Histoire récente Si la Ligue de Lébira était une série...
Saison 1 - 12/2030-2031
La fin d'année 2030 est marquée par un important attentat dans la ville frontalière de Clisto, en Alilée. L'insécurité ravive le débat politique, alors que des géants du capitalisme montalvéen s'affirment dans un contexte de fin de crise économique mondiale : Ramani Corporate, dans l'hôtellerie et le luxe, Favoro, dans les chocolats et confiseries, Zibbibo dans l'internet... Ce dernier, déjà, investit massivement en Arovaquie pour développer des fermes à serveurs. En avril 2031, Cartagina lance le sommet de l'Algarbe dans la ville de Lébira, pour donner un nouveau souffle au développement algarbien en réunissant les puissances du continent. Le Makengo, néanmoins, n'est pas invité... En Arovaquie, on critique les ambitions algarbiennes de Cartagina. La province continentale dytolienne voit alors les conséquences du retour du tourisme rejaillir sur son économie balnéaire, et ses villes côtières réputées plus propres et mieux fréquentées que celles de la Nazalie et de l'Alilée.
Alors que se déchaine la crise en Ashurdabad, l'opinion publique montalvéenne fait le constat de sa fragilité de territoire de plus en plus dépendant de l'étranger, en dehors du secteur agro-alimentaire. Le débat sur un traité massif de libre-échange avec l'Olgarie déchaine les passions. En novembre, la grève dans les grands ports arovaques reprend de plus belle. C'est dans ce contexte que l'Arovaquie voit s'ouvrir la campagne des Sénatoriales de Février 2032. En Alilée, c'est la question des réfugiés amarantins qui divise de plus en plus le débat public.
Alors que 128 Montalvéens sont retenus prisonniers par les terroristes dans autour du détroit d'Ashurdabad, la Ligue est accusée par divers observateurs de sous-investir dans la Défense, alors qu'elle figure déjà parmi les principales économies mondiales. La Banca di Montefiori lance une grande enquête pour connaître la confiance qu'accordent les populations des pays développés aux différents États, afin de mieux se renseigner sur le marché obligataire et les comportements des épargnants placeurs.
Saison 2 - 2032
Alors que la Ligue a connu une croissance de près de 20% sur l'année 2031, la Province d'Alilée est clairement à la traine et sa part dans le PIB général diminue nettement. La Nazalie marque également le pas, quand l'Arovaquie passe de 50 à 52% du PIB montalvéen. On accuse de partout les Mafias et l'économie parallèle qu'elles encouragent et dont elles se nourrissent. Mais en Arovaquie, la lecture est toute autre de la part de certains bancs politiques, et d'aucuns n'hésitent plus à prôner l'indépendance de la Province, dont les forces seraient rongées et débilitées par le "boulet fiscal" nazalien, voire aliléen.
En Ashurdabad, la coalition des principaux pays ventéliens, Kaiyuan et Sengaï en tête, libèrent un grand nombre d'otages occidentaux, affirmant la prépondérance de l'Extrême-Orient sur l'équilibre de la paix au centre du monde, à où transite l'essentiel des marchandises de cette nouvelle mondialisation d'après-crise. Quarante Montalvéens sont de retour à la maison.
À cours de finances, le Conseil de la Ligue augmente la TTM (TVA), qui passe à 6%. En Britonnie, au contraire, l'arrivée de l'ultra-libérale Margrethe Spencer annonce la mise en place d'une politique de libéralisations et de baisse des impôts - l'écart idéologique se creuse entre les deux alliés historiques.
Les Sociaux-libéraux du N&L remportent plus du tiers des suffrages en Arovaquie, mais les indépendantistes/autonomistes d'AA se placent en seconde force avec près de 26% des suffrages, et donc des sièges au Sénat provincial. C'est une bombe sur la scène médiatique et dans la société en général. En Alilée, on ne parle pourtant plus que d'un nouveau scandale : la maison Taïbi, géant de l'habillement, ferait travailler des centaines d'Aliénés en Amarantie, participant donc du système esclavagiste en vigueur chez le voisin amarantin. Dans ce contexte, le Président Esciarcopolo envoie l'armée contre les Mafia lors d'une vaste opération Gorgone.
Le nombre d'écoles publiques devient inférieur au nombre d'écoles privées. En juillet, pro- et anti-immigration se livrent d'importantes batailles rangées dans les rues d'Alilée. En août, Aminiens et Montalvéens se rencontrent pour un sommet historique censé notamment aborder la question migratoire entre les deux pays, et la lutte contre le soutien aux groupes terroristes anti-montalvéens.
Devant l'essor des économies orientales, la Lire montalvéenne un temps très forte baisse sur les marchés mondiaux. Cela renforce encore plus le marché touristique, qui profite de consommateurs étrangers aux monnaies chaque jour un peu plus puissantes pour acheter dans le pays.
En Arovaquie, les sociaux-libéraux se partagent l'affiche du second tour des présidentielles, suivis par la candidate autonomiste Addolorata Pozzi, et le candidat anti-système Girardo Mascarpone. Après avoir que la candidate chrétienne-sociale a été déclarée gagnante, le second tour est annulé à cause d'irrégularités. Gardes à vue, accusations et lavages de linge sale s'en suivent. Verdogliaco ressort largement gagnant du second deuxième tour, avant d'être mis en cause quelques jours plus tard pour les irrégularités constatées puis destitué. Le 19 décembre, devant la pagaille s'emparant du débat général, l'Eco di Miliameni se demande si une dictature ne permettrait pas de sortir la Ligue de ses turpitudes. En Nazalie, trois Sénateurs lancent leur mouvement Unione delle Città del Sud, censé donner la parole aux habitants du sud de la Nazalie, et mettre en valeur l'économie particulière de ces villes et territoires du soleil jugés délaissés et désavantagés.
Saison 3 - 2033
Janvier. Devant les troubles dans les pays boréaux, l'Aminavie mobilise l'intégralité de ses citoyens masculins de 18 à 50 ans. La Ligue prend conscience de la menace aminienne. Le mois suivant, en Arovaquie, la candidate chrétienne-sociale se requalifie pour ce nouveau second tour, face au candidat libéral anti-système Girardo Mascarpone. Ce dernier l'emporte à plus de 52%, son élection semble porter l'espoir des libéraux arovaque qui s'attendent à voir la Province faciliter son envol économique. En Nazalie, les libéraux emportent le Sénat.
Au printemps, une attaque informatique crée une panique bancaire. L'État débloque 500 millions pour calmer les marchés. Alors que l'inflation se poursuit dans le début de l'année, le Ministère de la Coordination économique annonce des hausses de salaires massives pour les fonctionnaires, de 10 à 50% suivant les corps. Le débat sur la dématérialisation monétaire monte - le Président arovaque prend fortement position contre. Le Directeur de la Banque Centrale plaide quant à lui pour une monnaie céruléenne.
En octobre, la Justice annonce la naturalisation future de plus de 6000 Moglieschiave (femmes-esclaves), ces femmes "achetées" sur internet par des citoyens montalvéens les épousant ensuite.
Cinq jours avant Noël, une crise de liquidités éclate, les banques commerciales ferment leurs distributeurs, vides, et l'État suspend le retrait d'espèce pour les derniers jours de l'année.
Saison 4 - 2034
Le Traité de Cabusa, fruit de négociations coûteuses entre la Ligue, les Deux-Lucagne, l'île de Siracuzzia, est refusé par le Sénat aliléen, en janvier. La cause pratique : des Sénateurs libéraux aliléens, désireux de montrer que leur camp politique est capable de prendre en compte les craintes de l'électorat sur la libéralisation "céruléenne" qui était dessinée dans le traité entre les différents pays, et éviter de pousser les électeurs vers le mouvement contestataire du MBC et autres partis "populistes".
Mais les partenaires de la Ligue, qui comptaient sur ce traité, ne voient pas ainsi et jugent que Cartagina n'a pas su défendre le projet. Une crise de confiance s'instaure en Cérulée, à l'encontre de la Ligue, particulièrement depuis la Ligue amarantine. Le traité est finalement adopté à la fin janvier. Mais en février, le MBC emporte les élections, et tente d'entrainer le gouvernement provincial vers une remise en cause de la dépense budgétaire de la Province envers le cadre général de la Ligue. Fin février, après la démission du Président de Province suite aux initiatives du Sénat, un intérimaire est nommé pour le remplacer, Massimo Cavafella.
Début février, un Alekan converti à l'Islam et ayant transité par l'Aminavie, abat 84 personnes dont 58 enfants de moins de 11 ans, dans une école maternelle. Le choc en Nazalie est immense. Le ressentiment à l'encontre du manque d'efforts de la République aminienne grandit.
Création de la BNSL, 60 000 postes de contrôleurs miliciens pour la Répression des Fraudes. En mettant le paquet sur l'Alilée, le Gouvernement général entend mettre un cran d'arrêt à la Mafia, et au "black-PIB". L'esthétique de propagande de la BNSL reprend certains codes fascistes, d'où une polémique qui s'installe dans le débat. Création de l'Aide au Maintien Agricole et Maritime, allocation universelle pour les pêcheurs et agriculteurs, qui tend à muer leur profession vers un quasi fonctionnariat...
La crise de liquidité s'estompe à partir de janvier, avec le retour des retraits bancaires, puis février et la fin des plafonnements de retrait de liquide. En mars, un nouveau bank-run favorisé par le Sénat remet le feu au débat sur l'argent liquide. En Arovaquie, le 13 mars, le Président Mascarpone démissionne et charge le Sénat de nommer son ex-concurrente, Addolorata Pozzi (autonomiste), à la tête de la Province, qui se dresse contre la dématérialisation monétaire qui se profile depuis Cartagina. Devant cette crise institutionnelle, le Président du Conseil Giuseppe Veraldini démissionne.
Les Président de Province nomment le Général binational, Edmondo Boterlo, à la tête du Conseil. L'homme à poigne, habitué des services spéciaux des deux pays, est censé garantir l'unité de la Ligue de Montalvo, devant les initiatives sécessionnistes de l'Arovaquie. Il gouverne de mars à septembre, échappe à un attentat, puis démissionne devant la grogne populaire. Son mandat court aura néanmoins était le cadre d'une répression féroce en Arovaquie contre les sécessionnistes, et Sénateurs séditieux, dont de nombreux ont été condamnés à mort pour trahison.
Raimondo Mazzola, jeune technocrate de l'ombre, lui succède, et entend tourner la page. Il donne médiatiquement de sa personne pour renouveler l'image de la Présidence du Conseil, et inciter à la consommation afin de relancer la croissance. En octobre, une prime de noël aux femmes au foyer et instituée. Elle sera reconduite les années suivantes. En octobre, en Nazalie, l'UdCS remporte les deux régions du sud. La nouvelle cheffe de Région des Riaggiadi, et cheffe du Parti, annonce la création d'une monnaie complémentaire à l'échelle des deux régions, le Deben, reprenant le nom de la monnaie du Royaume d'Illythie.
Le ministre de la coordination économique, Maometto Buazizi, se donne la mort sur une aire d'autoroute.
En Novembre, la campagne des présidentielles aliléennes bat son plein. Une attaque informatique cloue des appareils militaires au sol - on apprendra trois ans plus tard, qu'il s'agissait d'une intox de l'Armée, désireuse de cacher son soutien aérien et le transfert d'appareils volants vers la Britonnie, lui permettant de dégager des effectifs pour sa campagne contre le Txile.
Le 30 novembre, l'écureuil nazalien est reconnu comme officiellement éteint.
Un G4 est annoncé en décembre, la Ligue de Montalvo n'est pas invitée, pourtant théoriquement concernée. Lors de son discours des vœux, Raimondo Mazzola annonce la tenue d'un référendum sur des dotations provinciales attribuées aux Provinces dont elles disposeraient selon leur bon vouloir, dans un contexte de tensions sur la question de l'unité budgétaire.
Faute de majorité parlementaire, le nouveau Président progressiste de l'Aminavie, Nabil Bentalha, travaille à une coalition avec les socialistes. Le Palazzo del Governo réfléchit à un "Noël de l'Été" pour doper la consommation dans la Ligue.
Saison 5 - 2035
La Ligue de Montalvo a retrouvé sa productivité d'avant-crise, gommant les effets des turbulences économiques mondiales après cinq années de bonne croissance.
Le couple royal d'Illythie est reçu à Cartagina en marge d'un accord entre les deux pays concernant la gestion des flux migratoires algarbiens. Il est entendu que le système carcéral d'internement des candidats malheureux à l'immigration vers la Ligue sera déplacé en Illythie.
Alexandro Delando, d'origine amarantine, est élu Président en Alilée, plébiscité pour son discours conservateur pro-familial (du point de vue montalvéen). Très vite, s'appuyant sur le principe d'asile chrétien, il annonce l'accueil inconditionnel des réfugiés amarantins fuyant le système d'aliénation néo-esclavagiste toujours en vigueur dans la Ligue amarantine. Fin février, on dénombre 5 000 arrivées journalières depuis l'Amarantie. Il est appuyé dans son combat par Cartagina, qui y voit une occasion de fragiliser durablement son rival amarantin. Cela coïncide avec une flambée des violences en Alilée, encouragées par la Mafia qui voit d'un mauvais œil le resserrement des contrôles, et les difficultés nées de la dématérialisation monétaire.
Les Montalvéens valident par référendum l'attribution de porte-feuilles provinciaux.
En Février, Addolorata Pozzi est confirmée à son poste de Présidente de l'Arovaquie en remportant les élections anticipées.
En mars 2035, le Gouvernement royal d'Illythie annonce la future mise en place d'un marché commun avec la Ligue de Montalvo. En Illythie, l'opposition à la monarchie intensifie ses campagnes insurrectionnelles, certaines personnalités appelant le monarque, censé descendre des Pharaons selon l'historiographie officielle des Ptolémides de Nefrot, à réaliser un test ADN. A l'automne, la révélation d'existence de fermes à femmes destinées à l'exploitation laitière humaine en vue d'alimenter la consommation de lait, pour l'alimentation et les soins, de la famille royale, fragilise durablement la monarchie illythe.
Dans le même temps, Cartagina ferme la porte au nouveau projet amarantin de Forum Coopératif dytolien, censé développer l'idée avortée du Traité de Cabusa. Mazzola plaide l'instauration d'un impôt à l'échelle inter-étatique en Algarbe pour financer la fin de la Guerre des Containers, en participant au dédommagement des belligérants.
En juin, l'Opération Scilla est lancée en Alilée, consistant en un vaste désarmement de la population. Alessandro Delando assume sa guerre contre le crime, qui mine le climat social en Alilée.
Le 11 juin, Cristal, le dernier léopard nazalien, meurt écrasé par un camion. L'espèce est considérée comme éteinte.
Durant l'été, le monde pastoral nazalien s'embrase. Les affrontements entre éleveurs font plusieurs morts. Des attaques se répètent contre les fermes d'élevage ovin sédentaire.
En juillet, la première édition du Noël de l'été est un succès, et 2 Montalvéens sur 5 reçoivent un cadeau. En août, on retient l'échec du G5 Algarbe, quant à la mise en commun de la dette, parmi d'autres chantiers abordés.
L'Union Douanière Occidentale, réunissant les Lorthon, la Britonnie et la Ligue, est fondée, consistant en un vaste ensemble de libre-échange. Le 1er septembre, l'Aminavie annonce la rupture commerciale avec la Ligue de Montalvo. Le même jour, on inaugure la pose du câble sous-marin entre Cartagina et Dovernico, qui facilite les échanges internet et les rend plus rapides entre les deux continents.
En novembre, une enquête annonce qu'un Arovaque sur deux est désormais favorable à l'indépendance.
En décembre, la guerre éclate entre la Ligue et les séparatistes amarantins de Céjanosie et de Spongorie, en lien avec des mouvements insurrectionnels d'origine mafieuse dans plusieurs villes aliléennes, en particulier Filipiada, qui paiera un très lourd tribut. Les premiers combats et l'emballement diplomatique vont plonger l'indice MIP de 29,5% en quelques heures, 500 entreprises sont directement mises en difficultés dans les jours qui suivent, beaucoup se dirigeant vers la faillite.
En Illythie, la grande grève des caravaniers à Noël vient illustrer une situation qui a pourri dans la Province, entre des élites fustigées, une bourgeoisie en manque de confort à la céruléenne, et un petit-peuple dépassé par la modernité. Le mouvement sonne comme l'arrêt de mort de la vieille société figée du Royaume. L'ambassadeur montalvéen est abattu en Illythie quelques jours après Noël.
Durant ce temps-là, la ville de Filipiada est affamée par l'armée montalvéenne qui y maintient son siège en vue d'obtenir la reddition des insurgés, bras-armée de la Mafia, et alliés des insurgés amarantins cénajoso-spongoriens.
Activités diverses
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Arios
Instant de vie Enzo, 2042
[Justify]Le matin était là. Le soleil, invaincu, ré-apparaissait au-dessus des taules et des monts. Enzo, ragaillardi par l'aube, sortait de ses cartons et de ses couvertures usées, pouvant aux rayons de l'astre retirer ses habits pour les inspecter et en chasser les puces qui l'avaient, comme chaque nuit, grignoté. Un nouveau jour, le rituel du matin : l'enfant se levait, se déshabillait avant de remettre ses loques pour échapper un peu à la fraicheur, puis se rendait sur son tas d'ordures pour y laisser une maigre crotte d'enfant en carences, pendant que les autres garçons dormaient encore.
Enzo n'avait pas toujours été le chef de la bande. Au début même, il se souvient, les autres ne voulaient pas de lui, puis avaient fini par tolérer ce petit blond peu débrouillard, s'amaigrissant de jour en jour, qui s'entêtait à vivre à leurs côtés, entre l'ancienne voie de chemin de fer et les débris calcinés du super-marché. Mais ce recrutement, voulu par le jeune enfant, s'était fait au prix de sévices quotidiens, que celui-ci supportait en les préférant aux horreur de la rue pour un garçon errant d'à peine quelques années. Puis un jour, il avait gagné le respect de ses semblables : quand un de ses tortionnaires avait tenté une énième fois de le pincer fortement au niveau des côtes, il avait saisi sa main au vol et dans un excès de colère lui avait mordu le doigt au point de lui sectionner la première phalange.
Enzo le petit dernier que l'on frappait volontiers dans le ventre pour s'amuser de ses crises d'étouffement était devenu, au fil de ces passages, Enzo le plus malin, Enzo l'habile à rapiner, celui qui ramenait de nombreux biscuits, fruits, morceaux de poisson séchés, qu'il venait à gagner plus souvent en appitoyant les quelques ménages des alentours se refusant à tirer sur les enfants des rues, plutôt qu'en volant concrêtement. Enzo s'était fait une situation dans la rue, et du haut de ses quelques 7 à 9 ans, il abordait l'avenir sereinement.
Il avait eu une maison, dans le temps. Il se souvenait de sa chambre, de ses jouets, et surtout des repas livrés sur table préparés par sa mère. Oui, Enzo avait eu des parents. Il se souvenait de son père surtout, qu'il accompagnait souvent à l'atelier où le colosse blond, qui parlait sa langue bizarre à lui tout seul, assemblait des morceaux de métal avec une flamme. Il se souvient de l'odeur de l'atelier. Enzo avait aussi sa maman, qui parlait peu, mais qui l'aimait beaucoup. Il aimait ses cheveux bouclés, noirs, sentant toujours le propre. Le jour où il l'avait trouvé allongée, morte et dénudée sur le tapis, ses cheveux avaient été en partie arrachés et trainaient au milieu du sang en différents endroits du salon. Il ne l'avait pas reconnue vraiment, et n'avait compris que longtemps après, devant un chat démembré par ses camarades qui s'amusaient, que c'était bien sa mère qu'il avait vu. Son père, sa sœur, il ne les avaient plus jamais trouvés.
Enzo avait pu retrouvé son petit frère, au bout de quelques jours, revenu lui aussi à la maison vide et pillée. Celui là s'était caché dans les vignes à côté de la maison lorsque les pillards avaient pris d'assaut la villa et tout saccagé. Il ne savait pas où était son père et leur sœur. Enzo et Luca avaient fini par quitter les lieux, poussés par la faim, et à errer jusqu'en ville. Un jour, alors qu'ils dormaient tous deux dans les poubelles où ils avaient pu faire bombance la veille, une voiture était arrivée, des hommes ressemblant à des voyous en étaient descendus et avaient emporté Luca dans son sommeil. C'étaient de ces gens bruns qu'Enzo n'aimait pas, des Marazantins comme il les pensait se nommer alors. Ils n'avait pas vu Enzo, dissimulé dans les cartons de rationnement vides et autres détritus, et terrorisé Enzo avait laissé partir son frère sans réagir.
Son père un jour lui avait dit qu'ils vivaient sur une île, que tout était entouré par la mer. Enzo s'était convaincu, en y repensant, qu'il finirait par retrouver son frère, et peut-être son père et sa sœur, s'il faisait le tour de cette île. Puis un de ses copains s'était moqué en jurant qu'on pouvait prendre un bateau pour quitter l'île et aller au-delà, même que là-bas il y avait des éléphants et de la neige toute l'année. Cela n'avait pas plu à Enzo, alors il avait tué son copain d'un coup de couteau dans la gorge. Il avait un peu regretté, mais bon, c'était lui le chef désormais, et personne ne se mettrait en travers de sa quête : retrouver sa vraie famille.[/justify]
[Justify]Le matin était là. Le soleil, invaincu, ré-apparaissait au-dessus des taules et des monts. Enzo, ragaillardi par l'aube, sortait de ses cartons et de ses couvertures usées, pouvant aux rayons de l'astre retirer ses habits pour les inspecter et en chasser les puces qui l'avaient, comme chaque nuit, grignoté. Un nouveau jour, le rituel du matin : l'enfant se levait, se déshabillait avant de remettre ses loques pour échapper un peu à la fraicheur, puis se rendait sur son tas d'ordures pour y laisser une maigre crotte d'enfant en carences, pendant que les autres garçons dormaient encore.
Enzo n'avait pas toujours été le chef de la bande. Au début même, il se souvient, les autres ne voulaient pas de lui, puis avaient fini par tolérer ce petit blond peu débrouillard, s'amaigrissant de jour en jour, qui s'entêtait à vivre à leurs côtés, entre l'ancienne voie de chemin de fer et les débris calcinés du super-marché. Mais ce recrutement, voulu par le jeune enfant, s'était fait au prix de sévices quotidiens, que celui-ci supportait en les préférant aux horreur de la rue pour un garçon errant d'à peine quelques années. Puis un jour, il avait gagné le respect de ses semblables : quand un de ses tortionnaires avait tenté une énième fois de le pincer fortement au niveau des côtes, il avait saisi sa main au vol et dans un excès de colère lui avait mordu le doigt au point de lui sectionner la première phalange.
Enzo le petit dernier que l'on frappait volontiers dans le ventre pour s'amuser de ses crises d'étouffement était devenu, au fil de ces passages, Enzo le plus malin, Enzo l'habile à rapiner, celui qui ramenait de nombreux biscuits, fruits, morceaux de poisson séchés, qu'il venait à gagner plus souvent en appitoyant les quelques ménages des alentours se refusant à tirer sur les enfants des rues, plutôt qu'en volant concrêtement. Enzo s'était fait une situation dans la rue, et du haut de ses quelques 7 à 9 ans, il abordait l'avenir sereinement.
Il avait eu une maison, dans le temps. Il se souvenait de sa chambre, de ses jouets, et surtout des repas livrés sur table préparés par sa mère. Oui, Enzo avait eu des parents. Il se souvenait de son père surtout, qu'il accompagnait souvent à l'atelier où le colosse blond, qui parlait sa langue bizarre à lui tout seul, assemblait des morceaux de métal avec une flamme. Il se souvient de l'odeur de l'atelier. Enzo avait aussi sa maman, qui parlait peu, mais qui l'aimait beaucoup. Il aimait ses cheveux bouclés, noirs, sentant toujours le propre. Le jour où il l'avait trouvé allongée, morte et dénudée sur le tapis, ses cheveux avaient été en partie arrachés et trainaient au milieu du sang en différents endroits du salon. Il ne l'avait pas reconnue vraiment, et n'avait compris que longtemps après, devant un chat démembré par ses camarades qui s'amusaient, que c'était bien sa mère qu'il avait vu. Son père, sa sœur, il ne les avaient plus jamais trouvés.
Enzo avait pu retrouvé son petit frère, au bout de quelques jours, revenu lui aussi à la maison vide et pillée. Celui là s'était caché dans les vignes à côté de la maison lorsque les pillards avaient pris d'assaut la villa et tout saccagé. Il ne savait pas où était son père et leur sœur. Enzo et Luca avaient fini par quitter les lieux, poussés par la faim, et à errer jusqu'en ville. Un jour, alors qu'ils dormaient tous deux dans les poubelles où ils avaient pu faire bombance la veille, une voiture était arrivée, des hommes ressemblant à des voyous en étaient descendus et avaient emporté Luca dans son sommeil. C'étaient de ces gens bruns qu'Enzo n'aimait pas, des Marazantins comme il les pensait se nommer alors. Ils n'avait pas vu Enzo, dissimulé dans les cartons de rationnement vides et autres détritus, et terrorisé Enzo avait laissé partir son frère sans réagir.
Son père un jour lui avait dit qu'ils vivaient sur une île, que tout était entouré par la mer. Enzo s'était convaincu, en y repensant, qu'il finirait par retrouver son frère, et peut-être son père et sa sœur, s'il faisait le tour de cette île. Puis un de ses copains s'était moqué en jurant qu'on pouvait prendre un bateau pour quitter l'île et aller au-delà, même que là-bas il y avait des éléphants et de la neige toute l'année. Cela n'avait pas plu à Enzo, alors il avait tué son copain d'un coup de couteau dans la gorge. Il avait un peu regretté, mais bon, c'était lui le chef désormais, et personne ne se mettrait en travers de sa quête : retrouver sa vraie famille.[/justify]