[justify][center][img]https://i.imgur.com/oYuVMvi.png[/img] 16 décembre 2040
Au 1er janvier, une centaine d’entreprises seront nationalisées
avant de (peut-être) devenir des coopératives
[img]https://i.imgur.com/pwJm8x5.png[/img]
Un abattoir de la firme Carnatio, qui sera nationalisé[/center]
C’était la disposition phare de l’accord de coalition entre l’Action Réformiste et le Parti Communiste : les sociétés qui ont annoncé la fin de leurs activités en Santogne à la suite de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=356491#p356491]la réforme fiscale[/url] seront nationalisées dès le 1er janvier 2040, au moins temporairement. En effet, de nombreuses entreprises avaient alors préféré quitter le pays plutôt que d’être soumises à un nouvel impôt sur les bénéfices qui ne tient plus compte de la domiciliation fiscale. De quoi, pour les tenants de la réforme, lutter contre l’optimisation fiscale. Pourtant de nature à contenter les partisans de l’anticapitalisme, la réforme avait été jugée délétère par les syndicats, notamment l’UST, qui [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=357207#p357207]craignaient de se retrouver au chômage[/url]. La communication du Gouvernement, comme à l’accoutumée, fut désastreuse. Les ministres technocrates d’Inès Teysseire ont considéré que les syndicalistes, en protestant contre le Gouvernement, étaient les alliés de l’évasion fiscale. Il faut dire qu’aucun plan de reprise n’avait été alors envisagé par le ministère de l’Economie, qui avait largement sous-estimé l’ampleur de ces départs. Ces sociétés appartiennent à tous les secteurs économiques : Carnatio (agro-alimentaire, viande), Cycloluce (informatique), Divion (BTP)…
Assez mal à l’aise sur le dossier, le Parti Communiste n’a pas demandé le retrait de la réforme, et a demandé une reprise par l’Etat des sociétés fuyantes. Mais en ligne de mire, c’est bien pour les transformer en coopératives que cette nationalisation est entreprise. « La démocratie n’existe pas en entreprise et personne ne s’en offusquait... Aujourd’hui, on en voit les conséquences. En transformant ces sociétés fondées sur l’actionnariat en des coopératives ouvrières sur le principe d’1 personne = 1 voix, nous redonnerons de la dignité au travail. » s’enorgueillit le Vice-Premier ministre Martin Dartigues. Pour autant, le ministre communiste de l’Intérieur n’a pas entièrement obtenu gain de cause puisque la cheffe de gouvernement s’est refusée à ce que l’Etat finance entièrement la reprise de ces sociétés. Les salariés malheureux qui espèrent garder leur travail devront ainsi réinvestir leur prime de licenciement pour racheter à leur employeur les locaux. L’Etat verse ensuite la différence, quand il y a eu lieu, et encore c’est loin d’être automatique. Les espoirs de l’entreprise démocratique sont largement nuancés. À l’abattoir Carnatio de Virens, au nord-est de la Santogne, on promet de réembaucher les 47 salariés qui ont perdu leur travail du jour au lendemain pour le même salaire… mais pas pour le même volume horaire. « On sera encore plus pauvre mais de quoi se plaint-on ? On aura la chance de travailler dans une entreprise dé-mo-cra-tique. » ironise l’un d’eux, syndiqué UST. Son collègue, à l’initiative du projet de coopérative, reste positif : « Oui, les débuts seront difficiles. Oui, l’activité ne sera pas suffisante pour faire travailler 47 personnes, 38 heures par semaine. Mais ceux qui se plaignent ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Il faut du temps pour que les fruits repoussent sur un arbre pourri des années durant par le capitalisme. »
[img]https://i.imgur.com/NSqlbkO.png[/img] | Attentat à la Cathédrale de Cewell : cette fois, le Cardinal Emerson n’aura pas échappé à la mort
[justify]Le Westrait renoue avec la violence, après le terrible attentat perpétré contre la Cathédrale de l’Immaculée-Conception de Cewell (la capitale du Westrait, ndlr) où des milliers de fidèles assistaient à la messe du Cardinal Emerson. Ce dernier, qui cumule la soutane avec la casquette de délégué syndical marxiste, avait marqué le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=345020#p345020]conclave de 2037[/url] par ses positions favorables à l’union de couples homosexuels et par la tentative d’assassinat dont il a été la cible en marge. Il était un cardinal « papable » et d’aucuns considéraient qu’il aurait pu succéder à Célestin VI si d’aventure un nouveau conclave était convoqué, dans un contexte assez favorable au marxisme. Lui inclus, ce sont donc 376 morts et 600 blessés qui sont à déplorer et les regards se tournent vers un obscur groupe anarchiste, les Westrean Fighting Anarchist Cells, qui a revendiqué cette tuerie de masse, reprochant à la communauté catholique ses liens avec des « dictateurs ». Mais ce faisant, le groupuscule a certainement tué le membre du clergé le plus influent et le plus favorable à ses idéaux. Un évènement tragique qui rappelle plus que jamais que le mieux est l’ennemi du bien.[/justify]
[img]https://i.imgur.com/r0uDdFJ.png[/img] | Les survivalistes se passionnent pour la mésaventure informatique lébirienne
[justify] « Ce qui peut arriver dans la Ligue de Lébira peut arriver chez nous. ». Loin d’en être inquiété, Frédéric, survivaliste santognais de 46 ans, boit du petit lait. Voilà maintenant près de vingt ans qu’il milite sans relâche pour la préparation de la population civile à un risque qui pourrait paralyser tout un pays du jour au lendemain : une attaque terroriste, un coup de force de l’Etat gendarme, un accident industriel majeur, une catastrophe naturelle… ou une panne informatique. La Ligue de Lébira a ainsi payé le lourd tribut de la dématérialisation de sa monnaie après une panne informatique qui a virtuellement vidé tous les comptes du pays. « Nos sociétés maintiennent les populations civiles dans l’ignorance en leur disant de laisser à l’Etat les affaires de l’Etat et en leur demandant de faire une confiance absolue dans sa mécanique bien huilée et de plus en plus complexe. Elle est pourtant si fragile ! » continue Frédéric. Pour cet homme aguerri, la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=360268#p360268]solidarité lébirienne[/url] est salutaire mais naïve. « Quand le temps passe et que les ressources commencent à manquer, il n’y a plus de solidarité qui tienne… Un fossé se creuse jour après jour entre ceux qui sont préparés et qui ceux qui ne le sont pas, et qui représentent un poids pour les premiers. » diagnostique ce patron d’un atelier de mécanique automobile, qui ne compte plus par ailleurs ses heures de jeu sur [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341340#p341340]Zombie Tour[/url].[/justify]
[justify][center][img]https://i.imgur.com/iB4oEW7.png[/img] 3 janvier 2041
Nouveau festival de la Nonastalgie à Garignan
[img]https://i.imgur.com/5HmLt6P.png[/img]
Concours de réparation de « ressortins »[/center]
Nonastalgie. Ce néologisme assez laid renvoie à une réalité très concrète : « nona » pour quatre-vingt-dix et « stalgie » pour nostalgie. Le festival qui s’est tenu à Garignan honore les années quatre-vingt-dix, les plus fastes dans une Santogne qui s’est prêtée à rêver à dominer le monde avec son [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348472#p348472]Cap 2.000[/url]. L’événement est un cruel rappel du caractère éphémère de cette période de concorde d’une population qui s’imaginait que l’informatique allait lui permettre de guérir du cancer sous dix ans ou qui refusait à voir dans le plastique autre chose qu’un allié. D’ailleurs, pour sa première édition, qui a réuni près de 50 000 visiteurs, le festival a organisé un concours de réparation de « ressortins », ces ressorts en plastique, souvent aux couleurs de l’arc-en-ciel. Si l’intérêt du jouet se limite à l’observer descendre de l’escalier suivant un implacable principe physique, il s’est vendu à des millions d’exemplaires en Santogne et a fait la joie des industriels qui en ont imaginé de toutes formes et couleurs. Le phénomène s’est tassé à l’aube des années 2000, au moment même où la santé économique du pays déclina. Les millions vendus finissent à la déchetterie, souvent cassés, les anneaux entremêlés. Difficiles à recycler, la plupart étaient d’ailleurs broyés puis incinérés.
Recevant un prix de 700 ₱, Mickaël est le champion d’un jour, celui qui a réussi à réparer le plus de ressortins possibles en une demi-heure. Mais à 47 ans, l’homme qui n’en avait que sept en 2000, n’aspire pas à relancer une mode, ni même à redonner une seconde vie à l’objet, mais simplement lui passer un moment avec des objets qui lui sont familiers, au son de Fleur-de-Lotus, une chanteuse adolescente qui a connu un immense succès avec Les étoiles me parlent, et qui s’est suicidée en 2023. « C’est cette Santogne qui me manque. » soupire l’heureux lauréat nonastalgique peu avare en lieux communs : « Les plus jeunes ne peuvent pas comprendre » poursuit-il, évidemment. Pour autant, il n’a pas totalement tort. Si l’immense majorité des festivaliers ont entre 50 et 65 ans, les jeunes se prêtent également au jeu. Le cigarettier Romieu avait, en avril de l’année dernière, proposé un autre festival [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=352236#p352236]offrant le ticket d’entrée à ceux qui venaient s’habiller sapés comme à l’époque[/url]. Nylon froissé, blue jeans remonté jusqu’au nombril et serre-tête obligatoires. Les jeunes le font à la manière, pour « délirer » mais pour les nonastalgiques, c’est l’émotion qui domine. Non loin du concours de « ressortins », Magalie, 51 ans, fond en larmes à l’atelier beauté, lorsque l’assistante lui pose des boucles d’oreille autocollantes. « Je pense à celles que m’offrait maman. » parvint-elle à dire entre deux sanglots. Une heureuse parenthèse dans les nouvelles années quarante.
Pour faire face à ses difficultés économiques, la République de Vryheid, a dû [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=960&t=18376]céder à des compagnies étrangères ses nombreux gisements[/url] d’hydrocarbures, phosphates et lithium. C’est sur ce dernier que la classe politique santognaise s’affronte depuis plusieurs semaines dans les couloirs du Parlement, entre d’une part les partisans d’une offre du Groupe Antenlin, principal distributeur du pays, pour son exploitation ; et d’autre part ceux qui craignent qu’une telle offre n’éloigne la Santogne du Caeturia et des mines dont le Conglomérat est propriétaire au Nuevo-Rio. Si jamais le Groupe Antelin venait à remporter l’exploitation de la mine vrye, la Santogne jouirait d’un approvisionnement domestique direct, quoique soumis à l’impôt sur les sociétés du Vryheid. Un minerai essentiel pour l’économie santognaise puisqu’il entre dans la composition des batteries qui équipent les ordinateurs, les téléphones portables et bien sûr celles des sondes et satellites. De plus, il permettrait de s’affranchir du Caeturia qui a rompu ses relations avec l’allié valdaque, à l’initiative de ce dernier. Sur le papier, tous les arguments plaident en faveur d’une exploitation par le Groupe Antelin du gisement vrye de lithium. Mais loin s’en faut, les lobbies qui s’activent dans l’ombre au Parlement n’ont pas tous à cœur la défense des intérêts de la République de Santogne. Ou du moins, les opposants voient-ils les choses autrement : pour eux, la Santogne se garantira un avenir serein en accroissant sa dépendance au Caeturia et donc en contractant une alliance avec lui. « Le Caeturia est la troisième puissance mondiale et nous avons toutes les raisons de penser qu’elle deviendra l’année prochaine la deuxième. Ses institutions garantissent une stabilité à toute épreuve, qui rassure les entreprises santognaises qui investissent là-bas. De plus, la population caeturienne est éduquée à la société de consommation, c’est un marché formidable pour nos fleurons nationaux ! » s’enthousiasme Marie-Hélène Cazenave, une députée de l’Action Réformiste, qui ne cache pas ses accointances, et qui a été l’une des adversaires au sein de la majorité du projet de coalition avec le Parti communiste.
À quelques encablures parlementaires de là, Pierre-Laurent Mbusu, député dégagiste roulant aujourd’hui pour l’Alliance pour le pouvoir, plaide pour une grande union entre la CND et l’Algarbe et pour l’exploitation par le Groupe Antelin du lithium et du gaz vryes. Jouissant de la double nationalité santognaise-makengaise, le parlementaire a été étiqueté « pantin du Président Botamba » par Félix Ngounga, l’essayiste anti-colonialiste. Pierre-Laurent Mbusu bénéficie également d’un large réseau qui a contribué à son élection et a sans doute une liste de noms de futurs cadres à suggérer pour le Groupe Antelin. « Le Groupe Antelin est le meilleur porte-parole à la fois de la Santogne et du Makengo au Vryheid, et je crois en effet qu’il redonnera sa grandeur au continent. » décrit Mbusu. Le lobby makengais, auquel il appartient, a gagné en influence à l’aune de la bonne santé économique de ce pays du Golfe d’Ebène. À terme, il s’agirait d’inciter à le Vryheid à s’engager dans l’Organisation Diplomatique des Etats d’Algarbe, puis à sceller une alliance entre elle et sa sœur dytolienne, la CND, préfigurant une gouvernance semi-mondiale de l’arctique aux confins antarctiques du Vryheid. L’idée enthousiasme surtout des essayistes en sciences politiques qui se plaisent à refaire le monde en écrivant des bouquins, mais elle pourrait tout de même se concrétiser. La République de Vryheid a d’ores et déjà annoncé son intention de se [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=360588#p360588]rapprocher de la CND[/url], peu de temps après avoir calqué sa monnaie sur le dolgar, la double monnaie du Rassemblement Corporation pour l’Entrepreneuriat, une émanation du Caeturia. Dès lors, on le voit, derrière cette question du lithium vrye, les parlementaires santognais veulent apporter une réponse politique pour l’avenir du pays.
[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=360954#p360954]Comme prévu[/url], le nord de la Santogne a été impacté par un important épisode neigeux, suivie d’une vague de froid qui a balayé la Dytolie jusqu’à ses confins, comme sur le lac Tchenatchev, en [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=361203#p361203]Sarkhovie[/url]. Ces conditions ont rendu la circulation automobile chaotique entre Fabrègue et l’Estura, et a occasionné par ailleurs la suspension des liaisons ferroviaires. Mais c’est surtout au nord de Crabemortes, notamment dans la province de Calade-les-Cabres, que l’épisode a été le plus violent, coupant littéralement plusieurs villages du reste de la civilisation. Ces routes de campagne, souvent non goudronnées, sont bloquées par des congères, rendant difficiles les opérations de déblaiement et de salage. Pire, les villages ainsi coupés sont également des zones blanches, où le réseau Internet et mobile ne passe quasiment pas. Aussi, il est très difficile d’avoir des informations. Le ministre de l’Intérieur, Martin Dartigues, s’est ému de la situation et a promis que la Santogne enverra dans les prochains jours des ravitaillements nécessaires au moyen d’hélicoptères aux villages les plus durement impactés.
Renvoyant au Moyen Âge plusieurs de ces municipalités, l’épisode météorologique repose le débat de la modernisation des infrastructures routières comme technologiques. Le gouvernement Delpuech avait déjà au cours de son mandat promis d’annihiler la « fracture numérique » des zones blanches, encore nombreuses, mais le coût des opérations et les difficultés techniques l’ont finalement dissuadé à engager les fonds nécessaires. Entre 2036 et 2041, deux seuls villages sont ainsi sortis de la zone blanche et peuvent maintenant jouir d’une connexion de 128k. Le Vice-Premier ministre de l’époque Martial Vallotton avait d’ailleurs invité les habitants à déménager, ce qui a provoqué la consternation dans ces contrées où l’on cultive l’entre-soi comme nulle part ailleurs en Santogne. Historiquement, ce sont d’ailleurs dans ces montagnes que furent établies au XIIe siècle les principales [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=340886#p340886]forteresses cathares[/url], qui ont résisté contre l’Eglise catholique. Les cathares ont depuis disparu, mais l’entre-soi est resté très marqué. Il est peu probable que la Santogne engage des frais pour désenclaver ces contrées. Le ministère de l’Intérieur devrait ainsi jouer la montre et attendre le dégel, en ravitaillant les villages une fois par semaine. À moins que le tout nouveau ministre communiste ait envie d’y s’inscrire sa signature ?
[justify][center][img]https://i.imgur.com/rVlXSZ1.png[/img] 3 mars 2041
Le crime de la Dranavie est d’avoir refusé le communautarisme[/center]
La Santogne est restée silencieuse sur la situation en Dranavie et se montre très réservée quant à une intervention dans ce pays marquésien où les terroristes du JTA ont gagné du terrain sur le gouvernement, portés d’une part par le soutien des bouffeurs de curés ölanais et d’autre part l’attentisme du Royaume de Kars qui, sous couvert de non-ingérence, ne lèvera pas le petit doigt pour éviter que le pays ne tombe dans les affres du salafisme. Fortement influencé par l’Eglise slézane, le gouvernement dranavien a été contraint de procéder à l’évacuation des catholiques qui le souhaitent. Au Kaiyuan, on laisse même entendre que les catholiques ont été « [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=361682#p361682]déportés[/url] ». Cette terminologie douteuse prouve au mieux qu’on ne comprend rien à la situation dranavienne en Extrême-Orient, au pire qu’on veut faire de la Dranavie un acteur malveillant qu’il faudrait renverser, au même titre que la Cybistrie, pour que puisse jouir la nouvelle route de la soie. Le Sengaï, la Dranavie, la Cybistrie et les Ménechmes : tous ces Etats qui mènent une politique autre que la soumission pure et simple aux intérêts islamiques ou au « droit à la différenciation » dont devraient bénéficier les musulmans érigés comme peuple élu, ont tous été contournés de cette soyeuse route. Les hindous soumis aux desiderata de la Oumma, comme la Karmalie Mamta Ismaïla Khan ou le Gandharien Jasbir Kejar, ont quant à eux été récompensés. De son côté, l’Ölan ne ménage pas sa peine non plus pour être adoubé par la LIM, dont les liens avec l’Internationale Communiste sont de plus en plus perceptibles. Tout ceci est savamment calculé, l’idée derrière étant bien sûr d’associer la figure du chrétien à celle du vil bourgeois oppresseur et celle du musulman au prolétaire opprimé mais courageux.
Le crime de la Dranavie fut d’avoir refusé le communautarisme, de n’avoir pas voulu faire de différenciation entre ses administrés selon leur ethnie ou leur religion, d’avoir refusé de ménager les susceptibilités et d’avoir porté la conviction que les évangiles n’étaient pas des bréviaires de haine, et qu’on était légitime à les diffuser en terre marquésienne, et à en faire la publicité sans devoir se cacher. Sous la pression non pas de la Communauté des Nations Dytoliennes, mais bel et bien du consensus entre la LIM et l’IC, la République de Cybistrie faillit à son rôle en proposant une [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=361623#p361623]médiation[/url] encourageant le maintien des communautés. Une déclaration décevante pour celle qui avait su tenir tête à la route de la Soie et qui aujourd’hui s’inscrit sur le même agenda du droit à la différenciation. L’Eglise catholique n’a d’autre rôle que de porter le message de l’Evangile : si un homme d’Eglise porte un tout un autre message que celui-ci, en déclarant par exemple nécessaire qu’on préserve les autres communautés religieuses, alors c’est la preuve qu’il n’a pas la foi, qu’il ne croit pas en ce qu’il prétend croire, et qu’il est certainement un agent franc-maçon comme il en existe trop au sein de l’Eglise. Le silence de la Santogne vis-à-vis de la Dranavie se comprend parfaitement, si on rappelle que la Première ministre Inès Teysseire est une protestante luthérienne, qu’elle est secondée par un Vice-Premier ministre communiste Martin Dartigues, que la diplomatie est assurée par le musulman « intégré » Husain el-Kaleel Rouvier, et que le groupe du parti majoritaire au Parlement est présidé par le franc-maçon Amaury Cravemortes. Forcastel chercherait-il lui aussi à avoir une place sur la route de l'Entre-Soi ?
[justify][center][img]https://i.imgur.com/QqBwGBR.png[/img] 18 mars 2041
Obliger la Ligue d’Apamée à intervenir en Dranavie, la drôle de
sortie de guerre proposée par Teysseire[/center]
Alors que les opérations militaires ennissoises et valdaques ont commencé en Alilée et en Arovaquie, et que la Ligue d’Apamée a étendu son interdiction d’exporter du pétrole à l’ensemble de la Communauté des Nations Dytoliennes et non plus aux deux seuls belligérants, la Première ministre Inès Teysseire a réitéré son souhait de trouver au plus vite un terrain d’entente avec Cartagina. Avocate d’une paix blanche, la Santognaise estime cependant que le conflit a atteint un point de non-retour, qu’il était impossible de faire comme si de rien n’était, et qu’il y aura un camp vainqueur qui aura la légitimé de poser ses conditions au camp adverse. Dans cette optique, si la coalition ennissoise-valdaque venait à remporter le conflit, plutôt de réclamer le retrait des troupes apaméennes sur le sol lébirien, la Première ministre santognaise aurait proposé de conditionner la paix avec la Ligue d’Apamée à un engagement militaire clair de celle-ci et de ses alliés pour délivrer la Dranavie de l’occupation ölonaise et karsaise. Détruire la flotte adverse pour obliger l’adversaire à l’utiliser ailleurs : la condition peut paraître paradoxal mais c’est la raison pour laquelle Teysseire réclame une paix rapide. Puisqu’il est fait, au moins par les diplomaties ennissoise et valdaque, le reproche à la Ligue d’Apamée de faire de l’ingérence en Dytolie, l’Ennis et la Valdaquie pourraient lui demander de se « racheter » en boutant les Etats de la LIM hors d’un Etat longtemps sous influence catholique. Telle est, en substance, la résolution proposée par la Santogne à Hoxa.
L’argument n’a aucunement convaincu les belligérants, loin s’en faut. Les autres Etats membres de la CND qui ne participent pas militairement au conflit, se sont montré également sceptiques. Une preuve s’il en fallait encore une que [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=355230#p355230]l’avenir de l’organisation semble se dessiner sans Forcastel[/url]. Le leadership est aujourd’hui clairement du côté de l’Ennis et de la Valdaquie. Le premier est dirigé par le président Lúi Ó Móráin, qui n’a pas de franches sympathies pour son homologue santognaise et réciproquement. La réforme de l’impôt sur les sociétés et l’arrivée de communistes dans le gouvernement ont été vécues comme une provocation de la Santogne à l’endroit de l’Ennis… et le renforcement de la base militaire ennissoise aux Ménechmes comme une provocation de l’Ennis à l’endroit de la Santogne. Quant à la Valdaquie, son ambition d’être un Etat pivot de l’ETT la rend finalement peu sensible aux arguments santognais, et à une entreprise de récupération de la Dranavie. Deuxième puissance économique de la CND, la Santogne est ainsi de plus en plus la cinquième roue du carrosse dytolien et au mieux la mouche du coche.
Alors que l’on célèbre le premier jour du printemps, l’hiver a réservé aux locaux une nouvelle mauvaise surprise. Un éboulement près de la ville de Pinardès a entraîné avec lui la destruction d’un pont et d’un segment de route qui mène au nord, vers les villages isolés de l’Argentône. Déjà touchées par une coupure d’électricité depuis bientôt deux mois, ces municipalités sont l’illustration même du désengagement de l’Etat, en dépit du volontarisme affiché par le ministre de l’Intérieur Martin Dartigues, en charge de ce dossier. Pourtant, les crédits manquent : la réforme de l’impôt sur les sociétés, censée récupérer l’argent spolié par l’évasion fiscale, a fait baisser les recettes. Du côté du ministère du Budget, on temporise, en rappelant que ces nombreux mouvements de délocalisation d’entreprises ne voulant pas s’acquitter du nouvel impôt ne sont qu’un phénomène conjoncturel. Quel est le rapport avec un pont écroulé ? Il tient au fait que le Gouvernement avait consacré un budget annexe à la rénovation des ponts, dont l’état a été jugement accablant en septembre dernier par un [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=359331#p359331]rapport parlementaire[/url].
Pourtant, la situation urge et cet hiver coriace, qui n’en finit pas, multipliera la facture par cinq. « On a fait des économies de bouts de chandelle sur l’entretien des ponts : résultat, nous voilà obligés de dépenser bien plus pour les construire » soupire un député de la majorité.Le ministre communiste de l’Intérieur est pointé du doigt pour sa mauvaise gestion de cette catastrophe naturelle, qui relève des compétences de son ministère. Louant à l’inverse l’esprit de communauté ainsi formé dans les villages coupés du réseau électrique et routier depuis le mois de février, il est accusé de se servir de l’événement pour promouvoir son programme politique, une critique qu’il balaie violemment. Pour autant, il est fort probable que la situation pour ces villages ne soit pas pleinement rétablie au moins avant l’année prochaine, pour des raisons budgétaires mais aussi logistiques. Ces routes, difficiles d’accès, laisse peu de marge de manœuvre aux gros engins qui déblaieront. En attendant, une liaison téléphonique satellitaire a été mise en place entre le ministère de l’Intérieur et les villages reculés et sur la base du volontariat, les habitants seront logés des villes de taille plus importantes, en aval de l’Argentône. Mais le gouvernement prévient : ceux qui font le choix de rester dans leur village sinistré seront ravitaillés en hélicoptère moins souvent. Là encore pour des raisons budgétaires…
[justify][center][img]https://i.imgur.com/iB4oEW7.png[/img] 6 avril 2041
Le succès d'un spa sarkhovite proposant des bains de glace
[img]https://i.imgur.com/FzM7EnS.png[/img]
Des rugbymen s'essayaient au bain à 3°C[/center]
Si sur le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=361203#p361203]lac Tchenatchev[/url], le froid fait des heureux parmi les amateurs de sensations fortes, des jeunes trentenaires de Sarkhovie font de même à Sainte-Madrague en proposant aux clients de baigner dans de l’eau glacé. La façade du « spa » situé dans une petite ruelle à trois cents mètres de la plage au sable chaud ne paie pas de mine, pas plus d’ailleurs que son nom : « Morozité ». Un clin d’œil au dieu Moroz, qui commande la neige et le gel dans la mythologie sarkhovite. Anton Ihorovych Yurchenko, un ancien programmateur informatique de Sarkhovie de 32 ans, qui a émigré vers la Santogne en 2037, explique la procédure en roulant les R comme personne : « Il n’est bien sûr pas question se jeter immédiatement dans le bain de glace, on demande d’abord au client de respirer à pleins poumons. C’est quelque chose que l’Occident a oublié, à une époque de la vitesse où la respiration est saccadée. Il faut donc réinstaller ce mécanisme qui permet de charger son corps en oxygène. Après, il faut réchauffer le corps par des exercices physiques. Ça peut paraître paradoxal mais c’est également nécessaire pour optimiser sa capacité de concentration. Seulement après, on plonge dans le bain ». Il dresse par la suite une liste des avantages : baisse de la tension, de la douleur, de la fatigue… En s’immergeant dans l’eau froide, le corps réagit immédiatement en renforçant le système immunitaire, puis active la circulation sanguine. Au début, la sensation désagréable de « brûlure » anesthésie le corps entier, elle ne dure qu’un court instant. Un bain d’une dizaine de minutes permet de déclencher la sécrétion d’adrénaline et de noradrénaline.
Le lieu a été pris d’assaut lors du dernier été par les touristes souhaitent se rafraichir mais il l’est également tout au long de l’année par des sportifs de haut niveau car le bain de glace stimule la production d’une molécule, appelée la PGC1, qui favorise le développement des mitochondries, qui fournissent aux cellules du corps l’énergie dont elles ont besoin. Morozité est également pris d’assaut par les enterrements de vie de garçon et quelques soirées étudiantes arrosées. Pour espérer être au calme, il faut plutôt venir dans l’après-midi, où l’on se laisse bercer comme on peut avec de la musique classique, qui cache à peine le bruit du système frigorifique qui fonctionne à tout-va. Aux écologistes qui pointent le bilan carbone de son entreprise sous un climat qui ne s’y prête pas, Anton a une réponse toute faite : « L’Occident a non seulement oublié de respirer à pleins poumons mais aussi à se contenter de se doucher à l’eau froide. C’est un mécanisme que Morozité veut réinstaller chez les Santognais. Plus de douches froides, moins de consommation énergétique : la planète est heureuse ».
[justify][center][img]https://i.imgur.com/QqBwGBR.png[/img] 12 avril 2041
Résurgence d’un métier : exorciste
[img]https://i.imgur.com/UCa26Zv.png[/img]
Séance d’exorcisme sur une patiente d’un hôpital psychiatrique d’Oradour-sur-Méguès[/center]
On le pensait disparu du fait du succès du scientisme et du rationalisme, le métier d’exorciste non seulement subsiste mais il est en outre en progression depuis les années 1990. S’il en restait à peine cinquante en 1997, ils sont aujourd’hui près de trois cent, avec toutefois une forte disparité selon les régions et ce en dépit des appels des prêtres qui occupent la fonction à l’Eglise pour mieux homogénéiser les effectifs sur l’ensemble du territoire, à raison d’au moins par province. L’Eglise, à vrai dire, reste assez réticente à cette idée, pour ne pas donner l’illusion que ce qui peut être expliqué par un manque d’espoir, de foi et de responsabilité individuelle l’est par une possession par le démon ; mais aussi parce que l’imaginaire collectif associe encore l’exorcisme à des rituels cinégéniques et caricaturaux. Si le faisceau d’indices historiques sur un cas de possession est large – le fait de parler de langues non connues, le blasphème, l’utilisation d’une force surhumaine, les lévitations, la révélation de choses cachées ou futures… - les cas réels de possession sont très rares et parmi eux, plus rares encore sont ceux qui ont témoigné de ces phénomènes surnaturels. La plupart des individus ne font que montrer une grande agressivité, pour laquelle un suivi psychiatrique et médicamenteux a été infructueux.
Il n’y a aucune formation préalable à l’exercice de la fonction d’exorciste, ces clercs sont souvent choisis pour leur expérience et pour leurs qualités humaines et relationnelles. On retrouve toutefois deux profils. La petite ville d’Armans, près de La Magdelaine-des-Champeix, dispose ainsi d’une certaine expérience en matière d’exorcisme selon la liturgie traditionaliste, en face-à-face, avec usage de la langue latine, de crucifix, d’une Bible et d’eau bénite. Les mêmes peuvent d’ailleurs être en charge des [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341789#p341789]thérapie de reconversion sexuelle[/url], légales en Santogne et qui font l’objet de violentes critiques de la part des associations LGBT. L’autre école, plus libérale, mise sur l’association de l’exorciste et du psychothérapeute et mise moins sur les artifices que sur le dialogue et les prières, proposant au malade ou au « possédé » de se réconcilier avec lui-même et avec Dieu, qu’ils ont ou rejeté ou ignoré. Pour autant, très rares sont ceux qui prononcent le nom de Satan lors du rite d’exorcisme et disent agir en son nom. Et la force surhumaine que ces personnes peuvent témoigner s’expliquerait davantage par une agressivité, qui décuple l’adrénaline et donc les capacités physiologiques de l’individu. Les exorcistes, convaincus du bienfondé de leur mission, sont aussi et peut-être avant tout ceux qui pourraient réconcilier les Santognais avec l’Eglise catholique, en apportant la foi là où il n’y a que désespoir et colère, y compris auprès de ceux qui n’ont jamais été croyants.