Interview de Tsuzumi Takashima, administratrice en chef du département de l’enseignement et de la recherche, à l’occasion du démarrage prochain des recherches Enaakiennes pour la production d’hydrogène, réalisée au centre de recherche technologique II d'Enaake.
L’hydrogène, élément le plus répandu dans notre univers, est-il la prochaine source d’énergie propre de la simpoterre ?
Pour commencer, une petite correction s’impose : l’hydrogène n’est pas en soi une source d’énergie, mais un vecteur d’énergie, tout comme l’électricité : il transporte l’énergie produite par une autre source. Ceci étant dit, examinons la question de sa propreté. Utilisé dans une pile à combustible, il présente comme avantage de ne produire que de l’eau en guise de déchet, c’est une bonne chose. Mais pour déterminer véritablement si l’hydrogène est propre, c’est-à-dire s’il n’émet pas de gaz à effet de serre ou de particule polluante, il est nécessaire de se pencher sur son cycle de production et son utilisation. En effet, s’il abonde à l’état naturel, l’hydrogène est rarement pur, il faut donc consommer de l’énergie pour pouvoir le séparer du carbone ou de l’oxygène avec lequel il est mélangé. Ensuite, comme il est peu dense, il ne peut être exploité qu’une fois comprimé ou liquéfié, et là encore, de l’énergie est nécessaire pour ce faire. Donc, l’emploi de l’hydrogène n’a de sens que si l’énergie utilisée pour sa production est en elle-même propre.
Quels sont les autres avantages et inconvénients de l’hydrogène ?
L’hydrogène, à poids égal, libère trois fois plus d’énergie que l’essence, mais il est aussi beaucoup plus volumineux que tout autre gaz. Ainsi, un litre d’essence produit autant d’énergie que 4,6 litres d’hydrogène. Ensuite, un autre désavantage est que sa production demande pour le moment de consommer du gaz naturel, des hydrocarbures liquides ou du charbon, car s’il est également possible de le produire par électrolyse de l’eau, cette méthode n’est aujourd’hui pas rentable. Quant à la photoélectrolyse, la décomposition thermochimique de l’eau ou l’utilisation de micro-organismes, ces diverses méthodes ne sont malheureusement pas encore opérationnelles. Dans un premier temps, l'hydrogène enaakien sera donc issu de gaz naturel, mais nous prévoyons de nous pencher rapidement sur l'amélioration des techniques d'électrolyse de l'eau. Un autre désavantage est que ce gaz est très léger, ce qui est un handicap pour son stockage et son transport, qui doit se faire soit via des bouteilles, soit via des pipelines. Son transport est cependant également possible sous forme liquide, mais il est bien plus coûteux.
Dans ce cas, s’il présente autant de désavantages, pourquoi lui accorder un si grand d’intérêt ?
Si aujourd'hui, il est effectivement peu rentable, les avantages que nous en tireront demain méritent un investissement massif de notre part. Parce que demain, associé à des piles à combustible, il pourrait par exemple être un excellent moyen de stockage de l’énergie, y compris à grande échelle. Couplé avec des sources d’énergie propres, il pourrait réduire à néant les émissions de gaz à effet de serre et de polluants. Imaginez les bénéfices de son utilisation dans des piles à combustibles placées au cœur d’un réseau d’énergie vertes intermittentes comme le solaire ou l’éolien. Il pourrait permettre d’éviter le gaspillage d’énergie en la stockant quand elle est produite en trop grande quantité, pour la redistribuer ensuite lorsque le réseau en manque. Or, si l’on en juge l’actualité Enaakienne, nous nous dirigeons justement aujourd’hui vers une société à l’énergie 100% verte d’ici 2050. En ce qui concerne la mobilité à Enaake, nous pouvons aussi imaginer remplacer bientôt notre parc de véhicules par des modèles 100% électriques fonctionnant avec des ces mêmes piles. De plus, l’hydrogène est également un composant chimique très employé dans diverses applications industrielles, et peut servir de combustible dans le domaine aérospatial. Il est ainsi déjà prévu que les lanceurs ANAIS II d’Enaake soient dotés de cette propulsion. Pour toutes ces raisons, l’hydrogène a le pouvoir d’insuffler un nouveau souffle à notre île. Il est notre avenir, et il nous permettra de le définir à notre guise.
[center]L'environnement et la santé au cœur de la recherche Enaakienne[/center]
Préoccupations grandissantes au sein de la communauté Enaakienne, les domaines de la santé et de l'environnement concentreront cette année l'essentiel de la recherche insulaire, avec pour ambition à long terme de modifier en profondeur notre île et sa technologie. Explications.
Concernant la santé tout d'abord, de nouvelles recherches dans le domaine des antibiotiques devraient démarrer très bientôt. L'objectif de celles-ci sera d'une part d'étendre le rayon d'action des produits pharmaceutiques Enaakiens à de nouvelles pathologies, et d'autre part de rehausser l'efficacité des traitements déjà existant. En effet, face à leur adaptation constante à ces derniers, les chercheurs Enaakiens promettent de se focaliser sur la mise au point de nouveaux mécanismes d'attaque pour combattre ces pathogènes, qui seront employés pour remplacer les antibiotiques actuels devenus obsolescents. Pour se faire, la recherche médicale Enaakienne bénéficiera sur le long terme de budgets confortables et de la réouverture des laboratoires du centre universitaire d'Enaake I, remis à neufs et rééquipés dernièrement. Les bactéries et autres microbes qui nous empoisonnent la vie n'avaient qu'à bien se tenir !
L'autre thème qui sera cette année au cœur de la recherche Enaakienne, et non des moindres, sera celui de l'environnement. Pas moins de trois équipes de recherches y consacreront leur temps et leur énergie. Elles auront à relever les défis suivants : développer de nouvelles méthodes de recyclage des produits électroniques, percer le secret de la production d'hydrogène et mettre au point de nouveaux matériaux composites. L'intérêt environnemental de la première mission mentionnée précédemment est immédiatement identifiable : permettre de recycler un maximum de matières premières présentes dans nos déchets pour limiter le gaspillage de ressources et la pollution liée à leur extraction et leur transport depuis l'étranger jusqu'à notre île. Une tâche pas si évidente qu'il n'y parait. Prenons l'exemple d'un produit électronique lambda parmi tous ceux que notre île produit : un téléphone mobile modulaire Dark Orbit. Fine fleur de la technologie d'Enaake, conçu pour durer, il n'en finira pas moins fatalement par rendre l'âme. Que feront nous alors de lui ? Assemblage de multiples composants pour la plupart miniaturisés, il contient de fines quantités d'or, de cuivre, de lithium, d'argent, de silicium, de tantale, de bore, d'indium, de brome, de carbone, de platine ou encore de palladium, d'étain et de plomb. Trier et recycler ces matériaux, présent en petites quantités et souvent assemblés entre eux, constitue un défi épineux ! Epineux certes, coûteux également, au regard de la valorisation de ces matières premières, extraites aujourd'hui à coûts financiers modérés pour un coût environnemental exorbitant, mais pas impossible, et surement pas inutile… Car le recyclage de ces matériaux devrait grandement contribuer à rendre véritablement "vertes" les nouvelles technologies énergétiques et informatiques en pleine expansion à travers le monde très friandes de ces derniers.
En ce qui concerne l'hydrogène et les matériaux composites, comprendre l'intérêt de ces recherches pour l'environnement est moins évident. En vérité, ces deux recherches ne constituent pas un but en soi, mais les premières marches d'un plan plus vaste pour la transformation des réseaux électriques de notre île. Alors que la construction de centrales solaires débutera cette année à Enaake, nous devons garder à l'esprit que celles-ci ne pourront alimenter nos réseaux électriques que pendant les heures d'ensoleillements de notre île… or, si les besoins énergétiques d'Enaake sont certes plus grand le jour, il n’en demeure pas moins qu'ils persistent la nuit… De même, un certain nombre des autres technologies énergétiques "vertes", comme les éoliennes, sont intermittentes car, dans cet exemple précis, dépendantes des vents, tout comme les stations houlomotrices sont dépendantes de la force des vagues, etc… d'où la nécessité de trouver des moyens de stocker l'énergie lorsqu'elle est produite en grande quantité, pour la redistribuer ensuite lors des périodes de creux… Un objectif qui ne pourra voir le jour sans la création d'un réseau électrique véritablement intelligent, nécessitant des matériaux composites évolués, et intégrant des moyens de stockage de l'énergie, dans lesquels l'hydrogène jouera indubitablement un rôle clef (voir nos publications précédentes sur le sujet).
Enfin, la recherche technologique Enaakienne sera également portée sur le développement de l'industrie robotique, dans un premier temps de loisir, à des fins cette fois-ci essentiellement stratégiques pour notre économie, déjà assez largement spécialisée dans le domaine de l'électronique, qui figure déjà à la pointe de l'industrie dronautique mondiale. A terme, la maitrise des domaines de la robotique de service et de la robotique industrielle pourrait également jouer un rôle important dans le développement de nos moyens de production aux vues des faibles capacités purement humaines disponibles sur notre île.
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Dates de démarrage officielles des recherches :
Antibiotiques : 15 mai 2036
Recyclage mécanique : 13 mai 2036
Hydrogène : 23 juin 2036
Matériaux composites : 12 juillet 2036
Robotique : 10 mai 2036