RP | Activités internes

Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur les rives d'Echibini (5)

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[justify]« Bouna ! On a reçu des nouvelles instructions, on repasse à l’action ! Va prévenir les autres, sans te faire prendre, et rendez-vous ce soir. »

A ces mots, Bouna senti sa poitrine vibrait de plus belle. Cela faisait maintenant une semaine que l’attaque au palais de région avait eu lieu. Lui et ses camarades du FMLE, tous des jeunes mulutsis sans histoire, avaient reçu l’ordre d’assassiner le président de la région de Ruwa, Joël Malinga. L’attaque de la semaine dernière avait échouée, et depuis, la petite quinzaine de jeunes étaient recherchés par les services de police et l’armée postée dans la région. Bouna le savait, les responsables du FMLE n’avaient pas apprécié l’échec de la mission. L’acte mettait déjà à mal l’image du FMLE. Pourtant, tous les mulutsis voulaient voir Malinga mort. Trop proche de l’UMD, trop proche e la CNDIE qui ne faisait rien pour eux, trop gênant dans leur combat politique et judiciaire dans l’affaire mulutsis-kivuvu. Et puis, après des années et des années de lutte pacifique, le ras-le-bol était trop. Maintenant, les mulutsis n’allaient plus se laisser faire, quitte à passer pour des terroristes.
Mais Bouna savait qu’ils n’étaient pas des terroristes. Tout ce qu’ils voulaient, c’était que la donne change pour lui et ses frères mulutsis. Trop longtemps ils avaient été oubliés, humiliés, relégués. Maintenant, on allait enfin entendre parler des mulutsis.

Le soir même, la petite quinzaine de jeunes hommes mulutsis se réunirent dans un petit village en périphérie de Kifi. Les ordres étaient tombés : cette fois, on ne louperait pas Malinga. Bénéficiant de quelques soutiens dans la capitale régionale, le plan était mieux fixé que la dernière fois. On frapperait Malinga à un moment où il serait seul, sans possibilité de se cacher. Et puis, ils avaient reçu des armes à feu. Pas de grande qualité, mais ça ferait l’affaire. Tout ferait plus l’affaire que les bouts de bois, barres de fer ou pioches, comme la dernière fois. Tout serait plus rapide. C’était décidé, ils frapperaient demain. Dès demain, les choses allaient changer pour le peuple mulutsis…


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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Et le tonnerre gronda.

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[justify]Joël Malinga sortait d’une énième réunion. Cette fois ci, le sujet n’était pas en rapport avec les troubles de la région, ni avec les prochaines élections sénatoriales, mais on avait discuté d’un projet de rénovation du réseau routier local. En ces temps difficiles, discuter d’un sujet routinier lui faisait du bien. Enfin il pouvait souffler un peu.

En sortant du palais de région, les quatre gardes du corps qui lui avait été attribué suite à [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=356426#p356313]l’attaque de la semaine dernière[/url] l’entouraient. Il n’avait que quelques mètres à faire jusqu’à son véhicule, une belle berline fenêtre teintée, mais il fallait prendre les précautions nécessaires. Joël [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17728&p=356452#p356427]Malinga était une cible[/url] privilégiée : président de la région de Ruwa, proche du pouvoir central et de l’UMD, proche des communautés kivuvus, fervent unioniste et opposant aux fédéralistes (nouvellement alliés aux mulutsis). Et depuis [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=356426#p356369]ces récentes sorties médiatiques[/url], la pression s’était resserrée autour de lui. Arrivé au niveau de sa voiture, il s’engouffra rapidement à l’intérieur, et le petit cortège, avec deux autres voitures de protections à l’avant, se mit en route.

Pendant le trajet, Joël Malinga en profitait toujours pour travailler. Il avait une tonne de dossier avec lui en permanence. Il faut dire que, lorsque sur chaque chantier que vous concluait pour une commande publique, vous touchez une petite commission dessus, la volonté de travail est décuplée. C’était un véritable haut fonctionnaire makengais : dévoué à l’état, travailleur acharné, tant qu’il touchait des enveloppes par derrière. Son téléphone sonna, et il vit s’affichait sur l’écran « Aimé Mbarga ». Aimé était le vice-ministre délégué à l'Unité Nationale. Un véritable larbin de Simplice Badibanga, ministre de l’intérieur, lui-même un proche du clan Botamba de la première heure. Il leva les yeux au ciel et pensa fort « pas lui… ». Aimé était du genre à ne rien lâcher quand il avait une idée en tête, et comme Joël était du même style, les deux hommes avaient rarement des discussions constructives. Mais là, il n’avait pas le choix. Ne pas répondre à Mbarga, c’était comme ne pas répondre à Badibanga, et par extension à Botamba. Une erreur à ne jamais faire au Makengo.

Il prit une grande inspiration, et décrocha le téléphone, qui se mit en haut-parleur dans tout l’habitacle du véhicule :


Joël Malinga
« Aimé ! Que me vaut votre appel ? Comment vous portez vous, et votre épouse ? »

Aimé Mbarga, au téléphone
« Epargnez moi vos simagrées Malinga. Vous savez très bien pourquoi je vous appel ! Qu’est-ce que vous avez encore été dire ?! »

Joël Malinga
« Mais rien de particulier Aimé. Rien d’extraordinaire… »

Aimé Mbarga, au téléphone
« Qualifier le FMLE d’organisation terroriste… vous voulez mettre le feu à la région, et à tout le nord-est du pays c’est ça ? »

Joël Malinga
« Que vouliez-vous que je dise ? Ces fous sont venus dans mon palais de région et ont massacré à coup de pioche 5 collaborateurs, de votre parti en plus ! Je devais les en remercier de m’avoir épargné ? »

Aimé Mbarga, au téléphone
« Ne retournez pas la situation Joël, vous auriez pu vous abstenir sur ce sujet. Attendez au moins les conclusions de l’enquête, qu’on coffre ces tordus. Vous n’aviez pas besoin d’accuser toute une ethnie. N'oubliez pas que le FMLE, c'est les mulutsis. Vous en attaquez un, c'est les attaquez tous. »

Joël Malinga
« Ecoutez, je n’accuse personne. Quinze tarés sont venus trucider des gens devant moi. Des amis pour certains. Ils criaient à tout bout de champ faire ça au nom du FMLE. Alors laissez moi ne pas trop faire planer le doute… Et quand bien-même ils ne seraient que des fous isolés, sans aucun lien avec la branche politique mulutsis, agir en son nom fait du FMLE des complices indirects. C’est eux qui ont foutu le merdier avec cette organisation incongrue, et leur alliance avec le MFM. »

Aimé Mbarga, au téléphone
« Vous oubliez qu’à la base, c’est votre volonté farouche et incompréhensible de soutenir coute que coute les kivuvus dans cette affaire qui met le feu aux poudres. Combien de fois je vous ai dit de laisser la CNDIE tranquille, et de ne pas y mettre votre grain de sel ! L’Unité Nationale, c’est moi qui la gère, pas vous. Vous n’avez pas un mot à dire. Vous vous êtes chargé de… »

Joël Malinga
« L’Unité Nationale c’est vous ? Laissez-moi rire ! Venez déjà mettre les pieds en Ruwa et montrer votre trogne pour qu’on vous écoute. J’ai du respect pour Badibanga, il fait extrêmement bien son travail, et un respect infini envers Botamba. Mais dans cette affaire, celui qui est en première ligne, sur le front, c’est moi ! Alors… »

Sur ces mots, le tonnerre gronda. Le véhicule de Joël s’arrêta net, et les vitres explosèrent. Des détonations retentirent : une, puis deux, puis d’autres encore. Pendant trente secondes, peut être une minute ou deux, le feu s’abattit sur le véhicule.

Puis le calme. Les cris. Les klaxons. Les gémissements. L’odeur des pneus qui brûlent. L’odeur de la fumée qui s’échappe des véhicules. L’odeur de la poudre. Et enfin l’odeur du sang.

Le chauffeur du véhicule de Malinga gisait la tête sur son volant, faisant retentir le klaxon indéfiniment. Le garde du corps, le seul à être resté avec Malinga, assis à l’avant du véhicule, releva la tête comme il put. Devant lui, une fourgonnette, dans laquelle la voiture était encastrée de plein fouet. Il se retourna, et aperçu Malinga : Joël était assis, immobile. Sa chemise blanche, sortant du pressing la veille, était recouverte de sang. Des petits points de sang, qui grandissaient à vue d’œil. Le sang coulait de son crâne, le long de sa joue. Le sang coulait de son crâne, d’un trou béant.

Puis, dans l’habitacle, la voix de Mbarga retentissait encore :
« Malinga ? Malinga !? Qu’est-ce qu’il se passe ? Répondez bon dieu ! »

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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur la route de Manarama...

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[justify]Bouna connaissait ces petits chemins par cœur. Depuis toujours il les empruntait. De Bougaré à Manarama, il en avait pour une bonne heure et demie pour rendre visite à sa grand-mère. Le bus était comme à son habitude remplie, la bonne moitié par des visages qu’il connaissait. Des mulutsis pour la plupart. Le temps des derniers jours avait été très pluvieux, la saison des pluies avait débuté très fort. Les chemins boueux étaient donc par endroit difficilement praticable, et le bus n’allait pas bien vite. Sur le bord de la route, quelques voitures et camions étaient arrêtés, embourbés à moitié. Le passage redouté était celui de Morumbi, car juste à la sortie du village, la rivière avait pour habitude de débordée facilement sur la route, coupant l’un des seuls accès vers Manarama. Bouna priait pour que la rivière soit encore sagement dans son lit, car sinon, il devrait descendre à Morumbi, faire un long détour par Kougaré vers l’est, avant de pouvoir se rediriger vers sa destination : au moins 4 heures de détour. Cette fois-ci, c’était bon, la route était encore hors des eaux, et les habitants de Morumbi avaient même préparé en avance des sacs de sables pour essayer de canaliser un peu les abords de la rivière, en précaution.

Dans le bus, Bouna avait réussi à trouver une place assise, et pouvait donc lire son journal. Il revenait la semaine dernière de Kifi. Il n’allait que rarement à la ville, mais cette fois ci, avec quelques amis, il avait voulu marquer le coup. Chez les mulutsis, le ras-le-bol montait, surtout chez les jeunes comme Bouna. Alors il avait décidé d’aller à la ville pour manifester avec d’autres mulutsis. Le samedi, ils s’étaient tous retrouvé devant le palais de justice, car une nouvelle affaire, opposant mulutsis et kivuvus était jugée. Cela s’était bien passé. Le samedi soir, un lointain cousin l’avait hébergé en périphérie de la ville. Puis le dimanche, il avait voulu aller à [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=356638#p356578]la manifestation[/url] de soutien au FMLE, organisée par les fédéralistes, mais celle-ci avait dégénérée. Il n’avait aucune accointance avec les fédéralistes, mais depuis l’alliance avec le FMLE, il les soutenait pour les élections. Dès le début de la manifestation, il avait senti que cela tournerait mal, alors Bouna était resté en arrière, et avait vite quitté les lieux.
Le journal revenait justement sur cette manifestation. Alors qu’il lisait un article revenant sur les liens possible entre les dérapages de la manifestation et les récents attentats attribués à des mulutsis extrémistes, le bus s’arrêta. Bouna n’y prêta pas attention, c’était sans doute encore à cause d’un camion embourbé. L’arrêt se prolongea pourtant, et Bouna fini par relever la tête de son journal. Il vi alors que le conducteur était sorti, et parlementait avec des policiers. Il essaya de comprendre la discussion à travers la vitre et le brouhaha général du bus.


Conducteur
« … Manarama oui. Nous venons de Bougaré. »

Policier
« Combien de personnes as-tu à bord ? As-tu la liste des passagers ? »

Conducteur
« Oh non, il n’y a pas de liste. C’est un bus quotidien, il n’y a pas de réservation. Aujourd’hui, je dois avoir une quarantaine, peut être une cinquantaine de personnes. »

Policier
« Une quarantaine ou une cinquantaine ? Il faut savoir ! Et ton bus, il ne doit pas avoir plus de 30 places ! Comment peux-tu avoir autant de personnes ? »

Conducteur
« Je ne sais pas moi. Les billets sont vendus à Bougaré, à l’office des bus. Moi e ne fais que conduire l’engin. Je prend les personnes qui ont un ticket, e ne me pose pas de question. »

Policier
« C’est dangereux. Et tu sais que c’est illégal ? »

Conducteur
« Illégal ? »

Policier
« Oui, illégal. Si tu n’as que 30 places, tu ne peux prendre que 30 personnes, pas plus. »

Conducteur
« Je ne savais pas. Mais mes patrons ne m’ont jamais rien dit, j’vous jure ! Je ferai attention la prochaine fois. »

Policier
« Mais il n’y aura pas de prochaine fois ! Ton bus doit s’arrêter là. Ou alors tu fais descendre du monde. En attendant, on arrête le bus ici, et tu vas devoir nous payer une amende : 20 kudin par passager supplémentaire. »

Conducteur
« Mais… quoi ?! Je ne peux pas payer ça ! Appelez mes patrons, et voyez ça avec eux, moi je n’ai rien sur moi ! »

Policier
« Le bus reste là alors. Demandes aux passagers sinon. Et ceux qui ne payent pas, tu les fait descendre. »

Conducteur
« Je ne peux pas faire ça… C’est la première fois qu’on me dit que je n’ai pas le droit de prendre plus de monde qu’il n’y a de places. Laissez-moi repartir, au moins jusqu’à Morumbi, et là-bas je fais descendre les personnes supplémentaires pour qu’elles prennent un autre bus ! »

Policier
« Je ne pense pas que ça va être possible non… »

Le conducteur semblait abasourdi, mais face aux policiers, il n’en menait pas large. Un autre policier s’approcha de lui, sans doute le chef du point de contrôle.

Chef policier
« Dis-moi, tu connais les gens de ce bus ? Tu fais ce trajet depuis combien de temps ? Longtemps j’imagine. Pour ne pas se perdre, et manœuvrer sur de telles routes avec ces conditions, il faut forcément avoir de l’expérience. Alors tu les connais forcément. »

Conducteur
« Non je ne les connais pas. Pourquoi voulez vous savoir si je les connais ? »

Chef policier
« Moi j’pense que tu les connais. Tu es de la région non ? Tu es mulutsis ? »

Conducteur
« Je suis d’ici oui. Mais pas mulutsis. Je suis un Nzinga moi. »

Chef policier
« Tu es d’ici, tu les connais alors. Tu sais qu’on recherche des mulutsis dans la région. Plutôt jeunes, costauds, du genre qui auraient pu être en ville ces dernières semaines, et qui auraient [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=356638#p356465]causé un peu du grabuge[/url] là-bas. T’en as entendu parler non ? Oui bien sûr que tu en as entendu parler. Alors, vois-tu, un conducteur aguerri comme toi, qui connais la région, et ses habitants, les habitués de ce trajet, il serait capable de nous dire si dans ses passagers il y a des jeunes mulutsis, du genre qui aiment causer du grabuge en ville quoi. Tu vois ? »

Conducteur
« Mais… je ne sais pas si je comprend bien. »

Chef policier
« Ecoute, je vais pas attendre longtemps calmement. Si tu veux pas qu’on t’embarque pour refus de paiement d’amendes, va falloir nous donner quelque chose. Tes passagers là, c’est forcément des mulutsis. Alors tu vas leur dire de sortir, et si dans le lot t’en reconnais qui correspond à ce qu’on cherche, tu vas nous les désigner okay ? »

Le conducteur remonta dans le bus, tout penaud. Puis s’adressa aux passagers. Bouna ne comprenait pas trop, mais s’exécuta. L’ensemble des passagers sortirent, puis les policiers leur demandèrent leur pièce d’identité. Tout alla assez vite, le conducteur était resté à l’écart avec un policier, et désigné du doigt certains passagers. Les policiers les mirent de côté. Arriva le tour de Bouna :

Policier
« Pièce d’identité, nom prénom et ethnie. »

Bouna
« Kidrisa Bouna, mulutsis. Qu’est-ce qui se passe ? »

Policier
« Ça ne te regarde pas. Tu étais où la semaine dernière, et ce week-end ?

Bouna
« A Kifi, chez un cousin. »

Policier
« A Kifi ? Tiens… Tu m’a l’air jeune non ? Viens avec nous. »

Bouna
« Mais, qu’est-ce que j’ai fais ? »

Policier
« Ça, tu vas nous l’dire mon grand ! »


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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Sur la route de Manarama... (2)

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[justify]« Alors, tu n’as toujours rien à nous dire ? »

A ces mots, Bouna releva difficilement la tête. Son œil gauche était fermé, et il sentait le sang séché le long de son arcade. Sa lèvre supérieure le lançait régulièrement de douleur. Ses mains attachées dans le dos, Bouna marmonna une réponse difficilement audible : « J… j’ai rien… fait… ».
Le policier en face lui redonna une nouvelle gifle, qui lui fit sonner l’oreille.

Policier
« Allez, il va falloir cracher maintenant. On sait que c’est toi. »

Cela faisait plus de quinze heures que Bouna avait été arête sur le chemin de Manarama. Lui et quelques compagnons du bus avaient été amenés ici, au poste central de Kifi. Il avait pu croiser du regard à son arrivée d’autres jeunes de son âge, qu’il ne connaissait pas. On l’avait d’abord enfermé dans une petite cellule au fond du poste de police, pendant une bonne demi-heure. Puis on était venu le chercher. Un policier lui avait présenté le motif de sa présence ici : il était soupçonné de faire partie du commando ayant assassiné Joël Malinga, ainsi que d’avoir participer à l’attaque du palais de région de Ruwa. On le soupçonnait aussi d’appartenir au Front Mulutsis Armé.

Tout ça été faux. Bouna n’avait jamais fait ni de politique, ne s’était jamais battu non plus (hormis quelques matchs de lutte makengaise dans son village). Alors bien sûr il été allé à Kifi lors des manifestations de soutien au FMLE, et cela le mêlé vaguement à l’organisation politique mulutsis, mais il n’avait aucun autre lien avec tout cela. Mais allez prouver ça aux policiers qui étaient persuadé de son implication. Selon eux, ils avaient des témoignages prouvant sa présence lors des attentats. Et aussi des images de vidéosurveillance. Même si c’était impossible, allez prouver ça.

Malheureusement, il était mulutsis, et depuis quelques temps, il n’était pas bon d’être mulutsis. Il avait aussi le bon âge, la bonne carrure. Tout coïncidait. Tout, sauf la vérité.


Policier
« Tu sais, ça ne sert à rien de résister. Tu ferais mieux d’avouer maintenant. C’est un conseil d’amis que je te donne là. Si tu parles, qu’est-ce qu’il va se passer ? Tu seras soigné, premièrement, car on ne peut pas te montrer comme ça décemment. Après, on te conduira en prison. Tu y seras logé, nourri à ta faim, protégé : tu n’as rien eu de tout ça dans ta vie non ? Puis dans quelques mois, tu seras jugé, et le juge verra que tu as avoué, rapidement. Ils aiment ça les jugent. Tu éviteras peut être la mise à mort, parce qu’on te trouvera des circonstances atténuantes : tu étais à la rue, tu vivais dans un village reculé sans éducation, tu as perdu ta mère, ta sœur, une couille, on s’en fout, on trouvera. Puis tu feras quelques années de prison, pas trop parce que tu seras un prisonnier modèle. Et dans quoi, 20, 30 ans, tu sortiras, on aura tous oublié cette affaire, et tu reprendras ta petite vie merdique dans ton village à la noix. C’est pas mal comme issue je trouve… »

Le policier tournait autour de Bouna en même temps qu’il parlait. Et Bouna essayait de le suivre du regard, mais ses yeux se fermait. La douleur sans doute.

Policier
« Si tu persiste à ne rien dire par contre… Ce sera tout droit vers le couloir de la mort là. Un activiste politique, violent, qui n’assume pas, et protège ses petits camarades… pas bon ça, pas bon du tout. Alors, petit, parles, ça vaut mieux. Même si tu n’as rien fait. »
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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion du Makengo (3)

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[center][img]https://i.imgur.com/r0ULUh8.jpg[/img]
Youssouf Botamba, président de la RDM[/center]

[justify]Simplice Badibanga attendait nerveusement dans le couloir, assis dans un luxueux fauteuil, face à la double porte menant au bureau du président Botamba. Secouant frénétiquement son genou, un petit attaché case à la main, il regardait toute les quinze secondes sa montre, en pestant. Du fond du couloir, deux hommes, la cinquantaine, arrivèrent. Simplice se leva :

Simplice Badibanga, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité
« C’est pas trop tôt ! On a failli être en retard. Allez, ne tardons pas ! »

Les trois hommes se dirigèrent vers les portes, et des assistants postés là sans bouger depuis des heures toquèrent, puis ouvrèrent. Entrant dans le bureau, Youssouf Botamba était là, face à la fenêtre, un verre à la main. L’assistant annonça les trois invités, et Youssouf se retourna.

Assistant
« Messieurs Badibanga, Teyou-Tamo et Mbarga »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Bonjour messieurs. Merci d’être venus, faisons vite j’ai beaucoup d’affaires à traiter. »

Sur ces mots, il s’installa dans son fauteuil, et indiqua à ses invités les trois chaises qui lui faisaient face. Ils prirent place, et Simplice Badibanga débuta.

Simplice Badibanga, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité
« Monsieur le président. Comme vous l’avez appris hier, par mes services, puis dans la presse, la police de Ruwa a procédé à une grande série d’arrestations dans le cadre de l’enquête portant sur l’assassinat de monsieur Malinga et l’attaque du palais de Ruwa. En tout, plus d’une centaine de contrôles, amenant une cinquantaine d’arrestations, dont quinze se poursuivent actuellement. »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Bien. Où en est l’enquête ? Et le profil des personnes appréhendées ? »

Franck Teyou-Tamo, Vice-ministre délégué à la Police
« L’enquête est malheureusement au point mort. Les images du palais de Ruwa n’ont rien donné, et les témoignages récoltés le jour de l’assassinat de Malinga non plus. Trop flous, trop vagues, contradictoires. Ça va de « un groupe de trente homes surarmés », à « deux jeunes pistolet au poing », on n’avance pas. Nous sommes donc toujours bloqués à la seule suspicion de notre groupe d’une quinzaine d’activistes mulutsis, c’est ce qui ressort le plus, mais les descriptions physiques ne permettent aucune identification claire.
Les personnes appréhendées sont toutes mulutsis, hommes âgés de 15 à 29 ans, on essaye actuellement d’en tirer quelque chose mais… je crains que l’on fasse chou-blanc. »


Aimé Mbarga, Vice-ministre délégué à l’Unité Nationale
« Sur quels critères se sont basés les forces de l’ordre pour procéder à ces arrestations ? Je veux dire, à part l’appartenance ethnique ? Je comprends, monsieur le président, la nécessité et l’urgence d’avancer dans l’enquête, de retrouver ceux qui sont derrière la mort de Malinga, et le besoin de fermer au plus vite ce dossier chaud, mais, sauf votre respect, nous devrions stopper de cibler l’entièreté de la communauté mulutsis. Nous avons à faire à un petit groupe de fanatique, mais croyez-moi, nous sommes en train de leur donner grâce aux yeux du reste de la communauté en ciblant leurs pairs ainsi. »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Mbarga, je connais le refrain. Epargnez nous en aujourd’hui s’il vous plaît. C’est pour ça que je vous ai choisi, mais nous devons au plus vote fermer l’enquête, trouver des coupables, et c’est ainsi que nous ramènerons le calme en Ruwa. Il y a eu trop d’agitations ces derniers temps, nos ennemis s’en nourrissent. »

Aimé Mbarga, Vice-ministre délégué à l’Unité Nationale
« Des coupables ? Ne me dites pas que… »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Vous avez très bien compris. Soyons honnêtes, comment voulez vous retrouver quinze illuminés avec les moyens dont nous disposons sur place ? On n’a pas d’images exploitables et des descriptions inutiles qui correspondent à la moitié de ce pays. Ce que je vois, c’est qu’on n’avance pas, et que ça commence à gronder chez les kivuvus et l’entièreté de la population de ce pays. Trouvons nos coupables, on organisera un beau procès équitable, ils s’en sortiront avec une lourde peine de prison, ou des peines capitales qu’on n’appliquera jamais. »

Aimé Mbarga, Vice-ministre délégué à l’Unité Nationale
« Les mulutsis crieront au scandale d’état. »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Au diable les mulutsis ! Ils crient au scandale d’état depuis l’affaire Diop ! Et même avant… Ils n’apportent que des emmerdes ceux-là. Qu’ils crient au scandale, on les tiendra à l’écart de toute façon, ça ne fera bouger personne, et pour cause. »

Franck Teyou-Tamo, Vice-ministre délégué à la Police
« Monsieur le président, dois-je demander au préfet de Ruwa d’avancer dans les interrogatoires ? »

Youssouf Botamba, Président de la République démocratique du Makengo
« Allez-y. Je veux d’ici la semaine prochaine quinze coupables identifiés, arrêtés, et en attente de jugement. Par contre, on ne mêle pas le FMLE là-dedans. On les garde sous surveillance rapprochée, mais on les blanchi. Tant qu’on a pas de réelles preuves, je ne veux pas y toucher, le FMF s’en frotterai les doigts. Simplice, vous me renforcerez la sécurité dans le nord e Ruwa, histoire de calmer les excités mulutsis. »
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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion s'endort ce soir... (2)

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Le centre de Kifi était relativement vide depuis quelques semaines. Suite aux évènements tragiques entre ethnies dans la région, l’armée était chargée de maintenir l’ordre, et la ville était remplie de militaire. De sa fenêtre, Pape Faty-Gouano avait vu sur la grande avenue principale de la ville, où un barrage filtrant était désormais installé, avec au moins une dizaine de soldats lourdement armés. C’était pourtant dans cette ambiance spéciale qu’avait décidé le FMF d’installer son quartier général pour la campagne des sénatoriales. La proximité entre le parti fédéraliste et les militants mulutsis du FMLE, installés dans la région, avait motivé ce choix pour le moins étonnant. Le FMF n’avait jamais réellement réalisé de grands scores dans le nord-est du pays, mais l’année qui venait de s’écoulait avait, selon les sondages, bien profité à Faty-Gouano dans la région.

Pape Faty-Gouano, leader du FMF
« Et merde ! Regarde-moi ça, ils titrent tous sur Sokolo. Plus rien sur Ruwa, les mulutsis, les attentats… rien. »

En disant ces mots, le leader fédéraliste jeta sur une table de salon une petite pile de journaux nationaux. Puis il se dirigea vers la fenêtre, observant la rue relativement calme aujourd’hui.

Conseiller
« Que veux-tu… Tout s’est calmé ici, depuis l’arrestation des prétendus terroristes, plus personne n’a intérêt à parler de Ruwa. La tension retombe ici, et Sokolo et le MSCR en profitent pour reprendre la campagne à leur compte. Et puis avec le petit Botamba qui n’avance plus trop… »

Pape Faty-Gouano, leader du FMF
« C’est emmerdant. On a tout construit sur Ruwa, les tensions, le FMLE, pour mettre en avant la nécessité de notre réforme électorale. Mais si maintenant, à quelques mois de l’élection, tout ça est balayé, on retombera aussi vite qu’on est monté. »

Conseiller
« Que propose-tu alors ? On demande aux mulutsis d’en remettre une couche ? »

Pape Faty-Gouano, leader du FMF
« Trop risqué. Trop risqué… Non il faut plutôt reprendre la campagne en main, faire en sorte de mettre en lumière l’incapacité du système actuel à perdurer. Je crois que c’est le moment. »

Conseiller
« Ce n’est pas trop tôt pour ça ? On ne sait rien sur cette histoire. Si c’est mal exploité de notre part et qu’ils se défendent bien, on aura grillé notre meilleure cartouche. »

Pape Faty-Gouano, leader du FMF
« Je sais bien, mais il faut le tenter maintenant. Il ne faut pas laisser le MSCR s’envoler, et profiter du trou d’air du neveu Botamba pour frapper fort. On fait fuiter. »

Conseiller
« Bien, j’appelle notre contact alors. »

Pape Faty-Gouano, leader du FMF
« Espérons que ça fonctionne, et que d’autres mordront. Assure-toi qu’on ne soit pas suspecter de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1355&t=17662&p=358253#p358253]la fuite[/url], même si il y a peu de risques. »
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Le Lion du Makengo (4)

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[center][img]https://i.imgur.com/r0ULUh8.jpg[/img]
Youssouf Botamba, président de la RDM[/center]

[justify]Youssouf Botamba aimait se promener dans les jardins présidentiels, surtout dans ces mois de juin où la température était plus clémente. Il faisait presque froid au Makengo pour ce 29 juin, à peine plus de 21°C. On n’avait cependant pas vu une goutte de pluie depuis près de deux semaines, la saison sèche était clairement entamée. Les animaux du petit zoo privée de Botamba aimait se temps, tout comme le président. Devant l’enclos des lions, Youssouf était perdu dans ses pensées. Toutes ces dernières fuites dans la presse concernant ses voyages effectués dans le plus grand secret vers la Santogne l’inquiétaient, mais par-dessus tout, ce qu’il le préoccupait, c’était de savoir qui avait bien pu renseigner les médias. Le président était tellement perdu dans ses pensées qu’il n’entendit même pas son neveu arriver derrière lui.

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« Le vieux Zaki… Aussi loin que remonte mes souvenirs, il n’a pas bougé d’un poil. Toujours aussi fort, toujours aussi fier. N’a-t-il jamais été contesté par un autre mâle ? Peut-être Ibhu ? »

Youssouf se retourna vers son neveu, l’air sérieux.

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Le vieux Zaki n’est plus ce qu’il était hélas. Il est affaibli, et ne bouge presque plus. Cependant, il reste incontesté. As savoir pourquoi. Les lionnes doivent vraiment l’aimer pour ne pas se tourner vers un plus jeune comme Ibhu. Mais si Ibhu comprend que Zaki est faible… »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« Tant qu’il ne s’en aperçoit pas, tout ira bien pour le vieux Zaki. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« En effet. Pour l’instant tout tiens comme il y a 30 ans… Quand je suis arrivé ici, tu n’étais même pas né encore, on m’a fait cadeau de ce lion. C’est l’animal qui est ici depuis le plus longtemps, derrière moi évidemment. J’ai bien peur que ce ne soit bientôt la fin pour lui. 35 ans, c’est déjà beaucoup pour un lion. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« A l’état sauvage il n’aurait vécu qu’une dizaine d’année. C’est déjà une belle vie pour lui, il n’a manqué de rien ici. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Tu as raison mon neveu. Tant qu’il reste au palais, rien ne peut lui arriver. »

Youssouf savait bien que son neveu et lui-même ne parlait plus vraiment du vieux Zaki.

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Que me vaux ta visite ? Du nouveau pour les élections ? »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« Pas vraiment non. Enfin peut-être, mais ce n’est pas pour ça que je suis là. C’est pour… »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« … J’ai bien compris va. Ne t’inquiète pas, je sais que tu n’as rien à voir là-dedans. Mais c’est tout de même fâcheux. Très embêtant même. Tant que cela reste à l’état de rumeurs, sans réelles preuves, nous pouvons passer par-dessus, surtout si tu laisse l’UMD en dehors de ça. Mais il faut être encore plus vigilant maintenant et trouver qui a fait fuiter l’information. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« Je suis sur le coup. Les personnes impliquées sont actuellement tous sous surveillance accrue, on enquête sur chacune d’entre-elle, et la liste des suspects de réduit comme peau de chagrin. De toute façon, nous n’étions que peu à être au courant. De mon côté, j’ai pensé à une possible stratégie médiatiquepour contrer le tout. L’important est de surtout bien éteindre toutes les rumeurs portant sur des financements illégaux, des accords secrets en tout genre avec les santognais, ou bien évidemment ton état de santé. Pour les deux premières, tout ça n’est que calomnies donc ce ne sera pas difficile à démentir. Pour la véritable raison… »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Je te fais confiance. Gère ça comme il le faut. Tu sais ce qui sera bon ou non. Je vais quand même annuler mes prochains voyages en Santogne, par précaution. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« Es-tu sûr ? Ce n’est pas bon pour le traitement, et le médecin à bien dit la dernière fois que ça n’allait qu’en empirant. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Pas le choix irmin. Tant pis, je souffrirais en silence, comme le vieux Zaki. »

Firmin Botamba, neveu de Youssouf Botamba et président de l’AMD
« J’essaierai de faire venir le santognais prochainement, Ça demandera de l’organisation, mais une fois la taupe trouvée, on pourra reconstituer une équipe de gens véritablement sûrs. Concernant, les fuites dans la presse, je voulais aussi te voir pour ça. Prochainement, La Conscience va ressortir un nouveau sondage. J’ai eu beau discuter avec le rédacteur en chef, le directeur, et d’autres, je n’ai pu qu’affaiblir notre baisse dans les sondages. La population a vraiment été affecté par ces révélations, on perd une partie de notre avance. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« C’est pour ça qu’il faut reprendre la main vite. Si les lionnes savent que Zaki est affaiblit, c’est surtout quand Ibhu le saura quand le vieux lion aura du soucis à se faire…. »
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Viktor Troska

Message par Viktor Troska »

[center]Une entraide mutuelle (1)

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[center][img]https://i.imgur.com/ipIdEgl.png[/img]
Les joies de la mécanisation, le tout sous supervision westréenne...[/center]

[justify]Depuis quasiment un an, le Westrait aidait au développement de l'agriculture makengaise dans le cadre d'un vaste plan qui s'étendait sur l'ensemble du pays. Avec le Karmalistan, il s'agissait du deuxième pays où des milliers d'experts westréens et westréennes avaient été envoyés afin de superviser mais également apporter les connaissances théoriques et pratiques dans le cadre d'une réforme agraire ou tout simplement d'une vaste modernisation des infrastructures. Comme stipulé lors de la signature de l'accord, les "experts" venant du Westrait ne toucheraient pas un salaire astronomique et vivraient avec la population, afin de mieux se familiariser avec les problèmes que connait le pays. Officieusement, il s'agissait surtout d'avoir des yeux et des oreilles directement sur le terrain : Personne ne le sait réellement, mais les personnes envoyés à l'autre bout du monde dans le cadre des missions d'aide au développement sont triés sur le volet. Supervisé par le Commissariat du Peuple à la Sécurité Publique, des dossiers sont constitués et les "experts" envoyés ne le sont pas aléatoirement mais avec des buts précis. Il est impossible de pouvoir dissocier l'aide purement matériel avec les nécessités politiques et idéologiques qui en découlent et cela, le Westrait le savait parfaitement. Dans le cadre de leurs activités, les westréens et les westréennes devaient se faire les plus discrets possibles et ne parler qu'à des personnes jugés de confiance... C'est à dire très peu de personnes. Pour Tasha Coodley par exemple qui avait constitué sa petite équipe dans la région d'Amanzi, la paranoïa semblait gagner sur ce qu'elle percevait réellement. Depuis plusieurs jours, des jeunes hommes venaient la voir en lui demandant de la suivre avec insistance. Répondant à chaque fois sèchement que ce n'était pas la peine d'insister, les jeunes hommes répétaient constamment la même phrase suite au refus. Cela dura pendant une semaine et pour Tasha, quelque chose se tramait sans réellement savoir exactement quoi. Puis comme un malheur n'arrivait jamais sans l'autre, elle fut réveillée une nuit par un groupe armé qui fit irruption dans sa chambre et la força à venir, sous la menace des armes. On lui banda les yeux et elle fut mise dans une jeep, qui roula à travers les sentiers de terre pendant une bonne dizaine de minutes. Arrivée sur place, elle fut emmenée jusque dans une pièce où on l'a fit s'asseoir puis retirer son bandeau. En face d'elle, un homme était assis et la regardait d'un air pensif. Après un long silence, il se décida à prendre la parole.


[center][img]https://i.imgur.com/WvTaTmD.png[/img]
Pierre-Victor Massamba, responsable régional du PCRM à Amanzi[/center]

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Vous devez vous demander ce que vous faîtes là et pourquoi est-ce que nous venons littéralement de vous kidnapper au beau milieu de la nuit. Ce sont des manières assez peu orthodoxes je dois l'avouer, mais nous manquons de temps. Pourquoi avez-vous constamment refusé de parler à mes messagers, en les traitant avec mépris et dédain ? »

La westréenne ne dit rien, encore sous le choc émotionnellement de ce qui venait de lui arriver.

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Vous parlez de fraternité universelle, d'internationalisme prolétarien et toutes ces choses là, mais vous n'êtes même pas capable de reconnaître les vôtres ! Ce n'est pas une attitude pour une communiste ! Je me demande ce que votre Parti penserait de tout cela... »

Comment cette illustre inconnu pouvait-il savoir que Tasha Coodley était membre du Westrait Communist Party ?

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Mais là n'est pas le fond de notre affaire. Je me présente : Pierre-Victor Massamba, je suis responsable régional du PCRM dans la région d'Amanzi. C'est la raison pour laquelle nous tenions absolument à entrer en contact avec vous. J'ai besoin d'entrer en contact avec votre organisation et plus généralement avec le Westrait, afin de discuter de questions d'importances toutes particulières. Voyez-vous... »

L'homme fort imposant qui faisant face à Tasha se leva et fit quelques pas dans et souleva plusieurs couvertures et dévoila une cache d'armes. La westréenne elle, tâchait de rester indifférente face à tout cela.

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Nous avons des armes, mais nous n'en avons pas assez. Il nous en faut plus ! Il faut que nous ayons de quoi nous défendre et de quoi pouvoir nous battre efficacement contre le régime semi-colonial et semi-féodal de cette vipère de Botamba. Nous appelons nos frères et nos sœurs révolutionnaire du Westrait à notre aide, de toute urgence. Le "Camarade" Tshimembala n'est qu'un opportuniste et un vague social-démocrate, il ne cherche qu'à avoir des places au sein des institutions coloniale de notre pays. Il ne comprend rien, rien, rien ! »

Massamba semblait particulièrement énervé, davantage quand il voyait qu'il n'y avait aucune réponse de la part de la westréenne, qui se contentait de la fixer sans dire un mot.

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Nous pensons que le terrain est propice ici, afin de constituer les premières bases pour former et entraîner notre propre armée de libération, comme celle que vous au Westrait vous avez mis sur pied lors de votre guerre civile. Je suis en désaccord avec la direction de mon organisation, je pense qu'il faut nous préparer à la lutte et non nous bercer d'illusions ! Je suis en cela entièrement d'accord avec les enseignements de l'Internationale Communiste, alors que le "Camarade" Tshimembala lui, fait semblant de les comprendre. »

TASHA COODLEY | « Ce n'est pas vraiment communiste de déballer les problèmes internes de son organisation devant une illustre inconnue... »

Un léger flottement se produisit quand la westréenne prononça ses quelques paroles. Surpris, le visage sévère de Massamba devient soudainement jovial et il se mit à rire aux éclats.

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Il n'y a qu'un communiste pour dire à un autre communiste qu'il fait mal les choses ! Je dois avouer que je ne m'y attendais pas du tout à celle là. Vous m'avez bien eu, camarade... »

TASHA COODLEY | « Comment savez-vous qui je suis et que je suis communiste au juste ? »

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Vous n'êtes pas très discrète camarade quand vous parlez aux éleveurs de faire des syndicats et aux femmes de s'organiser pour discuter de leurs problèmes... Les gens parlent vous savez, ils parlent beaucoup. Ils vous aiment bien, mais refusent de s'engager dans ce genre de discussions avec vous par peur des représailles. C'est par notre réseaud'informateur au village que nous savons qui vous êtes et qui vous représentez. »

TASHA COODLEY | « Pourquoi m'avoir enlever dans ce cas, comme un gang de criminels ? Si je ne voulais pas vous parler, ce n'était pas pour rien. J'avais des précautions à prendre. »

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Nous avons décidé de prendre les devants. Nous nous excusons pour la manière dont tout cela s'est produit ce soir, mais nous n'avions pas le choix. Allez-vous nous aider, oui ou non ? »

TASHA COODLEY | « Apportez moi à manger et ensuite, peut-être que je serai d'humeur à accepter vos excuses ainsi qu'à discuter avec vous. »

PIERRE-VICTOR MASSAMBA | « Rancunière ? »

TASHA COODLEY | « Non, juste communiste. Alors, cette histoire d'armée de libération... ? »[/justify]
Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Les cris des calaos

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[center][img]https://i1.wp.com/rdcongo.be/wp-content/uploads/2019/01/Palais-de-la-Nation-RDC.jpg?resize=300%2C150&ssl=1[/img]
Le palais présidentielle de Lunda.[/center]


[justify]Il était sur les coups de 21h, le soleil était couché depuis un certain temps à Lunda. La nuit fraîche était extrêmement calme, et l’on n’entendait pas le tumulte de la ville depuis les abords du palais présidentiel. Les seuls sons qui venaient perturber ce calme provenait du jardin-zoo du palais, avec les cris des calaos bicornes, les chants des touracos, des hirondelles et des tisserons noirs. La grande propriété présidentielle était évidemment extrêmement surveillée, et régulièrement, des patrouilles en voitures éclairaient les petits chemins traçaient le long du long parc privé du palais. A l’entrée, les gardes chargés de la surveillance étaient absorbés par leur feuilleton favori, « Lunda Hotel ». Ce soir-là, Désiré Ndenga venait de rompre avec la somptueuse et pulpeuse Charlotte, tandis que l’inspecteur Ipupa menait l’enquête et se rapprocher dangereusement des affaires secrètes de Didier, le collaborateur véreux de Désiré. Un suspense qui avait fini par faire exploser les deux gardes, dont leurs cris d’excitation fendaient la nuit sombre de Lunda.

Alors que le générique de l’épisode suivant débutait, au son du tube de Divin-Trésor, la star de la chanson makengaise, deux voitures noires, ornementées de petits drapeaux makengais, s’approchèrent de la propriété. Les deux gardiens lâchèrent, non sans regrets, leur poste devant la télévision, pour accueillir et contrôler les deux véhicules qui s’approchaient. Les deux s’approchèrent de la voiture, et au moment où ils s’apprêtaient à prendre la parole, la vitre arrière s’abaissa légèrement, laissant entrevoir un visage familier.


Garde
« Ah, monsieur Firmin, c’est vous. Je vous ouvre les portes. »


Arrivée au pied des escaliers principaux du palais, un assistant vint ouvrir la portière de la voiture et Firmin Botamba en descendit, puis se dirigea à la hâte dans le palais, et monta rapidement dans les appartements privés de son oncle, où il retrouvai Youssouf Botamba, dans son cabinet de chasse.

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Bonsoir mon oncle. Je suis venu aussi vite que j’ai pu. Ça ne va pas ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Nous avons quelques soucis Firmin. Il faut reporter les élections, j’en ai déjà informer le CND, tout est en route. »

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Reporter ? Pour quelle raison ? »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« J’ai été informé, par les services de renseignement, d’un possible attentat visant des bureaux de vote, dans le nord-est et le nord-ouest du pays. J’ai évidemment directement prévenu l’état-major et demander le déploiement de l’armée dans les zones concernées, ainsi que l’intervention des forces spéciales. Voilà pour la raison officielle. »

Le vieux président s’arrêta quelques secondes, fronçant les sourcils et peinant à respirer.

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Bien, tu peux être au courant de la véritable raison. Un scrutin de cette importance nécessite que je sois en pleine forme afin de m’exprimer le plus rapidement possible à la déclaration officielle des résultats, et aussi pour m’assurer du bon déroulement tout au long de la journée de vote. Or, depuis ce soir, une terrible crise de douleur me paralyse, et je ne serai en état de tout suivre demain. Il me faut quelques ours de repos, et l’idéal ferait que tu face vite venir ce médecin santognais que j'avais rencontré il y a quelques mois. »

Firmin Botamba, neveu du président Botamba et président de l’AMD
« Je comprends… Bien sûr, je m’ne occupe tout de suite. Et ne t’en fait pas, je vais aussi m’occuper personnellement de tous les remous médiatiques que ce report va causer. Nos opposants y vont forcément y voir un énième stratagème pour truquer les résultats. »

Youssouf Botamba, président de la RDM
« Pour une fois, ils auront tort ! Je n’ai pas besoin de report pour ça. »

Les rires des deux hommes raisonnèrent dans le palais encore quelques minutes. La nuit n’est jamais si calme à Lunda…
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Jose-Christ

Message par Jose-Christ »

[center]Jour de vote

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[justify]L’école de Yombala, à Molongwe en banlieue de Lunda, était transformée ce jour en bureau de vote pour l’occasion. Les électeurs patientaient, nombreux. Modeste attentait son tour depuis plus de deux heures, et la file d’attente était encore longue devant lui, très longue, tout autant qu’après lui. Le vote se déroulait à la chaîne, mais lentement. La cause : il n’y avait qu’un isoloir ici, comme dans la plupart des bureaux de vote d’ailleurs. Mais Modeste ne se décourageait pas. Attente ou pas, il voulait voter, accomplir son devoir, avant de repartir.

Arrivé dans la cour de l’école, il pouvait enfin apercevoir la salle de classe avec en fond, l’isoloir. Sur les murs de l’école, les affiches des candidats avaient été accrochés quelques jours plus tôt. En gros, au centre celle de l’UMD, avec le visage de Youssouf et Firmin Botamba. Puis autour, en plus petit, celles des autres candidats. Modeste allait voter pour l’UMD. Ou plutôt pour Botamba. De toute façon, qu’aurait-il pu voter d’autre ? Il s’en fichait lui, au fond, de la politique. Mais Botamba, c’était un nom qu’il entendait depuis toujours.

Ça y est, la file avançait, et enfin il rentrait dans la salle de classe. Ses papiers à la main, il pu s’approcher du premier bureau, où deux jeunes hommes du quartier vérifiaient les identités de chacun. En fond, un grand en costume et lunettes pianotait sur son téléphone, tandis que deux hommes plutôt costauds, eux aussi en costume, scrutaient la salle et les électeurs avec attention. Modeste se saisit des différents bulletins, puis alla dans l’isoloir. Sans s’attarder, il glissa le bulletin « UMD » dans l’enveloppe, puis mit l’enveloppe dans l’urne.
« A voté, au suivant ! ».
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[center]*****[/center]



[justify]Dans son petit village, à quatre heures de route de Kabunda, Osendé attendait lui aussi pour aller voter. Le village était le centre de vote des environs, et là aussi la file d’attente était longue. Le bureau de vote ne se trouvait pas dans l’école, faut d’école, mais ici directement en pleine rue, au cœur du village. Sous la chaleur, et sous la légère pluie (la saison des pluies venait de débuter au nord du pays), les gens s’abritaient sous les quelques arbres de la place. Le chef du village observait bien assis dans son fauteuil, à l’abri de la pluie sous le barnum envoyé par les organisateurs du vote la veille. Là, on votait rapidement, sans s’attarder, car la plupart avaient de la route à effectuer pour rentrer dans leur village.
C’était au tour de Osendé, mais quelque chose n’allait pas.


Osendé
« Dites, il manque des bulletins là ! »

Assesseur
« Ne t’arrête pas, tu vois bien qu’il y a la queue derrière ! »

Osendé
« Mais, il manque des bulletins là. »

Assesseur
« Quels bulletins ? Non il ne manque rien, c’est tout ce qu’on a. »

Osendé
« Vous êtes sûr ? Je suis certain qu’il en manque quelques uns : je ne vois pas le MSCR, le PCRM… »

Assesseur
« Qu’est-ce que j’en sais moi ? Tiens prend ceux-là, et va voter. On n’a rien en plus. On a mis ce qu’on nous avait envoyé. Si tu n’es pas content, va-t’en, ou bien tu ira te plaindre après à la capitale. Mais dépêche-toi car là tu retarde tout le monde ! »

Osendé pris les bulletins tendus par l’assesseur : trois bulletins UMD, un ULD, et un MFM griffonné et donc inutilisable. A quoi bon voter dans ce cas-là. Osendé, dans l’isoloir, hésita quelques instants. Quand il entendit l’assesseur le presser de nouveau, il ferma son enveloppe, sans rien y avoir glissé dedans. « A voté, au suivant ! ».
[/justify]



[center]*****[/center]



[justify]Au nord d’Ugbo-Mmiri, région d’Amanzi, le petit village de Logi était lui aussi un centre de vote. Cette fois, la queue était moins longue, mais l’affluence était tout de même bonne. Ici, c’est sûr que l’UMD de Botamba n’allait pas faire un gros score. Logi était en plein territoire mulutsi. Alors on ne s’était pas étonné de ne pas voir arriver tout le matériel de vote nécessaire. Il manquait des bulletins, l’isoloir. On avait alors fabriqué un isoloir avec un vieux rideau de douche. La pile de bulletins MFM était presque à sec, tandis que celle de l’UMD était encore bien haute. En même temps, on en avait reçu deux fois plus qu’il ne fallait ici.

Le vote se déroulait dans le calme néanmoins, sans trop de contestations. Puis, beaucoup n’avaient pas fait le déplacement, trop couteux. On rigolait entre assesseurs et les quelques policiers dépêchés sur place pour surveiller le vote. A part un homme alcoolisé qu’on avait dû reconduire à la sortie des bureaux de vote, rien à signaler.

Sur les coups de 16h, Moussa arrivait enfin pour voter. Il avait été retardé sur la route par un troupeau qui bloquait le passage. Ça ne l’arrangeait pas, car cette fois c’était sûr : il rentrerait de nuit. Il s’était demandé si c’était même vraiment la peine de venir voter, mais maintenant qu’il était là, autant y aller. Il se dirigeait devant le bureau de vote, mais au moment d’entrer, une sensation bizarre l’envahit. Quelque chose se tramait. Un homme sortit du bureau de vote en courant. Moussa croisa son regard. Puis, en l’espace d’une seconde, tout bascula. Une détonation se fit ressentir, Moussa fut poussé à terre. Face à lui, la petite école brûlait. Il entendit des cris, des pleurs. Quelques bulletins de vote à moitié calcinés volaient dans tous les sens.


« A voté, au suivant ! »

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