléo-paskoanes, et se voyait comme le futur acteur d'un rapprochement entre les deux pays euskals de Dorimarie. Il se trouvait donc en conséquence de cause dans le bureau personnel du ministre txiléen des Affaires Étrangères, Bartolome Landabarri, qu'il avait déjà rencontré par le passé sous le mandat de l'ex-Lehendakari txiléen Pantxiko Eraul en 2032. Le ministre Landabarri, assit en face d'Izko Aturalde, regardait son interlocuteur avec perplexité, du moins c'est ce que le visage de l'homme d’État txiléen laissait transparaître. La conversation ne s'était guère révélée animée jusque là. Bartolome toussa après avoir relu le document que son interlocuteur paskoan lui avait tendu quelques minutes plus tôt :


[center][img]https://i.imgur.com/IXNBCvA.png[/img] [img]https://i.imgur.com/HcYow09.png[/img]
[cap]Bartolome Landabarri et Izko Aturalde[/cap][/center]
BARTOLOME LANDABARRI | « Si j'ai bien compris ce que vous me demandez, votre Excellence, c'est de signer au nom de sa Majesté Gaspar II, un traité de normalisation des relations diplomatiques liant la République paskoane aux Provinces-Unies du Txile ? Est-ce que vous vous rendez compte, monsieur Aturalde, excusez-moi de m'exprimer franchement, mais ne vous doutez-vous donc pas de la levée de boucliers - pardonnez l'expression, mais c'est comme cela que je le perçois et le redoute - au sein de la vie politique paskoane ? Votre Excellence, je ne suis pas sans savoir que votre archipel est sujet à des... Troubles internes. En effet, nos services restent bien informés, malgré l'absence de réels liens officiels entre nos deux pays, et je ne suis donc pas le dernier informé en ce qui concerne la situation interne du second pays euskal en Dorimarie, monsieur. Je ne me veux pas expert en politique interne de l'archipel des îles Paskoak, pardonnez mon amateurisme en la matière, mais il me semble relativement précaire de proposer à l'autorité txiléenne de signer un traité diplomatique qui ne sera sans doute pas validé par votre Parlement. »

IZKO ATURALDE | « Voyez-vous, monsieur Landabarri, la situation dans les îles Paskoak a quelque peu changé depuis notre dernière rencontre à Aroñari, la capitale paskoane, il y a de cela déjà quelques années. En effet, en 2032, notre premier contact se fit de manière fracassante puisqu'il s'agissait de mon élection personnelle, et donc d'un renouveau de la politique publique dans les îles, ce que malheureusement je n'ai pu faire faute de réel soutien parlementaire stable ; j'imagine que vous connaissez le système législatif paskoan. La proportionnelle ne me permet pas de dégager une majorité claire et constante, mais cela n'est pas vrai dans tous les domaines : un pacte txiléo-paskoan sera vu d'un très bon œil par l'hémisphère droit du Parlement paskoan, ainsi que par les centristes. Le libéralisme affiché des Provinces-Unies txiléennes suffiront à satisfaire les demandes d'ouverture des libéraux et le paneuskalisme quelque peu conservateur de votre Kantziler (chancelier) saura ravir les partis les plus traditionnels. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Je vois bien qu'un retour de relations normales entre les îles Paskoak et leur ancienne métropole saura ravir votre porte-feuille politique ; mais qu'en est-il de l'opposition ? J'ai entendu dire que cette dernière, dans ses branches les plus radicales, soutient directement les indépendantistes indigènes, nombreux sur l'île septentrionale de l'archipel paskoan. Un retour du pseudo-impérialisme continental, comme il leur plaît sans doute de scander à vive voix, devrait sans doute provoquer de vraies émeutes. Oh, bien sûr, à moins que l'armée paskoane ne s'occupe comme d'habitude du maintien de l'ordre. La situation de ce côté est-elle toujours aussi catastrophique ? N'arrivez-vous donc pas à mater la révolte interne d'un général en chef des armées ? Il est étonnant que vous ne l'ayez pas encore fait, et cela peut compromettre grandement l'avenir des relations txiléo-paskoanes. Si nous signons ce pacte de défense mutuelle, quelle armée viendra défendre le Txile quand il sera attaqué, et aux côtés de quelle armée devrons-nous combattre si les îles sont envahies ? »

IZKO ATURALDE | « Il ne me semble pas que vous ayez bien lu le document que je vous ai tendu à l'instant : il est bien écrit sur ce brouillon de traité diplomatique que les îles Paskoak n'assureront pas la défense du territoire txiléen. Avant que vous ne vous affoliez à ce sujet, je m'explique : la République paskoane est un pays affaibli par de nombreuses dissensions internes et le séparatisme personnel du général Baraxil Iruregui n'aide pas en ce domaine ; proposer l'aide de l'armée paskoane pour la défense du Txile ne ferait que précipiter l'occupation de l'archipel par une force étrangère, ce que nous voulons éviter à tout prix. Cela serait en effet préjudiciable au faible tissu industriel des îles, et ne permettrait pas de faciliter la défense du Txile en créant une base arrière pour les ennemis des Provinces-Unies directement dans l'océan néchinésien. Oh, en ce qui concerne le général Iruregui : étant donné que je n'ai pas besoin ni de lui, ni de son armée pour mener les affaires de la République, je le laisse parader alors qu'il épuise sa déjà faible popularité en exactions et répressions inutiles. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Si je comprends bien, Baraxil Iruregui a les mains libres tant que vous les lui laissez ? Votre système parlementariste archaïque me surprendra toujours. Vous seriez capable de perdre votre propre poste pour le garder ! En ce qui concerne le traité en lui-même, en échange du non-engagement des îles Paskoak dans la défense des Provinces-Unies du Txile, les entreprises txiléennes auront des facilités vis-à-vis du marché paskoan. Instauration du libre-échange (exemption de droits de douane) entre nos deux pays, convention contre la double-imposition des revenus, ainsi qu'une promesse de désengagement progressif de l’État paskoan de l'économie nationale sur dix ans. Dans le domaine militaire, le Txile réclame, en échange de sa protection, le droit de surveillance sur les effectifs des forces armées paskoanes ainsi que le droit à disposer d'une base militaire et navale sur le sol paskoan pour en assurer la sécurité. Qu'en pensez-vous ? C'est ma seule offre, et elle paraît être assez bien en adéquation avec votre proposition de traité, n'est-ce pas ? »

IZKO ATURALDE | « Hmm... Ce que vous me proposez-là risque de fragiliser directement la potentielle majorité que j'envisageais pour faire passer ce traité diplomatique. Un désengagement de l’État paskoan sur dix ans ? C'est en réalité faisable, mais c'est une autre majorité qui se dessine en faveur de ce point du traité. Les plus radicaux des conservateurs refuseront la fin du capitalisme d’État, monsieur Landabarri. Je ferai de mon mieux pour dégager une majorité favorable à la normalisation des relations txiléo-paskoanes comme vous le souhaitez, mais ne soyez pas surpris si le Parlement paskoan oppose une fin de non-recevoir à la version du traité que vous proposez-là. En vérité, je suis navré de ne pas pouvoir vous assurer de la réussite de notre entreprise commune ; le système législatif paskoan est très capricieux, sans vouloir m'engager plus loin. Sachez que je porte beaucoup d'espoir concernant ce projet et, s'il se concrétise par un caprice du Parlement paskoan, alors le Txile pourra sereinement se rapprocher des îles Paskoak dans les termes que nous venons de définir. Aurevoir, monsieur Landabarri. »

Le Lehendakari paskoan s'en alla par la porte du bureau personnel de Bartolome Landabarri qui, songeur, relisait l'ébauche de traité qu'ils venaient d'élaborer ensemble et qu'un scribe présent à leurs côtés avait frénétiquement saisi sur son ordinateur portable avant de l'imprimer et de le tendre à son supérieur. La petite équipe de secrétaires présents dans la pièce disposèrent et, une fois qu'ils furent partis, le ministre txiléen se leva, se saisit d'un téléphone particulièrement en évidence dans une des bibliothèques à côté de son bureau, attendit quelques secondes que son interlocuteur habituel décroche puis, après avoir salué sa Majesté par le protocole habituel, le gratifia d'un bref résumé de la rencontre ainsi que de quelques mots sur le personnage qu'était Izko Aturalde. Après cela, Bartolome se racla la gorge et poursuivit : « Votre Majesté, nous sommes sur le droit chemin. Il ne manque plus que l'approbation du Parlement paskoan lui-même pour que puissions commencer le rapprochement. Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne peut pas subsister », dit-il sur un ton religieux avant de raccrocher poliment.[/justify]
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[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Palais Barradako (Donostia, Txile) | 05/04/2036

[img]https://i.imgur.com/useggqc.png[/img]
[cap]Le Palais Barradako à Donostia, siège du Ministère txiléen des Affaires Étrangères.[/cap][/center]

L'ancien Lehendakari (président) txiléen Pantxiko Eraul avait été convoqué plus tôt dans la matinée par son ancien ministre des Affaires Étrangères, encore et toujours à son poste malgré la démission d'Eraul. Il se trouvait dans le hall d'entrée du salon personnel de l'homme d’État txiléen, attendant avec impatience l'invitation de son ancien allié politique à entrer dans son cabinet. Bien sûr, il ne voulait pas laisser transparaître cela, et conservait un air digne, tout en consultant son cellulaire de temps à autres pour s'assurer du bon déroulement de ses affaires personnelles. Il s'était lancé dans la finance après sa démission, et il avait tôt fait de reprendre les rênes des entreprises familiales, ce qui lui avait valu un prestige et une réputation importante dans le milieu des affaires, au niveau national comme régional. Il faut dire qu'avoir été chef d’État lui conférait une certaine autorité naturelle que peu d'employés et subordonnés remettaient en cause, et les affaires allaient bon cours pour l'ancien premier citoyen de la République.

Mais aujourd'hui était un jour spécial pour Pantxiko Eraul : sa convocation par Bartolome Landabarri avait posé les fondements d'une vive curiosité dans la pensée de l'ex-Lehendakari, tout en soulevant l'espoir secret d'Eraul de refaire une entrée triomphante sur la scène politique, après avoir récupéré du prestige depuis sa démission qui lui avait valu une sévère chute dans l'opinion publique. Accepter un poste au Ministère des Affaires Étrangères, c'était s'assurer de redorer son propre blason en agissant efficacement et en bénéficiant de l'élan de popularité du gouvernement actuel, celui du Kantziler (chancelier) Iñaki Bidaurre. Un poste d'ambassadeur dans un pays lointain ne le dérangeait pas non plus : de quoi se divertir quelques années tout en bénéficiant et de l’État txiléen et de ses activités financières, et les ambassades en Dytolie, les plus cotées, ont une réputation inébranlable de retraite dorée. Mais voilà que la porte d'accès au bureau personnel du ministre txiléen s'ouvrait devant ce dernier, qui invita Pantxiko Eraul à entrer dans la pièce.

Une fois qu'ils y furent, le secrétaire personnel de Bartolome Landabarri se saisit de ses propres affaires et s'en alla, refermant la porte sur les deux interlocuteurs. L'ancien chef d’État scrutait la pièce avec méticulosité tandis que son interlocuteur le fixait avec insistance, cherchant son regard. Les deux txiléens s'assirent de part et d'autre du bureau très spartiate du ministre, qui tendit sans piper mot un bout de feuille à son interlocuteur. Ce dernier, toujours sans rien dire, se contenta de remercier le ministre qui, assit en face de lui, attendait la réaction de l'ancien Lehendakari au fur et à mesure de la lecture du document officiel qu'il venait de lui tendre. Une fois qu'il eut fini la lecture du document et avant qu'il ne puisse se prononcer à ce sujet, Bartolome lui tendit une seconde feuille, au sommet de laquelle on pouvait lire « Accords txiléo-paskoans d'Aroñari ». L'ancien chef d’État entama la lecture du second document officiel, avant de le déposer sur le bureau du ministre assit en face de lui. Sans attendre la réaction de Pantxiko, Bartolome se racla la gorge et entama :


[center][img]https://i.imgur.com/IXNBCvA.png[/img] [img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/48/6/1512236258-pantxiko-eraul-portrait.png[/img]
[cap]Bartolome Landabarri et Pantxiko Eraul[/cap][/center]
BARTOLOME LANDABARRI | « Monsieur Eraul, ou si vous me le permettez, Pantxiko, nous avons été amis de longue date et ma nomination à ce poste de ministre des Affaires Étrangères par le passé, lors de votre premier quinquennat en 2029, n'a sans doute pas été étrangère à cette amitié sincère qui nous liait alors et qui, je l'espère, nous lie encore malgré votre démission intempestive du poste de chef d’État. Voyez-vous, en tant que dépositaire de l'autorité txiléenne en ce qui concerne la politique étrangère et extérieure sur le plan diplomatique, je suis chargé de diriger les relations diplomatiques du Txile à l'international. Comme vous avez sans doute pu le lire, je n'irai pas par quatre chemins pour vous l'annoncer puisque vous le savez déjà : je vous nomme personnellement ambassadeur txiléen en République des îles Paskoak. Vous représenterez les Provinces-Unies du Txile sur le territoire paskoan depuis l'ambassade txiléenne à Aroñari, et vous serez donc sous mes ordres en ce qui concerne la ligne diplomatique générale, mais vous aurez une certaine marge de manœuvre en tant qu'exécutant de la tâche diplomatique. »

PANTXIKO ERAUL | « Je vous remercie, Bartolome, de l'honneur que vous me faites en me conférant la fonction de représentant du Txile dans l'archipel paskoan. Sachez que le passé reste dans le passé, et que l'inimitié qui a pu mener à votre nomination au poste de ministre des affaires étrangères alors que ma propre démission vous incitait à le quitter, est un sentiment passé. Je vous considère comme un homme d’État intègre et pragmatique, et c'est ce qu'il faut pour le Txile, plus que d'un leader charismatique mais lourdement politisé. Mais quelle est donc la raison, si vous me le permettez, de l'établissement d'une ambassade txiléenne à Aroñari, capitale paskoane ? Nous avons pourtant eu des relations houleuses avec la République archipélagique par le passé, notamment sous ma présidence, et sous votre ministère également lors de mon premier quinquennat. Je croyais pourtant que l'échec de 2032 aurait rendu les relations txiléo-paskoanes quasiment inexistantes. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Voyez-vous, le virage de politique diplomatique que nous avons entamé lors de votre second quinquennat en 2034, notamment par l'ouverture diplomatique du pays, a permis d'ouvrir de nombreuses possibilités pour le Txile sur la scène internationale, en fracturant profondément le bloc politique des isolationnistes, qui se sont retrouvés minoritaires au Parlement txiléen et divisés entre l'aile gauche et l'aile droite. Vous avez ouvert un boulevard pour le prince, qui n'a eu qu'à s'enfoncer dans la brèche pour faire entrer le Txile dans une ère d'économie florissante, de démographie galopante et de renouveau militaire. Gaspar II souhaite donc vous gratifier officieusement de vos services rendus à la patrie txiléenne en vous confiant l'une des ambassades les plus convoitées actuellement. En effet, le rapprochement entre les Provinces-Unies du Txile et la République des îles Paskoak n'est pas anodin, et la normalisation des relations txiléo-paskoanes s'inscrit dans un processus d'envergure visant à étendre la sphère d'influence txiléen au-delà du simple continent dorimarien et de la façade néchinésienne. »

PANTXIKO ERAUL | « Je comprends. Mais pourquoi donc m'avoir choisi à moi, Bartolome, alors que j'ai échoué par le passé à maintenir une politique diplomatique cohérente qui aurait pu sauvegarder le Txile de la guerre à nos portes, lorsque j'étais encore chef de l’État txiléen ? Vous savez également que je suis un social-libéral convaincu, de l'autre côté de l'échiquier politique centriste de l'actuel gouvernement libéral-conservateur d'Iñaki Bidaurre. Qui vous dit que je n'inciterai pas les îles Paskoak à garder leurs distances avec le gouvernement txiléen actuel pour préparer un retour en grande pompe de l'ancien Lehendakari ? Personnellement, je suis particulièrement ravi de votre offre, mais ma conscience politique ne peut s'empêcher de tiquer sur ce détail. Souhaiteriez-vous m'écarter de la course politique ? Je sais bien que je n'ai plus mes chances et que mon ancien parti, le Txilen Berritzeko Alderdia, a subi un lourd rapprochement avec les socialistes, mais je pourrais très bien tenter ma chance du côté des libéraux de la Zentro-Eskuineko Muntaia. Pourquoi aurais-je ce poste, et non pas un ancien ambassadeur en quête d'une retraite paisible ? »

BARTOLOME LANDABARRI | « Pantxiko, vous n'êtes effectivement pas le seul candidat potentiel que nous avons envisagé pour ce poste d'ambassadeur auprès de la République paskoane, mais de tous nos candidats, vous êtes le meilleur. Et pourquoi donc, me direz-vous encore ? La réponse est bien simple : c'est une affaire sensible que voilà, car les îles Paskoak ont un lourd passif indépendantiste et autonomiste, inhérent à la population indigène présente dans le nord de l'archipel, principalement sur l'île de Rapañoa. Le prince a donc espéré de vous que vous soyez à la hauteur de la tâche et que vous serviez le Txile comme vous avez servi la République. Izko Aturalde, le Lehendakari paskoan, nous est quelque peu favorable, mais c'est sans doute pour conserver son poste qu'il souhaite se rapprocher des Provinces-Unies txiléennes. Vous devrez donc agir avec circonspection. Vous pouvez disposer, un avion décollera pour les îles Paskoak d'ici quelques jours pour que vous puissiez prendre vos quartiers dans la nouvelle ambassade, à Aroñari. Vous pourrez également continuer vos activités financières là-bas, puisqu'il s'agit de la principale place financière de l'archipel voire même de toute la Dorimarie méridionale. »

L'ancien chef d’État s'en alla, laissant seul Bartolome, qui, après s'être assuré du départ de son interlocuteur, décrocha le combiné téléphonique à sa droite, posé sur une étagère. Après quelques secondes d'attente, le monarque txiléen se fit entendre à l'autre bout du fil. Le ministre txiléen des Affaires Étrangères fit son rapport au souverain, et le prince salua le résultat positif de la rencontre entre les deux anciens alliés politiques qu'étaient Bartolome et Pantxiko. Pantxiko Eraul avait également emporté le traité diplomatique txiléo-paskoan avec lui, ce qui laissait présager du plus vif intérêt de l'ancien Lehendakari pour son nouveau poste, bien qu'il n'en avait laissé rien transparaître lors de leur entrevue. Gaspar se racla la gorge dans le combiné puis dit sur un ton limpide : « Contactez Izko Aturalde. Faites-lui savoir qu'un vieil ami à lui sera sur l'île de Vitorio, dans le sud de l'archipel, d'ici à quelques jours. Faites-lui également savoir que nous espérons la meilleure coopération possible entre lui-même et le nouvel ambassadeur, afin que le rapprochement entre le Txile et les îles Paskoak se déroule sans heur et se fasse à notre avantage. Gora ta Gora Txile ! »

[spoiler="ACCORDS TXILÉO-PASKOANS"][center]TRAITÉ
Accords txiléo-paskoan d'Aroñari
31 mars 2036[/center]


Les Provinces-Unies du Txile, ci dénommé Txile, et la République des îles Paskoak, ci dénommé îles Paskoak, ont conclus les accords suivants, s'appliquant, sauf mention spécifique, sur tout le territoire des deux états, qu'il soit ou non métropolitain.


I. RECONNAISSANCE ET RESPECT MUTUEL
  • Le Txile reconnaît les îles Paskoak comme étant une nation souveraine et indépendante. Le Txile s'engage à respecter cette souveraineté. Il reconnaît en outre l'entièreté de son territoire, y compris maritime.
  • Le Txile s'engage à envoyer un ambassadeur aux îles Paskoak pour assurer au mieux le dialogue entre les deux états.
  • Les agents, représentants et ressortissants du Txile se soumettront dès lors aux lois des îles Paskoak lorsqu'ils se rendront sur le territoire des îles Paskoak.
  • Le Txile s'engage à ne pas contribuer à l'affaiblissement de l'autorité des îles Paskoak sur son territoire et à ne pas envoyer de troupes aux îles Paskoak ou dans ses territoires extra-nationaux sans l'accord préalable de ce dernier.
  • Le Txile s'engage à ne pas s'en prendre, de quelque manière que ce soit, aux ressortissants des îles Paskoak et à leurs biens, que ceux-ci se trouvent dans les îles Paskoak ou à l'étranger.
  • Le Txile s'engage à ne pas s'en prendre aux ressortissants des îles Paskoak et à leurs biens lorsque ceux-ci se trouvent dans le Txile, ceci dans la mesure où les dits ressortissants respectent les lois du Txile.
  • Les îles Paskoak reconnaît le Txile comme une nation souveraine et indépendante. Les îles Paskoak s'engage à respecter cette souveraineté. Il reconnaît en outre l'entièreté de son territoire, y compris maritime.
  • Les îles Paskoak s'engage à envoyer un ambassadeur au Txile pour assurer au mieux le dialogue entre les deux états.
  • Les agents et représentants et ressortissants des îles Paskoak se soumettront dès lors aux lois du Txile lorsqu'ils se rendront sur le territoire du Txile.
  • Les îles Paskoak s'engage à ne pas contribuer à l'affaiblissement de l'autorité du Txile sur son propre territoire et à ne pas envoyer de troupes au Txile sans l'accord préalable de cette dernière.
  • Les îles Paskoak s'engage à ne pas s'en prendre, de quelque manière que ce soit, aux ressortissants du Txile et à leurs biens, que ceux-ci se trouvent au Txile ou à l'étranger.
  • Les îles Paskoak s'engage à ne pas s'en prendre aux ressortissants du Txile et à leurs biens lorsque ceux-ci se trouvent dans les îles Paskoak, ceci dans la mesure où les dits ressortissants respectent les lois des îles Paskoak.

II. CULTURE, ÉDUCATION ET TOURISME
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à mettre sur pied des programmes d'échanges entre leurs musées, facilitant le prêt d’œuvres et de collections entre les deux pays.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à fonder dans leur pays un musée consacré à l'autre pays, permettant aux citoyens du Txile comme aux habitants des îles Paskoak de s'instruire sur l'histoire générale de l'autre peuple.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à ouvrir leurs ports et aéroports aux vaisseaux et avions civils de l'autre pays lorsqu'ils auront besoin de faire escale dans leurs voyages.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à mettre en place des programmes d'échange d'étudiants entre leurs différentes universités, et à faciliter les démarches pour l'obtention de visas d'étudiants pour les étudiants étant ressortissants de l'autre pays. Un programme de bourses sera également mis en place pour aider les étudiants moins favorisés à profiter de cette chance, dans la mesure des budgets des deux pays.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à mettre sur pied des facilités de visas pour les artistes.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à faciliter l'obtention de visas touristiques entre leurs deux pays, à en abaisser le coût et à favoriser les liaisons maritimes et aériennes entre leurs deux états.

III. ÉCONOMIE
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à ouvrir librement le commerce sur leur sol aux marchands de l'autre pays et plus largement à ouvrir les échanges commerciaux entre les deux pays.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à mettre en place un accord de libre-échange entre eux.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à établir une convention fiscale bilatérale pour ne pas imposer doublement les contribuables recevant un revenu d'un des États signataires et résidant dans un autre État signataire.
  • Les îles Paskoak s'engagent à faciliter l'implantation des entreprises du Txile sur son sol, avec les mêmes considérations que pour les entreprises nationales.
  • Les îles Paskoak s'engagent à organiser un désengagement étatique progressif de l'économie nationale sur une période de dix ans.

IV. JUSTICE
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à faciliter la coordination entre leurs polices et leurs systèmes judiciaires en général, avec une communication et une coopération active accrues.
  • Dans le cas de criminels ayant commis des délits dans les deux pays, le Txile et les îles Paskoak s'engagent à ce qu'ils soient jugés dans les deux pays. Si la culpabilité est établie des deux côtés, les peines se cumuleront. En cas de peine de mort dans l'un des deux procès et pas dans l'autre, la peine de mort sera appliquée en priorité sur l'emprisonnement.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à reconnaître mutuellement les jugements de leurs tribunaux.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à créer une base de données commune qui permettra aux forces de police des deux pays de collaborer plus efficacement.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à ce qu'en cas de mise à mort d'un ressortissant de l'un des deux pays par l'autre, le corps ou à défaut les restes puissent être rendus à la famille du criminel si celle-ci en fait la demande.

V. DÉFENSE
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à ouvrir à leurs vaisseaux et avions respectifs les ports et aéroports militaires de leurs deux pays.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à collaborer en mer contre les vaisseaux pirates ou ennemis chaque fois que la chose sera possible et nécessaire.
  • Le Txile s'engage à porter assistance aux îles Paskoak dans le cas où les îles Paskoak subiraient une agression extérieure chacun intervenant alors pour assurer sa défense.
  • Le Txile et les îles Paskoak s'engagent à mettre en place des entraînements communs entre leurs différents corps d'armée pour permettre à chaque armée de profiter de l'expérience de l'autre.
  • Les îles Paskoak s'engagent à confier une base militaire et navale au Txile sur son sol pour y faciliter la défense.
  • Les îles Paskoak s'engagent à conférer à l'état-major du Txile un droit de regard sur les activités et les effectifs de son armée.

Fait à Donostia, le 31 mars 2036, cosigné par :
  • Son Excellence Bartolome Landabarri, Ministre des Affaires Étrangères des Provinces-Unies txiléennes
  • Son Excellence Izko Aturalde, Lehendakari de la République paskoane
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[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Ambassade txiléenne (Aroñari, Paskoak) | 24/10/2036

[img]https://i.imgur.com/WfFbbOn.png[/img]
[cap]Le siège de l'ambassade txiléenne à Aroñari, 12 rue de la République (Errepublikako Kale).[/cap][/center]

Le Lehendakari paskoan Izko Aturalde était rouge de fureur : la presse insulaire l'avait accusé de collaborer avec une intervention militaire txiléenne dans l'archipel, tandis que les Provinces-Unies du Txile s'étaient arrogées le droit de faire patrouiller ses navires de guerre au large des eaux territoriales paskoanes, le tout coinçant le chef d’État dans une position indélicate où il devra se justifier devant le Parlement paskoan réuni au complet. Pris entre le marteau et l'enclume, Izko Aturalde n'avait pas beaucoup de temps devant lui avant de mettre en jeu son titre pour rester à sa place et défier le bras de fer que les autorités txiléennes semblaient avoir entamé officieusement avec le pouvoir en place dans les îles Paskoak. À vrai dire, il n'y avait pas vraiment de pouvoir : il y avait des pouvoirs. En ce qui concernait la chose militaire, le généralissime Baraxil Iruregui avait les pleins-pouvoirs en la matière et menait la vie dure au gouvernement du Lehenministroa (premier ministre) Filipe Chacartegui, qui lui se contentait de contester les décisions du chef d’État.

En plus du chef du gouvernement et du généralissime chef des armées, le Parlement paskoan, grande arène où s'affrontent théâtralement les principaux partis politiques de la scène paskoane - à vrai dire, il en existe quatorze, ce qui provoquait facilement l'instabilité parlementaire - et qui était également le supposément organe suprême de la nation, dans cette République parlementaire où le parlementarisme tous azimuts avait déjà sapé tout effort de centralisation. Au-delà du simple prisme politique, les régions paskoanes, pourtant censées obéir au doigt et à lieu à Aroñari, capitale de l'archipel, conservent leur autonomie et leur particularisme - dans une République pourtant unitaire. Les pouvoirs, contre-pouvoirs et alternatives formaient des blocs qui s'agrégeaient et se désagrégeaient, le tout paralysant très largement les institutions étatiques - même si les institutions juridiques, largement autonomes, se débrouillaient elles aussi assez difficilement. L'autorité d'Izko Aturalde, s'il en avait, se réduisait comme peau de chagrin depuis le début de son mandat. Il était maintenant question de la préserver, plutôt que d'appliquer des réformes peu populaires - et en la matière, il avait déjà épuisé toutes ses cartes pour s'attirer les bons hospices des autorités txiléennes.

C'était donc tout naturellement que l'annonce d'une menace militaire directe sur les eaux paskoanes l'avait fait sortir de ses gonds, après s'être fait incendier par les médias et la presse nationale - qui, bien sûr, s'occupait tant bien que mal avec toutes les informations qui lui passait sous la dent en ces temps de disette d'activité internationale. Les missiles txiléens potentiellement pointés sur les côtes de l'archipel n'ont été que l'élément déclencheur pour la presse socialiste : dans la coalition d'opposition, la férule des nouveaux leaders centralisés par le dynamisme des nouvelles générations forçait une pression toujours plus importante de la part des minorités politiques. Aturalde avait autre chose à faire que de s'occuper de politique étrangère, mais le poids non négligeable du premier voisin des îles Paskoak pesait lourdement dans la balance et promettait le pire à celui qui l'oublierait. Pour avoir déjà échangé avec quelques-uns des hommes d’État txiléens, il savait que c'était l'ego de tout un pays qui était en jeu. Il fallait y aller avec des pincettes.

Suivis par quatre gardes du corps armés discrètement, le chef d’État paskoan progressait à bord de sa limousine jusqu'aux portes de l'ambassade txiléenne à Aroñari, ancien bâtiment publique situé au numéro douze, rue de la République (Errepublikako Kale). Après s'être délesté de son agréable véhicule, Izko Aturalde se dirigea vers l'entrée en trombe, arborant manifestement un air courroucé pour progresser plus facilement parmi les fonctionnaires txiléens déboussolés. Après quelques couloirs, l'homme d’État paskoan pénétra dans un grand salon, à partir duquel il toqua contre une porte située juste au bout de ladite pièce. Sans attendre que le locataire de la salle ne réponde, Aturalde s'engouffra derrière la porte, secondé par ses quatre gardes-suisses, qui semblaient manifestement adopter un air décontracté et professionnel. Le Lehendakari des îles Paskoak, sans attendre une nouvelle fois l'accord de la personne en face de lui, s'assit bruyamment sur le fauteuil en velours. De l'autre côté du bureau, d'un air détaché bien que quelque peu abasourdi, l'ambassadeur txiléen dans les îles Paskoak, l'ancien chef d’État du Txile, Pantxiko Eraul, toussota en rangeant ses dossiers.


[center][img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/48/6/1512236258-pantxiko-eraul-portrait.png[/img] [img]https://i.imgur.com/HcYow09.png[/img]
[cap]Pantxiko Eraul et Izko Aturalde[/cap][/center]
PANTXIKO ERAUL | « Vous voilà bien vif ! Quelle est la raison de votre visite ? Je suppose que votre agitation n'y est pas étrangère, raison de plus pour laquelle je souhaiterais que les deux personnes armées qui viennent de rentrer avec vous en trombe sortent d'ici, afin que nous puissions nous entretenir entre hommes d’État, qui plus est sachant que vous menacez directement avec les armes ici présentes un représentant direct d'une puissance étrangère sur votre sol, ledit pays étant également le principal fournisseur toutes ressources confondues de votre archipel. Un embargo économique et commercial pour cause de non-coopération et de prise d'otage à l'échelle d'un État entier de tous les ressortissants txiléens sur le sol paskoan ne pourrait qu'avoir des conséquences désastreuses sur les relations txiléo-paskoanes. S'il vous plaît, faites-les sortir, que nous puissions nous entretenir dans le secret d’État, entre personnes assermentées, afin de régler le tourment qui vous anime au plus vite. »

IZKO ATURALDE | « Soit. Maintenant que mes gardes personnels sont sortis, vous allez m'expliquer tout de suite pourquoi les missiles mer-sol des Provinces-Unies du Txile sont pointés directement sur les côtes paskoanes. Ou du moins, vous allez me fournir une raison valable pour laquelle je n'enverrai pas la flotte de guerre paskoane - et également la vôtre - au casse-pipe pour régler un simple imbroglio diplomatique et militaire. Que font donc des navires de guerre txiléens, ou du moins de fabrication txiléenne, dans les eaux internationales au large de la zone économique exclusive des îles Paskoak ? S'il s'agit d'un coup de semonce, sachez que le général en chef des armées de l'archipel, le généralissime Baraxil Iruregui, est plus têtu que moi. Et pire, il reste encore et toujours inféodé au pouvoir présidentiel : d'ici quelques jours, ce ne sera plus avec moi avec qui vous aurez à traiter, mais bel et bien avec un militaire de carrière, certes, mais qui demeure assez véreux dans ses affaires. Si j'étais vous, je ne me vautrerai pas si vite dans des défilés militaires avec un tel joueur d'échec en face de vous. »

PANTXIKO ERAUL | « Calmez-vous donc ! Toutes ces menaces ne servent donc à rien. Je ne suis pas le commanditaire, seulement l'interprète - et le messager. En tant qu'ambassadeur, je puis donc faire transiter une missive de votre part jusqu'au sommet de la hiérarchie, à savoir, le chef d’État en personne, ou du moins son chef de gouvernement. Le Kantziler (chancelier) txiléen, Iñaki Bidaurre, se fera un honneur d'organiser un rendez-vous au plus vite afin de vous rencontrer et de régler l'affaire en votre compagnie. Il pourra être dans l'archipel d'ici à une demi-journée. Maintenant, en ce qui me concerne, je suis assez d'accord avec vous : cet exercice militaire, qui ne doit sans doute être qu'un simple accident qui coûtera ses futurs galons à un amiral ou deux, est préoccupant pour les relations entre nos deux pays. Je suppose que vous n'êtes pas sans savoir que les multiples extensions des forces armées txiléennes, la Txileko Gudarostea, entraîne d'importantes dépenses étatiques mais aussi et surtout de grandes tensions autant dans la sphère civile txiléenne qu'au sein de votre archipel, où les conseillers militaires redoutent un déploiement rapide - trop rapide - de nos forces à votre détriment. »

IZKO ATURALDE | « Vous touchez juste : l'armée txiléenne est trop importante pour ne pas inquiéter l'archipel. Malgré le fait que les Paskoak soient déjà infiltrées de toutes parts par vos agents, dont nous en avons dénombré déjà plusieurs, vous n'êtes pas sans savoir que l'économie paskoane est rongée de l'extérieur par vos investissements, vos exportations, etceatera. Les ports paskoans deviennent txiléens : quand les Provinces-Unies compteront-elles racheter l'archipel ? J'ai peut-être laissé entrer le loup dans la bergerie, comme le suggère la presse socialiste au sujet des accords txiléo-paskoans d'Aroñari, mais je n'ai pas pu faire autrement. C'est à peine si les subventions étatiques font vivoter l'agriculture, mais nos dettes s'accroissent. Je suppose que vous savez également que le Txile est déjà détenteur d'une partie de la dette paskoane et cela, cela m'inquiète. Le Txile a les clés de la baraque : à quand déciderez-vous d'entrer ? Je n'ai pas le choix, j'avais déjà cherché un partenaire économique susceptible de redresser l'archipel au début de mon mandat. Mais je ne peux me résigner maintenant. »

PANTXIKO ERAUL | « Hmm. Voilà qui est certes préoccupant, mais vous m'excuserez de connaître déjà une partie de ce que vous me dites là, du moins en ce qui concerne l'économie. Pour ce qui est de la flotte de guerre txiléenne, sachez qu'elle n'est pas déployée dans ces eaux-là et que l'affaire se réglera sans doute par quelques pertes de galons pour un dignitaire de l'état-major de la marine txiléenne, l'Itsas Indarra, et les citoyens de l'archipel pourront dormir sur leurs deux oreilles. Je ferai tout mon possible en ce sens, mais je suppose que l'état-major txiléen est déjà arrivé aux mêmes conclusions que moi. Maintenant, pour ce qui est du reste... Une plus grande intégration des îles au Txile... Non. Nous ne pouvons pas. L'économie txiléenne sort d'une période de stase, si ce n'est de stagflation, et malgré le nouveau départ pris par cette dernière, je n'ai peur qu'elle s'essouffle à trop investir dans une nouvelle province peu rentable. En effet, vous devez également savoir que les investissements consentis par le Txile sont déjà faits à reculons, alors si nous les intensifions encore... Il s'agit de la popularité d'un gouvernement, voyez-vous. »

IZKO ATURALDE | « Bien. Maintenant que vous m'avez expliqué et que les journalistes m'ont vu rentrer en trombe dans l'ambassade, je suppose qu'un supposé règlement de comptes fera son effet sur les journaux paskoans. Je m'en vais de ce pas me retirer, puisque vous venez de plus ou moins résoudre la situation. Du moins, j'ai pu faire ce que j'ai pu ici bas, et je m'en vais maintenant rencontrer le très colérique généralissime Baraxil Iruregui. Vous n'avez rien d'autre à me dire, si ce n'est cela ? J'essaierai de décourager tout effort de riposte militaire, afin de ne pas se vautrer dans des démonstrations de force absurdes. La petite flotte de guerre paskoane ferait pâle figure face à la vingtaine de navires que les Provinces-Unies entretiennent, d'après mes sources. Tâchez donc de faire venir le chef du gouvernement txiléen, s'il vous plaît, et dites-le moi au plus vite. Il me hâte de rencontrer un énième dignitaire de l’État qui m'a fait le plus sué les dernières vingt-quatre heures. »

Après que le chef d’État paskoan fut sorti et eut rappelé ses hommes de main, postés à proximité de la porte du bureau personnel de l'ambassadeur txiléen, dans le salon à l'entrée, Pantxiko Eraul se leva de son siège, derrière le bureau, et se dirigea vers un téléphone posté sur une étagère, bien visible. Après avoir décroché et patienté quelques dizaines de secondes, l'interlocuteur à l'autre bout du fil décrocha. Le nouveau monarque du Txile était un personnage particulier, auquel on s'adressait sans trop savoir s'il fallait lui témoigner le respect qui seyait à un monarque héritier ou à un prince de la République. Bien qu'Eraul préférait le second rôle pour Gaspar II, lui rappelant ses jours de Lehendakari, il n'arrivait pas à se sortir de la tête l'image du monarque hors du temps, posté sur son balcon, la seule fois où il avait pu l'apercevoir de près, lui en contrebas et le prince posté sur le balcon de son hôtel particulier. Pantxiko toussota, puis cracha dans le combiné : « Votre... Majesté, Aturalde est un homme docile qui cherche à redresser son pays plus qu'à partir de son siège. Il s'agit d'un allié fiable, certes un peu faible, mais cette condition est plus propre à son rôle au sein de la République paskoane qu'à sa situation physique. Quidquid agis, prudenter agas et respice finem ». Après avoir prononcé ces dernières paroles placidement, Pantxiko raccrocha et se posta en penseur sur son siège.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Ambassade txiléenne (Aroñari, Paskoak) | 26/11/2036

[img]https://i.imgur.com/WfFbbOn.png[/img]
[cap]Le siège de l'ambassade txiléenne à Aroñari, 12 rue de la République (Errepublikako Kale).[/cap][/center]

Encore une fois, le Lehendakari (président) des îles Paskoak, Izko Aturalde, était mécontent des agissements de ses prétendus partenaires des Provinces-Unies du Txile. En effet, alors qu'il se préparait à rencontrer son homologue chef d’État en haute mer, on l'avait informé au dernier moment qu'en réalité la rencontre au sommet se passerait finalement au numéro douze de la rue de la République, dans la capitale paskoane elle-même, loin des regards indiscrets. Ainsi, le chef d’État txiléen, le prince Gaspar II d'Esparza, était arrivé en jet privé tôt dans la matinée afin de rester éloigné des suspicions et s'était même arrogé le droit d'organiser la rencontre de manière sommaire dans le bureau personnel de l'ambassadeur txiléen aux îles Paskoak, l'ancien Lehendakari txiléen Pantxiko Eraul. Izko Aturalde, bien décidé à faire comprendre à son supposé interlocuteur princier qu'il se trouvait sur le sol paskoan et devait donc se plier aux exigences de celui qui l'accueillait au dépend de la souveraineté de l'archipel, était donc prêt à rencontrer l'homme d’État derrière toutes ces machinations dont il avait entendu de vagues rumeurs. En effet, Gaspar II n'était pas le seul à bénéficier de services de renseignement, et Aturalde entretenait un réseau pourtant anodin mais précieux au sein des hautes fonctions de l’État txiléen.

En espérant prendre son hôte au dépourvu, il avait également découvert quelques dossiers qu'il croyait prendre pour un panier garni. Mais voilà que son véhicule de fonction tournait brusquement, interrompant le flux de ses pensées, tout en le rappelant cruellement à la réalité : les affaires s'amoncelaient contre sa personne et le gouvernement de son prétendu allié, le Lehenministroa (premier ministre) Filipe Chacartegui, qui avait recadré le chef d’État paskoan à plusieurs reprises au sujet de la baisse en popularité d'un gouvernement déjà essoufflé par l'expérience inédite de la majorité au pouvoir. Il fallait maintenant agir, discrètement certes, mais éliminer les fauteurs de troubles. Pour ça, Izko avait son plan en tête tandis qu'il descendait lentement de sa luxueuse voiture et saluait son cocher pour le trajet effectué dans le plus grand des secrets. Il faut dire qu'une rencontre avec l'ennemi d'hier n'avait pas spécialement enthousiasmé l'opinion publique des îles Paskoak et Aturalde avait décidé de l'annuler de jure pour ne pas froisser ce qui lui restait d'opinion favorable et de popularité. Mais il comptait bien rendre visite à celui à propos de qui on racontait à peu près tout et son contraire : il faut dire que Gaspar II en avait fait baver au titulaire de la souveraineté paskoane, qui avait eu affaire avec plusieurs des sbires de sa Majesté.

Il ne lui plaisait pas non plus d'accueillir sur son sol un représentant de l'ordre monarchique : l'archipel était attaché à sa petite souveraineté électorale et républicaine, au point de sacrifier les institutions au profit d'un Parlement certes représentatif et proportionnel, mais omnipotent et impotent à la fois. L'aile gauche du Parlement paskoan avait déjà organisé des manifestations les jours passés et la mouvance socialiste s'agitait, certains journaux appelant même à la lutte armée. Sa popularité présidentielle, bien qu'en chute libre, permettait à Izko de garder la tête hors de l'eau et de tenir son gouvernement de coalition majoritaire à bout de bras. Il ne serait peut-être pas réélu, mais cela lui importait peu : il avait ouï dire que ce qu'il se racontait dans les journaux n'était peut-être pas qu'une légende urbaine. Mais les intentions paneuskales du prince restaient encore à déterminer et Aturalde souhaitait avoir la main haute pour rapprocher le Txile des îles Paskoak - rapprochement qui aurait inévitablement lieu, qu'il s'agisse d'un rapprochement entre son gouvernement et celui du Txile ou d'un rapprochement entre le dirigeant suivant et le prochain gouvernement txiléen. Il faut dire que Gaspar II semblait avoir la tête froide et avait un projet fixe en tête, qu'il ne sacrifierait pour rien au monde.

Mais tout ça, ce n'était que des a priori qu'Aturalde entretenait tout en marchant. Il entra discrètement dans l'ambassade txiléenne, par le parc de derrière puis la porte de service, qu'il empruntait parfois pour rendre une visite impromptu à son supposé ami et ambassadeur, Pantxiko Eraul, et ce, à l'abri des regards indiscrets. La presse paskoane avait la fâcheuse manie de s'inviter partout, et les journalistes sous couverture étaient légions. Après une enfilade de couloirs et de corridors, Izko arriva finalement devant un salon de réception, gardé par plusieurs hommes de forte stature et visiblement issus de la garde militaire rapprochée du chef d’État txiléen. Derrière la double-porte qui gardait le bureau personnel de l'ambassadeur, on pouvait entendre la voix de ce dernier, guerroyant avec celle d'un jeune homme d'une vingtaine d'années qu'on pouvait deviner comme étant le monarque des Provinces-Unies du Txile. Pour Aturalde, l'attente fut interminable : consultant tour à tour ses dossiers et son téléphone cellulaire, il n'en démordait pas de vouloir en finir avec ces histoires de prétendu conflit larvé. Les journaux de l'archipel avait une très forte influence, et leurs idées jusqu’au-boutistes auront tôt fait de provoquer une guerre urbaine entre les agitateurs socialistes et les forces étatiques, ce qu'il ne voulait en aucun cas pour garder sa place jusqu'à la fin de son mandat. Soudain, la porte s'ouvrit et il fut happé dans le bureau, croisant le regard d'un Pantxiko Eraul courroucé qui sortit aussitôt.


[center][img]https://i.imgur.com/xhfzcju.png[/img] [img]https://i.imgur.com/HcYow09.png[/img]
[cap]Gaspar II d'Esparza et Izko Aturalde[/cap][/center]
GASPAR II D'ESPARZA | « Votre Excellence, je vous en prie, asseyez-vous. Sachez que je suis fort contrit de devoir vous rencontrer en de telles circonstances, mais je ne puis faire autrement : il en tient de votre tête, et de l'influence du Txile sur les îles. Il faut dire que votre presse nous rend la vie dure, et encore plus dure pour les citoyens txiléens expatriés dans votre archipel. Nous avons un problème majeur : les agitateurs journalistiques que l’État paskoan laisse courir dans les rues entretiennent l'idée que l'ennemi n'est pas l'indigène qui sabote la production agricole euskale pour élever ses bœufs qu'il ne vendra jamais, mais bien l'investisseur euskal et txiléen qui vient déposer son argent dans des affaires déjà peu pécuniaires, mais dont la valeur s'amoindrit de jour en jour au fur et à mesure que les socialistes paskoans entretiennent leur délire indigéniste indépendantiste. Je sais que vous avez vos solutions, qui consistent à éviter le problème, mais le Txile et encore moins les Provinces-Unies en tant qu’État ne fonctionnent pas comme ça : soit vous frapper la coalition d'opposition de plein fouet en démettant, soit le Txile s'en chargera. »

IZKO ATURALDE | « Effectivement, votre Majesté, j'allais vous en parler. Il se trouve qu'un journal socialisant et indigéniste en particulier, Paskoa Kuokoa, entretient les velléités socialistes et indigènes contre le Txile et les bénéfices des [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1280&t=16649#p339430]accords d'Aroñari[/url]. C'est à peine s'ils tolèrent l'ouverture du pays : selon eux, il faudrait fermer toutes frontières et expulser les ressortissants de tous pays, voire même expatrier les euskals présents dans l'archipel ! Bien sûr, ce n'est qu'un torchon lu par une minorité issue de l'opposition, mais les propos d'un certain Pakarti Zañartu, autoproclamé politologue et membre du parti Rapanui a me ka noho kauwa ole ana (RAMKNKOA, « Rapanui et Liberté »), est l'un des principaux agitateurs. Il tient des propos ainsi très orientés politiquement vers la cause indigéniste et socialiste, tout en gardant un vocabulaire calomnieux envers l’État paskoan, mais aussi et surtout contre les Provinces-Unies. Bien sûr, ce n'est qu'une suggestion, mais une requête d'extradition de la part du gouvernement txiléen contre Zañartu pourrait permettre de désengorger la situation et donner la clé aux Provinces-Unies pour rentrer dans l'archipel - et je ne parle pas que sur le plan diplomatique ou financier. »

GASPAR II D'ESPARZA | « Hmm. Pour sûr, cela ne ferait qu'intensifier la vindicte socialiste, mais la redirigerait contre le Txile, qui lui n'en a que faire de quelques milliers d'opposants politiques susceptibles de créer des émeutes. Qu'auront donc les Provinces-Unies en échange d'une telle extradition qui irait à l'encontre de la démocratie, qu'elle soit paskoane ou txiléenne ? En effet, comme vous le savez déjà sans doute, je suis particulièrement attaché aux valeurs démocratiques, malgré la forme d'un régime qui laisserait à penser l'inverse. C'est pourquoi, je souhaiterais négocier un marché qui soit utile pour les intérêts de nos deux pays, outre la simple amitié txiléo-paskoane que nous entretenons déjà par-delà l'opposition toujours plus vivace de l'adversité politique de votre gouvernement. Les Provinces-Unies réclament de pouvoir faire appliquer leurs revendications sur l'archipel : vous le savez comme moi, ce n'est qu'une question de temps avant que la souveraineté paskoane ne soit remise en question. Dans cette optique, je préférerais que nous arrivions à un accord assez rapidement. »

IZKO ATURALDE | « Bien que j'y rechigne par pur intérêt personnel, il se trouve que la situation actuelle de l'archipel paskoan ne me permet pas de signer d'accords bénéfiques sans concession vitale. En effet, vous n'êtes pas sans savoir que l'économie des îles Paskoak est à genoux, et que nous ne l'entretenons que par le mirage qu'est l'endettement. C'est vers le mur que les îles se dirigent, si une puissance étrangère n'en finance pas le redressement. Je sais bien que cela me coûtera ma place de chef d’État de l'archipel, mais sachez que je ne suis pas hostile à un rapprochement entre nos deux nations, dans la mesure où l'autonomie paskoane est respectée - au même titre que les autres provinces qui composent la fédération txiléenne. En échange de la souveraineté insulaire, nous réclamerons des investissements étatiques conséquents afin de redresser le pays ainsi qu'une aide militaire suffisante pour réprimer les émeutes menées par des agitateurs socialistes dont vous n'ignorez sans doute pas l'existence. Vos actions sur l'archipel auront des conséquences, malgré mes efforts. »

GASPAR II D'ESPARZA | « En ce cas, sachez que j'en suis bien conscient. Il se trouve que les Provinces-Unies ont plus que besoin de contrôler des eaux plus méridionales, autant par intérêt financier - pour contrôler les flux commerciaux venus de Dytolie, et les protéger - que par pure influence stratégique. Dans l'intérêt commun des îles Paskoak et du Txile, il viendra un jour où nos frontières s'uniront. Mais cela, ça ne sera pas avant plusieurs semaines. Il faut accélérer le processus de rapprochement, quitte à froisser ladite opposition socialiste et à la faire descendre dans la rue. Le climat de guerre civile vous nuira, mais renforça la nécessité d'une intervention étrangère - qui sera d'autant plus vue comme bienvenue. Désormais, nous sommes dans la course finale. Ce qui me préoccupe le plus, c'est l'armée paskoane, qui vous reste très largement inféodé, comme nous vous l'avons déjà reproché par le passé. Vos militaires ne doivent en aucun cas s'opposer aux nôtres, sinon nous nous vautrerons dans une escalade militaire vaine qui aboutira à la destruction d'un matériel stratégiquement précieux - et nous aurons perdu tout ce que nous avons construit jusque là. Vous pouvez disposer, votre Excellence. »

Sans piper mot, le chef d’État de la République paskoane s'esquiva et sortit après un bref mot d'aurevoir. Après s'être échappé du bâtiment dans la discrétion qu'il croyait la plus totale, il regagna le siège du gouvernement pour y rencontrer le cabinet ministériel au grand complet pour une réunion exceptionnelle - sur une sujet qui l'était tout autant. Le prince Gaspar II, resté seul dans le cabinet personnel de l'ambassadeur, réfléchissait. Il hésitait au sujet de la personnalité du Lehendakari (président) Aturalde, dont il devinait difficilement le caractère. Après quelques minutes de réflexion, Gaspar se leva du luxueux fauteuil de l'ambassadeur, dépassa le bureau en marchant lentement puis s'arrêta devant la porte, scrutant l'ébène qui le séparait de la salle suivante. Après avoir ouvert la porte avec nonchalance il se dirigea, toujours songeur, vers la sortie de service, avec la même discrétion que son précédent interlocuteur. A bord d'un véhicule sobre mais luxueux, il se dirigea vers l'aéroport, où il fut mené au premier vol à destination de Donostia. Le prince rentrait aux Provinces-Unies, mais son regard ne s'éloignait pas d'Aroñari.[/justify]
Djinndigo

Message par Djinndigo »

[justify][center]AROÑARIAKO HEGOALDEA
Îlot Morroñoa (îles Paskoak, Txile) | 18/04/2041

[img]https://i.imgur.com/qdOZ2gv.png[/img]
[cap]L'îlot inhabité de Morroñoa, près de l'île de Vitorio, est un lieu propice aux rencontres discrètes.[/cap][/center]
Voilà bientôt cinq années que l'ancienne République des îles Paskoak avait fusionné avec les Provinces-Unies du Txile sous l'égide de la couronne princière, alors que le Txile connaissait une embellie économique sans précédent et que les analystes internationaux en faisaient déjà la puissance régionale de demain. Mais depuis 2037, l'horizon s'était obscurci pour la fédération des provinces txiléennes : l'émergence d’États rivaux et l'entrée dans une sorte de piège de Thucydide avait poussé l'union vers le ralentissement de l'économie nationale, avec des résultats limités et un bilan annuel toujours plus alarmiste. Même si les semestres de 2040 s'étaient montrés prometteurs et l'avaient été en relançant à petite échelle la croissance du pays, il n'en demeurait pas moins que les trois années précédentes avaient été médiocres si ce n'est terribles pour la province des îles Paskoak, petite dernière de la fédération. Outre des promesses de réussite économique qui se faisaient encore désirer, c'est aussi le passage d'une République ultraparlementaire à une monarchie fédérale tournée vers l'exécutif qui avait déçu l'opinion locale.

Le bilan n'était donc pas brillant pour les paskoans : politique, économie, démographie, culture, l’État fédéral avait tué toutes les activités locales au profit des entreprises continentales, certes plus productives et rentables mais néanmoins pas des plus respectables dans leur exploitation sans vergogne du territoire et des travailleurs de l'archipel. La gronde d'une partie de la population, qui s'était toujours fait latente ces dernières années, était tout de même présente dans la presse papier et sur les réseaux, pour les plus fortunés. Izko Aturalde, ancien chef d’État de la République paskoane et désormais Lehendakari (président) de la province txiléenne des îles Paskoak, était considéré comme une figure fédératrice dans la population locale, plus que les représentants du Txile qui s'étaient montrés jusque-là relativement médiocres dans leur gestion administrative du pays. Aturalde faisait néanmoins face à des difficultés électorales pour les échéances à venir, c'est-à-dire celles du quatorze avril 2041.

Gauche social-libérale et droite libérale-conservatrice tendaient à reculer devant d'autres partis plus aventureux dans les sondages, et c'est bien ce qu'il manquait à Aturalde en cette journée de printemps dans l'hémisphère sud. Un appel téléphonique anonyme et sécurisé l'avait informé de l'heure et du lieu d'un rendez-vous important qu'il attendait depuis déjà quelques semaines ; l'attente était pour lui insupportable, installé à bord d'un hors-bord comme il en existe des centaines garés dans le port d'Aroñari, la capitale paskoane dont il venait de quitter la baie. Le paquebot, qui avançait à une encablure pourtant raisonnable, n'avançant pas assez vite pour l'homme d’État qui voulait voir le mystérieux personnage dont il reçoit des messages anonymes depuis quelques temps. Cet homme, il voulait en savoir l'identité ; il voulait savoir pourquoi ses propos lui paraissaient si familiers, défendaient un point de vue qui était le sien et qu'il défendait au fond de lui-même malgré tous les faux semblants qu'il pouvait entretenir en public.

Il n'avait partagé cette opinion qu'avec de rares anciens briscards en politique qui, comme lui, se taisaient depuis trop longtemps. Ces derniers, pour la plupart sous surveillance de ses propres hommes, étaient réduits à vivre une vie de débauche avec les élites bourgeoises de la capitale paskoane sans se soucier de la vie politique de l'archipel depuis son annexion. Après que leur navire se soit arrêté non loin du lieu de rendez-vous, un caillou hostile planté au milieu de l'océan déchinésien à quelques kilomètres de la côte menaçante de l'« île des requins financiers », comme Izko se plaisait à appeler cette île-banque, il monta sur une plus petite embarcation, une sorte de pneumatique qui fila droit sur l'îlot et sa seule plage de gravier accessible. Une fois accosté, Izko Aturalde congédia le marin qui était en sa compagnie : son destin, il devra l'affronter seul. Après avoir gravi quelques pentes avec difficulté dans son costard de haut-fonctionnaire, Izko Aturalde aperçut une silhouette qu'il ne reconnut pas de prime abord, planté qu'il était sur un monticule rocheux au bout de l'île. Se rapprochant du mystérieux personnage, Aturalde le reconnut alors : un vieux briscard.

[center][img]https://i.imgur.com/HcYow09.png[/img] [img]https://i.imgur.com/fAFUmFp.png[/img]
[cap]Izko Aturalde et Pantxiko Eraul[/cap][/center]
IZKO ATURALDE | « Alors là, si je m'attendais à voir le responsable de tout ce bordel planté sur une petite île pourrie au milieu de l'océan néchinésien, c'est finement joué. Mes hommes n'avaient pu m'assurer de votre présence dans les rues de Kapañoa, ni même dans le reste du Kaiyuan, et je gardais en moi cet espoir de revoir votre allure de touriste dytolien une dernière fois avant de déposer les armes. Voilà quatre années que vous avez disparu dans la nature, abandonnant votre poste d'ambassadeur qui, manifestement, était de toute manière destiné à la casse vu l'intégration des îles Paskoak dans la fédération txiléenne. Non, vous avez fait fort, je dois l'admettre : abandonner le navire après l'avoir fait couler. Quelle était votre idée au moment d'accepter de devenir le héraut de Donostia en 2036 ? Ambassadeur, Lehendakari, vous avez tout fait en somme. J'espère que vous m'avez convoqué ici en attisant vainement ma curiosité avec un quelconque projet novateur, j'imagine ? »

PANTXIKO ERAUL | « Moi aussi je suis ravi de vous revoir, Izko. Cela fait un moment que je prépare mon grand retour. D'ailleurs, vous auriez pu deviner un peu plus tôt l'auteur des messages que vous avez reçu récemment : ne suis-je pas l'homme de la République ? Du moins, j'en suis le dernier, je le crains. Mes échecs politiques m'ont coûté cher, je dois l'avouer, et à plusieurs reprises qui plus est. Donostia ne veut pas de moi, ou du moins c'est ce que la couronne princière a convaincu la population de croire. Croyez-vous réellement que l'on m'a laissé le choix de devenir le vassal du prince dans le cadre de l'annexion des îles Paskoak ? Non, j'ai accepté d'être envoyé dans l'archipel dans le but de rapprocher Donostia et Aroñari. Une décision qui peut sembler paradoxal quand on me sait républicain, mais cruciale : maintenant que l'ogre monarchique est tourné vers le continent et la fragile Confédération aguadorienne, l'archipel n'est plus défendu, politiquement du moins. »
IZKO ATURALDE | « Mais quel oiseau de malheur êtes-vous au juste, Pantxiko ? Oui, comme vous le dites si bien, vous avez fait des erreurs, de sacrés erreurs même. Vous m'avez forcé la main en 2037 avec les manœuvres militaires et toute l'esbroufe dont était capable la Txileko Gudarostea (l'armée txiléenne) et son Itsas Indarra (la marine txiléenne). Contre les maigres forces de la Paskoako Gudarostea oui vous avez fait fort vous le « républicain » ! Je sais bien que vous obéissiez à Donostia mais tout de même, votre dignité aurait pu vous permettre de ranger votre costume au placard et de laisser la place à un autre homme plutôt que vous. Vous avez collaboré avec les Provinces-Unies pour l'annihilation de la souveraineté paskoane et je n'ai pu qu'accepter ce destin amer qui condamnait la nation paskoane à réintégrer le Txile. Si vous croyez que je ne vous tiens pas responsable des agissements des Provinces-Unies et de ses dignitaires, sachez que c'est tout comme : vous n'êtes que le responsable de votre déchéance et vous... »

PANTXIKO ERAUL | « Bon, maintenant vous parlez comme un moulin et vous me prenez pour le plus grand serpent que l'humanité ait jamais connu. Pourtant, j'en ai connu des bien plus retors, dans les couloirs du Palais du Lehendakari à Donostia. Je me permets de vous couper dans votre flot d'attaques incessantes pour vous rappeler que la survie de votre archipel, c'est grâce à moi. En-dehors des Provinces-Unies, les Paskoak n'auraient pas tenu une décennie de plus : foncer dans le mur en gardant le sourire, ça c'est bien une mentalité de paskoan. Non, je n'ai pas collaboré avec Gaspar II et ses sous-fifres pour le seul plaisir d'entendre sa voix suave d'aristocrate me susurrer ses intentions impérialistes. Non, mon projet était et est toujours différent de ça : voyez-vous, avec les Paskoak au sein du Txile depuis déjà quatre ans, les paskoans se sentent et txiléens et paskoans. Pour autant, ils restent attachés aux valeurs républicaines : les prouesses miraculeuses et fantasmées de l'ancien Kontsula (consul) Gaspar d'Esparza, ça ne les concerne pas et ils ne partagent pas l'engouement du reste de l'opinion publique. »

IZKO ATURALDE | « Donc si je comprends bien, ce que vous me proposez c'est d'appuyer votre républicanisme à vous avec ceux qui me soutiennent ? Sachez que c'est déjà suffisamment compliqué pour moi de gérer ma majorité qui se transforme tous les jours un peu plus en minorité. Je risque même ma place pour les prochaines élections : si les élections provinciales ne se terminent pas en ma faveur, je suis bon pour me reconvertir en ambassadeur du Txile comme vous l'avez fait vous-même par le passé. Non, de toute manière ça n'est pas un archipel de deux millions et demi d'habitants qui, comme vous le dites si bien, va survivre seul au milieu de l'océan néchinésien une décennie de plus. Donostia nous tient, économiquement comme politiquement, et c'est dans les intérêts des dignitaires de l’État fédéral. Mais dès que le prince aura fini de jouer avec notre caillou, il nous laissera à la dérive pour nous laisser nous faire écraser par les provinces continentales dans ce combat déloyal. La lutte n'est pas possible, nous sommes seuls dans cette union de fous qui regardent plus en-dehors de nos frontières qu'en dedans. »

PANTXIKO ERAUL | « Izko, votre vision m'épatera toujours : vous ne voyez que ce qui arrive en face de vous et dans les petites frontières de votre ancienne République. Mais regardez l'union ! Regardez ce que devient le Txile sous la férule du si magnanime prince. Gaspar II a beau susciter l'unanimité dans l'opinion publique, les partis qui le représentent le mieux n'ont pas été très performants aux dernières élections. Aussi, c'est un autre type de menace qui a accédé au pouvoir : les social-démocrates, ces chimères qui demeurent en réalité aussi libéraux qu'une majorité de txiléens, cachent derrière eux un véritable danger. Nous reviendrons à en parler. Mais n'oubliez pas que la République n'est pas morte avec la restauration, et je compte bien sur les paskoans pour s'en rappeler. Mais il me faut maintenant regagner mon fief à l'étranger : les Provinces-Unies sont une terre qui m'est aujourd'hui hostile, les hommes du prince sont partout. J'espère vous avoir fait comprendre que la République se réveillera, peu importe en soit le prix. Les événements à venir risquent également de tourner en notre faveur en la matière. Ikus arte, Izko. »

Sans attendre son interlocuteur, l'ancien Lehendakari de la République Fédérale du Txile se dirigea vers la plage de gravier où l'attendait une autre embarcation, plus discrète que celle du chef du gouvernement paskoan. Seul, vêtu de sa chemise blanche et de son accoutrement de riche sexagénaire, Pantxiko Eraul repartit vers un navire assez modeste planté dans une crique voisine. Songeur, Izko Aturalde regagna lui aussi son paquebot à bord duquel il retourna dans son office, à Aroñari. Cette entrevue l'avait bouleversé : dans son océan de misère, il voyait une échappatoire idéologique. Eraul avait été un de ses premiers contacts txiléens et, bien que les deux hommes aient toujours eu des différends les séparant, ils partageaient des valeurs républicaines et démocratiques propres. De plus, Pantxiko avait toujours été un rhéteur habile, maniant le mot pour convaincre son électorat, là où la naïveté qui était le propre d'Aturalde lui faisait défaut. Après quatre années de silence, l'archipel pourrait bien connaître un peu de grabuge.[/justify]
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