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Arios

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[center]1962-1975 : la fixation des frontières de la République de Güzélique[/center]

1962-1966, du TTSAC à la République de Güzélique :
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Drapeau du TTSAC d'octobre 1962 à novembre 1966, puis drapeau de la République de Güzélique[/center]

Au lendemain d'un conflit de 41 ans (1921-1962), appelé Guerre de libération par les Cybistriens, et Guerre de dislocation, Guerre de la fin de l'Empire, Guerre de la résistance, ou simplement Effondrement par les Güzéliques et leur historiographie, l'économie de la Cybistrie chrétienne a déjà redémarré depuis de longues années, dopée par l'industrie militaire et l'immigration, mais la situation sociale et démographique interne reste très confuse. Durant quatre décennies, les Cybistriens se sont battus d'abord contre un État impérial puissant, puis des groupes nationalistes, des résistances militaires structurelles, des groupes divers parfois sous l'influence d'États étrangers supervisant leurs intérêts.

Le 17 octobre 1962, une fin officielle est mise à la guerre, la dernière cohorte turcique combattant dans le Massif de Mytidie acceptant de déposer les armes consécutivement à une opération militaire victorieuse de la Cybistrie. Cela fait alors déjà 27 ans que la République de Cybistrie a été proclamée (1935), et trois ans que cinq des six généraux membres de l'Armée de résistance islamique, ultime coalition militaire turcique, ont capitulé (1959). Mais il reste à inventer l'avenir de la présence turcique et musulmane dans un État se voulant l'abri des Chrétiens, l'héritier des peuplements helléniques du Marquaz, et déjà fortement occidentalisé.

L'instance des Territoires turciques sous administration cybistrienne - TTSAC existe depuis 9 ans (1953), mais se dote d'un drapeau une dizaine de jours après la date officielle arrêtée de la paix. Cette bannière plébiscitée par Adil Begüm, alors Premier ministre des TTSAC, qui selon la légende aurait été dessinée par son épouse Mimi sur la table de leur cuisine à Güzellik, préfigure alors la création imminente d'un État turcique et musulman aux côtés de la Cybistrie chrétienne. Il faut néanmoins attendre quatre années (1966), pour que soit fondée et proclamée officiellement la République de Güzélique, du nom d'une ancienne région administrative de l'Empire turcique.

1966-1975, les échecs des plans de "viabilisation" des frontières de la RdG :

Dès 1966, des élections au suffrage universel sont organisées en RdG. Adil Begüm, qui disposait d'un pouvoir exécutif limité dans les TTSAC depuis sa nomination par la RdC en 1957, est élu au premier tour, choisi à 57,2% par les 800 000 électeurs turciques enregistrés sur les listes. La République de Güzélique s'empresse de confirmer ses intentions pacifiques et amicales envers la Cybistrie, qui demeure par la force de la géographie un incontournable partenaire, sinon un dominateur comme l'exprime l'opposition, virulente, dont une part considère que les quatre années d'attente depuis la paix ont été utilisées par Héraclée comme un moyen d'étouffer et d'affaiblir les revendications frontalières du nouvel État démocratique turcique en construction.

Adil Begüm assume également une ouverture multipolaire, nouant des relations diplomatiques voire économiques avec des pays chrétiens comme musulmans, et autres, en Cérulée, en Marquésie et en Dytolie principalement. Mais ces relations sont parfois accompagnées de déconvenues sur les contrats, imputées machinalement par l'opposition, mais aussi des membres du gouvernement, à la gênante ingérence de la République de Cybistrie. Cette dernière, elle-même, est traversée par d'importants courants, de la droite à l'extrême-droite, considérant comme intolérable la formation d'une République musulmane au cœur de ce que certains voulaient considérer comme une terre promise d'un seul bloc pour les Hellènes.

Le Président de Güzélique propose, dès 1967, le Plan de viabilisation frontalière et d'amitié Cybistro-güzélique, lors d'une visite officielle à Héraclée. Le plan est censé rapporter à la RdG des territoires ruraux importants et encore peuplés en bien des endroits par une majorité de musulmans, sur lesquels elle entendrait bâtir sa prospérité alimentaire et fonder une véritable industrie agricole, sans compter l'importance culturelle et historique de ces campagnes, pastorales et fruitières. Il est accueilli avec froideur à Héraclée, sensible à la levée de bouclier au sein de sa population, et notamment chez les colons helléniques s'étant installé dans les territoires concernés depuis parfois une vingtaine d'années, constituant des îlots helléniques... désarmés à partir de 1962 par l'État central. En RdG, le Plan Begüm est raillé par l'opposition nationaliste comme islamiste, vivement critiqué, notamment car ne solutionnant par la question de l'enclavement du jeune pays. On apprends en décembre que le plan dans sa première version suggérait une zone indivise joignant la RdG à la mer entre Tirastris et Césarée, solution balayée d'un revers de main par la Cybistrie avant même la rencontre officielle.

L'année suivante, à l'automne 1968, Adil Begüm, bien que malade, fait la suggestion d'un second plan à Héraclée, sans néanmoins se rendre sur place. Les diplomates des deux États abordent sérieusement la question. Le Plan Begüm II fait renoncer Güzellik à ses prétentions rurales et entend faire admettre les transferts de population commencés spontanément entre les territoires cybistriens et güzéliques, mais prévoit un échange de territoires importants puisque les villes d'Akroinon et Claudiopoli passeraient sous administration de la RdG. Un débat nait dans l'opinion publique et dans la société cybistrienne, dont une large part consent que les limites de la Güzélique d'alors ne sont pas viables sur le long terme, du fait de l'enclavement. Un référendum est alors fixé au 15 juin 1969, pour permettre aux Cybistriens de s'exprimer sur la question. Les sondages donnent de fortes chances au "Oui", en particulier après que le gouvernement d'Adil Begüm propose de rendre la jonction entre la RdG et la frontière nord indivise, sur une zone de 7 500 hectares, et non purement güzélique comme dans la première mouture du plan. Au mois de mai 1969, sous la pression de la Ligue de Montalvo, la République de Cybistrie annonce l'annulation du référendum et le renoncement au Plan Begüm II, Cartagina ayant alors souhaité éviter le passage de Claudiopoli, peuplée en majorité d'Italophones, sous le contrôle de la Güzélique.

Les relations entre la RdC et la RdG sont alors au plus bas. Des troubles importants agitent l'été et l'automne 1966 en Güzélique. Adil Begüm quitte le pouvoir en septembre, du fait de sa maladie, aggravée sans doute par son sentiment de culpabilité revendiqué suite à l'échec de ses initiatives. En décembre 1969, le nationaliste modéré Adem Furkam est élu Président au second tour, l'emportant sur le neveu et successeur politique d'Adil Begüm.

Furkam veut mettre la pression sur Héraclée, et utilise les images des troubles sociaux et manifestations de l'année 1969 pour ce faire. Publiquement, à plusieurs reprises, il prophétise la reprise d'affrontements, si les droits fondamentaux de développement et la sécurité de la nation güzélique ne peuvent être garantis par un traité de frontières équitables et raisonnables pour la durée. Entre 1966 et 1969, l'Armée de Güzélique avait pu se monter à 25 000 hommes, limitée fixée dans le cadre des accords de 1966, mais cette armée était aguerrie, ayant puisé dans les anciens combattants des années 1950 et 1960, et avait eu le temps de se faire au matériel acheté par la Güzélique à plusieurs pays occidentaux depuis trois ans. La République de Cybistrie relève son niveau d'alerte militaire au printemps 1970, suite à une agitation policière à Gorilk (partie orientale de la ville binationale, Koryklion cybistrienne). Adem Furkam rencontre son homologue cybistrien dans l'urgence. La tension retombe. En octobre 1970, il est reçu à Héraclée, pour présenter un plan de désenclavement, modeste.

La République de Cybistrie accepte le Plan Furkam, qui doit entrer en vigueur en 1971. Les Cybistriens sont enthousiastes, le plan devant permettre un accès à la mer à la RdG, et la jonction entre le territoire de Yilliz et le reste de la RdG. L'Éomathie reste contiguë du reste de la Cybistrie, bien que relativement isolée, mais la poursuite de bonnes relations entre les deux États semble acquise par la signature du Plan, le 2 février 1971. Le 17 février 1971, Adem Furkam est assassiné par un militant nationaliste, et ancien de ses collaborateurs, Canip Mihribam, alors qu'il se trouve en visite dans une usine automobile à Gökalp. Le meurtrier est battu sur le coup par les services d'ordre, mais Furkam, blessé au torax par les deux balles de son assassin, ne survit pas plus de quelques minutes. La Cybistrie condamne l'attentat, mais annonce vouloir attendre le résultat des élections anticipées pour confirmer l'application du plan du Président assassiné.

Le 28 mars 1971, c'est le nationaliste et ami de Furkam, Mutlu Hasib Halim, qui est élu. Il l'a emporté sur son adversaire, l'islamiste Özgür, en prônant la tempérance et la paix, mais les revendications de Hasib Halim s'avèrent rapidement bien au-dessus des attentes de feu Furkam. Ce dernier avait été vivement critiqué en interne pour la faiblesse de ses réclamations à Héraclée, et de nombreux Güzéliques se déclaraient alors insatisfaits par les demandes de leur Président, puisque l'accès à la mer était ténu et que la RdG renonçait par-là aux nombreux territoires où vivaient encore une majorité de musulmans.

Mutlu Hasib Halim attend l'année 1972 pour proposer un nouveau plan, consacrant ses premiers mois d'activité à la remise à plat de la stratégie diplomatique de la RdG. Celle-ci se rapproche de régimes musulmans et reconnait de nombreux États communistes contestés. Sur le plan intérieur, Hasib Halim travaille à rattraper le retard accumulées depuis quelques années dans le domaine industriel. La Güzélique dépend de la Cybistrie pour ses échanges commerciaux et notamment son importation de pétrole - à l'époque, la Cybistrie l'importe également depuis l'outremer.

Le 14 août 1972, Hasib Halim envoie un courrier public à son homologue cybistrien pour réclamer, conformément à la signature du 2 février 1971, l'application du Plan Furkam. Il est convié en décembre à Héraclée pour discuter de l'application du plan, mais Hasib Halim met dans la balance que le plan ne doit être qu'un préalable à une renégociation plus poussée des frontières. Cela fait alors dix ans que la paix est officiellement signée, et si les Güzéliques des territoires cybistriens ont pour la plupart peu changé leur mode de vie, la Cybistrie s'est développée rapidement, a gagné plus de 150 000 habitants, quand la Güzélique en a perdu l'équivalent au profit de pays musulmans voisins. Les Cybistriens ne sont pas prêts à de trop grandes concessions, et les revendications que le Président güzélique promet mettent un frein à l'application du Plan Furkam.

Le 15 février 1973, Mutlu Hasib Halim dévoile son plan lors d'une nouvelle rencontre officielle, dont il a imposé la tenue en RdG cette fois-ci. Le Plan Hasib Halim n'est pas pris au sérieux par la Cybistrie, et son Premier ministre d'alors reconnait que "si le plan du Président était envisageable dans le contexte de 1962, il ne l'est plus aujourd'hui, où trop de nos compatriotes ont fait souche dans les régions de Thesphaée et d'Éomathie, qui appartiennent charnellement à la nation hellénique". Un grand froid s'installe entre les deux pays, après une fin précipitée de la rencontre. Le Président nationaliste opère un tournant diplomatique majeur, impose des taxes aux produits cybistriens qui inondaient jusqu'alors la RdG. Cette dernière, grâce à l'essor de l'aviation, importe d'autres pays, mais cette politique fait grimper l'inflation.

Mutlu Hasib Halim est renversé le 4 août 1974 par l'Armée güzélique, alors que le pays connait une grève sans précédent et une crise financière importante. Des élections libres sont organisées en janvier. Le progressiste Sami Süheda est élu Président, et annonce le 4 mars 1975 se consacrer entièrement à la reprise industrielle et économique de la Güzélique, plutôt qu'à rêver d'une herbe plus verte de l'autre côté de limites déjà solidement établies. Le pari de Süheda est que la modernité des échanges, et la troisième révolution industrielle qui montre ses premiers balbutiements, garantira à la Güzélique une part de représentation et de gloire dans le nouveau monde qui se profile, en dépit de ses limites terrestres qui auraient été un frein au XIXème siècle, mais n'en sont plus forcément un aujourd'hui.

Sami Süheda a bien compris l'aspiration au développement économique de la population. Ses intentions pacifiques seront saluées par la Cybistrie, bien que cette dernière ait renoncé entre temps à l'application du Plan Furkam, ce que préfère ignorer Süheda. Ce dernier, pacifiste, dotera, par ses succès, la Güzélique d'un tissu industriel et d'une force économique qui lui permettront, 17 ans plus tard, de tenir tête une dernière fois à la Cybistrie sur le terrain militaire.

Mais en renonçant, en 1975, à une renégociation des limites imposées à la RdG en 1966 et nées du dessin des TTSAC de 1953, Sami Süheda rata probablement une occasion de trouver un compromis géographique avec la Cybistrie, encore négociable alors selon nombre d'historiens. Ce compromis géographique, cette viabilisation tant recherchée par ses prédécesseurs, est peut-être ce qui manqua à la Güzélique de 1992-1995 pour vaincre la Cybistrie, alors que l'issu du conflit demeura longtemps incertaine {sic. Porphyros Ataxaxis}. Süheda garantit la force militaro-industrielle de son pays mais ne la bâtit pas sur des bases géographiques viables - il était un moderniste pacifiste, non un stratège, et eût sans doutes déploré l'usage militaire qui fut fait de l'assise industrielle dont il avait doté la Güzélique durant ses dix années de gouvernance.

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Frontières cybistro-güzéliques : à la recherche avortée du compromis, 1966-1975[/Center]
Arios

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[center]Carte des ressources arboricoles et forestières, de la production de roches et de foin[/center]

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[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/04/191204014614153858.png[/img] - Oliviers, en milliers d'arbres (mA)

[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085451723455.png[/img] - Agrumiers, en milliers d'arbres (mA)

[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085453307949.png[/img] - Vignes, en hectares (ha)

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[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085452536244.png[/img] - Pins, en équivalents milliers d'hectares (mha)

[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085452791908.png[/img] - Sapins de Cilicie, en équivalents milliers d'hectares (mha)

[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085451783633.png[/img] - Cèdres, en équivalents milliers d'hectares (mha)

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[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/19120308545238318.png[/img] - Carrière de grès, production en millions de tonnes (mioT)

[img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/03/191203085453558427.png[/img] - Production de foin de qualité basse, en millions de tonnes (mioT)

Productions annuelles.
Arios

Message par Arios »

[center]1978 : la vente du Tebanardar à la Cybistrie par les Taghlib[/center]

[center][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/04/191204070515957892.png[/img]
Oussama Hashim Taghlib, en 1981, au Dahar[/center]

Les Taghlib étaient la principale tribu bédouine occupant le désert du Tabarçöl solimanide du temps de l'Empire, du moins par son rang imposé aux autres tribus comme celles des Harb, des Judham et des Qaynuqa. Les Bédouins avaient une longue tradition d’ambiguïté vis-à-vis des occupants oghouz, depuis le Moyen-âge déjà. Les siècles allant, la souveraineté théorique turcique se rendait de plus en plus visible et pratique, la pose de la première ligne de chemin de fer en 1918, traversant le désert d'Ouest en Est et disparue depuis sous les sables, puis l'installation de premières routes militaires en dur, concrétisaient cette présence. C'est en 1911, avec l'installation de camps de concentration pour prisonniers politiques, religieux ou simplement ethniques (arméniens, hellènes, arabes rebelles, etc.) autour d'oasis traditionnellement utilisés par les Bédouins, qu'une grande révolte se dessina. La tribu des Taghlib, longtemps l'intermédiaire direct du pouvoir impérial auprès des tribus bédouines comme répondant à leur suzerain lui-même vassal des Solimanides, pris la tête de la rébellion. Dans un empire en émiettement, les Taghlib devinrent les relais de l'aide occidentale pour attiser la révolte des Arabes contre les Solimanides - certains aspirant à l'indépendance, d'autres voyant dans cette insurrection une simple réponse à une angoisse eschatologique à des maux qu'ils pensaient venir des institutions impériales turciques.

[center][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/04/191204062216798895.png[/img]
Combattants arabes nationalistes en 1928[/center]

Lorsque éclata la grande insurrection des Hellènes de Cybistrie en 1923, largement fomentée depuis l'Occident dans un contexte de grandes tensions pré-existantes, les Bédouins reçurent également soutiens, vivres et armes, qui structurèrent et donnèrent du corps à la résistance civile qu'organisait déjà les Taghlib, entre affrontements contre la tribu des Harb qui avait hérité de la prédominance officielle et du soutien de l'Empire contre les autres tribus. Dès les années 1930, les jacqueries de lanciers à dromadaires avaient laissé place à une guérilla de fantassins organisée, attaquant relais, gares, camps militaires impériaux, camps de prisonniers dont les détenus étaient bien souvent libérés.

L'armée arabe du Tebanardar (Tabarçöl en oghouz) constituait une force de quelques 12 000 hommes en 1937, date de l'apogée de son influence. Devant l'autonomisation de l'insurrection hellénique et face à la menace que commençait à représenter la force bédouine par rapport aux politiques impérialistes occidentales, et aux projets nationalistes grecs, l'aide étrangère se tarit envers les Bédouins du Tebanardar. Les hommes qui n'étaient plus payés, et qui avaient abandonné depuis longtemps leurs activités marchandes traditionnelles du fait de leur occupation à la guerre, et de la remise en cause de tout l'équilibre commercial de la région, quittèrent petit à petit leur engagement, et beaucoup émigrèrent vers les villes : celles occupées et administrées par les nationalistes grecs de l'Armée nationaliste de libération, ou celles étrangères administrées par les missions militaires britonniques, les autorités impériales turciques survivantes, ou autres. Beaucoup se dirigèrent également vers les États arabes indépendants en constitution plus au sud. En 1945, il ne demeurait plus que 700 combattants bédouins dans le Tebanardar, qui avaient pour partie tenté de reprendre leurs activités nomades traditionnelles.

La ville de Sardanah, antique Syrgon, avant-poste de l'Empire dans le Tabarçöl, avait été prise en 1938 par l'Ethnikistiko apeleftherotiko strato (EAS, armée de libération nationaliste). Il s'agissait traditionnellement d'une ville dévouée à l'administration du territoire bédouin au sein de l'Empire. Elle avait néanmoins toujours eu, depuis son essor au XVIIIème siècle, une majorité d'habitants turcophones. Beaucoup avaient fuit durant la guerre civile, nombreux d'entre eux occupant là-bas des emplois de fonctionnaires, ou de tâcherons. Sardanah, en 1942, avait été donnée en gestion à l'armée bédouine et au clan des Taghlib. Des discussions étaient en cours à l'époque pour envisager l'intégration d'un territoire bédouin autonome à un futur État grec, ou à une fédération entre les deux peuples. À l'époque, Hellènes de Cybistrie et Arabes se considéraient comme des frères d'armes, qui à raison luttaient contre le même ennemi. Il semblera plus tard aux historiens que l'influence grandissante des "immigrés", combattants grecs occidentaux sans origines cybistriennes, ne fut pas sans incidence sur ces projets d'émergence d'un État ouvert aux différentes nationalités.

Sardanah se maintint, malgré la guerre mondiale, comme la petite capitale bédouine (quelques 4 000 âmes, dont 1 800 bédouins, près d'un millier d'Arméniens et de grecs, environ un millier de Turciques), vivant pour beaucoup d'aides étrangères (royaumes arabes ou États islamiques marquésiens), du Tebanardar "indépendant", vaste morceau de désert. On dira que les Cybistriens alors, toujours en conflit, n'en revendiquèrent pas la propriété, de part l'influence de la Britonnie et d'un Commonwealth cherchant bientôt, au gré des évènements en Ölan, à accaparer à l'avenir le désert pour y prospecter à la recherche de pétrole. À l'époque, les gisements n'y étaient encore pas découverts.

La guerre mondiale commença en 1945 et dura jusqu'en 1950, entre l'Union italique et l'Empire britonnique principalement pour la Cérulée. Durant cette période, l'aide apportée aux Cybistriens et leur EAS se réduisit fortement - elle fut même suspendue en ce qui concerne, officiellement, l'aide de la Britonnie. Cet assèchement mit un frein aux succès des Hellènes et ralentit leur dynamique victorieuse contre les branches survivantes de l'État des Solimanides, et les armées nationalistes ou islamistes turciques résistantes. Dès 1953, avec la création de la Ligue de Montalvo et les très larges amnisties qui l'accompagnèrent pour les dignitaires du régime fasciste italique, les responsables de l'aide aux nationalistes cybistriens, en Alilée ou en Arovaquie, reprirent leurs travaux et l'EAS profita de nouvelles sources d'approvisionnement financer et matériel, qui participèrent à ses victoires jusqu'à la capitulation finale des Turciques en 1962 pour le front cybistrien.

Il fallut néanmoins encore attendre 16 longues années, durant lesquelles Sardanah ne passa pas sous contrôle du sud, pour que la fragile dynastie des Taghlib, ensanglantée par des luttes fratricides internes au clan, consentit à vendre le Tebanardar à l'État cybistrien. Deux projets de vente du désert et de Sardanah à la République de Güzélique, durant les mandats d'Adem Furkam en 1970, et Mutlu Hasib Halim en 1972, avaient été déjoués par les services secrets cybistriens, à grands renforts de valises de dragmes. Les deux présidents étaient des nationalistes, et tous deux anciens combattants, aussi bien contre les insurgés cybistriens que contre les Bédouins, mais le siècle avançant, nombreux parmi les Arabes voyaient d'un mauvais oeil l'occidentalisation de la Cybistrie et de son État grec, et la solidarité musulmane devait l'emporter.

En 1978, alors que le progressiste Président Sami Süheda en Güzélique promettait à son pays un avenir de croissance économique en le tenant éloigné des polémiques territoriales, Oussama Hashim Taghlib, dernier héritier des chefs de la tribu qui s'étaient insurgée sous les ordres de son grand-père en 1911 contre les Solimanides, accepta de vendre le Tebanardar à la République de Cybistrie.

Hashim Taghlib préféra l'opulence à la solidarité entre Musulmans. Il fut honni dans une bonne partie du monde musulman pour cela. On ignore combien il reçu, mais il encaissa personnellement l'argent de la vente - il était, théoriquement, le propriétaire légal du désert.

Le Tebanardar, l'ancien Tabarçöl, devint le Xìros.

C'était le nom que lui avait donné Alexandre, vingt-deux siècles plus tôt.

[center][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/12/04/191204061331836977.png[/img][/center]
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