[RP] Activités internes (Utilisable sous autorisation)

Zaldora

Message par Zaldora »

L'Agorsa'a ouvre la voie (1).
(9 mai 2029)

[justify]Depuis 2019, les clergés catholiques et orthodoxes du royaume se réunissaient au sein des églises paroissiales pour des débats théologiques dans la pure tradition de la disputatio. On nommait cette méthode le franc œcuménisme et donnait lieu à des échanges souvent vifs et passionnés, ou les interlocuteurs n'hésitaient pas à faire valoir arguments, textes de saints et enseignements des Pères. Preuves que personne ne voulait de complaisance. Les échanges tournaient autour des sujets qui divisaient tels que le filioque, la primauté papale ou le purgatoire. S'ils avaient une base commune avec les greco-slaves, les orthodoxes thorvalois connaissaient d'autres rites, d'autres traditions ecclésiales que les orientaux. Point d'orgue, même s'ils ne l'avaient pas élevé en dogme, les nordiques tendaient aussi à croire en l'Immaculée Conception. Les fidèles des deux confessions pouvaient quant à eux lire les rapports et vivaient en paix depuis des siècles grâce à l'édit de Telborg ayant mis fin à la terrible guerre civile qui avait ensanglanté le pays à la suite de 1054. A l'abri des médias, les milliers de réunions théologiques ont permit de sérieux progrès pour le retour des frères séparés. Illustration de la tendance, des familles orthodoxes retournaient d'elles même depuis 2022, sans attendre leur église. Le franc œcuménisme eu ses mérites pour ces avancées, toutefois, d'aucuns facteurs tels que la non-interférence du politique dans les choses de la Foi, l'absence de différences culturelles fondamentales entre les interlocuteurs (au contraire des clercs urbains avec leur homologues slaves par exemple) et l'autonomie que le Saint Siège accorda à l'Église catholique au Thorval en 2026 furent non moins décisifs. Ce dernier point eu notamment la vertu de réduire considérablement la fracture sur la question du pape, un pan entier des désaccords. Récemment, les hellènes de l'Agorsa'a choisirent l'unité, une nouvelle qui retentit comme un signe des temps chez le clergé et les fidèles orthodoxes du Thorval. L'idée du rétablissement de l'unité avec le patriarche d'Occident faisait son chemin. On pensait à former une église autonome, de droite propre, afin de conserver les rites et les traditions acquis durant le millénaire de séparation. Un statut en tout point comparable à celui des églises catholiques orientales. L'unité sera-t-elle complète ou un noyau dur de fidèles et de prêtres orthodoxes refusera toute dissolution du schisme actuel ?[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

L'Agorsa'a ouvre la voie (2).
(14 juin 2029)

[justify]Ainsi, le pape du Zanyane avait accepté de réintégrer l'église d'Agorsa'a. Coté orthodoxie thorvaloise, la nouvelle confirmait l'impression du signe des temps perçu un mois auparavant. Forte de ce précédent historique mais aussi et surtout des dix ans de franc œcuménisme avec les catholiques, l'église orthodoxe du Thorval n'avait jamais été si proche d'un retour à la pleine communion avec Urba, près de mille ans après s'en être séparée. Cependant, s'unir ne pouvait signifier se fondre dans le moule, les fidèles s'entendaient avec le clergé sur la question. On entreprit la rédaction d'un droit canonique propre sur le modèle des catholiques orientaux. Celui-ci devait notamment assurer :
  • la création d'une église thorvaloise-catholique sous la forme d'une éparchie dirigée par un archevêque-éparque.
  • l'autonomie de l'éparchie par une marge de manœuvre sur la nomination des évêques.
  • la sauvegarde du rite thorvalois.
  • la sauvegarde de la paramentique.
  • la sauvegarde du chant liturgique.
  • la sauvegarde de la tradition de l'icône, comme objet de vénération.
  • la sauvegarde de la martyrologie locale (saints).
  • la sauvegarde des prières et oraisons locales.
En échange, l'église orthodoxe de Thorval serait prête à rétablir la communion avec Urba en acceptant de reconnaitre les conciles post-schisme, les dogmes, la théologie catholique et la primauté du Pape.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

Assemblée des pairs.
La veille du départ pour Hochburg...

[justify]Quelques jours après la confirmation de la participation du Thorval à la Diète impériale, les télégrammes que les baillis envoyaient depuis les provinces déclaraient tous la même chose : mécontentement chez les seigneurs. Avant de partir pour Hochburg, la reine prit la décision de réunir les hauts barons au Château. Elle avait en face d'elle une assemblée d'hommes des campagnes aux tempéraments vifs et entiers, aux physiques façonnés par la chasse et l'entrainement, des guerriers dont la courtoisie et les manières n'étaient pas le point fort. Ils étaient accoutrés des atours du quotidien, capes sur les épaules et tuniques de pure laine, fine ou grossière, ornées d’armoiries brodées sur la poitrine. Certains avaient du lin, du velours et des bandes de fourrure, mais personne n'arborait de soie, de cachemire, de riches teintures ou de fil d'or. Les revenus, presque réduits – du fait de la multiplication des communaux et des besoins pour les budgets locaux – à la seule solde militaire, ne l'autorisaient pas et ils menaient un train de vie bien en deçà de ce que l'on pouvait attendre pour une haute noblesse. La petite vivait presque au même niveau et les différences de richesses au sein de l'ordre se faisaient essentiellement sur la variation des soldes selon les rangs d'officiers et de sous-officiers. La minorité de gentilshommes qui siégeait au Conseil royal touchait certes un revenu supplémentaire mais il n'y avait pas de quoi pavoiser. Les nobliaux acceptaient cette situation par loyauté et en cela, étaient indirectement encouragés par leurs chapelains qui expliquaient la nécessité de faire pénitence et/ou d'appliquer la maxime christique voulant que le premier soit comme le dernier. D'aucunes maisons ressentaient néanmoins de la frustration mais la peur du billot l'emportait sur toute velléité de rébellion... Si les nobles ne pouvaient se targuer d'avoir grosses fortunes, ils étaient puissamment armés. Appelés à ne porter aucune arme pendant la réunion, un "arsenal de guerre" gisait dans une pièce adjacente, parmi lesquels des pistolets, des révolvers, des poignards, des sabres et des arbalètes.

La reine commença en expliquant au mieux la nécessité de présence du Thorval à la Diète : « Nous devons, quelque soi nos états d'âme, prendre part à la construction de l'Empire. L'avenir de l'Alméra se joue et nous ne voulons pas que l'Histoire retienne qu'elle s'est faite sans nous. »

Le duc Per IV d'Aggerup pris la parole, s'exprimant au nom de ses pairs : « Majesté, nous entendons vos raisons. Pour la Chrétienté. Mais jamais la Couronne ne fut valet d'un empourpré. Se soumettre est contraire à nos traditions et à nos coutumes. Nous avons juré de vous servir, d'être les féaux assermentés d'une Majesté... et nous refusons que vous soyez réduite au rang de souveraine de province. » Les nobles acclamèrent ces propos et l'un d'eux, Tyge de Tårnlund ajouta : « Ma reine, votre vieil ancêtre, le roi Jens Ier, s'en retournerait dans sa tombe. Tenez tête aux impériaux ! »

Annabelle II fit signe de comprendre et répondit : « La loyauté honore votre assemblée, messires. Nous avons conscience de la rupture qu'occasionnerait une entrée dans le Saint-Empire et ça ne serait pas de gaité de cœur si bientôt, nous choisissions de franchir le pas. Rien n'est moins sûr à l'heure actuelle mais nous vous demandons d'y être préparés, de nous faire confiance et de vous soumettre à notre décision. Ne craignez pas pour la liberté du royaume, nous veillerons à la protéger et ne nous autoriserons rien qui déshonorerait la mémoire de nos ancêtres. »

Cette fois, c'est le comte Skjalm de Grenå qui reprit à sa suite : « Certes, nous connaissons la dévotion de Votre Majesté à l'égard de ses devoirs sacrés. Chacune de nos maisons vous sait, au fond, incapable de commettre l'impensable. Le Thorval restera toujours libre et si par malheur l'ennemi venait à nous envahir, nous combattrons et souffrirons autant que necessaire pour qu'au final, il reparte pleurer ses morts la queue entre les jambes. Aujourd'hui Majesté, il faut, avant votre départ pour le Viertenstein, que chaque seigneur prononce ici même l'hommage-lige. De cette manière, nous montrerons à qui va notre fidélité, qui est exclusive. »

L'assemblée nobiliaire approuva par de grandes clameurs. Un par un, ducs, margraves, franc seigneur et autres comtes prononcèrent l'hommage-lige devant Sa Majesté. La cérémonie prit fin à la tard le soir. Les seigneurs prirent la route, rassurés, voulant rejoindre leurs fiefs avant la levée du jour pour une nouvelle journée, marquée par les grands travaux des moissons.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

Histoire d'un séjour.
(10 août 2029)

[justify]Après la Diète, la reine rejoignit en train le manoir royal de Gamleborg, sis sur ses terres d'Østlandet. Datant du XVe siècle, la bâtisse arborait de visibles caractéristiques médiévales mêlées à des influences venues de la Renaissance. L'ensemble avait belle allure et formait, avec les chaumières agglomérées, la bourgade rurale de Gamleborg. Les alentours comprenaient des hameaux, des monastères, des moulins, des ruisseaux, des prés-vergers, des champs, des potagers et beaucoup de forêts. Au 10 août, Les foins, autant que le seigle, étaient localement terminés et ne restaient aux paysans, que les jardinets à entretenir, jusqu'aux prochains grands travaux des semailles d'automne. Les moutons, les cochons et les poules divaguaient librement à coté des maisonnettes ou sur les prés ; les chiens dormaient sur des lits de paille et les chats, très appréciées dans la région pour leurs qualités contre les rongeurs, menaient une vie de chat. Ces derniers savaient disparaître des jours entiers mais revenaient toujours chez eux. L'environnement était on ne peut plus rural et même clairement sauvage. Ici, tous le monde parlait en dialecte, un très différent de la langue standard, Annabelle y compris.

Retour en arrière, le jour de l'arrivée du convoi, le 21 juillet, quelques heures seulement après que la famille royale ait pris ses quartiers, une foule inquiète se montra au manoir. Très vite, Sa Majesté fit venir le Grand Prévôt pour ce qui semblait être une affaire de justice. Depuis quatre semaines, au moins trente cinq félins avaient disparu du village. Les recherches des villageois s'étaient révélées infructueuses et une majorité redoutait maintenant les actes d'un trafiquant de fourrure. D'autant que parmi les animaux figuraient de très beaux spécimens, pure race, connus et appréciés de tous. L'officier judiciaire ordonna aux gardes champêtres de mener l'enquête et de ratisser les hameaux des environs. Il ne put ensuite se retenir de chercher du regard l'approbation de la reine. Assise sur son siège à haut dossier gothique, celle-ci le lui manifesta discrètement.

Le lendemain, en fin d'après-midi, un groupe de paysans invita la reine à les accompagner à la chasse au chevreuil dans la Forêt des Loups au nord du village. Annabelle agréa en ayant au préalable longuement hésité car les bois de la province étaient plutôt angoissants. Des lieux non-balisés ou presque, denses et profonds, de vrais labyrinthes dans lesquels il était simple de se perdre ; et étaient, en plus, la demeure des loups ! Obnubilée par l'ambiance, constamment sur ses gardes et finalement peu attentive à la marche du groupe, la souveraine s'éloigna et se trouva soudainement seule au milieu des bois. Le vent balayait les branchages et la symphonie faunique ne cessait pas. Le moindre craquement la faisait se pétrifier. La reine jurerait que la forêt respirait et que quelqu'un ou quelque chose la scrutait. Au loin, elle pouvait discerner vaguement les discussions de ses compagnons. Cela la poussait à courir dans leur direction, de slalomer entre les arbres et d'appeler, d'appeler encore. Aucune réponse ne vint et nulle trace d'hommes. Les bruits finirent par s'estomper petit à petit. Épuisée, Annabelle s'adossa sur un pin et ne bougea plus, apeurée et recroquevillée sur elle même. Quelques heures plus tard, le boucan humain réapparut et paraissait cette fois plus proche, et les gens à son origine bien plus nombreux. La reine reprit aussitôt la marche, tandis que le chant des loups berçait les environs, se mélangeant au mystérieux cri des hiboux et aux flots ininterrompus des rivières. Elle déboucha enfin sur une clairière alors que le bruit des secours, dont des aboiements canins, redoublait encore. Une cabane se trouvait là et s'en échappait de la fumée. Il ne faisait pas nuit noire à cette période de l'année et le ciel était en plus éclairé par la lune et les milliers d'étoiles qui constellaient le firmament. Annabelle s'approcha lentement de la maisonnette, puis sans regarder, pénétra à l'intérieur. Elle se retrouva alors nez à nez avec trois mâles, l'un semblait dominer et les autres obéir. Des peaux étaient accrochées dans un coin de la pièce, près d'une cuve, et des cages en bois enfermaient des animaux vivants, dont plusieurs chats. Une tannerie isolée, le repère des brigands de la fourrure, supposa la reine.

Les assistants étaient plus que surpris et se fixaient l'un l'autre, visiblement troublés et perdus. Des indécis ? Des pieds nickelés ? Le chef, calme et confiant pour sa part, prit la parole et se demanda comment la souveraine du Thorval avait-elle fait pour trouver le refuge, avant de lui poser sa dague sous le cou et de la menacer de mort. Au même moment, un des acolytes assomma l'individu par derrière. Fit révérence : « C'est un fou à lier. Nous sommes des voleurs, pas des assassins. Nous ne voulions d'ailleurs pas participer à tout ceci, il nous y a forcé. Maintenant, j'imagine, Majesté, que notre compte est bon, vos gardes ne sont pas loin. » Annonça-t-il, résigné. « Merci de votre secours, répondit Annabelle soulagée, la justice saura reconnaitre votre geste. Est-ce un olifant ? » interrogea-t-elle en se dotant d'un objet accroché à coté de la fenêtre. Ils n'eurent le temps de rétorquer que le son du beau cor ébranlait déjà la pièce, ainsi qu'une grande partie de la zone boisée. En quelques instants, l'expédition qui recherchait la souveraine déboula dans la cabane. La composait des paysans volontaires, le grand prévôt, des gardes-champêtre, des gardes-forestiers, des gardes royaux, des clercs et le prince consort, l'ensemble accompagné de limiers. Tous le monde fut soulagé et les trafiquants mis en état d'arrestation. Au total, la reine fut livrée à elle même dans la nature quatre heures, approximativement entre 19h et 23h30.

Suivant moult enquêtes et récolte de témoignages, les voleurs furent jugés à la grande prévôté, le 10 août. Les seconds couteaux reçurent une peine comprise entre un et trois mois de geôle, commués en travaux d'intérêt communautaire pour s'être repentis et avoir défendu Sa Majesté contre leur ex-patron. Ce dernier, en revanche, reçu toute la sévérité possible. La justice le condamna au sommeil sans rêve, la corde autour du cou. Quant aux campagnards qui perdirent Sa Majesté au milieu de la forêt, ils ne furent ni blâmés, ni inquiétés.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Commentaire-avis de la sphère intellectuelle (3).
9 septembre 2029

[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/12/1458754280-kirov.png[/img][/center]
Il y a quelques jours, nous apprenions que la Rostovie relançait le soutien financier aux pays socialistes et mouvements communistes dans le monde. Fait que nous ne considérons anecdotique, mais comme le signe avant-coureur d'un prochain renversement géopolitique. Les chancelleries chrétiennes sont aveuglée par la figure d'Oleg Dniepropetrov, qu'elles perçoivent tel un être capable d'empêcher son pays de déraper à nouveau et de reproduire les mêmes erreurs du passé. Or, le commissaire général n'est rien de facto : il est isolé au sein du pouvoir et son poids est inexistant. Les véritables maitres sont kirovistes. Cela s'est vu lorsqu'on demanda son avis au Vietche sur la reprise des aides extérieures : tandis que les saratovistes hésitaient car sentant ce qui se tramait réellement, leurs partenaires de coalition n'ont pas hésité à les faire chanter, à brandir la menace d'une rupture, et ont finalement obtenu une majorité absolue, sans trop de secousses. Dès lors, qu'est-ce qui les préviendrait d'user des mêmes procédés encore et encore ? Rien. Les kirovistes possèdent en théorie le levier politique pour forcer l'adoption ou le rejet de n'importe quel projet. Mais beaucoup ne seront guère convaincus, trop hypothétique diront-il, trop aléatoire et m'objecteront, à raison, que les jeux politiciens ne sont pas science exacte. Venons en donc à l’exécutif ou la main-mise se confirme, à défaut d'être flagrante. Neuf ministères sur quatorze sont détenus par des saratovistes, toutefois, huit de ce total sont offices subalternes de fonctions stratégiques et régaliennes occupées par... des kirovistes. Ces derniers détiennent en effet le ministère de l'économie, le ministère de la sécurité (dont les terribles cevekazes) et le ministère des affaires étrangères. En dépit des chiffres donc, le gouvernement souffre d'un grand déséquilibre en faveur de la deuxième faction du parlement. Les rangs de l'armée ? A notre connaissance, l'union rédemptoriste n'a guère purger les rangs d'officiers, une majorité doit logiquement être d'obédience kiroviste. Dans ce contexte, les partisans de feue Saratova jouent au mieux le rôle d'une force modératrice mais difficilement plus. Pour combien de temps ?

Gadde Kulbensen, philosophe et sculpteur.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Moments d'une journée.
12 septembre 2029

Carsten était un jeune apprenti boulanger-pâtissier à la boulangerie Le pâton, sise entre les murs de la cité provinciale de Valborg. Les premières semaines, il apprit à pétrir manuellement la pâte à pain, avant que son maitre ne le familiarise petit à petit avec les étapes de la pâtisserie et des viennoiseries. Il travaillait dur et n'économisait pas ses efforts pour réussir au sein de la profession. Finalement, sa récompense vint au bout de douze mois, en septembre 2029. Son labeur, mais aussi une certaine ancienneté, bien qu'encore réduite, lui permit d'accéder à un privilège offert par la coutume professionnelle, à Valborg comme dans quelques autres bonnes villes du royaume telle que Voksted. Ce droit, exclusif aux apprentis, lui donnait la chance de travailler à son compte tous les jours dès que None sonnait. Par tradition, les apprentis y préparaient des gaufres nordiques, sucrées, très fines et populaires. La confection se faisait de façon artisanale, à l'aide d'un moule manuel en fer, que l'on devait soi même poser sur les braises, surveiller la cuisson et le retourner au besoin. Une fois prêtes, les gaufres de Carsten arboraient une décoration qui représentait Skt Honorius, le saint patron des boulangers. C'était une autre tradition du pays: se démarquer de l'habituel et trop courant quadrillage. Les décors variaient donc beaucoup d'une boulangerie à l'autre, d'une famille à l'autre. Ils pouvaient présenter rosace, soleil, lune, fleurs, élans, sangliers, paysages, églises, scènes religieuses et armoiries. A partir de Vêpres, Carsten emportait ses préparations afin de les vendre à la criée. Ce petit commerce lui permettait chaque soir d'empocher l'équivalent en couronnes de dix dollars RAK.

---

Harald était assis au milieu des arbres, avec ses compagnons de travail, mangeant un morceau de fromage avec du pain. Près d'eux, Gustaf avalait paisiblement son foin, il lui fallait des forces pour les débardages de l'après-midi. Harald avait trente six ans et exerçait comme bûcheron dans le Vadgaard. Chaque jour, la forêt résonnait sous les coups de hache, jusqu'à entendre un formidable craquement, suivit d'un choc épouvantable. Il avait parfois l'impression que sa campagne était un endroit sauvage, sous la souveraineté de personne, tellement la Couronne se faisait invisible et absente de la vie quotidienne. Lui voyait ce fait d'un bon œil car guère pire gouvernement que celui-ci qui envahissait et rendait dépendant. Selon lui, la bonne Politique laissait les humbles en paix et ne se montrait que dans les moments de besoin. "Car mon joug est doux et mon fardeau léger" était une belle parole christique et Harald se demandait si finalement la royauté ne s'en inspirait pas pour sa propre action ? Sinon, il était un rude gaillard, comme sa profession le demandait, et sans grande prétention. Pieu Catholique, celui-ci avait la foi du charbonnier et vouait par ailleurs beaucoup d'estime à la famille royale, se moquait éperdument de "l'État-Nation", de la "Nation", du "Nationalisme"... au profit toutefois d'un vif patriotisme de clocher.

---

Ejvind menait une existence semi-nomade. En bon scalde, il parcourait continuellement les villages, les villes, les hameaux, les bourgs ruraux afin de chanter ses chansons, déclamer ses contes et ses poésies. Ce jour était un peu spécial car on l'avait convié à révéler ses talents cette après-midi à la cour. Les chants scaldiques avaient la réputation de contenir l'humeur populaire du moment et c'était probablement à ce but que Sa Majesté l'avait convoqué. Néanmoins, Ejvind n'en eut cure et récita à la place ses tout derniers poèmes, des odes à l'amour, aux saintes femmes et aux héros. Qu'à cela ne tienne, cela plu.

---

Henning comptait soixante neuf printemps. Celui-ci était, depuis le 14 novembre 2028, le ministre royal des affaires étrangères. Cependant, la diplomatie peu active du royaume l'autorisait à conserver son vrai métier de professeur d'histoire à l'université royale d'Adursted. En ce jour maussade, il avait donc troqué l’atmosphère de la chancellerie pour celle poussiéreuse de son vieux bureau. La salle débordait de livres, sur les bibliothèques, mais aussi sur les rebords de fenêtres et sur le sol. De sa loupe, Henning épluchait une pile d'archives vieilles de six cent ans. Il maniait les dits documents avec la plus grande délicatesse et s'attelait à déchiffrer traités, édits, comptes rendus judiciaires, livres comptables...

---

Dans le monastère bénédictin Notre Dame de la Miséricorde, situé sur l'adret du Sankt Gudrid, sud-est du royaume, le SILENCE régnait.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Société.
30 septembre 2029

Après l'ambassade Viertensteinoise repeinte, les gestes hostiles au Saint-Empire se propagent aux autres bonnes villes. Des inscriptions irrévérencieuses à l'égard du futur empereur, encore non-désigné, ont été découvert dans les faubourgs de Vigenbjerg, des bannières or piétinées et infestées de boue dans la cité provinciale Sankt Knud ou encore des épiceries se déclarant interdites « aux gens et aux soudards impériaux» à Damsholte.

Coté Noblesse, essentiellement rurale, le mécontentement apparut la veille de la première Diète Impériale s'était tarit après que les seigneurs aient obtenu des garanties sur la sauvegarde de la dignité royale et sur la conservation de l'historique esprit de liberté vis-à-vis de quelconque roi des rois dans l'ordre temporel. Par ailleurs, en rappelant leur serment sous forme d'hommage-lige, ils s'étaient dégagés de tout devoirs, révérences et services à rendre à la personne impériale.

Parmi les paysans, occupés aux semailles d'automne, qui s'identifient surtout à leur paroisse et qui ont le clocher du village pour seul horizon, les fables recouvertes de pourpres et d'armoiries impériales sont lointaines et superflues car dans leur perception non-globale et très réduite, Sa Majesté tient en quelque sorte le rôle d'un empereur, en soumettant les feudataires à la discipline, au profit d'humbles personnes comme eux.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Société.
21 novembre 2029

En cette fin du mois de novembre, les actes anti-impériaux s'étiolaient. La magnifique tempête ne ressemblait plus qu'à une simple brise sur le point de mourir. Devait-on, pour autant, croire que le peuple s'était lassé et avait soudainement tourné casaque ? En vérité, l'esprit hostile à l'Empire entrait en hibernation, faisait le gros dos et s'en remettait à Sa Majesté pour protéger les libertés auxquelles les communautés urbaines et rurales tenaient tant. La souveraine était pour ces dernières un grand et haut rempart capable de subir sans rompre les prétentions hégémoniques de l'empereur horsain. Il était à ce titre toujours conseiller à Franz de s'abstenir d'une visite au Thorval, afin de lui épargner les quolibets, les pierres ou l'indifférence qu'il recevrait dans les différents pays dialectales parcourant le royaume. Il restait au Saint-Empire de longues et douloureuses pérégrinations pour gagner le cœur des gens...

---

Un missionnaire Viertensteinois disait le catholicisme thorvalois pétris de religiosité médiévale et n'avait pas tord :
On plébiscitait l'atmosphère induite par les églises romanes et gothiques, estimée plus proche du sacré et du divin. Plus mystique.
On appréciait beaucoup le chant grégorien, et il se pratiquait aussi bien à l'église que dans les monastères. Conséquence, l'orgue n'avait qu'une place minimale dans la liturgie.
Les Ordres Mendiants, figures de la pauvreté évangélique, entretenaient une influence religieuse et sociale non-négligeable.
La vie monastique fleurissait dans les monastères et les abbayes qui parsemaient le royaume.
L'importance donnée à l'intercession des saints et à la vénération de leurs reliques.
Ect.

On n'interrogeait pas la Foi, on y adhérait.

[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/15/1460926464-moines-thorval.png[/img]

Au sein des cloitres, à la lueur des bougies, les chœurs de moines chantaient le Kyrie. Des voix célestes venues du fond des âges, source constante et inépuisable de paix intérieure.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Vie religieuse.
24 novembre 2029

Le catholicisme traditionnel n'est pas un bloc monolithique et uniforme, mais se compose de sous-courants incarnés notamment par le Viertenstein (baroque) et le Thorval (médiéval). Chacun se caractérise par une vie spirituelle et religieuse propre, des habitudes et des coutumes que l'autre ne possède pas, sans que le fond de la Foi n'en soit altéré. Ces nuances influencent aussi l'architecture religieuse et saute aux yeux lorsqu'on se propose de comparer: zoom sur les retables, derrière l'autel.

[url=http://image.noelshack.com/fichiers/2016/16/1461000929-saint-jean-luz-27264-w1000.jpg]Viertenstein[/url]

Ce retable, situé dans l'église de Tout les Saints à Mänfurt, est typique du catholicisme Viertensteinois. Se déployant haut, prêt à percer la voûte, il éblouit le fidèle par la précision, la densité et la richesse de sa décoration. Des ouvrages de maitre. L'ostentation majestueuse dans le mobilier religieux est un aspect normal pour les Alémaniques car elle représente toute la grandeur de Dieu, devant laquelle l'homme ne peut que s'humilier.

[url=http://image.noelshack.com/fichiers/2016/16/1461001431-3-maitre.jpg]Thorval[/url]

Typique du Thorval, ce retable orne le maitre-autel de l'Église Saint Jacques d'Aarsdale, bourg rural dans le Søerland. La construction s'élance modérément et les couleurs sont moins vives. Sa caractéristique maitresse se trouve au niveau des cadres et des volets qui, par des tableaux et des sculptures peintes, retracent des épisodes de la vie de Saint Jacques le Majeur. Divers autres fins motifs complètent l'ensemble et l'on remarque de discrètes dorures sur les ouvrages de ferronnerie au sommet du mobilier, ainsi que sur certaines auréoles. Un mélange entre beauté et retenue dans l'éclat, symbolisant deux aspects du Seigneur : Maitre de l'Univers et Sa profonde humilité.

Le premier courant vise l'éclat des intérieurs, tandis que le second connait une certaine austérité, mais pas au sens fort du terme (= absence de fresques, de sculptures, de vitraux, de motifs, etc). Les Thorvalois trouveraient cela triste et morne.[/justify]
Zaldora

Message par Zaldora »

[justify]Rapport linguistique.
11 janvier 2030

L'académie royale de la langue rendit le mois dernier sa grande étude linguistique réalisée sur le terrain durant toute l'année précédente. D'une taille de quatre cent pages, en voici quelques extraits significatifs. Pour rappel, l'autorité de l'institut pour la fixation des normes linguistiques est entravée depuis cinq ans et n'a plus réellement court qu'à Adursted et sa région, bien qu'à ces endroits aussi, la langue soit de plus en plus laissée libre à son évolution. Les missions de l'académie consistent donc à des travaux d'observation, d'étude et d'inventaire :


Les dialectes thorvalois tirent leurs racines du vieux norrois et connurent, depuis les origines jusqu'à nos jours, une évolution séparée. Nous en comptâmes plus de trois cent pour lesquels l'authenticité ne fait aucun doute. Ces parlers possèdent un vocabulaire, une syntaxe, une prononciation et des règles grammaticales propres l'un par rapport à l'autre. Ils sont par ailleurs distincts ou très distincts de la langue standard, c'est le cas notamment du Nord-Østlandetois, de l'Østlandetois méridional et des différents Østlandetois des montagnes, chacun s'associant à une vallée. Comme peut le dénoter l'exemple ci-avant, la régionalisation linguistique n'est pas de mise et nous avons plutôt affaire à une renaissance des tendances locales, voir purement locales, comme l'est, parmi une flopée d'autres, le Fruerlundais qui n'est usité que dans la paroisse/le village éponyme, soit deux cent locuteurs au bas mot. Devant tant d'évolutions autonomes et de particularismes, la compréhension entre dialectes varie assez logiquement de moyenne à quasi-nul, en passant par très difficile. Un Adurstedois pure souche y saisirait encore moins, si ce n'est peut-être plus de facilités chez un certain nombre de parlers riverains de sa zone linguistique (Grønsigois, Bas-vadgaardois, Hjedsois, Klittenais) ayant, en des époques antérieurs, enrichit sa propre langue, l'Adurstedois, que l'on nomme plus couramment Thorvalois standard [...]

A la question, quelle langue utilisez-vous spontanément pour communiquer dans la vie quotidienne, une écrasante majorité a répondu « le parler d'ici ». Les administrations locales, la justice, les journaux locaux se mirent aussi au diapason et on ne trouve parmi eux, de nos jours, plus trace du Thorvalois standard. Pour ces raisons, nous pensons que l'Adurstedois doit, avec le dialecte particulier, continué d'être appris à l'école afin qu'il puisse être une langue véhiculaire, et permettre aux Thorvalois de se comprendre entre eux. Ils sont aujourd'hui 99% à le maitriser [...]

Notre principal conseil à la Couronne serait de protéger ces particularismes et de ne surtout pas chercher à imposer une langue standard à tous. Nous savons que ce n'est pas son intention mais nous préférons le clamer formellement. La tentative de standardisation au XIXe siècle n'a pas pris et elle fonctionnera encore moins aujourd'hui. Effacer les variantes est une immense injustice, une injustice dont peu se rende compte de la portée. Le modèle schlessois qui décida que tous les schlessois devaient s'en tenir au Haut-Allemand est à mettre au rébus de l'histoire et doit être considéré tel un exemple à ne pas suivre.
[/justify]
Répondre

Retourner vers « Thorval »