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Posté : sam. nov. 30, 2019 9:15 pm
par Zaldora
[justify]Révélations (4).
29 septembre 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/48/ozzg.png[/img]
La chambre du chancelier à l'auberge où il passa plusieurs
semaines.
[/center]
« A l’alberge Roge Lioncel »... la piste du père Afvaldr résonna longtemps dans l'esprit du chancelier, si bien qu'il ne ferma pas l’œil de la nuit et décida de s'y rendre le surlendemain. L'hostellerie en question ne figurait sur aucun registre bourgeois, la rendant difficile à localiser. Le mystère s'épaissit et Markus Hundólfring ne parvint à mettre la main dessus que grâce aux indications parcellaires, mais honnêtes, des gens du bourg. L'établissement se situait en un endroit isolé de la ville, dépourvu de nom, que l'on ne rejoignait que par un dédale tortueux de ruelles sombres, sales, sinueuses et anarchiques. Pourquoi en un tel lieu ? Quel client pouvait-on y trouver ? s'interrogea Markus Hundólfring. D'apparence, l'auberge ne se dissociait guère des nombreuses autres : une grande maison à colombages de cinq étages, munit d'une potence en fer forgé, avec plaque de bois où trônait un lionceau rouge fier et moqueur. L'intérieur n'éveilla également aucun soupçon chez le chancelier : tout y paraissait paisible et juste. Afin d'en avoir le cœur net, ce dernier décida d'y prendre une chambre. Celle-ci était particulièrement sobre et n'offrait qu'une petite table, un vieux lit et une cheminée. La charpente était ancienne mais tenait bon, et les murs semblaient en un état correct. Les fenêtres donnaient une belle lumière et les draps assez propres. Bref, l'établissement était à première vue sans grand défaut et digne de ceux qui tenaient à leur réputation. Le chancelier se mit à chercher des indices, aussi infimes soient-ils, qui pourraient le mettre sur la voie des enleveurs d'enfant. Comportements étranges, traces suspectes, messes basses, etc ! Malheureusement, il ne trouva rien mais éveilla, visiblement, la suspicion de l'aubergiste, n’appréciant guère ni ses questions, ni le voir fouiner un peu partout. Il y avait ici une volonté de ne pas faire d'histoire mais quelque chose n'allait pas, l’atmosphère était pesante, pour ne pas dire oppressante, Markus en jurerait.

Le serviteur de Marie passa chacun des soirs suivants parmi la foule de la salle commune. Dégustant sa bière, l'érudit scruta les allées et venues, espérant y discerner des choses inhabituelles. Il prêta aussi l'oreille aux discussions mais le bruit et la diversité dialectale du vieux norrois l'empêcha d'attraper quoi que ce soit de notable. La tenancière servait son fond de veau aux carottes, louvoyant entre les tables, alors que le tenancier remplissait les pichets depuis le robinet d'un énorme fût en bois placé derrière le comptoir. Soudain, le chanoine crut apercevoir une ombre traverser l'antichambre en toute hâte. Puis quelques minutes plus tard, d'autres hommes encapuchonnés firent de même. L'aubergiste les vit mais baissa rapidement le regard et fit comme si de rien n'était, poursuivant son travail. Ce dernier, toutefois, dissimula mal une certaine anxiété, une agitation soudaine que le chanoine remarqua sans peine. C'est alors que Markus se leva et souhaita bonne nuit à son hôte qui lui rendit poliment. Ostensiblement, l'érudit entama la montée des marches, faisant craquer le bois sous des pas inhabituellement lourds. Il en redescendit à mi-chemin, cette fois discrètement et avec légèreté. Au rez de chaussée, il fila doucement vers la porte du fond et en tira l'anneau rouillé. Hélas, celle-ci s'ébranla mais ne n'ouvrit pas. Le bruit alerta la salle et le chef déboula au sein du couloir. Suant et légèrement essoufflé, l'aubergiste l'assomma de questions vindicatives, auxquelles il répondit calmement s'être perdu. Reprenant son souffle, l'hôte s'excusa et indiqua l'escalier, au dernier étage. Son esprit eu ensuite l'air de vagabonder et mentionna que rien de bon ne se cachait derrière cette porte et qu'elle donnait même sur un mur (?!!).

Le lendemain, Markus se réveilla à Matines. Malgré une bonne nuit de sommeil, l'homme de Dieu resta toujours intrigué par les évènements de la veille. Il se mit à genoux, joignit ses mains et entama ses prières du matin (« ... heldr leys þv oss frá ollu illu. Amen. »). Bientôt, il se signa et se releva quand son regard tomba sur un papier laissé sous le pas de la porte. Le message n'était pas signé mais disait : « Este seoir, e lo bierfroi venez mi. Lumere li liura ». Qui cela pouvait-il bien être ? Le soir venu, Markus s'en alla, malgré tout, vers le point de rendez-vous et déambulait prudemment, avec sa lanterne, parmi les rues mal éclairées de Sainct-Thøger, y croisant quelques gardes pendant leurs rondes. Nul ou presque n'osait s'aventurer dehors à pareille heure, la nuit était le domaine des voleurs et des monstres hantant les croyances populaires. La place du beffroi était vide. Restant sur ses gardes, le Chancelier dirigea son regard en haut de la tour, quand une petite lumière, à peine visible, apparut. Cela était le signal de son mystérieux interlocuteur. Alors que Markus se trouvait dans le colimaçon menant au sommet, un grabuge éclata et des cris retentirent. Aussitôt, il enjamba les escaliers et arriva en furie en haut. Il sentit un choc et perdit connaissance.

L'érudit revint à lui quelques temps plus tard au même endroit (la salle des cloches). Dehors, le soleil tardait à se montrer. Encore groggy, Markus se remit debout, observa autour de lui, personne. Il chancela quelque peu jusqu'au rebord où, à son profond désarroi, il aperçut, par l'une des ouvertures, le corps de l'aubergiste, gisant inerte dans la rue en contre-bas. Un affreux sentiment de retour en arrière l'envahit...[/justify]

Posté : jeu. déc. 05, 2019 3:53 pm
par Zaldora
[justify]Révélations (5).
30 septembre 2040 (antidaté),

Le chancelier se sentit coupable du sort de l'aubergiste. Il n'avait pas été assez rapide pour sauver, si ce n'est un innocent, du moins une personne visiblement faible, manipulée, influençable et probablement menacée par de mauvais hommes plus forts qu'elle. Après avoir prié pour son salut, le chanoine s'éloigna, sans prévenir ni les gardes, ni la prévôté, craignant d'être accusé de meurtre. Ses recherches, ainsi que l’atmosphère générale régnant en ville, l’empêchaient d'avoir la moindre confiance à l'égard de la milice, de la justice et des autorités municipales. Quelque chose de terrible se tramait en ces lieux et tous semblaient se serrer les coudes afin que rien ne change, que le mal demeure dans l'ombre, que nul ne lève le voile et ne fasse triompher non seulement la justice mais aussi la vérité ! Il rentra à l'auberge, monta dans sa chambre et passa une nuit agitée. Au levée du jour, Markus descendit à la salle commune où se trouvaient des marchands et des artisans. Il y vit aussi la tenancière, entourée de sergents et d'agent de la prévôté, sanglotant la mort de son mari. Quand le clerc entra, toute l'assistance le dévisagea d'un air menaçant. La veuve cessa alors de gémir, le fixa avec colère et pointa un doigt accusateur vers lui :

« Serjants ! Este li murdrisseur, jol'reconnaissois !!! lâcha-t-elle.
– Oui, vil malveuilleur ! confirma un marchand au beau peliçon, assis tout près.
– Truandaille !
– Estranger !
– Gourgandin !
– Houlier !
– Malpensif !
– Canaille ! A mort !
– Grenouille di bénitier [hérétique] !
– Malcreant !
– A mort ! A mort ! A mort ! » finirent-ils tous par crier.

La salle commune était bruyante, vindicative et au bord de l'émeute. Les gardes fondèrent sur le chancelier et l’agrippèrent rudement. Unie comme un seul homme, la foule vociférerait pleine de rage. Tandis que les gardes l'emmenaient, on l'insultait et lui crachait à la figure. Il fut conduit, sans délai, devant le prévôt, altier et imbu de son devoir. Ce dernier l'informa que « moult parties et tesmoins » l'accusaient de meurtres, de sorcelleries, de messes noires, de viols et d'hérésies, et annonça son incarcération en prison fermée dans l'attente de la prochaine séance accusatoire. La décision surprit l'homme de Dieu car elle n'était coutumière dans aucune juridiction thorvaloise, pas même ici à Sainct-Thøger. Elle foulait par ailleurs au pied le for ecclésiastique, dont il jouissait, et qui permettait au clergé de n'être jugé que par un tribunal d'Église, privilège accordé aussi aux recteurs, gradués, officiers et membres des facultés universitaires (étudiants compris). Des brutes le rudoyèrent, avant de lui arracher ses vêtements et ornements [de chancelier], puis de le jeter au sein d'un cachot froid, humide et infesté de rats.


[center][img]https://zupimages.net/up/19/49/0l73.png[/img][/center]

Là, le serviteur de la reine resta des heures à penser et à réfléchir. Son sort n'avait aucun sens, il était innocent de ce dont on l'incriminait. Ainsi, cela ne faisait guère de doutes : de terribles forces maléfiques étaient à l’œuvre et avaient comploté contre lui afin de le faire tomber et l'empêcher de lever le voile sur les horribles disparitions d'enfants. Dieu seul savait combien de temps il resterait là et si quelqu'un viendrait le sauver. Markus ne se faisait pas d'illusion : la prévôté municipale le condamnera à mort à l'issue de son procès.[/justify]

Posté : sam. déc. 07, 2019 10:42 am
par Zaldora
[justify]La vie au milieu des champs (4).
20 octobre 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/49/kgzv.png[/img]
Ávalthǫrgr.[/center]
Fondé au XVIIIe siècle sur les terres d'Église d'Yfirmunnr, le village d'Ávalthǫrgr fut intrinsèquement liés aux monastères et abbayes de la région pendant de longs siècles. Les paysans y travaillaient les terres monacales et géraient l'ensemble du temporel contre une partie des récoltes. Avec les changements agraires lancées en 2031, puis détruits en 2039 avant d'être relancés en 2040, les clans d'Ávalthǫrgr jouissaient désormais de leurs propres terres claniques emblavés, d'un petit bois à gibier et de plusieurs étangs. Nonobstant, certains continuaient à aller travailler chez les moines de Saincte-Marie, de Sainct-Mikjáll et de Sainct-Eggert. Par cela, ils entendaient s'opposer aux choix des clans de placer leurs protection sous le patronage de la Ligue du Roy au détriment de l'Église.

Les cloches de l'église ronde, d'architecture romane, appelèrent au rassemblement de la BóndiÞing au sein de la Nef. Là, il fut délibéré :

- Le défrichement d'un tiers du bois de Fuglíka afin d'y emblaver de nouvelles soles de blés et faire face aux besoins nourriciers locaux.
- La plantation de cent pommiers sur les terres en friche de Ljósborð.
- Le nettoyage de l'étang de Sainct-Kýr, ravagé en 2039, dans le but de repeupler ses eaux de perches.
- D'offrir l'hospitalité à des serviteurs de la Confrérie Sainct-Ólafr et de la Fraternité.

Les décisions furent votées favorablement, le lendemain, par l'ensemble des habitants d'Ávalthǫrgr réunis devant l'église.[/justify]

Posté : dim. déc. 08, 2019 2:01 pm
par Zaldora
[justify]Écrits privés et secrets (10).
23 octobre 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/49/24hf.png[/img]
La rivière Elivágr, serpentant dans la forêt de Flárlími.[/center]

Il s'abattit une effroyable sécheresse cette année là qui causa grand tort à toute la terre. La Rivière Primordiale s’assécha et ne donna plus ni eau, ni poissons. Confrontés au désastre, les royaumes, principautés, tribus, clans et républiques du monde ici-bas firent face en accord avec leurs coutumes et leurs sagesses. Voici ce que les chroniqueurs, contemporains des évènements, nous en rapportèrent :

Une coalition de partis Karmalis proches du peuple défendit au Majlis la nationalisation de la Rivière. Le Parlement s'y opposa malicieusement mais, forte de son autorité, la Mamta Shakhan imposa la loi et s'exclama : « c'est moi qui décide, les maroufles ! ». Hors de lui, le Général McNeil assembla ses amis du Dahar et en tira la seule solution qui s'imposait : bombarder la Rivière.

Au Westrait, Audrey Grant, la pamphlétaire à la prose acerbe, blâma le gouvernement McKenna, lui ordonnant de poursuivre la lutte des masses prolétaro-nuagières contre le règne d'airain de la bourgeoisie solaire usurpatrice et dévoreuse de la propriété collective. L'âme de la Révolution Westréenne menaça les planqués de Cewell de faire feu sur le quartier général.

En Santogne, le gouvernement Teysseire exerça une pression criminelle sur la justice qui, après un long feuilleton judiciaire, condamna la mafia solaire à payer des jours amendes durant toute la période de sécheresse. Pour contenter son entourage, la dame de fer fit aussi arrêter quelques curés, avant de les relâcher, balbutiant de timides excuses.

Au Caeturia, le conseil d’administration sis au quartier Domus lança une action humanitaire de grande envergure baptisée « Opened Faucet » pour restaurer les ressources hydriques de la Rivière, désolation résultant d'un manque d'amour universel entre le Soleil et l'Univers, rendant ainsi nécessaire la création d'une innovante et chaleureuse interface de dialogue à même de guérir les maux de la terre.

Au Thorval, la Reine Marie fit mander des prêtres ayant le don de convoquer les pluies, ainsi qu'un abbé-mitré afin d'excommunier la Rivière. Entretemps, trois clans paysans se querellèrent autour d'une partie de dés et en gorgèrent le lit de sang. Suivirent ensuite dix guerres privées et de nombreuses turbulences entre cinq dynasties régionales multipliant les péripéties et les retournements d'alliance. Au final, plus personne ne s'intéressa à l'assèchement du cour d'eau.

Au Kaiyuan, le gouvernement impérial estima qu'aucune base juridique n'obligeait le soleil à bien traiter la Rivière, et que par conséquent, les plaintes des diverses parties étaient irrecevables. Plusieurs commissions parlementaires furent ensuite créées ad hoc afin d'analyser le fond juridique de l'affaire et trouver un compromis susceptible de contenter toutes les écoles du droit dans le respect de leurs plus infimes subtilités. Au même moment, le clan Thiem accusa le clan Sisowath d'être responsable de la tragédie, le menaçant de fonder une nouvelle bannière, sans lui !

En Britonnie, le gouvernement de Sa Majesté Clarkson III convoqua une conférence de presse, suivit d'une immense campagne médiatique, notamment sur ArpaCom Network et Telexpress, où il jura sur l'honneur du Supreme Head of the Church qu'il agirait with the upmost diligence afin de résoudre le problème écologique... avant que le monde ne comprenne, six mois plus tard, qu'absolument rien n'avait été entrepris et qu'une bande de cousins éloignés s'était, entretemps, amusée à détroncher des noirs et à balancer leurs dépouilles dans le lit desséché de la Rivière.

A suivre...

PS. L'ensemble s'appuie sur les propos que l'ambassadeur Jernlander me rapporta, passé l'autre jour par Himinnborg...

[right]Percefal Fenton-Beckett[/right][/justify]

Posté : mar. déc. 10, 2019 6:07 pm
par Zaldora
[justify]Les muscles du Westrait.
31 octobre 2040,


[center][img]https://zupimages.net/up/19/50/gxw9.png[/img]
Scène de duel entre deux norrois, cet été, à la suite d'une insulte.[/center]

Cela faisait bientôt un an que Tom avait été déployé au Thorval et il commençait lui aussi à perdre le fil des dates, des mois, etc. La cellule Westréenne s'était bien implantée et agrandit : deux au départ, ils étaient dorénavant une bonne trentaine. Leurs missions consistaient d'abord à former les jeunes serviteurs du réseau d'espionnage de la Reine, et ensuite à favoriser la propagation de la Fraternité, y compris via ses alliés de la Confrérie, et d'empêcher tout parasitage bourgeois. A cet effet, ils affrontaient aussi bien des Thorvalois (Ligue du Roy) que des Jernlander. Peu avant la fête des Moissons, l'espion s'était brillamment illustré lors des mêlées à pieds du Grand Tournoi de l'Été, où « l'estranger » impressionna l'assistance par sa bravoure et son abnégation. Depuis, on le connaissait comme Tómas l' « Borgne urs », grâce à son talent bellique mais aussi au cache œil hérité de la guerre civile Westréenne de 2030 à 2035. L'Hôtel-Dieu Sainct-Knútr, à Smjörland, décompta quinze morts et deux cent treize blessés à ce tournoi, soit presque l'ensemble des participants. C'était beaucoup trop pour l'Église qui se montrait néanmoins impuissante à contenir les pulsions belliqueuses chez les seigneurs, les clans et les paysans.

Une après-midi venteuse, Tom s'accrocha sérieusement avec le seigneur Ormr Ier d'Höfuðorð. Ce dernier rudoyait un « oiselet » (espion) venant d'être démasqué. Le Westréen s'interposa entre l'enfant et le chef, intimant à celui-ci d'arrêter. Pas impressionné, le noble lui conseilla de ne point s'en mêler, avant de l'écarter sèchement sur le coté. Sans réfléchir, Tom revint et lui assena un violent coup de tête qui le fit reculer de quelques pas. Les gardes eurent alors tout le mal du monde à les séparer. Quand ce fut fait, le chancelier seigneurial énonça qu'une simple rixe n'était pas souhaitable et que son maitre se battra à mort contre son ennemi au cours d'un duel. En cas de victoire de l'Anglo-saxon, la Reine obtiendrait la seigneurie d'Höfuðorð et la promesse du clan d'Ormr de ne pas mener de représailles contre elle et son oiselet ou sa famille (précision importante). Si le Norrois venait à triompher, Marie devra lui adresser des excuses publiques et lui verser trente mille pièces d'or à titre de dédommagements. Tom avait tout négocier de son propre chef, ni la Reine ni personne du clan royal n'avait été prévenu. Le duel devait se tenir le lendemain.

Le jour suivant, aux aurores, Ormr et Tom se tenaient avec l'arbitre, au sein du cercle sacré, à la lisière d'une forêt. Des gens s'étaient réunis parmi lesquels des gardes, des guerriers, des serviteurs, des conseillers et des paysans. Après un rapide tour des règles et un appel à Dieu pour soutenir les deux combattants, l'arbitre quitta le terrain, lançant ainsi les hostilités. Le seigneur chargea le premier et le Westréen para la hache à l'aide de son bouclier. Le noble envoya une autre salve de coups qui fendit la protection en deux. En difficulté, Tom envoya le morceau de bois sur son adversaire qui esquiva sans problème. Soucieux de son honneur, celui-ci abandonna également son bouclier : la lutte se fera désormais hache contre épée. Cherchant à reprendre la main, le saxon lança une attaque de taille, bloqué par Ormr. Souhaitant répondre, ce dernier visa la tête, assaut que Tom évita en se baissant. Les échanges de coups se poursuivirent, attaquant et se défendant à tour de rôle. La fatigue faisant son œuvre, le Westréen rata, à un moment, son esquive et sentit le coupant de la hache lui chatouiller la poitrine sous les cris de la foule ! Le premier sang fut versé. Décontenancé, il s'éloigna afin de reprendre ses esprits et constater que sa blessure n'était pas trop profonde. Ormr revint rapidement à la charge mais Tom le bloqua et le repoussa, avant de repartir à l'assaut. L'échange de coups reprit de plus belle jusqu'à ce que le Norrois se prenne les pieds dans une racine et n'ouvre sa défense. L'olgarien profita de l'opportunité et porta une attaque d'estoc vers la hanche. Sa lame transperça la chair, le sang émergea et le seigneur perdit sa hache. Grognant, il mit un genoux à terre. Aussitôt, Tom balança son épée et se rua sur lui. Il l'arrosa de coups de poings, tous plus violents les uns que les autres. Enflés, couvert de sang, le visage du Norrois n'était pas beau à voir. La fatigue intense et la douleur vive, l'aristocrate réussissait, malgré l'adversité, à encaisser. Suffisamment pour porter un genoux dévastateur dans l'entrejambe de Tom qui se roula sur le coté, criant de douleurs. Les deux hommes restèrent au sol quelques temps et finirent par très difficilement se relever. La lutte se poursuivit à mains nues, envoyant beigne pour beigne, les corps chancelants toujours plus. Cependant, à ce petit jeu, le seigneur prit peu à peu l'avantage, avant qu'une de ses terribles droites n'envoie Tom au tapis, raide et semblant complètement KO. Il exploita son avantage pour l'allumer de nombreux coups de pieds et lui piétiner les côtes. Dodelinant lentement jusqu'à sa hache, Ormr décida d'en finir. Revenant devant son ennemi, toujours mal en point, le norrois rassembla son énergie, souleva son arme et frappa de toutes ses forces. La lame se logea brutalement dans... la terre battue. Tom était parvenu à se dégager au dernier moment. Tenant à peine debout, le Westréen trouva son épée et, avant que l'autre ne puisse se retourner, la lui enfonça profondément dans le dos. Le seigneur se figea et cracha du sang. Tom s'effondra à la renverse et son adversaire sur lui, de tout son poids (pesant 190 livres de Jensgard). Aucun des deux ne bougeait, un frisson traversa les spectateurs. L'arbitre entra sur le terrain et constata la mort d'Ormr. Il examina le Saxon, demeurant inerte, les yeux ouverts, et ne fut pas sûr de son état. Après plusieurs vérifications, il entendit enfin que Tom respirait bel et bien. Aussitôt, le Westréen fut proclamé vainqueur sous les clameurs des guerriers, frappant leurs boucliers et criant son nom « Borgne urs ! Borgne urs ! Borgne urs ! Borgne urs ! ».

Les sœurs et frères de l'Hôtel-Dieu Saincte-Gunhild s'occupèrent ensuite de l'Ours borgne. L'anglo-saxon s'en remettra. C'était là une grande et retentissante victoire pour lui mais une victoire à la Pyrrhus car manquant lui-même d'y rester ! Sa convalescence allait être longue et durera au minimum trois semaines. Avant d'expier, Ormr l'avait salement amoché. Au niveau politique, la Reine intégrait de nouvelles terres, Höfuðorð, ainsi que dix nouveaux guerriers. Impressionnés par le duel, ceux-ci choisirent de tourner casaque. Tom sera à l'évidence récompenser pour ses services exceptionnels.[/justify]

Posté : sam. déc. 14, 2019 1:27 pm
par Zaldora
[justify]Révélations (6).
11 novembre 2040,

Il y a seize jours, des sergents étaient venus chercher Markus Hundólfring à la Ginnung [forteresse carcérale de Sainct-Thøger aux sinistres légendes] pour le conduire à la prévôté municipale en vue de son jugement. Enfermé plus d'un mois sans voir personne, ni échanger la moindre missive avec quiconque, le chancelier n'avait que sommairement pu préparer sa défense, basée sur sa seule sagesse et son éloquence. En revanche, la partie adverse, libre de ses mouvements, pu aisément monter une plaidoirie, réunir des dizaines de témoins et autant de preuves à montrer au juge, dont le rôle n'était que d'arbitrer, pas d'enquêter. Le procès fut une mascarade de justice : les marchands, artisans et échevins l'accusèrent de choses rocambolesques, s'appuyant sur des preuves contrefaites et des témoignages dûment orchestrés. Le serviteur de la Reine n'avait jamais vu ces hommes et ces femmes qui l'incriminaient pêle-mêle de viols, de meurtres, de sorcellerie... Des accusations contre lesquelles il ne put même pas plaider, tant ses adversaires ne cessèrent de l'interrompre et de le réduire au silence. Au final, avec l'accord des jurés, le prévôt le déclara coupable et le condamna à mort par pendaison. Les bourgeois exultèrent, se félicitèrent et s'en allèrent fêter victoire.

Le chanoine se situait dans sa geôle entrain de prier. Il avait de la fièvre et endurait de plus en plus difficilement ses conditions de détention. La pièce était froide et humide, tandis qu'on ne lui servait ses repas plus qu'un jour sur deux ; une nourriture qui se limitait souvent à une cruche d'eau et à du pain rassis. Voilà ce qu'il en coutait de se battre pour la Vérité et la Justice. Sa mort lui semblait inévitable, si ce n'est pendu au gibet, au moins par la maladie. L'homme de Dieu avait presque perdu tout espoir d'être secouru, il ne voyait ni la Confrérie, ni la Reine tenter quelque chose à Sainct-Thøger. Cela serait pure folie que tout bon conseiller déconseillerait le plus fermement possible. Soudain, des rumeurs d'agitations lointaines vinrent de la fenêtre. Que se passait-il en ville ? Le désordre sembla peu à peu gagner également la forteresse. Tiré de sa léthargie, Markus ouït les gardes crier des ordres et se remuer dans les couloirs. Il entendit bientôt des bruits de combat, des hurlements, des supplications. Alors, quelqu'un tourna la clef dans la serrure et la lourde porte s'ébranla. Un grand gaillard roux apparu ; il était vêtu d'une cotte de maille et brandissait une hache maculée de sang. « Viens ! » lança-t-il avant de l'agripper par l'épaule et de le tirer dehors.

Markus suivit le guerrier à travers les couloirs. Les combats y faisaient encore rage, le roux tua trois miliciens tout en enjambant la foule de cadavres jusqu'à la sortie. Dehors, ce n'était guère mieux : la ville se trouvait en plein chaos. Les bourgeois semblaient se battre entre eux : certains mettaient le feu aux maisons et aux échoppes, d'autres pillaient, emmenant bijoux, orfèvreries fourrures et draperies. Les gens courraient et criaient de chaque côté. Une marre de sang coulait de la Maison Communale et la Prévôté était saccagée. Ici et là des bannières arc-en-ciel flottaient majestueusement au vent. Les Frères s'agitaient et travaillent comme les ouvriers d'une gigantesque fourmilière. A la fin de la journée, la Cité si fière tomba sous le joug de la secte paléo-communiste. Une nouvelle ère, celle des humbles, placée sous le signe de la justice et de l'égalité, commençait ici. Une partie de la haute bourgeoisie était, hélas, parvenue à s'enfuir vers les campagnes. Toutefois, la majorité demeurait encore au sein de la ville et se terrait, pleine de terreur, parmi les caves et certaines cryptes. L'Université s'était barricadée et servait aussi potentiellement de refuge. Les riches se consolaient, en sachant leur or près d'eux, pour l'heure hors de portée des Frères.


[center][img]https://i.goopics.net/QLdpq.png[/img]
GórmR, chef et maitre à penser de la branche de Sainct-Thøger. Ce dernier était réputé
au moins aussi perché et déterminé qu'Eldir, son compère de Jensgård. La Fraternité était
décentralisée et organisée en branches qui, parfois, ne communiquaient même pas entre elles.
Cela risquait de devenir une faiblesse dans la lutte. Centralisme démocratique ? Inconnu au
bataillon !
[/center]
Quant au chancelier, profitant du chaos, il avait passé les murailles de la ville en compagnie de ses ravisseurs et dormait au sein d'une auberge de carrefour non loin des faubourgs. Les hommes qui le libérèrent étaient des fidèles de la Reine, Markus les reconnut grâce au tabard que ces derniers arboraient fièrement. Le chanoine se posa plusieurs questions sur les évènements de la journée : y avait-il corrélation, pour ne pas dire complicité, entre l'évasion organisée par Marie et ses capitaines, et la Révolution conduite par la Fraternité au même moment ? Était-ce la patte des Westréens, manipulant les deux camps afin de les faire s'entraider mutuellement, sans même que ceux-ci s'en rendent compte ? Sans doute. Le passage de Sainct-Thøger sous la juridiction des paléo-communistes constituait, en tous cas, un bouleversement, aussi inattendu qu'incroyable, dans l'enquête sur la disparition d'enfants.[/justify]

Posté : lun. déc. 16, 2019 2:17 pm
par Zaldora
[justify]La guerre sans fin (3).
17 novembre 2040,

[center][img]https://i.goopics.net/bvveD.png[/img]
Scène des méfaits d'Alrekr VII de Beygjastaðr, blessé dans son orgueil.[/center]
Après la trêve des moissons, les guerres privées reprirent de plus belle à la fin du mois de septembre. Les conflits étaient diffus et localisés. Ainsi, il arrivait souvent qu'une province stable et en paix vive à coté d'une autre sombrant dans le tumulte, déchirée par les conflits sans fin. Parfois, le contraste se vérifiait même de terroir à terroir, occasionnant des émigrations internes susceptibles de destabiliser des terres habituellement calmes. Comme chaque hiver, une accalmie était attendue aux premières lueurs du mois de décembre jusqu'à la mi-mars.

Le Duc de Skógrgarð et son vassal Mǫrðr VI s'affrontaient à la lisière du domaine depuis des semaines. Le conflit donnait surtout lieu à des coups de main, des embuscades et à l'harcèlement des forces ducales par l'ost seigneurial. Pour l'heure, le hobereau évitait tout affrontement en rase campagne qui signerait sa défaite quasi-certaine. Baptisée guerre de la Toussaint [date de commencement des hostilités], la querelle faisait suite à l'enlèvement et au mariage forcé de Gréta, la fille du Duc, à Mǫrðr VI qui convoitait son héritage. Le clergé local se divisait lui même en deux camps, entre ceux qui soutenaient le baron, appelés les Mǫrðriens, et les autres, nommés les Grétistes, qui soulignaient l'absence de consentement et niaient par conséquent la validité du mariage. / Frægr Ier de Vísburland convoquait ses hommes afin de porter le fer chez sa vassale Eyfura XII qui détroussa son convoi au sein du bois d'Eyðidalr, avant de se faire proclamer Reyne de Vísburland. Lors de l'attaque, les mercenaires dérobèrent une fortune en monnaies, ainsi que l'anneau sigillaire de Frægr qui y perdit l'ensemble de ses doigts. / Alors qu'ils banquetaient afin de célébrer leur triomphe à la bataille de Gjǫf, Hánarr II et ses capitaines furent soudainement pris de malaises, avant de s'effondrer pour ne plus jamais se relever. Au total, sept hommes et trois femmes périrent ce soir là au sein du camps. L'empoisonnement était certain et constituait une nouvelle escalade dans la guerre des Sept Ours qui mettait aux prises des alliances dynastiques régionales de l'Uggrland. / Depuis le trépas du seigneur Elfráðr II de Forsstígr, son épouse vivait un enfer et subissait les assauts des charognards environnants. Convoitant ses terres, Alrekr VII de Beygjastaðr, un seigneur des alentours, se proposa de la marier mais essuya un refus ferme. Vexé, il s'attelait désormais à en piller et brûler les terres. En réaction, le seigneur Dólgþrasir Ier d'Ùtanferðir, ayant lui même certaines convoitises, s'empara du château de la veuve afin, soit-disant, de la mettre à l'abri des escapades meurtrières d'Alrekr. / La guerre des trois couronnes, opposant la Reine à une coalition des seigneurs Víðarr III et Erlandr IX, pourrait rapidement prendre fin après la capture de Víðarr III lors de la bataille de Tjaldbrú qui fit 15 morts et 80 blessés. Ce dernier était dorénavant retenu prisonnier au sein des forteresses d'Hurðborg dans l'attente de son exécution. Épuisé et démoralisé, le Baron de Fljótland appela à la tenue de négociations de paix, rapidement accepté par le clan royal. Les rumeurs allaient depuis bon train : certaines avançaient qu'un pardon royal serait offert à Erlandr IX contre un mariage matrilinéaire entre la sœur de Marie III, la princesse Ingrid, et le fils ainé du baron, Hjálmarr, ainsi que le rattachement des terres d'Hurðborg au domaine royal. En revanche, aucun bruit ne mentionnait de rançons pour la dizaine de prisonniers retenus de chaque coté / Tandis que le Comte Dragmáll II de Táunrgarðr revenait de campagne [militaire], ses proches lui conseillaient vivement d'attaquer la ville de Sainct-Thøger dont l'objectif serait, non pas, de restaurer la haute bourgeoisie dans ses droits, mais de prendre soit-même le contrôle de la Cité et ainsi gagner en puissance. La lignée de Dragmáll II, toute récente sur le trône comtal, avait plus que jamais besoin de prestige afin de décourager ses nombreux opposants et ennemis.[/justify]

Posté : mer. déc. 18, 2019 2:48 pm
par Zaldora
[justify]La guerre sans fin (4).
25 novembre 2040,

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[img]https://i.imgur.com/rMxid8F.png[/img]
Après la sanglante bataille de Brenningr...
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Guerre des Trois Couronnes[/center]

Durée : 27-29 avril de l'an de Grâce 2039 au 23-25 novembre de l'an de grâce 2040.
Casus-belli : massacre du pont de Morgunstjarna, condamnation à mort du seigneur Víðarr III d'Hurðborg, manipulations menées par Yngvildr d'Austrheimr (non révélée).
Belligérants historiques : la reine Marie III contre le seigneur Víðarr III d'Hurðborg et son Lige le baron Erlandr IX de Fljótland.
Belligérant(s) tardif(s) : le comte Dragmáll II de Táunrgarðr et le Duc Jensi d’Hàrland, entrés en guerre dans les derniers mois aux cotés de la reine Marie III.
Batailles :
- Bataille d'Hurðborg (1er juin 2039). Victoire importante de la Reine Marie III.
- Bataille de Vænnviðr (22 mai 2040). Issue incertaine.
- Bataille de d'Óvægrland (15 juin 2040). Victoire des seigneurs Víðarr III et Erlandr IX.
- Bataille de Fróðleikrland (1er juillet 2040). Victoire des seigneurs Víðarr III et Erlandr IX.
- Bataille de Seiðrvǫllr (2 août 2040). Victoire de la Reine Marie III.
- Bataille de Kolbiǫð (10 août 2040). Victoire de la Reine Marie III.
- Bataille de Brenningr (20 octobre 2040). Victoire de la Reine Marie III.
- Bataille de Tjaldbrú (14 novembre 2040). Victoire décisive de la Reine Marie III avec la capture de Víðarr III.
- Escarmouches tout au long du conflit mettant la trêve plusieurs fois en danger.
Issue : Victoire de la Reine Marie III et de ses alliés par le Traité de Grasgeilar.
Pertes : ~210 morts coté vainqueurs, ~770 coté vaincus.
Prisonniers : ~80 coté vainqueurs, ~60 coté vaincus.
Honneurs : adoubement à la chevalerie d'Hákon de Fáheimr et de Marie de Kynjǫrð à la suite des évènements de Tjaldbrú.

Termes du traité :
Échange et libération des prisonniers. Mises à mort et rançons interdites.
Pardon royal pour le baron Erlandr IX de Fljótland.
Mariage matrilinéaire de la princesse Marie, héritière du trône, à Hjálmarr le fils ainé du baron Erlandr IX de Fljótland. Célébration prévue lorsque la princesse atteindra l'age matrimonial.
Rattachement des terres d'Hurðborg, forteresses comprises, au domaine royal.
Commutation de peine pour Víðarr III, devenant l'otage de la reine Marie.

Conséquences politiques : A moyen terme, le Fljótland, grand fief du royaume, passera sous le contrôle du clan royal.[/justify]

Posté : ven. déc. 20, 2019 2:25 pm
par Zaldora
[justify]Révélations (7).
29 novembre 2040,

Depuis l'avènement de la Fraternité, les rapts d'enfants à Sainct-Thøger et ses faubourgs avaient cessé. Les signalements s'étaient taris et la joie semblait revenir au sein des familles. Pourtant, une fois remis sur pied, le chancelier continua son inquisition. Markus retourna à l'auberge du Roge Lioncel qu'il trouva vide et délabrée. La tenancière et les habitués avaient disparu ; la mystérieuse porte, celle-là même qui provoqua l'ire de l'ancien tenancier, était toutefois entrouverte et donnait sur des escaliers. Sans hésiter, l'érudit s'y engouffra et déboucha sur une pièce sombre et froide mise sans dessus dessous. Là gisait un semblant d'autel renversé, ainsi qu'un groupe de cierges brisées et, plus troublant, une cage de fer ouverte. Le chanoine se baissa pour contempler de plus près certaines souillures. Son intuition se confirma : des restes de sang séché. Fouillant les débris plus en avant, il découvrit également des fragments d'os et des morceaux de tissus noirs. Étaient-ce les parties du chasuble d'un prêtre ? Si oui, dans quel genre de cérémonie officia-t-il ? Selon les indices, tout indiquait une liturgie inversée avec sacrifices très probablement humains. Étaient-ce à quoi les enfants servaient ? Markus n'en eu plus le moindre doute mais, au delà d'indices et de soupçons, n'avait pas la moindre preuve formelle. Pourtant, le théologien sentait que quelque chose de plus grave et plus profond se tramait chez cette secte nébuleuse qu'un simple culte à Belial.

Dans la ville, le temps était au déblaiement des rues, aux réparations des bâtiments endommagés, à la remise sur pied des choses renversées et à l'enterrement des morts. Le chancelier s'arrêta devant une pile de cadavres aux riches vêtements de velours, bardés de fourrures et cousus de fil d'or. Il s'agissait probablement de marchands ou d'échevins. Membres de la secte ? Difficile à dire. Tandis que des Frères les déshabillaient avant de les jeter nu dans la fosse, l'un d'eux remarqua le chancelier prier et effectuer des bénédictions. Une telle attention sacrée à l'égard d'anciens possédants parut intolérable à ses yeux mais aussi à ses compagnons. Les voyant se raidir, Markus arbora aussitôt le geste secret de ralliement entre la Fraternité et la Confrérie, rassurant les Frères qui desserrèrent le manche de leur dague, et reprirent le labeur. Le clerc continua son parcours dans la cité et tomba sur un garde tout débraillé se mettant à genoux et le suppliant. Le chanoine apposa ses mains et le bénis. Cela attira d'autres hères, et ainsi de suite, pour enfin former une véritable foule compacte et agitée. L'homme de Dieu les rassura, traçant les signes de la croix et bénissant le plus de personnes possible. Ces dernières le remercièrent vivement, embrassant ses mains et ses vêtements, et le suivirent un bon moment avant de retourner à leurs occupations.

Le serviteur de la Reine se rendit ensuite à l'église Saincte-Brígiða qui donnait sur la mer. Quelques ferja [bateaux de pêche] aux voiles multicolores ratissaient encore les côtes à la recherche de harengs, tandis que foule de pêcheurs se disputaient à quai avec les colonies de goélands, voleuses de poissons salés, qui envahissaient quotidiennement le port. Lançant un dernier regard sur ce beau spectacle, le chancelier pénétra finalement dans l'édifice où il alla en Enfer après avoir salué le prêtre, une vieille connaissance. Là il mit la main sur le livre recherché : une copie manuscrite d'un grimoire de magie nommé Clavicula Salomonis ou La Petite clef de Salomon.


[center][img]https://i.goopics.net/xnVgp.png[/img][/center]

Markus se plongea des heures durant dans les différentes formules, sagesses ésotériques, listes de démons, etc. Aussi désagréable que ce fut, l'érudit sentait que de telles connaissances lui serviraient au cours de son inquisition. En repartant, la nuit était presque là. Un jeune garçon lui tomba dessus ou, mieux dit, un oiselet de la Reine. Le petit lui chuchota quelque chose à l'oreille avant de filer sans rien dire. Le chanoine fut intrigué. En effet, l'enfant rapporta ce qu'il avait discrètement entendu, lui conseillant d'aller voir le « Sire di l'Universitas » car celui-ci était « l'Huis di l'Enfern », puis de donner rendez-vous à Markus afin de lui montrer un passage secret courant sous la corporation universitaire [celle-ci s'enferma au moment de la Révolution des Frères]. Depuis la chute de la haute bourgeoisie, la parole semblait s'être libérée et la recherche d'informations devenait beaucoup plus facile à mener. C'est alors que tout fut limpide dans l'esprit du chancelier : approcher ou rejoindre la secte sans jouir d'une recommandation de l'un de ses membres était rigoureusement impossible. Voilà pourquoi chacun devait passer par un intermédiaire. Et apparemment, le plus haut gradué de l'Université de Sainct-Thøger était la clé pour y pénétrer.[/justify]

Posté : lun. déc. 23, 2019 11:24 am
par Zaldora
[justify]A Sainct-Thøger... (1)
8 décembre 2040,

[center][img]https://i.goopics.net/LL7Pd.png[/img]
Que manigançaient les Frères, derrière les murs de Sainct-Thøger ?[/center]


Près d'un mois après la prise de la deuxième ville du royaume, le pansement des plaies laissées par cette journée fatidique était terminé. Désormais, la refonte citadine d'après les préceptes paléo-communistes, souhaitée par la Fraternité, pouvait commencer. Chacune des actions fut au préalable expliquée et soumise à l'appréciation du peuple municipal assemblé devant le beffroi. Elles furent ensuite majoritairement soutenus par ce dernier, au vote à main levée, à l'exception de la mise en commun des hommes et des femmes, qu'on mettait de coté. Ainsi, il fut décidé de :

- Détruire le beffroi, symbole d'arrogance de la bourgeoisie marchande, et de le remplacer par une église, signe de la Foi du peuple pauvre.
- Annuler les dettes des humbles vis-à-vis de la bourgeoisie, mettre en commun le trésor amassé par le Mont-de-piété et fermer l'institution pour toujours.
- Mettre en commun les moulins, les greniers et les talemeleries de la ville.
- Réaménager les terrains vagues détenus par les ex-échevins en prairie, potagers et vergers communs.
- Mettre en commun la flotte marchande et la réaffectation du tiers en navires de pêche.

La communisation s’effectuerait selon une cérémonie ancestrale norroise, mi-chrétienne mi-païenne, avec serments et rituels mystiques. Les personnes « lésées » de leurs propriétés claniques (comparables à celles des campagnes mais moins strictes et bien plus lâches, ici proches d'une vraie propriété privée), quant elles n'étaient ni en prison, ni dans une fosse commune, quittaient déjà la Cité... Ceci n'était qu'une première salve de changements, d'autres devaient suivre dans les prochains mois.[/justify]