Cyber-attaques : des répliques ont visé les serveurs de la Banque Centrale
Sans faire de lien direct entre les cyberattaques de début septembre et ces incidents repérés et arrêtés net, le Procureur de Cartagina a dévoilé à la presse ces dernières heures que la cyberdéfense lébirienne avait dû organiser la protection renforcée des serveurs bancaires du pays et ce durant plus de deux heures, subissant une attaque d'une intensité très importante - "et qui a su être méthodiquement et très professionnellement avortée.
Les équipes techniques de la Banca di Montefiori centrale ont fait face dès 23h15 vendredi à des tentatives d'intrusion numérique touchant d'abord des comptes sans accréditation, des interfaces lambda puis des services de plus en plus important, avec selon eux une volonté d'intrusion au plus haut niveau des serveurs, dans les programmes sources gérant l'écriture et la répartition de la Lire, monnaie électronique de la Ligue. Les militaires de la cyber-défense, en surveillance permanente du secteur, ont pu bloquer la plupart des attaques, mais certains virus mineurs sont néanmoins passé dans des systèmes bureautiques de faible importance, sans faire de dégats.
"Les processus de défense et de réplique ont fonctionné. Aucune menace n'a pesé directement sur les serveurs mères de la Banque centrale. Une copie de leurs données est réalisée plusieurs fois par jours, et envoyées sur des sites cyber-protégés, puis mis hors-ligne, notamment en Épibatie." détaille Manfredo Pagliacci, responsable sécurité de la BdM.
Une des craintes longtemps avancée par les opposants à l'argent dématérialisé est celle visant la vulnérabilité potentielle de l'édifice fiduciaire numérique. Selon eux, l'intégralité des données de comptes et de flux pourrait être effacée en quelques minutes, avec le bon programme. Cet objectif, vu comme une remise à zéro de tous les rapports de domination capitalistique, est poursuivi ouvertement par des groupes de hacking politique, inquiétés et pourchassés par la Cyberdéfense et la Justice.
[Center][img]https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRYCGvWyKW3XsQuvTplZidb6487HGPMcHIPag403-hxR8C297CN[/img] Le sac à main communiste, assez fréquent[/center]
À peine un Lébirien sur trois sait ce que représente le célèbre symbole communiste. Pourtant, les récents succès électoraux de l'idéologie marxiste sur le continent janubien, les avancées économiques réalisées par plusieurs pays dirigistes socialistes, et une certaine nostalgie générationnelle remettent sur le devant de la scène des pays modernes, sinon les idées communistes, du moins l'angle de vue et d'analyse de nos sociétés, qui a longtemps été celui des partisans de la dictature du prolétariat.
À l'agitation de quelques extrémistes dans les années 1910-1920, ont répondu plusieurs phénomènes, dans les territoires italophones de la Cérulée au XXème siècle : -les succès du "socialisme céruléen", courant réformiste et coopératiste ; -l'essor du fascisme, redistributif et garant de l'ordre au service des classes moyennes naissantes et prospères ; -la chasse aux sorcières communistes, organisée par l'État montalvéen post-fasciste, soutenu et organisé par les services secrets du Commonwealth. Les crimes communistes, dus aux Partisans anti-fascistes durant la guerre, alliés incongrus de fait de la Britonnie, avaient refroidi beaucoup de monde, des badauds victimes des attentats aux parents de soldats tués par les Britons, sur différents fronts meurtriers, pendant que déserteurs et anti-conformistes radicaux jouaient aux scouts dans la forêt, où dérobaient des pommes de terre.
Aujourd'hui le communisme lébirien se résume, comme dans nombre de pays bourgeois, à deux principales catégories d'individus : - l'Antonio Sait-tout, qui sait tout, et analyse pour lui-même les divergences précises d'opinions entre le millier d'écrivains intimes du communisme, érigeant la moindre nuance en idéologie dissécable à merci, commentable jusqu'au bout de la nuit sur les réseaux sociaux, témoignant d'une remarquable capacité intellectuelle... mais fantasmant paradoxalement sur des hordes d'illettrés violents qui casseraient tout pour atteindre le bonheur ; - la Maria red-punk, qui trouve le communisme trop design, ce qui l'a convaincu à l'origine pour ce tropisme intellectuel, lui permet de consommer des objets la différenciant de ses copines - elle honnie la violence, sauf contre les violeurs et les fachos, sauf si le violeur est un clandestin, et sauf si le facho est en fait un communiste violent. Dans les deux cas, il s'agit bien souvent d'un rejet frontal d'éléments de la société, apparu suite à un traumatisme ou par simple associabilité pathologique.
L'absence de succès des thèses économiques qui soutiennent le communisme, et donc le fait que le communisme lébirien se résume au cirque consumériste d'adolescents en quête d'originalité, est compréhensible au regard de l'histoire politicienne. Par le jeu du hasard, de la sociologie mais probablement aussi du travail des services secrets après la guerre, la gauchisation sociétale des mouvements d'idées d'inspiration marxiste a favorisé l'inadaptabilité culturelle entre la politique collectiviste et la réalité culturelle lébirienne. Le communisme a été dynamité, fragmenté entre des mouvements discréditant facilement ces thèses, par l'outrance de leurs points de vue sur l'immigration, la drogue, les mœurs. Si l'esprit de relativisation, le nihilisme, l'athéisme, l'irrespect fondamental de l'Homme comme réel anthropologique, sont contenus en germe dans l'idée communiste, ces positions ont fini par dominer médiatiquement dans l'interprétation des mouvements d'extrême-gauche par l'opinion publique.
Plus sociologiquement, la nature démographique de la Ligue, faite par l'immigration, et construite comme un pays de propriété privée, visé et aimé pour cela durant des siècles par les immigrants dytoliens, la rendait assez imperméable à ces idées. Aujourd'hui, des partis comme le MBC aliléen remplissent parfaitement leur rôle de réceptacle aux outrances adolescentes, tandis que les vieux intellectuels anti-capitalistes aigris ont fait depuis longtemps le choix de l'exil, vers les paradis de corruption et de clientélisme, ou celui du silence devant le spectacle honnête de la nature intrinsèque du loup humain, qui ne saurait cesser d'être loup sans Dieu.
Révolution lébirienne : le OUI au Sénat Majeur l'emporte avec 67,9% des suffrages
L'abstention à moins de 25%
Plébiscite réussi pour le Président du Conseil
"L'histoire lébirienne va pouvoir commencer" - Sappanicci
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Réunion des représentations sénatoriales provinciales au sein d'un Sénat unique, pas forcément situé à Cartagina
Nécessité pour l'adoption d'une loi au Sénat lébirien, d'un seuil minimal de 40% de soutiens au sein des contingents provinciaux
Possibilité de poursuite du siège provincial de chaque représentation, un "Sénat provincial" n'ayant plus de pouvoir autre que celui du débat
Octroi d'un droit de véto à chaque Président de Province, contre l'adoption d'une proposition au Sénat unique
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La Ligue de Lébira va entrer dans une nouvelle ère. Le 1er janvier prochain, les 240 Sénateurs des Provinces se réuniront au même endroit et composeront enfin le Sénat unique attendu et vanté par de nombreux démocrates depuis 90 ans et la fin de la Grande Guerre. Pendant ces longues décennies, la forme fédérale législative a cohabité avec la forme centralisée de l'exécutif. Si cette organisation convenait au temps long du XXème siècle, elle semblait à mesure des évolutions postérieures à la troisième révolution industrielle, pénaliser la Ligue dans ses élans de réforme et d'adaptation à la vivacité dangereuse du monde.
À l'heure où le pays se sait avoir été ébranlé par les égoismes régionaux, la proclamation du Sénat Majeur confirme l'existence du peuple lébirien et l'adoube devant la nécessité de son unité, de son énergie et de sa persévérance efficace, pour lui-même et le monde. Désormais, les votes réguliers se traduiront plus rapidement en débat général, la représentation des différentes Provinces s'exprimera directement sur tous les sujets et ensemble, et la promulgation des lois sera facilité, autant qu'affaiblie la capacité de nuisance politicienne de chambres peu intéressées à certains problèmes.
La faible abstention du scrutin confirme l'engouement ressenti dans les derniers jours de campagne, et participe du plébiscite pour le Président du Conseil, qui peut mettre à son actif désormais d'avoir osé mener cette réforme dont l'acceptation par la majorité large de la population ne semble avoir été finalement possible qu'après ces dix années de malaise politique faisant suite aux effondrements de la crise économique des années 2020.
Un bol d'air frais politique gigantesque va profiter à la première économie mondiale, à l'heure où les Amiraux 16% de tous poils la destinent à l'implosion. Selon le Ministre Sappanicci, l'histoire lébirienne commence réellement maintenant. Reste aux Sénateurs de se montrer à la hauteur des attentes et de l'enthousiasme de tout un pays pour ce que beaucoup n'hésitent pas à décrire comme une promesse de renaissance démocratique.
Le point commun entre Radu Luca et Giobbe Marzalla, en dehors de la coupe de cheveux, a été cette semaine leur capacité à sauver la place du Président du Conseil, Luciano Vesperto. Certes, sa victoire importante au référendum sur l'instauration du Sénat Majeur, fragilisait nettement le scénario de nouvelle nomination souhaité par les Présidents de Nazalie et d'Alilée. Mais l'importance de la crise économique arovaque et des problèmes de confiance, amont et aval, en lien, jusrifiaient encore bien selon eux que l'on change l'exécutif général.
Le Conseil de la Ligue, tenu à Miliameni les 4, 5 et 6 octobre, avait finalement accouché d'une déclaration de principe, par laquelle le Conseil consentait unanimement à la reconduction provisoire du Président du Conseil et de ses ministres jusqu'au début d'année prochaine, le temps que soit menée la réforme constitutionnelle, et appliquée l'instauration de ce Sénat Majeur, qui promet de transformer radicalement la politique interne lébirienne. Dans la presse locale illythe, dès le 7, Giobbe Marzalla confiait qu'il ne voyait pas meilleure chose qu'un maintien sur le long terme du Président Vesperto, pendant que ses homologues nazalien et aliléen s'assuraient d'expliquer le contraire à leurs proches.
C'est la nomination de Radu Luca au poste de premier ministre le lendemain qui acheva les espoirs de crédibilité du projet pro-CND avancé par la Nazalie et l'Alilée. Le personnage, antisémite et raciste cyber assumé, était lui-même à l'origine des propos lors d'une conférence de presse au siège de la CND qui avaient entrainé en réponse la rupture commerciale avec cet État - rupture commerciale non sans liens avec son passage à vide en 2039. Le premier ministre nommé réservait dès le 8 octobre ses premières insultes à la Ligue, expliquant aux caméras qu'elle était un cancer et laissant entendre qu'aucun rapprochement avec la CND ne serait toléré.
Lino di Melaccis et Lino Chefalla avaient déja du mal à soutenir que la réouverture commerciale du FCE pouvait être obtenue dans l'intérêt de l'économie lébirienne, malgré la présence de l'Ennis et son "Amiral 16%" (ndlr : d'endettement en 3 semaines selon PIB), ils devront moduler désormais leur discours alors que seule une renégociation pays par pays est envisageable, en dehors de toute idée de partenariat global avec le FCE, et la CND. Luciano Vesperto dispose encore de nombreux mois pour concrétiser l'ouverture à la l'Algarbe, présentée comme le contre-projet le moins impertinent pour palier à la perte du marché dytolien - mais il est aussi grand temps de trouver des pays riches avec qui assurer une permanence des relations, au risque que le pot-pourri national-populiste de la CND n'arrive à surpasser assez son déficit d'image pour les récupérer plus vite.
15 novembre 2039
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Cartagina autorise Dovernico à organiser un référendum d'auto-détermination en 2040
Alors que les sondages, qui donnaient le soutien à l'indépendance au-dessus de 50% entre début 2035 et milieu 2037, font tomber les partisans du départ à moins de 35% depuis quelques semaines, Cartagina a fait savoir officiellement au gouvernement provincial que ce dernier pourrait organiser légalement un référendum en Arovaquie sur la question de l'indépendance, "dont toutes les conséquences devront être tirées" renchérit la capitale.
Mais si ce souhait faisait partie des promesses de campagne de l'actuelle Présidente Lena Lazarevicio, elle et son entourage s'offusquent aujourd'hui du cynisme cartaginien, alors que le désamour pour la Présidente culmine à 74% d'opinion négative, que son parti se déchire et tente de solder les comptes de l'horrible crise de la Licca, et que les commentateurs les plus loyalistes viennent au secours du gouvernement indépendantiste sur les plateaux pour atténuer la crise de confiance en une Province qui pourrait perdre jusqu'à 3 points de PIB en 2039. Les délocalisations, le mouvement de la Licca, la faillite de milliers de petites entreprises du sud à cause de la guerre douanière, sont passés par-là.
Le plus dangereux dans la situation actuelle peut être la tentation de la radicalisation chez les indépendantistes, devant la déception d'une nouvelle victoire présidentielle pour rien, le retournement d'une forte part de leurs concitoyens face au désastre économique de la récession, et les effets de manche péroratoires de Cartagina, heureuse d'annoncer, comme une coupable, l'échec de ses adversaires même pas sortis des starters.
Éleveurs contre gamers, les attentes et les craintes autour de la future probable rupture commerciale slézano-lébirienne
Le nouveau gouvernement pro-CND de la Slézanie a tranché, et pour les paquets de sel tombés dans ses trois zones humides faute à un peu de vent, il a décidé d'interdire aux firmes lébiriennes l'exercice sur le sol slézan. Cette mesure, qui coûtera un marché et des perspectives non négligeables à plusieurs grands groupes lébiriens, est un cadeau protectionniste déguisé du nouvel homme fort Michal Rudzosky, à la tête de sa fraiche coalition bleu-rose, formée avec la gauche pas vraiment libérale.
La réponse du Vesperteur en chef ne s'est pas faite attendre, et Cartagina a menacé de répliquer en miroir à cette exclusion, en soutien à ses firmes ainsi condamnées. Sur les marchés, habitués à dévaler la pente depuis le début de l'année, tout le monde s'attend à la rupture commerciale au moins partielle entre les deux pays, et entamée par la Slézanie cette semaine, qui rejoindrait l'Ennis et la Valdaquie sur le banc des élèves à problèmes.
Alors que le secteur agricole verrait d'un bon oeil la fermeture aux produits slézan, notamment les éleveurs porcins et bovins, le domaine du numérique s'affole et avec lui toute l'industrie de pointe qui se verrait privée des produits les plus en pointe dans le domaine des logiciels informatiques, au sens large. Luciano Vesperto, qui faisait de la défense cyber une de ses priorités, serait-t'il prêt à reculer ? sur demande insistante des Armées (et des gamers) ? Rien n'est moins sûr, car le Président, par sa Foi très sensible à ce qu'il estime être une complicité de crime contre l'humanité au Thorval des principaux gouvernements dytoliens à cheval sur le souverainisme, pourrait manquer de cynisme sur ce dossier, comme sur d'autres.
À l'approche des quatre ans d'anniversaire de l'Insurrection, les Filipiadiens dans les rues réclament justice
Devant les mines circonspectes de badauds Amarantins, Illythes ou Épibates, des milliers de Filipiadiens ont défilé sur le grand boulevard de Filipiada, ce samedi, dans le calme, en mémoire des 4953 victimes directes et indirectes de la contre-offensive montalvéenne contre la cité, durant l'hiver 35-36.
L'Armée montalvéenne avait établi en décembre un blocus complet de la ville portuaire, après que l'administration locale avait été inquiétée et démise par des groupes armés liés au grand banditisme, à la Mafia, instrumentalisant des associations de citoyens en colère, militants pro-actifs de l'argent papier, dans un certain contexte politique partagé entre eschatologie délugiste (ou pas), et pessimisme politico-économique. Bombardant allègrement la capitale de la contestation, Cartagina (on pourrait tout à fait dire Miliameni) assumait des milliers de morts, en majorité des civils n'ayant pas pris les armes, soucieuse de rétablir l'ordre légitime alors que la poche de Filipiada menaçait d'être annexée à l'aventure du coup d'État céjanosien en Amarantie.
Si le tabou au sujet de ce drame est resté fort, quatre ans après la parole se libère et beaucoup attendent des réponses sur les choix militaires qui ont été faits à l'époque. Les blessures sont encore béantes, dans les familles, autant que dans les rues, de nombreux quartiers portant toujours les stigmates des bombardements, essentiellement des tirs de missiles contre les positions de la Mafia en armes. "La boucherie de Filipiada a durablement fragilisé le crime organisé en Alilée, mais libéré de l'espace pour l'influence d'autres réseaux, comme Daktylos (Amarantie), le Mitan santognais, et des groupes lébiriens autres - bien que tous ces groupes doivent fonctionner avec des monnaies illégales, ce qui participe aussi du maintien officieux du papier dans de nombreux pans de l'économie." analyse Piero Davi, historien du temps présent, auteur du Massacre de Filipiada : la révolution des criminels, 2038.
Des commémorations sont attendues pour les deux mois qui viennent. Beaucoup de familles aliléennes réclament des excuses de la part des autorités, et des enquêtes sur la responsabilité tactique de plusieurs officiers. Aujourd'hui, plus de 1300 personnes arrêtées dans le cadre des combats demeurent en prison. On compte toujours plus de 830 blessés graves, invalides aux trois quarts civils sans liens avec l'insurrection, et près de 200 orphelins. Beaucoup de victimes et témoins ont quitté Filipiada pour s'éloigner des souvenirs. La Spongorie aliléenne, lourdement frappée dans le même temps, peine également à faire son deuil.
26 novembre 2039
[center][img]http://nsa39.casimages.com/img/2018/02/25/180225045101510399.png[/img][/center] Avec Chefalla, les jeunes campagnards aliléens redoutent l'expulsion des Amarantin(e)s
Giorgio ne pensait pas un jour manifester aux côtés des gauchistes du MBC contre un Président hostile à l'immigration. Depuis la cabine de son tracteur, ce jeune Aliléen de 31 ans surveille la repousse de la parcelle fauchée qu'il retourne, pour l'emblaver au printemps. "On a dit avec Lydia que je mettrai du trèfle. Le fourrage se vendra bien, après cette année de sécheresse.". Lydia revient à peu près à chaque phrase. C'est sa petite amie. Giorgio a rencontré la jeune fille l'année dernière, au bal d'un village voisin, le soir du quinze août. La demoiselle de 24 ans lui a tapé dans l'oeil. "Je n'arrivai pas à lui parler. Ses yeux noirs me retournaient l'estomac.". Depuis six ans, Giorgio n'avait plus connu de fille. Seulement une amie, plan sexuel régulier, un peu grossière et désinvolte, qui a fini par laisser tomber ses quatre ou cinq potes masculins pour aller travailler comme femme de ménage à Lamantra.
Cette après-midi, Giorgio laissera la ferme. Sa grand-mère rentrera les cochons, car le jeune agriculteur doit se rendre en tracteur à Effalivacchi, à 2h de routes, pour une action militante contre les projets d'expulsions menés par le nouveau Président aliléen, le libéral Lino Chefalla, dont les promesses de renvois des Affranchis ont davantage payé électoralement en 2039 que ses accents mondialistes de 2034. À cette époque, Giorgio militait à Nisimas, chez les nationalistes, qui fustigeaient l'immigration dans leurs discours, jonglant entre les accusations anti-nazaliennes de "nouvel enlèvement des Sabines", et racisme décomplexé visant Illythes et autres étrangers venus souiller le sang aliléen. Le militantisme de Giorgio lui a même valu un casier judiciaire, en 2036, lors des émeutes anti-Lébira.
Longtemps foyer d'émergence et de soutien des nationalistes, la campagne aliléenne et sa jeunesse excessivement virile (déséquilibre des genres oblige) sont aujourd'hui parmi les premiers opposants aux expulsions, rejoignant le combat politique de syndicats étudiants des centre-villes. Les bals ruraux, les rencontres, le temps sont passé par-là. La grand-mère de Giorgio, dans son fauteuil recouvert de laine colorée en tricot, raconte qu'à son époque les filles manquaient de garçons, nombreux à tenter leur chance dans l'industrie arovaque, les mines et les ports nazaliens, ou dans les grandes compagnies de pêche, entrainant leur destin vers les grandes mers du globe. "Aujourd'hui, ce sont les jeunes hommes qui ne trouvent pas à se marier. Toutes les filles sont parties étudier tout et surtout n'importe-quoi en ville. Elles veulent toutes être Sofia della Raia, première ministre, chirurgienne, bibliothéquaire ou je ne sais quoi. Alors elles sont à Lamantra, à Miliameni, Calamoni. Puis elles finissent serveuses à Clisto, Cartagina. Le pauvre Giorgio, il a eu bien du malheur tout seul. Un de ses copains, pareil, c'est la solitude qui l'a fait sauter sous un train. Alors quand ils trouvent un peu de bonheur, auprès d'une gentille fille, c'est pas bien de dire qu'on va leur enlever." assure la nonagénaire, le regard ferme et ses grands yeux bleus humides.
Moins nombreux, plus en ville qu'il y a cinq ans, les militants nationalistes accusent les partis modérés de leur avoir volé l'élection, faisant de l'anti-immigration au rabais, et surtout mentant aux électeurs car selon eux, rien ne sera fait contre la grande hybridation promise par la présence amarantine en Alilée. "Aujourd'hui nous sommes occupés, et comme dans toute occupation, il y a des histoires humaines. Mais c'est d'une vision holiste dont nous avons besoin pour analyser et répondre au drame par des mesures rationnelles. Si l'on ne fait rien, les Aliléens seront tous à moitié ou au quart amarantins en 2100, parleront Amarantin, se verront comme Amarantins. Ce sera l'Amarantie, quoi." théorise Felice Raffaelli, militant de Nisimas, à la sortie d'un meeting du parti à Garicchi, dans la banlieue de Lamantra. Âgé de 26 ans, ce jeune ingénieur en informatique est à cette heure toujours célibataire, il répond à notre question avec un sourire : "Il n'y a malheureusement pas beaucoup de femmes dans la branche. Mais je trouverai, bientôt, j'espère."
L'Ennis annonce détenir les preuves de la responsabilité de Cartagina dans le raz-de-marée au Caskar
L'efficacité des services de la République militaire aura une nouvelle fois payé : après des centaines d'heures d'écoutes et de piratages visant les administrations publiques lébiriennes, l'Ennis a mis la main sur la confirmation de ce dont elle se doutait à vrai dire déja - Cartagina aurait préparé et mis en oeuvre le tsunami qui a ravagé tout au Caskar, sauf la capacité de l'île à avoir des érections devant les noms bizarres, les technologies futuristes et peu utiles, les monuments gigantesques et les querelles claniques.
Dans une vidéo de 12 minutes, publiée sur le darkweb par l'Ennis, on distingue clairement Luciano Vesperto, déguisé en l'Amiral 16%, tentant de lui mettre sur le dos les attentats de Dunmore, qui pendant une séquence de pause lors du tournage, s'exclame : "bien, lancez l'opération tsunami contre le Caskar", des propos sans équivoques qui mettent dans l'embarras l'exécutif. Alors que la Valdaquie, vexée qu'on ne parle pas trop d'elle en ce moment, et que le dernier compliment sur sa capacité de nuisance ou son armée tellement belle date, a par ailleurs relevé son niveau d'alerte, après que plusieurs pays aient envoyer des packs d'eau sous escorte au Caskar sans lui demander son avis (alors que la Valdaquie est très importante en Cérulée, au Marquaz, en grande Touranie réminiscente, en Ventélie, dans le cœur des petits arabes du Karmalistan et ailleurs encore).
Le Palazzo n'a pas réagi, laissant entendre qu'il y avait beaucoup de chantiers en cours, comme un vol de largage d'anti-dépresseurs sur la Santogne, un attentat suicide contre Clarkson IV (ou III, pas sûr), l'envoi d'un premier vol habité vers le Sengaï. "On espère juste que la situation dégénère et que la Valdaquie perde un maximum de forces, donc pour l'instant attendons." a résumé un diplomate.
Seuls 2,49% des Lébiriens en auraient quelque chose à foutre que le Caskar soit innondé. Ils sont par ailleurs 97,51% a être persuadés qu'on en parlera plus dans un an, et autant à juger que Setan (ou Sipar, pas sûr) aura complètement oublié cet épisode dans trois ans, car l'Empresio, dont l'étymologie n'a pas encore été confirmée, va réparer les dégâts. Seuls 2,49% des Lébiriens pensent avoir compris ce que c'était.
Alors que le pays s'apprête à dévoiler un déficit record, qui sera entièrement financé par les fonds de la pétromonarchie karsaise, une réforme inédite va être mise en place - instituant une démocratie parlementaire directe, en tous cas bien plus puissante qu'auparavant. Les différents partis provinciaux siègeront ensemble, dès le 1er janvier, dans les locaux de l'ancien Opéra de Cartagina... et décideront, ensemble, de l'avenir du pays - quand jusqu'à présent, les Sénats votaient séparément, disposant donc d'une capacité de blocage très forte. Aucune majorité ne se dégage des premiers accords entre les partis.
Ils s'approchent comme des lycéens lors d'une rentrée scolaire ; ou comme des candidats de télé-réalité lors du premier soir de show. On fait connaissance, on remarque les jolies filles, on distingue déjà l'intello et le balourd qui n'avait, jusqu'à son élection surprise, jamais porté la cravate. La Ligue de Lébira entre dans un monde nouveau, celui de la démocratie parlementaire, quand jusque-là l'exécutif menait assez bien la danse et n'hésitait pas à contourner la procédure législative, pour éviter, par habitude, les habituels blocages dû au véto de n'importe-quelle chambre. Dans un mois, les Sénateurs des quatre provinces formeront le Senato Maggiore, promis un temps à l'Alilée, finalement installé, au moins provisoirement, à Cartagina - structure d'accueil des 240 sièges oblige.
[quote]Partis nazaliens :
UdCS – Unione delle Città del Sud ; localistes pro-sud
N&L – Nazione&Liberta ; sociaux-libéraux conservateurs
PdC – Popolo degli Cittadini ; libéraux
TI – Tutti Insieme ; libéraux libertaires
MP - Mangiare Paste ; altermondialistes
Partis arovaques :
AA - Avanti Arovachia ; indépendantistes
NcA – Noi con Addolorata ; autonomistes
UCS – Unione Cristiano-Sociale ; chrétiens-sociaux
N&L – Nazione&Liberta ; sociaux-libéraux conservateurs
EpT – Ecologisti per Tutti ; écologistes de gauche
Partis aliléens :
FA – Forza Alileia ; libéraux
MBC – Movimento Basta Corruzione ; libéraux libertaires, gauchistes
N&L – Nazione&Liberta ; sociaux-libéraux conservateurs
PC – Partito Conservativo ; libertaires pro-ménage, droite
LI – Lega Impeccabile ; autoritarisme, conservateurs
Nin – Nisimas ; indépendantisme, nationalisme
Partis illythes :
SDN – Societa della Difesa del Naos ; écologistes, localistes
Mac – Macamat ; libéraux, progressistes
PpI – Progresso per l’Illitia ; physiocrates, progressistes
PCi – Partito Cinico ; cynisme, oppositionnisme, autonomisme
I&S – Igiene e Salute ; eugénisme
Ein – Einarrat ; nationalisme, indépendantisme[/quote]
Les tractations ont évidemment commencé, et durent depuis de longues semaines. Mais l’enjeu reste maigre, car l’éclatement du jeu politique rend impossible l’établissement d’une majorité absolue, autant qu’un tel scénario reste assez peu pertinent au sein d’institutions qui ne sont pas faites pour imposer le règne d’un parti, mais pour accoucher de résolutions consensuelles sur des sujets divers. La nomination du Président du Conseil par les Présidents de Province témoigne de cette volonté première, en 1950, d’établir un système dans lequel la collégialité l’emporte – alors même que les chefs d’exécutifs provinciaux ne sont pas des partisans, mais des représentants de l’ensemble de leur population.
Le grand parti d’opposition nazalien, l’UdCS, localiste, a déclaré en début de semaine qu’il siègerait aux côtés des nationalistes et autonomistes, illythes, aliléens et arovaques, dans l’espoir de construire un solide bloc contestataire. Cette alliance avec les « anti-Ligue » est un pari osé pour le parti du Sud nazalien, qui traduit la lassitude de ses cadres devant un plafond de verre électoral qu’ils perdent espoir de dépasser un jour. Faire bloc avec ceux qui crient le plus fort peut stabiliser l’UdCS dans son rôle d’empêcheur de tourner en rond, et de principal opposant à la ligne libérale-centriste qui se dessine en face, entre les partis sociaux-libéraux et les mouvements très libéraux qui ont soutenu l’accession à la présidence de Lino Chefalla en Alilée, et Lino di Melaccis en Nazalie.
Les deux Présidents libéraux ont en effet un problème de taille : leurs partis ne représentent à eux seuls que 29 sièges, quand les simples rangs des sociaux-libéraux traditionnels N&L comptent 38 sièges, et l’UCS 12 sièges qu’elle apporterait probablement à une coalition sociale-libérale vespertienne en opposition avec l’axe Miliameni-Cartagina. En voyant large, ralliant les libéraux illythes (bien plus conservateurs que leurs cousins céruléens) et les conservateurs du PC aliléen, cette coalition centriste ne compterait qu’entre 72 et 90 sièges, loin encore des 121 de la majorité absolue. Mais ce poids constituerait un argument massif face au maigre nombre de sièges Chefallo-Melaccisiens.
De son côté, la contestation autonomiste/localiste/indépendantiste comprend, pour la seule alliance AA/NcA/UdCS/Nis, déjà assez monstrueusement opportuniste et peu pertinente, 72 sièges, auxquels on pourrait être tenté d’imaginer le rajout des Sénateurs eugénistes, pour 78 sièges. Difficile d’imaginer une alliance en bonne et due forme avec le pro-Ligue et autoritaire Lega Impeccabile, du candidat déçu Giorgio Funghi, qui permettrait d’atteindre le seuil des 90 sièges… même l’apport des sièges cyniques d’Illythie, soient 10, ne permet pas à cette coalition sans projet commun sinon le principe de blocage, d’atteindre la majorité absolue.
Pour une majorité de combat, les partis centristes devront à la fois ouvrir aux libéraux qui réclament un plan d’austérité pour rassurer les marchés, et garder sous leur aile les sociaux-libéraux plus redistributifs comme l’UCS arovaque, ou encore la LI aliléenne. Avec quelques appels du pieds à l’UdCS ils s’assureraient d’une avance nécessaire pour faire passer n’importe-quel texte… mais cela n’est absolument pas dans la philosophie politique montalvéenne, car les Sénateurs restent très attachés à leur liberté de vote et de conscience – aussi, chaque projet fera l’objet de débats et de partages propres de votes, au sein même des différents mouvements.
En somme, pour le moment, le paysage politique se révèle trop éclaté pour rendre crédible une alternative au compromis gouvernemental actuel. Melaccis et Chefalla sont fragilisés par cette union des parlements, Vesperto renforcé. La composition du Sénat devrait demeurer stable jusqu'en 2042, date des prochaines élections sénatoriales - l'Arovaquie et l'Illythie renouvelleront leur chambre.
Pour l'Association des Amis Athées de Saint Achille, qui s'occupe de la gestion de l'ancien monastère et y organise des rendez-vous œcuméniques durant la période estivale, il s'agit d'une bonne nouvelle - une sorte de cadeau du Père Noël avant l'heure. L'État cybistrien s'est porté acquéreur du site de 8 000 mètres carrés, de l'église et du dortoir du Monastère, auprès de la Région Costa dei Portocali, propriétaire des lieux depuis le suicide du dernier moine, en 2013. La Confrérie carcquissienne des Frères basiliens avait vendu en viager le site à la Région, quelques années auparavant, qui souhaitait à l'époque le transformer en station météo. Les changements politiques et le climat financier eurent raison du projet et le Monastère resta vide, entretenu par des particuliers puis par l'AAASA, fondée en 2020 lors d'une fête des voisins.
La Région en manque de financements a entamé il y a plusieurs années une politique d'allègement de son patrimoine immobilier, héritière naturelle de nombreuses terres agricoles et habituée des achats intempestifs guidés par des intérêts électoraux... contradictoires avec le temps long du marché, des procédures d'acquisition et des chantiers de rénovation. En décidant de vendre le site magnifique de Saint Achille, l'année dernière, la Région a mis dans l'embarras l'AAASA et attiré assez vite un grand nombre de propositions d'achat et de reconversion du site, plus ou moins respectueuses de son passé chrétien.
Si les membres de l'AAASA sont tous des personnes cultivées et intelligentes qui ne croient évidemment pas au bon Dieu, puisque la vie est apparue tout à fait logiquement par les réactions chimiques disent-ils, ceux-ci souffraient d'une légère gène à l'idée de voir Saint-Achille devenir le gîte, la discothèque, l'hôpital pour ex-toxicomanes en convalescence que lui promettaient plusieurs repreneurs potentiels. Le projet de l'homme d'affaires daharois Izmaal Haaluf, visant à transformer le Monastère en salon de massages sexy pour handicapés, a poussé l'AAASA à se mobiliser et partir en démarchage de potentiels repreneurs plus attentifs au passé du site.
C'est par le jeu de l'association que l'État cybistrien a pris connaissance du problème, sous la précédente majorité. L'extrême-droite cybistrienne avait alors poussé le gouvernement d'Anestis Plastiras a établir le projet de loi de rachat du monastère, en vue d'en faire un Musée, au pire, de le revendre à l'Église catholique... ou orthodoxe... en tous cas de réserver au site un autre destin, un vecteur peut-être de l'influence cybistrienne sur l'ancienne terre hellénique d'Alilée.
Nul ne sait ce que Héraclée réserve à son nouveau bâtiment. L'AAASA aimerait accompagner une muséographie sur le "fait religieux", mais les dernières rumeurs vont dans le sens d'une reconversion des lieux en site d'accueil de familles de diplomates cybistriens. Aucun diocèse aliléen ne s'est manifesté auprès d'Eraclea pour se dire intéresser par le rachat, et le nouveau gouvernement cybistrien est moins enclin que le précédent à revaloriser la religiosité du site.