RP | Tranches de vie

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Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Tranches de vie en Sébaldie.[/center]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Mooie meisjses
3 octobre 2028


[img]http://nsa38.casimages.com/img/2015/12/01/151201105707406101.jpg[/img][/center]

[justify]La vie d’Arjen a été brisée du jour au lendemain, alors qu’elle n’avait fait que lui sourire jusqu’à présent. Ce beau garçon de vingt-huit ans, du haut du son mètre quatre-vingt-dix, avait réussi une fulgurante ascension dans une entreprise de logistique : à dix-neuf ans, il conduisait la camionnette qui amenait les marchandises aux clients ; à vingt-quatre ans, il formait et supervisait ceux qui allaient prendre la relève et à vingt-sept ans, il troqua définitivement sa panoplie de chauffeur-contremaître contre une chemise en soie kaiyuanaise et un bureau dans lequel il négociait par téléphone des parts de marché.

Entre-temps, il s’était marié avec Ana et ensemble ils eurent une fille, qu’ils avaient baptisée Saartje – « petite Sara » - dans la Sint-Denijskerk de Merudstein. Comme beaucoup de Sébaldes, il était un catholique des quatre saisons et ne fréquentait guère l’église que pour les baptêmes, les mariages et les enterrements. Saartje avait trois ans quand Arjen l’a vue la dernière fois, elle savait baragouiner des phrases simples en néerlandais. Saartje était mignonne et était choyée comme une petite princesse avec autant de jouets que possible. La plupart d’entre eux avaient été commandées via Internet, à des sites étrangers, de nombreuses firmes de jouets ayant décidé de fuir la Sébaldie néomalthusienne durant les années 2010.

Arjen ne verra pas Saartje devenir une femme, lui qui attendait avec une certaine impatience ce très court instant où les filles voient se développer leur poitrine, leurs hanches. Ce stade très éphémère où la fille, encore vierge, n’est plus innocente. Qu’y avait-il de malsain dans le fait de contempler la nature humaine faire son œuvre ? Arjen n’avait toujours pas la réponse. Son rêve était de toucher le corps d’une femme en devenir, juste une fois, et si elle était consentante, lui montrer ce qu’était un homme dans toute sa puissance, et ne plus la contenter de seuls garçons pubères en manque de confiance. Arjen n’avait déçu aucune de ses partenaires, bien au contraire. Il lui était impossible de concrétiser son rêve par la loi sébalde, qui interdisait toute relation entre mineurs et majeurs consentants. La loi est stupide mais c’est la loi. Stupida lex, sed lex. Néanmoins, un dispositif nouveau d’initiatives populaires lui permettait désormais de corriger ces stupidités. Peu engagé politiquement, Arjen s’est laissé convaincre par une signature de l’initiative. Grâce à 150 000 Sébaldes qui éprouvaient la même souffrance que lui, la loi pouvait potentiellement évoluer en son sens.

C’est là que sont intervenus les hackeurs océaniens de Truthlink qui ont [url=http://www.simpolitique.com/post270394.html#p270394]diffusé la liste des signataires[/url] présente sur les serveurs de la Cour Constitutionnelle mais indisponible au public. Arjen a appris la nouvelle avec effroi et savait qu’il allait être traité comme un criminel, lui qui n’a jamais violenté une seule femme de sa vie et n’avait que comblé de bonheur les enfants. La nouvelle s’étant répandue comme une traînée de poudre, il n’a fallu que deux jours pour qu’un contact d’Arjen sur Twinkle ne dévoile la présence de son nom sur cette fameuse liste. Il a ensuite tout perdu : son travail, sa femme, sa fille, ses amis, sa maison, son argent. Personne ne voulait côtoyer un pédophile ou du moins, un individu taxé comme tel. Aujourd’hui réduit à verser une pension alimentaire à une fille qu’il ne reverra plus jamais, il s’est rebâti une minable existence. Arjen n’est même pas son nom de naissance, il a changé de région, a quitté la riche province de Prican pour s’installer dans le sinistre Gelnan, dans un de ces micro-studios de deux mètres carrés qui fleurissent partout dans le pays. L’Etat lui a concocté une nouvelle identité, et a même changé de date de naissance, il a été vieilli de deux ans alors que, dans le même temps, au niveau professionnel, il a replongé de dix ans en redevenant le chauffeur-livreur qu’il était mais cette fois-ci, à temps partiel, pour un salaire bien moindre dont une partie est même payée au black… L’immigration massive en Sébaldie a fait son chemin, le secteur est aujourd’hui bouché et c’est le salarié le plus malléable qui peut espérer non plus une promotion comme de son temps mais quelques heures légalement déclarées en plus.

Il avait troqué son costume de cadre tissé en Sébaldie contre un vieux pantalon de jogging et un débardeur usé. Autrefois reconnaissable par son visage rasé à blanc, il se laissait maintenant pousser avec indifférence sa barbe. En effet, la pilosité avait repris ses droits sur son corps, comme la nature reprend les siens sur les égarements humains urbanistiques. Son corps d’étalon n’y changera rien, les rencontres avec les filles ne consistaient plus en des jeux de séduction habiles mais plutôt en des nuits sans lendemain destinées à le purger de ses pulsions encore bien vivaces.

En fait, Arjen avait tout perdu tout ce qu’un homme pouvait perdre mais il lui restait sa vigueur sexuelle, qui était là, encore bien présente, comme pour le narguer. La seule chose qui lui restait était ce qui lui avait causé sa perte. Sa vie avait été détruite par des pirates informatiques, elle avait été rebâtie artificiellement par l’Etat mais Arjen était le resté le même. Opportuniste, une entreprise wapongaise avait adressé en catimi à chacun des signataires une proposition de souscription à une chaîne télévisée proposant des programmes pornographiques de son goût, pour 200 $RAK par mois, et des invitations à des soirées privées au Tel-Erib. Qu’avait-il désormais à perdre ? Un sixième de son salaire mensuel pour approcher, sans jamais le toucher, le Graal. Le bonheur. Bientôt, d'ailleurs, il pourra voter par référendum à l'initiative qui l'a entraîné dans sa chute. Dans un autre pays, il aurait pu finir incarcéré ou exécuté pour cela. Mais Arjen, lui, avait la chance d’être Sébalde.
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Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Royauté, Papauté et Gaieté (1/2)
15 octobre 2028


[img]http://nsa38.casimages.com/img/2015/12/05/151205085245519639.jpg[/img][img]http://nsa37.casimages.com/img/2015/12/05/151205085246658101.jpg[/img][/center]

[justify]Gwandoya est Maokorien et comme quelques-uns de ses compatriotes, il avait fait le choix de s’installer dans la mécréante mais pas totalement irréligieuse Sébaldie. Il a 32 ans. Ou du moins, il pense qu’il a 32 ans mais il n’en est pas certain pour une raison simple : le très catholique Royaume de Maok accordait moins d’importance à la date de naissance qu’à celle du baptême des nouveau-nés. En théorie, le baptême se déroulait - au grand maximum - quelques mois après la naissance, ne serait-ce pour sauver l’âme au plus vite des nouveau-nés, dans un pays encore touché par une forte mortalité infantile. Mais les parents de Gwandoya manquaient parfois à leurs obligations religieuses et avec une fratrie de 11 enfants, il était loin d’être l’objet de toutes les préoccupations. Il se pouvait donc qu’il fût baptisé à l’âge d’un voire de deux ans. En conséquence, il était peut-être âgé de 33 ou 34 ans. Ses premières rides ne se voyaient de toute façon guère, occultées par une couleur de peau noire charbon.

Sa peau noire, justement, s’était légèrement éclaircie depuis son arrivée en Sébaldie. Craignant un vitiligo, cette maladie de la peau qui blanchit la peau et qui faisait de ses porteurs des parias dans les rares contrées païennes au Maok, il avait consulté une dermatologue qui a tenu à le rassurer immédiatement : ce phénomène n’était pas du tout pathologique, il était tout à fait naturel, la Sébaldie bénéficiant d’un moindre ensoleillement que le Maok. Surtout que Gwandoya habitait dans la province de Novacan, tout à l’ouest de la Sébaldie, qui avait la particularité météorologique d’être sujette à de fortes amplitudes thermiques. Il avait posé ses valises tout au nord de la province, non loin de la frontière avec le Gelnan, une [url=http://www.simpolitique.com/post267886.html#p267886]zone de tensions anciennes entre juifs et musulmans[/url]. Gwandoya était du côté juif, mais sa municipalité était également habitée par un nombre non négligeable de musulmans. Il avait trouvé un emploi à mi-temps comme agent de lutte contre la fraude auprès d’une société de transports en commun et travaillait généralement en soirée. Ce job était correct et lui permettait de payer son loyer à son propriétaire, un juif qui lui a confié « [qu’il préférait] quand même un chrétien nègre à n’importe quel mahométan » (sic).

Gwandoya, lui, n’accordait aucune préférence entre juifs et musulmans. Il ne prêchait que la religion du Christ, la seule qui pouvait unifier le monde. Ce dévot était plus spécifiquement catholique. Dans la pièce à vivre de son deux-pièces, il avait accroché un nouveau tableau, à côté de celui de Sa Majesté le Roi du Maok, Ménélok IV. Le tableau représentait Sa Sainteté Zosime II, lui aussi Maokorien. Royauté et Papauté, ou autrement dit « Ouverture et Tradition », comme le rappelle la devise de son pays d’origine. Connu sous son nom d’évêque, Monseigneur Phirok était une figure nationale. C’était en partie grâce à lui que Gwandoya avait retrouvé la foi, ses parents n’étant guère une source d’inspiration, et encore moins des modèles. Prêcher la bonne parole dans les contrées qui s’en étaient éloignées : voilà quelle était sa mission en Sébaldie et il la relevait avec une grande ferveur. Un terrain comme le Novacan, était à la fois difficile car violent, et propice à l’évangélisation. Gwandoya était très à l’aise dans cette entreprise : lui qui a eu ses moments de doute, il savait pertinemment ce que signifiait « perdre la foi ».

Pourquoi la Sébaldie en particulier ? Il serait hypocrite de croire que la venue de Gwandoya, dans ce pays à l’autre bout du monde, soit motivée par de seuls impératifs d’évangélisation. La réalité était, malheureusement, plus complexe : Gwandoya était un homosexuel. En tout cas, c’était le mot qu’on utilisait en Sébaldie pour décrire des personnes de sa situation. Il aspirait à pouvoir conjuguer son amour pour les garçons et celui pour le Christ. Au Maok, il serait à la fois condamné (au moins moralement) pour son homosexualité et pour adultère. L’amour est exclusif, parmi tous les hommes, un homme ne peut en aimer qu’un seul, le Christ lui-même. En Sébaldie, il n’est condamné ni pour l’un, ni pour l’autre, même s’il habitait la région la plus conservatrice du pays. Par « vivre sa sexualité », Gwandoya n’entendait pas s’adonner aux pratiques sexuelles interdites au Maok mais juste avoir la compagnie complice d’un homme, sans que cela ne choque personne, quitte à ce que cet amour soit purement platonique. Il avait rencontré cet homme, il s’appelait Chris et habitait dans la province voisine gelnanaise, un Sébalde dit « de souche », blanc, méprisant largement ce que l’on appelle la « communauté LGBT », une expression totalement inconnue au vocabulaire du Maokorien, qui pensait que ces lettres, L-G-B-T, renvoyaient à une administration sébalde ou l'une de ces abréviations que l'on utilise pour chatter sur Internet...

Son temps partiel permettait à Gwandoya d’œuvrer pour le Christ. Pour ce faire, à chaque jour de marché, il tenait un stand avec d’autres catholiques pieux, à qui il se gardait bien de dévoiler ses penchants personnels, bien évidemment. Le but était d’interpeller les badauds, la religion était elle-même un véritable marché où l’offre et la demande se décidaient au cours d’une libre-concurrence acharnée. En effet,[url=http://www.simpolitique.com/post243596.html#p243596]la Sébaldie finançait les cultes depuis quelques années[/url] et ce, au prorata du nombre de fidèles. Il fallait convertir en masse pour obtenir le maximum de subventions, et en priorité les croyants des autres cultes. À gauche, il y avait le stand musulman qui, outre des Coran gratuits, distribuait des tracts haineux contre la nouvelle sultane d’Alamut. À droite, des évangéliques poussaient la chansonnette pour attirer le maximum de curieux. Les juifs, peu prosélytes, s’adonnaient guère à ce genre de démarchages et comptaient sur des réseaux bien plus discrets pour grossir leurs rangs. Gwandoya a toujours tu cette occupation à son compagnon, à qui il confia seulement être catholique pratiquant. L’un de ses collègues missionnaires questionna le Maokorien : « Comment se fait-il qu’à ton âge, tu ne sois pas encore marié ? ». Gwandoya, un peu gêné et dans un néerlandais encore hésitant répondit : « J’envisage peut-être le séminaire ». C’était complètement faux mais qu’importe, son collègue accueillit la réponse, avec un grand sourire : « Si seulement tout le monde pouvait rester fidèle aux enseignements bibliques… ». Et oui, si seulement… Gwandoya se retourna silencieusement un instant vers le portrait de Zosime II, accroché au stand, pour lui demander… « pardon ».
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Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Royauté, Papauté et Gaieté (2/2)
14 décembre 2028


[img]http://nsa38.casimages.com/img/2015/12/25/151225023449280201.png[/img][/center]

[justify]Gwandoya n’avait aucun mal à se sentir mouton, ni même brebis. Le Seigneur n’était-il pas le Bon Pasteur ? Celui qui ramena sur ses épaules la brebis égarée, quitte à laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres lui échapper ? Gwandoya aurait bien aimé être cette brebis-là. Mais il n’était que mouton, mouton noir précisément, celui sur qui le sort s’acharne, gratuitement. La lettre qu’il reçut du Conseil Provincial de Novacan ce jour-là lui rappelait ce statut : le voilà officiellement expulsé du Novacan ! Gwandoya était comme son Seigneur victime de la justice des hommes, bien que la comparaison n’allât pas plus loin.

En fait, cette décision administrative l’étonnait à moitié : ses activités de prosélytisme religieux sur les marchés du Nord-Novacan n’avaient pas été au goût de tous. La place du marché était à la fois le lieu des transactions commerciales, celui des échanges banals sur le temps du jour comme philosophiques, religieux, mais aussi et surtout politiques. Le crime de Gwandoya, c’était d’avoir fait son devoir d’évangélisation de manière passionnée, et de l’avoir fait en tant que ressortissant étranger et de personne de peau noire, et ce dans la province de Novacan, la province juive sioniste. Les revendications des sionistes avaient partiellement abouti : le gouvernement s’est consenti à accorder à la province une autonomie élargie. Or, comme le prévoit la [url=http://www.simpolitique.com/institution-parlement-sebalde-t10191-15.html]loi MSER1-2028 relative à cette plus large autonomie[/url], « le Conseil Provincial de Novacan dispose du droit d’exclure de son territoire provincial tout citoyen qui y est installé, sébalde ou étranger, par une motion votée en ce sens, précisant le nom de chacun d’entre eux. Pour être adoptée, une telle motion devra réunir la majorité des trois cinquièmes. ». Une forme de justice politique qui étonnait grandement Gwandoya, lequel était persuadé que la Sébaldie était un Etat de droit. Contrairement à la justice ordinaire, il n’avait été nullement prévenu de cette « plainte » contre lui qui en taisait le nom, il n’avait pas l’opportunité de se défendre de cette décision accompagné d’un avocat. Nonobstant tous ces impératifs, il avait fait l’objet d’une motion soumise au vote du [url=http://www.simpolitique.com/post220896.html#p220896]Conseil du Province de Novacan[/url], qu’il rebaptisait « Tribunal de Novacan ». Les vingt conseillers de l’Union des Juifs Sébaldes avaient voté pour son exclusion, de même que les trois du Mouvement Juif ainsi que les quatre du Mouvement Nationaliste Sébalde qui bien qu’à l’opposé des sionistes savouraient l’idée d’expulser un étranger du territoire. Cela aurait pu en rester là : 27 voix pour son exclusion. Mais l’Union Nationale Démocrate s’étant abstenue pour ne pas contrarier ses alliés juifs, les treize voix contre son exclusion étaient insuffisantes, la majorité des trois cinquièmes (qui se sont exprimés) était là, Gwandoya était officiellement exclu.

Etait-il vraiment en Sébaldie, ce pays dit de libertés, de justice et de démocratie comme le disait la brochure de promotion à destination des ressortissants étrangers qu’il a reçue à son arrivée ? Il en doutait sérieusement. Il pourrait faire appel auprès de la Cour Constitutionnelle mais l’appel n’était pas suspensif et il était certain de perdre. De mouton, il était devenu chèvre : il ne parvenait pas à décolérer de cette décision injuste au sens propre du terme, contraire à la justice. Il avait jusqu’à la fin du mois pour partir du Novacan. Au-delà, les forces de l’ordre se chargeraient de son déménagement… avec beaucoup moins de tact. Vider son deux-(très-petites)-pièces fut très rapide, l’histoire d’une petite demi-journée, il enveloppa les tableaux du Roi de Maok et du pape Zosime II avec une grande précaution, dans du papier-bulles. Autant au Maok s’il partageait le logis avec un homme extérieur à sa famille il aurait été expulsé, autant en Sébaldie c’est l’inverse : expulsé de son deux-pièces de célibataire, il était maintenant contraint à demander l’asile à son Chris, son amant platonique, installé à quelques villes de là, dans la province voisine de Gelnan, qui ne détenait pas (encore ?) les étranges super-prérogatives du Novacan. C’était une réelle contrainte : il n’avait pas envie de s’installer en ménage avec un autre homme, ce n’était pas dans sa culture. Cette situation l’incommodait au plus haut point mais il n’avait guère le choix. L’hiver 2028-2029 s’annonçait froid et humide et Gwandoya était davantage habitué à la l’aridité de sa ville natale de Mojora, au cœur du Maok qu’à des mois de décembre si peu doux.

Dans la maisonnette de Chris, Gwandoya disposait dorénavant de ses propres espaces de rangement. Puis vint le moment d’installer les deux tableaux.

- « Qui c’est, ce beau garçon ? » demanda Chris en pointant du doigt le portrait du roi de Maok.
- « Sa Majesté Ménélok IV, Roi du Maok » répondit laconiquement Gwandoya, un peu perturbé par le qualificatif de « beau garçon ».
- « Vous avez de la chance, au Maok. Tu as vu la dégaine de notre [url=http://www.simpolitique.com/post271061.html#p271061]président[/url], en Sébaldie ? Et celle du [url=http://www.simpolitique.com/post265744.html#p265744]dégarni au nœud pap’[/url] qui nous sert de Premier ministre ? » ricana Chris.

Gwandoya sourit par politesse, peu habitué à discuter de l’aspect physique de ses congénères masculins, à plus forte raison quand il s'agissait de dirigeants politiques.

- « L’avantage, c’est qu’on a parmi nos ministres [url=http://www.simpolitique.com/post270020.html#p270020]un acteur porno plutôt canon[/url] ». continua Chris.

Gwandoya ne comprenait pas très bien ce charabia : porno ? canon ? Fort heureusement pour lui, son néerlandais était perfectible car s’il avait compris de quoi parlait son partenaire, ce dernier serait descendu dans son estime. Gwandoya n’aimait pas la vulgarité et la Sébaldie lui semblait si… sexualisée. C’est d’ailleurs ce qui l’a amené dans l’ultra-conservatrice province de Novacan, avec le résultat que l’on connaissait néanmoins. Chris avait réussi à appâter Gwandoya en se présentant comme un garçon « hors-milieu », c’est-à-dire éloigné de toute cette débauche. Le Maokorien voyait cependant que ce n’était pas totalement le cas. Avec un soupir, il enleva le second tableau de sa protection.

- « Euh… Un portrait du pape… chez moi ? » grimaça Chris en regardant le portrait de Zosime II.
- « Oui… Enfin, si ça ne te dérange pas… » répondit timidement Gwandoya.
- « On va en discuter. Tu as tout le temps pour déballer tes affaires, viens te reposer… »

Les derniers jours avaient été éprouvants pour le Zanyanais, du repos n’était pas de refus. Mais alors qu’il s’attendait à recevoir un verre d’eau fruitée comme cela est d’usage au Maok quand il s’agit de « se reposer », Gwandoya et son compagnon se retrouvaient, une heure et demie plus tard, nus dans le lit devenu conjugal. En deux heures de vie commune, Gwandoya avait déjà mis fin sans le vouloir à sa volonté d’entretenir une relation exclusivement platonique avec Chris. Plus que jamais, faire ménage avec un homme le dégoûtait, il se sentait sale. Certes, comme tout homme il était faillible, mais il rechercha à se faire pardonner d’une façon ou d’une autre.

Profitant de l’inattention de son partenaire, il se rendit dans la cuisine, en évitant de croiser le regard certainement désapprobateur de Sa Majesté Ménélok IV, dont le portrait était timidement accroché dans le sombre couloir. Il se saisit d’un gros clou et d’un marteau. Dans sa main gauche, il positionna le clou à la verticale, dirigeant la pointe vers son pied gauche. De l’autre, il tenait le marteau. Il leva la tête vers le ciel, ferma les yeux et récita à basse voix une brève prière. L’acte qu’il avait commis était condamné par l’Eglise catholique ; l’acte qu’il allait commettre n’était pas davantage approuvé, sans pour autant être condamné. Prenant une grande respiration, il leva le marteau et le frappa durement contre le clou. Le clou transperça le pied de Gwandoya, qui éprouva dans l’immédiat une douleur immense, inqualifiable, à la limite du supportable. Voulant passer sous silence son supplice de crucifiement qu’il s’infligeait lui-même, il tenta tant bien que mal de ne pas crier de couleur. Il recommença l’opération une deuxième fois, avec les forces qui lui restait, en clouant son pied droit. La douleur était déjà tellement intense qu’il ne ressentait plus rien. Pour finir son châtiment, il se saisit d’un couteau de cuisine et l’enfonça dans la paume de sa main droite… puis réitéra dans celle de sa main gauche. Alors qu’il était au bord du malaise vagal, sur le sol de la cuisine, mains et pieds ensanglanté, Chris – intrigué par l’absence de son partenaire noir – arriva dans la pièce et découvrit la pièce, bouche bée.


- « Mais… C’est quoi ce bordel ? Je t’emmène à l’hôpital. » s’écria ce dernier, paniqué.
- « Avant… rends-moi… service… » demanda de sa faible voix Gwandoya.

Gwandoya chuchota à l’oreille de son partenaire sa requête. Chris était un peu intrigué… mais s’exécuta, il se saisit d’un clou restant, du marteau dont le manche était ensanglanté et accrocha de manière assez brouillonne le portrait du pape de Zosime II dans le couloir. En cuisine, Gwandoya, entendant au loin les coups de marteau, ne put que sourire. Il avait joint l’utile à l’agréable : Chris était maintenant sien, à son écoute pleine et entière, il avait désormais une totale emprise sur lui. C’était par le corps qu’il avait pêché ; c’était par le corps qu’il avait imploré la miséricorde ; et c’était par le corps qu’il comptait mener à bien son entreprise : évangéliser, par tous les moyens servir le Christ.[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Fable thanatomorphosique
2 février – 3 mai 2029


[img]http://img15.hostingpics.net/pics/880271pomme.jpg[/img][/center]

[justify]Vendredi 2 février 2029, 10h39 : H-3.
Bergensberg. Ce nom était partout présent dans la chambre d’Elma Driessen et pour cause, c’était le laboratoire sébalde, monstrueux par sa taille, qui lui fournissait la plupart de ses traitements. Antidiabétiques, antibiotiques, antihypertenseurs… Et parce que l’association de tous ces médicaments n’était pas toujours très heureuse, Elma prenait un antihistaminique, du même laboratoire. Son assurance santé couvrait l’intégralité de ses traitements, du moment que le médecin lui prescrivait les fameux Bergensberg, reconnaissables par leur logo illustrant des cimes montagneuses (« montagnes » se disait « bergen » en néerlandais). Elma, elle, n’avait pas choisi de vivre en montagne, elle manquait de souffle là-bas. À 66 ans, cette vieille fille qui avait fait de ne pas avoir d’enfant ni mari, avait décidé de s’installer à [url=http://www.simpolitique.com/post255089.html#p255089]Beatriswald[/url], la « ville du silence » ou plutôt la « municipalité du silence », depuis [url=http://www.simpolitique.com/post276292.html#p276292]l’interdiction ordonnée aux communes sébaldes d’employer les termes « villes » et « villages »[/url]. Excellente cuisinière, elle a su gravir les échelons dans le monde de la restauration et pour ce faire, elle dut abandonner l’idée de fonder un jour une famille, même s’il n’a jamais caressé ce rêve. Elma, comme beaucoup de ses voisins de son quartier pavillonnaire – une rareté en Sébaldie – recherchaient le calme absolu. Sept ans après son emménagement, elle ne les connaissait d’ailleurs toujours pas puisqu’il était interdit à Beatriswald de parler dans la rue avec ses voisins, le volume d’une conversation humaine étant légalement trop important. Aujourd’hui à la retraite, sa carrière a laissé des traces, elle avait attrapé du diabète et pour cause, sa spécialité, ce sont les pâtisseries. Ce vendredi, elle peina à se lever et ce n’était pas dans ses habitudes. Sa chatte Juliette réclamait à manger depuis à peu près deux heures ; et Legolas son yorkshire demandait à sortir. Elma, elle, resta au lit, son bras gauche lui faisait mal, et la douleur se répandait jusqu’à sa mâchoire.

Vendredi 2 février 2029, 11h17 : H-2.
Elma se leva enfin. Elle avait sauté le petit-déjeuner. Elle remplit les gamelles de ses animaux, qui étaient ces seuls compagnons de vie. Juliette la termina la sienne en un temps record et réclama à sortir. Elma laissa la chatte sortir par la fenêtre, comme à l’accoutumée. Elle reviendra ce soir. Legolas, lui, n’a pas pu se retenir : il avait uriné dans tout le salon. Elma ne se sentait pas la force de nettoyer pour le moment, ce qui était inhabituel chez cette maniaque du ménage. Pour le moment, elle avait besoin de faire remonter son taux de glycémie et de prendre sa douche.

Vendredi 2 février 2029, 13h05 : Heure H.
La douleur ne s’estompait guère et ce, malgré l’antalgique de la marque Bergensberg. Elle irait consulter le médecin dans l’après-midi. Pour le moment, Legolas demandait à sortir une fois encore, cette fois-ci pour la grosse commission. Ne voulant pas s’atteler à un nouveau nettoyage, Elma se vêtit de son imperméable, de son parapluie pour affronter la froide pluie et attacha la laisse au yorkshire qui remua la queue de manière incessante. Mais en se relevant un peu brusquement, Elma aperçut des étoiles. Ses jambes commencèrent à trembler, son cœur à battre à toute vitesse, elle essaya de s’appuyer sur la chaise mais tomba sur le sol. Le yorkshire pencha la tête, intrigué par le comportement de sa maîtresse. Elma, elle, avait la main posé sur le cœur. Elle étouffait, aucun mot ne sortit de sa bouche qui, peu à peu, s’immobilisa pour toujours. La bouche ouverte, à moitié recroquevillée, Elma était décédée.

Vendredi 2 février 2029, 13h35 : H + ½
Legolas lécha le visage de sa maîtresse mais rien n’y faisait, elle ne se réveilla pas. Ne pouvant plus se retenir, le yorkshire déféqua à côté et alla se rafraîchir, sa laisse traînant sur le sol. Elma présenta les premières lividités cadavériques : son cou était violacé.

Vendredi 2 février 2029, 16h : H+3.
La pluie avait cessé de tomber, le corps d’Elma restait jonché sur le sol. Sa température corporelle avait chuté d’au moins 3 degrés Celcius. Elle avait gardé son manteau mais rien n’y faisait, son corps était de plus en plus froid. Legolas, lui, était retourné dans la chambre de sa maîtresse, où il aimait dormir, et jouait à rattraper sa laisse.

Vendredi 2 février 2029, 18h57 : H+6.
Alors que la nuit était tombée en cette journée d’hiver, Juliette, la chatte, miaulait à la fenêtre. Elle avait froid et faim. Mais ses plaintes restaient sans réponse : les habitants de Beatriswald avaient tous un triple vitrage à leur fenêtre et Elma faisait encore la sourde oreille. Son teint était pâle, sa bouche restait ouverte mais plus aucune salive n’en sortait, sa langue avait asséché. Tous ses muscles étaient devenus rigides. Legolas, lui, dormait paisiblement.

Vendredi 2 février 2029, 21h20 : H+8.
Elma avait raté le début de son émission favorite, GoudKok, mettant en compétition plusieurs chefs cuisiniers amateurs sur des défis insolites. C’était l’une des émissions de télé-réalité les plus suivies de Sébaldie ; les Sébaldes n’aimaient guère cuisiner mais ils aimaient regarder d’autres Sébaldes le faire. Elma avait un penchant pour Antonius, le beau jeune cuisiner de Gelnoberg. Mais ce soir-là, sa prestation l’aurait déçue : il avait présenté un plat « pas assez abouti et gourmand » selon les juges-évaluateurs. Il risque l’élimination à la fin de l’émission.

Vendredi 2 février 2029, 22h45 : H+10.
Antonius a été éliminé ! Heureusement qu’Elma n’était pas là pour voir cela. Les yeux de la vieille fille avaient d’ailleurs perdus de leur splendeur, sa cornée n’était plus transparente. Juliette tenta une nouvelle fois de se faire entendre à la fenêtre. Mais ses miaulements restèrent définitivement inaudibles. Elle partit donc se trouver un refuge pour la nuit.

Samedi 3 février 2029, 04h47 : H+16.
Legolas est très gêné par sa laisse. Il ne parvient pas à s’en débarrasser. Elle le suit partout où il va, y compris lorsqu’il urine sur le tapis du salon et défèque à côté de sa maîtresse. L’odeur commence elle aussi à être gênante. Le yorkshire tente de couper sa laisse avec ses petites dents. L’opération restera malheureusement vaine. Elma continue de regarder son chien, bouche bée, comme effaré par le spectacle qu’il lui offre.

Samedi 3 février 2029, 8h11 : H+19.
Juliette revient, elle réclame le gîte et le couvert, tandis que quelques voisins qui travaillent s’en vont rejoindre leurs voitures, laissées à quelques dizaines de mètres de là, pour être épargnés du bruit des moteurs. Legolas termine les dernières croquettes de sa gamelle qui, elle au moins, est inoxydable, pas comme Elma.

Samedi 3 février 2029, 16h28 : J+1.
Elma présente le premier signe du processus de putréfaction, une tache verdâtre au niveau de l’abdomen. Depuis hier, elle a perdu un kilogramme. Jamais elle n’a perdu aussi vite et pourtant, elle en a fait, des régimes. Legolas, assoiffé, est parvenu à s’hydrater dans la cuvette des toilettes. Juliette n’est pas revenue, elle semble partie pour toujours.

Dimanche 3 février 2029, 20h07 : J+2.
Legolas est affamé. Malgré l’interdiction de sa maîtresse, il est monté sur la table et s’est alimenté comme un humain pour une fois. Il a goûté à ses bonbons acidulés qu’elle avait l’habitude de prendre à chaque fin d’après-midi. Ces humains s’alimentent bizarrement !

Lundi 4 février 2029, 13h33 : J+3.
Le pain, rangé dans la boîte prévue à cet effet est devenu aussi dur et rigide qu’Elma. Mais il n’en a pas encore attrapé la couleur verdâtre. L’odeur devient difficilement supportable, entre toutes ces déjections canines, l’urine et la putréfaction de la maîtresse de maison.

Lundi 5 février 2029, 15h09 : J+4.
On sonne à la porte ! Legolas se réveilla en sursaut et aboya. Mais là encore, personne ne l’entend. Il ne s’agissait de toute façon que de membres de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, venus convertir quelques âmes égarés dans l’espoir d’augmenter leur nombre d’adhérents, et donc leurs subsides, comme le prévoit [url=http://www.simpolitique.com/post243596.html#p243596]la loi MSCS1-2023[/url]. Ils laissent un tract dans la boîte aux lettres.

Mardi 6 février 2029, 18h10 : J+5.
Legolas a écoulé toutes les réserves de nourriture humaine à la disposition d’un chien, c’est-à-dire d’un être incapable d’ouvrir tiroirs, réfrigérateur et autres placards. La date limite de consommation du rôti de bœuf, qu’Elma avait prévu de cuisiner dimanche, est maintenant dépassée d’un jour.

Mercredi 7 février 2029, 11h44 : J+6.
Legolas s’est résout à l’impensable. Affamé, le yorkshire s’attaque à la chair du visage en décomposition de sa maîtresse. Il avait déjà essayé de le croquer la veille mais il était encore un peu trop rigide. Aujourd’hui, il a retrouvé un peu de sa mollesse. D’autres s’invitent au festin, les asticots se régalent et les mouches pondent leurs œufs dans les plaies ouvertes de la maîtresse de maison.

Mercredi 14 février 2029, 18h51 : J+13.
Pour la Saint-Valentin, Legolas a maintenant fini de consommer le corps de sa maîtresse, qui s’est considérablement assombri. Dans le réfrigérateur, les yaourts à la fraise arrivent à la date limite de consommation. On pourrait normalement les consommer encore quelques jours mais on s’y ravise à l’odeur des denrées périmées qui se trouvent à côté. Le rôti de bœuf, encore violet il y a une semaine, était devenu noir lui aussi.

Mercredi 21 février 2029, 13h06 : J+20.
On aperçoit désormais quelques ossements d’Elma. Son imperméable, en revanche, ne pourrit pas, il est imperméable au temps. Il a été conçu par l’une des fibres textiles artificielles de Texalde, le groupe présidé par l’ex-Première ministre sébalde Dana Liesder. Legolas est mal au point : s’il peut continuer à s’hydrater grâce au principe de vase communicant des toilettes, il est plus que jamais affamé, incapable de faire le moindre mouvement. Il a perdu toute énergie. La maison est dans un état épouvantable. Habituellement, Elma n’invite jamais personne chez elle mais aujourd’hui, elle avait des convives par milliers. D’autres insectes charognards avaient en effet fait le déplacement.

Samedi 2 mars 2029, 14h47 : J+29.
Legolas n’avait fait que vomir ces derniers jours. Avec un peu de persévérance, il avait réussi à ouvrir l’un des placards de la cuisine mais il n’y trouva à manger que pour quelques jours. Trop faible, le petit chien malade s’allongea non loin de là et ferma les yeux. Un mois après sa maîtresse, Legolas rendit l’âme.

Mercredi 11 avril 2029 : J+68.
La boîte aux lettres ne désemplit pas mais dans [url=http://www.simpolitique.com/post267663.html#p267663]sa politique de dématérialisation avancée[/url], l’Etat sébalde exigeait de ses citoyens qu’ils paient par prélèvements automatiques. Personne ne consommait d’électricité et depuis la mort de Legolas, plus personne ne consommait non plus d’eau. Mais Elma continuait à s’acquitter de ses devoirs de paiement. Sa retraite continuait à être versée selon le même procédé par son assurance.

Jeudi 3 mai 2029 : J+90.
90 jours. Certains gauchistes auraient crié à l’injustice de voir cette maison inoccupée depuis autant de temps, eux qui plaident, à travers l'initiative populaire N°25 en faveur de la réquisition des logements vides. Mais Elma, continuait à occuper le sien. Ou du moins, un agrégat de lambeaux de chairs et d’os qui appartenaient à Elma continuait à l’occuper. Les insectes n’étaient guère rassasiés par les 70 kilogrammes de cette vieille fille, ils s’attaquèrent au petit corps maigre du yorkshire, mort de faim.

90 jours. C’est aussi le temps que les voisins ont mis à s’apercevoir de l’absence de la voisine dont ils ne connaissaient même pas le nom. À Beatriswald, on ne connaît le nom que des voisins un peu trop bruyants. Or, Elma était de loin la voisine la plus calme et donc la plus agréable du quartier. Néanmoins, son jardin était devenu une friche, comme celle que l’on trouve dans les campagnes sébaldes. L’odeur, elle, commençait seulement à percer le triple vitrage et l’hyper-isolation du pavillon d’Elma.

Plus gênés par l’odeur qu’interpellés par l’absence de leur voisine, les résidents de Beatriswald appelèrent les forces de l’ordre. Cloîtrés dans leur maison, derrière leur triple vitrage, ils observèrent l’intervention de la police, qui fit appel aux services d’un serrurier, avant de constater la scène d’horreur. Plusieurs vomissements de policiers visiblement peu habitués à ce spectacle se firent entendre, dépassant le cadre réglementaire des 40 décibels admis dans la municipalité. Les médecins-légistes n’eurent guère de mal à établir la cause de la mort et très vite, sans cérémonie aucune, le corps d’Elma fut consommé par les flammes le même jour, dans le crématorium le plus propre. Legolas, lui, finit dans un sac poubelle et sera également consumé, sans davantage de cérémonie. Pas d’héritier, la maison revient à la municipalité et sera mise en vente très prochainement.


Jeudi 10 mai 2029 : J+100.
Date prévue de la première visite par les agents immobiliers. Les charognards continuent.[/justify]
Sébaldie

Message par Sébaldie »

[center]Les loups ne se mangent pas entre eux
9 juin 2030


[img]http://img15.hostingpics.net/pics/448306loups.jpg[/img][/center]

[justify]Homme punk à chiens : « Dépêche-toi, ils arrivent ! »

Geert s’adressait à sa partenaire d’infortune, Erika, qui avait la charge de creuser un trou d’au moins deux mètres de profondeur, de longueur et de largeur dans l’une des forêts de montagne de Nord-Sébaldie, près de Schollstadt. Geert, lui, portait le futur locataire de ce trou : un quinquagénaire d’un mètre quatre-vingt-cinq et de quatre-vingt-dix kilos. L’homme n’était pas mort, il avait juste été assommé et avait perdu connaissance. Geert, 29 ans, reconnaissable par ses nombreux tatouages et piercings, par ses rangers et son t-shirt sans manches, portait le corps d’un homme cravaté avec difficulté. Erika, 27 ans, dreadlocks, tatouée et percée de partout, jouait aux fossoyeuses. Chacun était accompagné d’un chien qui semblait faire le guet. Le duo n’était pas un couple, encore moins des époux – le mariage est une institution rétrograde et réactionnaire – juste de bons amis qui avaient fait le choix de vivre dans la ville, errant du matin au soir comme des gardiens antifascistes avec leur musique punk. Ils étaient communément appelés « punks à chien », une race qui pullulait à Schollstadt, cette grande ville aux mains des identitaires. Tous deux originaires de familles de classe moyenne, voire aisée, ils étaient aujourd’hui sans domicile fixe. Bien souvent, ils avaient abandonné leurs études en cours de route et s’étaient refusé à vivre dans cette société capitaliste et consumériste en bons conformistes. Leur vie de marginaux les plaisait, ils avaient l’impression d’être les réels gouverneurs de Schollstadt. Politisés, ils refusaient pourtant la démocratie élective et étaient davantage partisans d’une société « autogérée ». Enfin, du moment qu’ils pouvaient continuer à se servir à la soupe populaire. Vivant essentiellement de mendicité – mais ne manquant pas d’appeler leurs parents à l’aide en dernier recours quand les temps sont durs – ces punks se retrouvent par meutes de dix.

[center][img]http://img15.hostingpics.net/pics/403565punkschiens.jpg[/img]
Erika, Geert et le reste de la meute[/center]

En ce début de soirée, Geert et Erika avaient réalisé un grand coup. Ils avaient assommé ce gros pourri de fasciste, dénommé Petrus Colijn, cadre de Bergensberg, membre d’Identité Sébalde et président de l’association locale de chasse. Certes, la Sébaldie avait interdit par référendum populaire la chasse mais ce gros pourri de fasciste pouvait continuer à tirer ses coups dans les forêts voisines de Varlovie. Il avait un laisser-passer pour ce faire. Depuis quelques jours, ces punks à chiens voulaient avoir la peau de ce gros pourri fasciste mais ils ignoraient comment s’y prendre. La chance leur sourit enfin aujourd’hui : Geert et Erika avaient intercepté Petrus en périphérie de la ville, à bord de sa voiture. Mais leur action n’était pas restée inaperçue, des riverains ont appelé les forces de l’ordre. Leur temps était maintenant compté. Ils coururent à travers bois pour enterrer le cadavre – qui n’en était pas encore un – de leur proie. Plusieurs kilomètres plus tard, à un endroit totalement inaccessible en voiture, ils avaient trouvé un endroit très discret pour l’enterrer. À vingt heures, le trou était enfin prêt. Juste assommé, Petrus sera enterré vivant sans aucune forme de procès dans l’une de ces denses forêts montagneuses du Kalternan. Ils dissimulèrent l’endroit de l’inhumation avec des branchages et un peu de végétation. Il était impossible de le retrouver à œil nu. À peine eurent-ils fini qu’ils entendirent des sirènes résonner au loin, sur la route la plus proche, à quelques kilomètres de là.


Geert : « Ces bâtards sont rapides. On peut pas rebrousser chemin, il faut rester ici cette nuit. Garde les chiens, je vais nous trouver un endroit. »

Erika : « J’suis pas confiante. »

Geert : « T’inquiète, ils peuvent pas venir jusqu’ici. J’fais vite. »

Geert partit à la recherche d’un endroit pour passer la nuit, alors qu’Erika restait au même endroit. Deux heures plus tard, il n’était toujours pas revenu et seule la pleine lune éclairait le bois plongé dans l’obscurité quasi-totale. Morte d’inquiétude, Erika gardait toujours auprès d’elle son chien et celui de Geert, qui commencèrent cependant à s’impatienter. L’un d’eux se mit à aboyer.

Erika : « Ta gueule ! Tu vas nous cafter ! »

À quelques kilomètres de là, Geert recherchait désespérément le chemin du retour. Il avait trouvé un bon endroit pour passer la nuit mais impossible de rebrousser chemin pour en avertir Erika. Il entendit aboyer son chien. Du moins, pensait-il. C’était en fait celui d’un policier qui ne le lâchait plus. Le policier, attiré par les grognements de son chien, accourut, la main sur son arme. Geert était maintenant cerné.

Policier : « Les mains en l’air ! Dis-nous où est ta copine ! »

Geert : « Jamais, sale fasciste de merde ! »

Policier : « Tu veux jouer à ça ? Très bien, embarquez-le. »

Le policier s’adressait à ses subordonnés qui menottèrent le punk sans son chien pour l’emmener au commissariat le plus proche. À quelques kilomètres de là, Erika, qui ignorait totalement ce qui s’est passé, avait trouvé une petite grotte pour s’abriter de la pluie qui commençait à tomber, avec les deux chiens. Elle s’autorisa une cigarette et avec l’autre main, elle posa sa tête. Comment sortir de ce merdier ?

Au commissariat, Geert avait été placé face au policier qui l’avait débusqué. Malgré plusieurs tentatives pour le faire parler, le punk restait muet. Il tenta un coup de bluff :


Policier : « On a retrouvé ton chien. Si tu es condamné, il partira à la fourrière où il sera probablement euthanasié. »

Geert : « Touchez pas à mon chien, sale fasciste de merde ! »

Policier : « Ou alors, on peut coopérer et je peux tout faire pour t’obtenir une peine avec sursis. Dis-nous est ta copine. »

Geert resta silencieux.

Policier : « Dis-nous où est ta copine et on pourra t’aider à trouver un logement social pour toi et ton clébard. »

Geert : « Je suis pas intéressé. Ma maison, c’est la rue. »

Policier : « Très bien. Alors, on prendra à notre charge les frais vétérinaires. Je connais une association qui pourra te servir un repas par jour. »

Geert retomba dans le silence. Mais cette fois-ci, il réfléchit à la proposition. Après une longue minute, il étudia la proposition.

Geert : « J’aime pas les pommes de terre par contre… »

Le policier sourit. Le parasite a facilement mordu à l’hameçon.

[hr][/hr]

Il était maintenant six heures du matin et le soleil brillait de mille feux en ce mois de juin. Erika s’était endormie d’épuisement, malgré elle, dans cette grotte de fortune. Elle avait encore son mégot dans sa main droite. Le réveil fut difficile mais elle reprit rapidement ses esprits. C’était même le chien de Geert qui l’avait réveillée, après lui avoir léché le visage. Elle regarda autour d’elle : où était son chien ? Erika accourut aux alentours. Aucune trace de l’animal. « Artz ! » cria-t-elle, prenant ainsi des risques. Le chien ne répondit pas à l’appel de son nom. Elle recommença.

Arpentant les environs, elle entendit de petits branchages craquer. Elle se cacha pour voir de qui il s’agit : elle vit alors des hommes en uniforme. Ces derniers s’approchèrent de la grotte où elle avait passé la nuit.


Policier : « Il y a un clébard ici. Ce doit être celui du clochard, il ressemble à sa description. Sa copine ne doit pas être très loin. »

Voyant l’étau se resserrer, Erika accourut le plus rapidement possible vers nulle part. Si les flics la chopaient, elle était cramée et passerait les 30 prochaines années derrière les barreaux ! Quelques kilomètres plus loin, elle avait, à sa plus grande satisfaction, semé ces fascistes de flics de merde. Elle vit une autre forme. De loin, elle semblait voir Artz, son chien, en train de renifler le sol. Erika s’en approcha.

Erika : « Artz, reviens ici ! »

Le « chien » se retourna, les babines retroussées. Il fut suivi par deux autres. Le pelage ressemblait mais les chiens étaient beaucoup plus grands et pour cause, ce n’étaient pas des chiens mais des loups ! Jamais des loups n’avaient descendu aussi bas ces dernières décennies mais depuis l’arrêt de la chasse, ils s’étaient multipliés de manière exponentielle. Prise de panique, la tueuse de chasseurs tenta de se frayer un chemin pour fuir les loups. Mais après quelques dizaines de mètres, elle trébucha et l’un des loups attrapa sa jambe.

Erika : « À l’aide !!! »

Les appels à l’aide d’Erika restèrent sans réponse. Un deuxième loup s’invita au festin et déchiqueta la deuxième jambe de la punkette, qui gardait encore des forces pour crier et qui tentèrent une ultime évasion, en gravissant la pente à la force des mains. Mais c’était trop tard pour elle.
Loin de toutes ces considérations, à la périphérie de Schollstadt, Geert sortit du commissariat. En l’attente de son procès, il était libre et récupérera bientôt son chien. Ne manquant pas d’insulter une dernière fois ces « fachos de flics », il se dirigea vers une cantine populaire avec le bon alimentaire offert par l’un d’eux en échange de sa collaboration.

Du côté d’Erika, c’était un autre festin qui se préparait. Les mignons louveteaux suivirent la leçon de chasse de leur mère, qui recracha un piercing qu’elle avait avalé par erreur. Ne sentant plus ses membres, même ceux qui n’avaient pas encore été déchiquetés, elle regarda une dernière fois le ciel bleu de ce beau matin de fin de printemps… jusqu’à ce que maman louve ne plante ses crocs sur ses yeux. Fidèle à ses convictions, ennemie jusqu’à son dernier souffle des fachos de tous poils, Erika avait donné sa vie… et sa mort aux chiens.
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