La vie en Nouvelle-Cajanée

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LA VIE EN NOUVELLE-CAJANÉE[/center]
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Le néocajanéen typique ?
Article de 2028 paru dans The Observer, Jonathan Smith

J'ai pu, à l'occasion de multiples voyages à l'étranger et de nombreux reportages, côtoyer de nombreux étrangers, et ainsi récolter les préjugés qu'ils avaient sur le néocajanéen typique. À vrai dire, c'était déjà une victoire s'ils en avaient, au vu de l'isolationnisme diplomatique pratiqué par nos gouvernements successifs depuis le Troisième Réveil. En réalité, si certains citoyens étrangers bénéficient de préjugés très favorables à leur égard, ce n'était pas le cas des néocajanéens, que l'on ne cessait de qualifier de "rigoristes, moralistes, fermés, peu aimables, très voire trop pieux, excessivement sobres et austères, s'habillant et vivant dans une simplicité extrêmes". Quelques compliments couraient ci et là, certes : une très grande érudition théologique (contrebalancée par une intolérance complète à l'égard de ceux que les néocajanéens qualifient de non-textuels, c'est-à-dire les chrétiens trop éloignés des textes), une racisme quasi-inexistant (contrebalancé là aussi par une très faible tolérance à l'égard des païens), une grande charité (contrebalancée par une désapprobation de la consommation et une véritable glorification de l'épargne, ce qui rend le néocajanéen très généreux pour les nécessiteux ou les bonnes oeuvres, mais très peu enclin à "payer son coup" dans les pubs ou les restaurants, puisqu'il n'y va... que très peu), une très grande fierté et un attachement à leur culture, se traduisant par une grande connaissance de la musique et de la littérature (fierté et attachement contrebalancés, là aussi, par un sentiment de supériorité assez insupportable m'aura-t-on dit à plusieurs reprises). Quant aux clichés, ils faisaient aussi florès, et n'étaient, bizarrement, pas si négatifs que cela : une hygiène parfaite (voire parfois excessive), une grande habilité à jouer et à parler de la musique (probablement due à l'éducation musicale reçue très tôt par nos chères têtes blondes), et une honnêteté sans faille dans le commerce malgré des négociations intransigeantes (le calvinisme revient au galop...). Je n'aurais bien sûr jamais échappé à l'éternelle et incroyable "pudeur" des néocajanéens : je me souviens encore d'un ami deseran qui me racontait sa rencontre avec deux néocajanéens dans un pub, rigoureusement assis au fond, à l'angle, à boire une bière sans alcool, et qui refusaient de jouer aux fléchettes au prétexte qu'ils "ne voulaient pas en faire des tonnes".

Excessif, me dira-t-on. J'ai donc décidé de laisser tomber les préjugés des étrangers pour aller voir du côté des expatriés en Nouvelle-Cajanée. Peu nombreux, leur témoignage est pourtant, à mon avis, le plus fidèle qu'il m'est donné de récolter. Et quoi de mieux qu'un chercheur dytolian en sociologie, Marco DiCarlo installé depuis douze ans en Nouvelle-Cajanée, à Cazemajou, pour nous parler de ses nouveaux compatriotes ? "Le néocajanéen typique, du moins le marthois (francophone), c'est un individu à double-tranchant. Il est absolument et entièrement intègre, pieux, honnête et droit, mais il se révèlera très vite d'un ennui monstre, constamment apeuré par l'image qu'il donne de lui-même à Dieu et aux autres, surtout aux membres de sa communauté. Généralement, c'est un grand élancé, aux cheveux châtains ou bruns - peu de blonds, sauf chez les anglophones. Travailleur acharné, sans aucun doute, car j'ai mis plusieurs années à pouvoir soutenir leur rythme de travail. Mais complètement incapable de profiter des plaisirs simples de la vie, d'un café en terrasse (quelle utilité ? je peux faire du café chez moi !), d'une sortie à la plage (j'ai encore beaucoup de travail à la maison !) ou d'un après-midi à regarder des séries télévisées ou à jouer à des jeux vidéos (le pasteur a besoin d'aide à la paroisse !). Cela fait du néocajanéen un individu très peu consumériste, peu en dilettante, ce qui explique qu'il sorte rarement de son pays et qu'on voit très peu de touristes néocajanéens. Le néocajanéen, c'est aussi un individu généralement impliqué dans sa paroisse. C'est enfin un individu qui se sent constamment le devoir d'agir impeccablement en société et de produire une activité utile afin de montrer qu'il est justifié par la foi en Dieu et que cette foi a purifié son attitude extérieure. Il commettra rarement de faux pas (sauf à être trop timide ou impassible), et ne tolèrera tout au plus qu'une balade en forêt ou dans la campagne comme temps passé à ne rien faire de particulier. C'est enfin un individu qui s'intéresse peu à la politique et à la géopolitque, très peu ouvert sur le monde, assez renfermé. C'est moins le cas à Cazemajou ou dans les autres grandes villes, mais dès que l'on entre en périphérie, et pire encore lorsque l'on rentre dans les campagnes, c'est du nombrilisme complet : au-delà de leur paroisse ou de la ville d'à côté, les néocajanéens ruraux n'ont rien vu de leur vie.

Et les anglophones, dans tout ça ? Les anglophones sont un peu plus ouverts. Ils sortent dans des pubs de temps en temps. C'est plus agréable à vivre, en réalité. Ils ont conservé les valeurs protestantes mais ont abandonné l'ascèse dans la vie quotidienne. C'est un peuple plus modéré, pas tant dans la foi (les baptistes, à très grande majorité anglophones, sont sans aucun doute les plus durs religieusement, notamment avec les homosexuels), mais surtout dans la vie quotidienne. Ils ne sont pas plus tolérants que les francophones - au contraire, d'ailleurs, ils sont souvent plus racistes et intolérants -, mais ils sont plus "cool", en tout cas. Plus "posés", dira-t-on. C'est probablement du au climat plus méridional."
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Sermons remarquables de Nouvelle-Cajanée (1)
Les Sermons remarquables de Nouvelle-Cajanée constituent un recueil de quarante-et-un sermons prononcés par des prédicateurs en Nouvelle-Cajanée entre 1689 et 1777. Réunis à l'origine par Arthur Wesley, auteur et érudit néocajanéen à la fin du 18ème siècle, le recueil fut corrigé par des historiens jusqu'en 1888, date de la parution de sa publication finale. Aujourd'hui, les Sermons remarquables constituent l'un des fondements de l'éducation théologique des néocajanéens. S'ils ne sont pas formellement considérés comme des textes inspirés de la même manière que les Saintes Écritures, il est largement considéré que ceux qui les ont prononcés l'ont été par l'intercession du Saint-Esprit ; ainsi, bien qu'ils ne bénéficient pas de l'inerrance de la même manière que la Bible (en tant qu'elle est sans erreur), on remarque certaines similarités culturelles : les Sermons remarquables ont donné des expressions courantes au langage quotidien néocajanéen, à l'instar du fameux ("Mais qui êtes-vous, simples mortels, pour vous plaindre de Dieu ?") - et des références constantes faites par les pasteurs durant leurs prédications aux sermons classés dans l'ouvrage. La "dévotion" des néocajanéens aux Sermons remarquables reste malgré tout à relativiser, notamment à l'égard de la dévotion aux Écritures (sola scriptura), puisque l'Église réformée de Nouvelle-Cajanée ne cesse de répéter que "les Sermons remarquables constituent un ouvrage guidant la foi mais ne faisant pas autorité" (Déclaration de Notthingham du 7 septembre 1902).

La souveraineté de Dieu
Par Matthew Camsen, pasteur réformé, 1706, prononcé en plein air à New Belfast devant deux cent fidèles, en bord de mer. Le sermon, qui dure une heure et demi, est axé sur la question de la souveraineté divine, de la prédestination, du libre-arbitre, et de la théodicée. Extraits.

"Voilà que j'entends la voix de certains s'élever ! On se plaindrait de la façon dont Dieu a décidé d'ordonner sa toute-puissance ? On ne serait pas satisfait des décrets ordonnés par Dieu concernant l'humanité et le monde ? Le potier n'est-il pourtant pas maître de son argile* ? Oui, Dieu en a élus certains et en a délaissés d'autres, mais n'êtes vous pas ses modestes créatures ? Certains se plaignent que l'amour ne soit pas universel, qu'il ne soit pas le fruit d'un consentement libre et éclairé de l'homme ! En somme, on s'attriste que Dieu ne se soit pas rabaissé à notre volonté. Soit ! Mais qui êtes-vous, simples mortels, pour vous plaindre de Dieu ?* Comment pouvez-vous concevoir un Dieu souverain et tout-puissant et un Dieu qui serait soumis à votre conception charnelle et humaine de l'amour ? Car si Dieu vous a commandés d'aimer, il ne vous a jamais donné autorité pour le contraindre à votre propre conception de l'amour ! En effet, sa volonté pour ses propres desseins n'est pas nécessairement la même pour les desseins des hommes entre eux ! C'est ainsi que même si Dieu n'en a pas élu certains, les élus doivent malgré tout aimer ceux qui ne le sont pas !

(...)

Et je le répète, qui êtes-vous, simples mortels, pour vous plaindre à propos de Dieu ? Car ceux qui se plaignent n'ont pas confiance, et ceux qui n'ont pas confiance n'ont pas la foi ! Ne vous a-t-on pas dit de tressaillir d'allégresse, car votre récompense sera grande dans le ciel ? Soyez confiants, soyez aveugles, soyez des enfants comme Jésus vous l'a dit lui-même, abandonnez entièrement vos jugements non seulement pour les hommes mais aussi pour Dieu, car rien de ce qu'il fait ne peut être mauvais, même quand il n'élit pas, puisqu'il est lui-même Dieu ! Ou voudrez-vous me dire que vous, créatures en servitude à votre propre nature, pauvres êtres humains voués à redevenir poussière, pouvez juger Celui qui vous a donné l'intelligence-même nécessaire au jugement ? Vraiment, je vous le dis, les vrais élus ne le diront pas, puisqu'étant eux-mêmes des lampes qui sont placées dans la maison de Dieu, ils savent qu'une maison ne peut se diviser contre elle-même, comme il l'a été dit dans les Écritures.

(...)

Car encore, qui êtes-vous, simples mortels, pour vous plaindre à propos de Dieu ? Je parle ici aux mauvais et aux gens de peu de foi ! N'êtes-vous pas satisfaits de votre vie ici-bas, alors même qu'elle vous a été gratuitement donnée par Dieu ? Car comme il est écrit, Dieu ne fait-il pas lever le soleil sur les mauvais et sur les bons ? Et de la même manière, ne fait-il pas pleuvoir sur les mauvais et sur les bons ? Vous vivez dans le même monde que ceux qui croient, avec tous les avantages que ce monde offre ! Mais qui vous a donné ces avantages ? En effet, n'avez-vous pas des yeux pour voir les merveilles de la nature ? N'avez-vous pas le nez pour sentir le parfum de votre femme ? N'avez-vous pas des mains pour sentir vos enfants, vos petits-enfants, ou la caresse de l'herbe des prés ? N'avez-vous pas, vous qui ne croyez pas et qui pourtant vivez dans ce même monde avec tous ses bénéfices, un coeur pour aimer l'épouse qui partagera votre lit ? Alors de quoi vous plaignez-vous, alors que Dieu lui-même dans sa bonté vous traite en égalité avec ses élus, en vous faisant coexister avec vous dans un monde qui ne serait pas vivable s'Il n'avait pas décidé d'y mettre de bonnes choses ! Et même dirais-je que l'épreuve de la vie chrétienne est plus lourde que celle de la vie païenne, puisque les chrétiens sont eux contraints par les lois de l'amour alors que vous ne l'êtes pas ! Alors que vous bénéficiez de l'amour des chrétiens sans le leur rendre ? Alors qu'ils sont contraints de vous aimer bien que vous puissiez être leurs ennemis ? Ils se font saints et vous demeurez dans le péché ! Et vous vous plaignez toujours ? Mais qui êtes-vous, simples mortels, pour vous plaindre ainsi ?

(...)

Car je vous le dis, en vérité, la vraie et finale égalité, c'est celle des cieux. Il y a toujours un prix à payer : Dieu a ainsi lié toute l'humanité par ce principe, voilà l'égalité. Les vrais élus sont entrés en chasteté et ont payé le prix de leur vie éternelle et glorieuse ; mais vous, votre prix sera à payer plus tard, puisque si vous avez la vie terrestre et voluptueuse sans ses contraintes de chasteté, de pureté et d'amour, ces contraintes que les chrétiens ont - vous, vous payerez quand même cette vanité de votre mort. Les chrétiens payent aujourd'hui pour la gloire plus tard - vous, vous jouissez aujourd'hui de la vie et du monde sans contrainte alors que les chrétiens subissent vos excès, et vous ne payerez ce prix que plus tard. Ainsi, ne vous plaignez pas, car vous qui ne croyez pas, vipères, vous aurez la juste rétribution pour ce que vous êtes, de même que ceux qui croient auront la juste rétribution pour ceux qu'ils sont.


(...)

Amen.

* Rom 9:21
* But who are you, mere mortals, to complain to God?
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Sermons remarquables de Nouvelle-Cajanée (2)

L'amour et le chrétien
Par Elis Vanderboek, pasteur quaker, 1724, prononcé sur le marché de New Haven. Le sermon, qui dure quarante minutes, est axé sur l'amour de Dieu, le pardon, la tolérance et l'inclusion. Il constitue l'un des socles de la tolérance et de l'amour quaker, qui pousse les membres de cette confession à l'ouverture et au progressisme. Extraits.

Devra-t-on tolérer les péchés de nos prochains ? Devra-t-on souffrir de leur présence en silence et leur apporter l'amour que Dieu nous commande de leur apporter ? Puisque l'on ne sait rien de la lettre que le postier apporte, il faut s'attarder sur son contenu, afin de savoir si le postier nous apporte une bonne ou une mauvaise nouvelle. De la même manière, demandez-vous quel est le contenu du message que vous voulez faire resplendir sur le monde, et Dieu vous jugera en votre qualité de bon ou de mauvais messager.

L'amour prend patience, l'amour rend service, l'amour ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil. Il ne fait rien d'inconvenant, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'emporte pas, il n'entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai. Il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout*. Sur ces saintes paroles, calibrez et fixez l'amour que vous déversez dans le monde, car telle est la vérité qui vous a été enseignée par les Écritures, par la révélation divine !

Devrez-vous tolérer votre voisin buveur et débauché ? Comme il fut écrit, rendez service à votre voisin : protégez-le de lui-même et protégez ceux à qui celui-ci cause souffrance et danger. Ne le jalousez pas dans sa débauche, car vous êtes la lumière du monde et que vous ne pouvez pas jalouser la bassesse quand vous êtes dans les cimes. Ne vous vantez pas de votre chasteté, car vous êtes vous aussi pêcheur : c'est pourquoi vous ne le jugerez pas, car seul Dieu juge, comme il est écrit ; de la même manière, ne vous gonflez pas d'orgueil quand vous aimez. Ne faites rien d'inconvenant : ne créez pas le scandale, ne répandez pas les bassesses de votre prochain à toute la paroisse, faites si besoin appel aux gens discrets et de confiance, soyez précautionneux, prudents et polis dans les fruits de votre amour. N'y cherchez pas votre intérêt : n'aidez pas votre voisin pour obtenir sa reconnaissance, et c'est pourquoi vous pourrez mourir pour lui, alors qu'il meurt déjà par lui-même aux yeux du Seigneur. N'entretenez pas non plus de rancune : votre voisin rejettera votre assistance, il vous accusera d'impudeur, de curiosité excessive et d'inquisition, et si cela est vrai, alors voyez la brindille dans votre oeil au lieu de voir la poutre dans le sien, mais si cela est faux, pardonnez-le, sept fois ou sept fois soixante-dix-sept fois. Ne vous réjouissez pas de l'injustice, car si votre voisin qui a refusé votre assistance périt malgré tout, c'est autant son échec que le vôtre que le Seigneur observera. Que votre amour trouve sa joie dans ce qui est vrai, c'est-à-dire les Écritures et les miracles, les dons et le salut, le pouvoir tout-puissant et souverain de Dieu.

(...)

Mais surtout, comme il est écrit, supportez-tout ! Oui, ils pécheront tous et vous pécherez tous, mais tous supporterez, tous pardonnerez, et tous aimerez. Vous ne créerez pas la division mais réunifierez les mondes brisés avec les liens de votre amour. Vous supporterez la débauche sans y prendre part, car vous êtes vous aussi dans la débauche, parce qu'aucun de vous n'est digne de l'amour de Dieu. Vous ferez confiance, dans la raison de votre voisin pécheur et dans la toute-puissance de Dieu, malgré vos vaines tentatives. Vous espérerez tout : vous ne serez guidés que par le meilleur que l'aujourd'hui, vous espérerez le repentir de votre voisin et la grâce de Dieu sur lui, vous le bénirez et l'aimerez, vous prierez pour lui en toute humilité et en toute communion. Ainsi soit-il ! Mais mieux encore, je vous le dis : vous endurerez tout ! Vous avez enduré l'exode en Cajanée nouvelle et vous ne tolérez pas les déboires de vos voisins ?* En vérité, vous endurerez à la millième mesure des souffrances que vous avez déjà subies, car Christ lui-même a gratuitement souffert pour nous alors que nous ne le méritions pas. Soyez parfaits comme votre Dieu céleste est parfait !

N'excluez pas ; intégrez. Ceux qui demeurent le plus loin de Dieu sont ceux que vous devez aller chercher dans l'amour et l'humilité. Vous n'avez aucun mérite à aller chercher ceux qui sont déjà près, car le chemin n'est pas court. Si vous acceptez Jésus dans votre coeur, alors vous acceptez qu'il soit venu pour des coeurs déchus ; de même, vous marcherez vers ceux qui sont tombés et vous les relèverez.

(...)

Et oui, en vérité, je vous le dis, vous souffrirez car vous tolérerez. Vous penserez que votre voisin ne concourt pas à la gloire de Dieu, mais votre souffrance le fera à sa place : tout s'équilibre. Vous ne renierez pas votre voisin, vous l'accepterez malgré tout. Et vous ne serez pas hypocrites ! Vous ne prétendrez pas l'aimer lui mais haïr ses actes, car si cela relève de l'évidence, il ne faut pour autant pas oublier que nos actes définissent en grande partie qui nous sommes, et qu'à trop faire la distinction, on ne peut que rejeter la réalité de l'autre en prétendant vouloir protéger ce qu'il y a de bon en lui, alors même que nous ne voulons en fait que protéger l'image que nous voulons avoir de lui. Sachez finalement que personne n'est vôtre ; chacun appartient au Seigneur ; contentez-vous d'aimer, il se chargera de la justice, sans qu'il n'ait besoin que vous présagiez de ce qu'elle contient.

(...)

Amen.

* Cor 13:04-07
* You endured the exodus to New Cajanea and yet do not suffer your neighbor's foolishness?
* Everyone belongs to the Lord ; just love, He shall take care of Justice.
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Un programme typique de théologie en terminale en Nouvelle-Cajanée (tronc commun de 15 à 18 ans)

Première année d'enseignements terminaux en théologie (4h/semaine)

Premier trimestre
- Bibliologie (16h) ;
- Ancien Testament (16h) ;
- Nouveau Testament (16h).

Deuxième trimestre
- Théologie morale (32h) ;
- Histoire religieuse en Nouvelle-Cajanée (16h).

Troisième trimestre
- Introduction à la Trinité (12h) ;
- Patérologie (8h) ;
- Christologie (16h) ;
- Pneumatologie (8h) ;
- Périchorèse (4h).

Deuxième année d'enseignements terminaux en théologie (4h/semaine)

Premier trimestre
- Anthropologie chrétienne (40h) ;
- Angéologie (4h) ;
- Démonologie (4h).

Deuxième trimestre
- Théologie comparée (judaïsme) (16h) ;
- Théologie comparée (islam) (16h) ;
- Théologie comparée (autres religions) (16h).

Troisième trimestre
- Théologie chrétienne comparée (48h).

Troisième année d'enseignements terminaux en théologie (4h/semaine)

Premier trimestre
- Hamartiologie (12h) ;
- Sotériologie (36h).

Deuxième trimestre
- Ecclésiologie (8h) ;
- Eschatologie (8h) ;
- Philosophie politique chrétienne (40h).

Troisième trimestre
- Apologétique (16h) ;
- Prédication (12h) ;
- Liturgie (8h).

Les étudiants ayant pris l'option "Théologie renforcée" choisissent une sous-option parmi les quatre disponibles :
L'option théologie systématique qui met l'accent sur la doctrine chrétienne ;
L'option théologie pastorale qui met l'accent sur l'apologétique, la prédication, l'évangélisation, la catéchèse, la connaissance de la liturgie et de la pratique religieuse ;
L'option théologie comparée qui met l'accent sur la comparaison des croyances et doctrines entre les religions, confessions et églises différentes ;
L'option exégétique, qui est doublée d'un cursus spécifique en langues bibliques apportant un surplus de 3x2 heures de cours par semaine (hébreux et grec) pendant trois ans, et l'étude spécifique des textes bibliques.

À la fin de chaque promotion, un culte d'études terminales oecuménique est organisé, véritable évaluation finale, où les étudiants, selon le choix de leurs options, organisent et réalisent un culte dominical dans la plus grande église de leur paroisse.
Les étudiants en théologie pastorale préparent une semaine d'actions ecclésiales et organisent et gèrent la liturgie extraordinaire du culte dominical relevant de leur responsabilité ; seule la prédication est laissée aux soins des étudiants en théologie exégétique ; les étudiants en théologie comparée s'acharnent à ce que la semaine d'actions ecclésiales et la liturgie soit proprement oecuménique ; les étudiants en théologie systématique produisent ensuite une critique de la semaine d'actions ecclésiales et de la liturgie menée.
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Dans le bureau du vice-président du Grand Synode, Bertrand Lajoie

Ils sont une petite douzaine, réunis autour d'une table basse sur laquelle trône une carafe d'eau en verre grossier. L'ameublement est sobre, la luminosité est faible : l'espace est propice aux confidences. Depuis l'extérieur, on ne voit rien d'autre qu'une fenêtre légèrement éclairée. En bas, quelques commerçants ferment leur boutique car il se fait déjà tard. Des écoliers achèvent leur trajet du retour et des dames vêtues de noir (parce qu'on ne s'habille qu'en noir, en Nouvelle-Cajanée) portent de lourds sacs de courses. La journée va bientôt s'achever.

Cela fait désormais huit mois que des millions de néocajanéens refusent de payer leurs impôts. Des milliers d'officiers de police sont en grève et une proportion grandissante de magistrats refusent de prononcer leurs décisions. Le pays est paralysé. Seules les paroisses continuent paisiblement leur activité : culte dominical, catéchisme et tutti quanti... Mais c'est une tranquillité apparente que les petites églises comme les grandes affichent en ce moment.

Si le pays apparaît endormi, son coeur est en feu. Plus personne ne croît en son administration républicaine. Tous corrompus, tous lâches, tous pervers, tous trempés dans les mêmes affaires. Les journaux sortent les corps des placards, les révélations tombent en ribambelles dans les kiosques chaque semaine. C'est un coup le maire de telle commune qui est accusé de prise douteuse d'intérêts, un autre un administrateur local du Trésor qui n'a pas prélevé les impôts de l'entreprise de son beau-frère avec autant d'assiduité qu'il prélevait ceux des autres. Hier, c'était le ministre des transports qui s'excusait publiquement d'avoir il y a cinq ans accusé injustement un ingénieur de l'État pour un défaut de conception d'un rail ayant causé plus de trente-huit morts - alors que l'insuffisance de l'infrastructure était surtout dû à des coupes budgétaires mal... ajustées.

Tous corrompus. Tous lâches. Tous pervers. Tous trempés dans les mêmes affaires.

Et pendant ce temps, le Grand Synode, les pasteurs, les diacres, tout ce beau monde à fraises, cols romains ou robes noires, jouissait d'une popularité jamais atteinte auparavant. C'est qu'ils passaient pour des anges, eux. Les scandales ne semblaient jamais les éclabousser. Cela pour deux raisons.
Premièrement, le Grand Synode, deuxième chambre législative de Nouvelle-Cajanée, était composée de membres issus des paroisses, révocables facilement par les conseils presbytéraux des églises locales, ce qui les poussait à une exemplarité quotidienne hors du commun. Ils pouvaient facilement être mis en cause par leurs paroissiens et pouvaient risquer à chaque écart de tout perdre, y compris leur pastorat.
Deuxièmement, ils n'avaient jamais exercé un réel pouvoir fiscal, budgétaire ou économique. La plupart des scandales frappaient des autorités exécutives locales ou des sénateurs - mais le Grand Synode se désintéressait généralement des questions laïques et faisait office concernant ces sujets de simple chambre d'enregistrement du Sénat. C'était surtout à propos des problématiques sociétales ou ecclésiales qu'il prenait des décisions majeures - en somme, rien ne pouvait les tenter à part leurs propres errements philosophiques ou théologiques. Ils appartenaient au monde des idées et voyaient les comités budgétaires, les sous-commissions spéciales et les réunions de travail sénatoriales concernant telle ou telle infrastructure ou telle ou telle taxe avec beaucoup de dédain. Ils s'occupaient de Dieu, eux, ils le représentaient, au Grand Synode ! Mais les sénateurs, quoi... Du vent, des politiciens... Rien de très noble.

Bertrand Lajoie était écouté avec attention dans son bureau, par d'autres pasteurs, membres du Grand Synode.

- J'ai discuté avec toutes les instances dirigeantes des grandes églises. La situation est si grave que même les Quakers - oui, même eux... - ont accepté d'excommunier la quasi-totalité des membres du Sénat. L'Église réformée, après beaucoup de discussions, a même cédé concernant l'excommunication du président de la République. Demain ou après-demain, tous les corps civils seront dénués de toute autorité morale. Alors nous pourrons procéder au vote de nos amendements à la Constitution. Et ce sera grandiose.
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Un jugement somme toute évident en Nouvelle-Cajanée...

[quote]République de Nouvelle-Cajanée

LA COUR D'APPEL DE CAZEMAJOU, DEUXIÈME CHAMBRE CRIMINELLE,
Siégeant pour Dieu et en son nom (Romains 13:1),

Ainsi composé :
M. Bertrand BELLEBARRE, président ;
M. Éric CHASTIS, assesseur ;
M. Valentin-Pierre MOROY, assesseur ;

(...)

Attendu que le prévenu, M. Jean-Louis Vacadière, est poursuivi entre autres du chef de blasphème (article 678-2-9 du code pénal), pour avoir, selon les déclarations des témoins annexées au présent jugement, et selon le rapport de police et les aveux-mêmes de ce premier, alors qu'il stationnait sur la voie publique en état d'alcoolémie à 23h30 dans l'impasse Bellecordière à Cazemajou, et qu'il faisait l'objet d'un contrôle d'identité mené par une patrouille de voisinage assermentée alertée par des riverains de la présence d'un individu suspect et à la démarche incohérente dans le quartier de la Rochetière, hurlé en direction des patrouilleurs qu'il "n'en avait rien à foutre de ces fils de pute" ; qu'à la suite d'une réponse du patrouilleur Jean-Marc TISSERAND lui déclarant que de tels propos n'étaient "pas chrétiens", le prévenu a répondu que "c'est ta salope de mère qui n'est pas chrétienne, cette grosse pute même pas virginale, enfin je sais même pas si Marie était vierge quand elle a chié le Fils de l'homme, cette connasse" ;

Attendu que le prévenu fait grief au jugement l'ayant condamné à trois mois d'emprisonnement et 400€ d'amende d'être entré en violation de l'article 2 de la Déclaration des droits de la République de Nouvelle-Cajanée qui proclame que "la liberté d'expression, droit inaliénable et naturel de l'homme, ne sera pas contrainte et l'usage d'icelle ne fera l'objet d'aucune dissuasion" ;

Mais attendu qu'il est constant qu'il ne peut être légitimement fait exercice d'un droit inaliénable et naturel de l'homme par celui-ci à l'encontre de Celui qui le lui a conféré ;

Que le grief n'est pas fondé ;

ENTRE EN VOIE DE CONDAMNATION CONTRE LE PRÉVENU
Et confirme dans toutes ses dispositions le jugement n°89789-23A Cazemajou c. Vacadière du 29 avril 2034 du tribunal métropolitain de Cazemajou.[/quote]
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Un jugement somme toute évident en Nouvelle-Cajanée...

[quote]République de Nouvelle-Cajanée

LA COUR D'APPEL DE CAZEMAJOU, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE,
Siégeant pour Dieu et en son nom (Romains 13:1),

Ainsi composé :
M. Armand LASSALLE, président ;
M. Normand BERRIER, assesseur ;
M. Jude SANTIS, assesseur ;

(...)

Attendu que la seule cause légitime de divorce pour faute, sauf cas de force majeure, est celle qui consiste, pour l'épouse, à commettre l'adultère (Matthieu 19:9) ; que le divorce relève en ce cas de la seule volonté du mari (Matthieu 19:9, Ephésiens 5:23) ;

Attendu qu'après avoir constaté que M. X... avait commis de manière grave et renouvelée l'adultère alors qu'il était marié avec Mme X..., le tribunal métropolitain de Cazemajou-Rivière a dissolu à la demande de celle-ci le mariage sur le fondement du divorce pour faute ;

Mais attendu qu'en statuant ainsi, alors que, d'une part, l'adultère n'est une faute pouvant ouvrir droit au divorce seulement s'il est commis par l'épouse et dénoncé par l'époux, que, d'autre part, l'épouse ne peut demander le divorce pour faute aux motifs de l'adultère commis par son mari, en étant incapable, le tribunal métropolitain de Cazemajou-Rivière a violé la loi ;

ANNULE LE JUGEMENT ;
Et infirme dans toutes ses dispositions le jugement n°82719-41A X... c. X... du 12 mai 2033 du tribunal métropolitain de Cazemajou-Rivière.[/quote]
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