RP | Activités internes de la République de Santogne

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Sébaldie

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Sébaldie

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[center]Bonhommes de chemin (1/?)
20 juin 2036
Garran-Mountivié, Province du Roubinac, Santogne


[img]https://i.imgur.com/y83aAci.png[/img][/center]

[justify]La gare de Garran-Mountivié, à l’ouest de la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=340719#p340719]province de Roubinac[/url] restait peu fréquentée. Cette petite station, un des rares moyens pour la ville et les villages environnants de rester connectés au reste du pays, accueillait tout au plus des touristes passionnés de randonnées montagneuses ou de vieux retraités à la recherche de calme et de terroir. Ici, des manutentionnaires faisaient des aller-retours avec leurs chariots élévateurs pour préparer un train de fret en destination de l’Ouest. Point d’objets de valeurs, bien au contraire : de simples déchets plastiques et métalliques. Ils partaient vers la Lagaranie, en vue de profiter de l’excellence du royaume voisin en matière de recyclage, qui les recherchait en grand nombre pour pouvoir rentabiliser ses installations.

Un train de voyageurs s’arrêta. La peau mate, les yeux bridés, ils n’étaient pas d’ici. Des touristes ? Peut-être. Mais des touristes en costume-cravate, sous une chaleur étouffante. Le thermomètre affichait 34°C et pas une once de vent ne venait les rafraîchir. Ils furent accueillis par un homme santognais, bien portant, la soixantaine, dont le visage écarlate témoignait d’une moins bonne tolérance à la chaleur. Cet homme était un haut-fonctionnaire, gestionnaire du patrimoine de l’Etat santognais et ces touristes n’en étaient pas : c’était le vice-président de l’institution financière lianwadaise Lotus Capital accompagné de quelques-uns de ses collègues : directeur commercial, directeur financier…


[center][img]https://i.imgur.com/4fBm9jg.png[/img][/center]

Zhan Luoyang était le vice-président de Lotus Capital, il n’avait jamais visité la Santogne et ne la connaissait qu’au travers des titres de créance que sa société possédait sur l’Etat santognais. Des chiffres, avec neuf zéros, qui correspondaient à des biens réels dont il n’avait jusqu’à présent pas connaissance. Cette visite était un moyen de donner un visage à ces données chiffrées.

Alfred Brunelle, qui présidait l’organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais, s’improvisait comme guide touristique. Ce moulin à paroles meublait la discussion face à des invités lianwadais peu loquaces. Après un traditionnel comité d’accueil, il les amena sur le marché de Garran-Mountivié qui, pour l’occasion, avait été embelli de quelques stands pittoresques. Par l’intermédiaire du traducteur, il commenta les environs :


Alfred Brunelle :
Président de l’Organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais
« Ici, Monsieur Luoyang, vous pouvez admirez des poteries traditionnelles de la région, reconnaissables par… »

On informa le Santognais qu’il s’était trompé d’interlocuteur : il ne parlait pas à Zhan Luoyang, mais au directeur commercial, Zhang Huo. Tout bas, Alfred Brunelle s’agaça - « Ils se ressemblent tous ! » - avant de continuer la visite auprès du président de la banque ventélienne. À la lecture de leur visage, la visite ne les passionnait guère. Ils se contentèrent poliment de hocher la tête aux anecdotes du terroir local. Une dizaine de minutes plus tard, sur la place de la ville, Zhan Luoyang leva les yeux vers la montagne. Un château en ruines dominait fièrement, sur son piton rocheux, la ville et les environs.

[center][img]https://i.imgur.com/EevCW1y.png[/img][/center]

Avec la chaleur, Alfred Brunelle s’épongeait régulièrement le front avec son vieux mouchoir en papier, avant d’en manquer et de demander à son jeune assistant de lui en donner. Le regard du financier était dirigé vers cette belle bâtisse et pour cause : sa société possédait une hypothèque sur elle. À première vue, elle ne payait pas de mine, une forteresse à moitié détruite difficile d’accès. Mais elle pourrait bien valoir la bagatelle de 400 millions de pistoles santognaises selon les dernières estimations. Ce château était, dans l’histoire médiévale, l’un des points de ralliement des [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=340886#p340886]hérétiques cathares[/url]. Mais surtout, il abriterait un trésor enfoui dans la roche, dont seuls les cathares connaîtraient l’emplacement. On était là bien loin des rapports financiers chiffrés au centime près, on était dans le domaine de la légende invérifiable mais le pourtant cartésien Zhan Luoyang espérait en tirer quelque chose, et croyait à ce trésor dont personne n’a vu la couleur.

[center][img]https://i.imgur.com/gOqXw3v.png[/img][/center]

Alfred Brunelle :
Président de l’Organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais
« Belle bâtisse, n’est-ce pas ? Et encore, avec toute cette végétation, vous ne voyez pas tout le domaine… »

Zhan Luoyang :
Vice-président de la banque lianwadaise Lotus Capital
« Nous pouvons aller la visiter ?

Alfred Brunelle :
Président de l’Organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais
« La visi… Mais… Avec tout mon respect, Monsieur Luoyang, nous n’avions jamais convenu de la visiter. Elle est perchée au sommet d’un piton, il faudra au moins une heure de marche pour y arriver et nous n’avons prévu aucun cordon de sécurité pour… »

Zhan Luoyang :
Vice-président de la banque lianwadaise Lotus Capital
« Monsieur Brunelle, je vous remercie pour l’organisation de ce séjour mais vous en avez oublié, si je puis me permettre, la raison de ma venue ici. Nous avons fait beaucoup de chemin depuis le Lianwa pour voir le château. Ce n’est pas quelques kilomètres qui nous effraieront. »

En urgence, le haut-fonctionnaire santognais se tourna vers ses assistants, inquiets par la perspective de devoir monter si haut, sous cette chaleur. Les assistants hochaient les épaules, comme pour se dédouaner de ne pas avoir prévu cette éventualité. « Bande de bons à rien ! » leur dit-il à voix basse, avant de revenir, avec le sourire et tamponnant toujours son front avec son mouchoir, vers le financier :

Alfred Brunelle :
Président de l’Organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais
« On me dit que ça ne devrait pas poser de problème, les marches qui conduisent au château ont été rénovées et les arbres environnant élagués. »

Pour la première fois depuis son arrivée à Garran-Mountivié, Zhan Luoyang afficha un large sourire. Cette meute de financiers vautours et de haut-fonctionnaires prirent donc la direction du château. Habitués au climat tropical de la république lianwadaise, les financiers n’eurent guère de mal à gravir les marches. À l’inverse, peu habitué à l’exercice physique, surtout sous 34 °C, Alfred Brunelle était en nage. Il avait enlevé sa veste de costume et dénoué un peu sa cravate.

Les Lianwadais furent les premiers à arriver en haut mais à leur surprise, un comité d’accueil leur avait été réservé. Une dizaine d’hommes et femmes, dont certains menottés à l’un des barreaux restants de la forteresse.


[center][img]https://i.imgur.com/OoOGor7.png[/img][/center]

Il s’agissait de cathares. Partisans de la non-violence, ils avaient décidé d’investir les lieux pour entamer une grève de la faim. Certains se faisaient en plus coudre la bouche. « Venez vite, venez vite ! ». Les assistants interpellaient Monsieur Brunelle, pour lesquels les derniers mètres furent les plus pénibles. Interloqués par cette situation, Monsieur Luoyang et ses collègues adressèrent un regard d’interrogation mêlée de mécontentement.

Alfred Brunelle :
Président de l’Organisme de gestion du patrimoine de l’Etat santognais
« Qu’est-ce… Qu’est-ce que vous faites ?! Vous n’avez pas le droit d’être ici ! »

L’un d’eux n’avait pas la bouche cousue. Il prit donc la parole :

Romuald Combes :
Cathare, porte-parole de la grève de la faim
« Nous entamons à partir d’aujourd’hui une grève de la faim. Ici, en 1120, nos frères et des sœurs ont été sauvagement assassinés sous la bénédiction de l’Eglise et de son vicaire. En 1258, à nouveau, des Bons Hommes et de Bonnes Dames ont été brûlés vif, sans distinction. L’histoire de notre pays est parsemée de ces évènements tragiques, qui témoignent de la perfidie et de la corruption du monde visible. Nous défendons cette forteresse non pas pour sa valeur matérielle, mais pour sa charge symbolique. Notre démarche est non-violente mais pas moins déterminée. Elle vise la paix et la tolérance, face aux messagers du Néant. Comme nos frères et nos sœurs, nous sommes prêts à mourir entre ces murs. »

L’audience resta muette face à cette situation et chacun de ces hommes en cravate commença à passer des coups de fil pour la désarçonner. Alfred Brunelle, qui entendait faire bonne presse auprès du gouvernement, lâcha un regard noir en direction de ces Bons Hommes et Bonnes Dames, qui entacheront sa réputation pour de bon.[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Berceaux du Christ (1/?)
2 juillet 2036
Fabrègue, Province du Mayrès, Santogne


[img]https://i.imgur.com/SX15xQV.png[/img]
Vue sur Fabrègue[/center]

[justify]Le soleil ricochait sur les parois sombres de la cathédrale de Fabrègue. La légende racontait que l’édifice religieux était devenu noir à force d’exploitation des charbonnages des alentours mais elle ne résistait pas longtemps à l’épreuve des faits historiques. C’était la roche volcanique utilisée comme matériau de construction qui avait donné à la cathédrale gothique son aspect actuel. Toutefois, les gueules noires des mines avaient préféré se l’approprier ; illustrant de fait parfaitement la symbiose du travail et de la religion, dans cette région ouvrière et conservatrice située à quelques lieues de la frontière lagarane.

Séverine Vargas résidait dans l’un de ces quartiers populaires depuis toujours et avant elle, ses parents, ses grands-parents et arrière-grands-parents. Une dynastie qui a pris racine ici en Santogne, mais qui a débuté en Léontarie. Répondant à l’appel de main-d’œuvre, son arrière-grand-père Paolo Vargas a pris en 1952 la direction de la Santogne pour travailler dans les mines de Fabrègue. Après des débuts difficiles, la communauté léontariène avait fini par être acceptée ici. Séverine ne souffrait donc nullement de ses origines… Si elle était si pensive, c’est qu’un autre mal le rongeait. Après plusieurs essais, le test de grossesse affichait toujours le symbole positif. Son chômeur de petit ami en avait pris connaissance et à l’évidence, il n’était pas en capacité d’assumer la parentalité, ses journées se résumant aux jeux vidéo, au football et aux bitures avec les copains. Vivant dans un simple trois-pièces avec sa mère, Séverine n’avait pas non plus les moyens d’assumer un enfant. Après plusieurs semaines de réflexion, elle était venue à la difficile décision de pratiquer l’avortement.


[center][img]https://i.imgur.com/SKUf8kA.png[/img][/center]

Problème : elle n’avait pas non plus les moyens financiers pour payer l’interruption de grossesse. L’Etat santognais remboursait certes une partie mais l’information ne devait nullement parvenir aux oreilles de sa très catholique mère, qui interceptait le moindre courrier déposé dans la boîte aux lettres familiale. Dans un contexte de crise économique, plusieurs sites Internet fleurissaient, en proposant de prendre en charge intégralement l’avortement sous certaines conditions. L’attention de Séverine s’était attardée sur l’un d’eux : « Info Santogne IVG ». Le site proposait une base de documentation assez fouillée mais répétait à l’envi que « l’avortement n’était pas un acte anodin » et appelait les candidates à « réfléchir ». Si malgré ces mises en garde, la patiente voulait jusqu’au bout, elle pouvait prendre rendez-vous avec un « conseiller » de l’association pour étudier les possibilités de financement de l’acte.

[center][img]https://i.imgur.com/SSEFOXn.png[/img][/center]

2 juillet, dix heures précises. Séverine se rendait à l’adresse indiquée. Volets fermés, aucune indication extérieure : les locaux de l’association ne payaient pas de mine et la jeune fille hésita à repartir aussitôt. Elle s’engouffra néanmoins dans le bâtiment et prit place dans une austère salle d’attente. Sur les murs, diverses affiches hostiles à l’avortement. L’une d’elle présentait un fœtus démembré et ensanglanté. L’image était si insoutenable que Sévérine préféra s’asseoir dos à elle. Au bout de quelques minutes, un homme se présenta à elle.

[center][img]https://i.imgur.com/uq05BCJ.png[/img]
Pierre-Louis Charbonneau
Président de l’association « Info Santogne IVG »
[/center]

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Bonjour. Je pense que vous avez rendez-vous avec moi. Si vous voulez bien me suivre… »

Cet homme n’inspirait pas vraiment confiance à Séverine, autant que le local d’ailleurs. Ils entrèrent, sans un mot, dans son bureau. Là encore, la même affiche répugnante mais cette fois-ci, placardée en face d’elle.

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Je me présente, Pierre-Louis Charbonneau, président de l’association « Info Santogne IVG ». Nous allons nous entretenir un petit moment ensemble pour que je puisse connaître votre parcours, vos motivations. Rien de ce qui sera dit ici ne sortira des murs. Mais je vais devoir vous poser des questions qui peuvent vous heurter, qui peuvent vous paraître hors-sujet ou totalement déplacées. Elles visent simplement à établir votre dossier. Vous avez déjà donné quelques informations sur vous, mais j’aurais besoin d’entrer dans le vif du sujet. Votre nom, s’il vous plaît. »

Pierre-Louis Charbonneau s’arma d’un stylo-bille noir et d’un formulaire. Il réajusta ses lunettes et commença à retranscrire les informations.

[center][img]https://i.imgur.com/qyuyiH5.png[/img]
Séverine Vargas[/center]

Séverine Vargas :
« Séverine Vargas. V-A-R-G-A-S. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Date et lieu de naissance ».

Séverine Vargas :
« 18 octobre 2016 à Fabrègue. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Votre activité professionnelle. »

Séverine Vargas :
« Je suis encore étudiante. En lettres modernes. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Nom de votre gynécologue. »

Séverine Vargas :
« Docteur Maxence Robineau. Il officie à Fabrègue. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Buvez-vous de l’alcool ? Fumez-vous ? Vous droguez-vous ? »

Séverine Vargas :
« Non. Rien de tout ça. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Nom, date de naissance du père présumé de votre enfant et son activité professionnelle. »

Après un petit moment de silence, Séverine répondit à la question, gênée de devoir impliquer son petit ami dans la démarche.
Séverine Vargas :
« Julian Fourneyron, 14 août 2013, sans activité professionnelle. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Avez-vous officialisé votre union ? Est-il volage ? »

Séverine Vargas :
« Euh… Pas autant que je sache. Nous n’avons pas officialisé notre union. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Existe-il des cas de consanguinité dans votre famille ? Des formes de handicaps mentaux ? Arriération mentale, autisme… ? Votre père a-t-il un lien de parenté avec votre mère ? »

Séverine Vargas :
« C’est… C’est une question bizarre. À ma connaissance, il n’y a aucun cas de ce genre. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Votre père vous battait-il ? »

Séverine manifesta un air de grand étonnement à cette question, qui la mettait très mal à l’aise. Cela n’échappa au regard du conseiller en avortement.

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Ma question peut paraître brutale mais elle est nécessaire. L’avortement en Santogne répond à des conditions très précises : en cas de danger imminent et grave pour la santé de la mère, en cas de viol et à titre dérogatoire si l’environnement social de la mère est contraire au bon déroulement de la grossesse et à l’éducation de l’enfant. À l’évidence, vous ne faites pas partie ni du premier, ni du second cas. Je suis donc en charge d’établir un dossier beaucoup plus conséquent pour justifier le troisième motif. Bref, votre père vous battait-il ? Ou votre mère ? Etait-il un ivrogne ? »

Séverine Vargas :
« Je… Je n’ai jamais connu mon père. Il est mort avant ma naissance. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Votre mère a-t-elle des relations sexuelles tarifées ? Est-elle une ivrogne ? une droguée ? »

Séverine Vargas :
« Non, non et non. Je vois où vous voulez en venir mais mon père est mort dans un accident alors que ma mère était enceinte. Ils étaient mariés depuis dix ans. Je suis la dernière d’une fratrie de trois enfants. »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Avez-vous déjà une attirance à l’égard d’une personne du même sexe que vous ? La vue d’un sein nu ou d’un vagin éveille-t-il chez vous une quelconque émotion ? »

Séverine Vargas :
« Mais non, enfin ! C’est quoi ces questions ?! »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« Nous avons bientôt terminé. Au final, ressentez-vous une quelconque culpabilité à détruire une vie humaine pour votre confort personnel, à faire payer à un être qui ne demandait qu’à vivre vos propres égarements et votre incapacité à garder vos cuisses serrées ? Par votre faute, le fœtus qui vous sera enlevé sera déchiqueté et incinéré, tel un déchet. En d’autres termes, êtes-vous prête à accepter la lourdeur de votre acte meurtrier jusqu’à la fin de vos jours et même, dirais-je, éprouvez-vous une quelconque jouissance à pratiquer cet acte ? »

Séverine Vargas :
« J’en ai assez entendu ! Je ne répondrai à aucune autre question, vous allez beaucoup trop loin ! »

Pierre-Louis Charbonneau :
Président de l’association « Info Santogne IVG »
« J’ai tous les éléments qu’il me fallait. Je vous délivre le chèque, qui vous permettra de pratiquer l’acte. »

Alors que Séverine s’apprêtait à sortir de la pièce, le président de l’association lui tendit un chèque adressé au gynécologue et d’un montant conforme à la réglementation en vigueur pour un acte abortif, soit 263 ₱ SAN. La main tremblante, excédée par la colère mais aussi par une certaine culpabilité, Séverine prit le chèque. Celui-ci n’avait rien d’un faux, il était parfaitement en règle et était encaissable dès aujourd’hui. Sans un mot, elle partit du bureau en pleurs. Une fois la jeune fille partie, Pierre-Louis Charbonneau ferma la porte et sortit de sa poche de veste un crucifix qu’il embrassa délicatement.[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Bonhommes de chemin (2/?)
6 juillet 2036
Tarrin, Province de Calade-les-Cabres, Santogne


[img]https://i.imgur.com/PFPB1Of.png[/img][/center]

[justify]Martial Vallotton avait rapidement gravi les échelons de la scène politique santognaise. A 33 ans, il était déjà le numéro deux du gouvernement ; une place encore assez ingrate mais assortie d’un beau portefeuille ministériel, celui des Affaires Etrangères. C’est néanmoins en sa qualité de Vice-Premier ministre que le jeune homme s’était rendu dans la petite ville de Tarrin, dans la province de Calade-les-Cabres. Il était là pour parler de fracture numérique : ici, comme dans de nombreux petits patelins, existaient des zones blanches où le réseau mobile et Internet était médiocre, voire même inexistant. Généralement des zones montagneuses, qui demandent d’immenses investissements pour une rentabilité quasi-nulle. À peine 30 000 habitants habitaient la province dans laquelle le ministre avait fait son déplacement, avec la promesse de les sortir des abysses numériques. Après une demi-heure de conférence de presse où il détaille sur une carte l’installation de pylônes avec de l’argent qu’il n’a pas, ses conseillers montrent quelques signes d’impatience pour lui parler. Visiblement quelque chose de grave. À l’abri des oreilles indiscrètes, il préfère prendre les devants :

Martial Vallotton :
Vice-Premier ministre de la République de Santogne
Ministre chargé de la Diplomatie, des Relations avec les Ménechmes et de la Coopération Internationale

« Oui, je sais ce que vous allez me dire. Les chiffres sont trop importants, l’Etat santognais ne peut pas se permettre. Mais j’ai négocié avec les opérateurs des télécoms de ne répercuter ces coûts qu’à partir de 2040, les Santognais n’y verront que du feu. »

Sacha Pelletier :
Directeur de cabinet de Martial Vallotton
« Non, on s’en fout de ça. C’est les cathares de Garran-Mountivié. »

Martial Vallotton :
Vice-Premier ministre de la République de Santogne
Ministre chargé de la Diplomatie, des Relations avec les Ménechmes et de la Coopération Internationale

« Ah… »

[center][img]https://i.imgur.com/IYZ00An.png[/img][/center]

Martial Vallotton ne semblait pas plus y accorder d’importance. Un badaud l’interpella pour prendre un selfie avec lui et le Vice-Premier ministre ne manqua pas de répondre à ses obligations photographiques. Ses deux conseillers pianotèrent sur leur smartphone pour lui montrer les derniers textos reçus.

Basile Clérisseau :
Conseiller en communication de Martial Vallotton
« L’un des grévistes de la faim est dans un état très grave, les pompiers tentent de le rapatrier vers l’hôpital le plus proche mais dans ses quelques moments de conscience, il s’y refuse totalement et se dit « prêt à mourir ». Ils lui ont prodigué les premiers soins pour le réhydrater mais ils ne peuvent pas l’alimenter contre son gré. »

Sacha Pelletier :
Directeur de cabinet de Martial Vallotton
« Seul le gouvernement peut ordonner la mise en place d’une sonde nasogastrique. On attend ta décision. »

Martial Vallotton :
Vice-Premier ministre de la République de Santogne
Ministre chargé de la Diplomatie, des Relations avec les Ménechmes et de la Coopération Internationale

« Et Delpuech, elle en pense quoi ? C’était pas son dossier à la base ? Elle m’a même expressément demandé de ne pas m’en occuper ! »

Sacha Pelletier :
Directeur de cabinet de Martial Vallotton
« J’ai contacté son cabinet, elle est en plein conseil de sécurité avec les généraux. Elle ne veut en aucun cas être dérangée. La décision te revient donc, en tant que numéro deux. On ne peut pas prendre le risque de le laisser mourir, même si c’est sa volonté. Demain, dans toute la presse, on dira partout que la Santogne laisse mourir ses citoyens en plus de céder son patrimoine national. »

Basile Clérisseau :
Conseiller en communication de Martial Vallotton
« Au contraire, je pense qu’il est nécessaire de respecter la volonté du cathare. Il faut que tu t’affiches à côté de lui, que tu serves le bullshit médiatique habituel face caméra, pour rappeler que tu es 100 % à leurs côtés. Il mourra en martyr et toute l’opinion préférera accuser les financiers lianwadais. »

[center][img]https://i.imgur.com/FgZbtNH.png[/img][/center]

Sacha Pelletier :
Directeur de cabinet de Martial Vallotton
« MARTIAL !!! »

Le Vice-Premier ministre était entre-temps retourné à sa tournée de selfies, manifestant ostensiblement son désintérêt pour cette cause cathare. Interpellé par son directeur de cabinet devant des concitoyens interloqués, il s’excusa auprès d’eux et le prit à part.

Martial Vallotton :
Vice-Premier ministre de la République de Santogne
Ministre chargé de la Diplomatie, des Relations avec les Ménechmes et de la Coopération Internationale

« Bon. Dans les deux cas, la presse nous grillera. Combien de personnes dans un état aussi grave que le sien ? »

Sacha Pelletier :
Directeur de cabinet de Martial Vallotton
« Il est tout seul pour le moment mais les autres vont tomber comme des mouches si ça continue. Ils ont commencé la grève il y a 16 jours et ça commence à se voir. Ils n’arrivent presque plus à parler et c’est pas parce qu’ils ont la bouche cousue. Ils sont tous allongés, hydratés toutes les heures par des soutiens à leur cause. »

Pour la première fois depuis son mandat et même depuis le début de sa carrière politique, Martial Vallotton devait prendre une décision, une responsabilité qui allait engager la vie de Santognais qu’il s’était promis de défendre contre la rapacité des puissants. Si désormais il faisait partie des puissants, cette perspective l’angoissait et après quelques secondes de silence, il rend sa décision :

Martial Vallotton :
Vice-Premier ministre de la République de Santogne
Ministre chargé de la Diplomatie, des Relations avec les Ménechmes et de la Coopération Internationale

« Tant pis, alimentez tous ces illuminés de force. Au moins, je n’aurai pas leur mort sur la conscience ! Basile, tu me prépares tout de suite un communiqué de presse, tu rameutes tous les journalistes à Garran-Mountivié. C’est à trente kilomètres d’ici, on y sera d’ici une demi-heure. »
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[center]Garran-Mountivié, Province du Roubinac, Santogne[/center]

Dans la minute qui suit, les pompiers sont informés par téléphone de la décision du Vice-Premier ministre. Presque manu militari, la dizaine de cathares grévistes est ainsi délogée du sommet du Château de Garran-Mountivié par les forces de l’ordre. Leurs menottes attachées aux barreaux de l’édifice, pour ceux qui en avaient, sont sciées. Les cathares n’ayant plus aucune force de résister, ce sont leurs soutiens qui expriment leur désaccord vis-à-vis de cette opération de forcing par des cris de protestations.

[center][img]https://i.imgur.com/Hz2jBEy.png[/img][/center]

Pompiers et policiers répètent le même refrain : « nous obéissons aux ordres » même si une part d’eux-mêmes soutient ce combat. Le gréviste dans un état grave est héliporté et les autres voient, un à un, leurs bouches décousues et les sondes nasogastriques placées. Des solutions lipidiques leur sont injectées, là encore sans possibilité de résister. Une vingtaine de minutes plus tard, une fois les manifestants allongés et préparés sur les civières, le photogénique Vice-Premier ministre vint leur serrer la main, avec un regard compatissant. Là encore, face à cette machine médiatique et au poids d’images qui effacent les intentions réelles, les cathares sont incapables de résister. Le gouvernement protège ses citoyens.

[center][img]https://i.imgur.com/WOaSrvT.png[/img][/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Prophéties et péripéties (1/?)
Début juillet 2036
Beaumes-du-Sarioux, Santogne


[img]https://i.imgur.com/t9PlKWN.png[/img][/center]

[justify]Début juillet, période de départs en vacances pour de millions de Santognais, au moins pour ceux qui en avaient les moyens après une crise économique qui aura durement touché le portemonnaie. [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341252#p341252]Beaumes-du-Sarioux[/url] ne faisait pas exception à la règle, avec une fréquentation touristique moindre depuis plusieurs années. A priori, pour un lieu de dévotion comme celui-ci, cette baisse n’était pas un drame mais Beaumes-du-Sarioux succombait peu à peu à la religion-spectacle, avec la complicité de l’Eglise. Ici, la pancarte présentait un « flashcode » qui redirigerait vers le site officiel du sanctuaire et surtout, vers sa boutique en ligne. Non loin de là, la boutique en question était tenue par des religieuses, qui vérifiaient le sac à dos des pèlerins devenus clients pour voir s’ils n’avaient rien volé, et tirant une marge d’au moins 40 % sur ces statuettes de Marie-Madeleine importées d’Eashatri. Les toilettes payantes tournaient à plein régime : parmi tous les fidèles venus dans l’espoir d’être guéri de leur infirmité, se trouvaient de nombreux incontinents. Les sanitaires étaient devenus malgré eux la deuxième source de revenus du sanctuaire après la boutique, ce qui n’était pas pour déplaire aux finances publiques.

[center][img]https://i.imgur.com/y85aWks.png[/img][/center]

Dans ce lot de touristes venus des quatre coins du monde pour profiter de la beauté des paysages santognais et du soleil national, quelques pèlerins sincères avaient fait le déplacement. Parmi eux, la famille D’Amboise venait de la banlieue bourgeoise de Forcastel. Les cinq enfants étaient habillés du même polo que leur père, frappé du blason familial. Ces bons et fervents catholiques déposèrent quelques billets dans le tronc du sanctuaire, sous le regard bienveillant du Père Bertillon qui, à la vue de son visage rond et écarlate, avait récemment abusé du sang du Christ. À l’écart de tous, un homme d’une quarantaine d’années, le mètre quatre-vingt-dix, cheveux longs, les pieds pleins de corne dans de vieilles sandales, montait les marches de pierre conduisant au reliquaire de Marie-Madeleine. Sans s’arrêter à la boutique des moniales, l’homme laissa ses genoux tomber devant la statue mariale et adopta une position de prière, les yeux fermés. « Reviens par ici » prévient le père de la famille d’Amboise à son fils de quatre ans curieux de voir ce monsieur aux cheveux longs rester immobile. Insensible au brouhaha des alentours, l’homme était comme déconnecté du reste du monde, près d’une heure durant.

[center][img]https://i.imgur.com/XxBERxm.png[/img]
Joseph
Ermite chrétien santognais
Guérisseur, hypnotiseur
[/center]
Cet orphelin ayant échappé à la mort infantile s’identifiait sous le nom de Joseph. N’ayant pas fréquenté l’école nationale, il n’en restait pas moins un homme instruit, autodidacte et le corps façonné par de nombreux métiers manuels dans la province du Puget-d’Ors à l’ouest de Santogne. D’une incroyable force et résistance physique, il portait un énorme sac avec une aisance sans pareille. L’homme menait une vie d’errance, alternant moments d’ascétisme et d’hédonisme ; de restrictions matérielles mais de luxure et de plaisirs charnels. Au fur de rencontres et d’opportunités, il s’était découvert des dons de guérisseurs et d’hypnose. Son regard perçant avait ensorcelé plus d’un homme et surtout plus d’une femme. Il était un habitué du sanctuaire de Beaumes-du-Sarioux et en réalité, plusieurs guérisons inexpliquées qu’on imputait à cette source miraculeuse étaient dues à son don. Pour autant, l’homme ne recherchait pas la gloire, juste le bonheur. Après une vision de la Vierge, il se sentait investi d’une mission de donner le bonheur à son prochain, mais aussi à contenter le sien. Une mission qui, selon lui, valait tous les salaires du monde.
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[center]Fin juillet 2036
Duché de Gamlemunke, Thorval



[img]https://i.imgur.com/kOtdcYt.png[/img][/center]

Joseph était un voyageur inconditionnel, qui l’avait déjà amené dans trente pays différents. Son périple l’avait amené sur les terres du Nord, dans un petit village du Duché de Gamlemunke, non loin de Frueborg, au Royaume du Thorval. Un long voyage de trente jours, fait de rencontres et d’expériences spirituelles variées. Sur le chemin, un mouton s’était égaré d’une ferme que Joseph voulait au loin, avant de s’arrêter net devant le mystique. Une paysanne thorvaloise accompagnée de son chien le cherchait désespérément. Elle s’interrompit en voyant ce grand étranger le porter sous son aisselle.

[center][img]https://i.imgur.com/UPrRHx2.png[/img]
Sigrid
Paysanne thorvaloise
[/center]

Sigrid :
Paysanne thorvaloise
« Grâce vous soit rendu, estranger... vous n'estes pas du pays ? »

Joseph ne parlait pas le patois local mais, devenu polyglotte à force de voyages, il put comprendre avec un peu d’effort. Répondre dans la langue fut en revanche beaucoup plus difficile.

Joseph :
Ermite chrétien santognais - Guérisseur, hypnotiseur
« Moi pas d’ici. Santogne. Pèlerin. Vous seule ? »

Sigrid :
Paysanne thorvaloise
« Ja. Mon mari glaire nuit et jour, me voici moult occupée à icelles meissons d'icelui esté. »

Joseph :
Ermite chrétien santognais - Guérisseur, hypnotiseur
« Moi pouvoir aider. Vous et votre mari. »

La jeune paysanne à peine sortie de l’adolescence accepta l’aide avec un certain soulagement. Le vieux chien ne remplissait plus aussi bien son rôle de berger et les champs réclamaient encore beaucoup de travail. Le Thorval n’échappait pas à la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1214&t=13165&p=341273#p341273]dure canicule[/url] que connaissait l’hémisphère nord, rendant le travail de la terre vraiment pénible, à plus forte raison pour une jeune fille comme cette Thorvaloise. Se dévêtant de son haut, Joseph s’en alla retourner la terre avec la bêche. Sigrid, elle, s’occupa des moutons avant de s’occuper de la cuisine. Ce soir, ils seront trois à manger. Du moins, l’un des trois essaiera de manger un bout. Plusieurs heures de labeur sous un soleil de plomb plus tard, il regagna l’habitat. Depuis la cuisine, il entendait le mari de Sigrid tousser violemment, et la jeune femme changer régulièrement la lingerie et vider des seaux de vomi mêlé d’urine.

[center][img]https://i.imgur.com/ltYPzrw.png[/img][/center]

Joseph :
Ermite chrétien santognais - Guérisseur, hypnotiseur
« Moi. Vouloir voir votre mari. »

Sigrid fit un signe de tête pour donner son accord. L’ermite entra dans la chambre et vit un homme trempé de sueur, amaigri et le visage très pâle. À moitié réveillé, le regard totalement hagard, il avait perdu toute lucidité et ne remarqua même pas la présence de l’étranger. Joseph tira les couvertures et leva le jeune homme pour le mettre en position assise avant d’apposer ses mains sur tout son corps, prononçant quelques phrases en araméen incompréhensibles du commun des mortels. Une fois le rituel terminé, il le rallongea. Sigrid regardait ça avec une curiosité mêlée d’espoir : tout avait été essayé depuis une semaine.

Joseph :
Ermite chrétien santognais - Guérisseur, hypnotiseur
« Moi. Surveiller votre mari. Nuit. Avoir de l’eau ? »

Joseph s’installa dans un fauteuil face au lit du malade tandis que Sigrid s’en alla chercher la carafe d’eau. Une fois revenue cependant, Joseph lui prit le bras, délicatement. Inquiète à prime abord, la jeune femme s’immobilisa mais laissa l’étranger la toucher, ce qu’il fit allègrement. Il lui toucha la poitrine, avant de descendre vers les cuisses. Il se déshabilla lui-même et la fait s’asseoir sur ses genoux, toujours devant le mari hagard qui toussait bruyamment. Sigrid était maintenant sous son emprise complète et se laissa totalement manipuler. Joseph lui fait profiter de toute sa vigueur sexuelle et à voir la jeune fille, qui restait bouche bée, la respiration haletante, les yeux vers le ciel, elle avait rarement connu pareille expérience. Ses cris de jouissance ne semblaient pas perturber outre-mesure son mari qui ne comprenait de toute façon pas ce qui s’est passé.

C’était pourtant simple à comprendre : Joseph avait mis à profit son don sur une nouvelle terre. Tous ses dons. Et bientôt, tous les infirmes du village en profiteront. Et toutes leurs femmes.
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Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Prises de têtes (1/?)
6 décembre 2036
Varaunes, Province de Varaunes, Santogne


[img]https://i.imgur.com/A0Y6EaK.png[/img][/center]

[justify]Savaric avait les yeux rougis à la fois par la fatigue et par la lumière néfaste de son ordinateur. À trente-huit ans, il n’avait cependant plus toutes ses dents : certaines avaient été cariées par une consommation excessive de tabac, puis de cannabis. Mais s’il n’avait jamais réellement abandonné la fumette, il avait été sevré par l’alcool. L’homme, à vrai dire, revenait de loin et avait été une des victimes de la crise économique santognaise : perdant tour à tour clients, femme, enfants et maison, il avait sombré il y a quelques années. Après avoir travaillé en indépendant – « en freelance » comme disent les radicaux-chics de son milieu - cet artiste graphiste s’était trouvé une nouvelle voie dans le monde du jeu vidéo. Pour définitivement tourner la page, il avait même changé de nom : il s’appelait donc désormais Savaric. Ce prénom, à mi-chemin entre la langue d’oc et le lagaran, illustrait parfaitement l’ambivalence du personnage, tantôt mu par des poussées de génie, tantôt submergé par ses vieux démons. Un petit développeur indépendant, Ogur, avait fait appel à lui pour les graphismes d’un jeu d’aventure et de réflexion très coloré comme on les aime. Ces derniers temps, il ne comptait plus ses heures et c’était une pratique très courante dans le secteur, le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341849#p341849]crunch[/url]. Mais à Ogur, l’ambiance était à l’image du jeu en préparation, bon enfant. Loin de ce qui se pratiquait dans les grands studios. À Ogur, on avait épousé et mis en pratique les principes de l’Union des Travailleurs du Jeu Vidéo, ce tout nouveau syndicat du secteur vidéoludique proche de la gauche radicale.

[center][img]https://i.imgur.com/b4IfwSU.png[/img]
Guilhèm, un des collègues développeur de Savaric, au studio Ogur[/center]

Malgré tout, Savaric dut faire ses preuves auprès de ses nouveaux collègues qui, en moyenne, avaient dix ans de moins que lui. Ils gardèrent leurs distances avec lui durant les premières semaines : dans ce secteur, les espionnages industriels étaient légions et Savaric en savait quelque chose pour l’avoir lui-même pratiqué. Pour se fondre dans le moule, il s’est adapté à l’un des principaux hobbies de ses collègues : les animes teikos. Le graphiste détestait ces séries animées mais il fit l’effort de les regarder pour optimiser son intégration dans l’entreprise. Il avait maintenant rattrapé son retard, et pouvait aborder avec eux les épisodes de la nouvelle saison, le lendemain de leur diffusion au Teikoku. À force de persévérance, Savaric avait acquis leur confiance et avait été convié pour la première fois à un de leurs mystérieux « meetings secrets ». À vrai dire, c’était même la raison de sa présence ici : il mourait d’impatience de savoir de quoi il en retourna.

Le meeting était si secret qu’un mot de passe lui avait été communiqué. Durant toute la route, il se le répéta pour ne pas l’oublier. Il gara sa voiture dans une rue discrète dans la banlieue de Varaunes, non loin du local. Il toqua à la porte et derrière le judas de la porte, une voix retentit :


Voix inconnue :
« Mot de passe. »

Savaric :
« RuRu Ôza No Shiai RuRu »

La porte s’ouvrit. Le mot de passe était composé d’un titre d’un [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=339781#p339781]anime teiko à succès[/url] et du studio qui lui le produisait, répété deux fois. À l’intérieur de l’établissement, une vingtaine de personnes se regroupaient autour d’un vidéoprojecteur qui diffusait l’anime en question. Parmi elles, ses propres collègues et d’autres individus qu’ils ne connaissaient pas mais qui étaient tous venus avec leurs ordinateurs personnels très performants, tournant sous logiciel libre ou sous système d’exploitation cracké.

Guilhèm :
Collègue de Savaric
« Ah, c’est super que tu sois venu, Savaric ! Tu sais quoi ? On a réussi à accéder à TOUS les épisodes de Ôza No Shiai de cette saison. Que des inédits, plus de dix heures ! On va s’en mater quelques-uns ce soir, ensemble ! C’est génial, non ? »

« Sans moi. Je ne veux pas être complice de ce cancer visuel et auditif. Je suis juste là parce qu’on m’a demandé d’être amis avec des bouffons comme vous mais j’ai mieux à faire ce soir, comme me taper un bon steak devant un bon porno ou devant un bon match de foot, plutôt que de fréquenter des gamins comme vous qui pensent révolutionner le monde avec vos petits claviers. J’aime pas ta tronche, je ne l’ai jamais aimée, tu n’es que le fruit d’un résidu de capote ». Voilà grosso modo la réponse qu’Avaric voulait lui apporter. Mais pour des raisons diplomatiques, il dut se résigner à une réponse plus laconique, avec un sourire de façade :

[center][img]https://i.imgur.com/9eWAoo4.png[/img][/center]

Savaric :
« Kawaiiiiii ! »

L’homme se résigna à regarder avec ses compagnons hypnotisés des heures de cet anime. Il dut rester jusqu’au bout du meeting, pour ne rater aucun indice. Mais la soirée se termina très tardivement, sans le moindre élément suspect.

De retour chez lui, au moment de récupérer les affaires du coffre de sa voiture, un mystérieux et assez lourd colis figurait là, accompagnée d’une note : « 10 jours max pour tout écouler ».

[center][img]https://i.imgur.com/sTY6Mn0.png[/img][/center]

Il se saisit d’un autre téléphone, qui bénéficiait d’une connexion totalement sécurisée, et fit une combinaison compliquée avant que la tonalité ne retentit et qu’une liaison soit établie avec un mystérieux interlocuteur :


Savaric :
« Ouais, je suis bien rentré. Rien de concluant au sujet des geeks, ils se contentent de pirater des séries débiles. A priori, pas d’opération hostile contre l’Etat, contre l’économie santognaise ou quoi que ce soit d’autre. Hum… Ouais, tu peux le dire, c’était éprouvant… Ouais, je continue, bien sûr.

Mais j’ai du neuf sinon pour l’autre dossier… Non, pas celui-là. Celui de la mafia, du Mitan… Oui, je sais, ça fait un moment que je les ai approchés. Ils ont dû se renseigner et peut-être même infiltrer la soirée d’hier… Ouais, bien sûr, je suis sur mes gardes. Ouais, je sais, ce téléphone ne sort pas de chez moi… Bref, ils m’ont laissé au moins 50 kilos de cannabis. Je dois tout écouler en dix jours… Oui, ce sera faisable… Non, je te jure que j’en toucherai pas. Je sais, je sais, j’ai pas envie de retourner en taule. T’inquiète, je vais me tenir à carreau, tu me connais. »[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Prises de têtes (2/?)
21 mars 2037
Aubinergues, Province de Lecondrech, Santogne
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[justify]Dans le domaine d’une cossue demeure, un vieil homme lançait des mies de pain à des cygnes visiblement affamés par un hiver plus rigoureux qu’à l’accoutumée. Une fois leur collation apportée, il se secoua les mains pour retirer les quelques miettes restées sur ses paumes, et toucha son alliance de mariage, en la faisant légèrement pivoter. À vrai dire, il le faisait au moins une centaine de fois par jour depuis qu’il était veuf, voilà maintenant neuf ans. Tristan Gastinet n’avait pas l’allure que l’on attendait d’un parrain de mafia ordinaire, avec sa chemise froissée et ses cheveux secs et difformes. Mais il ne faut guère se fier à sa tenue quelque peu négligée, il était dans une certaine mesure l’homme le plus puissant de Santogne.

[center][img]https://i.imgur.com/ryDUjO1.png[/img]
Tristan Gastinet
Parrain du Mitan (mafia santognaise)[/center]

La solitude de Tristan dans le parc de sa demeure fut vite brisée par un sous-fifre. Le saluant avec un genou plié comme l’exigeait l’usage, non sans rappeler le serment de vassalité à l’époque de la Santogne féodale, ce dernier lui apporta les nouvelles.

Tristan Gastinet :
Parrain du Mitan (mafia santognaise)
« Alors, comment se passe la formation de cette recrue prometteuse ? »

Oton Pélaquier :
Lieutenant du Mitan
« Il y met beaucoup de volonté. Il faut dire qu’il partait de très bas, ce type était un looser, graphiste de profession, abandonné par sa femme et ses gamins. »

Tristan Gastinet :
Parrain du Mitan (mafia santognaise)
« Je vous rappelle : je ne veux pas de drogués dans nos rangs, ils nous ont déjà capoté plusieurs missions. »

Oton Pélaquier :
Lieutenant du Mitan
« L’analyse d’urine n’a rien révélé depuis des mois. Si je peux me permettre, j’étais venu pour un autre sujet : nous avons des offres d’achat pour les explosifs. D’un côté, la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341866#p341866]Fraternité du Christ-Roi[/url] nous propose d’en acquérir pour 75 000 ₱ SAN. De l’autre, pour la même quantité, les rouges nous en proposent moitié moins. Je valide la transaction les tradis ? »

Tristan Gastinet :
Parrain du Mitan (mafia santognaise)
« Non ! Donnez-les aux communistes. La Fraternité reçoit déjà des soutiens importants en provenance de Lagaranie et de New Eden. Elle doit rester sous notre giron. Sinon, à ce rythme, elle finira par nous faire concurrence. Rééquilibrez les forces, diluez la menace. L’argent n’est pas un problème mais pourra bientôt le devenir. »

Oton Pélaquier :
Lieutenant du Mitan
« Vous pensez au [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=341624#p341624]projet de Teyssère[/url], c’est ça ? »

Tristan Gastinet :
Parrain du Mitan (mafia santognaise)
« Oui. Je n’ai pas réussi à faire plier le gouvernement en notre faveur, cette femme est aussi butée que zélée. Ne tardons pas à y répondre. »
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[center] Varaunes, Province de Varaunes, Santogne

[img]https://i.imgur.com/ym0NAAe.png[/img][/center]

Savaric, lui aussi, avait gardé son alliance mais c’était pour en espérer en tirer le prix maximum en fonction des cours de l’or et de l’argent. Il avait dormi dans sa voiture cette nuit-là, après plusieurs verres et le réveil fut difficile et très désagréable. Depuis des mois, il transportait la marchandise mais hier, le Mitan lui avait donné une mission d’un nouveau genre : réclamer leur dû aux mauvais payeurs. Alors qu’il tentait de se vider l’esprit avec une bouffée de nicotine, son téléphone crypté retentit : c’était Romuald, son interlocuteur du BCR, le Bureau Central du Renseignement.

Romuald :
Bureau Central du Renseignement
« Alors !!! J’essaie de te joindre depuis des heures, on pensait qu’il t’était arrivé quelque chose. Qu’est-ce qu’ils t’ont demandé, hier ? »

Savaric :
Indic
« Bah… Je devais m’occuper de mauvais payeurs… Un couple de drogués… La meuf me suppliait… J’ai appuyé sur la gâchette et voilà. »

Romuald :
Bureau Central du Renseignement
« Des drogués ? Tu te mets dans cet état pour avoir tué des déchets ? »

Savaric :
Indic
« C’était la première fois, hein… »

Romuald :
Bureau Central du Renseignement
« Tu crois qu’ils t’auraient accordé leur miséricorde s’ils étaient à ta place ? De toute façon, tu ne risques rien, le parquet est déjà au courant et nous tolère une « marge ». Il fermera les yeux et se contentera de conclure en un règlement de comptes. J’ai eu la confirmation de Delpuech elle-même. Par contre, j’espère que tu leur as fait bonne impression. Obtenir leur confiance passe par des sacrifices comme celui-ci, c’est une manière pour eux de tester ta malléabilité. »

Savaric :
Indic
« Ouais, si tu le dis. Je pense avoir fait bonne impression mais tu sais comme ils sont ces mecs, ils ont ce visage froid, sans expression. »

Alors qu’il raccrocha à son employeur, une second sonnerie retentit, celle d’un téléphone à abonnement prépayé. Après un « putaing » prononcé avec l’accent santognais, l’indic fouilla dans les immondices de sa voiture le précieux objet.

Savaric :
Indic
« Ouais, allô ? »

Oton Pélaquier :
Lieutenant du Mitan
« C’était un échauffement hier. Prépare-toi à entrer dans l'Histoire. »[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Prises de têtes (3/?)
24 mars 2037
virtopie.sg/index, deep web


[img]https://i.imgur.com/bDSMhPr.png[/img][/center]

[justify]Cojuzzz_908 était arrivée dans le monde des Plaines de l’Aurore. Du haut de ses 82 pixels de haut, elle était née directement adulte, sans avoir le moindre souvenir de sa prétendue enfance. Son créateur s’est contenté de lui attribuer une au hasard grâce à l’outil implanté lors de la version 3.2.18. De toute façon, c’était à se demander si elle avait vraiment des capacités cognitives. Là, au sommet de la plaine, figurait une coiffeuse en bois ou plus exactement qui n’en avait que l’aspect du bois. C’était comme le reste de ce monde une accumulation de pixels plus ou moins modélisés. Le créateur de ce monde avait néanmoins pris la peine d’incrémenter dans la version 1.6.10 le reflet des personnages qui le peuplaient dans les miroirs. Cojuzzz_908 devait se « relooker », c’était l’une des missions affichées à droite de l’écran : elle lui offrait 300 points. Les points pouvaient s’échanger par de nouvelles tenues, par une voiture, par une maison, par un jet-ski, par une fusée ou par ces ailes de chauve-souris qui permettaient de voler. Et si l’on en avait assez d’attendre, on peut s’octroyer 100 000 points pour 9.99 ₱ SAN, au lieu de 39.99 ₱ SAN. Cette « offre exclusive » était censée s’achever au 31 décembre 2035.

Cette promotion était surtout une occasion pour stopper la chute de la fréquentation de Virtopie, ce jeu en ligne massivement multijoueur à destination d’un public d’adolescents à la quête de leurs propres identités. Lancé en 2027, le site a connu un succès immédiat mais progressivement, il s’est vidé. De 15 mondes virtuels disponibles, le site est passé à 3, tandis que certaines fonctionnalités buggées sont restées sans résolution. Impossible désormais de passer le niveau 37 de son personnage ! Cette défection a laissé un monde à la fois, paradoxalement, sans vie et immortel. Tous ces millions d’avatars créés restent piégés d’un monde qui avait été créé pour eux, qui n’a ni fin ni sens. Virtopie n’est plus référencé par les moteurs de recherche mais continue d’exister, sous une forme pirate. Au meilleur de sa forme, cette version accueillait désormais jusqu’à 30 joueurs par mois, qui peuvent se balader tranquillement dans l’immensité des lieux sans être pixellement bloqués par d’autres.


[center][img]https://i.imgur.com/LaRUNr6.png[/img][/center]

Le serveur était aujourd’hui utilisé pour communiquer sans laisser de traces et même pour se transférer de l’argent virtuel convertible à l’abri des regards. Cojuzzz_908 était la représentante d’une faction socialiste qui sévissait sur l’Internet santognais, à coup d’attaques informatiques, mais qui s’apprêtait à agir dans le monde réel. Pour ce faire, Cojuzzz_908 avait rendez-vous avec xXx_Punoz_xXx dans le parc des Arbres de Métal. C’était un représentant du Mitan, qui voulait s’assurer quelques conditions avant d’officialiser la transaction.



[center][img]https://i.imgur.com/C8XnXpB.png[/img][/center]

xXx_Punoz_xXx:
Avatar du représentant du Mitan (mafia santognaise) sur Virtopie
« :) »

Oui et ? Cojuzzz_908 lui rendit la politesse mais le mafieux continua :

xXx_Punoz_xXx:
Avatar du représentant du Mitan (mafia santognaise) sur Virtopie
« :) »

Cojuzzz_908 tilta : avant le niveau 10, il est impossible de parler aux autres avatars autrement qu’au travers de smileys, à moins qu’ils vous acceptent comme amis. Elle s’exécuta, libérant ainsi la parole de leurs personnages respectifs.

xXx_Punoz_xXx:
Avatar du représentant du Mitan (mafia santognaise) sur Virtopie
« le mitan peut vs couvrir mais seulement si vs vs tenez au plan initial = aucune effusion de sang »

Cojuzzz_908 :
Avatar du représentant de la faction socialiste sur Virtopie
« ok »

xXx_Punoz_xXx :
Avatar du représentant du Mitan (mafia santognaise) sur Virtopie
« vs communiquerez code 57480 a votre interlocuteur. si votre plan échoue pas de couverture de notre part. essayez pas de nous trahir on sait tout de vous »

Cojuzzz_908 :
Avatar du représentant de la faction socialiste sur Virtopie
« ok »

Grâce à la magie de Virtopie, xXx_Punoz_xXx disparut la seconde d’après, laissant comme seule trace éphémère de son passage les messages envoyés qui, un à un, sortirent du cadre du jeu. Derrière son écran, l'utilisatrice souffla de soulagement, comme si elle venait d'affronter le mafieux en réel. Elle ferma la fenêtre, condamnant Cojuzzz_908 à la disparition définitive de cette utopie virtuelle. Ses prochaines cibles ne seront pas des amas de pixels.[/justify]
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