ACTIVITÉS | Barneko Jarduerak

Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une quille à la mer
20 février 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/03/1/1516043505-chantiers-navals.png[/img]
[cap]Les chantiers navals de Vitorio-Erregea.[/cap][/center]

Ça y est : l'ordre avait été donné. Oui, l'ordre, cet ordre qui relancerait tous les espoirs de la marine militaire txiléenne : l’État txiléen avait passé commande auprès de sa propre société de construction navale militaire, la [url=http://www.simpolitique.com/vok-societe-des-chantiers-navals-vitorio-erregea-t15961.html]Vitoriako Ontziola Konpainia[/url] (VOK, « Société des Chantiers Navals de Vitorio-Erregea »), pour construire de nouveaux navires. On ne savait pas combien, les ordres étaient encore un peu flous, mais la machine de construction était en marche. Les ouvriers étaient réveillés alors qu'il était encore tôt, le soleil se levait à peine tandis que la matinée de dur labeur débutait pour les ouvriers txiléens. Ils étaient certes qualifiés pour le métier, mais ils restaient des ouvriers : pas de répit pour eux, surtout qu'ils étaient fonctionnaires, l’État ne leur ferait pas de cadeau.

Tandis que les ingénieurs invectivaient leurs subordonnés techniciens, des camions déboulaient petit à petit sur les chantiers navals, et les matières premières raffinées arrivaient directement, depuis les stocks du centre-ville : tuyaux d'acier, plaques, le première matériel était déjà préparé pour les « urgences ». En attendant, on avait également passé commande auprès de différentes entreprises pour venir alimenter les chantiers en matériau raffiné : l'acier était la principale ressource manquante, étant donnée la quantité colossale qui serait nécessaire pour venir à bout de la carcasse des navires. Du côté des planificateurs du projet, on s'organisait : on était désormais au courant que l’État avait commandé auprès de la VOK plusieurs frégates. On ne savait pas encore combien.

Sur les six emplacements des chantiers navals de Vitorio-Erregea, cinq étaient déjà animés par une activité bouillonnante, tandis que le sixième manquait de matériel pour répondre à la commande. On savait que la construction durerait quelques mois, mais on ne savait pas combien. Tout le port était devenu sujet à un intense bouillonnement, où se succédait les camions aux fourgons de travailleurs : le tout s'organisait comme une petite armée qui, alertée quelques jours plus tôt par l’État txiléen et le Defentsa Ministerioa (Ministère de la Défense), s'était préparée à intervenir rapidement pour démontrer à l’État l'utilité de son investissement (qui, étant donné les sommes engagées, devait très rapidement devenir rentable, sous peine de voir les chantiers fermer dans les semaines à venir).

Les dortoirs des ouvriers n'étaient pas trop éloignés des chantiers, et avaient été prévus pour de longs séjours des techniciens et ingénieurs sur les chantiers, loin de leur domicile, pour faciliter l'accès au lieu de travail. Beaucoup de choses avaient été optimisées, car on savait que l’État serait exigeant et compterait rubis sur ongle son retour sur investissement, notamment en espérant que les constructions navales aboutissent avant la fin de l'année 2035, ce qui serait un défi quelque peu illusoire. Le temps n'avait pas encore été estimé, malgré la prévoyance des ingénieurs attachés au projet. Du côté de ses derniers également, de nouvelles communications de l’État avaient assuré à la VOK que dix frégates seraient commandées.

Mais pas n'importe quelle frégate : en effet, l’État réclamait un modèle précis de frégates obsolètes, dont la VOK était également l'unique fabricant ; l’État s'était arrangé pour transférer le brevet et les plans du navire lors de la création de la société de fabrication navale militaire, en début d'année. Tandis qu'on s'activait, on prévoyait deux vagues de construction, pour seulement cinq emplacements de construction navale utilisables et un réservé à d'autres travaux. Ainsi, on espérait pouvoir finir cinq frégates d'ici la fin de l'année, et cinq autres l'année prochaine, pour pouvoir recommencer de nouveau en 2036, et lancer l'Itsas Indarra, la marine txiléenne, dans une politique d'expansion numérique, pour assurer de fournir de quoi broyer aux revanchistes txiléens.

Bien sûr, on ne comptait pas repartir en guerre : le gouvernement voulait simplement s'assurer une défense colossale, pour ne plus jamais essuyer les mêmes échecs. L'erreur du gouvernement résidait dans les effectifs : en effet, il avait privilégié, depuis 2029 (année d'élection de l'ancien Lehendakari Pantxiko Eraul, qui plaça le gouvernement actuel en tant que son propre gouvernement) une politique militaire de perfection technologique. Oui, l’État espérait qu'une armée moderne avec des effectifs réduits pourrait venir à bout de l'opposition facilement, ce que les opérations militaires en Algarbe-du-Sud avaient démontré comme étant une conception erronée de l'affaire militaire, en tout cas sur le plan naval : l'effectif minimaliste de la flotte de guerre txiléenne était une faiblesse pour l'état-major.

Pis encore : le débarquement de forces armées uhmanéennes hostiles sur l'île de Labegaray était essentiellement le fait d'une faiblesse numérique de la flottille txiléenne, qui s'était même vue infliger de très lourdes pertes, désormais irremplaçables. L’État ne pouvait désormais plus faire marche arrière, la Txileko Gudarostea (armée txiléenne) non plus : l'ennemi s'était chargé de détruire la supériorité technologique du Txile, qui était désormais irremplaçable. Il faudra désormais palier aux défauts de la flotte de guerre txiléenne en remplaçant la supériorité technologique par une « égalité technologique », mais aussi une supériorité numérique. Les dix frégates obsolètes à venir faisaient également partie de ce grand plan de réarmement naval.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
3 mars 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/03/7/1516562920-ville-bombardee.png[/img]
[cap]Le quartier de l'Aerugo, à Igoera.[/cap][/center]

Il n'avait pas fallu attendre que le conflit dit de la « Guerre des Containers » prenne fin pour que l’État s'intéresse à la reconstruction des infrastructures civiles qui avaient été démolies par les bombardements intensifs opérés par les missiles de croisière de l'Union Panocéanique et de l'Uhmali, embarqués à bord d'une trentaine de croiseurs chargés initialement de bombarder toutes les villes côtières du Txile. En effet, ces quelques navires de surface avaient à eux seuls entraînés la mort de plus de cinq milles citoyens txiléens, sous le feu des bombardements, en plus des pertes militaires du Txile dans le conflit. Outre le nombre important de txiléens morts pendant le conflit - plus de dix milles - le Txile devait maintenant réparer ce que ses ennemis de toujours avait détruit.

On retenait seulement une phrase : « enoiz ez » (« plus jamais ça »). On avait débarqué des milliers de soldats ennemis sur les côtes nationales, on avait bombardé allègrement les agglomérations côtières du sud du Txile, on avait humilié la quasi-intégralité de la population de l'île de Labegaray, peuplée de plus de cent milles âmes avant le débarquement uhmanéen, allant jusqu'à déporter ces cent milles habitants et en jeter plus de soixante-dix milles à la mer, dans l'espoir d'utiliser cette « marée humaine » comme d'un bélier contre les défenses côtières du Txile, sommairement érigées, mais défendues par plus de cent milles soldats modernes, qui n'attendait qu'une chose pour faire déferler l'enfer sur les « deabru zuriak » (« diables jaunes »).

Partout où l'ennemi avait tiré, détruit, cassé ou marché, il fallait réparer. Après avoir repris l'île de Labegaray aux occupants uhmanéens une fois ceux-ci partis, trente jours après la signature du traité de paix, les autorités txiléennes devaient maintenant lancer la reconstruction : partout, des grues, des investisseurs, des ouvriers, s'acharnaient dans leur propre intérêt (la construction et la reconstruction étant un terrain fertile à la spéculation foncière), mais également dans l'intérêt général. En effet, on ne reconstruisait pas pour que le tout soit détruit une nouvelle fois : on construisait dans l'espoir que la prochaine fois, la marine de guerre txiléenne, en cours d'expansion par l’État, permettrait de défendre bien plus efficacement les côtes nationales. Une humiliation, une fois, mais pas deux.

L’État avait passé commande auprès de nombreuses entreprises nationales, mais aussi étrangères, et notamment regenlandaises, pour venir reconstruire tous les bâtiments d'intérêt public : les musées, les mairies, les gendarmeries, les commissariats, tout ce qui était détruit devait être rénové au plus vite pour pouvoir accueillir de nouveau un semblant de vie normale. En effet, les soixante-dix milles habitants de l'île de Labegaray qui avaient été déportés dans des camps à l'extrême-ouest de l'île devaient désormais vivre pour une période indéterminée sur le continent, dans des établissements publics d'hébergement, qui étaient complètement dépassés par le nombre de réfugiés à accueillir. Cela dit, nombreuses étaient les familles à avoir accueilli des proches, autant de l'île de Labegaray que du reste de la province de Pomaroak.

Oui, en effet, c'était toute une province qui avait été menacée : pas moins de deux millions de personnes étaient menacées, et la moitié d'entre elles s'étaient rendus à l'intérieur des terres lors du passage des navires de l'Union Panocéanique, dans l'espoir infime de se sauver des bombardements tant qu'il en était encore temps. L'inaction de l'état-major, bien que très largement critiquée par les pacifistes ou revanchistes les plus écervelées, étant en réalité mûrement réfléchi : on attendait, dans l'espoir que l'ennemi vienne à commettre de lui-même une erreur, afin de l'entraîner dans les mailles du filet du dispositif défensif. Le court-circuit institutionnel orchestré par l'ex-conseil princier pour signer le traité de paix avait ravi à la barbe de l'état-major la victoire décisive qu'il cherchait tant à entraîner.

Du côté des civils, bien que l'on entretienne, pour les les locaux les plus pacifistes, une légère rancœur pour les soldats txiléens et leur inaction, c'était généralement l'ennemi ventélien qui était désigné comme coupable : il s'en était fallu de peu pour que les derniers soldats uhmanéens présents sur l'île de Labegaray ne soient victimes d'exactions des populations civiles, entraînées par un fort revanchisme et un dégoût profond pour les « deabru zuriak » (« diables jaunes »). Mais du côté de l’État, on en était pas réduit à cracher sur l'ennemi uhmanéen, qui s'était montré particulièrement tenace et décisif : sans l'entrée en guerre de l'Uhmali, les troupes txiléennes auraient encore été en Algarbe-du-Sud à l'heure qu'il est. Le retournement de veste de l'Organisation de Coopération de Choenglung, qui avait revu sa Charte spécifiquement pour faciliter l'admission du Vryheid et du Mahajanubia dans l'organisation, était un nouveau coup de couteau : ici, au Txile, on n'était pas près de l'oublier.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Recherche à propulsion
6 mars 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/50/3/1513174600-reacteur-d-avion.png[/img][/center]

Les locaux centraux de l'Ikerketa Institutu Zentrala (IIZ, « Institut Central de Recherche »), à Isabarrau, dans le Territoire de Nazkoa, était sujets à une intense activité. En effet, bien que les recherches de la commission numéro six, chargée de la supervision du transfert de la technologie des réacteurs d'avions (Réacteurs d'avions ▮), s'étaient légèrement estompées devant les autres transferts technologiques, notamment ceux concernant la technologie de fabrication des sous-marins (Sous-marin ▮▮), mais aussi des hélicoptères obsolètes de combat (Hélicoptère d'Assaut ▮▮), une activité folle semblait avoir prise possession du groupe de chercheurs de la commission chargée du transfert technologique qui concernait principalement des équipes étrangères de yuhanacs, de vonalyans mais aussi de kaiyuanais.

Tout ce beau monde, après les premières semaines de progression folle, s'était enlisé dans la progression lente et pénible, mais également plus protocolaire que l'emballement soudain qui avait animé la commission n°6 pendant les premières semaines. Plutarke Yurrebaso, chercheur en chef des commissions six, sept, huit et neuf, était également un très bon ingénieur. La progression, bien que désormais lente, douloureuse et coûteuse pour l'équipe de chercheurs plurinationaux, se faisait tout de même, malgré la réticence évidente des chercheurs yuhanacs, qui voyaient leur pays d'origine s'effacer peu à peu de la scène internationale, derrière un Txile dominant largement le continent dorimarien, sans pour autant chercher à entretenir des relations plus que cordiales avec la Confédération impériale du Yuhanaca.

De leur côté, les chercheurs d'origine kaiyuanaise et vonalyanne travaillaient sans coup férir, malgré la récente léthargie dans laquelle était entrée la monarchie vonalyanne (retrait diplomatique qui, sans aucun doute, permettra un retour en force de la nation scandinave sur le plan géopolitique d'ici quelques semaines, à n'en point douter). Convaincus des bonnes relations qu'entretenait la République txiléenne avec ses deux nouveaux alliés (l'empire kaiyuanais et le royaume vonalyan s'étant engagés en tant qu'allié défensif du Txile après la fin du récent conflit, tout en soutenant avec distance cependant l'intégrité de la nation txiléenne). Ces derniers, malgré la barrière du langage, avaient vite appris la langue nationale, et pour ceux n'y connaissant rien, l’État mettait à disposition des traducteurs officiels de la République.

Le changement de régime officieux de la République txiléenne n'avait rien perturbé dans les transferts, les traités diplomatiques n'ayant pas à être reconduit étant donné que le nouveau chef d’État du Txile, le Kontsula (consul) Gaspar Esparzako, succédait légitimement au Lehendakari (président) Pantxiko Eraul après sa démission. De plus, l'autonomie de l'Ikerketa Institutu Zentrala assurait également à ce dernier de ne pas être déstabilisé dès que l’État, ou le gouvernement, l'était. On avait de plus rarement vu une telle activité dans l'institut : il était même rare que par le passé, plus de deux recherches se déroulent en même temps, plutôt que d'être étalées dans le temps. Bien que le second quinquennat de Pantxiko Eraul se soit achevé de façon houleuse, l'influence de sa politique diplomatique ultra-active planait encore.

L’État était le principal patron de l'institut technologique txiléen, bien que des investisseurs aient tenté de privatiser la société par le passé, en rachetant progressivement des parts, même si l’État restait au final le sommet de la chaîne. Les investissements privés avaient essentiellement pour but de faciliter la recherche en la désolidarisant de l’État, qui chercherait sans doute à développer et à transférer des technologies militaires en priorité, tandis que le marché cherchait plutôt des technologies d'intérêt commun : commerce, industrie, économie, numérique... L'innovation devait viser un plus grand ensemble, c'était également la logique de l'innovation technologique au Txile et dans l'Ikerketa Institutu Zentrala : le progrès technologique pour l'intérêt commun.

De leur côté, les chercheurs de la commission n°6 était revigorés à l'idée que le transfert technologique du Yuhanaca, du Vonalya et du Kaiyuan vers le Txile était déjà à la moitié, voire même aux deux tiers de sa progression initiale : c'était un bon signe, mais également un retour prématuré pour les chercheurs étrangers dans leur pays d'origine, pour retrouver leurs familles, mais aussi leur patrie. Il n'était pas question de les retarder : cela avantagerait l’État txiléen, outre le fait de véhiculer une image bienfaisante et efficace des institutions technologiques txiléennes. De plus, les premiers modèles de réacteurs d'avions avaient finalement été fabriqués... À quand les premiers tests, pour peut-être voir le projet aboutir bien plus rapidement que prévu ?[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
9 mars 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/04/2/1516737428-manifestation-pro-basque.png[/img]
[cap]Une manifestation pro-euskale après le départ des troupes uhmanéennes. [/cap][/center]

Cela faisait déjà plus d'un mois que le conflit dit de la « Guerre des Conteneurs » avait [url=http://www.simpolitique.com/accords-nazioarteko-hitzarmenak-t15781.html#p331507]pris fin[/url], et cette durée marquait la fin d'une période sombre pour les habitants de l'île de Labegaray. En effet, après un mois de préparations et de départs progressifs, les derniers soldats uhmanéens présents sur le sol txiléen, sur la petite île de l'extrême-sud du Txile, où ils avaient opéré un débarquement intempestif, profitant du manque de préparation défensive de la Txileko Gudarostea (l'armée txiléenne) pour tenter d'établir une tête de pont sur le continent dorimarien, pour ouvrir un nouveau front dans la guerre, après la « fermeture » du front d'Algarbe-du-Sud, ouvert par le débarquement des troupes coalisées, quasi-identiquement à celui opéré par les uhmanéens.

Après le départ des derniers soldats impériaux, qui devaient s'organiser officiellement le trois mars, soit un mois exactement après la [url=http://www.simpolitique.com/accords-nazioarteko-hitzarmenak-t15781.html#p331507]signature[/url] du traité de paix entre le Txile et l'Union Panocéanique. Le départ des soldats ventéliens, qualifiés de « deabru zuriak » (« diables jaunes » en euskara) par les locaux, qui avaient vu d'un très mauvais œil l'arrivée de représentants directs de l'impérialisme britonnique sur la petite île labegarayenne. A vrai dire, la population insulaire locale étant quasi-exclusivement composée d'euskals, l'arrivée de ventéliens directement hostiles à l'intégrité de la nation txiléenne avait été particulièrement mal vue, notamment après les exactions des autorités militaires de l'Union, qui venaient briser les jolis discours mielleux et on-ne-peut-plus fallacieux de l'état-major ennemi.

Oui, malgré les nombreuses menaces, les nombreux conseils et autres tentatives de déstabilisation et de guerre psychologique, les actions de l'état-major combiné des forces armées de l'Union Panocéanique avaient grandement contribué à unir la population locale contre un envahisseur décidément pas très commode. Outre le chauvinisme ethnique des euskals, la déportation de la quasi-intégralité de la population de l'île de Labegaray, soit un peu moins d'une centaine de milliers de labegarayens, puis leur exil forcé par la mer (où un certain nombre d'entre eux moururent des conditions difficiles de la traversée) pour rejoindre le continent, l'état-major uhmanéen espérant sans doute, dans l'opinion publique txiléenne, pouvoir abuser des défenses côtières du Txile en se servant d'une vague humaine, notamment contre les mines.

C'était des méthodes cruelles, qui avaient tôt fait de raviser les potentiels habitants de l'île qui cherchaient à s'attirer les bonnes faveurs de l'occupant : c'était tout bonnement impossible, autant par solidarité que face au traitement de presque-esclave par l'Union Panocéanique, qui proposait aux labegarayens de travailler pour le compte des armées d'occupation. D'ailleurs, les quelques-uns qui s'y étaient aventurés avaient été traités de façon pitoyable par l'Empire uhmanéen, et pis encore par les habitants labegarayens dans les villages isolés, une fois les soldats de l'Union Panocéanique partis : des lynchages s'organisaient, discrètement, contre ces « traîtres », ces « métisses ». Oui, elles n'étaient pas nombreuses, mais des femmes txiléennes avaient couchées avec des soldats uhmanéens.

Le sort qui leur était réservée était triste : après un tabassage en règle et un avortement forcément prématuré, entraînant sans aucun doute la mort de l'embryon, dans un élan de conservation ethnique poussé par les populations rurales de l'île, qui semblait préférer voire quelques-uns souffrir plutôt que d'accepter des métisses dans la population locale d'ici un an ou deux. C'était d'ailleurs une double punition, injuste, pour ces femmes : souvent violées par les occupants, elles se voyaient maintenant réduites à néant par l'action populaire, et la vindicte. C'était de toute façon le sort réservé aux « catins de guerre » : la mort, ou l'humiliation. Peu de femmes, se sachant enceintes, choisissaient la voie de la mort : c'était dans la honte qu'elles vivraient pour le restant de leurs jours.

De son côté, la Txileko Gudarostea (l'armée txiléenne) avait réinvesti rapidement l'île, tout en laissant les victimes de la vindicte populaire souffrir : c'était une cruelle vengeance pour les soldats qui, après avoir été chassés de force de l'île de Labegaray par le nouvel arrivant uhmanéen, voyaient des euskals travailler pour le compte des ennemis. Il n'y a rien de plus injuste que la justice militaire : c'est la force qui décide, et la force a toujours raison. De nombreuses manifestations également avaient été organisées, pour fêter, dans une espèce de « convergence des luttes », le retour de l'autorité txiléenne sur l'île, du retour de la démocratie, du départ des oppresseurs, des envahisseurs, des étrangers, des jaunes, des noirs, des hindous. La guerre était finie, mais pas pour le peuple.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
14 mars 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/46/5/1510948516-port-algarbien.png[/img][/center]

Dans le port côtier de [url=http://www.simpolitique.com/encyclopedie-des-provinces-zeederlandaises-regenland-t15642.html#p327834]Nieuw-Groterdam[/url], au Regenland zeederlandais, plusieurs conteneurs étaient déchargés par des grues gargantuesques qui, fonctionnant inlassablement, déplaçaient les conteneurs métalliques du quai jusqu'au navire ou inversement. Sur un gros cargo d'origine amarantine, on pouvait observer plusieurs conteneurs de couleur légèrement différente, d'un rouge ocre. Ces conteneurs, frappés à certains endroits d'un petit croissant et d'une étoile, venait d'un pays d'orient, à la croisée des mondes céruléen et marquésien : le Sultanat d'Aznatirk. Là-bas, le gouvernement avait annoncé vouloir officiellement désarmer un peu moins de la moitié de l'armée aznatirk. C'était une occasion en or pour les armées du monde : de l'équipement obsolète à bas prix.

Et effectivement, les gouvernements et états-majors avaient sauté sur l'occasion : rien qu'en Hachémanie, c'était pas moins de deux cents trente milles unités d'équipement qui avaient été livrées pour l'armée hachémanienne, tandis que le Txile avait plus modestement racheté vingt milles unités d'équipement obsolète. C'était certes peu, mais assez pour l'instant : on tâcherait de produire le reste un peu plus tard. L'état-major de la Txileko Gudarostea, l'armée txiléenne, s'était chargé de monter en quelques semaines des camps de formation. L'objectif était simple : former de nouveaux soldats. L'armée professionnelle qu'était la Txileko Gudarostea devait désormais s'élargir. Certes pas à toute la population majeure, donc pas sous la forme d'une conscription en bonne et due forme, mais plus simplement, en recrutant un plus grand nombre de citoyens dans ses rangs, afin de les étoffer et de remettre sur pied le prestige d'une armée qui en avait pris un coup.

On avait désormais l'équipement : vingt milles fusils, casques, gilets, pour former et équiper les nouvelles troupes. Il manquait désormais le nombre : il fallait recruter. Bien sûr, dès que des affiches étaient placardées dans les rues pour recruter de nouveaux soldats, il y avait toujours des volontaires, surtout pour un effectif aussi restreint : vingt milles personnes, ce n'était pas grand chose pour un pays de vingt-cinq millions d'habitants, bientôt vingt-six, dont la croissance démographique dépassait trois pourcents. Il fallait de l'emploi pour les générations à venir, et l'armée serait la voie parfaite pour cela. Bien sûr, on ne comptait pas élargir le recrutement à la conscription générale : pas question de mener une horde de soldats mal entraînés au front, mais bien de diriger une armée de professionnels, plus nombreux cette fois.

Le corps des instructeurs-officiers était prêt : avec des pertes militaires s'élevant à plus de cinq milles soldats, il faudra forcément combler ces pertes en recrutant de nouveaux soldats. Les instructeurs étaient payés pour ça pendant les temps de paix récente : venir combler les pertes avec de la « nouvelle chair », comme se plaisent à qualifier les pacifistes en parlant des soldats de base de l'armée, les troufions. Bien sûr, dans les rangs, on parlait plutôt de « bleusaille », chez les sous-officiers en tout cas. Au sommet de l’État, seul le nombre importait pour les unités de base de la Txileko Gudarostea. On se souciait rarement du bien-être militaire, comme dans toutes les armées du monde : les soldats étaient là pour prêter serment, servir la patrie et, à défaut, disparaître dans l'ombre.

L’État avait également été prévoyant : après la fin du conflit luciféro-britonnique, ou txiléo-uhmanéen comme il s'était plu à l'appeler dans un effort de démagogie, dans plusieurs villes et villages, les maires avaient fait dressé une tombe ou un monument dédié à un ou plusieurs soldats venus de la localité, et tombé au combat. Ces monuments et stèles dédiés à racheter la faute de l’État auprès des familles des défunts étaient à la fois un symbole, mais une revanche : le plus tôt on enterrait les soldats morts, le plus tôt on pouvait former les prochains au poste. Pas question d'enterrer la hache de guerre : la Txileko Gudarostea ne se laisserait pas dominer par une élite bien-pensante, cosmopolite et pacifiste à souhait, qui aurait laissé le Txile être brûlé de la tête au pied plutôt que d'entretenir les frais militaires plus longtemps.

Car oui, en-dehors de la simple populace, de la plèbe qui rejetait déjà l'ennemi bien avant son arrivée, l'armée txiléenne était également l'hôte d'un fort revanchisme. On avait applaudi chaque décision consulaire dans l'armée, notamment lorsque le Kontsula (consul) avait évincé les membres de son propre conseil princier après qu'ils eurent profité de leur poste influent pour forcer la signature d'un traité de paix blanche mais inégal avec l'Union Panocéanique, contournant ainsi le chef d’État qui, furieux, avait tenu à remettre les pendules à l'heure. Bien que Gaspar d'Esparza ait par la suite confirmé qu'il ne reviendrait pas sur le traité de paix avec l'Union, le mal était fait : la guerre s'était terminée sur une note triste, sordide. En échange de cette paix, cependant, la Txileko Gudarostea avait obtenu autre chose : une extension forcément nécessaire dans un monde où l'ennemi entretenait la discorde et semait la pagaille. L'armée était la clé de l’État.[/justify]
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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
21 mars 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/48/6/1512224109-usine.png[/img]
[cap]Une usine txiléenne parmi tant d'autres.[/cap][/center]

L'effort de construction était présent partout : les zones dévastées par les bombardements de l'Union Panocéanique et tout particulièrement de l'Uhmali impériale devaient être reconstruites et, dans les zones loin des bombardements mais fortement urbanisées, on construisait des usines à tout-va. Les investisseurs étaient nombreux, mais l’État txiléen était le plus important d'entre eux : en effet, après avoir débloqué d'importants fonds par divers moyens, ces fonds étaient investis massivement pour devenir rentables le plus tôt possible. Ainsi, on voyait des usines pousser comme des champignons, tandis que les ouvriers d'origine étrangère ou des chômeurs txiléens affluaient pour venir pourvoir les nombreux postes d'ouvrier, qui cependant étaient encore pas assez nombreux pour tous les candidats.

En effet, avec la robotisation de l'industrie txiléenne, il y avait peu de place pour la main d'oeuvre, surtout dans un pays où le Produit Intérieur Brut par habitant était supérieur à la moyenne mondiale, alors que d'autres pays comme l'Oyestarna ou l'Eashatri proposaient une main d'oeuvre à prix cassé, malgré une occupation possible de l'espace moindre par rapport à ce qui était possible au Txile : l'immobilier et les terrains se vendaient à très bas prix, et l’État txiléen savait en tirer profit. La précédente croissance économique txiléenne, d'à peine 15,8%, était le fruit d'une politique économique non concertée et peu productive ; pour l'année 2035, toutes les nouvelles usines construites et la plupart des usines déjà présentes avaient adapté leur système.

Il n'était désormais plus question d'alimenter uniquement le marché interne et quelques alliés du Txile : désormais, il fallait viser les exportations massives, quitte à diminuer la valeur ajoutée des produits pour plus exporter, mais moins importer. C'était une politique économique bien connue en Ventélie, qui avait été adoptée très tôt par le Lianwa durant le siècle dernier : c'était la théorie du « vol d'oie sauvage » (en euskara, « hegazti basatiaren hegaldia »). On produisait pour exporter, et on exportait pour produire. L’État comptait sur la bonne coopération des entreprises txiléennes pour poursuivre ce modèle, mais prévoyait également d'agir punitivement contre une société si cette dernière se mettait à ne pas respecter ouvertement la politique économique du Ekonomia Ministerioa (Ministère de l’Économie du Txile).

L'économie libérale avait cependant un point faible : le libre-arbitre laissé aux entreprises diminuait le pouvoir de l’État sur la politique économique nationale, mais le libéralisme pouvait en échange permettre au Txile, notamment en multipliant les accords de libre-échange (en intégrant l'Organisation du Libre-Echange et du Commerce en tant que membre à part entière d'[url=http://www.simpolitique.com/secretariat-general-t14860.html#p325458]ici trois mois[/url]). L'objectif visé était périlleux : accorder au Txile la place dans l'économie mondiale qu'il mérite, en dépassant en croissance le reste des autres pays (ou du moins, en se plaçant parmi l'élite mondiale qu'est le G4, qui s'est avéré représenter quatre des cinq plus grosses croissances annuelles au monde), ce que la Guerre des Conteneurs avait entravé l'année dernière.

Cette année, plus rien ne serait laissé au hasard : les industries produiront des produits bas de gamme, facilement exportables dans les pays pauvres comme riches, et extrêmement concurrentiels. Outre sa politique économique agressive, l’État txiléen avait également misé sur une forte croissance démographique, quasiment deux fois plus forte que celle de l'année dernière, en mettant un accent sur les deux composantes de la croissance démographique : le solde migratoire et le solde d'accroissement naturel (balance entre le taux de natalité et le taux de mortalité). Heureusement pour le Txile, la forte présence de la religion dans la société txiléenne, la médicalisation croissante du Txile et le rejet de la contraception dans les familles catholiques sont des facteurs qui favoriseront un solde d'accroissement naturel important.

Pour l'immigration, la multiplication des partenariats avec la Ventélie permettrait de faciliter l'arrivée des immigrants ventéliens au Txile, notamment lorsque l'offre d'emploi txiléenne triplera en volume. Du côté du Kontsula, les réformes princières, encore en préparation, prévoyaient également de faciliter l'arrivée des immigrés, tout en les encadrant plus sérieusement. Il fallait de la main d'oeuvre, mais de la main d'oeuvre qualifiée, et indéfectible. C'était une armée de petits ouvriers formés et euskalophones qu'il fallait, et l’État allait la forger lui-même, tout en industrialisant tout le Txile en même temps, pour avoir une productivité maximale : « une bouche, deux bras ». Cette année, rien ne serait laissé au hasard, et l'économie txiléenne dépassera celle de l'année précédente sans hésiter.[/justify]
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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
6 décembre 2035

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/46/5/1510948516-port-algarbien.png[/img][/center]

Le petit port de Vizcar-Maule, dans le nord de la province txiléenne de Berri Nafarroa, était en pleine effervescence. En effet, dans la petite bourgade dont les effectifs ne dépassaient pas les vingt milles âmes, peu d'habitants avaient déjà vu des militaires en chair et en os. En effet, aujourd'hui était un grand jour pour la Txileko Gudarostea, l'armée txiléenne, qui réceptionnait aujourd'hui dans le petit port local, une cargaison importante. Enfin, importante, c'était selon les critères du coin, c'est-à-dire l'équivalent d'un cargo de matériel militaire qui venait d'être déchargé sur le port avant d'être entreposé dans un grand garage à proximité du port ; pour l'occasion, l'armée avait directement évacué les quais et les quelques curieux qui traînaient encore à cette heure tardive étaient gardés bien loin des activités vraisemblablement secret-défense de la Txileko Gudarostea par un cordon de gardiens de la paix mandatés par les autorités txiléennes.

On ne rigolait pas avec ça ici : les agents de l'Ertzaintza, la police txiléenne, restaient de marbre face aux interrogations des quelques journalistes d'investigation du coin, qui semblaient sauter sur l'affaire pour faire la une de la presse locale, mais en vain. Les soldats, tout comme les policiers, semblaient atteints de mutisme, et les camions militaires qui transportaient cette cargaison si secrète effectuaient des allers-retours dans un silence total. A l'entrée du port, des militaires effectuaient des rondes, sur la terre comme sur l'eau, à bord de petits bateaux à moteur flanqués d'insignes étatiques. La cargaison si bien protégée semblait volumineuse : elle avait été débarquée là dans la matinée, sous protection militaire encore une fois. Le cargo chargé du transport avait été vidé, puis l'équipage était reparti à bord de leur navire sans piper mot, tandis que les militaires surveillaient la cargaison, cachée sous de grandes bâches vertes qui occupaient la moitié des quais en de grands tas.

Bien que ce ne fut pas une vision habituelle que de voir des militaires évacuer le port d'une petite ville comme celle de Vizcar-Maule ici dans le nord du Txile, les habitants n'en semblaient pas tant émus et avaient suivis bien volontiers les recommandations des forces de l'ordre les enjoignant à débarrasser les lieux sans faire de vagues ; seuls étaient restés quelques badauds récalcitrants, et quelques heures plus tard, des journalistes en quête d'informations à vendre dans leur torchon. Les locaux, bien qu'étant loin de se douter de l'intérêt stratégique de la cargaison peu commode qui avait été débarquée là quelques heures plus tôt dans un semblant de clandestinité, supposait qu'il s'agissait d'une énième expansion du secteur militaire au détriment du reste de la société. Encore une occasion pour les pères de famille du coin de pester contre l’État et les taxes. Le Txile était un grand pays, et l'éloignement de la capitale n'arrangeait pas les choses ; la capitale fédérale était elle aussi éloignée de la petite ville de Vizcar-Maule, qui se voyait donc exclue, ici, dans l'extrême-nord du Txile.

Chez les militaires, la situation était plutôt anodine : un régiment de la Lurrean Indarra, l'armée de terre, était mandaté par l'état-major txiléen pour récupérer une livraison importante dans un port dans le nord du Txile. Une mission finalement assez simple, mais qui avait tout de même requis l'intervention de trois camions de transport de matériel à usage militaire ainsi qu'une vingtaine de soldats réguliers de la Txileko Gudarostea, ainsi que la présence d'une dizaine de gardiens de la paix pour éloigner les badauds. Seuls les soldats chargés de transporter ledit matériel militaire savait en réalité de quoi il retournait : l'état-major txiléen venait de se faire livrer une quarantaine de missiles balistiques depuis l'étranger, et c'était leur tâche que de transporter ces missiles en lieu sûr tout en en assurant la protection. Aucun des soldats n'avait la moindre idée d'où ces engins pouvaient provenir ; cela se savait dans l'état-major et chez les plus hauts gradés, mais pas plus loin. Bien sûr, il y en aurait toujours pour soupçonner et émettre des idées farfelues ; mais il y en aura toujours, et il y en a toujours eu...[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
30 novembre 2039

[img]https://i.imgur.com/yWuUyC6.png[/img]
[cap]Dans l'immensité immaculée des montagnes enneigées, la roche cache plus de secrets que ce que l'on croit.[/cap][/center]
Aldaxur était au bout du monde. Perché sur un roc recouvert de neige, il contemplait les alentours, surplombant la vallée en contrebas de son regard perçant. Entièrement vêtu de blanc, il était simple soldat dans la Txileko Gudarostea, l'armée txiléenne, parmi les [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1181&t=15445#p325519]Mendiko Batailoiak[/url] (les bataillons de montagne) depuis déjà plusieurs mois. Âgé d'une vingtaine d'années, il sortait à peine de sa formation militaire parmi les troupes d'élite - dont faisaient partie les bataillons de montagne - et avait trouvé dans la carrière militaire une vocation, un espoir. Les choses s'étaient révélées plus rudes que prévues, notamment à cause des conditions d'entraînement, mais Aldaxur était, comme de nombreux txiléens, issu des milieux ruraux et savait vivre dans un environnement redoutable. En effet, les nombreuses crêtes de la chaîne montagneuse de l'Andoak, qui s'étire de l'extrême-nord jusqu'à l'extrême-sud du Txile, étaient l'endroit où les conditions climatiques les plus rudes s'abattaient.

Permafrost, glaciers, neige, tempêtes, froid, relief prononcé, les montagnes txiléennes n'avaient rien à envier aux massifs algarbiens et marquésiens. Très peu domestiquées au début du siècle, ces pics et crêtes du bout du monde l'avaient été à la force des bras de milliers d'ingénieurs - civils et militaires - afin de civiliser cet arrière-pays réputé « indomptable ». Les légendes tribales des indigènes puis les mythes des explorateurs occidentaux avaient fait de ces cols des forteresses imprenables, qualité qu'Aldaxur leur concédait bien volontiers. En cette journée ensoleillée, avec des conditions climatiques clémentes et agréables, lui et sa patrouille avait rencontré quelques difficultés d'envergure pour gravir ce sommet. Aldaxur ignorait son nom officiel, même s'il en connaissait les particularités et le matricule topographique. Il savait qu'il existait plus au nord encore des pics plus hauts, mais il était déjà fier d'être perché à quelques quatre milles mètres d'altitude, du moins d'après ce qu'indiquait l'altimètre de la patrouille.

Pour un fils d'agriculteur de l'Arrunta, la grande pampa cultivable qui traverse le centre du Txile de haut en bas, les montagnes n'étaient qu'une vague virgule blanche parfois discernable au loin dans le ciel. Maintenant qu'il y était et contemplait l'immensité du vide qui séparait les cols qu'il avait en face de lui, la taille de cet amas rocheux aux dimensions inconcevables frappait Aldaxur, au point qu'il s'oubliait dans la contemplation de ces monticules démesurés, le froid lui gerçant les lèvres et le soleil lui cramant les joues. Son fusil sur une épaule, ses skis sur l'autre, Aldaxur rejoignit sa patrouille après l'expédition de reconnaissance du jour. Sa mission, qui lui semblait anodine, était bien plus complexe pour ses supérieurs : l'état-major des forces armées txiléennes accumulait des forces défensives sur les différents cols dans ce coin-ci de l'Andoak. La menace était certes faible, mais elle pouvait néanmoins frapper stratégiquement. Loin de toutes ces considérations géostratégiques qui n'intéressaient guère que les grandes villes et leurs habitants, Aldaxur et sa patrouille étaient retournés dans leur bunker chauffé, loin des cols gelés - mais toujours entourés de cette neige perpétuelle.

Cette casemate n'était pas la seule dans la région : les ingénieurs militaires txiléens en avaient installé des batteries entières dans la discrétion la plus totale, creusés dans le flanc des nombreuses montagnes faisant partie de la chaîne montagneuse. Difficiles d'accès, certains bunkers étaient mêmes munis de silos à missiles ; les vieilles infrastructures d'il y a dix ans avaient été remplacés avec tous les moyens financiers et matériels disponibles. Le Txile était en paix, mais ses ennemis se préparaient à la guerre. Aldaxur avait pour mot d'ordre la prudence et l'adoption d'une posture défensive ; du moins c'est ce qu'avait compris son supérieur des ordres transmis par la hiérarchie. Il ne connaissait pas les effectifs des forces armées txiléennes dans la zone, mais il se doutait de leur nombre : lors de ses patrouilles, il apercevait souvent des sections alliées sur des cols éloignés. La taille du territoire couvert par de telles opérations de patrouille ne semblait pas grand sur une carte du Txile, mais était plus grand que la frontière entre le Liang et le Xillinhar : un défi de taille pour l'état-major txiléen.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]RÉCIT
Une pierre de plus à l'édifice
9 juin 2040

[img]https://i.imgur.com/SvEf3Dr.png[/img]
[cap]Dans le calme absolu des montagnes andoanes, il n'est pas rare d'entendre des vrombissements lointains.[/cap][/center]
Après plusieurs mois de congés militaires, il était temps pour Aldaxur de reprendre son poste dans les hautes cimes de l'Andoak. La chaîne montagneuse andoane était toujours aussi intrigante mais surtout difficile d'accès, et pour regagner son nid souterrain encastré dans la roche à plusieurs milliers de kilomètres d'altitude il avait dû prendre plusieurs moyens de locomotion, de la simple jeep de la Txileko Gudarostea (l'armée txiléenne) qui l'avait amené la veille au camp de base le plus proche à l'hélicoptère de transport reliant les bases souterraines cachés au plus profond des massifs impénétrables avec la civilisation. Mais le voilà, surplombant un énième vallon gelé par le permafrost, franchissant un énième col sur la trajectoire de sa patrouille. Ses semblables, qui se mouvait dans le doux son craché par une radio planté dans le sac d'un des soldats, étaient muets et peu bavards en cette matinée difficile. Le vent et la neige n'avaient pas été cléments avec eux la veille et leur piste était intégralement verglacée.

Des simples bottes de militaires, il durent passer aux raquettes de marche puis aux skis de combat pour faire leur patrouille quotidienne, qui s'annonçait plus dure que d'habitude. Après avoir fait leur observation traditionnelle des vingt-cinq kilomètres qu'ils avaient parcouru, c'est-à-dire qu'ils avaient indiqué pour la énième fois de l'année que la frontière était calme comme un mort et que le paysage ne bougeait pas d'un pouce, les patrouilleurs peuvent enfin profiter d'un moment de repos, sous terre dans les casernements prévus à cet effet. Le quotidien des troupes de montagne se résumait à ce rythme très martial et cette vie spartiate, le seul intérêt à la clef étant une rémunération intéressante et des promotions dans l'air. La plupart des soldats sont arrivés récemment et les infrastructures, bien qu'elles aussi récentes, se trouvaient en surnombre et les extensions se font encore désirer. De nouveaux services informatiques venaient d'arriver et les drones d'observation militaires viennent à peine d'être mis en service.

En effet, l'air vrombissait de nombreux engins volants et la multiplication d'antennes sur les plus hauts sommets assuraient une couverture stratégique toujours plus importante de la zone ; l'accumulation de moyens et l'amélioration des ressources disponibles avait beau avoir rehaussé le niveau de vie des soldats, rares sont ceux à vouloir parcourir des kilomètres sous terre afin de s'approvisionner quotidiennement : la nourriture se limite donc simplement aux rations de combat de chaque casemate la plupart du temps. La multiplication des menaces frontalières sur plusieurs milliers de kilomètres avaient provoqué un émoi dans la communauté militaire et l'état-major avait décidé en conséquence. Pour les simples soldats, il ne s'agit cependant pas d'une opération offensive mais d'une simple initiative d'occupation pacifique et de défense tactique d'une région montagneuse, la chaîne de l'Andoak étant naturellement une zone défensive régulièrement sujette à dissidence.

Les dissidents guérilleros du nord du pays ne sont néanmoins pas parmi les objectifs des soldats en poste et les cibles de ceux-ci demeurent assez floues : la surveillance et le contrôle de toute la région montagneuse, avec une attention toute particulière accordée aux incursions frontalières et aux intrusions clandestines. Le possible trafic ayant lieu avec la frontière néoriote est totalement mis en pause, les contrebandiers étant confrontés à des moyens qu'ils n'ont jamais connu auparavant. Aucun d'entre eux n'a cependant été appréhendé et l'arrestation des criminels impliqués dans le commerce noir avec la frontière ne semblent pas non plus être parmi les priorités des militaires, qui se concentrent en réalité plus vers l'autre côté de la frontière néoriote et les possibles avant-postes armés. La manifestation de troubles révolutionnaires dans l'arrière-pays montagneux du Nuevo Río avait déjà provoqué l'arrivée manifeste de moyens défensifs pour contrôler la frontière txiléo-néoriote ; les militaires actuellement en poste sont arrivés plus tardivement mais l'initiative défensive liée à l'opération Amaiur, dont fait partie Aldaxur, s'est intensifiée au cours des dernières années.[/justify]
Djinndigo

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[justify][center]GERRAN BEZALA GERRAN
À la guerre comme à la guerre | 14/07/2040

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/41/7/1508054260-palais-du-lehendakari.png[/img]
[cap]Le Palais du Kontsula de Donostia, siège et lieu de réunion de l'actuel gouvernement txiléen.[/cap][/center]
Les récentes élections avaient certes fragilisé le soutien parlementaire à la monarchie princière, mais le prince n'avait pas pour autant rendu les armes. Sa détermination à tenir les rênes et le pouvoir décisionnaire txiléen, du moins en ce qui concernait la défense et les relations extérieures des Provinces-Unies, étaient encore intacts et sa petite victoire au Txileko Parlamentua (Parlement txiléen) face à la majorité parlementaire l'avait conforté en ce sens : le maintien de Bartolome Landabarri, homme de confiance du prince Gaspar II, au poste de ministre des Affaires Étrangères (Kanpo Arazoetako Ministroa) était un élément primordial de la vision du monarque txiléen. L'opposition n'avait pas osé critiquer le veto du Printze, de peur de s'attirer les foudres de l'opinion publique ; il faut dire que Gaspar II tirait encore sa légitimité d'un peuple qui lui était largement favorable depuis les événements de 2035 et la restauration monarchique référendaire en 2036.

La position des Provinces-Unies semblait cependant bien plus précaire en 2040 : en quelques années, la première puissance dorimarienne était passée de quatrième économie mondiale en 2037 à neuvième aujourd'hui. Une chute drastique, qui s'expliquait par un ralentissement généralisé de l'économie de marché txiléenne ; une situation intenable que le Txile et en particulier le gouvernement fédéral ne pouvait entretenir, sous peine de devenir un État de seconde zone loin des ambitions de puissance de 2036, du moins c'est ce que pensait le prince Gaspar II lorsqu'il se dirigeait, à bord de sa limousine de fonction, en direction du palais du Kontsula (consul). Ancien palais du Lehendakari (président), le bâtiment était le vestige d'une République parlementaire largement sujette au faste et à la corruption des élites, le tout chapeauté par un chaos juridique total. Gaspar II méprisait le lieu en lui-même, même s'il en admirait la position stratégique au cœur de la ville de Donostia.

Une fois arrivé sur le seuil de l'entrée de fonction du bâtiment, il pénétra dedans. Le lieu était sous surveillance constante, et la garde princière, constituée aujourd'hui de quelques soldats briqués et astiqués à soin, alla rejoindre le casernement du palais pendant que Gaspar II s'enfonçait plus profondément dans les couloirs marbrés. Il s'arrêta devant une porte contre laquelle il toqua avant de s'enfoncer dans la pièce sans attendre la réponse de son occupant. Sur la porte qui se refermait derrière le prince, une luxueuse plaque dorée indiquait « Kantzilerraren Bulegoa » (« Bureau du Chancelier »). Dans la pièce en elle-même, qui était somme toute assez modestement équipée de par l'arrivée récente de son locataire, deux hommes, eux aussi vêtus du traditionnel costard-cravate propre aux hauts-fonctionnaires et hommes d’État, attendaient le prince confortablement assis dans des chaises capitonnées en cuir autour d'une table ronde qui occupait le centre de la pièce, devant ledit bureau du Kantziler (chancelier).

[center][img]https://i.imgur.com/xhfzcju.png[/img] [img]https://i.imgur.com/IXNBCvA.png[/img] [img]https://i.imgur.com/kBsHh7F.png[/img]
[cap]Gaspar II, Bartolome Landabarri et Isaak Ezabal[/cap][/center]
ISAAK EZABAL | « Votre Majesté, votre Excellence, messieurs, nous sommes enfin réunis aujourd'hui au sujet des affaires courantes des Provinces-Unies. Vous n'êtes pas sans savoir que le triptyque que nous composons actuellement est le fruit d'un concours de circonstances, à savoir que nous ne sommes chacun pas d'un même alignement politique, si je puis dire, et nos discours sont en conséquence divergents sur de nombreux points. Néanmoins, et en aucun cas je ne doute de notre bonne volonté, nous sommes réunis ici dans l'intérêt du Txile, de ses citoyens et de ses ressortissants ; je peux également affirmer, si votre Majesté me le permet, que la situation actuelle des Provinces-Unies n'est pas des plus brillantes et l’État fédéral a connu des jours meilleurs. Il est vrai que certaines provinces prospèrent séparément, notamment la très industrielle Berri Nafarroa, l'urbaine Axberiko et la paysanne Ikuñoa, mais le reste de l'union ne suit pas ces locomotives de l'économie nationale. »

GASPAR II D'ESPARZA | « Il est vrai, votre Excellence, que le mandat du Kantziler Iñaki Bidaurre a dû essuyer les plâtres du mandat hasardeux du Lehendakari Pantxiko Eraul. Bien que je suppose que vous ne soyez pas d'accord avec moi sur le sujet, et je sais que vous l'êtes, là n'est pas le problème : il nous incombe maintenant de redresser le cap et de ramener l'union dans le giron de sa destinée. Si je vous ai réuni ici par mon injonction princière, c'est dans l'objectif de relancer la politique étrangère de la monarchie txiléenne. Vous n'êtes pas sans le savoir ni l'avoir remarqué, la diplomatie txiléenne souffre depuis quelques temps d'une certaine perte d'élan. Nos ambassades sur le sol étranger se raréfient, par la faute de la chute des régimes amis et l'absence de renouvellement des traités qui nous lient avec le monde extérieur. La pactomanie qui a caractérisé le Kanpo Arazoetako Ministerioa (ministère des Affaires Étrangères) au cours de la décennie précédente n'anime plus notre politique étrangère. »

BARTOLOME LANDABARRI | « Votre Majesté, votre Excellence, s'il est tout aussi vrai que la politique étrangère des Provinces-Unies s'est essoufflée au cours des dernières années, il est également à relever la politique conciliatrice d'Iñaki Bidaurre, trop prompt à écouter les partis de l'ancienne coalition avant de prendre une décision majeure - volonté d'écoute qui a coûté de précieuses années à mon propre ministère, l'ancien chef du gouvernement refusant à tour de bras mes propositions d'initiatives diplomatiques à l'égard des autres continents. Il faut dire que la situation de la diplomatie internationale vis-à-vis du Txile est complexe : dans l'espoir d'incarner un panolgarisme qui s'essoufflait déjà avant sa naissance, Bidaurre s'est tourné vers l'Olgarie-Dorimarie en s'appuyant sur l'organisation homonyme comme fer de lance d'une nouvelle politique diplomatique relativement isolationniste. Un échec, d'autant plus que les partenariats avec le reste du monde, notamment la Dytolie, s'épuisaient dans le silence total du précédent gouvernement. Sans mainmise sur mon propre ministère, je ne peux entretenir une politique étrangère forte et indépendante du jeu des partis. »

ISAAK EZABAL | « Nous l'avons observé, l'échec de votre ministère ; sans vous blâmer, votre Excellence, je ne vous retirai pas non plus l'intégralité de votre responsabilité dans votre fiasco mais, force est d'admettre que vous êtes peu ou prou membre de mon cabinet des ministres et je dois m'en accommoder. En ce sens, je n'interviendrai pas à l'avenir dans votre politique diplomatique tant est qu'elle demeure raisonnable vis-à-vis des annonces du gouvernement en général, qu'elle respecte les intentions de notre programme. De plus, j'ai très largement conscience de la nécessité que rencontre le Txile, son économie et ses différents flux dans le besoin d'ouverture croissante. J'ai bien conscience que notre production domestique s'accroît considérablement depuis 2034 sans pour autant que la hausse de notre démographie ne justifie une autarcie totale ; nous nous suffisons trop largement à nous-mêmes, et l'ouverture économique, diplomatique voire militaire avec d'autres pays est quelque chose que je peux très largement approuver. »

GASPAR II D'ESPARZA | « Bien. Messieurs, maintenant que nous sommes arrivés à un compromis par mon entremise, je vous invite à réfléchir de votre côté aux mesures diplomatiques que nous pouvons prendre afin de relancer une diplomatie dynamique et active qui viendra alimenter notre réseau diplomatique international, au profit de la sécurité de nos frontières et de la survie de notre économie nationale. Vous l'avez évoqué vous-même, Bartolome : en tant que représentant des citoyens txiléens à l'étranger et chef du ministère des Affaires Étrangères, vous avez fait une proposition qui me semble tout à fait judicieuse. Le continent dytolien incarne nos racines et notre alignement avec ce dernier est important sur de nombreux points. Sans vouloir sacrifier la politique interne du Txile sur l'autel de la realpolitik, nous devons néanmoins considérer que la plupart des régimes de Dytolie peuvent être de potentiels partenaires. Sur ces considérations dytoliennes, messieurs, je me dois de vous congédier afin que nous poursuivions nos efforts chacun de notre côté. »

Après des salutations courtes et protocolaires, le prince et le ministre sortirent, laissant seul le Kantziler récemment élu, derrière son bureau dans son office de fonction. Après avoir abandonné le ministre Landabarri dans ses quartiers de travail du palais, Gaspar II retrouva sa garde princière à la sortie du bâtiment puis embarqua dans un luxueux véhicule à destination de son logement princier dans la banlieue de la gargantuesque Donostia - enfin, il n'avait pas visité de villes plus grandes en superficie que celle-ci. Derrière la vitre teintée de sa limousine, le monarque txiléen s'interrogeait à haute voix : des inquiétudes, des doutes qui trahissaient des problématiques plus profondes que la très brève discussion qui venait de se dérouler n'avait pas suffi à révéler. Le prince agissait erratiquement, le stress lié à une impression générale que le temps était compté pour les Provinces-Unies : sa santé personnelle était intacte mais il lui arrivait de se faire du souci pour ce qu'il considérait comme son empire.[/justify]
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