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Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/3/a/f/56007320.palacior...riniroom-1e5674d.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/5/0/7/56007320.palacior...riniroom-1e5674e.jpg[/img][/url]
Le Salon Labyrinthique, aménagé en 1899 sur demande de la Reine Adelia Ière</center>


Sa Majesté Sérénissime avait fait à nouveau convoquer Don Rodrigo Sagunto suite à l'explosion criminel du Tribunal de l'Union du Tiers-Monde, à Ophrone, et à la guerre qui devait s'en suivre contre la République Coopérative d'Astara. Mais les nouvelles apportées par le chef de l'état-major numancien n'était pas excellentes...
Ce dernier fut d'ailleurs surpris que Felipe V ne le fasse pas venir dans son bureau privé mais dans le Salon Labyrinthique. Il frappa discrètement à la porte et une voix distante lui donna l'ordre d'entrer.

- Ah, vous voilà, Don Rodrigo.
- En effet, Votre Majesté. L'on m'a dit de venir ici, mais je croyais que vous traitiez toutes vos affaires courantes dans votre bureau privé.
- En effet, Don Rodrigo, mais le Palais Royal est entièrement et scrupuleusement inspecté par nos services de contre-espionnage, comme je l'ai demandé, afin d'éviter les mauvaises surprises. Ils sont dans mon bureau et j'ai donc déplacé quelques dossiers ici. Heureusement que j'ai demandé l'installation d'une ligne téléphonique dans toutes les pièces il y a deux ans !
Bien, allons au fait. Je vous ai demandé un rapport sur la guerre qui se prépare actuellement entre l'Union du Tiers-Monde et ces chiens astariens.
- Je l'ai apporté, Votre Majesté. Puis-je être franc avec vous ?
- C'est pour cela que je vous fais confiance : je veux savoir toute la vérité, telle qu'elle est, sans mensonges ni flatteries.
- Eh bien je crains que nous n'ayons pas encore gagné la guerre.
- Mais encore ? Allez-y franchement, je ne vous paye pas pour me débiter des lapalissades...
- Cela fait un moment que la République d'Astara a totalement coupé le contact avec le monde entier, tout du moins officiellement, et n'a notamment pas déclaré la guerre officiellement à ses nouveaux adversaires. Cela rappelle fortement le début de la Guerre de l'Altevum, Votre Majesté...
- Cela ne m'étonne guère, Don Rodrigo. Les Astariens sont des fourbes, des lâches et des sacs à vin. Ils appliquent les règles de la guerre, comme tout autre principe d'ailleurs, lorsqu'elles les arrangent, et les oublient lorsqu'il faut s'accommoder de la réalité. Je serais même prêts à parier que toutes les plus hautes autorités insulaires ont détalé comme des lapins et ont laissé leur état-major se débrouiller entièrement seul.
- Je ne puis pas vous l'assurer. En revanche, cela n'augure rien de bon.
- Et que devons-nous faire, Don Rodrigo ?
- Pour le moment, rester neutres, ou plus exactement non belligérants. Laissons la presse porter ses estocades aux Astariens. Apportons notre soutien officiel à l'Union du Tiers-Monde, et notamment au Kirep, mais ne bougeons pas le petit doigt. Il nous faut observer, nous ne serons contraints de rentrer en guerre que lorsque le Kirep, avec qui nous sommes liés par un accord de défense mutuelle, sera directement agressé. Et alors, c'est aussi la Rostovie qui entrera en guerre...
- Je vois. Soyons doux comme des agneaux et rusés comme des serpents, ainsi que nous le conseillait le Christ... Autre chose ?
- Oui... C'est apparemment sans rapport mais je crains que dans le cadre géopolitique actuel, il n'y en ait. C'est le Lochlann...
- Oui, le Lochlann ?
- Vous savez sans nul doute qu'il a installé une base militaire en Wapong.
- Je suis au courant, en effet. J'ai également lu les deux pitoyables manifestes de cet abruti de général Ulrich... Kraken ? Vaker ?
- Ulrich Taker, Votre Majesté. Mais croyez-vous que cela reflète la pensée des autorités lochlannaises ?
- Ne soyons pas naïfs, Don Rodrigo. Si jamais ce rat d'Augustus Carlmann avait eu quoi que ce fût à redire aux deux stupides articles de Taker, il eût immédiatement déchaîné sa censure. Le Lochlann a désormais pour priorité de vaincre le Pacte de Novgorod et tous ses alliés, et nous en faisons partie. Et pour cela, il consentira à s'allier avec les pires libéraux, à se corrompre, à se frelater, à crever d'obésité et de cholestérol comme un bon Pelabssien pourvu qu'il parvienne à battre Vladimir Kirov.
J'ai eu tort de faire confiance au Lochlann de Carlman. Peter Eriksson était un fou, mais il était idéaliste et cohérent. Carlman n'est qu'un porc. Qu'il crève dans sa fange !
- Que faisons-nous alors ?
- Strictement rien pour le moment, Don Rodrigo. Le Lochlann, depuis sa pitoyable défaite lors de la Guerre de la Péninsule, cherche désespérément à exister sur la scène internationale car il se sait condamné ! Le pathétique Lochlann de Carlmann est sur le déclin et nous allons superbement l'ignorer : ce sera la pire des punitions pour lui. Bien, laissez-moi maintenant, Don Rodrigo, j'ai des choses à faire...


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/d/c/a/don-rodrigo-sagunto-1d71b91.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/6/9/3/don-rodrigo-sagunto-1d71b92.jpg[/img][/url]
Don Rodrigo Sagunto, chef de l'état-major numancien, directeur royal de la Garde Civile, plus haut dirigeant des services d'investigation policière et chef du Corps d'Intelligence Royale</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/46/7/f/0/g09-10033b4.jpg.htm][img]http://img46.xooimage.com/files/8/8/b/g09-10033b6.jpg[/img][/url]
Le Palais Royal d'Occident vu depuis ses jardins à la française</center>


Sa Majesté Sérénissime consultait le dernier dossier de la cellule d'espionnage récemment constituée. Le rapport était pour le moment inexploitable pour le Numancia mais contenait néanmoins de très précieuses informations qu'il fallait désormais vérifier.

- Bien, il nous faut maintenant des preuves. Vous savez aussi bien que moi que tout cela ne va nous servir de rien pour le moment.
- Je le sais, Votre Majesté - répondit Don Rodrigo Sagunto. Vous serez néanmoins d'accord pour dire que cela confirme à la fois nos soupçons et nos craintes.
- En effet, mais ça ne m'étonne pas de ces chiens impérialistes. J'ai par ailleurs pris connaissance de cette lettre. Elle est plus que fâcheuse; elle va être lue en diagonale par des illettrés qui vont immédiatement tomber dans le panneau.
- C'est à craindre, Votre Majesté.
- Alors, que me conseillez-vous, Don Rodrigo ?
- Eh bien une chose assez simple. Puisque nous ne pouvons rien affirmer sans prendre un énorme risque, il faut déléguer cette tâche. Si nous parvenons à convaincre la presse de s'y mettre, nous pourrons totalement nous dédouaner de toute responsabilité.
- C'est aussi ce que je pensais, mais vous confirmez mon idée. Je vais immédiatement l'appeler, vous pouvez me laisser. Transmettez uniquement ces consignes à nos informateurs : c'est une priorité absolue.
- Que fait-on pour les deux pertes ?
- Rapatriez le Thorvalien à Ademtown, il a droit à une sépulture digne, comme notre ressortissant.
- Bien, Votre Majesté.

Don Rodrigo Sagunto sorti rapidement du bureau privé de Felipe V, lequel décrocha le téléphone et composa rapidement le numéro de sa secrétaire personnelle.

- Oui, pouvez-vous me passer le directeur de la rédaction de la chaîne libre.
- Tout de suite, Monsieur.

Le temps d'être mis en correspondance, le Roi contempla la porte qui donnait sur le couloir. La partie était serrée mais, finalement, l'Astara lui avait grandement simplifié la tâche en coupant tous les ponts avec Hispalis : le Numancia était encore plus libre de ses mouvements. Tout était encore possible.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/d/c/a/don-rodrigo-sagunto-1d71b91.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/6/9/3/don-rodrigo-sagunto-1d71b92.jpg[/img][/url]
Don Rodrigo Sagunto, chef de l'état-major numancien, directeur royal de la Garde Civile, plus haut dirigeant des services d'investigation policière et chef du Corps d'Intelligence Royale</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/20/e/a/1/bureau_president_conseil_co-135058c.jpg.htm][img]http://img20.xooimage.com/files/1/d/5/bureau_president_conseil_co-135058d.jpg[/img][/url]
Le bureau privé de Sa Majesté Sérénissime</center>


En cette belle soirée caniculaire, Sa Majesté Sérénissime avait fait convoquer dans son bureau privé, au Palais Royal d'Occident, le Ministre des Affaires Étrangères de la législature du Parti Phalangiste, Don Pedro de Tormes y Alvarfáñez, afin de discuter avec lui de la crise sur l'île des N'Kolos mais également du rôle de l'Astara dans plusieurs affaires ténébreuses...

- Don Pedro, quelles sont les chances pour que l'Astara accepte notre aide concernant l'île des N'Kolos ?
- Quasi nulles, Votre Majesté, et je pense que vous devez vous en douter.
- Mais si l'Astara n'a rien à se reprocher, si ces chiens sont véritablement sur cette île pour y rétablir la paix de façon durable, pourquoi refuser cette main tendue qui n'a clairement rien d'hypocrite ?
- Votre Majesté, nos informateurs sur place nous le confirment d'heure en heure : l'Astara a bel et bien des choses à se reprocher. Sauf votre respect, ne poussez pas la naïveté jusqu'à croire que son "acte" insulaire, ce pitoyable texte de loi-cadre, a pour visée de faire régner la paix dans le monde. Le but final d'Agdapur est de s'étendre, de croître tel un empire colonial qui régnerait uniquement par dominion et protectorat. De quoi s'assurer les bons et loyaux services de pantins serviles et appâtés par je ne sais quelle récompense chimérique et surtout commercer.
- Ainsi donc, les paroles de Vidur Kapur concernant les maigres ressources naturelles de l'Astara et l'État-entreprise trouvent leur aboutissement aujourd'hui...
- Je le crains, Votre Majesté.
- Quelle réaction pouvons-nous redouter de la part de l'Astara ?
- L'Astara nous hait autant que nous le haïssons, Votre Majesté. Mais plus que la haine, c'est la méfiance qui domine parmi ses élites.
- C'est-à-dire ?
- L'Astara craint depuis la fin de la Guerre de l'Altevum que nous ne lui déclarions à nouveau la guerre. Chaque jour, l'archipel se ferme un peu plus au Numancia et force est de reconnaître que cette fermeture risque de devenir totale dans les semaines à venir. L'Astara voit, à juste titre, dans votre proposition de coopération et votre refus d'assister au couronnement de Monsieur Karikottil une agression et une immixtion. Pour Agdapur, l'asservissement et le pillage d'îles à sa portée sur la mappemonde est une affaire purement interne; mais comme le Président Karikottil et ses conseillers ont conscience que l'expansion astarienne, si elle était dévoilée dans sa réalité, pourrait choquer les démocraties occidentales, qui représentent aujourd'hui son socle d'appui, tout est fait pour maquiller, déguiser.
- Je vois... J'ai besoin de temps pour réfléchir à tout cela. J'ai également des coups de fil internationaux à passer, Don Pedro. Merci de votre aide, je vous convoquerai sans doute à nouveau demain.
- A demain, Votre Majesté.


Alors que le ministre était sorti, Felipe V contempla par la fenêtre le vaste parc du Palais Royal d'Occident et, au-delà, l'Alameda de Osuna. Le soleil déclinait lentement mais sûrement à l'horizon; les jardiniers entamaient leur bal vespéral, fait d'élagages, d'arrosages et de taillages.
Subitement, le Roi se retourna, vint s'assoir à son bureau, consulta son agenda et composa rapidement un numéro sur son téléphone sans fil.

- Allô ! Oui, c'est Felipe. Oui, je vous appelais pour évoquer avec vous l'épineux problème dont nous parlons et auquel nous pensons depuis tant de temps... Oui, c'est cela même... J'avais quelques idées à vous soumettre...


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/b/2/9/1e37d70.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/7/9/f/1e37d71.jpg[/img][/url]
Don Pedro de Tormes y Alvarfáñez, Ministre des Affaires Étrangères du Numancia</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/b/5/0/h0fw1l09-1f8dd37.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/b/c/6/h0fw1l09-1f8dd38.jpg[/img][/url]
Le petit salon du chalet du Roi, à Algadefe (Sierra Maestra) où le Roi aime habiter, se reposer et travailler durant l'hiver</center>


Ces deux heures de ski alpin en solitaire avaient fatigué Sa Majesté Sérénissime, qui était lasse des sapins, des bosses, des creux et de la neige. C'est donc tout naturellement qu'il était rentré dans son chalet d'Algadefe, à une centaine de kilomètres de Filipina, en pleine Sierra Maestra, loin des stations touristiques. Pendant qu'il prenait sa douche, son personnel de maison avait dressé la table pour le dîner et allumé un bon feu de bois dans la cheminée.
Il se reposait dans le grand salon, devant l'âtre, avec un verre de bourbon à la main, après avoir un peu discuté avec le chef de sa sécurité personnelle, Mario. Ce dernier lui avait apporté deux bouteilles de scotch et une d'un whisky adélien pur malt de 1934, juste comme il l'aimait.
Il sentit la fatigue l'envahir peu à peu, entre la chaleur et les vapeurs alcoolisées, mais luttait pour ne pas s'endormir avant l'heure du dîner. Il avait invité sa marraine et néanmoins amie, la Ministre du Sport et de la Santé, Doña Ana Griñán Salgado, avec qui il discutait souvent de politique et de tout ou n'importe quoi.
Alors qu'il allait s'assoupir, il entendit une voix qu'il avait déjà entendue :
- Bonsoir, Votre Majesté !

Felipe V sursauta sur son fauteuil. En face de lui, debout, accoudé à la poutre de la cheminée, Monsieur Mitsuhirato lui souriait, un verre de whisky à la main.

- Comment allez-vous après cette belle journée sportive ?
- Mais... comment êtes-vous entré ?
- Nous n'allons pas retomber dans le même jeu de questions-réponses que la dernière fois, Votre Majesté - lui répondit nonchalamment le Wapongais. Tout cela n'a que peu d'importance et je vous ai trouvé endormi en entrant dans le grand salon; j'ai même pu me servir un verre sans que vous ne le remarquiez. Il ne m'était pas très difficile de pénétrer dans un chalet aussi mal gardé, cela dit !
- Mal gardé ? Entre mes cinq domestiques et les dix membres de ma "garde prétorienne" ? Vous rigolez, j'espère !

Monsieur Mitsuhirato partit dans un fou rire incontrôlable, puis finit par se calmer.

- Vous êtes vraiment un grand comique, Votre Majesté. Je vous apprécie pour ça. Mais passons aux choses sérieuses : vous ne m'avez pas rappelé. Dois-je en conclure que vous n'acceptez pas ma proposition ?
- Je... je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je me repose un peu, je prends des vacances méritées, et encore, j'ai deux réunions de travail par semaine !
- Vous êtes un homme débordé, certes, mais je doute que vous n'ayez pas un seul instant repensé à notre première "rencontre"... n'est-ce pas ?
- J'y ai souvent repensé, oui.
- Ah, je le savais ! Vous êtes parfois trop prévisible, Votre Majesté - s'exclama le Makaran en se resservant un verre de whisky.
- Mais qui êtes-vous pour me juger ainsi ?
- Oh, je vous connais très bien, Votre Majesté, mieux que vous ne le croyez. Mais là n'est pas le sujet de conversation.
- Si vous voulez tout savoir, je ne suis pas intéressé par votre offre. Je ne sais même pas qui vous êtes ni ce que vous voulez vraiment.
- Ah, vraiment, Votre Majesté ?
- Oui, vraiment. Et maintenant, sortez d'ici où je vous fais arrêter et pendre haut et court !
- Comme vous voudrez, mais vous aurez à le regretter.

Monsieur Mitsuhirato reposa son verre sur la cheminée. Il regarda sa montre-bracelet puis sourit.

- Que faites-vous encore là ? Je vous ai dit de partir.
- Pas avant que le narcotique de votre whisky n'ait fait son effet, Votre Majesté. Ensuite je pourrai sortir sans que vous ne découvriez mes petits secrets et mes astuces...

Lorsque Sa Majesté Sérénissime se réveilla de sa torpeur, il constata que le maître d'hôtel le réveillait pour le dîner et lui expliquait que Doña Ana Griñán Salgado était arrivée et l'attendait dans la salle à manger.
Le Roi remarqua qu'il n'y avait plus un verre, ni sur la table basse, ni sur la poutre de la cheminée. Il demanda au maître d'hôtel s'il avait emporté un ou deux verres en cuisine pour les laver, mais il fut incapable de lui répondre...


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/2/0/0/zoom-salle-a-manger-chalet-1f8dfd8.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/4/7/b/zoom-salle-a-manger-chalet-1f8dfd9.jpg[/img][/url]
La salle à manger du chalet d'hiver du Roi</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/0/2/4/4337916_l-1f82b55.jpeg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/f/7/3/4337916_l-1f82b56.jpeg[/img][/url]
L'entrée de la salle de bain privée du Roi, dans sa résidence de villégiature, à Oláibar, dans la banlieue d'Emerita Augusta


Sa Majesté Sérénissime, qui avait laissé [url=http://www.simpolitique.com/post67877.html#67877]les familles des soldats mécontentes repartir avec quelques promesses deux heures auparavant[/url], sortait à peine de la douche et avait fini de s'habiller. Il se brossait nerveusement les dents devant sa glace, un millier de questions en tête, redoutant le grand salon où il allait se rendre ensuite et où il aurait une réunion avec le Ministre de l'Économie, Don Rodrigo Blasco Ibáñez, pour définir les grands axes économiques de l'année 2013. La période qui s'approchait à grands pas promettait d'être difficile; la priorité était le développement le plus juste pour tous et la défense de la nation, mais ce but primordial s'opposait au pacte de stabilité budgétaire constitutionnel, à la peur du déficit, au refus catégorique de l'emprunt et à des difficultés structurelles que le pays ne parvenait toujours pas à surmonter.
Les déceptions avaient été nombreuses ces derniers temps et bien des questions étaient toujours en suspens. Tout en contemplant dans la glace son visage fatigué, qui révélait sans toute cette couche de maquillage et de fond de teint ses cernes et son regard assombri, il réfléchissait intensément…
Il se pencha au-dessus du lavabo pour cracher le dentifrice et se rincer la bouche. Il se releva; dans le miroir au-dessus de son lavabo, il vit apparaître une silhouette, un homme aux traits makarans, vêtu d'un costume.
Il sursauta et se retourna :
- Mais... qui... qui êtes-vous ? Et que faites-vous là ?

L'individu, qui avait même eu le culot de pénétrer dans sa salle de bains, ne répondit tout d'abord pas. Le Roi reposa calmement sa brosse à dents; cette tranquillité extérieure masquait mal son agitation intérieure : mais qui avait-il en face de lui ? Et pourquoi ce visage makaran impassible ?

- Je vous ai posé une question : qui êtes-vous ? Et comment êtes-vous entrés jusqu'ici ? J'ai des gardes du corps partout dans la maison et autour de la propriété !
- La deuxième question n'a aucun intérêt, Votre Majesté - lui répondit l'individu, avec un fort accent asiatique, semblable à celui d'un Japonais.
- Ce n'est pas à vous d'en décider. Et d'ailleurs, je me demande pourquoi j'attends des justifications de votre part, je vais tout simplement appeler mon service de sécurité et vous faire sortir d'ici manu militari !
- Vous n'en ferez rien, Votre Majesté !
- Pardon ? répondit Felipe, abasourdi par l'impertinence du visiteur, qui avait visiblement une quarantaine d'années et maîtrisait très bien l'espagnol malgré son accent.
- Vous avez, je crois, tout intérêt à m'écouter, Votre Majesté.
- Et pourquoi donc ?!
- Vous avez pu le voir rapidement, je ne suis pas l'un de vos sujets; j'ai la nationalité wapongaise, même si mes parents ne sont pas originaires de ce pays.
- Et que voulez-vous que ça me fasse ?
- Mon nom est Mitsuhirato.
- Jamais entendu parler; mais maintenant, sortez immédiatement de ma demeure et je ferai comme si je ne vous avais pas vu !
- Patience, patience, Votre Majesté... Je disais donc : mon nom est Mitsuhirato. En effet, il ne doit pas vous dire grand'chose, mais les présentations sont de rigueur entre deux inconnus, n'est-ce pas ? Quoique vous ne soyez pas pour moi un inconnu...
- Je suis connu par des millions d'individus dans le monde, qu'est-ce qui vous donne spécialement le droit de violer mon intimité, de rentrer dans une demeure qui m'appartient en propre et dans ma salle de bains, qui plus est ?
- Laissez-moi finir, Votre Majesté. J'ai eu vent d'un certain nombre de vos rapports confidentiels, de vos dernières conclusions et réunions avec vos ministres... Je sais beaucoup de choses !
- Ah oui ? Et comment auriez-vous eu accès à tous ces éléments confidentiels ?
- Je n'appartiens à aucune organisation connue ou secrète, je travaille pour mon propre compte et j'ai mes propres méthodes que vous n'avez pas à connaître.
- Cela me concerne dans la mesure où vous avez violé un secret d'État, que cela s'appelle de l'espionnage et que vous allez être jugé et condamné pour cela... - répondit ironiquement le Roi.
- Je n'ai pas fini. Je suis en mesure de vous aider. Les nouvelles ne sont pas excellentes, récemment, n'est-ce pas ?
- Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ?
- Allons, Votre Majesté, pas de ça entre nous ! Tout le monde le sait; mais peu connaissent la véritable étendue des dégâts...
- Et en quoi ça vous concerne, Monsieur Miharutoti ?
- Mitsuhirato - dit l'individu en faisant claquer sa langue. Cela me concerne parce que je suis à même de vous aider; vous êtes un bon souverain, vous avez un bon gouvernement... mais tout ce beau monde est formidablement mal conseillé et coordonné. Vous avez des atouts que vous ne voyez pas et que vous ne savez pas exploiter. Je suis là pour vous aider à y parvenir.
- Et comment y arriveriez-vous ?
- Cela ne vous regarde pas; vous n'avez à exiger de moi que des résultats... pour peu que vous y mettiez le prix. Le reste, ne vous en préoccupez pas. Je vais vous laisser réfléchir; mon offre tiendra encore un certain moment. Je vous laisse mon numéro de téléphone personnel; ne le jetez pas : vous ne l'obtiendriez pas autrement ! - s'exclama l'Asiatique en lui tendant une carte de visite dont le Roi se saisit.
- Mais je me fiche de...

A peine le Roi avait-il baissé la tête que ce Monsieur Mitsuhirato avait disparu. Felipe V sortit précipitamment de la salle de bains, fouilla toute la demeure et tomba rapidement sur l'un de ses gardes du corps.

- Mario, vous n'avez pas vu un individu s'introduire ici ? Un homme grand, svelte, de type makaran ?
- Ah... non, je regrette, Votre Majesté, rien de tout cela. Personne n'a pu entrer, je surveille la porte de la salle de bains depuis que vous y êtes entré, comme vous me l'avez demandé.

Felipe avait-il rêvé ?


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/41/9/a/7/haydenchristensen-1f83546.jpg.htm][img]http://img41.xooimage.com/files/9/a/7/haydenchristensen-1f83546.jpg[/img][/url]
Sa Majesté Sérénissime au Palais de Monteagudo, siège du Parlement de la Province de Parda</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/26/a/9/d/100220081705992035483799-1fdfcd5.png.htm][img]http://img26.xooimage.com/files/c/5/9/100220081705992035483799-1fdfcd6.png[/img][/url]</center>


"Les récentes rixes entre le Rike du Lochlann et la République Démocratique et Populaire du Makengo sont à la fois le résultat d'une radicalisation du fascisme lochlannais et la cause de la radicalisation du régime makengais.
Ce dernier, gouverné à titre intérimaire par le très volontariste Tade M'Baba, risque fort de basculer dans le suprémacisme noir, comme durant les heures sombres de l'histoire pelabssienne, en réponse au suprémacisme blanc lochlannais.
Insensiblement, le régime nordique glisse vers un nazisme ou un pré-nazisme qui déforme de plus en plus le nationalisme originel et tord jusqu'à la défiguration le fascisme des premières années de gestion de Peter Eriksson.

Plus que l'opposition entre fascisme de droite (anticommuniste) et fascisme de gauche (antilibéral), distinguo qui a parfois été réalisé par certains essayistes peu sérieux, je pense qu'il faut plutôt séparer très scrupuleusement trois types de droite extrême dans le monde :
- L'extrême droite démagogique, dont les seules vraies propositions concernent l'immigration et qui ne reposent sur aucune vraie idéologie valable (c'est le cas du Parti National Adélien ou de la Droite Alternative pelabssienne ainsi que de la plupart des partis d'extrême droite des démocraties alméranes)
- L'extrême droite fasciste, d'origine méditerranéenne, qui s'appuie sur une vision anticapitaliste, corporatiste et modérément collectiviste de la société, outre son soutien traditionnel à la réaction, à la religion et aux valeurs séculaires (c'est le cas du Parti Phalangiste au Numancia, du Parti des Valeurs au Tripì...)
- L'ultra-droite national-socialiste, d'origine germanique et nordique, qui s'appuie sur une vision libérale-autoritaire du monde, préfère avoir les libéraux que les communistes comme interlocuteurs, déteste toute autre forme d'extrême droite et fonde sa vision de la civilisation sur des critères raciaux (c'est le cas des partis au pouvoir au Lochlann ou au Nordreich ainsi que de l'opposition antimonarchiste de droite au Thorval)

Assisterait-on finalement à la constitution d'une ultra-droite capitaliste (car prônant le maintien du Makengo dans le marché mondial) et racial au Makengo ? Rien n'est moins sûr : les propositions de Tade M'Baba sont essentiellement dictées par les circonstances et les provocations de Peter Eriksson. Il n'existe en réalité par de véritable ultra-droite ni même d'extrême droite idéologique au Makengo : les plus à droite sont les néo-conservateurs d'inspiration pelabssienne.

Quoi qu'il en soit, Peter Eriksson, dans sa volonté d'éliminer le "nationalisme à papa" du Lochlann, va continuer à précipiter le Lochlann dans un marché mondial contrôle mais un marché capitaliste quand même. Le libéralisme gagne chaque jours du terrain à Jarrstad : commerce massif d'armement sans discrimination aucune; association aux pires idiots utiles du capitalisme (la coopération astarane, le régime callandais...); bientôt l'autorisation de la culture et de la consommation des organismes génétiquement modifiés; l'impiété généralisée et le culte de la domination luciférienne...
Le libéralisme risque de finir par gagner la bataille au Lochlann. Ce n'est qu'une question de temps."



<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/24/9/5/2/100827065427849176643470-1fe0373.png.htm][img]http://img24.xooimage.com/files/2/b/a/100827065427849176643470-1fe0374.png[/img][/url]</center>
Ramiro de Maeztu

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<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/5/f/1/cartedesblocsgopolitiqu-1fc6e1a.png.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/f/5/6/cartedesblocsgopolitiqu-1fc6e1b.png[/img][/url]</center>


"La récente crise politique interne de l'Union des Démocraties traduit parfaitement la fin de la domination absolue des États-Unis de Pelabssa sur le monde, y compris le bloc libéral, et le lent déclin du tandem formé par Hellington et Barrow.
L'inactivité, l'incurie et l'incompétence de Jack Nikelson et de Richard Sallinger, couplées aux récentes inflexions de la politique shawiricoise, vont finir par avoir raison d'une organisation qui a toujours grandement manqué de cohérence, d'unité, d'activité et de crédibilité. En dehors d'une coalition pantagruélique mise en place contre un Rike du Lochlann isolé lors de la Guerre de la Péninsule, jamais les membres de l'Union des Démocraties n'ont démontré leur collaboration, leur bonne entente et leur volonté de resserrer leurs liens tout en s'affirmant sur la scène internationale.
Bien au contraire, face au duo infernal Pelabssa-Adélie, le Quantar n'a eu de cesse de vouloir se poser en rival économique plus ou moins légitime de son puissant voisin alméran, tandis que la Shawiricie de Marie Côté découvrait les horreurs de l'administration Nikelson sur son propre territoire et que le Savoia continuait à distribuer ses emprunts à forts taux d'intérêt. Aucune alliance ne fonctionne si elle n'est pas fondée sur des principes idéologiques et politiques forts ou, à défaut, une volonté réelle de développement économique commun, et c'est ce qu'ont oublié les libéraux de ce monde. C'est au contraire l'une des grandes réussites de la Sainte Alliance, qui a su jusqu'à présent s'étendre sans jamais se perdre en chemin.

La démission de Robert Keeton de son poste de Secrétaire Général de ladite organisation et sa proposition de plusieurs noms quantariens ou savoisiens pour le remplacer prouve en tout cas qu'en l'absence d'une grande utilité internationale, l'Union des Démocraties sait se liguer contre un État libre et souverain comme la Shawirice pour continuer à assurer ses petits intérêts bien compris et à imposer son diktat à tous les pays réfractaires. C'est un signe indéniable de sa grande dangerosité intrinsèque et la persévérance de Marie Côté à cet égard a beau être touchante, elle me paraît totalement vaine : tant que les États-Unis de Pelabssa existeront, ils chercheront par tous les moyens de dominer le monde et à l'influencer directement ou indirectement, de façon plus ou moins musclée, leurs partenaires et leurs ennemis.
La tentative de détente entre Hellington et Novgorod, notamment autour de la négociation d'un traité de non prolifération nucléaire, me paraît bien fragile et toute provisoire : au fond, les deux ennemis de toujours tâchent de s'affaiblir mutuellement et, surtout, Jack Nikelson veut à tout prix limiter les possibilités des alliés et vassaux de Vladimir Kirov en s'adressant à Dieu plutôt qu'à ses anges...

Comment croire, dans ces conditions, à une paix durable dans le monde ? Et combien de temps faudra-t-il encore avant que les conflits périphériques (Guerre de la Péninsule, Guerres de l'Altevum, tensions tripico-callandaises) ne deviennent planétaires ?"



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Ramiro de Maeztu

Message par Ramiro de Maeztu »

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"Il est singulier que Sa Majesté Sérénissime Felipe V n'ait jamais publiquement déclaré avoir fait le deuil du mépris du Rike du Lochlann. Le régime numancien se serait nettement plus fascisé en imitant le modèle lochlannais si le chancelier Carlmann n'avait pas commis l'erreur - mais la ressent-il comme une erreur ? - de repousser aussi violemment le pouvoir hispalien.
Felipe V est un homme intelligent, perspicace et pénétrant. Il ne peut pas ne pas avoir compris que le fondement de la philosophie fasciste lochlannaise n'est pas le fascisme - il ne s'agit que d'un accident, au sens philosophique du terme, que d'une forme de gouvernement, ce n'est même pas une idéologie. Ce qui compte fondamentalement dans le régime lochlannais, c'est la race jarrstide.
Mieux vaut être jarrstide et libéral que fasciste et numancien : c'est là la cruelle vérité toute nue. Je suis du reste persuadée que l'ensemble du Parti Phalangiste, ou tout du moins le gouvernement, l'a très bien compris lui aussi.

Il n'existe aux yeux de Carlmann, et encore moins à ceux d'Eriksson, pas de salvation possible si l'on n'est pas de race jarrstide - et encore faudrait-il définie ce qu'est la race jarrstide, car en dehors de quelques mesures de nez ou de menton, personne n'a jamais vraiment compris de qui ou de quoi il s'agissait. L'Aldéran, par exemple, est ethniquement jarrstide; son précédent gouvernement était haï par Augustus Carlmann et Peter Eriksson, mais ces derniers sont venus en aide aux national-socialistes aldérans pour les installer au pouvoir... et ça a fonctionné !
Au contraire, le Parti Phalangiste n'a jamais pu compter sur l'appui, même tacite, du Lochlann, alors que des volontaires de la Phalange avaient été envoyés par Don Francisco del Ferrol pour soutenir le pays dans la Guerre de la Péninsule.

En l'absence de véritable modèle de développement idéologique, le Numancia a développé une pensée très particulière, bancale à bien des égards, censée réunir en un étrange faisceau de causes et de conséquences le monarchisme; le protestantisme rigoriste; le collectivisme modéré; le fascisme non racial; la vénération de la culture comme source de légitimation; la haine de l'argent-roi...
Pris un à un, ces éléments sont viables et même souvent défendables; mais réunis en une seule et même mixture, ils donnent un brouet sombre, difficilement compréhensible et peu ragoûtant.
La vraie question que doit se poser aujourd'hui le pouvoir numancien est la suivante : peut-on décemment continuer avec ce modèle ? Si oui, vers où nous dirigeons-nous ? Si non, que faut-il modifier pour avancer ?"



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Ramiro de Maeztu

Message par Ramiro de Maeztu »

<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=100906082432241926.jpg][img]http://nsa20.casimages.com/img/2010/09/06/mini_100906082432241926.jpg[/img][/url]</center>


En à peine une dizaine de minutes, Juan Carlos m'apprit l'existence et l'essence de la Ligue Panlatine, organisation politique, économique et culturelle dont je n'avais en réalité jamais entendu parler ! Il faut avouer que mon métier de courtier m'avait occupé plus que de raison durant ces dix dernières années et que lorsque je rentrais, exténué, au logis, c'était pour m'abrutir devant je ne sais trop quelle émission avilissante mais divertissante et me gaver de pizza ou de chips...
Je ne m'intéressais qu'à la politique intérieure adélienne et à la politique extérieure pelabssienne, et encore, uniquement en période électorale ! Je daignais alors me déplacer pour voter pour le candidat qui me paraissait être le meilleur gestionnaire possible mais ne me sentais guère impliqué dans tout cela.

Je me rendis aussi compte à quel point la vision donnée du Numancia par les médias adéliens était abusivement déformée. Certes, je ne me voyais ni vivre, ni travailler dans un pays aussi spécial, éloigné de mon univers culturel et qui restait malgré tout une monarchie autoritaire, mais j'avais constaté par moi-même que les Numanciens ne vivaient pas mal et que la pire misère n'existait pas. Jamais je n'avais vu un clochard dans les rues ! Il y avait bien des différences de richesse qui apparaissaient comme évidentes, mais rien de scandaleux, rien d'anormal, rien d'incompréhensible, rien d'injuste. Quant aux Numanciens, ils ne me semblaient subir ni leur Roi, ni leur gouvernement : l'immense majorité d'entre eux avait voté pour les phalangistes et ne semblait pas s'en plaindre, malgré la passion pour le débat et la critique qui animait cette nation. C'était là un fait bien étrange pour moi qui avais toujours vécu dans une démocratie libérale, un "État de droits", et ne pouvais concevoir rien d'autre que ce modèle, qui semblait triompher partout, en Alméra, au Zanyane ou au Vicaskaran.
Tous les pays comme le Numancia, la Rostovie, l'Eran ou le Tripì étaient pour moi des erreurs, des anomalies de l'histoire qui ne pouvaient pas résister à la volonté des peuples de s'émanciper et de conquérir leurs droits naturels. Pour ce qui était du Numancia, non seulement avais-je découvert que ses sujets n'avaient pas juré la perte de l'Adélie (même s'ils étaient évidemment loin de n'en dire que du bien), mais qu'ils n'étaient en plus pas du tout disposés à troquer leur modèle de société pour un autre.
Je m'attendais en arrivant en avion à un pays pauvre, communiste et monarchiste tout à la fois, et avais découvert un pays digne, évolué et accueillant. C'était sans conteste ma grande découverte intellectuelle de l'année !


<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=100906084141783619.jpg][img]http://nsa19.casimages.com/img/2010/09/06/mini_100906084141783619.jpg[/img][/url]</center>
Ramiro de Maeztu

Message par Ramiro de Maeztu »

<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=100904115720294330.gif][img]http://nsa20.casimages.com/img/2010/09/04/mini_100904115720294330.gif[/img][/url]</center>


Après une journée courte mais instructive et passionnante à Lapoblación, je repris le train à grande vitesse à la gare, sur les coups de seize heures. J'étais fatigué par tant de marche et de piétinement durant la journée et je m'affalai sur mon fauteuil après le passage obligatoire par le portique de sécurité.
Peu avant le départ, un individu vint s'installer à côté de moi; il posa sa valise sur le porte-bagages situé au-dessus de moi et s'assit en me saluant distraitement. Puisqu'il parlait espagnol, je le supposai numancien, avec toutefois un très fort accent que je ne parvins pas à identifier.
Il sortit de la serviette qu'il avait également emportée un magazine en espagnol, ce qui confirma mon impression première. J'étais désireux de parler malgré la fatigue et même si le trajet était plutôt court et entamai donc la conversation en faisant grossièrement les présentations.

J'appris qu'il s'appelait Juan Carlos, qu'il était âgé de trente-huit ans, était père de deux enfants et travaillait à Hispalis. Il avait néanmoins passé trois jours à Lapoblación, où une partie de sa famille s'était installée, et retournai dans la capitale où il allait encore travailler avant de rentrer dans son pays. Je compris donc qu'il n'était pas numancien, ce qui pouvait expliquer son accent si particulier; il ne parlait pas mal ou avec difficulté mais ses intonations et les mots qu'il choisissait pouvaient effectivement laisser penser qu'il était étranger.
Je m'enquis donc de sa nationalité et il me dit qu'il venait de Barceulo. Il était donc logroñais ! En Adélie, le Logroño était assez méconnu avant les derniers Jeux Olympiques d'Été, auxquels il avait assisté, me disait-il, et qui avaient fait la fierté de son pays malgré l'interruption due à la crise rostove.
Il prenait par ailleurs régulièrement la ligne à grande vitesse entre Hispalis et Barceulo, mise en place quelques mois auparavant, et m'expliquait qu'elle était bien moins chère que l'avion et bien plus rapide que les autres lignes standard, supprimées depuis.

Je décidai d'embrayer la conversation, alors que le train démarrait, sur les raisons de son émigration. Il m'expliquait qu'au Logroño, plusieurs crises politiques et économiques (ainsi que, selon lui, une certaine incurie du gouvernement socialiste) avaient rendu la condition d'un certain nombre de travailleurs très difficile. Au contraire, bien qu'il fût un pays plutôt autoritaire, le Numancia avait une économie dynamique et offrait des possibilités d'emploi et d'ascension sociale plus importantes, ce qui l'avait poussé à l'émigration, encore facile du temps de la Ligue Panlatine.
J'ignorais totalement ce qu'était cette ligue; je croyais le Numancia engagé dans la Sainte Alliance ! Il se mit alors en tête de me l'expliquer, alors que nous passions devant la forteresse médiévale de Medina del Campo...


<center>[url=http://www.casimages.com/img.php?i=100905012628910807.jpg][img]http://nsa19.casimages.com/img/2010/09/05/mini_100905012628910807.jpg[/img][/url]</center>
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