Le Cycle des Dieux et des Rois

Amaski

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[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 1 : Le discours d'Hadès -[/bask]

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[ve]Un homme se tient debout devant une grande fenêtre. Au loin on peut voir le palais royal du Perlian trônant sur les falaises si connues dans le monde entier. Les cheveux noirs bouclées vous disent quelque chose et vous reconnaissez alors celui qui vous avait semblé inconnu au premier regard. C'est Jyri Väinö, le nouvel ambassadeur tarnois à la Cour du Perlian. Quelque chose vous intrigue néanmoins chez lui, une force semble émaner de lui qui n'est pas celle de ce monde. Soudainement il se retourne et vous pouvez voir son visage. C'est bien Väinö. Il sourit et tient dans la main gauche un verre avec un liquide bleuâtre étrange. Soudainement vous sentez une froideur envahir votre corps. Oui, vous, le puissant dieu simpoliticien remarquez qu'il vous fixe dans les yeux. Il n'est pas un de ces milliards de pions ignorant de votre présence. Il vous voit, il vous sent et pire, il sait ce que vous êtes. Avec une tranquillité inconfortable, il prend place dans un fauteuil du salon. Devant lui se tient un jeu d'échecs. Les pions sont déjà engagés. Le roi des noirs porte un visage aux traits sémitiques et une couronne à sept niveaux. C'est alors qu'il vous parle.

« On a une belle vue d'ici, n'est-ce pas ? Il faut dire que l'ambassade tarnoise est idéalement située...ah, mais peut-être vous ne le savez pas, on vient de me nommer comme ambassadeur au Perlian. »

Il vous lance un regard moqueur et dit.

« Vous avez probablement noté les six cent mille soldats en marche vers la péninsule, la mobilisation militaire, l'abandon de bases et de Yellowknive mais il se peut que vous ayez mal estimé les actions les moins frappantes. Comment vous en vouloir ? Rien n'attire plus le regard qu'une armée en marche et je reconnais que vos craintes ne sont pas infondées. Vos questions doivent donc être dans le style : qu’elles sont les intentions de la Fédération ? Pourquoi ces mouvements ? Peut-être vous vous enfichez de ceci ou que vous ne voulez pas l'avouer. »

Il impose alors quelques secondes de silence avant de continuer.

« Ceux qui ont la meilleure mémoire d'entre vous auront remarqué qu'il y a quelques mois, la Fédération a lancé une production massive de missiles. D'autres auront aussi remarqués que les négociations pour un rapprochement diplomatique avec l'Icario, le Ranekika et le Java sont à l'arrêt. La machine diplomatique s'épuise et la faute n'est pas à trouver du côté fédéral. Mais il faut voir plus large, au-delà des grands mouvements. Les ambassadeurs tarnois de la Fiémance et du Raksasa ont été rappelés. Les civils tarnois de ces pays ont été évacués ainsi que les entreprises économiquement désengagées. Bien évidemment, ceci a eu lieu il y a quelques temps donc on ne fait plus le lien avec les derniers événements qui paraissent de nature spontanée et surprenante. On a aussi oublié que le gouvernement fédéral a muselé les évêques de Nueva Esperanza en coupant le contact entre eux et le Saint-Siège. Des actions solitaires, une par ici, une par là. Un décret qui dit une petite chose, un deuxième qui fait un autre petit pas. Mais si vous mettez chaque pièce ensemble avec les autres, vous remarquez que ce qui semble être du chaos, est en vérité un vaste mouvement tectonique. Chaque secousse semble sans logique et isolée, mais ensemble on voit des cercles qui ont tous une même origine. »

Il prend alors un livre situé sur la table où se trouve le jeu d'échecs. C'est un vieux bouquin en cuir avec le titre suivant : I Discorsi de Niccolo Machiavelli. L'Aquanox commente l'ouvrage.

« Bien moins connu que De principate, mais probablement encore plus important sur le plan des idées. Comme quoi les choses les plus intéressantes ne sont pas dans les textes les plus connus. Mais revenons à notre petite discussion. Qu'est-ce que tous ces événements ont en commun ? Elles ont tous eu lieu après que le Raksasa ait lancé son ultimatum. Avons-nous avec cet ultimatum l'origine de toutes les actions actuelles ? Je vous en laisse juge. Mais sans aucun doute que menacer un pays de guerre, n'est pas la meilleure méthode pour assurer la paix. »

ll marque à nouveau une pause.

« Mais quel événement aurait pu accélérer cette évolution pour conduire à un mouvement massif de troupes au niveau planétaire ? Réfléchissez comme un pays dont le premier souci est sa sécurité. Est-ce qu'un de ses voisins a connu un changement brutal ? Vous ne le voyez pas ? »

Jyri Väinö ouvre le livre et vous répond.

« L'URCM a changé en l'espace de quelques semaines de régime politique en passant d'un régime communiste favorable à la Fédération à un empire voulant entrer dans le Pacte de Kanton. »

L'ambassadeur s'autorise un souffle de repos avant de continuer.

« Le Makiran oriental ne vous dis rien ? L'Empire makan a un territoire aux portes des plus grandes villes de la Fédération et ce pays s'apprête à s'allier avec le pays ayant voulu attaquer la Fédération il y a quelques mois. Une ile, aux portes d'un pays du Nouveau Monde et potentielle base de lancement pour des missiles à destination des principales villes d'un pays fédéral.

Félicitation, vous venez de rejouer la crise de Cuba. Et vous vous demander encore pourquoi un demi-million de soldats sont en route vers la Fédération ? Sans le savoir, l'Empire makan vient de poser au-dessus la Fédération une épée de Damocles et au contraire de la mythologie, ce n'est pas le genre de situation à durer longtemps. Vous avez vraiment cru que ces mouvements de troupes étaient faits par lubie ou sans raison ? Toute action provoque une réaction. Quand vous envoyer un ultimatum ou que vous changez de régime, vous changez le rapport de force et la situation géopolitique. Ceci peut se faire sans dégâts quand on dirige un petit pays, mais quand c'est les superpuissances, chaque action peut provoquer des réactions incontrôlables. Le pire, c'est qu'un des deux partis a oublié qu'il est voisin de la Fédération et pense qu'au niveau du Makara, oubliant ses possessions périphériques. Le géant makan s’est pris pour une souris alors qu’il est un éléphant. »


Väinö vous tend le livre « I Discorsi ».

« Je peux que vous conseiller de le lire, mais je pense que vous aurez peu de temps pour ceci. Quoique, ceci vous changera de vos livres qui vous apprennent que le racisme ce n'est pas joli et qu'il faut aimer les fleurs. Dommage que votre civilisation soit si mourante, elle aurait pu encore engendrer des belles choses. »

L'ambassadeur se saisit alors d'un pion et l'avance en commentant son geste.

« Je suis comme ce pion, un simple soldat dans un jeu plus grand. Un jeu dangereux qui chaque jour décide de la vie de millions. Vous qui êtes les joueurs, ne devez jamais oublier cette phrase : toute action, provoque une réaction. C'est une loi universelle. »[/ve]
Amaski

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[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 2 : Götterspiel -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/586943deus1142994854678536.jpg[/img][/center]
[ve]Le temple d'Audon était situé près des montagnes orientales au sommet d'un petit village que la modernité avait épargné. C'était un complexe construit dans une pierre grise et brute, aux puissantes colonnes soutenant des toits en bois. Une centaine de prêtresses et prêtres vivaient dans ce lieu, s'adonnant durant le jour à la culture des potages, l'élevage des animaux et à la lecture de textes sacrés. Quand la nuit tombait et que la Lune s'élevait au-dessus cette contrée, leurs chants et leurs prières remplissaient l'air avec une force que peu de gens auraient cru capable de ce groupe de femmes et d'hommes dédiés aux dieux.

Au cœur du temple se trouvait un petit sanctuaire en pierre blanche et au toit couvert par des tuiles en terre cuite rouges comme le feu. Cet édifice tranchait avec le reste du temple, brisant la monotonie d'une pierre de peu de qualité et qui avait été taillée avec peu de soin. L'intérieur était composé d'une grande salle avec à l'Est une fenêtre illuminant une statue en marbre représentant un homme haut de stature, imberbe et les cheveux coupés à ras. Il portait dans sa main droite une épée et dans sa main gauche un grand livre marqué par la swastika tarnoise composée par deux demi-lunes et une petite pleine-lune.

L'odeur de l'encens envahissait l'espace et des vapeurs étranges émanaient de plusieurs failles situés au sol. Celle-ci étaient groupées de manière circulaire autour du centre de la salle. C'est au milieu des crevasses que se tient une femme, vêtue dans une robe en lin blanc et les cheveux couverts par un voile en soie bleu. Ses pupilles étaient dilatées et son regard perdu dans un océan méditatif. Les vapeurs s'insinuaient par ses narines pour trouver leur chemin vers son cerveau et son esprit. C'était une cérémonie dangereuse et qu'on faisait rarement, très rarement. Mais c'était le rock en personne qui avait exigé qu'on procède au rituel. En cet ère de chaos dans le monde, jamais le besoin de faire appel à l'Oracle était plus pressant. Car oui, c'est elle, cette femme enfermée dans ce sanctuaire depuis trois jours qui devait prendre contact avec le Père de Toute Chose pour le demander de donner un aperçu des dangers menaçant le monde. Ceci avait été tenté des dizaines de fois, mais on avait toujours retrouvé les oracles mortes à l'aube du quatrième matin.

Le corps de la prophète devenait à chaque heure plus faible. La faim et la soif faisaient leur ravage dans son organisme pendant que les gaz toxiques embrumaient son esprit. Soudainement, elle sentit une douleur dans ses entrailles, un choc atroce qui l'aurait fait hurler si son corps n'était pas si fatigué. Ses yeux regardaient autour d'elle et elle crut voir la salle en feux. Soudainement la statue du Père de Toute Chose, cette divinité ancestrale et mystique semblait bouger. Et c'est alors qu'elle s’évanouit. Quand elle rouvrit ses yeux, elle ne se trouvait plus dans le sanctuaire.

La première chose qu'elle sentit c'était un vent frais caresser sa peau. Elle devait se trouver sur un toit car autour d'elle, elle voyait une mer de maisons et d'immeubles modernes. A l'horizon, une étrange tour brillait dans un jaune électrique. C'était une tour en acier avec quatre piliers qui finissaient par se réunir au sommet dans une seule colonne. Mais ce qui le surprit le plus ce fut de voir un homme à quelques mètres d'elle. C'est avec peine, qu'elle se leva, observant un homme qui le tournait le dos et qui regardait vers l'étrange structure métallique au loin. C'est alors que l'étranger se tourna et l'oracle reconnut avec l’effroi les traits de la sculpture du sanctuaire. L'homme le sourit et lui dit avec une voix calme.

« Bienvenue à Paris. Quoique il serait plus correct de dire : bienvenue dans le Paris 10.5. J'en ais crée tellement de dimensions de cette ville que des fois je perds le compte. »

La femme fut sous le choc de la vision de ce lieu étrange. Comment était-elle arrivé ici ? Etais-ce donc le monde des dieux ? A ceci donc ressemblait l'Olympe ? Une simple ville moderne. L'étranger s'adressa alors à elle avec calme et patience.

« Ceci n'est pas le monde des dieux. C'est un reflet d'une ville de ce monde, une simple copie comme tant de choses. Nous sommes dans un monde intermédiaire, un monde où les forces de la création sont assez vives pour que nous puissions parler sans déranger le loi de votre monde. »

L'oracle comprenait alors qu'elle assistait à quelque chose qui dépassait sa raison. Son esprit trouva alors comme seule remède de poser une question.

« Combien de ces mondes existent ? »

Le Créateur haussa les épaules et lui répondit.

« Des dizaines, des centaines peut être des milliers, qui le sait ? Le temps et l'espace sont comme l'eau. Fluide, mutable en tout instant et pouvant être parcourus comme une prairie printanière. Vous pouvez probablement pas imaginer ceci. Vous pensez comme tant de gens que le temps est une chose linéaire. C'est faux, une seconde dans une dimension peut-être un million d'années dans un autre. Remonter le temps peut-être aussi facile que d'ouvrir un armoire. Tout est relatif par rapport à une autre chose. Ce que vous connaissez de la physique, ne sont que des lois applicables localement à votre monde et votre dimension. Au-delà, tout est fluide et tout bouge. »

Un sourire apparut sur les lèvres du Créateur qui marqua une pause avant de continuer.

« Mais dites-moi, pourquoi vous avez prit le risque de venir ici ? Pourquoi avoir voulu frôler la mort de si près pour parler à quelqu'un qui peut que vous donner des réponses qui attristeront votre âme. »

L'oracle était silencieuse pendant au moins une minute. C'est que lentement qu'elle se rappela de sa mission, la raison de son être dans ce lieu si étrange en tout point. Elle avait l'impression d'être éblouie par la découverte de cet espace. C'est qu'en rassemblant toutes ses forces, qu'elle osa dire.

« On m'a envoyé ici pour vous demander sur notre avenir. Le monde mortel est en feu. Partout la guerre et le chaos se répandent. »

Le dieu répliqua.

« Votre avenir n'est pas écrit dans la pierre. Tant de choses rentrent en compte, tant de facteurs peuvent changer ce qui est pris pour certains. Mais vous voulez savoir ce qui va arriver ? Votre monde ne connaîtra jamais la paix car votre Destin n'est pas le bonheur. »

« Comment ça ? » lâcha imprudemment la prophète, sentant sa force revenir.

« Vous êtes un monde où des dizaines de dieux s'affrontent dans un jeu terrible. A certains égards vous êtes les pions d'un amusement divin. Ceci est la terrible vérité sur votre monde. »

Choqué, l'oracle lâcha.

« Ainsi donc il n'y a nul espoir pour nous ? Sommes-nous condamnés à subir la fureur de la guerre et de la détresse jusqu'à la fin ? »

Le Créateur jeta un regard sur la ville de Paris. Il répondit alors.

« J'ai dit que votre avenir n'est pas écrit dans la pierre et que vous êtes le lieu d'affrontement des dieux. Ceci ne signifie pas que la paix ne soit pas possible. Vous êtes les auteurs à certains égards de votre Destin. »

C'est alors que la vision de la ville disparue et que la prophète et le Créateur se retrouvèrent dans une cathédrale aux colonnes fines et aux vitraux brillants sous le Soleil matinal. C'était au cœur de la cathédrale de Nôtre-Dame que les deux pouvaient admirer le génie des bâtisseurs français sans avoir le bruit des appareils de photo déranger la sainteté de ce lieu. Le Créateur mit alors un genou à pied, fit le signe de croix et se releva. Ce lieu était une illusion, certes, mais une qui ne faisait qu'accentuer la splendeur de l'édifice. Le Créateur se tourna vers l'oracle et lui montra ses deux mains. Dans chacune se trouvait une pilule. A gauche, une de couleur bleu et à droite une coloré en rouge. La voix de l'homme prononça alors.

« Vous avez deux choix. La première consiste à avaler la pile bleu. Vous vous réveillerez dans ce cas dans le sanctuaire, l'esprit apaisé et en pleine force. Votre peuple suivra alors le cours de l'histoire, sujet aux meilleurs et aux pires influences de ce monde. Votre vie sera longue et prospère, vous donnant donc l'occasion de mettre en œuvre ce que vous jugerez bon de faire. »

Il marqua une pause avant d'expliquer la nature de la pilule rouge.

« La deuxième pilule vous donneras le savoir sur tous les mondes. Vous connaîtrez le passé de chaque monde créé par mes soins et vous aurez même une vue sur le monde des dieux. Ce savoir sera un don et une malédiction. Vous aurez des millénaires d'histoires à votre disposition et une connaissance sur la réelle nature du monde qui dépassera tout ce que votre science peut vous apprendre. Mais une fois que vous connaîtrez la Vérité suprême, vous ne pourrez plus jamais l'oublier. Le sommeil des ignorants vous sera refusé. Vous serez alors soit une lumière conduisant votre peuple vers l'Ascension ou au contraire, la cause de sa damnation. »

L'oracle hésita quelques secondes, mais au fond elle savait ce qu'elle devait faire. Elle avait accepté depuis longtemps des risques considérables pour acquérir la seule chose qu'on ne pouvait pas acquérir avec de l'or : le savoir. Elle prit alors la pilule rouge dans la main du Créateur et l'avala avec une certitude presque surhumaine. C'est alors que son esprit fut envahit par des milliers de souvenirs comme un torrent de savoir. Elle ouvrit la bouche, voulant hurler, mais aucun cri lui échappa. Elle vit les pires atrocités. Des millions de gens affamés au nom d'une idéologie totalitaire, des tranchées s'étirant à travers tout un continent, du désespoir, des mondes frappés par des cataclysmes et des cités réduits en cendres par des armes effrayantes. Elle pouvait sentir les pensées les plus perverses de chefs d'état sans scrupule et la méchanceté du plus commun. Mais en même temps, elle apercevait des lueurs d'espoirs. Des cités blanches à l'air pur, des mondes en paix et progressant sur la voie de l'harmonie et des mères berçant leurs enfants avec amour. En quelques secondes, le meilleur et le pire d'une centaine de systèmes solaires s'engouffra en elle. Son corps s’affaiblit et elle s'écroula.

C'est que péniblement qu'elle ouvrit ses yeux plusieurs heures plus tard. Elle était au cœur du sanctuaire. Les vapeurs provenant des profondeurs terrestres avaient disparues et l'air était lourd. La porte s'ouvrit et plusieurs prêtres arrivèrent, apportant un manteau pour couvrir la prêtresse baignée dans sa sueur. Le plus vieux des moine se mit à genoux et demanda à l'oracle.

« Qu'avez-vous vu ? »

Reprenant ses forces, la prophète dit.

« J'ai vu tout...le passé...le présent et...le futur. J'ai vu un tsunami ravager Borisk, un tremblement de terre dévaster Sayakon et la peste massacrer l'Est. J'ai vu mille futurs et je peine à distinguer lequel est le notre. »

La femme affaiblie saisit avec force l'avant-bras du prêtre avant de proclamer.

« Nous devons conduire le peuple vers l'Ascension...l'Ascension, uniquement ceci nous sauvera. »

Elle s'évanouit alors tombant dans un profond sommeil sans danger. On la porta alors hors de la demeure divine en direction de l'hospice. Entre temps, a plusieurs centaines de kilomètres plus loin, un taxi s'arrête près d'un trottoir de Borisk. Le conducteur, un jeune astaran, observa comment un homme en costume prit place sur le siège arrière. Les cheveux noirs de l'étranger étaient coupés à ras et ses yeux bleu observaient avec attention le conducteur. Le taxiste dit alors.

« Ou puisse-je vous conduire, mon bon monsieur ? »

« Place de l'Ascension. » répondit l'étranger.

Le véhicule démarre et l'Astaran lanca.

« Entendu. Nous devrions arriver dans une dizaine de minutes si le trafic le permet. »[/ve]
Amaski

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[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 3 : Le choix -[/bask]

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/530766schrocat143127657655087.jpg[/img][/center]
[ve][quote="Le chat de Schrödinger"] Bien de gens connaissent le chat de Schrödinger. Rare sont ceux néanmoins à prendre conscience de ses implications. Le chat de Schrödinger est une créature fictive, un chat emprisonné dans une boite avec une ampoule de poison suspendue au-dessus l’animal par un fil relié à un atome d’un élément radioactif. Cet atome se désintègrera inévitablement et provoquera la chute de la fiole qui une fois brisée, tuera le chat. Néanmoins la désintégration d’un élément radioactif n’est pas minutée, on sait qu’elle arrivera dans un délai de temps précis, mais on ne sait pas si la désintégration aura lieu au premier moment de ce délai ou le dernier. En imaginant que la désintégration doit subvenir dans quatre minutes, on peut enfermer le chat dans la boite et deux minutes plus tard, se demander si le chat est déjà mort ou pas. D’un point de vue physique, il n’existe pas de moyen de dire si le chat est mort ou pas, car la désintégration de l’atome aurait déjà pu subvenir ou pas. On peut donc dire que le chat a autant de chance d’être vivant que mort. Certains vont aussi loin de dire que tant que la boite est fermée et que tant qu’on ne l’ouvre pas, deux réalités existent dans la boite dont qu’un prendra forme qu’après qu’on ait enlevé le couvercle. C’est ainsi que notre monde ne serait qu’un ensemble d’avenirs et réalités coexistant jusqu’au moment où on enlève le couvercle. Vous pouvez donc à six heures du matin, une seconde avant de vous réveiller avoir devant vous une journée où vous serez nommé Président de la République ou une où vous allez vous casser la jambe. C’est uniquement en faisant le geste révélateur qu’un de ces avenirs aura lieu et l’autre disparaitra. [/quote]
Un Soleil écarlate se levait à l'horizon, noyant les forêts denses et sauvages s'étendant au pied de la colline. L'air était inhibé d'une fraîcheur n’annonçant pas la tempête à venir. Au sommet de la colline se tenait deux personnes. La première était une femme drapée dans une robe bleue de prêtresse. Un voile couvrait ses cheveux et son visage dévoilait une jeunesse timide. A ses côtés se tenait un jeune homme aux cheveux dorés, les yeux rivés vers le Soleil naissant. Le couple pouvait sentir la chaleur de l'astre suprême caresser la peau et admirer dans le ciel quelques archaeopteryx faire des rondes à la quête de proies. Devant le spectacle de cette nature sauvage et indomptée, la prêtresse s'adressa à son frère.

« Quelle étrange aube. Partout on entend les gens proclamer la victoire sur la Main noire et annoncer le début d'un nouvel âge, mais cette matinée à quelque chose de si commun. Comme si la nature défiait la race humaine dans son entier. »

Un moment de silence religieux s'installa avant que le frère lui répondit.

« Qu'est-ce qu'est cette humanité face à la nature ? Que vaut-elle devant l'infinité de l'univers ? Peut-être qu'il existe dix mille humanités au-delà du firmament et nous en serions ignorants d'eux pendant encore des siècles. Nous ne sommes rien face à la grandeur des Dieux. »

La prêtresse laissa échapper un léger soupire, pas plus fort qu'un souffle soutenu. Son frère ne savait pas comment il avait raison. Oui, il existait des milliers de mondes. Elle pouvait les sentir. Elle voyait des millions de gens s'enfoncer dans des tunnels en direction de cités souterraines pour échapper à un astéroïde approchant de leur monde. Elle entendait en même temps le son des opéras joués sur des vaisseaux luxueux sillonnant le vide intersidéral. Le Simpomonde semblait si terne comparé à tous ces mondes, les horreurs de la Main noire si grises devant la monstruosité des conflits se jouant en ce même moment dans d'autres espaces et d'autres temps. Mais elle devait se concentrer et ne pas laisser son esprit se perdre dans ces visions exotiques. Il fallait être présent ici et maintenant. C'est ainsi qu'elle proclama.

« Peut-être, mais ces mondes sont sans importance pour nous. Nous devons hélas nous concentrer sur le peu de ressources que nous avons actuellement à disposition. L'avenir est plus incertain que jamais. La défaite de la Main noire ouvre tant de possibilités qu'il est presque impossible à savoir ce qu'adviendra demain. Les guerres semblent se confondre avec les époques de paix. Les batailles se tiennent coude à coude avec les grands accords de paix. »

Le frère hausse les épaules et répliqua.

« Des fois, certaines guerres sont nécessaires pour qu'un nouvel ordre puisse naître et contribuer à une meilleure vie pour les humains. Tous aiment condamner les conflits, mais leur nécessité dans l'ordre des choses semble être incontestable quand on porte le regard d'un historien sur ces choses. La paix n'a que rarement servi l'humanité, alors que c'est la guerre qui permet aux nations de se former et aux générations humaines de rester vivantes. Laissez l'Humanité quelques décennies en paix et ils tomberont dans une décadence profonde. Les plus stupides revendications sociales se feront entendre et les chefs d'état paraîtront d'une pâleur et faiblesse impardonnable face à ceux qui sont arrivés au pouvoir durant ou après les guerres. »

Une certaine tristesse prit le dessus chez la prêtresse. Elle ne voulait pas croire que son frère disait vrai, mais à certains égards, son argumentaire lui semblait détenir une certaine part de vérité. Elle lui demanda et à certains égards se le faisait à soi-même.

« Mais est-ce qu'il ne peut pas exister une autre voie ? Je ne veux pas croire que la guerre est une fatalité. Peut l'Humanité ascendre vers un nouvel état d'esprit ? »

Le Soleil perdait de sa rougeur pour adopter l'éclat d'un jeune vif. Toutes les couleurs de la nature semblaient pétiller au regard des deux humains, défiant ainsi avec force les malheurs de leur espèce.

« Les utopistes ont imaginés bien d'avenirs. Aucun ne s’est jamais réalisé. Quand ceux qui avaient le pouvoir, voulaient réformer l'homme, ils se sont heurtés à la plus simple des évidences : l'homme n'évolue pas par la force, mais par le consentement entier et plein de la masse. Toute tentative de forcer la nature humaine, conduira inévitablement à l'échec. L’Ascension, je veux bien y croire, mais il aura encore bien de guerres avant que nous puissions imaginer son avènement. »

Il finit alors par ajouter.

« On ne peut pas changer un monde avec une poignée d'hommes. La théorie de l'avant-garde intellectuelle est fausse. Quand une élite fait la révolution, on ne fait que la condamner car inévitablement la minorité devra se retourner avec violence contre la masse, conduisant aux massacres de milliers voir de millions d'innocents. La révolution doit venir du bas et dans ce cas, elle doit être culturelle ou religieuse ou sociale, voir un mélange de tous. Reste à savoir qui réussira à provoquer un mouvement de masse. Il faudrait un Muhammad des temps modernes et je crains que nous n'en croiseront pas un de sitôt. »

La prêtresse n'était pas d'accord. Elle avait vu des dizaines d'hommes et femmes capables d'être les inspirateurs d'une révolution par le bas, mais aucun d’eux n’était à l'heure en position d'agir. Un seul se trouvait aux portes d'un poste de pouvoir conséquent, mais la porte était bien résistante et décidée à rester fermée. A condition que personne ne décide de la forcer. Quelques instants, elle pensait à faire l'impensable et commettre le crime suprême pour ouvrir cette dernière porte. Mais des années de vie dans le temple l’avaient imprégnée d'un code moral bien difficile à défaire en seulement quelques minutes devant un Soleil brillant et dominant. Mais la perspective qu'un autre avenir puisse exister et être à portée de main, rongeait son esprit comme un acide. Elle s'entoura d'un silence mystérieux, laissant son frère imaginer ses pensées et lui demander, intrigué.

« A quoi penses-tu ? »

La prêtresse répondit alors.

« A rien de particulier. »

C'était un mensonge et son frère le savait, mais il ignorait que cette fausseté cachait une intention dangereuse. La prêtresse crispait ses mains sous l'influence de la nervosité, révélant ses inquiétudes face au projet qui grandissait dans son âme. La noirceur de son projet s’étendait comme un poison infâme et mortel jusqu'au moment où il triomphait sur la raison et la morale. La décision était prise et la prêtresse leva la tête vers le Soleil brillant au firmament bleu foncé. Il n'y avait pas d'autre choix aux yeux de la jeune femme et son projet était désormais décidé. Son frère lui mit une main sur son épaule, mais c'était trop tard. Des dizaines d’avenirs possibles se dissolvaient en cet instant même et un seul prenait forme, un seul était désormais destiné à se réaliser par le simple choix d’une femme. Le chat de Schrödinger est désormais mort.[/ve]
Amaski

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[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 4 : La lamentation des pauvres -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/184645favelas143134352752490.jpg[/img][/center]
[ve]Les deux hommes entraient dans ce qui était rien d'autre qu'une grande hutte composée par des plaques d'aluminium, du bois et de la pierre. Cette demeure ressemblait en tout point aux milliers d'autres abris érigés par les réfugies du Grand Chaos dans l'entourage de Sayakon. C’est dans cet environnement particulier que le plus âgé des deux hommes dit à son invité.

« Bienvenue dans ma demeure. Hélas, c'est peu, mais nous partageons ce que nous avons avec plaisir. »

L'autre sourit et répliqua.

« Soyez sans crainte, j'ai vu bien pire logement. Moi-même je ne saurais concurrencer ce lieu avec le taudis que j'appelle maison. »

Une femme s'approcha depuis la cuisine, vêtue dans des vêtements visiblement usées et datant de l'époque précèdent le Grand Chaos. Elle portait un pantalon en tissu de jean et un grand pull noir. Ici, dans les favelas de Sayakon, les nuits étaient sombres et froides. Il n'y avait ni électricité, ni eau courante ni chauffage à part quelques vieux chaudrons à bois et à charbon. Le jeune reprit la conversation avec son collègue, ignorant l'épouse de l'ancien.

« Vous étiez quoi avant la crise? »

« Informaticien » répondit l'autre, en insistant avec un ton laconique. « Hélas, un emploi qui ne vous sert à peu quand l’électricité disparaît. J'ai pu échapper de Borisk à temps en prenant avec ma famille un des derniers trains. Je ne vous dis pas la bagarre que ce fut. Dieu merci nous n'avons rien eu, mais il y a eu des dizaines de morts quand les gens ont pris d'assaut les wagons. Et vous ? »

Le jeune répondit.

« J'étais ingénieur en construction à Remisk. C'est un de mes amis dans l'administration de la préfecture qui m'avait averti que l'Armée allait nationaliser les stocks d'essence des commerces et centrales. A l'époque, tout le monde pensait parmi les généraux que le Ranekika profiterait de la crise pour nous attaquer. En quelques heures tout le pétrole avait été pris dans les raffineries et on interdisait la vente privée. J'ai été peut-être un des derniers à pouvoir faire le plein de ma voiture. Ça m'a peu servi. Les autoroutes étaient bloquées à partir de la périphérie de Remisk car plusieurs voitures étaient tombaient en panne d'essence, sans parler des milliers de gens qui suivaient l'autoroute vers l'Est. J'ai donc dû faire tout le trajet entre Remisk et l'Argon à pied. »

L'Argon, ce mot sonnait dans les oreilles de l'ancien comme un mot magique. Durant le Grand Chaos, tout le monde parlait du fleuve car les préfectures à l'Est de la rivière étaient les seules régions à avoir une autonomie alimentaire au niveau régional. Quand l'essence n'était plus disponible, les camions ne pouvaient plus ravitailler les grandes métropoles de l'Ouest. Plus de nourriture et ensuite plus d'électricité. Des millions de gens étaient ainsi coincés dans des villes soumises à la faim trois semaines après le début de la Guerre mondiale. Le pays produisait assez de nourriture, mais on ne pouvait plus la transporter sur longue distance. Le résultat avait été que des dizaines de millions de gens avaient alors commencé à quitter les villes pour marcher vers l'Est en direction du fleuve pour le traverser et rejoindre les régions capables de les nourrir.

Désormais c'était plus la nourriture qu'on transportait vers l'homme, mais l'homme qui migrait vers les grandes zones agricoles. On estimait aujourd'hui qu'au moins dix millions de gens sont morts de faim, de soif et de maladie pendant l'Exodus, surtout des nouveau-né et des vieillards. Parler de l'Argon, c'était donc parler de l'espoir d'avoir un peu de pain et un lieu où se reposer.

L'ancien se souvenait comment le passage de l'Argon avait été difficile. L'Armée avait détruit les ponts passant par par-dessus ce fleuve large de plusieurs kilomètres. C'étaient donc via des barques qu'on devait traverser des flots déchaînés depuis que les barrages avaient été abandonnés et ouverts. Il se souvenait de la vue de la rive gauche et les nombreuses lumières des patrouilles de soldats tentant d'encadrer la migration.

On craignait parmi les préfets de la partie orientale de la péninsule que l'afflux des gens de l'Ouest allait affamer l'Est. Des millions de vies avaient été perdus car l'Armée les empêchait de passer le fleuve. Mais quand on avait réussi la traversée d'une façon ou d'une autre, l'espoir devenait réalité. Des millions de gens arrivaient dans des régions jadis dépeuplées. Chaque zone fertile laissée libre par les forêts était ainsi cultivée avec les méthodes des anciens convertissant des plaines désertes en champs aux couleurs chatoyants. Mais cette migration avait un prix. La plus part des gens arrivant se retrouvaient dans des villes incapables de loger tant de gens et forçant les nouveaux-venus de s'installer dans les faubourgs en construisant des abris de fortune. C'est ainsi que des anciens cols blancs, philosophes et artistes vivaient dans des taudis côté à côte avec des ouvriers et des artisans.

L'épouse apporta des tasses remplis d'un thé de bas qualité et les posaient sur une table de fortune constituée par du carton et des caisses en bois. L'ancien servit le jeune invité avant de s'en saisir d'une tasse pour lui. Il interrogea alors son compagnon.

« Il semble qu'une nouvelle manifestation est prévue demain. »

C'était une question rhétorique et qui ne visait rien d'autre que d'aborder le sujet des protestations populaires qui animaient la ville depuis des jours. Alors que la croissance économique était au beau fixe, une large partie de la population ne voyaient rien de la reprise. Les seuls qui semblaient profiter étaient les oligarques qui avaient réussis à s'imposer durant le Grand Chaos. La gronde était grande et certains voyaient dans la colère du peuple le signe d'un changement au niveau mondial. La Main noire était vaincue et toute la rhétorique pro-militaire et sécuritaire du gouvernement fédéral perdait de son pouvoir sur les gens. Alors que le monstre noir était au sol, les gens détournaient le regard de ce danger extérieur qui n'était plus un et se posait alors la question de l'après-Main noire et de leur avenir. Comment combattre ce chômage généralisé, stabiliser les prix des aliments et permettre aux gens de retrouver un minimum de confort ? Voilà les questions qui émergeaient après la défaite de la Main noire. Le jeune dit alors à son hôte.

« Oui, mais je doute que ceci serve à quelque chose. Le président Markeson, c'est connu, ne s'intéresse qu'aux affaires internationales et s'enfiche des problèmes du chômage et de logement. Cet homme est un militaire et il le restera toujours. »

« Apparemment il y a au gouvernement des gens qui sont favorables à un tournant social. » ajouta l'ancien. L'autre homme répliqua.

« Il le semble. Le Vice-président le serait entre autre, mais tous savent que Markeson ne fait qu'à sa tête et refuse d'écouter le cabinet. Le Sénat a été pris de folie de redonner le pouvoir à cet homme qui est devenu plus tyrannique que jamais depuis. Avec Renyï nous aurions eu un homme sensible à nos problèmes. Quelle désolation ces sénateurs ! Je vous dis, si le Président continue à faire la sourde oreille, cette histoire finira mal. »

Le vieux sentit vers où allait l'esprit de son invité et il tenta d'interrompre des pensées dangereuses.

« Les gens ne sont pas prêts pour une nouvelle révolution, ils sont trop fatigués des changements de régime à répétition. »

Un temps de silence s'installa pendant lequel les deux se permettaient de boire une gorgée de thé. Le jeune conclut alors.

« Peut-être, mais je ne pense pas que les gens accepteront de continuer de servir de bétail pour la politique internationale de Markeson. La lamentation des pauvres ne durera pas éternellement. Un jour le prix de la révolution semblera acceptable à la majeure partie des laissés-pour-compte. »[/ve]
Amaski

Message par Amaski »

[url=https://www.youtube.com/watch?v=L9SIS6wBxpI]Thème musical[/url]
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 5 : La régicide -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/286003BaelorSeptInside143155171758106.jpg[/img][/center]
[ve]Les vastes colonnes en marbre rouge du Grand Temple de Colonne brillaient sous le feu de la lumière solaire traversant les grands vitraux du sanctuaire. Les plafonds voutés étaient décorés avec des fresques représentant des scènes de la mythologie tarnoise. Des dieux luttant contre des créatures légendaires. Des héros défiant le Mal dans des combats gargantuesques. Des millénaires regardaient sur les visiteurs et prêtres. Dans des absides latérales, on pouvait voir des grandes statues en marbre bleu représenter les dieux du panthéon tarnois. Arkos et Zertan côtoyaient ainsi Jésus et Mohammed quand on traversait le temple. Au centre de l'édifice se trouvait une pyramide grise en pierre taillée au sommet de laquelle trônait un grand swastika tarnoise doré. Autour du monument pyramidal, des attroupements de prêtres et prêtresses défilaient, chantant la louange des dieux dans un perpétuel office. Leurs soutanes bleues parcouraient les sols marbrés pendant que leurs couvre-chefs cubiques se dressaient vers le ciel. L'odeur d'encens envahissait les airs et s'infiltrait dans les narines des gens franchissant le seuil du sanctuaire. L'ambiance était imprégnée par une atmosphère mystique. Seule une oreille à l’afflux pouvait discerner entre les chants un écho lointain du brouhaha ayant pris possession de la cité. Dehors, des centaines de milliers de gens défilaient dans les rues pour protester contre la politique gouvernementale. Alors que dans l'enceinte du temple, le monde semblait inchangé depuis des siècles, des premiers combats entre policiers et manifestants éclataient dans la ville.

Le président Markeson s’avança à travers le temple, accompagné par plusieurs gardes de corps et secrétaires d’État. La ministre des affaires étrangères Aya Melvel se tenait à quelques pas de lui. D'habitude elle n'assistait pas aux rencontres avec le clergé local. C'était une tâche qu'incombait au vice-président, mais ce dernier s'était terriblement disputé avec le président il y a à peine quelques heures et celui-ci avait donc abandonné la capitale. Le jeune politicien n'était pas le seul à s'opposer à Markeson et prendre la défense des manifestants. Au Sénat, les voix s'élevaient toujours plus nombreuses pour critiquer la ligne politique du président et son refus de tout dialogue social. Ce n'était pas un secret que Markeson était un homme autoritaire et borné, mais ce qui avait été un atout durant les crises du Grand Chaos redevenait, comme durant la rencontre avec le Danube, d'une lourdeur insupportable aux sénateurs modérés. A ceci s'ajoutait que le retour en force du président n'avait pas plu à tout le monde. Il restait encore beaucoup de nostalgiques de Renyï et le côté plus diplomatique et doux de ce bonhomme. Néanmoins personne n’osait défier l'homme au palais présidentiel dont les colères pouvaient être dangereuses. Les rumeurs les plus folles couraient à bon train. Quelques esprits audacieux faisaient par exemple sous-entendre que la disparition d'une certaine Olivia Carpenter aurait été orchestré par le président en personne et qu'on la tenait en otage au palais présidentiel voir même que Markeson prenait un malin plaisir à la torturer chaque soirée.

Le groupe de politiciens dirigé par le président arriva au cœur du sanctuaire auprès la pyramide trônant sous la coupole principale. La pierre du monument était froide et lisse. Certains prétendaient qu'elle aurait été trouvée sous cette forme par les premiers Tarnois et ceux-ci auraient décidés d'ériger un temple autour de la pyramide. D'autres affirmaient qu'elle aurait été construite par un seigneur local excentrique avant l'instauration de l'Empire. Personne ne pouvait dire avec certitude ce qu'était la vérité. L'origine de cette structure se perdait dans les temps les plus anciens et était sujet aux légendes et aux fables de toute sorte et forme. Une chose était néanmoins sûre, même des millénaires après, elle impressionna les plus tièdes des visiteurs. La pierre taillée n'avait pas prise une égratignure après tant d'âges. Nulle irrégularité ne la marquait et on l'aurait presque cru coupée au laser ce qui était bien évidemment impossible à considérer un seul instant avec sérieux.

Markeson s'arrêta au pied de la structure et attendit la venue du grand-prêtre. Il était devenu coutume de rencontrer le clergé de cette ville à intervalle régulier afin de parler non de religion, mais d’économie. Le Culte s'était arrogé de nombreux terrains agricoles dans l'ombre du Grand Chaos. Ils n'étaient pas les seuls. Ceux qui aujourd'hui faisaient partie de la nouvelle oligarchie s'étaient surtout illustrés par une rapidité et rapacité sans pareil durant les heures les plus sombres après la chute des USP. Mais alors que bien de pieux étaient morts de faim, les prêtres et grands-prêtres s'étaient fait un festin sans pareil. Et le Culte ne s'était pas contenté des terres. Usines et immobiliers avaient été saisis au nom de la protection de la Foi alors que l'ordre social s'écroulait. Désormais l'ordre légal rétabli, il fallait négocier pour chaque mètre carré pris par les temples de manière honteuse. C'était bien évidemment lent et fastidieux.

Au loin on pouvait voir arriver le grand-prêtre, un homme dans la cinquantaine et portant une grande soutane bleue parée de gemmes et de dorures. Le chapeau cubique était fait dans un tissu bleuâtre luxueux avec des perles pour décorer cet ouvrage qui à lui seul aurait par sa valeur nourrit une famille pendant un an. L'auguste prêtre était entouré par une vingtaine de prêtresses portant des robes en soie légère et blanche. Le goût prononcé du guide spirituel pour les plaisirs de la chair n'étaient un secret pour personne et bien de gens lâchaient le mot corrompu quand il n'était pas présent.

Arrivant auprès de Markeson, le prêtre s’inclina légèrement en signe de respect et tendit ensuite sa main parée d'anneaux et de bijoux précieux au chef d'état. Nolens volens, Markeson se plia à embrasser l'anneau en signe de dévotion, un geste qui le répugnait au plus profond de son être, mais que la politique l'imposait. Le grand-prêtre, le cérémonial achevé, dit.

« Votre Magnificence, c'est un honneur de pouvoir vous accueillir dans ce temple dédié aux Tout-Puissants. Sans aucun doute que nous saurons régler les quelques petits différents qui nous séparent de manière amicale et profitable à nos deux partis. »

Il eut presque un ton de sarcasme dans la voix du prêtre, c'était au moins ce que Markeson crut entendre. Le Président trouva insupportable de devoir négocier avec ces voleurs en soutane pour quémander la restitution de propriétés revenant à l'Etat, mais il avait peu de choix. Il ne pouvait pas prendre de front le Culte surtout en ces temps de troubles sociaux et politiques dont été frappé le pays. Et ces projets à venir demandaient des alliances avec les plus puissantes autorités de la société civile.

En même temps, les problèmes à l'interne du pays le convainquaient de plus en plus d'avancer les opérations militaires à l'encontre du Ranekika. C'était un projet qui était en préparation depuis un moment, mais qui avait été tenu secret. Même le vice-président n'était pas courant. Ceci concernait Markeson et les généraux et personne d'autre.

Ce petit groupe de conspirateurs au sommet de l'Etat avait réussi sous le prétexte de la lutte contre la Main noire d'augmenter le budget militaire, de réarmer le pays et de créer une armée de milice. La situation géopolitique avait été telle que personne n’avait alors imaginé que la cause du réarmement était le projet d'envahir le Ranekika. Mais l'occasion semblait unique. Jamais ce pays ne fut politiquement plus divisé, ses forces plus discréditées et ses alliances plus faibles. Ce voisin éternellement dérageant pouvait donc être éliminé une fois pour toute et ses ressources naturelles mises au service d'une grande nation tarnoise purgeant la Terre de la race ranekikienne. Certains dans l'administration s'en doutaient des ambitions militaires du président, mais on leur confiait alors dans un secret absolu que les mesures s'adressaient contre le Khaldidan. Même les plus sceptiques ne posèrent alors plus de question, approuvant ou désapprouvant la politique de confrontation planifiée avec l'Empire. Ils ignoraient que derrière ce secret, se cachait un autre secret.

Quand tous les regards étaient fixés vers l'Est, les pensées du président purent se diriger vers le Nord. Les troupes à l'étranger étaient rapatriés, on évacuait les positions indéfendables dans un conflit plus large comme Yellowknive et on entama de financer l'opposition anti-Fiémance aux quatre coins du monde pour être sûr de tenir cette puissance occupée. En même temps des plans étaient faits pour raser la base raksas à Kapasane. Cette mesure devrait rendre l’Empire incapable d’assurer un déploiement à grande échelle au Vicaskaran. Ce complot avançait lentement, à l'image des plaques tectoniques, en direction du moment du grand bouleversement et de l'éclatement. On avait ainsi pris soin de créer des complots pour couvrir le complot. On avait même menti aux Dieux en personne à travers l'ambassadeur au Perlian car on ne faisait confiance à personne.

C'était dans l'ombre d'une nef latérale du temple que se tenait la prêtresse du temple de monts orientaux. Elle avait fait tout le trajet depuis les montagnes orientales aussi vite qu'elle avait pu. Ici, elle était loin du regard du Soleil dont elle avait admirée avec son frère le levé il y a plusieurs jours. Seul les ombres, cierges et la pierre régnaient en ce lieu de paraître et de peu d’être. Elle s’avança alors avec délicatesse, se mélangeant à un groupe de prêtresses voisin et se terra parmi elles en les joignant dans les chants qu'elle avait tant de fois prononcé avec piété, mais qui aujourd'hui étaient vides de sens pour son esprit.

La prêtresse leva un instant les yeux vers le plafond en direction des fresques, soupirant à l'intérieur d'elle à la pensée que tout ceci n'était qu'une illusion, une création pour plaire les dieux et que ces magnifiques peintures n'avaient point plus de réalité qu'elle.

Suivant la procession des prêtresses, elle vit le grand-prêtre et le président en approche. Elle crut même pouvoir entendre quelques bouts de leur conversation résonner dans la grande nef. Quand la procession passa à côté de l'assemblée politique, l'oracle s'écarta avec un bond des autres prêtresses et fit apparaître depuis la manche de sa robe une lame en acier brillant. Elle bouscula un garde, se poussa en avant et enfonça la lame dans la chair de sa victime. Elle ne regarda pas vers l'arrière, se propulsant vers l'avant en reversant le grand-prêtre qui tomba au sol et elle commença à courir en entendant les pas de ses poursuivants. Des clameurs d'horreurs remplirent alors les voûtes du temple et elle entendit des gens appeler à l'aide. Elle courra toujours plus vite et s’enfonça par un escalier dans les entrailles du sanctuaire en sentant plusieurs gardes la suivre. Comme un animal pris en chasse, elle courra sans jamais se retourner.

Entre temps le corps de Markeson gisait sur le parvis de la pyramide grise. Ses yeux grands ouverts regardaient vers le plafond où la fresque d'un dieu imberbe et aux cheveux noirs coupés ras l’observait. Du sang sortit de sa côte, créant une grande flaque de sang à ses côtés et ses traits se durcirent les minutes passantes. Autour de lui, des prêtres et gardes s'agitaient dans tous les sens, mais ce fut trop tard. La mort avait triomphé sur lui. Vashara San, gloire aux guerriers tombés au combat.

La nouvelle de sa mort fit rapidement la ronde et dans un bureau de l’État-major fédéral, plusieurs généraux se réunirent en toute urgence une heure après. Parmi eux lança alors un, essoufflé et agité.

« Et maintenant ? Que faisons-nous ? »

Un silence s'installa, un calme de mauvaise augure. Le plus ancien répondit.

« Nous n'avons pas le choix. Il faut lancer les opérations contre le Ranekika aussi vite que possible. A partir du moment où Valahr prêtera serment, nos plans seront ruinés. Nous ne pouvons pas nous permettre que la paix éclate car nous avons trop investis pour que la guerre soit instaurée. Il faut lancer un assaut généralisé avec nos forces aériennes contre les bases du Ranekika au plus tard dans cinq heures. Valahr aura besoin d'au moins autant de temps pour venir à Sayakon. Une fois en guerre, Valahr n'aura plus aucun choix et devra suivre nos ordres. »[/ve]
Amaski

Message par Amaski »

[url=https://www.youtube.com/watch?v=dJ-QLl5qjLg]Thème musical[/url]
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 6 : La Chute des Anges -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/728263hell143185388675358.jpg[/img][/center]
[ve]La prêtresse se tenait à genoux sur le sol en pierre humide et froide. Elle était déshydratée et son esprit embrumé. Sa robe blanche était tâchée de sang et son corps frappé de frissonnement dans ce lieu si éloigné du lustre solaire. C'est au plus profond des catacombes qu'elle avait trouvé un refuge des autorités de la cité de Sayakon. Une heure avait passé depuis qu'elle avait porté la lame désormais rougie de sang contre le président de la Fédération. Une heure pendant laquelle elle avait pu voir la folie de son geste en constatant que des forces des plus obscures s’apprêtaient désormais à plonger le continent dans la guerre et le désespoir. Désespérée, la prêtresse lança dans l'obscurité des souterrains et à l'adresse des dieux de ce monde.

« Par pitié, faites que nous soyons épargnés de cette guerre ! »

Mais elle reçut comme seule réponse un silence absolu. Des minutes passèrent et soudainement, elle entendit un bruit. Retournant son regard, elle vit une chose que nul humain n’avait aperçue depuis des siècles voir des millénaires. L’obscurité avait cédée comme illuminée par le jour et un homme aux muscles saillants se dressa devant elle, les yeux et cheveux noirs comme le charbon et deux puissantes ailes se dressant sur le dos de cette étrange créature, mélangeant l'homme et le divin. L'oracle sursauta et fit quelques pas en arrière pour s'éloigner de l'étrange messager. C'est alors qu'elle sentit et comprit qui se tenait devant elle. Ainsi donc en cette ère vouée à l'industrie et la guerre, les esprits du passé n'avaient pas entièrement oubliés ce monde. La prêtresse s'approcha alors de l'homme et se mit à quatre pattes devant lui en l'implorant.

« Par pitié, évitez cette guerre. Des villes tomberont en ruines et des millions de gens mourront. »

L'ange ne la regarda pas. Ses yeux se perdaient dans l’infinité des temps et dimensions coexistant avec celle de l'oracle. C'est alors qu'une voix sombre s'adressa à elle comme venue des profondeurs du vide intersidéral.

« Avec tout pouvoir, vient le devoir de responsabilité. Il t'a été confié la vision des choses passées et à venir. Qu'as-tu fait ? Par impatience, tu as détruit la route tracée par le Créateur et désormais, les forces du Mal sont entra de triompher. L'Ascension ne peut désormais que se faire dans la douleur comme la naissance d'une vie humaine. »

L'oracle saisit une jambe du message, s'agrippant au tissu léger et noir de l'immortel dont la peau blanche contrastait avec l’étoffe célèste.

« Par pitié, nous devons ascendre. Les autres avenirs ne sont que chaos et désespoir. »

L'ange lui répond alors.

« L'Ascension est encore possible, mais elle aura un prix. Pour que le Mal soit vaincu, des vies devront être sacrifiées. En es-tu prêt à faire ces sacrifices ? »

Sans hésiter la prêtresse affirma.

« Oui. Je le suis. »

L'ange disparue, laissant l'obscurité reprendre ses droits sur ce lieu. L'oracle sentit alors une sensation étrange l'envahir. C'est alors qu'elle découvrit ce que c'était. Elle ne voyait plus rien. Les autres espaces et temps lui étaient redevenus inaccessibles. Dans un premier instant, elle souffla de soulagement, mais ensuite, elle se rendit compte ce qu'elle avait perdue. Autour d'elle il n'y avait que de l'obscurité, rien d'autre. Tous ces mondes exotiques, terrifiants et magnifiques en même temps étaient loin. Le voile avait été remis au-dessus d'eux. C'est alors que son corps fut foudroyé par une douleur inimaginable. Elle hurla un million de douleurs avant que son corps en entier s'enflamma, brûlant sur l'autel de l'Humanité. D'un instant à l'autre, elle devient l’holocauste nécessaire à l'Ascension de son peuple. Son crie d'agonie se perdit dans les couloirs des catacombes jusqu'à ce qu'il ne resta plus que des cendres de son corps.

Entre temps, l'Etat-major tarnois se trouva réuni dans la salle de commandement d'un des nombreux bunkers de la Fédération. Alors que les vieux militaires continuaient à peaufiner les plans de guerre pour la Campagne du Ranekika, une ombre apparut dans la salle à la surprise de tous, grande et terriblement magnifique. C'est alors qu'on pouvait entendre le son d'une lame traversant l'air et des cris d'horreurs. Quelques minutes plus tard, du sang commençait à couler par dessous le seuil de la porte conduisant au centre de commandement, soulignant qu'un terrible destin avait frappé ce lieu. Mille complots avaient été anéantis en une seconde par une simple action divine, détruisant un avenir posé sous le signe des soldats et des chefs de guerre.

Loin de la péninsule, au-delà des océans spatiaux et temporels, deux anges aux ailes noires étaient assis au bord du Valhala. Leur regard était dirigé vers l'océan de nuages blancs se dressant devant eux. C’était un ciel composé par l'assemblée de milliers de galaxies et dans laquelle une seule planète était une entité plus petite qu'un atome. Le premier des anges dit alors.

« Ainsi donc s'écroule encore un avenir. Qu'en reste-il donc ? »

Le deuxième se lève et se dresse face à la lumière omniprésente et portée par nul autre astre que la gloire divine.

« Le temps des Tarnois est fini, Irfan. Ils ont eu des millénaires, mais désormais un nouvel âge doit commencer. Les fondations de l'Ancien Monde sont détruites et l'Ascension peut commencer. Leur nouveau guide est un homme conscient. Il sait que sa civilisation ne pourra pas survivre en ne subissant pas la métamorphose ultime. Il aura des guerres, des passions, mais dans les pires noirceurs, la véritable humanité brûlera avec force alors qu'elle ne fit jusqu'à là qu'un espoir. »

« Leur chemin sera long » dit l'autre messager. A ceci son frère lui répondit.

« L'Ascension n'est pas un but, c'est un chemin qui n'est censé jamais aboutir. Elle est imparfaite, car la nature humaine ne serait se contenter d'une perfection intenable d'une génération à l'autre. Elle est lente, car les humains changent qu'au fil des saisons. Tellement de leurs prophètes ont voulus changer leur nature et tous ont échoués car ils ont refusés d'accepter que pour surmonter la finitude de leur race, ils doivent accepter d’œuvrer non comme des humains, mais comme la nature. Ainsi va le monde. » [/ve]
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 7 : Pater noster, qui est in caelis -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/848227god143250894994662.jpg[/img][/center]
[ve]Un homme se tenait à genoux dans une petite chambre. Des bougies étaient allumées et une prière fut prononcée en ce lieu abandonnée par toute autre âme.

« Pater noster, qui est in caelis, sanctificetur nomen tuum... »

La prière continua, invoquant la gloire d'un dieu si étranger dans les terres tarnoises voire même craint avec fureur. C'est vers la fin du Notre-Père que la porte fut ouverte avec fracas et qu'un jeune soldat entra et s'adressa à l'homme à genoux.

« Monsieur, je vous prie de m'excuser de devoir vous déranger, mais le moment est venu. »

L'homme cessa sa prière et se leva pour se diriger vers la sortie de la chambre en compagnie du soldat. Quelques minutes plus tard, lui et le soldat se retrouvèrent dans un bureau face à un homme d'un âge mûr, vêtu d'un costume noir par-dessus lequel avait été mise une toge rouge, insigne de son statut de président du Sénat. Le vieux politicien s'adressa alors à l'homme.

« Monsieur Valahr, je vous prie de m'excuser d'avoir dû vous extirper de vos méditations. Soyez assuré de mon plus grand respect pour vos coutumes, même si elles ont été importées par les barbares d'outre-mer. Néanmoins nous devons nous hâter. »

Le sénateur prit alors un livre posé sur son bureau. C'était un ouvrage avec une reliure en cuir brun foncé et pesant son poids. Ce n'était pas une bible ou un livre religieux, mais le code juridique de la Fédération d'Aquanox. C'était au moins ce qu'on disait car la majeure partie du droit fédéral était basé sur le droit tarnois, un complexe juridique terrifiant car basé sur l'idée de la punition exponentielle. Plus le crime était grave, plus la punition était disproportionnée. Ainsi donc un simple vol d'aliment pour motif de faim donnait pour résultat à peine un avertissement alors que le meurtre finissait rarement autre part que par la guillotine. Le président du Sénat s'adressa alors à Valahr en adoptant dans sa voix un ton de solennité et en tendant le livre vers le vice-président.

« Mirk Daryl Valahr, jurez-vous de protéger la constitution de la Fédération d'Aquanox et ses peuples contre toute forme de tyrannie ? Jurez-vous d'être le premier serviteur de la République et de ses états unis dans un seul projet politique? »

Mirk Valahr posa la main sur l'ouvrage et répondit au président du Sénat.

« Je le jure au nom des dieux de ces terres et d'outre-mer. »

Le nouveau président retira sa main du livre et le sénateur posa doucement l'ouvrage sur le bureau avant de proclamer.

« Monsieur le Président, je vous salue donc comme le troisième président de la Fédération d'Aquanox depuis la refondation. C'est pour moi un grand honneur de vous saluer. »

Quelques secondes de silence s'installèrent alors, laissant du temps pour permettre au rite et au cérémonial de faire son effet. C'est alors que le sénateur abandonna le ton officiel et s'adressa avec une voix amicale au nouveau chef d'état.

« Je suppose que vous aurez beaucoup à faire dans les jours à venir. Hélas, vous entamez votre présidence sous des bien mauvais augures. Le monde semble être pris de folie en cet instant. »

Mirk Valahr était conscient que la tâche n'allait pas être facile. La mort de Markeson avait frappé la capitale de stupeur au point que les manifestations avaient perdus pour un moment en puissance. Mais tout le monde savait que celles-ci n'étaient que parti remise si le gouvernement n'adoptait pas des mesures concrètes. Beaucoup de choses restaient à faire car le pays était peut-être sorti du chaos et stabilisée, mais les dégâts laissés par le Grand Chaos étaient incommensurables. Tout était en ruine : les villes, les mœurs et l’optimisme qui avait marqué l’époque de Gorun Sun. C’est ainsi que le président répondit.

« Soyez sans crainte. Je suis conscient de l’ampleur de la tâche. Néanmoins je reste confiant. Notre monde peut être en ruines, mais c’est des fois ces moments de ruine qui permettent de construire un meilleur avenir. Il faudra prendre beaucoup de décisions difficiles afin de stabiliser la croissance démographique, résoudre la crise de logements, stabiliser les prix des aliments et sécuriser les ressources pour les générations à venir. Mais c’est possible. Ceci n’est pas le crépuscule, mais l’espoir d’un printemps tant espéré. »

Le sénateur acquiesça avec un signe de tête. Le regard du vieil homme se porta alors à travers la fenêtre du bureau sur la cité de Sayakon. Au loin on pouvait voir les faubourgs composés d’une mer de huttes couvrant les collines voisines de la ville, symptôme le plus emblématique de la crise que connaissait le pays. Celle-ci n’était pas économique car les usines des oligarques marchaient à plein régime, mais sociale. Ceux qui avaient tirés profit de la crise n’étaient pas assez nombreux et avaient trop gagnés par rapport au reste de la population. Forcément la majorité se sentait désormais spolié et volé de ses droits les plus élémentaires. On voulait du pain, un toit et un travail. Des choses si essentielles, mais en même temps si rare en ce siècle de sang et de larmes.

En même temps dans un quartier périphérique de Sayakon, un cercueil était posé dans un trou carré creusé dans la terre brune foncée. Il y avait quelques hauts fonctionnaires présents ainsi qu’Aya Mervel, la ministre des affaires étrangères. Tous se tenaient dans le cimetière juif sous l’ombre des arbres fruitiers et de la synagogue locale pour voir le dernier acte d’une longue vie. Nul fanfare et grand cérémonial avait été fait pour cet enterrement très particulier. Ce n’était pas dû à un manque de volonté de la part des vivants, mais à la décision testamentaire du défunt. Un silence absolu régna parmi les présents quand on entama de couvrir le cercueil avec de la terre. Quand le trou était rempli, l’assemblée commençait à se séparer, laissant la terre fraiche et la pierre tombale à leur sort. Le vent commença à se lever et un visiteur passa près de la tombe en lisant le nom du nouvel occupant : David Markeson. D’après la demande du mort, on avait remplacé le nom de Basek par le second prénom. Ainsi donc l’anonymat commença à couvrir la tombe dès la première heure et il était fort probable que des générations d’historiens tenteront de retrouver ce lieu avec beaucoup de peine.

Vers le soir, Mirk Valahr arriva à son tour dans le cimetière et accompagné par deux gardes de corps, posa un bouquet de fleurs sur la tombe de son défunt ami. La nuit couvrait sa présence dans le quartier. Voyant la pierre grise et froide de la stèle tombale de son vieil ami, il prononça les mots suivants.

« Repose-toi bien et surtout en paix. »

C’était la dernière phrase que lança Mirk à Basek. Une époque s’achevait par ces mots et une nouvelle ère commençait. [/color][/ve]
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 8 : La politique, c'est compliqué -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/164043s143294130384700.jpg[/img][/center]
Un splendide jardin s’étendait dans un coin du centre-ville de Sayakon. Embarqué entre plusieurs immeubles, les arbres fruitiers côtoyaient les palmiers, les rosiers et les buissons de toute sorte. Le Soleil diffusait sa chaleur et lumière généreusement dans ce lieu si loin de la misère humaine. Des chemins sillonnaient entre les plantes, quelques fois jonchés par des vieilles statues d’hommes et femmes légendaires. C'est ici que loin des regards indiscrets, la vice-présidente et le ministre des affaires étrangères de la Fédération se promenaient à leur guise. Néanmoins leur objectif n’était pas celui de prendre plaisir d'une journée agréable, mais de discuter de choses trop graves pour être abordées dans les salons et ministères. Certaines affaires devaient rester dans l’ombre pour le bien de tous. C’est ainsi que la vice-présidente demanda au ministre.

« Quelles nouveautés du Zanyane ? Il semble que la Fiémance connaît quelques difficultés ? »

Passant devant un banc en pierre, le ministre y jeta un regard, invitant ainsi la vice-présidente d’y prendre place, mais cette dernière refusa en continuant tout droit sans rien dire. Il se résigna alors à continuer à marcher en lui répondant.

« Nos sous-marins rendent un bon service à l'Entente, mais le « Beletrix » a capté la présence de plusieurs robots sous-marins. Presque par hasard, ceci dit, mais il semble probable que la Fiémance ait la confirmation de l'engagement de notre flotte dans cette zone du monde. »

La vice-présidente répliqua avec beaucoup d'aisance.

« Ne le savent-ils pas déjà ? »

Le ministre dit.

« Oui et non. Ce qu'ils ont compris reste assez confus. Disant que la Fiémance n'a pas fait un effort particulier à regarder les détails durant les discussions. N'oublions pas qu'ils sont assez proches des Raksas. Ils ont que peu d'enclin à la négociation et aiment exiger sans rien donner. C'est une seconde nature parmi les gens d'Orient apparemment. Ce qui nous permet de venir à un point plus sérieux. Leur réaction sur long terme de ce pays. »

« Je suppose qu'elle ne se fera pas attendre ? » imagina la vice-présidente. Le ministre répliqua immédiatement.

« Nous devrions bientôt en savoir davantage. Ce blocus leur pose un problème fondamental et nous avons peut-être accepté trop hâtivement d'aider l'Entente. C'était encore sous Markeson et on leur carrément donné les clés de notre arsenal, mais le mal est désormais fait. »

Marquant une pause, il continua.

« Deux scénarios semblent possibles. Le premier, ils tenteront de négocier le départ de la flotte. Le deuxième sera celui d'une tentative militaire de leur part contre nous voir aussi des tentatives de sabotages ou des attentats. La Fiémance ayant la tentation de considérer le reste de l'humanité comme des sauvages, leur inclinaison naturelle sera à la violence à mon avis. »

La vice-présidente conclut.

« Nous devons donc nous attendre à des attaques de leur part ? »

« C'est ça » répondit le ministre en ajoutant « Idéalement, nous devrons attendre qu'ils frappent. Ceci nous permettra d'avoir tout le capital diplomatique pour pouvoir justifier une réaction conséquente. Pour le moment, nous offrons juste un soutien logistique à l'Entente, mais si la Fiémance décide de vouloir faire primer le dogme de la violence, notre meilleur intérêt sera peut-être de nous aligner du côté de l'Entente. Nous avons tout fait pour ouvrir le dialogue avec la Fiémance, mais très franchement, le résultat est mitigé et je dirais même qu'un rapprochement avec ce pays semble contre-productif à l'heure actuelle. Ils exigent bien de choses sans donner aucune garantie. »

Marchant vers un coin sous un groupe de palmiers offrant un peu d'ombre, le ministre s'adressa à la vice-présidente avec une voix ressemblant à un chuchotement.

« Même si les choses tournent mal, j'ai reçu des rapports que l'Entente prépare une autre offensive. Celle-ci pourrait détourner l'attention de la Fiémance à notre encontre. On n'a pas de détails, mais à mon avis, celle-ci visera la concession de la Fiémance au Mayong, voir même le Mayong tout court. Une autre pourrait être en préparation au Nord du Vicaskaran. Mais ce sont pour le moment que des estimations de mes services. L'Entente nous informe qu'au goutte au goutte sur leurs projets. Ce qui est compréhensible vu que pour le moment, nous sommes que leur arsenal et que nous nous tenons à l'écart des opérations militaires. »

La vice-présidente écouta avec attention. Admirant un buisson en fleurs, elle parla au ministre.

« Je vous remercie pour ces informations détaillées. Le président en sera tenu au courant. Quoique pour le moment, il faut avouer que le Zanyane n'a qu'une importance secondaire à nos yeux. La seule raison pourquoi notre flotte est sur place, c'est car nous avons des engagements auprès l'Entente qui datent de Markeson. Après, il serait malhonnête de refuser d'affirmer que les problèmes de la Fiémance au Zanyane ne nous arrangent pas. Peut-être que ceci les ralentira aux USP et nous permettra d'organiser la résistance contre eux quand ils tenteront d'envahir le Vicaskaran austral. »

Le ministre se permit de faire une remarque.

« Nous ne devons pas oublier que pour le moment, nous n'avons pas d'intérêt à une confrontation directe avec la Fiémance. Même, les affaiblir ne fera que renforcer la position du Raksasa, un pays nettement plus dangereux pour la liberté du Tiers-Monde. En fin de compte, la Fiémance est peuplée de nostalgiques de la Belle époque et comme tous les nostalgiques, ils ont un penchant pour le romantisme, ce qui les rend bien moins imprévisible que l'oligarchie raksas. Notre soutien avec l'Entente devrait peut-être être revu en vue du danger raksas. »

La vice-présidente interrompit son interlocuteur sur le champ.

« Je connais vos opinions sur la question. Un rapprochement avec la Fiémance n'est néanmoins pas possible tant que ce pays ne respecte pas un principe de sanctuaires et même, un tel rapprochement pourrait au mieux être une forme de pacte de non-agression. Nos civilisations sont trop différentes et l'odeur raksas empeste la ville d'Opermont. Tant que je serais dans ce gouvernement, il n'aura pas de rapprochement sans des prérequis établis. »

Le ministre se tut face à cette remarque. Une pensée terrible traversa alors l'esprit du fonctionnaire et c'est ainsi qu'il se dit dans un murmure inaudible à la politicienne.

« Oui, tant que tu restes dans ce gouvernement... »
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 9 : 2013, la chute de l'ancien monde -[/bask]

[img]http://img11.hostingpics.net/pics/969941fallofrome2184860b143444865265722.jpg[/img][/center]
Partout la cité de Titanua était sous l'emprise des flammes et de l'agitation politique. Sur les palais et banques flottaient les drapeaux rouges des bataillons anarchistes, pendant que les socialistes et les républicains se faisaient des combats de guerre, conquérant et perdant les barricades au rythme des minutes. Les anciennes élites, elles, tentaient de fuir la cité plus mal que bien. Le Grand Temple Bleu était le dernier grand édifice à se maintenir face au flot de violence, gardé par les ordres de moines guerriers qui sacrifiaient leurs vies pour assurer l'inviolabilité du sanctuaire. C'était un moment douloureux de la naissance d'un nouveau monde et la mort de l'ancien.

Le Palais impérial était pris d'assaut de tous les côtés. Les révolutionnaires construisaient des échelles et échafaudages de fortune pour surmonter la falaise de la colline palatine. Avec des béliers artisanaux, les fanatiques de tout bord tentaient de briser en même temps la porte principale conduisant au domaine impérial. Jamais ce lieu n’avait été pris par une force hostile depuis plusieurs siècles. Le dernier avait été Sayak le Grand, mais il avait eu à son profit la révolte de la Garde impériale. L'Olympe était assailli et ses habitants tremblaient devant sa chute inévitable. Dans un des nombreux appartements, le corps du dernier Kansteltan gisait sur un lit en satin rouge, inerte, du sang coulant de ses poignées. Le souverain avait compris trop tard que son abdication n'avait pas servi à restaurer le pays, mais à provoquer la résurgence des pires démons de l'ère moderne. Le dernier rempart contre le chaos était le chancelier Bush Idokhan, mais il se trouvait loin au Nord, commandant plusieurs divisions militaires certes, mais incapable d'arriver à temps pour sauver la capitale du collapse.

C'est dans les entrailles de la colline palatine qu'une femme et un vieillard couraient à toute vitesse à travers des couloirs taillés dans la roche des souterrains urbains. Le vieil homme tenait une torche dans la main qui illumina le visage ridé du serviteur de la famille impérial. La face juvénile de la princesse était marquée par la crainte. Celle-ci serra contre son sein une jeune enfant en tenant avec l'autre main, celle d'un jeune garçon suivant avec peine le rythme de marche effréné de sa mère. Le domestique conduisit la princesse à travers les méandres des catacombes de la cité dont la plus part des couloirs étaient inconnus à la majeure partie des gens vivant dans la cité. C'était un monde d'ombres et le royaume des laissés-pour-compte.

« Plus vite, votre majesté, nous devons atteindre les quais avant que les révolutionnaires le fasse ! » s'exclama le valet. La princesse accéléra le pas, tirant le premier-né avec elle. Les couloirs défilaient devant leurs yeux et après un quart d'heure, ils sortaient par une ouverture d'égout sur les quais du port de Titanua. Un petit bateau à voile se tenait prêt dont l'équipage étaient des marins sayaken aguerris et loyaux. Les réfugiés ne perdirent pas de temps et montèrent dans le navire en toute hâte.

On pouvait au loin entendre les voix d'hommes crier des insultes et des tirs de fusil. Les amarres étaient jetés et les voilés levés. Le vent nocturne les gonflait, poussant le vaisseau loin du rivage vers les profondeurs de la rivière de l'Argon. Des révolutionnaires arrivaient sur le quai quand le bateau était à une centaine de mètres au loin. Quelques-uns tentaient de tirer sur le vaisseau avec leurs fusils, mais c'était des gestes désespérés. Le navire était déjà hors de portée.

La princesse regarda la capitale brûler au loin. Une larme solitaire ruissela sur sa joue avant que sa tête se détourne du spectacle en direction du domestique en disant avec tristesse.

« Pensez-vous que nous reverrons la ville un jour ? »

Un moment de silence s'établit et le serviteur dit avec une certaine amertume.

« Je crains, princesse, que ceci soit la fin. C'est la chute de notre monde. Mais soyez sans crainte, vous n'êtes pas seule. Une jonque nous attend à Ymhall pour nous conduire en Roumalie. »

Surprise, elle dit.

« Roumalie ? »

Le valet acquiesça avec un signe de tête.

« Oui, le Royaume nous a offert l'asile. Nous y serons en sécurité. »
Amaski

Message par Amaski »

[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS

- Chapitre 10 : Je suis une fille de l'Histoire -[/bask]

[img]http://img15.hostingpics.net/pics/377156quatrecollegesatlantide543po144735773550873.jpg[/img][/center]
Aujourd’hui, 240 kilomètres de Sanrow

La terre était sèche et les arbres rares. Les nombreux combats dans cette région avaient dévasté les zones boisées et agricoles. Depuis quelques jours, des migrants tarnois avaient trouvé le chemin vers cette zone reculée. Quelques familles s’étaient installées près d’une petite rivière, située non loin d’une grande colline qui trônait de manière solitaire dans cette contrée peu vallonnée. Ils avaient commencé par retourner la terre et à établir les prémisses d’une culture des sols. Des maisons en bois commençaient à être construites, rassemblées en cercle autour d’une croix plantée au milieu d’une place de village imaginaire.

Cependant, les courageux paysans n’étaient pas les seuls humains dans ce territoire. Un petit groupe d’hommes avait installé un camp au pied de la grande colline. Ils venaient comme les fermiers de la péninsule, mais leur intention n’était pas de s’adonner à l’agriculture, leur objectif était bien différent. La troupe était sous la direction d’un homme nommé Valerio Kranz, nouvel évêque de Kanton et grand passionné d’archéologie. Suivant avec attention les débats sur l’origine de la civilisation tarnoise, perliane et aiglantine, il avait décidé de voyager aux Nations-Unies pour chercher des traces de cette civilisation qui avait donné naissance à trois nations.

Kranz était accompagné par un jeune prêtre novuniste qu’on nomma communément Jan. Habituellement, un évêque ne devrait pas s’associer avec les serviteurs de la foi païenne, mais dans le cas de Jan, le religieux était prêt à faire une exception. Ce jeune homme au visage imberbe et aux yeux d’un rouge vif, était animé par des nombreuses visions, au moins c’était ce qu’il prétendait. Chaque soir, Jan se mettait près du feu, buvait une mixture à la composition inconnue et s’adonna à un exercice mystique le faisant plonger dans un sommeil profond qu’on pouvait confondre avec la mort. Quand il se réveillait, il faisait le récit sur la vision d’une fabuleuse cité située loin au Nord dirigée par une femme étrange et au nom mystérieux. Pour une raison inconnue, Kranz croyait ce mystique. Pourquoi ? Il ne pouvait pas le dire. Ce jeune homme avait une aura unique, un charisme presque surhumain. En plus, ses récits étaient nombreux et d’une précision effroyable. Il avait ainsi une fois su décrire un ciel nocturne aperçu durant une de ses visions. Après avoir consulté un spécialiste, Kranz découvrit que c’était la vision d’un ciel datant d’il y a trois millénaires. C’était à ce moment qu’il décida de croire Jan et de préparer une expédition pour chercher cette cité fabuleuse, suivant les rares indices que donnaient les visions du prêtre païen.

Leur voyage les avait conduit vers ce lieu au pied de cette étrange colline. Jan était soumis à une forte agitation, prétendant que ce lieu ne pouvait pas être et que cette colline devrait être une grande pyramide à étages en briques et non un mont verdoyant. Il disait qu’il devrait avoir des maisons partout, des rues et des palais. Aussi, il se plaignait du froid, affirmant que la météo devait être plus chaude. L’évêque gardait son calme, car il suspectait que la colline était d’avantage ce qu’elle apparaissait. Peut-être que la pyramide dont parlait Jan avait était couverte par la nature ? Il suffirait alors de faire de creuser sur ce mont pour avoir le cœur net et découvrir si Jan était un visionnaire ou un fou.

800 ans avant Jésus-Christ, 240 kilomètres de Sanrow

L’air était chaude, mais la princesse était, heureusement pour elle, épargnée par les effets de la chaleur ambiante grâce aux trois esclaves qui lui faisait parvenir un air frais à l’aide des grands  éventails. Elle était allongée sur un lit au bord de la terrasse de son palais, observant entre les colonnes en marbre le chantier de la pyramide au centre-ville. Des fils de fumée s’élevaient vers le ciel, là où des centaines d’ouvriers transportaient des briques vers les sommets du monument. Plus que quelques années, et la pyramide serait la fierté de la cité, surplombant par sa taille toute l’agglomération et servant non seulement de dernier lieu de repos, mais aussi de symbole de la puissance de la princesse ashrakï. Une véritable frénésie de construction avait animée le vaste conglomérat des principautés ashrakï depuis quelques années. De l’Aiglantine, jusqu’à Atlantide, on faisait construire des structures chaque fois plus hautes et décorées avec d'avatange de luxe et de soin. C’était un véritable âge d’or de la construction.

Un jeune esclave arriva sur la terrasse et apporta aux pieds de la princesse un plat en argent avec des grappes de raisins. Celle-ci se saisit d’une grappe et entama d’en manger quelques-uns des fruits. Elle tourna alors la tête en direction d’un des gardes situé débout sur la terrasse comme pour l’inviter à se servir de raisin. Habituellement, les soldats étaient tous de race noire, importée il y a des nombreuses générations depuis le Zanyane grâce au commerce, mais aussi des raids réguliers de la part des navigateurs ashrakï sur les côtes primitives du continent noir. Un sort similaire touchait les Makarans.

Le garde en question cependant n’était pas noir. Sa peau était pâle, ses cheveux d’un rouge intriguant et ses yeux bleus comme la glace du Nord. Il arrivait que des Nordiques s’engagent comme soldats auprès les roitelets ashrakï et souvent ils devenaient des officies au service de tel ou tel prince. C’était également le cas pour l’homme que regardait la princesse. C’était lui qui dirigeait la garde rapprochée de la souveraine, prenant soin que nul assassin ou intriguant puisse la molester, pire, la tuer. Il refusait poliment avec la tête l’offre de la princesse. Celle-ci lui dit alors.

« Mon cher Arkos, vous me semblez prendre la vie trop au sérieux. Pourquoi ne pas profiter de ces délicieux fruits venus tout droit de nos colonies en Barbarie ? »

« Le faim me manque, haute-né. » répliqua le militaire. C’est alors que la princesse se leva, l’observant un moment pour ensuite regarder en direction de la pyramide. Sa robe en soie rouge, confectionnée par des esclaves makarannes, mettait en valeur le corps jeune et svelte de la souveraine.

« Arkos, votre vie est courte et insignifiante. A quoi bon vouloir vous abstenir à en profiter ? Que vous restera-t-il après votre mort ? Rien. Vous êtes une épée-louée, un homme qui sera oublié même par sa famille après deux générations. »

Elle montra avec un geste gracieux vers la pyramide.

« Dans trois mille ans, il aura encore des hommes pour admirer ce monument et mon nom résonnera encore dans les ruelles de cette cité. Les marchands afflueront vers ce lieu en regardant avec dévotion cette structure, demandant qui l’a érigé et ils entendront mon nom en réponse. Oui, l’immortalité m’est garantie à travers cet édifice. Et est-ce que vous me voyez chagrinée ? Non, je profite de chaque délice de la vie même si je sais que je suis destinée à l’immortalité. Voilà, le vrai art de vivre. Vous devriez profiter d’avantage de votre existence, plus que moi qui pourrait me permettre le luxe de ne pas saisir chaque occasion, car étant une fille de l’Histoire. »

Arkos ne dit rien, laissant la princesse parler. Celle-ci perdit alors d’intérêt pour lui et s’allongea à nouveau en observant la pyramide en construction. La journée passa et le chef de la garde retourna le soir chez lui, une petite maison en terre battue dans un des faubourgs de la cité. Il embrasa cette nuit, comme chaque soirée, sa femme et rencontra son fils nouveau-né, que lui et son épouse décideront durant cette nuit fatidique de nommer Bardas.

La princesse avait raison sur le fait que sa vie serait courte et insignifiante pour ses contemporains. Après quarante ans de vie, il trépassera et fut enterré par son fils et ses filles dans un coin obscur de la cité. Sa femme le suivit deux ans après dans la tombe. Cependant, la prophétie de la souveraine ne se réalisa pas au-delà. Quand la terre trembla, que les volcans brûlèrent et que la puissante Atlantide fut engloutie par un raz-de-marée, le fils d’Arkos, Bardas, conduisit quelques centaines d’esclaves vers le Sud. Comme un Moïse païen, il franchit les eaux pour trouver refuge dans une péninsule habitée par quelques indiens sauvageons.

Arkos fut considéré par son fils comme un père exemplaire, par son petit-fils comme un héros et par les générations futures comme un demi-dieu, divinité qui prit au fil des siècles la tête du panthéon tarnois. Aujourd'hui, nul ne connaît le nom de la princesse ashrakï, même son existence et celle de sa cité ont rejoins la nuit des fables et des légendes.
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