RP | Vie en Alilée amarantine

Sébaldie

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[justify]Des institutions égoïstes et compliquées en Communauté de Gémognie (1)

[center][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/03/04/190304101435336870.png[/img][/center]
Sébaldie

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[justify]Une couverture médiatique en Grande-Basilogne (3)

Attaquée par les médias mainstream pour une épidémie de rougeole localisée qu'ils imputent à la politique de l'entité hostile à la vaccination obligatoire, la Grande-Basilogne a tenu une grand-messe télévisuelle pour répondre aux critiques.

[quote]L’establishment veut faire payer la Grande-Basilogne sa dissidence en lui inoculant la rougeole
Une cinquantaine d’enfants de Basilogne atteints de rougeole ont été isolés et pris en charge par les services d’urgence. Face à cette situation exceptionnelle, le Gardien de la Digue, Damoklo Forgeso, a tenu à rassurer les parents inquiets : « Tout sera mis en œuvre pour prodiguer gratuitement à nos enfants les meilleurs soins ». Le chef d’Etat a également répondu aux [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1339&t=17349&p=348631#p348631]attaques insidieuses des médias mainstream[/url], qui y voient une prétendue hostilité aux vaccins. « Nous n’avons pas d’opposition de principe à la vaccination mais à l’heure où je vous parle, l’offre des vaccins dépend de firmes pharmaceutiques criminelles et la Digue a, à cet effet, posé un embargo sur leurs produits. La Digue est un Etat libre, dans lequel nous garantissons la liberté de chacun de disposer de son propre corps, et celle des parents à élever leurs enfants selon leur propre système de valeurs, à condition que leurs choix ne nuisent pas à autrui. La Digue produira ses propres vaccins pour répondre à la demande éventuelle et ils seront distribués gratuitement ».

Le chef d’Etat a, enfin, porté la responsabilité de l’épidémie de rougeole à des criminels extérieurs, provenant ou de Lébira, ou de Forluno, ou de Stamitie. L’enquête préliminaire a permis de conclure que le virus avait été volontairement inoculé à un enfant sain d’une crèche située dans le centre de la Basilogne. Fortement contagieux, le virus a rapidement atteint les autres enfants de l’établissement. L’objectif visé de ce honteux subterfuge étant de discréditer la Digue, en établissant un lien de causalité entre l’épidémie et le choix basilognais de concourir à son indépendance sanitaire. « Les criminels recevront le pire des châtiments, j’en fais la promesse solennelle. » a conclu le Gardien de la Digue.

[indent]500[/indent]
[right]Reportage diffusé sur la télévision locale le 15 juillet 2038[/right][/quote][/justify]
Sébaldie

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[justify]Après la guerre, le plaidoyer pour un amour universel (1)

[center][img]https://i.imgur.com/FoXp5nA.png[/img][/center]

Si l’histoire de l’Amarantie est celle d’une nation perdue dans les affres de la guerre et du désespoir, elle est aussi celle d’un pays capable de réinventer les solutions pour rebâtir un monde meilleur. Ici, en Alilée, le produit intérieur brut a été divisé par dix, la compétition internationale pour rivaliser avec les grands de ce monde comme le Lébira, le Deseret, le Txile semble hors de tous les esprits. Au cœur de la Stamatie, un mouvement New Age tente de s’approprier les friches abandonnées, les carcasses des fleurons industriels pour bâtir une société fondée sur l’amour, la paix, la fraternité, l’harmonie et la rupture avec le consumérisme effréné, la recherche du profit et tout le capitalisme qui a mené l’Amarantie vers le conflit et à sa propre perte. La communauté rassemble tant des rêveurs que des hédonistes. Ils sont amarantins, santognais, valdaques, lorthoniens ou même lébiriens… ils gagnaient plus de 70 000 $ par an mais une surcharge de travail ou un travail vide de sens les ont amenés à se terrer ici, auprès d’autres idéalistes.

La communauté de Lomeronèse cherchait à se reconnecter aux rythmes de la nature, à rejeter le monde moderne qui nous éloigne des quatre éléments naturels que sont la terre, l’air, l’eau et le feu ; revenir à des actions aussi simples que manger et déféquer sans s'inquiéter de la pudeur anxiogène. Ici, l’étiquette a disparu, la hiérarchie n'existe pas, le vêtement devient optionnel, l’hygiène corporelle n’est plus un impératif social… Les pieds comme le visage sont noirs, couverts de terre et pour une meilleure immersion, certains portent un bracelet fait de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1292&t=16761&p=348669#p348669]pierres du Sarioux[/url] qui libèrent leur énergie positive. Mais la communauté est le seul bien qui a de la valeur ici, il n’y a plus de « je » mais un unique « nous ». Ici, les enfants ne sont pas rois, ils sont autant les enfants de l’un que de l’autre. D’ailleurs, ils sont à la fois les enfants de tous et de personne, ce sont des individus à part entière capables de raisonner, de participer au consensus. Il n’y a même ni adultes, ni enfants, il n’y a que des personnes avec leurs envies et leurs besoins naturels.

Malgré ses tourments, l’Amarantie est le seul pays au monde où les communautés New Age peuvent jouir de l’amour universel, entre tous les sexes et tous les âges, sans qu’aucune convention sociale ni légale vienne les perturber. Tout le monde est consentant ici, et tout le monde est affranchi de ses obligations.[/justify]
Sébaldie

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[justify]« Les Dents de Lait » (1)
3 décembre 2038

Si proche, si loin. À l’image de son pays de destination. Sauvian Bonnecase avait atterri à Patrosio, capitale du Royaume de Forluno après un long périple aérien au départ de Forcastel, en passant par une escale à Cartagina. Si elle n’était pas très éloignée de la Santogne, l’Amarantie était à toute évidence difficile d’accès et d’appréhension. Dans une Dytolie chrétienne, elle était un résidu païen, en roue libre depuis plusieurs années. C’est néanmoins que là que Sauvian avait choisi de poser ses bagages : ce Santognais avait une mission, celle de récolter des fonds pour la future campagne de sa conjointe, Inès Teyssère. Rien n’était officiel mais il était évident que la ministre de l’Economie santognaise allait se présenter à la chancellerie aux prochaines élections générales. Sauvian Bonnecase avait carte blanche, en ce sens où il avait la confiance de sa femme, qui ne l’accordait pas si facilement. Mais alors que l’avion s’apprêtait à atterrir, Sauvian passa sa main dans les cheveux avant de s’immobiliser net et de s’écrier :

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Flûte ! Crotte ! »

Tous pris d’un sursaut, les passagers de l’avion tournèrent leur tête vers le Santognais. Une alerte était toujours prise au sérieux dans un avion. Aussi, l’hôtesse de l’air accourut pour se demander ce qu’il se passait.

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« J’ai oublié de coiffer la moitié de mes cheveux… »

[center][img]https://i.imgur.com/BYo4k1b.png[/img]
Sauvian Bonnecase
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
[/center]

L’hôtesse de l’air leva les yeux en l’air par exaspération avant de regagner sa cabine, tandis que les autres passagers dévisagèrent Sauvian, en secouant leur tête d’un air désapprobateur. L’homme quinquagénaire n’était à vrai dire pas le meilleur directeur de campagne qu’on pouvait faire. Quelque peu névrosé, souvent perdu dans des pensées, ses camarades de classe lui chantaient régulièrement « Il manque une case à Bonnecase » lorsqu’il était gamin. Mais il n’avait pas le temps de régler son souci capillaire, il avait rendez-vous à quelques dizaines de kilomètres plus au sud, à la frontière, où l’attendait [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=349688#p349688]Faŭsto[/url], le propriétaire du lupanar « Les Dents de Lait », particulièrement influent dans son secteur d’activité.

[center][img]https://i.imgur.com/G8eiRXz.png[/img]
Faŭsto Tician
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
[/center]

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Votre bonne femme n’a pas voulu se joindre à nous ? Il y a de place pour tout le monde, y compris pour elles. »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Non. Elle ignore que je suis en Amarantie, elle pense que je suis parti aller collecter des fonds auprès des Santognais de l’étranger. Et elle est mal à l’aise à l’idée d’être avec des enfants. Vous savez, on a tenté en vain d’en avoir un… »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Vous êtes sûr qu’elle approuvera votre démarche ? Vous m’avez dit qu’elle était très regardante sur la provenance des fonds. »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Oui, totalement ! J’ai sa confiance et de toute façon, elle n’a pas le temps de s’en occuper, elle a des dossiers à gérer. Et je ne doute pas de votre éthique. »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Oh oui ! Je suis très honnête, monsieur. Je paie mes impôts, je suis très à cheval sur ma comptabilité. Je dirais même que l’honnêteté m’étouffe. Vous savez, aux Dents de lait, je croise des gens de divers horizons, puissants et fortunés. Avec tout ce que mes garçons me rapportent comme secrets, je pourrais me faire une petite fortune en les vendant à la presse à sensations. Mais j’ai un sens de l’éthique professionnelle. Chez vous, vous avez le prêtre pour vous confier. Ici, le prêtre c’est moi. »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Parfait ! Vous savez que ma femme est une ancienne juge anti-corruption, elle est intransigeante là-dessus. Mais elle est terriblement têtue… Elle a même voulu garder son nom de jeune fille à notre mariage… Les femmes, vous les connaissez… »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Non, pas vraiment. Mais je vous crois. »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Bref, elle veut une campagne entièrement transparente, financée par le peuple et pas par des entreprises. Quant aux banques, n’en parlons pas : laquelle viendra financer la campagne d’une femme hostile au secret bancaire et dont la priorité est la lutte contre l’évasion fiscale ? Aucune. Nous sommes sur la paille et on aurait besoin de donateurs réglos. »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Mes clients sont réglos. Je ne tolère aucun voleur ici ! Vous savez, beaucoup d’entre eux ont été floués par la chute de l’Amarantie et ils veulent vraiment reconstruire le pays sur des bases saines, fondées notamment sur l’[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348673#p348673]amour universel[/url]. Ils soutiennent le combat de votre bonne femme. »

Le gérant de l’établissement se caressa le ventre avant d’amener un de « ses » garçons, tout juste âgé de six ou sept ans, qui avança timidement vers Sauvian.

[center][img]https://i.imgur.com/8SGMrMW.png[/img][/center]

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Vous devez être fatigué par votre trajet… Je vous ai amené ce petit bonhomme. Il s’appelle Eizo. Allez-y, vous pouvez l’embrasser. »

L’enfant leva la tête vers Sauvian, qui n’était pas moins timide. Sur recommandation de son hôte, le Santognais approcha son nez.

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Hum… Vous aviez raison, ils ont cette petite odeur très agréable… Hum… Par exemple, celui-ci sent la vanille… »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Oui, ils perdent leur parfum vers douze ans environ, quand ils entrent dans la pré-adolescence. Ils sont encore nourris au lait, je pense que ça vient de là. Cela dépend aussi de l’origine, certains de mes garçons d’Algarbe sentent la noix de coco… Mais allez-y, n’ayez pas peur ! »

Faŭsto s’humidifia les lèvres, comme pour savourer le spectacle, tout en fumant sa cigarette, tandis que Sauvian continua à renifler assez bruyamment... avant de s’arrêter net.

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Euh… Attendez, ce n’est pas de la pédophilie au moins ? »

Faŭsto écarquilla les yeux et attrapa un rictus.

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Haha ! D’habitude, ils me font cette remarque bien plus tôt. Je ne sais pas ce que vous autres appelaient « pédophilie »… Ce sont des petits êtres purs, tout simplement… Il en existe à l’âge adulte mais ils sont tellement peu nombreux que votre religion a décidé d’en faire des saints ! Dois-je en conclure que la vénération des saints est donc de la… « pédophilie » ? »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« C’est vrai… Vous marquez un point. Je n’ai jamais été très pratiquant en même temps… Vous pouvez renvoyer le garçon dans ses appartements, j’ai beaucoup de travail à faire… Mais à l’occasion, pourquoi pas, je reste en Amarantie encore quelques jours ! »

Faŭsto Tician :
Propriétaire de l’établissement « La laktodentoj » (« Les Dents de lait »)
« Parfait ! Dans deux ou trois jours, je reçois un arrivage du Makengo. Des petits pygmées. Très très très rares, il y aura du monde ici mais je peux vous en garder un de côté. Ils sont aussi menus que des colibris et ils gardent leur stature à l’âge adulte, loin de toutes les interférences et de la perversion du monde moderne ! Malheureusement, leur lieu d’habitation se réduit à peau de chagrin, il n’en restera peut-être plus d’ici quinze ou vingt ans. Bref, vous ne serez pas déçu, croyez-moi. »

Sauvian Bonnecase :
Epoux d’Inès Teyssère, ministre santognaise de l’Economie
« Pourquoi pas. Réservez-moi une place, je ne veux pas mourir bête. »
[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[justify]Végétarisme en Alilée amarantine

[center][img]https://i.imgur.com/raoQY50.png[/img]
Comme dépeint dans ce tableau, le végétarisme a longtemps suscité rien d’autre
que le scepticisme et la marginalité en Alilée amarantine, mais il connaît une nouvelle jeunesse.[/center]

En 2035, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=333858#p333858]une enquête de l’Alliance mondiale pour l’Alimentation[/url] concluait que 4 % de la population amarantine était végétarienne, principalement pour des motifs éthiques ou philosophiques non-religieux. L’enquête avait été réalisée sur l’ensemble de la Ligue amarantine, mais les proportions sont moindres pour la partie aliléenne. Dans l’Amarantie antique et dodécathéiste, le végétarisme était le fait de marginaux. L’exercice du culte se faisait au prix de nombreux sacrifices animaux et s’y soustraire était mal perçu par le reste de la société, voire considéré comme un acte de rébellion par rapport à l’ordre établi, passible d’une condamnation à mort. Mais à l’image de l’éclatement de l’Amarantie en une multitude d’entités, l’Antiquité amarantine était marquée par la présence de nombreuses cités-Etat, chacune sous la protection d’une divinité différente et cultivait ses propres mythes. La Cité d’Ocradée, dès le VIIe siècle av. J.-.C., vouait notamment un culte à Orphée (Orfeo). Ce héros dodécathéiste noue un amour fusionnel avec la nymphe Eurydice (Eŭridiko), qui meurt le jour de leurs noces. Poète et musicien, Orphée use de son charme mystique auprès des gardiens des Enfers pour ramener sa bien-aimée dans le monde des vivants, à condition qu’il ne pose pas les yeux sur elle sur le chemin du retour. Hélas, la tentation étant trop forte, il échoue.

Autour de ce mythe, se construit un autre, celui de la transfiguration des âmes, de l’éternel recommencement de la vie des hommes qui boivent après la mort dans la fontaine de l’oubli avant de se réincarner dans un autre corps. Seule la révélation orphique rompt cette perpétuelle errance et rappelle la nature divine des hommes. Pour prétendre recevoir cette révélation, les hommes mènent alors une vie ascétique, qui proscrit le versement du sang et donc la consommation de viande. C’est ainsi, pour les raisons évoquées précédemment, une invitation adressée aux hommes à rompre avec le reste de la société, une rupture nécessaire pour recevoir l’enseignement orphique. Dans cette région d’Alilée amarantine orientale, le culte de Dionysos – auquel est lié celui d’Orphée – est très fort, et imprègne encore l’hédonisme forlunien.

[center][img]https://i.imgur.com/DYYY5qi.png[/img][img]https://i.imgur.com/QWe8hAr.png[/img]
À gauche, exemple d’un plat végétarien typique de Movopolis, à base de fromage de brebis.
À droite, exploitation intensive porcine dans le Royaume de Forluno.[/center]

À l’aune de ce mythe orphique qui consacre l’amour d’un homme et d’une femme, on comprend pourquoi il n’a jamais pris dans une société où les amours homosexuelles restent légions et pourquoi le végétarisme est restée une affaire de marginaux. À partir de l’Antiquité tardive, la christianisation d’une partie de l’Alilée amarantine modifie le régime alimentaire, avec une levée de tout interdit. Des animaux comme le coq blanc, sacrés jusqu’à présent, sont désormais consommés sans égards particuliers. Seules des communautés monastiques s’abstiennent de viande et encore, cette restriction est marginale. L’agneau, qui a toute son importante de la liturgie chrétienne, est consommé aux Pâques et fait l’objet d’une exploitation de tous ses produits à l’âge adulte. Le fromage de brebis fait ainsi la réputation de la Principauté de Movopolis et entre dans l’alimentation des végétariens qui n’ont pas exclu les produits laitiers. À vrai dire, il n’existe pas en Amarantie de « véganisme » tel qu’on l’entend dans le monde occidental car outre le lait de brebis, des aliments comme le miel sont trop imprégnés culturellement et symboliquement pour être exclus, même dans une Amarantie largement sécularisée, où le paganisme n’a plus qu’une valeur testimoniale. D’ailleurs, loin des sociétés orphiques, le Royaume de Forluno a consolidé sa propre interprétation de Dionysos, celle d’une orgie alimentaire et sexuelle perpétuelle, où les interdits n’ont plus cours. Pour subvenir aux besoins alimentaires, le Forluno a posé dès le XIXe siècle les jalons de la future industrie agroalimentaire intensive, grâce à l’ingéniosité du fondateur de la dynastie royale nistorienne, dont Scipiono Ier est actuellement le titulaire. Le royaume vit aujourd’hui au rythme des élevages-usines et de cultures intensives à des fins d’exportation essentiellement, mais qui ont transformé indirectement les modes alimentaires, en rendant la viande accessible à toutes les bourses et donc à tous les repas.

Cela est moins vrai depuis la chute de la Ligue et la perte d’influence du Forluno au profit de Movopolis. L’époque que connaît actuellement l’Alilée amarantine est celle d’une remise en question, tant institutionnelle que culturelle de ce qui a fait la richesse de l’Amarantie pendant des millénaires. L’orphisme, secte antique qui s’est éteinte à l’époque de la christianisation, semble renaître de ses cendres même s’il tend paradoxalement à mieux s’implanter en Santogne ou au [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=350616#p350616]Lébira[/url] voisin. Comment l’Alilée amarantine peut-elle trouver la paix si elle continue à guerroyer contre d’autres êtres vivants ? Telle est la question, sous forme d’appel à la réflexion, assénée par des hippies prônant un [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348673#p348673]amour universel[/url], mais qui est également partagée par tous ceux qui, d’une manière ou une autre, ont été choqués par les affres de la guerre.

[center][img]https://i.imgur.com/TLC7GQz.png[/img]
Orphée charmant les animaux avec sa musique.[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[justify]Mourir pour le tungstène
Ligue d'Hestine - Juillet 2039

[center][img]https://i.imgur.com/HqcFFFx.png[/img]
Soldat hestinois surveillant la mine de tungstène équipé d’une arbalète[/center]

Boromeo place une flèche dans la noix de son arbalète, après avoir perçu, ce soir, un bruit suspect dans l’obscurité environnant la mine éclairée en permanence. Mais ce n’était qu’un chevreuil. Cela l’étonnait d’ailleurs d’en voir encore dans cette région déboisée. Plus surveillée que les instances du pouvoir, la mine de tungstène avait laissé un profond héritage à la terre, à savoir un creux de près de cent mètres, donnant à la région un aspect définitivement lunaire et dévasté. De l’autre côté de colline, des coteaux, grillés par la sécheresse actuelle, de fruits cultivés biologiquement rappelaient cette atmosphère post-apocalyptique, mais également toute l’ambiguïté de la Ligue d’Hestine. Cette entité, conservatrice, qui prétend que l’homme s’est dévirilisé en portant des cravates, des armes à feu et en construisant des industries, promettait un retour à la tradition clanique et agricole. Plus que biologique, l’agriculture renoué avec la traction animale, que certains tentent aujourd’hui de réhabiliter sous le nom de permaculture. On n’employait pas ce terme ici-bas, il sonnait comme un mot à la mode, et donc dévirilisé en soi. Néanmoins, l’entité amarantine avait besoin de vivre.

L’hypocrisie de l’entité était manifeste. Certes, avait-elle [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=346780#p346780]banni les armes à feu[/url] et prétendait-elle pouvoir répondre des attaques extérieures par la seule force des bras équipés d’armes blanches, contondantes et de jet. Mais en même temps, elle était une entité enclavée, donc peu sujette aux menaces extérieures et surtout, elle était incorporée à la Fédération prête à défendre son intégrité territoriale avec des armes à feu. L’hypocrisie l’atteint aussi quand elle se proclame écologique, en interdisant les pesticides sur son territoire mais en se gardant bien d’interdire de son budget les recettes du tungstène. Ce métal rare dans le monde, prisée des secteurs de l’aéronautique, de l’informatique ou de l’industrie militaire, était vendue à prix d’or, bien plus cher que l’or même. La mine était tant l’objet de convoitises que les [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=346775#p346775]plus grands clans[/url] avaient formé un pacte, qui permettait à chacun d’avoir une part du gâteau. Le dogme hestinois rejetant le pouvoir de l’argent avait son exception. Le tungstène, cette « nécessité économique », devait assurer un avenir radieux à la jeune Ligue. Et de toute façon, les Hestinois n’avaient fait que reprendre la mine au Forluno. Le trou était déjà là, impossible à reformer, pourquoi se gêneraient-ils ?

Boromeo faisait partie des soldats d’élite de l’Hestine, qui ne servaient ni leur clan d’origine, ni même la nation, mais les intérêts d’une corporation minière publique. Et si un ennemi extérieur tentait de récupérer la mine de tungstène, les Hestinois n’iront-ils jamais chercher les armes à feu qu’ils ont enterré quelque part dans la Ligue… « au cas où » ?

[center][img]https://i.imgur.com/ydbFuaU.png[/img]
Grande mine de tungstène de la Ligue d’Hestine[/center][/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[justify]Comptoirs makengais en Amarantie au XVIe siècle

[center][img]https://i.imgur.com/JBeMUKr.png[/img][/center]

L’histoire amarantine a connu trois principaux foyers de peuplement makengais au XVIe siècle, à l’initiative de l’[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=350203#p350203]Empire Makengo[/url] sur le littoral de ce qui était alors la Ligue amarantine. Sur ces trois comptoirs, un seul a pris la forme d’un véritable Etat, au sens des entités de la Ligue, les deux autres sont des concessions plus ou moins autonomes mais relevant de l’administration et la juridiction d’une entité plus grande. Cette entreprise coloniale illustre un âge d’or du Makengo, qui précède un phénomène inverse, la colonisation par la Santogne de ce pays d’Algarbe. Dans l’Histoire de l’humanité, ces comptoirs font figure d’exception en ce sens où ils sont quasiment les seules initiatives d’un « colonialisme inversé », d’un pays algarbien sur un Etat dytolien. Ils doivent leur existence à l’essence même de la Ligue amarantine, où les entités confédérées se font et se défont, à cette instabilité politique permanente qui permet à l’opportuniste du moment de se faire une place.

Nzunza : le marché de fourrures devenu une entité à part entière
Le comptoir de Nzunza est le premier établissement colonial du Makengo en Amarantie sur l’initiative de l’empereur Motiba, qui s’est pris une passion pour la Dytolie après la visite de l’explorateur santognais Jean de Peybernès en Golfe d’Ebène deux ans plus tôt. Attaché à des rituels païens et animistes, l’empereur pense voir dans l’Amarantie un possible partenaire, jusqu’ici mis au ban du reste de la Dytolie chrétienne pour son adoration du phallus et de la dépravation. Le fantasque Kuenda, qui est au Makengo l’intendant chargé d’organiser les festivités, devint alors l’émissaire mandaté au nom de l’Empire. À bord du navire qui l’amènera jusqu’aux côtes de l’actuelle principauté de Movopolis, c’est un véritable cabinet de curiosités : à côté de quelques bananes, trônent des têtes réduites, des mains coupées d’albinos et des peaux d’animaux. Ce sont surtout ces dernières, des peaux d’animaux exotiques, qui rencontrent un succès, et plus particulièrement celles de servals, ces félidés de taille moyenne à la robe tachetée. L’animal, qui donnera son nom au comptoir (« Nzunza » est le mot lunyangwéen pour « Serval »), est intensivement chassé dans le Golfe d’Ebène pour répondre à la demande. À l’origine simple roturier orphelin, Kuenda devient un notable en Amarantie grâce à ce très rentable commerce, jusqu’à racheter au prix fort en 1513 des terres ici-bas, transformant le simple commercial en une véritable entité amarantine. Marquant une rupture avec l’Empire Makengo, qui se désolidarise de cette initiative, l’intendant Kuenda se fera couronner à la tête de la nouvelle Principauté de Nzunza, faisant de lui le seul monarque noir de Dytolie. Son règne sera de courte durée puisque six ans plus tard, en 1520, criblée de dettes et ne parvenant plus à asseoir sa prospérité économique sur la vente de peaux de servals, dont la population au Makengo a chuté en raison de la chasse intensive, il disparaît sans laisser de traces, reprenant avec lui les trésors qu’il a accumulés. Il est probable qu’il eût été emporté par une tempête maritime sur son navire durant son exil. Le pouvoir devenu vacant, la Ligue amarantine reprendra les terres de la principauté à son profit.


Busprito : le comptoir précurseur du Royaume de Forluno
Se désolidarisant du règne du « Prince Kuenda », l’Empire Makengo déménagera son comptoir de référence sur le flanc oriental de l’Alilée, sur le littoral de ce qui sera plus tard le Royaume de Forluno, là encore sur l’initiative de l’empereur Motiba. Sur les étals, les mains coupées d’albinos laissent place à des albinos en chair en os prêts à assouvir la demande sexuelle de l’élite homosexuelle amarantine. On estime qu’une nuit avec un albino coûtait en moyenne une année entière de revenus d’un cordonnier. Les rentrées fiscales sont importantes pour le comptoir, qui en reverse une petite partie à l’entité qui l’accueille. Les administrateurs des comptoirs sont certes makengais mais ils ne disposent pas officiellement de pouvoir politique. Officieusement, l’entité amarantine de tutelle était peu regardante vis-à-vis des affaires du comptoir, tant qu’il percevait sa rente. La stabilité de ce comptoir en fera une destination de prédilection pour les commerçants et les intellectuels makengais. Nombre d’entre eux s’enticheront des « belles blanches » auxquelles ils donneront des enfants mulâtres, de gré comme de force comme le permet la législation amarantine. La population de Busprito (qui signifie « beaupré » en espéranto amarantin) connaîtra de fait une croissance exponentielle, préconfigurant finalement les institutions du Royaume de Forluno, qui ne sera pourtant fondé qu’au XIXe siècle. Des historiens estiment d’ailleurs que le Roi Scipiono Ier aurait lui-même des origines makengais très lointaines, ce qui permettrait d’extrapoler sur l’existence d’un « gène de l’hétérosexualité » qui aurait été transmis ces siècles durant, à contre-courant de ce qui se pratique en Amarantie. Le comptoir commencera à perdre de sa superbe dans les années 1570. L’empereur makengais Motiba Tse Pedi (1523-1567) abandonnera progressivement ses croyances animistes pour se convertir au christianisme, sous l’influence de la Santogne. La condamnation de l’homosexualité, de la débauche et de la prostitution aura raison des liens privilégiés entre la Makengo et la Ligue amarantine. La querelle de successions en 1586 donnera le coup de grâce et le Makengo cédera son comptoir pour des impératifs financiers mais Busprito aura quand même duré 70 ans.


Palpebrume : capitale de la « sape »
Sur l’autre rive de la Ligue amarantine, le Makengo établira un autre comptoir commercial pour mieux échanger avec le continent qu’en Alilée. De moindre importance par rapport à celui de Busprito, Palpebrume (qui vient de l’espéranto amarantin « palpebrumi » signifiant « cligner des yeux ») est un haut-lieu de tissus extravagants. Recevant les étoffes de soie ventélienne, ce comptoir sera extrêmement prisé par des Makengais qui, déjà, ne lésinent pas sur les moyens pour s’offrir une belle parure et par la même occasion, une condition sociale. Il en restera une expression, en gallique : « monter à Palpebrume ». Aujourd’hui assez désuète, cette expression qui a survécu plusieurs siècles au Makengo signifiait monter dans la hiérarchie sociale puisque seuls les notables pouvaient s’offrir un vêtement de cette qualité. Les maîtres esclavagistes makengais faisaient appel à des aliénés amarantins pour confectionner tous les jours dans les ateliers. Aujourd’hui, ces ateliers n’existent plus à Palebrume depuis la chute de la Ligue et ils sont très rares en Alilée. Des troubles politiques dans l’entité de tutelle de ce comptoir le feront disparaître en 1543.

[center][img]https://i.imgur.com/c466iFN.png[/img]
À gauche, en haut : Vendeur (aliéné ?) de peaux de félins makengais dans les rues de Nzunza
À gauche, en bas : Un couple mixte entre un homme makengais et une femme amarantine à Busprito.
Au centre : Un portrait du Prince Kuenda de Nzunza réalisé au XVIIIe siècle.
À droite : Un dresseur de lévriers à Palpebrume.[/center][/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[justify]Barbe en Alilée amarantine

[center][img]https://i.imgur.com/Roa6DsK.png[/img]
Première moitié verticale, de haut en bas et de gauche à droite : Dodécathéistes pratiquants contemporains portant barbe et cheveux longs
Jeune homme amarantin typique de l’époque moderne – Rencontre entre un éphèbe glabre son tuteur barbu
Deuxième moitié verticale, de haut en bas : Barbier, un métier très respecté – Représentations de divinités dodécathéistes et d’hommes politiques antiques
Une femme à barbe, qui jouit d'une meilleure condition sociale en Amarantie que ses homologues féminines.[/center]

Dans une société aussi centrée sur l’homme que l’Amarantie, la barbe revêt évidemment une importance capitale. Son port ou son absence traduisent voire trahissent des positions sociales, des marqueurs idéologiques ou politiques, et chaque partie a ses avocats et ses détracteurs. Pour autant, ces positions n’ont guère évolué au fil du temps et il est communément admis que la barbe est un signe valorisant en Amarantie, comme il le peut l’être dans d’autres sociétés, musulmanes notamment.

Les rapports barbu/imberbe, actif/passif, dominant/dominé
La barbe est un caractère sexuel secondaire qui apparaît dès la puberté. Elle permet de distinguer l’homme de la femme, mais surtout l’homme viril, réputé fécond, du garçonnet. Encore en vigueur aujourd’hui, la pratique de la pédérastie témoigne de cette différence. On exige encore du tuteur qu’il soit barbu et les relations sexuelles qu’il entretient avec l’éphèbe, surtout la sodomie, doivent stimuler sa croissance et le développement de sa propre pilosité. L’éphèbe peut ainsi être sodomisé jusqu’à l’âge adulte et jusqu’à ce qu’il arbore une barbe convenable. Pour certains, au nom de ce principe, ils peuvent l’être toute leur vie durant, au moins le temps qu’ils suscitent encore une excitation sexuelle. Ces rapports barbu/glabre et actif/passif préconfigurent les positions de classe dominante/dominée mais c’est loin d’être systématique. Les dirigeants des différentes entités amarantines sont nombreux à laisser tomber la barbe, au profit d’un visage rasé de près sans que leur leadership ne soit contesté. C’est aussi une manière pour eux de montrer leur capacité à gouverner, même sans barbe. Les dirigeants sexuellement passifs sont aussi nombreux que leurs homologues actifs puisqu’in fine, seul compte le réseau. À ce jeu, un homme efféminé, qui aura réussi à appâter ses partenaires virils, pourra jouir d’un carnet d’adresses et de relations qui peuvent devenir un tremplin politique crucial. Ces différences entre viril/efféminé qui induisent le rapport entre dominants/dominés sont plus manifestes auprès du commun des mortels amarantins, qui n’appartiennent pas à l’élite amarantine. Elles ont moins de sens auprès des hommes hétérosexuels, qui n’ont pas besoin de barbe comme signe distinctif dans leurs relations avec les femmes. Mais un riche homosexuel amarantin préféra se payer les services d’un fécondant hétérosexuel barbu.

Des adversaires de la barbe
Cette valorisation de la barbe ne fait pas l’unanimité. En matière militaire, il existe deux écoles de la barbe : pour la première, très iconophile, la barbe est signe de virilité et de victoire. Des généraux de l’ancienne République maritime de Céjanosie se laissent ainsi pousser la barbe et ne se le faisaient raser qu’à l’occurrence d’une défaite. On retrouve cette école auprès de la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=346775#p346775]Ligue d’Hestine[/url] actuelle, qui se veut une réactualisation de la philosophie céjanosienne. L’autre école, dite pragmatique, considère qu’une barbe est un obstacle à la guerre, qu’elle donne une prise à l’adversaire dans des combats corps-à-corps. Par ailleurs, la barbe cache les impuretés de la peau et les cicatrices, dont celles occasionnées par la guerre. Un soldat fier de ses compétences martiales doit ainsi, selon cette école, se montrer sans barbe. C’est aussi une manière de jouer la transparence, de montrer qu’on adopte un mode de vie sain et que notre peau n’a pas d’impuretés, de boutons provoqués par une mauvaise alimentation ou des boutons de vérole par exemple. La barbe comme signe de négligence vis-à-vis de soi-même, peut être un signe d’un faible amour propre, d’un signe de débauche et par là, de mollesse d’esprit.

La barbe aujourd'hui en Amarantie
L’infanterie ne prend plus autant d’importance dans les conflits modernes et la barbe est aujourd’hui un marqueur esthétique, qu’on choisit ou non d’arborer. Le métier de barbier, l’un des plus vieux en Amarantie, est reconnu de tous temps aussi bien par les partisans que les détracteurs de la barbe. L’Amarantie est le pays qui, au monde, compte la plus forte densité de ces barbiers et les professionnels se livrent à une concurrence acharnée, notamment lors de grands concours. De manière plus anecdotique, les femmes à barbe sont bien plus respectées que la moyenne des femmes en Amarantie, voire même elles peuvent trouver en Amarantie une meilleure position sociale que dans n’importe quel autre pays. Ces femmes, dont la pousse de la barbe est provoquée par un dérèglement hormonal, sont notamment vues par la légende urbaine comme des prêtresses de la fertilité. On les consulte pour leur demander de faire l’union entre l’homme et la femme, de bénir une relation, et de garantir la progéniture la plus virile. Elles bénéficient ainsi de quelques dérogations pour occuper des positions politiques qui sont exclues aux femmes.[/justify]
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