Usi-Asgard

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Chaarden

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[center]Opération « Irmin »[/center]
[url=https://www.youtube.com/watch?v=6pu5kfeapEA][center]Ambiance musicale ![/center][/url] [center](si vous n’avez pas envie de lire ce RP, bien lire les paroles de la musique ici vous donnera un bon avant-goût)[/center]
[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=642270Thor.jpg][img]http://img15.hostingpics.net/pics/642270Thor.jpg[/img][/url][/center]

Marutopia est pacifiée depuis un bon moment maintenant… en fait, il ne pouvait en être autrement, vu qu’il n’y a que des Confédérés sur cette île. Cependant, pour marquer le coup, les ruines d’Hellington et toute la région alentour (environ 19 600 km²) avaient été pris par l’armée confédérée, pour faire bonne mesure, rapidement soutenue par l’armée de la Fédération d’Aquanox, contre une éventuelle attaque de la part des Alliés & Co et de leur confédération d’emplumés bizarres. Il s’agissait à présent de s’occuper de ce morceau de terre, éminemment stratégique. Il ne sera jamais vendu et restera dans les mains de la Confédération : heureusement, la guerre et la Main Noire étant ce qu’elles sont, il ne reste plus grand monde, et donc, une colonisation « à la Marutopia » est la bienvenue, et c’est le projet que l’on appelle « Irmin ».
On allait donc, à nouveau, envoyer des confédérés, des slavians, coloniser ex nihilo cette terre lointaine.
Mais… avec une petite différence tout de même. Cette fois-ci, on n’allait pas envoyer 20 000 personnes, comme on l’avait fait pour Marutopia. Non, cette fois-ci, c’est 450 000 hommes, femmes, enfants et vieillards qui iront s’implanter sur les ruines d’Hellington. Et pas n’importe lesquels : Les Fils d’Heimdall.

En Confédération, depuis des temps très reculés, il existe des peuples qui vivent selon des rites et une spirituelle païenne. Ils ont toujours violemment combattu l’avancée chrétienne et maintenu coûte que coûte leurs rites. L’immensité du territoire leur a permis de toujours trouver un échappatoire et de constituer, pendant de longues périodes, des sociétés parallèles dans lesquelles ils échappaient à toute pénétration spirituelle externe. Aujourd’hui, on dénombre environ 450 000 personnes pratiquant le vieux paganisme slavian, adorant Thor, Odin et surtout leur dieu tutélaire, Heimdall. Ils se manifestent [url=http://www.simpolitique.com/post212522.html#p212522]ici[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post214951.html#p214951]ici[/url] ou encore [url=http://www.simpolitique.com/post218543.html#p218543]ici[/url] et [url=http://www.simpolitique.com/post246059.html#p246059]ici[/url]. Beaucoup pratiquent un paganisme « séculier », malgré une forte ségrégation. Cependant, la reconquista chrétienne des dernières années leur a fait connaître des moments difficiles, parfois carrément violents, et la pression devenait insoutenable. C’est alors que Vladimir Stramine décida de conquérir Hellington, ou ce qu’il en restait, et une idée surgit du Kremlin : demandons aux païens de coloniser ces terres sous notre drapeau, en échange d’une liberté totale de pratiquer leur religion là-bas. Malgré quelques réticences, la plupart des païens accepta. L’autre partie refusa… mais sera expédiée quand même sur cette nouvelle terre, qu’ils ont d’ores et déjà rebaptisé Usi-Asgard. Vivant de toute manière déjà en communautés quasi fermées, l’arrachement à la terre sera la seule souffrance à encourir.

Plusieurs problèmes se posent.
Tout d’abord, 450 000 personnes est un nombre colossal et il faudra bien s’occuper de tout ce beau monde. Le plus difficile sera de les nourrir : la guerre a pollué les sols à un niveau délirant. Ainsi, l’opération Irmin possède un volet de restructuration agricole extrêmement important : les militaires présents sur place ont déjà commencé à « décaper » les sols, retirant la couche superficielle polluée et donc stérile. Des tractopelles et autres engins de ce genre sont en route. Le but est de refaire des sols des terrains cultivables. Cela prendra un temps fou, mais des dizaines de milliers de bras arrivent. Quoi de plus exaltant pour un païen que de retrouver l’esprit de ses ancêtres, fondateurs de cités ?
Ensuite, il faut acheminer ces personnes. Rien de très original : il suffit de prendre des bateaux et de les expédier. Déjà, en CESS, les villes et villages occupés par les païens sont vidés : certains parlent des heures les plus sombres, ou quelque chose dans ce genre. Ils sont emmenés droits dans les ports. Evidemment, une fois là-bas, il leur faudra tenir de longs mois avant d’avoir leurs premières récoltes. Ainsi, les maisons sont vidées de tous les produits alimentaires qui peuvent se conserver : ils sont autorisés à les prendre avec, et même encouragés, pour tenir le plus longtemps possible. Sur les bateaux, on balance aussi des aliments conservables, conserves et autres, pour que les païens tiennent le voyage et les mois, voire les années à venir. Les premières cargaisons sont en route. Les autorités ont déjà communiqué à Marutopia d’envoyer ses excédents de l’autre côté de la mer, ce qu’elle s’est empressé de faire. La perspective d’avoir des païens à quelques encablures d’elle ne l’enchante pas mais allons, on est bien protégés !
Une fois sur place, les premières ébauches de société doivent être dessinées. Pour le coup, les confédérés tiendront leur promesse : les païens s’organiseront comme ils le souhaitent. Vladimir Stramine a exprimé ses craintes quant à la constitution qu’allait adopter les païens. On sait de quoi ils sont capables… les avoir maintenu dans l’oppression des siècles durant les fera peut-être exploser. Ou au contraire, cela fera naître une civilisation glorieuse qui brillera sur tout le Vicaskaran. Les possibilités sont ouvertes, et c'est exactement le message qu'a fait passer Vladimir Stramine : ce dont vos pères ont rêvé, je vous l'offre...

[…SUITE AU PROCHAINE NUMERO]
Chaarden

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[center]Opération « Irmin » [2][/center]
[center]Les premiers colons[/center]

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=16541018847808jpgr640600b1D6D6D6fjpgqxxxyxx.jpg][img]http://img15.hostingpics.net/pics/16541018847808jpgr640600b1D6D6D6fjpgqxxxyxx.jpg[/img][/url][/center]

Chaque jour, environ 1300 païens slavians débarquent sur les terres d’Usi-Asgard. Ils mettront un an à tous arriver. Avant leur arrivée, depuis plusieurs mois déjà, les militaires présents sur place ont complètement rasé Hellington, ou ce qu’il en restait. Un immense tas de ferraille, de pierre, de vitres, de voitures gît à l’extérieur de la ville, dans un endroit isolé, on s’en occupera plus tard. Les généraux sur place avaient demandé à ce que soient envoyés les premiers les hommes païens, pour aider à décaper le sol et raser ce qui restait de l’ancienne grande capitale. Cependant, ils ne furent que les deuxièmes envoyés. En effet, une concession a été faite par l’Etat confédéral aux slavians : les premiers à poser le pied sur le sol d’Usi-Asgard seront le clergé et les membres des familles aristocratiques. Voici comment cela s’est déroulé.

« Vladimir ! Regarde ! A l’horizon ! ». Vladimir leva les yeux de son Gzamrit qu’il était en train de lustrer et plissa les yeux : deux cargos venaient d’apparaître, les plus grands de la flotte confédérée. Immédiatement, Vladimir prit son poste radio et appela l’Etat-major. Le général Zigarnieff, héros de la guerre de Kasovie, était en route pour le petit port improvisé dans lequel accosteraient les navires. Quand Vladimir eut raccroché, il entama la discussion avec son camarade de régiment :

« -Tu en as déjà vu toi ?
-De quoi ?
-Des païens, des vrais.
-Non. Quand j’étais petit, ma mère me parlait d’eux pour pas que j’aille me promener seul dans la forêt. Je croyais que c’était un mythe jusqu’au lycée.
-C’est toujours un mythe tant que tu n’es pas en face d’eux.
-Disons que dans les livres, on nous les montre comme des arriérés, qui vivent encore dans l’Antiquité.
-Ce n’est pas le cas ?
-Mon oncle était missionnaire, et il est allé dans leurs communautés pour les évangéliser. Il m’a parlé de ce qu’il a vu.
-De l’arriération ?
-Non, justement. Ils ne refusent pas le progrès technologique ; ils le limitent, l’élitisent éventuellement, le contrôlent, mais ils ont des téléphones, des voitures, des armes à feu et des ordinateurs.
-Qu’est-ce qui les différencient de nous ?
-Le ciel. Nous, nous y sentons un Dieu. Eux y voient la demeure de quelques dieux parmi la multitude qu’ils se représentent.
-J’ai entendu parler d’Heimdall, c’est quoi cette merde ?
-C’est leur dieu tutélaire. Il est le dieu des veilleurs et des gardiens. Ils le vénèrent depuis trois mille ans. D’ailleurs, leurs temples n’ont pas changé depuis trois mille ans, toujours le même style, la même figure…
-Des temples ?
-Oui, des temples, comme n’importe quels païens, ils ont des temples.
-Ils ont des messes aussi ?
-Non, seulement des grandes fêtes, des processions et des trucs comme ça. C’est assez particulier.
-Des sacrifices ?
-Oui, des sacrifices et des libations. Ils tuent des chèvres, par exemple. Ils pratiquent l’haruspice aussi. Et ils élèvent des corbeaux.
-Ils ont aussi des curés ?
-Non. Il y a le Grand Prêtre d’Heimdall, les moyens-prêtres, genre ceux de Thor, d’Odin… et puis c’est tout.
-Si leur société était parallèle… ils ont des institutions ?
-Oh que oui, mon vieux, et c’est pas de l’organisation de baltringues, crois-moi !
-Pourquoi tu dis ça ? ».

Des bruits de blindés se firent entendre. Alors que les cargos étaient proche d’accoster, un convoi transportant le général Zigarnieff arriva. Celui-ci descendit de son véhicule, saluant Vladimir et son ami. Ils se dirigèrent tous ensemble sur le quai. Les cargos jetèrent l’ancre et un immense pont tomba sur les bords fragiles du quai, manquant d’assommer un ou deux soldats au passage. Quelques marins descendirent fixer la passerelle.
C’est alors qu’un évènement assez étrange se produisit. Une trentaine d’hommes au moins s’avancèrent, portant avec eux un objet visiblement lourd. Devant eux, un homme, très grand, vêtu d’une longue robe blanche et d’une barbe grisâtre qui lui cachait le cou. Il avait une large ceinture rouge pleine de motifs divers et variés. A son cou pendait quatre colliers, dont l’un était à l’intérieur de sa robe. A la main, il avait un bâton tordu et plein de nœuds, auquel était accrochés des morceaux de ficelle au bout desquels pendaient des objets étranges. Il dégageait un charisme à la fois sombre et à la fois revigorant. Lorsqu’il s’approcha de Zigarnieff, celui-ci le salua poliment.

« -Toutes mes félicitations, vous êtes le premier colon à venir vous établir ici.
-Merci pour votre accueil, noble guerrier. Vous et vos hommes avez fait un travail remarquable, et nous sommes ravis que vous nous fassiez don. Ces terres sont… emplies d’un air putride, la mort plane au-dessus de nous ».

Cette dernière phrase avait été prononcé en rupture totale avec le début des paroles de l’homme. L’ami de Vladimir se pencha discrètement et murmura : « C’est lui, le prêtre d’Heimdall, c’est lui ». Zigarnieff reprit, sans bouger d’un poil :

« -Vous n’êtes pas sans savoir qu’une guerre terrible a fait rage ici pendant de longues années, précédée de luxure et autres immondices. Il est temps pour nous, enfin pour vous, de construire un monde neuf. Puissiez-vous réussir.
-Nous y parviendrons, nous descendons d’Heimdall, la mort elle-même ne peut nous vaincre.
-Bien sûr.
-Ces terres sont-elles dangereuses ?
-Non, plus maintenant. Vous ne craignez rien.
-En effet, je ne crains pas.
-Cependant, j’espère que vous ne verrez pas d’inconvénients à ce que vous ayez pendant quelques temps une garde rapprochée. Ces deux-hommes ici présents vous guideront et répondront à vos questions, c’est toujours utile ».

Zigarnieff avait pointé Vladimir et son ami du doigt. Ceux-ci eurent un petit sursaut d’étonnement, car ils n’avaient pas été prévenus. Cela ne faisait pas partie du plan. Visiblement, Zigarnieff ne faisait pas confiance au prêtre d’Heimdall et avait improvisé une garde rapprochée de dernière minute pour garder un œil sur lui. Vladimir approuva d’un signe de la tête et s’approcha du prêtre, qui ne le regarda pas. Il ne regardait d’ailleurs personnes droit dans les yeux.
C’est alors que celui-ci tapa quatre fois de son bâton sur le sol, une fois qu’il eût posé le pied sur la terre ferme. Un mouvement se fit alors remarquer dans le fond du cargo. Les trente hommes s’avancèrent et l’on put enfin voir ce qu’ils portaient : c’était une cloche, une immense cloche de plusieurs mètres de haut, pesant sans aucun doute plusieurs tonnes. Les soldats confédérés eurent un mouvement de recul lorsque le soleil commença à se réfléchir sur la cloche qui brillait alors de mille feux. Zigarnieff, qui lui, plissa à peine les yeux, questionna le prêtre :

« -Qu’est-ce donc ?
-Il s’agit de la cloche de Bifröst. Elle nous a été donné il y a mille ans, avec comme mission de l’entretenir, sans jamais la faire sonner, jamais. Le jour où elle sonnera, toute seule, alors débutera le Ragnarök, la fin des temps.
-Merci, c’est bien plus clair comme cela.
-Le jour où elle sonne, Zigarnieff, il te faudra embrasser ta femme une dernière fois.
-Comment connaissez-vous mon nom, monsieur… ?
-Je n’ai pas de nom. Mon père était prêtre d’Heimdall avant moi, et le jour de la naissance, lorsqu’il fut décidé que je lui succéderai, il ne m’a pas donné de nom, afin que se perpétue la tradition. Je n’ai pas de nom, je n’existe pas, je ne suis, je ne vis qu’au travers du service d’Heimdall le Veilleur.
-Cette charge est héréditaire ?
-Oui, c’est cela.
-Alors votre fils n’a pas de nom ?
-De mes douze fils, un n’a pas de nom.
-Douze fils ? Moi qui croyais être au-delà de la norme avec mes sept enfants.
-J’ai douze fils et six filles. Mes pauvres épouses n’ont pu faire plus.
-Vos… ».

Zigarnieff fut interrompu par un autre objet étrange qui arriva sur le quai. Il s’agissait d’un cor immense, porté par trois hommes. Face au regard toujours plus interrogateur du général confédéré, le prêtre d’Heimdall sourit et précisa :

« -La cloche du Bifröst sera accrochée en haut du temple d’Heimdall, une fois que nous l’aurons bâti, et ce cor est Hödhorn.
-Et quel monde va s’écrouler lorsque le vent soufflera dedans ?
-Seul le prêtre d’Heimdall peut souffler dans le Hödhorn. Mon grand-père souffla dedans le dernier, en l’an 1926 de votre ère ».

Zigarnieff sembla comprendre rapidement ce qui se passait. Vladimir fronça les sourcils et réfléchit : que s’était-il passé en 1926 ? Il avait le souvenir que les païens étaient très actifs alors dans l’actuelle CESS… et c’est alors que le souvenir lui revint : la guerre. C’était une guerre qui avait eu lieu entre les païens et les orthodoxes de la région. On l’appelait la « Guerre de l’orge », et elle s’était soldée par une victoire païenne. Zigarnieff murmura :

« -La guerre.
-Lorsque je souffle dans Hödhorn, des temps durs approchent, très durs. Nous faisons la guerre comme un sébalde fait l’amour : avec autant de violence que de rigueur et de méthode, jusqu’à parvenir à notre but.
-Apporter Hödhorn en premier sur cette terre doit-il être considéré comme une menace ?
-J’ai passé un pacte avec Vladimir Stramine, nous ne nous ferons pas la guerre. Rompre ce pacte m’amènerait à trahir Heimdall, Thor et Odin eux-mêmes ».

Le prêtre d’Heimdall avança alors à une vitesse assez exceptionnelle. Il fut talonné par la cloche du Bifröst et Hödhorn. Dans le cargo, d’autres païens s’agitaient, remplissant des véhicules de vivres et de matériel divers. Pour le moment, il n’y avait que très peu de femmes parmi eux. Le prêtre fit savoir à Zigarnieff qu’il passerait la journée seul avec ses assistants sur le terrain de la future cité. Zigarnieff, le visage de Stramine en tête, accepta, ayant eu pour mission de ne pas froisser les païens.

Le soir venu, le prêtre d’Heimdall revint vers les militaires et leur donna des instructions extrêmement précises sur les sillons à tracer pour délimiter certaines aires entièrement dévolues aux cultes païens. Le plan avait été dessiné par le vieil homme, et l’on se demanda si tout cela, finalement, ne dépassait pas le cadre d’une simple peuplade un peu arriéré aux idées d’un autre temps…

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=352216CarteCentreville.png][img]http://img15.hostingpics.net/pics/352216CarteCentreville.png[/img][/url][/center]
Chaarden

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[center]Opération « Irmin » [3][/center]
[center]Heimdall appelle les mères[/center]
[url=https://www.youtube.com/watch?v=LVH91f3GLmM]Musique païenne ![/url]

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=676139nanna.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/676139nanna.jpg[/img][/url][/center]

Vladimir et son ami ne quittaient pas d’une semelle le grand prêtre d’Heimdall. Ils étaient étonnés et complètement déboussolés depuis quelques jours maintenant. On aurait dit qu’il émanait de cet homme un alcool fort qui assommait ceux qui le fréquentaient trop longtemps. Vladimir aurait même juré s’être réveillé, debout dans un endroit où il n’avait pas souvenir d’être rentré. De plus, la vie du Prêtre, dont on ne connaissait pas le nom, était Ô combien particulière. En effet, celui-ci ne mangeait qu’un jour sur trois et ne buvait qu’un jour sur deux. De plus, il pratiquait d’étranges rites matin, soir et nuit.

Avant le coucher du soleil, les deux soldats confédérés qui regrettaient franchement leur banlieue natale de Kritev, devaient se lever pour assister au premier « office » du Prêtre. Celui-ci, en toute sérénité, se rendait devant l’autel d’Heimdall, première construction d’Usi-Asgard, pour y pratiquer un rite auquel Vladimir avait horreur de participer. Le Prêtre allumait un grand brasier, baragouinait des dizaines de mots dans un langage inconnu et inscrivait des runes sur de l’écorce de bois, qu’il jetait ensuite dans le feu. Puis, il se mettait à genoux, étendait les bras et chantait avec une voix cristalline qui emplissait l’atmosphère. A vrai dire, cette voix paraissait totalement irréelle, comme raisonnant depuis une autre dimension. Alors deux assistants du Prêtre s’avançaient et versaient un liquide visqueux dans le feu suivi de petits objets taillés dans le bois. Puis le vieil homme se relevait et clôturait le sacrifice en passant sa main dans le feu… et en la ressortant sans aucune brûlure. A plusieurs moments, Vladimir était persuadé d’avoir vu des ombres familières dans les flammes, quelque chose de pas naturel, qui n’avait rien à faire ici. Il se souvenait alors de sa grand-mère qui lui racontait comme son père à elle était parti se battre contre les païens… les histoires qu’il avait rapporté semblaient toutes plus fantasques les unes que les autres, mais fréquenter ce Prêtre changeait son descendant, qui ne cessait de se poser des questions.

Le soir venu, le même rite était pratiqué. Vladimir avait cependant noté que les paroles étaient différentes ainsi que le ton de la voix. Au matin, elle était cristalline, au soir, elle était gutturale, terrifiante et ressemblait plus à une traîne dont suintaient la peur et la mélancolie. Et là ne pouvaient s’arrêter les mystères. Chaque soir, le Prêtre s’ouvrait l’intérieur de la main avec un poignard et laissait couler quelques gouttes de sang dans le feu, avant que la blessure ne se referme avec une vitesse incroyable.
La nuit aussi, Vladimir devait l’accompagner. Le rite était différent et prenait l’aspect d’une procession. Le Prêtre, bâton à la main, s’entourait d’une vingtaine de célébrants : dix filles vierges et dix garçons puceaux, qui chantaient autour de lui en faisant le tour des limites du futur temple d’Heimdall, des torches à la main.

Un jour, le Prêtre, durant un de ses rares moments libres, questionna le jeune Vladimir :
« -Nous crains-tu, jeune homme ?
-Je devrais ?
-J’ai vu comment tu regardais ce que nous faisons. Je n’ai jamais vu autant de mépris et d’incrédulité.
-Lorsque vous les faites… il se passe des choses… qui ne devraient pas se passer.
-Qui ne devraient pas se passer dans ton monde, tu veux dire ? Nous ne sommes pas des vôtres, nous ne l’avons jamais été.
-Vous avez des armes à feu, des ordinateurs, des voitures, et vous agissez encore comme vos pères il y a trois millénaires.
-Pourquoi changer ce qui n’a pas lieu d’être modifié ?
-Tout change. Absolument tout.
-Sauf les dieux. Tu les as vus, n’est-ce pas ?
-De quoi vous parlez ?
-Tu étais terrorisé lorsque les Ases sont apparues dans la flamme de l’Aurore.
-Les ombres dans le feu ?
-Ce sont les Ases, les serviteurs d’Heimdall. Ils viennent rendre compte de leur mission.
-C’est eux qui empêchent votre main de brûler ?
-Pourquoi le feu brûlerait-il ma main si je lui obéis ? Je demande confirmation de nos actions au feu, au travers duquel parle Heimdall le Très Vigoureux. Ma main ne brûle pas si je fais ce que je dois faire.
-A-t-elle déjà brûlé ?
-Jamais.
-Et le sang dans le feu ?
-C’est pour demander l’approbation d’Heimdall.
-A quel sujet ?
-Les premières familles vont venir s’installer ici, vu que nous avons des logements. La terre d’Usi-Asgard doit être consacrée par Heimdall pour qu’elle puisse accueillir l’innocence d’enfants et la douceur de femmes.
-Comment vous savez s’il approuve ou pas ?
-La flamme grandit et me brûle le visage si Heimdall n’approuve pas. Mon père est mort de cette manière.
-Mort ?
-C’est une mort honorable que d’offrir tout son sang à Heimdall.
-Ca arrive souvent ?
-Mon visage a été brûlé une fois. Je ne voulais pas venir ici, dans cette terre lointaine. Alors j’ai questionné Heimdall, et une immense flamme s’est soulevé contre ma face.
-Vous n’êtes pourtant pas brûlé.
-En es-tu bien sûr ? ».

Vladimir se tourna et regarda, pour la première fois, le vieil homme droit dans les yeux. Il constata alors, derrière la barbe immense et les longs cheveux, des traces de brûlure hideuses qui balafraient complètement la face du Prêtre. Le jeune soldat ne put les contempler et détourna les yeux.

« -Terrifiant, n’est-ce pas ?
-Heimdall vous fait du mal, quel dieu…
-Il agit comme un père passant le martinet à son fils. Pour son plus grand bien. J’aurais dû mieux l’écouter.
-Qu’est-ce que cela fait d’être brûlé ?
-Je n’ai plus le droit d’avoir d’enfants avec mes femmes.
-Combien en avez-vous ?
-Trois. Une pour Heimdall, une pour Thor, une pour Odin. Pourquoi voudraient-elles d’un impie ?
-Sont-elles là ?
-Oui, elles vivent dans le temple de la déesse mère des hommes, pas avec moi.
-Et vos enfants ?
-Ils arrivent par le prochain bateau, Heimdall a accepté.
-Pourquoi avoir eu 12 fils et 6 filles ?
-Thor m’a comblé, pourquoi m’en plaindre ? Mes douze fils seront amenés à diriger notre peuple, ainsi en a voulu Odin.
-Qu’est-ce que vous voulez dire ?
-La terre d’Usi-Asgard sera divisée en douze Rodikië. Ainsi l’a voulu Heimdall. A leur tête, mes fils.
-Et vos filles ?
-Quatre d’entre elles dirigeront les cultes à Freyjja, Nott, Leikn et Hel.
-Et les deux autres ?
-Elles ne seront que des citoyennes normales ».

Une sirène retentit au loin, signalant l’arrivée d’un cargo. Vladimir sauta dans sa voiture avec le Prêtre. Trois autres militaires les accompagnaient. Ils foncèrent à toute allure vers le port, situé en contre-bas de petites falaises. Après quelques minutes d’attente, l’immense navire jeta l’ancre et les portes s’ouvrirent. Des cris et des pleurs se firent entendre. Le Prêtre étendit les bras et tous le saluèrent avec des vivats. Femmes, enfants et bébés descendirent du bateau, valises et sacs à la main. Vladimir remarqua immédiatement qu’ils étaient habillés à l’ancienne mode, comme s’ils venaient tout droit des années 20. Il semblait même que certains bébés étaient emmitouflés dans des peaux de bêtes. Le jeune homme constata aussi la remarquable beauté des femmes qui descendaient. La plupart avait un style particulier, toutes en robes, avec des couronnes ou des genres de diadèmes dans les cheveux, tressés avec des branches souples et des feuilles. Autre chose sauta alors aux yeux du soldat confédéré : tous les païens avaient des cheveux noirs ou des cheveux roux, en dehors du blanc argenté du Prêtre. Il n’y avait quasiment aucune alternative. Quelques blonds, quelques bruns, mais les cheveux noirs geais primaient, et de loin.
Les petits garçons parlaient en une langue inconnue et regardaient l’intérieur des terres, faisant avec les bras de grands gestes, comme s’ils voulaient s’approprier la terre d’une poignée de main. Oui… ils étaient là pour ça.
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]Opération « Irmin » [4][/center]
[center]La politique de Wodan [/center]

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=617501UsiAsagard.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/617501UsiAsagard.jpg[/img][/url][/center]

Il y avait à présent 180 000 païens slavians au Nord du Vicaskara, soit un peu moins de 25% de ce qui est prévu au final.
Le Grand Prêtre d’Heimdall avait délimité selon les rites appropriés l’emplacement des bâtiments et de tel ou tel quartier. A l’heure actuelle, on construisait le grand temple d’Heimdall, future place centrale de la vie civique asgardienne.
Les militaires confédérés commençaient tout doucement à se retirer d’Usi-Asgard pour rejoindre ou bien la métropole ou bien Marutopia. On laissait les matériaux et engins de constructions aux païens, qu’ils puissent continuer leurs travaux.
Un élément avait été constaté et reporté par tous les militaires sur place : il semblerait que la ville en elle-même ne comporterait pas plus de cent mille habitants. Les quatre centaines de milliers d’autres habitants allaient se partager la campagne.
Les douze fils du prêtre d’Heimdall s’étaient déjà partagé les Roïdiké (les divisions administratives) dans lesquels on répartirait équitablement la population dès son arrivée.
D’après les informations que le jeune Vladimir soutira au Prêtre, l’idée était de constituer une constellation de petites communautés proches les unes des autres et ne dépassant pas les deux cents habitants.

L’histoire vient à la rescousse du petit militaire confédéré : les païens slavians ont toujours agi ainsi et agiront encore ainsi, comme ils le montrent, voici grosso modo leur fonctionnement macro.


De l’organisation spatiale

Les fils d’Heimdall construisent un centre urbain approximativement au centre de leur territoire : c’est ici Usi-Asgard, qui signifie à la fois la cité en elle-même et le territoire sur lequel elle domine.
Un système en cercles concentriques s’organisent alors, avec un réseau routier développé et performant, chaque route possède une multitude de petits embranchements qui conduisent aux communautés.
Aux « nœuds » routiers se situent des lieux de vie communautaire : personne n’y habite. On y trouve les temples des dieux « civilisateurs » (Heimdall, Odin…), les lieux de la vie politique (les Althing et les Leid) ainsi que quelques greniers et autres.
Le centre urbain est une ville organisée de manière assez mathématique, les rues sont droites et doivent permettre un accès facile aux réseaux de communication pour partir en direction de la campagne.
Les communautés installées sur tout le territoire doivent faire moins de deux cents habitants. Dès lors qu’elle dépasse ce nombre, elle doit se scinder en deux et une moitié part fonder une autre communauté.
Les communautés sont reliées entre elle par des petits chemins de campagne, et reliées aux grands réseaux (les cercles) par des routes plus élaborées, en macadam. Elles sont très proches les unes des autres et sont souvent en relation.
Le secteur primaire comporte l’agriculture et la pêche. L’agriculture est pratiquée par la majorité des ruraux, elle est vivrière et les moyens de production agricoles sont collectivisés. La pêche est pratiquée par une catégorie particulière de personne, sur les côtes.
Le secteur secondaire comporte l’industrie et l’artisanat. Il existe des usines à Usi-Asgard, majoritairement dans le centre urbain mais aussi des plus petites (5-10 ouvriers) dans les nœuds et parfois les communautés.
L’artisanat est pratiqué par une fraction des habitants des communautés rurales.
Le secteur tertiaire est présent partout (facteurs, chauffeurs, instituteurs, prêtres…).

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=859041OrganSpatiale.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/859041OrganSpatiale.png[/img][/url]

En brun : les « nœuds », expliqués plus haut.[/center]


De l’organisation sociale

La société païenne installée au Nord du Vicaskara fonctionnera comme fonctionnaient jadis ses ancêtres, et la hiérarchie sociale est des plus importantes et scrupuleusement appliquée. Chaque païen appartient à une strate bien définie.
Le Grand Prêtre d’Heimdall siège au temple de la divinité et est le seul homme qui n’appartient à aucune des classes citées.

Les Storboendr : Au nombre de douze, il s’agit des fils du prêtre d’Heimdall. Leur nombre peut varier, étant donné que chacun d’eux gère une portion administrative du territoire. Il s’agit d’une charge partiellement héréditaire. Si un fils meurt, il transmet son Roidiké à son aîné. En revanche, à la mort du Grand Prêtre d’Heimdall, tous les Storboendr doivent laisser la place à leurs fils aînés. C’est alors que le cadet des Storboendr prend la place de son père, au sacerdoce d’Heimdall. A la naissance de son douzième fils, tous les Storboendr sont démis de leur fonction et remplacés par les douze fils du prêtre en place.

Les Konungar : il s’agit du chef d’une communauté. Ce n’est pas une charge héréditaire ; elle s’acquiert à la mort du précédent Konungar par celui qui aura vaincu les autres prétendants au titre dans des combats singuliers au bâton. Une fois en place, le Konungar est techniquement nommé à vie, mais deux fois par an, aux solstices d’été et d’hiver, il est possible de le défier en combat pour prendre sa place.

Les Godi : il s’agit d’une strate qui s’occupe des tâches judiciaires. Les charges se transmettent de père en fils mais aussi de mère en fille : on remarque d’ailleurs que la plupart des magistrats sont des femmes (quelques 80%). Les Godi siègent aux tribunaux, qui se situent dans les nœuds (étoiles brunes sur le schéma d’en haut). Il y en a toujours un ou une par communauté, et ainsi doit-il toujours être. Il est très fréquent que les Godi aient un autre métier à côté. Les Godi sont aussi en charge de l’Herpp, c’est-à-dire la gestion des biens communautaires et de la « sécurité sociale ».

Les Boendr : C’est le commun des mortels. Propriétaire terrien, le boendr exerce un métier quelconque (sauf un métier marin, cf ci-dessous). Il peut siéger dans toutes les assemblées, politiques et juridiques, et participe à tous les rites religieux. Il faut rappeler ici qu’il n’y a pas de prêtres « définis » chez les païens slavians, sauf le prêtre d’Heimdall. Les autres prêtres ou prêtresses (hommes et femmes sont radicalement égaux devant les dieux) sont tirés au sort régulièrement, chaque sacerdoce ayant ses particularités.

Les Saekonungr : c’est une fraction de la société qui ne possède ni terre, ni biens… sur le sol. Ce sont les pêcheurs : ils n’ont de richesse que leurs navires et ils n’ont le droit de poser pied à terre que pour rejoindre leurs femmes, à des périodes très précises de l’année. Ils tirent les filets et ramènent les poissons pour nourrir les païens, sans mettre le pied à terre si la période ne le permet pas.


De l’organisation politique

Le centre urbain Usi-Asgard n’est pas réellement un centre politique de premier plan : il l’est dans le sens où il concentre une grande partie de la population, mais c’est tout.
Tous les habitants (ruraux inclus) s’y réunissent pour quelques occasions : les Heimdallides, deux fois par an, mais aussi pour déclarer la guerre par exemple ou même pour célébrer des mariages (qui ne se font qu’au mois de juin) et pour gérer la diplomatie.
De manière générale, le système politique païen est assez décentralisé et s’articule autour des Althing, des Leid et les Logsügoma.

Les Althing sont les assemblées populaires : elles ne sont pas ouvertes toute l’année, mais seulement de l’équinoxe d’automne (fin septembre) jusqu’à l’équinoxe du printemps (fin mars). Tout le monde n’y a pas droit à la parole : on peut brailler et se battre, mais pas parler de manière intelligible si l’on est un simple boendr. Seuls les Konungar ont le droit à la parole, en tant que représentant d’une communauté. Chaque Konungar possède un siège dans l’Althing le plus proche (ceux-ci sont toujours situés sur les nœuds : le vôtre est le plus proche de chez vous) où il doit siéger pour représenter sa communauté. Les communautés formulent des propositions et des doléances qui sont mises en forme lors des Althing. Les boendr présents peuvent demander, pendant la séance, au Konungar, d’introduire tel ou tel amendement. Les affaires que l’on rédige à ce moment-là sont notamment les projets communs et autres affaires devant être gérées en communauté (rénovation d’une route, défrichement d’une forêt, mise en commun de troupeaux pour reproduction, construction d’un temple, introduction de nouvelles cultures, répartition des sacerdoces…). Une Althing n’a pas lieu tous les jours, comme nous l’avons précisé : c’est le Storboendr local qui décide quels jours peuvent se réunir les Althing. Lorsqu’il a décidé, chaque « nœud » envoie un Skoggandr dans les communautés qui lui sont affiliés, c’est-à-dire un messager à cheval qui traverse les communautés en soufflant le cor (le skogg). A la fin de la saison des Althing, toutes les décisions et projets sont mis sur le papier et donné à chaque Konungar, qui doit le rendre accessible à tous. Cependant, à ce moment-là, rien n’est voté ! Ces affaires sont ratifiées seulement dans les Leid.

Les Leid sont les assemblées délibératives. Elles se tiennent de l’équinoxe du printemps (fin mars) jusqu’à l’équinoxe d’automne (fin septembre). Les Leids sont beaucoup plus détendus que les Althing. Une première période des Leid (mars-avril) consiste à voter à main levée tous les projets et autres affaires mises sur le papier pendant les six mois précédents. C’est généralement assez rapide. Ensuite, les Leid ont d’autres fonctions. Prenons quelques exemples. En cas de mort sans testament, c’est pendant les Leid que la communauté répartit les biens du défunt entre les membres de sa famille. Si un fils est riche et l’autre un peu moins, on donne un peu plus au second. Le Leid intervient aussi dans le domaine du mariage : les mouvements sont très contrôlés, on ne peut pas déménager facilement. Lorsque deux personnes se marient, c’est le Leid qui tranche pour savoir si c’est monsieur qui va habiter chez madame ou si c’est l’inverse, afin de rééquilibrer les communautés. Le Leid, après avoir entériné les lois et projets, gèrent aussi la collecte des impôts. Le système est très intéressant : on recrute, dans une communauté éloignée, une petite troupe d’hommes et de femmes qui viennent récolter les impôts dans les communautés locales, afin qu’il n’y ait pas de favoritisme. Le Leid a donc un nombre de fonction très important et se tient généralement dans le même bâtiment que la Thing, à une différence près : durant les Thing, tous peuvent venir, n’importe laquelle. Pendant le Leid, tout le monde vient lorsqu’il faut ratifier les lois, mais en dehors de cela, seuls les concernés se déplacent.

Les Logsügoma sont les tribunaux. Administrés par les Godi (un ou une par communauté), les logsügoma ont une forte prégnance religieuse. Le Godi qui préside le Logsügoma est aussi en l’instant prêtre d’Odin. Ces tribunaux se tiennent à l’air libre, n’importe quand dans l’année, dans des endroits particuliers : dans une grotte, au fond d’une vallée, dans la forêt, sur les rives d’un étang… lors d’un litige entre deux membres d’une même communauté, on fait appel au Godi local, sans problème. En revanche, en cas de conflit entre deux membres de communautés différentes, on fait appel au Godi de la communauté la plus éloignée au sein du Roidiké. Les peines sont multiples et variées : cela peut aller de la simple amende à la peine de mort (seulement pour homosexualité ou viol) en passant par le duel à sang (le premier qui saigne a perdu). Les Logsügoma sont aussi les lieux où l’on sélectionne les meilleurs guerriers de la communauté pour partir à la guerre lorsque résonne le cor d’Heimdall (Hödhorn). Souvent, on organise des jeux intercommunautaires de lutte mais aussi des concours de tirs pour déterminer qui sont les plus aptes à partir au combat. Les Logsügoma sont aussi les endroits où l’on réparti la terre à l’arrivée de la communauté.

[center]-Usi-Asgard est à présent autonome politiquement : il est possible de prendre contact avec lui ici-même-[/center]
Chaarden

Message par Chaarden »

[center]Opération « Irmin » [5][/center]
[center]L’appel des mondes souterrains[/center]

[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=3663602a2fce99f0bb4d4727ff2f412141bde3.jpg][img]http://img11.hostingpics.net/pics/3663602a2fce99f0bb4d4727ff2f412141bde3.jpg[/img][/url][/center]

Le jeune soldat confédéré Vladimir faisait partie des hommes devant rester en faction sur les terres d’Usi-Asgard. La plupart des effectifs a été rapatriée sur Marutopia, au Nord ; en effet, la totalité des familles prévue par la colonisation d’Usi-Asgard était arrivée. Près d’un demi-million de personnes s’était installé à présent, dans la capitale ou dans les villages alentours. La planification de l’organisation spatiale avait pu donner lieu à la création d’un système structuré et cohérent. Les premières récoltes se faisaient déjà, et l’on avait apporté de « métropole » suffisamment de réserves alimentaires pour les cinq années à venir, au cas où, ainsi que des machines, des semences et du bétail. Les champs sont partagés de manière à ce que chacun ait une quantité à peu près égale de terres à cultiver. Les premiers codes de loi sont rédigés et mis à disposition de chacun des païens : ils sont force suprême et communs à chaque petite communauté de tout Usi-Asgard. En fait, le système en place était particulier : quasiment aucun pouvoir central, si ce n’est le grand prêtre d’Heimdall, mais des lois et un fonctionnement législatif rigoureusement identique et intangible pour tous. Il n’y a strictement aucun moyen de modifier ce droit qui n’a pas bougé d’une lettre depuis mille ans. Aujourd’hui, il paraîtrait dépassé à la plus grande majorité du monde dit civilisé. Qui pourrait encore penser qu’on y pratique le broiement des testicules entre deux pierres en cas de viol ? Enfin bref, Vladimir découvrait chaque jour les joyeusetés de tout un code de loi qu’il juge rétrograde et inadapté. Il a en effet constaté que ce n’était pas les lois qui s’étaient adaptées aux progrès mais bien les progrès qui durent s’adapter aux lois. Un exemple est frappant : la loi parle de peines encourues en cas de vol de charrues. Aujourd’hui, il n’y a plus de charrues, il y a des herses accrochées à des tracteurs. Eh bien, dans le parler des païens, on les appelle des « charrues » et des « tire-charrues », afin de pouvoir les inclure dans les décisions de justice, sans modifier le code de lois.

Toutefois, ce n’était pas le plus intriguant dans la culture des enfants d’Heimdall. Le plus intriguant était cette fascination morbide pour le sang, la mort, l’obscurité et les ténèbres. Toutes ces choses qui ont une connotation très négative dans nos contrées, sont au contraire valorisées chez eux. Le sang est l’essence de la vie, en faire un cadeau aux dieux est symbole de grande dévotion. La mort est le moment où l’on rejoint le Valhalla ou un autre étage de l’Yggdrasil (univers, représenté par un arbre), ce qui est rarement négatif. L’obscurité et les ténèbres ne sont qu’une épreuve qu’il faut accepter et endurer pour parfaire sa connaissance du monde. Vladimir a d’ailleurs remarqué que les païens n’utilisaient pas l’électricité. L’électricité produit de la lumière, et la création de la lumière est un privilège que seuls détiennent les dieux. Qui aurait cru, pensait Vladimir, que le petit bouton rouge clignotant du lave-linge était une usurpation divine ?
La question qui se pose est le rôle d’Heimdall dans tout cela. Les païens, qui, dans l’histoire, ont partagé le panthéon nordique, n’ont jamais donné un rôle prépondérant à Heimdall. Vladimir avait appris dans les livres qui était Heimdall. Dans leur mythologie, le monde des hommes, Midgard, est séparé du monde des dieux, Asgard, par un pont-arc-en-ciel, le Bifröst. Celui-ci est surveillé en permanence par Heimdall, celui qui veille sur la maison des dieux. Il est celui qui donne l’alerte, celui qui fait le lien entre les hommes et les dieux, celui qui est vigilant, celui qui prend garde, celui qui prévient.
L’avoir choisi comme dieu tutélaire doit se comprendre avec le deuxième élément particulier des croyances slaviannes : leur terre a été rebaptisée Usi-Asgard, la nouvelle Asgard, la nouvelle demeure des dieux… toute leur religion repose alors sur ce principe : les hommes peuvent accéder au monde des dieux (et donc, « créer un Asgard ») et pour réussir, quoi de mieux que l’aide d’Heimdall, au vu de sa fonction dans la cosmologie nordique ?

A quel prix ? Qui est le deuxième dieu le plus important du panthéon d’Usi-Asgard ? Il s’agit de Sköldj, celui dont on rechigne à prononcer le nom. Il est le prince des mondes souterrains, le Svartalfheim, monde des êtres mauvais et sournois. Ce dieu, pensait Vladimir, est profondément répugnant, et il ferait passer tous les sacrifices à Heimdall, Thor et Odin pour des actes manqués d’un vieillard barbu sénile polygame. La rumeur court que Sköldj réclame tous les dix ans des sacrifices humains. Vladimir ne voulait pas trop y penser, et quand bien même, il doute de la véracité de la rumeur, d’autant plus que l’une des conditions est que le sacrifié doit approuver sa mort. Il doit le vouloir. Mais après tout ce qu’il a vu, le jeune confédéré se demande si douter est encore chose raisonnable ici ?
Le plan qui avait été tracé (voir les sujets supérieurs) avait une composante qui avait étonné les constructeurs sur place : en effet, le temple de Sköldj est le seul temple souterrain. Son culte se pratique sous terre et, chose encore plus extraordinaire : les hommes chargés de vénérer Sköldj n’ont rigoureusement pas le droit de voir la lumière du soleil. Ils sont en permanence plongés dans une obscurité soit totale, soit traversée –c’est souvent le cas- par les faibles lueurs de bougies… Vladimir, par curiosité, avait consulté les documents relatifs à la gestion de ce temple : il s’était fait attraper, ce jour-là, par le grand prêtre d’Heimdall, qu’il appelait à présent le « dénommé », au vu du fait que celui-ci n’avait pas de nom. Le Dénommé a donc proposé au jeune militaire de se rendre dans les profondeurs de l’antre de Sköldj, afin d’apporter quelques objets au clergé du dieu d’En-Bas. Vladimir se sentit obligé d’accepter, après que le grand prêtre l’eut assuré qu’il ne courait aucun danger.

Arrivé sur la place des dieux d’Usi-Asgard, Vladimir constate un large trou dans le sol, peut-être dix mètres sur quinze, dans lequel s’enfonçait un escalier. Il n’était pas seul, il avait avec lui l’un des fils du Grand Prêtre et trois militaires de son régiment. Ils descendirent les marches avec une certaine appréhension. Bientôt, les murs de briques taillées laissèrent la place à la roche de la terre, humide, d’où suintaient d’épais filets d’eau. Vladimir remarqua que plus on s’enfonçait, plus l’odeur devenait forte. Pas particulièrement désagréable, mais forte, prenante, un mélange de terre, de fer, de sang et d’un étrange parfum inidentifiable. Le malaise montait chez Vladimir et ses coreligionnaires, tant est si bien qu’ils ralentirent la marche. D’ailleurs, l’obscurité était devenue quasi-totale. On marchait à tâtons, posant ses pieds sur les marches les unes après les autres, en tentant de garder le rythme. Seul le manteau blanc du fils du Grand Prêtre donnait un petit éclairage dans le noir. C’est à ce moment-là qu’une petite lueur dansante se fit voir au loin, après au moins dix minutes de descente. Vu la fébrilité de la flamme, il s’agissait sans aucun doute d’une bougie. Ils arrivèrent dans un petit hall, dont l’entrée était délimitée par des tracés de runes au sol. Une immense porte de bois se dressait devant eux, tailladée de runes elle aussi. Le fils du Grand Prêtre hurla d’un coup, brisant les dix dernières minutes de silence, ce qui fait sursauter les militaires :

« Sköldj ! Sköldj ! Prince des mondes souterrains ! Amène tes fils ! Amène ceux que tu choisis dans ta clairvoyance en des temps où la lumière nous fit défaut ! »

Puis il se tut. Pendant dix bonnes minutes supplémentaires, on attendit, sans que personne n’ose demande quoi que ce soit. C’est alors que la porte s’ouvrit. Une vision de cauchemar s’offrit aux yeux des confédérés, qui reculèrent de plusieurs pas, des grimaces de dégoût sur leurs visages. Devant eux se tenait un homme vêtu d’une longue robe noire sertie de petites perles ou joyaux scintillants. Il portait sur la tête une mitre blanche brodée de runes grises. Le symbole de la croix inversée était présent à de multiples endroits. Mais le plus effrayant était son visage : on ne le voyait pas, il était peint. Le contour de ses yeux, ses joues et sa mâchoire inférieure était noir et tout le reste blanc. Derrière lui, dans la pièce, on voyait un immense brasier en contrebas de marches rouges et noires. Sur les murs, des runes et des croix inversées étaient dessinés, des bougies et des torches étaient allumées. Lorsque Vladimir regarda chacun de ces éléments d’éclairage, il plissa les yeux pour être sûr de ce qu’il voyait : aucun des combustibles ne se consumait. La cire des bougies ne fondait pas, la poix des torches ne bougeait pas et même le bois du braiser ne diminuait pas de taille. Il mit un temps à remarquer qu’un grand glyphe était tracé sur le sol, à 6 branches, et qu’en face de chacune des branches se tenait une porte, dont celle devant laquelle les cinq hommes s’observaient. D’un coup, l’homme à la mitre se saisit du cor accroché à sa ceinture et il souffla dedans. Le bruit était strident, déchirant, terrifiant, et il raisonnait dans tout l’escalier et Vladimir dut se boucher les oreilles, imaginant que l’on devait l’entendre à la surface même. C’est alors que les cinq autres portes s’ouvrirent. Un homme sortit de chacune d’elle ; ils étaient tous rigoureusement identiques. Vladimir scruta avec attention celui qui était le plus proche de lui. Il était habillé tout en noir, à l’exception des runes tissées en blanc sur ses vêtements. Il avait un masque sur le visage, un masque qui, en fait, lui englobait toute la tête. Il était pointu vers le bas et deux cornes jaillissaient de là où se trouvait son haut-front. On ne voyait sa peau à aucun endroit. Face aux regards intrigués, pour ne pas dire semi-paniqués, des confédérés, l’homme à la mitre prit la parole :

« -Je suis le Chancelier de Sköldj. Ce n’est pas la première fois que le Prêtre d’Heimdall envoie de simples impies dans les profondeurs de la terre. A moins que ceux-ci ne soient fatigués de vivre, ils n’ont rien à faire ici.
-Chancelier, nous ne venons pas pour un cérémoniel, mais pour te remettre les objets du cérémoniel, bénis en surface devant la statue de Hel.
-Hel, Hel, douceur des flammes, son visage me manquerait presque, tant les sculpteurs de notre peuple sont inspirés de Baldr (dieu de la beauté).
-Alors prends ces objets, et que maudis soit l’impie.
-Ces hommes-là, tu veux dire ? Tu ne m’as pas répondu, fils d’Heimdall, pourquoi sont-ils ici ?
-Ils étaient intrigués par le culte souterrain, ce n’est pas chose courante dans les terres de Midgard.
-Ont-ils tant de haine pour le mystère pour venir outrager le sanctuaire de Sköldj ? »

Un mouvement parcourut la salle : les cinq succubes (faute d’autres mots) du Chancelier de Sköldj venaient de s’emparer de longs couteaux cachés dans leurs vestes. Ils étaient longs, au moins un mètre, légèrement bossu et avec une recourbure sur le bas de la lame. Le manche était d’un matériau que l’on ne pourrait décrire. Vladimir pensa un instant qu’il s’agissait d’os humain. Mais rapidement, ses camarades le sortirent de ses divagations par le chargement de leurs armes. Le Chancelier de Sköldj éclata de rire. Un rire sinistre, pénétrant, empli d’une émotion qui semble pouvoir briser l’esprit d’un homme. Tout cela en un seul rire. Il fit un geste d’apaisement et reprit la parole, regardant ses hommes puis les militaires confédérés.

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« -Sköldj a-t-il réclamé le sang des habitants de Midgard aujourd’hui ? Et vous, vos armes ne vous serviront à rien ici. Sköldj est maître du monde souterrain, vous êtes en vie car il le veut bien, et uniquement par sa volonté.
Si votre intrigue quant à ce monde est sincère, alors recevez mes paroles comme bénédiction. Nous, ici, n’avons jamais aperçu les rayons du soleil. C’est là le domaine de Thor et d’Odin, et nous avons été choisis dès notre naissance pour servir l’intelligence de Sköldj. Voyez-vous ces bougies et ces flammes ? Oui… oui, vous les voyez, je vous ai vu les regarder. Parfois, elles s’éteignent, et Sköldj les rallume, maintenant en sa gloire la matière qui jamais ne disparaît, sauf sur son ordre. Le brasier est la plus parfaite expression de notre dévotion pour celui qui seul peut saper l’Yggdrasil. Il est fougueux comme l’étalon, rapide comme l’épervier et dangereux comme l’ours, pour ceux qui ne connaissent les mystères qui entourent sa vénération.
-Est-il vrai que vous tuez des hommes ? Prononça rapidement Vladimir, surpris de sa propre audace.
-Oui. Oui, lorsque Sköldj le demande. Il s’agit d’un mauvais présage, car cela signifie que le Prince a besoin de sang pour étancher sa soif de vengeance. Il a subi une déconvenue ou un grand malheur et nous, hommes de Midgard, devons lui offrir un des nôtres pour apaiser sa colère. Chaque homme et chaque femme possède en soi les dieux, et jamais les géants que tu affronteras en haut ne seront aussi grands qu’eux. Nous sommes chacun une source de puissance, trop inexploitée, beaucoup trop inexploitée. Le sacrifice d’un homme est la plus somptueuse offrande que l’on puisse faire.
-Aucun de nous ici ne veut mourir, alors pourquoi sortir les couteaux ?
-Les lames des zélés Serviteurs peuvent fendre la chair comme bon leur semble. Toute blessure n’est pas sacrifice, Vladimir.
-Comment…
-Sköldj m’a soufflé ton nom. Il m’a soufflé le plus grand bien de toi. Tu n’es pas un impie, contrairement à tes amis. Tu es plus que cela, bien plus que cela. Sköldj voit grand en toi. Fils du prêtre d’Heimdall ! Transmets cette rune à ton père ».

Le Chancelier de Sköldj sortit une pierre runique de sa poche : elle semblait encore chaude, comme si elle venait d’être travaillée à l’instant même. Lorsque Vladimir releva la tête, il lui semblait d’un vent incroyablement chaud soufflait dans le hall, en provenance de la pièce du Chancelier. La porte de la salle se ferma toute seule et les objets que portait le fils du Prêtre avaient disparu. Sans un mot dire, on reprit la montée de l’escalier jusqu’à atteindre la surface. Lorsque celle-ci fut en vue, un immense poids sembla se relâcher. Les quatre militaires soufflèrent de longues minutes, incroyablement éprouvés par ce qu’ils venaient de vivre. L’un d’eux s’assit et à la surprise des autres, s’endormit quasi instantanément, comme littéralement assommé par la fatigue. Vladimir tenta de réfléchir aux dernières paroles du Chancelier mais n’y parvint pas, tant le souffle infernal de Sköldj avait embrumé son esprit…
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