[RP] "Svata"

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Alexei

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Le Maréchal Adam Vlastimil Svatoslav surnommé "Svata" par ses soldats, le 8 juin 2022.</center>
Alexei

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Acte I

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Adam Vlastimil Svatoslav ou "Svata" claqua la portière de sa Praktia d'état-major.

Svata : Merci, camarade Veleslav.

La voiture redémarra tranquillement, tandis qu'Adam marchait déjà en direction de sa "chalupa" maison traditionnelle ketchève, jetant par la même occasion un coup d'oeil au village de Zuranidce dont un froid soleil de décembre faisait briller le clocher de l'église. La température était anormalement chaude pour la saison, comme si les feux de l'insurrection ketchève d'il y a quelques jours s'était incrustés dans l'air, laissant une trace ineffaçable des événements. Cette affaire avait peu de place dans l'esprit d'Adam Svatoslav, bien que ce-dernier soit un natif de Ketchevie et qu'il partage certaines convictions avec les insurgés telles que l'établissement d'une République Socialiste de Ketchevie qui semblait être une offre raisonnable, mais qu'Alexej Nejedly avait rejeté. Malgré ses convictions partagées, Adam Svatoslav était un militaire, un maréchal de surcroît. Il se battait pour la Tcherkessie, non pour la Tcherkie, la Ketchevie ou encore la Moravie. Toutefois, ce si brave soldat doutait. Alexej Nejedly et Milan Zemko étaient fort peu appréciés au sein de l'Armée Populaire Tcherkesse, qui voyaient ces deux individus comme des incompétents et des politicards féroces, n'ayant cure des combattants de la Mère Patrie. Ce qui n'était pas intrinsèquement faux ; les projets de modernisation militaire avançaient au compte-gouttes et beaucoup de soldats soupçonnaient Milan Zemko de les avoir empêchés de se venger durant l'été 2022 où le Pacte avait la suprématie aérienne, ce qui aurait pu permettre à une offensive généralisée pour marcher sur un Coorland meurtri par la guerre. Adam Svatoslav avait eu droit lui-même à de nombreux hommages mais sa veste comptait moins de décorations que la plupart des autres généraux tcherkes, comme par hasard... la Tcherkessie souffrait d'une discrimination croissante, envers ses voisins ketchèves considérés comme des impurs, il n'était pas rare, à Tcherkovo, qu'on se moquât d'étudiants ketchèves à cause de leur accent.
Adam Svata sentait que quelque chose n'allait pas, la campagne était beaucoup trop silencieuse. Alors qu'il poussait la porte, il se rendit compte que sa maison était froide et qu'elle ne sentait pas le chou, ce qui était très rare.

Svata : Je suis rentré, mes am.. !

Il s'interrompit brusquement, découvrant son hall d'entrée dévasté.
L'angoisse commença à monter de la cheville du maréchal jusqu'à la tête, la boule au ventre, il pénétra dans le salon, ne trouvant rien à part ses meubles saccagés, comme à l'entrée, des papiers ornant le plancher froid. Il se mit à réfléchir : ils étaient forcément à la maison, Aleksandra n'aurait pu aller faire des courses, tout était fermé aujourd'hui, pour cause, Noël approchait et elle aurait tout de même prévenu. Dalibor, son fils, n'avait pas école en vertu des vacances scolaires et il faisait trop froid pour qu'il sortît aller voir des amis. Désormais apeuré, Adam grimpa les escaliers à toute vitesse, quasiment certain que sa famille avait été arrêté durant le soulèvement ou même exécutée sur place. Arrivée à l'étage, des sanglots lui parvinrent, ils venaient de la chambre de Dalibor. Ne pouvant se maîtriser, le maréchal accourut dans la pièce, trouvant Aleksandra, étendue sur le lit où reposait sa progéniture, sans vie. Avançant pas à pas dans la pièce, les yeux du soldat s'agrandissaient à chaque pas, ne parvenant à comprendre ce qu'il se passait, tandis que sa femme lui jeta un regard imbibé de larmes. Adam s'effondra près d'elle, aux cris de "Non.. non !", touchant son pouls, celui-ci ne battait plus depuis longtemps. Le lit était trempé de sang, celui des Svatoslav dont Adam était si fier.

Svata -Ne parvenant à contrôler ses émotions- : Que... que lui est-il arrivé ?

Aleksandra ne bougea pas, toujours remuée par des spasmes de tristesse, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, l'image de son fils lui revenait, ce qui reprovoquait de nouveaux pleurs, bientôt accompagnés par ceux de son mari. Enfin, après plusieurs minutes, elle parvint à articuler quelques mots.

Aleksandra : Ils sont... ils sont venus ! Ils l'ont pris, ils ont pris Libor (diminutif de Dalibor) !

Svata : Qui ?!

Aleksandra : La Vypoly ! Ils.. ils ont dit qu'il était coupable.. qu'il avait participé à l'insurrection.. qu'il a tué des gens, alors qu'il n'a rien fait, il n'a même pas bougé.. !

La pauvre femme n'en pouvait plus, Svata la serra contre lui, pleurant tout autant, mais ce n'étaient pas des larmes de tristesse, mais des larmes de haine. Alexej Nejedly lui avait pris son fils, son seul fils, après tous les services rendus à la nation. Adam Svatoslav n'avait-il pas réussi à protéger le nord du pays face à la Varlovie et le Coorland durant la guerre ? Cette action lui avait valu la médaille de Héros de la Tcherkessie et l'Ordre du Drapeau Rouge, la plus haute décoration attribuable à un soldat. Cette trahison était insupportable.

Svata - D'un ton rageur -T'ont-ils touché ?

Aleksandra : Non, ils ne s'en sont pris qu'à Libor...

Peu après, Svatoslav accompagna Aleksandra dans sa chambre et la força à se reposer. Le père de famille, auquel on avait arraché ce qu'il avait de plus cher, lui, enterra Dalibor après avoir songé à se faire exploser la cervelle, mais cela ne lui rendrait pas son fils, au contraire.
Svata se jura que Milan Zemko et qu'Alexej Nejedly paieraient.
Alexei

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Acte II

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L'invitation était arrivée le matin même.
Adam Svatoslav était surpris par la missive qu'il venait de recevoir, adressée d'Alexej Nejedly en personne. Toujours profondément hébété et enragé par le meurtre de son fils, le maréchal n'avait pas dormi de la nuit, revoyant le cadavre sanguinolent de ce qu'il aimait tant. Un fragment de sa vie s'était brisé en quelques secondes, trahis par les propres personnes qu'il avait loyalement servi, il en était sûr, cette missive signait son arrêt de mort.
Alors que Svata arrivait à la gare de Tcherkovo, Alexej Nejedly, lui, attendait de pied ferme, le Commissaire à la Défense, le jeune Borut Koluník était, lui, assis en face de son maître, au coeur du Hradčany, le symbole de la présidence tcherkesse. Ce-dernier tenait en main le dossier du maréchal Adam Vlastimil Svatoslav, jetant quelques coups d'oeil au Premier-Secrétaire du Parti Communiste qui semblait nerveux. En effet, l'homme avait des cernes et paraissait négligé. Sa mine renfrognée montrait sa frustration à ne pouvoir tout contrôler.

Borut Koluník : Hmm.. un personnage très populaire, vous risquez de vous aliéner une partie de la population en le tuant ou en l'arrêtant, camarade-premier-secrétaire.

Alexej Nejedly ne sourcilla pas, il continuait de faire les cent pas derrière son bureau. Sa plus grande crainte était que Milan Zemko vienne le destituer, ou pire : l'arrêter. Il allait donc être neutralisé aussi, mais plus tard. Lorsque l'opposition aurait été nettoyée en profondeur et que les peuples tcherkesses l'accepteraient : des manifestations avaient eu lieu en Moravie, dans le nord du pays, inspirée par la révolte des Ketchèves.

Alexej Nejedly : Il est le seul à pouvoir nous faire de l'ombre, il est Ketchève et a le soutien du peuple et probablement de l'armée. Il pourrait se révéler... nuisible. Je ne peux me permettre de prendre de risques.

Borut Koluník : Vous lui avez déjà pris son fils, n'est-ce pas pousser le bouchon un peu trop loin ?

Alexej Nejedly : Non, j'avais prévu qu'il se fasse sauter la cervelle en voyant ça. Son fils était ce qu'il avait de plus précieux et il ne s'est pas suicidé comme il aurait dû le faire. Il faut dès lors l'envoyer à l'ombre.

Borut Koluník : Il y a juste quelque chose qui m'échappe... pourquoi l'avoir invité ici alors qu'il aurait été plus facile de l'arrêter chez lui ?

Alexej Nejedly : Car je veux avoir une petite conversation avec lui afin de le tester et de l'intimider, je veux aussi voir cette aura et cette énergie qui fait de lui, paraît-il, un si grand leader.

Adam Svatoslav pénétra enfin dans le hall richement décoré du Hradčany.
Un sentiment étrange l'habitait, le sentiment d'avoir tout d'abord été trahis et également de ne plus être chez lui. À présent, le si beau château, symbole national de la Tcherkessie, lui paraissait moins attrayant et moins chaleureux. Les gardes le regardaient d'un air indifférent et celui qui l'accompagnait jusqu'au bureau du premier-ministre Nejedly montrait un désintérêt malveillant à la scène. Quelques minutes plus tard, Koluník et Nejedly entendirent frapper à la porte. Le chef de l'Etat, qui s'était arrêté de bouger donna l'autorisation aux visiteurs d'entrer.

Garde : Pour vous le camarade-maréchal Adam Svatoslav.

Alexej Nejedly : Merci bien. Vous pouvez disposer.

Le maréchal âgé de 56 ans faisait toutefois preuve d'une posture martiale et digne, son visage ne reflétait rien, à l'inverse de son coeur qui était plein de haine et de résignation. Si le maréchal avait gardé son pistolet TBO 110, il aurait pu être tenté de l'utiliser pour abattre le responsable de la mort de son fils... et peut-être ainsi sauver sa propre vie. Mais cela était stupide ; il aurait été instantanément recherché par toutes les autorités du pays et sa femme et ses proches auraient immédiatement été arrêtés, Nejedly avait gagné, le héros de la guerre en Tcherkessie ne pouvait désormais plus rien face à ceux qu'il avait défendu à un prix terrible, et ce, sans même qu'Alexej Nejedly ait prononcé un mot.

Alexej Nejedly : Bonjour, maréchal Svatoslav, ou "Svata", comme on vous surnomme ? Je vous en prie, asseyez-vous.

Le maréchal prit plusieurs longues secondes à se décider et il s'assit finalement sur le fauteuil face au Premier-secrétaire du Parti Communiste, laissé vacant par le Commissaire à la Défense qui avait choisi de se positionner en observateur au fond de la pièce.

Svata : Pourquoi avez-vous fait ça ? Pourquoi m'avez-vous ôter mon fils ?

"Svata" fusillait du regard celui qui était devenu en l'espace d'un jour son "ennemi mortel", sorti d'un mauvais roman d'espionnage ou même d'un documentaire sur les purges à la naissance de l'URSR. "Svata" était convaincu qu'il serait le premier d'une longue série de ces actes barbares.

Alexej Nejedly : Parce que vous commencez à devenir gênant, camarade-maréchal.

Alexej Nejedly parlait d'une voix calme et faisait preuve d'une grande assurance -bien qu'il évitât soigneusement le regard de son interlocuteur-.

Svata : Pourquoi me trahissez-vous comme ça ? N'ai-je pas sauvé la nation que vous gouvernez pendant la guerre ? N'ai-je pas juré fidélité à la République Socialiste de Tcherkessie ?

Alexej Nejedly : C'est là le problème... vous êtes beaucoup trop populaire dans ce pays, je suis sûr que nombre de civils vous ont reconnu à la gare, je suis également sûr que votre charisme et votre... leadership comme disent les Kaldiens mettront à bas l'Etat que je suis en train de construire, je ne peux me permettre de vous avoir dans mes plates bandes, maréchal.

Adam Svatoslav était effaré par cet homme qui, malgré sa jeunesse et sa belle allure, était en fait un psychopathe dans la lignée de Terienkov.

Svata : Très bien, dans ce cas tuez-moi, là, ici, après tout, vous m'accusez d'être né, alors condamnez-moi à mourir si tel est le destin de notre grand pays, mais dans ce cas, je garderai la tête haute, "camarade".

Les paroles du maréchal étaient formulées avec détermination, comme une menace, mais une menace courageuse. C'était ce courage et cette audace qui lui avait permis de tenir dans le nord du pays pendant la guerre. Son énergie avait aussi beaucoup joué, nombre de soldats avaient pu se vanter de rencontrer le maréchal en personne après que ce-dernier soit descendu dans leur tranchée, qui pour les remotiver, qui pour rencontrer ses commandants sur le terrain. Cette proximité avec ses hommes lui avait permis d'être fort respecté et admiré par ses soldats que les volontaires thalibossiens avaient surnommés "les braves gars de Svata" à cause de leur résistance si acharnée. La 2ème Armée commandée par le maréchal avait même été rebaptisée "Armada Svata" par la presse.

Alexej Nejedly : Votre courage ne s'est pas volatilisé après la guerre, maréchal. Et si j'avais été à la place du camarade Zemko, je vous aurais nommé chef de l'Etat, malheureusement vous n'êtes pas prédéstiné à ce poste pour les raisons que j'ai évoquées. Je ne vais pas vous tuer, cela provoquerait un énorme scandale et vous avez rendu de nombreux services à la Patrie. Toutefois, je pense que vous avez besoin de vacances, camarade. Cela tombe bien, un camp en Ketchevie, pas si loin de votre demeure, vient d'ouvrir, je suis sûr que vous vous y plairez.

Le premier-secrétaire du Parti Communiste finit par un léger sourire pervers ou sadique.

Svata : Votre trahison ne sera pas impunie, tôt ou tard, les Sumeroves, les Moraves, les Ketchèves et même les Tcherkes comprendront quel monstre les dirige.

Alexej Nejedly : Hum, je ne pense pas qu'ils puissent faire quelque chose contre moi, pour le moment, peu de monde est déçu de mon attitude fort honorable et de mon ouverture d'esprit. Je vous mettrai au courant du bilan de l'année 2022. Autre chose, Joyeux Noël, maréchal, puisse le Seigneur être avec vous en ce jour... familial.

Des gardes entraient déjà dans la pièce pour arrêter le maréchal Svatoslav qui se reteint de sauter au cou d'Alexej Nejedly après ses derniers mots. Le maréchal comprit que son Noël était placé sous l'égide de la défaite et de l'amertume. Toutefois, comme il l'avait dit à Alexej Nejedly, celui qui était peut-être le plus grand héros militaire de son pays continuait obstinément d'avancer la tête haute vers son destin.
Alexei

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Acte III

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"Tenez vos positions ! Ne les laissez pas percer !"
La situation dans la tranchée était plus que précaire, l'éclat des obus, le cri terrible de la mitraille et le spectre de la mort s'abattaient simultanément sur des milliers d'hommes et femmes de l'armée tcherkesse. L'ennemi venait de franchir le no man's land et tentait une charge en force "à la varlovienne" comme les Tcherkesses surnommeront par la suite ce type d'attaque. Adam Svatoslav était aux premières loges, guidant les tirs d'artillerie avec cette énergie qui lui était si coutumière. Patron de la 1ère Armée (bientôt surnommée "Armée Svata"). Alors que la majeure partie des généraux tcherkesses se terraient bien au fond de leurs bunkers, "Svata", lui, voyait la guerre sous son angle le plus cru : parmi ses troupes. Celles-ci, boostées par la présence de leur commandant fauchaient par vague entière les milliers, voire les dizaines de milliers de Prestons qui passaient la frontière. Dans les rangs, divers chants étaient interprétés, la Varsovienne revenait le plus souvent, tel l'infanterie de ligne dans les guerres napoléoniennes. L'ennemi, trois fois plus nombreux, dans sa charge désespéré faisait véritablement office de chair à canon, mais cette chair à canon était soutenue par une artillerie fiémançaise qui visait bien. Bientôt, les défenseurs furent submergés, Svata qui échappa de justesse à un obus ordonna le repli vers la forêt noire, qui engloutirait des centaines de milliers d'hommes. Le futur maréchal s'assura que tout le monde avait entendu son ordre et se retira presque en dernier, son pistolet à la main, semblant mépriser les attaquants qui étaient entrés dans le dispositif et qui auraient été surement étonnés de voir un général d'armée sur le front. La forêt s'annonça pleine de surprise, dans la cohue générale, les commandants d'unité faisaient tout pour rétablir un semblant d'ordre. Dans les épaisses forêts de la Sumerovie, l'ennemi ne pouvait user de véhicules, c'est ainsi que l'infanterie prestonne se retrouva encore une fois balayée par une série de blockhaus et de pièges, des franc-tireurs occupaient les arbres, talonné par l'ennemi, des soldats racontèrent avoir vu le général Svatoslav abattre trois Prestons avec son pistolet thalibossien qui le caractérisait. Soudain, il trébucha sur une souche d'arbre et se retrouva précipité, non pas au sol, mais dans un trou noir qui remplaçait la terre et les feuilles, Svata criait, tombant inexorablement...

L'homme se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Autour de lui s'étirait la misère en la personne d'autres prisonniers politiques acheminés par le wagon fermé à double-tour les menant à l'internory où devait se terminer leur route, ainsi que leur vie. Svata était encore en tenue de maréchal, il savait qu'on lui reprendrait une fois arrivé au camp où il se fonderait au commun des mortels (sans mauvais jeu de mot). Ses quelques camarades d'infortune l'avaient reconnu dès le début et avaient été choqués de le voir, lui, envoyé là-bas. Ils demandèrent la raison de la déportation du militaire, ce-dernier répondit "ils m'ont accusé d'avoir servi ma Patrie". Svata était bien communiste, il partageait d'ailleurs de nombreuses idées avec Alexej Nejedly telles que l'autogestion économique et le détachement avec le Pacte. Venceslas était le nom de celui qui avait posé la question à Svata. C'était un jeune homme de 24 ans ayant également combattu pendant la guerre, mais cette fois contre les Fiémançais. Son seul crime avait été de s'être échappé d'une ville encerclée dans le nord pour reprendre le combat. Il avait été jugé il y a quelques jours seulement. Soudain, le train s'ébranla, une légère secousse se fit sentir, ils était arrivés.

Les portes du wagon s'ouvrirent avec fracas, les gardes des internory, membres de la Vypoly (la police politique), ordonnèrent aux prisonniers de descendre. Svata s'exécuta, restant digne, il descendit d'une posture très martiale, espérant que son uniforme et ses décorations auraient un effet sur ses bourreaux. Ces-derniers y restèrent néanmoins insensibles au regret du maréchal qui se sentait toutefois déjà perdu. Après avoir marché une centaine de mètres, le portail du camp était enfin en vue, celui-ci était flambant neuf, première étape avant de pénétrer dans un espace où s'articulaient baraquements en bois et bâtiments administratifs bétonnés, tout ceci au pied d'une montagne dans laquelle une mine avait été creusée à proximité de nouveaux gisements d'or. Alors c'était là que le maréchal Adam Vlastimil Svatoslav finirait sa vie, héros de guerre, meneur d'homme charismatique, si bien qu'il pouvait faire de l'ombre à Alexej Nejedly dont la paranoïa croissait envers les Ketchèves. Arrivé à un "point de contrôle", le maréchal fut entassé avec une centaine d'autres nouveaux arrivants dans une pièce minuscule où on leur "offrit" un nouvel habit, le sinistre uniforme gris du camp. Le coiffeur, ketchève, autorisa Svata à partir sans passer par la tondeuse, par respect à son rang. Arrivé par un froid glacial, on le conduit au sud-est du camp de redressement où il pénétra en réalité dans un baraquement plutôt spacieux et propre où il reconnut d'autres détenus célèbres. Svata appartenait désormais à cette nouvelle branche de détenus plutôt privilégiés, ayant droit à une meilleure ration et un travail à l'usine qui était plus confortable que le travail à la mine ou au champ. Lors de la soupe, un homme du même baraquement de Svata l'interpella :

Prisonnier : Ne te rue pas en premier dans la file, c'est la plus liquide donc la moins nutritive.

L'ancien maréchal se retourna, en face de lui se trouvait un homme de taille moyenne avec des lunettes. Il n'avait pas le crâne rasé et paraissait relativement en bon état.

Svata : Merci du conseil, vous êtes de mon baraquement, non ?

Les deux hommes reculèrent un peu dans la file, prenant garde à ne bousculer personne et à ne pas trop se faire remarquer par les gardiens du VPK.

Prisonnier : C'est bien ça, Vassili Klieman, enchanté.

L'homme tendit sa main avec un sourire amical, Svata la serra et lui offrit un sourire poli avant de comprendre que ce nom ne lui était pas inconnu...

Svata : De même, je m'appelle Adam Svatoslav, mais appellez-moi Svata... vous êtes le journaliste Vassili Klieman ?

Vassili : Je vois que quelqu'un a prit la peine de lire mes textes... et vous, vous êtes le maréchal, non ? Le héros national ?

Svata -qui échappa un léger ricanement- : Je n'irais pas jusque là...

Vassili : Si, votre nom est célèbre dans tout le pays ! Mais qu'est-ce qu'un maréchal de l'Armée peut faire ici ?

Svata : C'est une très longue histoire...

Leur tour vint, Svata tendit sa gamelle au bout de quelques secondes à un marmiton à l'air débonnaire. Celui-ci lui versa une ration d'une bonne consistance en vertu de son rang. Il est paradoxal de voir cette véritable lutte des classes existant dans les "camps de redressement" d'une Tcherkessie en théorie égalitaire.
Une fois servis, les deux hommes revinrent s'asseoir sur leur couchette et continuèrent à discuter en absorbant le liquide au goût de légume. Svata apprendrait, malgré lui, à apprécier cet instant de réconfort.

Vassili : Nous avons tout notre temps, camarade !

Un silence, le soldat mange, l'air impassible. Il regarde le sol d'un regard froid et insensible. Vassili le remarque puis reprend :

Vassili :...pour ma part, on m'a jeté ici il y a un mois ou un an, je ne sais plus. Je faisais des textes de guerre que je publiais au Drapeau Rouge. Certains ont été jugés trop défaitistes et portant une mauvaise image sur nos troupes, par les gratte-papiers de la Vypoly. On m'a jeté ici pour 5 ans.

Svata : Moi on m'a accusé de trahison, mais je ne veux pas en parler maintenant, il est tard.

Restant digne, le maréchal absorba les dernières gouttes de liquide dans sa gamelle. Svata n'avait aucune envie de se confier maintenant, il avait du mal à se situer et sentait un vide intérieur, absorbant tout, même ses convictions les plus profondes. Il repensait à son épouse à qui il avait demandé de se cacher chez sa soeur, lorsqu'il avait reçu le message d'Alexej Nejedly. Espérant sincèrement qu'on ne la trouverait pas. Abattu, il se coucha, pressentant qu'il était au début d'un long parcours. Mais au moins, il ne serait pas seul.
Alexei

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Acte IV

[img]http://www.saveyourheritage.com/images/RUSsiberia.jpg[/img]

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé


En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

--------------------------------------------------------------"Invictus" - William Hernley
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Lorsque Svata avait découvert ce poème du Kaldien, William Ernest Henley, il était encore ce vieux maréchal désespéré, abandonné par sa propre patrie et profondément résigné à son sort évident : servir la nation comme un esclave jusqu'au dernier souffle. Les deux dernières vers provoquèrent un déclic dans son esprit : qu'importait la souffrance lorsqu'il y avait la lutte ? Qu'importait la mort lorsqu'il y avait la victoire ? Toutes ces questions lui trottèrent dans l'esprit alors qu'il revenait au camp par une température glaciale dans le froid de janvier. Son réveillon de la Saint-Sylvestre fut à l'image de celui de Noël : glacial, mélancolique et imprégné de souffrance. Les prisonniers se serraient les coudes pendant que les gardes profitaient goulûment d'une bonne kitchera. À Noël, les gardes catholiques eurent le droit de rendre visite à leur famille tandis que les orthodoxes restaient pour surveiller les détenus. Eux-même profiteraient de leurs proches le 6 janvier.

Ce déclic, Svata l'avait dès lors fêté en échaffaudant un plan d'évasion à peine rentré au camp, le maréchal était sorti de sa torpeur des premiers jours pour entrer dans un état de rassembleur et d'organisateur implacable, comme à l'armée. Le maréchal avait compris depuis longtemps qu'une évasion massive était plus que possible, il fallait juste des éléments capitaux : un organisateur digne de ce nom, un rassembleur et du matériel. Tous ces éléments étaient déjà entre les mains d'Adam Vlastimil Svatoslav qui avait retrouvé le sourire et était pendu à son rêve d'évasion, comme un corps dans le vide. Si il échouait, sa sentence serait immédiate et froide et elle s'appelait la mort. Lors d'un matin glacial et neigeux, on avait chargé Svata de débarrasser des caisses d'armes dans le dépôt prévu à cet effet. Cette tâche fastidieuse se révélerait être une aubaine ; un deuxième Noël. En effet, il put découvrir où étaient cachées les clefs de l'entrepôt d'armes, les horaires des gardes et l'emplacement des armes les plus importantes. Svata s'était littéralement tissé un réseau de contacts dans le camp, fort de son prestige, le maréchal put obtenir d'un garde du makhorka, du tabac rostov réputé pour son goût. Une fois qu'il eût acquis ce bien, il s'empressa de voir Louka, le seul homme capable de faire obéir les prisonniers de droit commun au doigt et à l'oeil.

Quelques minutes plus tard, Svata ressortit du baraquement de Louka avec un kit à crochetage de serrure qui aurait toute son utilité par la suite. Vassili était le seul homme à être au courant de l'audacieux plan du maréchal à peine arrivé et ayant déjà l'envie d'en découdre. Le journaliste était également très connu dans le camp et avait beaucoup d'amis parmi les détenus, surtout les autres "politiques".

Svata : Il faut que tu ailles voir quelques personnes pour moi.

Vassili -surpris- : C'est encore ton plan.. ?

Svata : Oui, ne t'en fais pas, avant Noël (le Noël orthodoxe), nous serons dehors, je te le promets.

Vassili : Hum.. si tu le dis, qui veux-tu que je vois ? [...]

Les hommes étaient tous attroupés autour de Vassili Klieman, curieux, certains se posaient des questions et un brouhaha sourd montait, des "chuuts" fusaient dans le but de ne pas attirer les gardes.

Vassili : Mes amis ! Notre incarcération n'a que trop duré, trop de jours à se lever et travailler tels des zombies, ce gouvernement oligarchique et incompétent n'a que trop existé, il se réclame du socialisme mais ne fait rien pour son peuple, assez ! Notre libération est proche si nous nous unissons et nous serrons les coudes !

Prisonnier : Nous voulons être libres, camarade Klieman, mais... avez-vous un plan ?

Une ombre se profila derrière Vassili alors que la foule hochait la tête aux dires du prisonnier.

Svata : Moi, j'en ai un.

Un bruissement sourd de surprise parcourut le "public" tandis que le maréchal sortait de l'ombre. Il se tenait droit, les mains dans le dos. Il ne lui manquait plus que son uniforme et ses médailles.

Svata : Je pense que vous me connaissez, mes amis, pour ceux qui ne le savent pas, je suis le maréchal Adam Vlastimil Svatoslav ou "Svata", j'ai dirigé la défense de le nord de notre beau pays. Sauf que Nejedly m'a trahis et je suis ici. Si j'ai demandé à Vassili de vous rassembler ici, c'est pour vous exposer la façon dont nous nous libérerons d'ici. Je vous demande juste de m'obéir aveuglément, si tout le monde fait ce qu'il a à faire, alors nous sortirons, libre.

Les détenus étaient convaincus, même les plus sceptiques, surpris par le charisme et la façon du maréchal de dominer son public et de posséder une confiance en lui immense malgré les circonstances. Quant à Svata, il avait compris qu'il avait une aura capable de rassembler les masses, même les masses délinquantes. De cette expérience naquit bien plus que l'espoir d'une libération de prisonniers d'un internory : l'espoir de libérer son peuple.
Alexei

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Acte V

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Vassili : Alors comme ça tu me voles mes rations ? Misérable rat !

Le journaliste, furieux, asséna un coup de poing violent à l'ancien maréchal Adam Vlastimil Svatoslav qui était à terre.

Svata : Je pensais que tu frappais plus fort, fillette !

Le direct dans la mâchoire surprit le jeune journaliste qui roula de côté, quand soudain, une gabardine et une ouchanka apparut dans l'atmosphère glaciale de la mine, éclairée par des torches. C'était un garde. L'homme semblait prêt à en découdre, marchant tel un prédateur vers sa proie, gourdin en main, il ne lui fallut que quelques secondes pour atteindre les deux hommes au sol braqués par les yeux de la dizaine d'autres mineurs de la grotte qui avaient cessé le travail pour observer ce curieux spectacle qui, ils le savaient, enverrait les deux hommes au cachot pour un bon moment.

Garde : Que se passe-t'il ici ? Vous voulez vous battre, hein ? Eh bien vous aurez tout le temps de le faire dans la fosse, chiens !

Au-dessus de Svata, le gardien se pencha légèrement pour frapper de son arme le maréchal acculé qui ne pouvait que ployer sous les coups rageurs de l'individu. Tout à coup, son regard se voila, lâchant sa matraque, le garde s'écroula sur le côté, du sang coulant derrière le crâne où se tenait Vassili qui s'était relevé, une pierre à la main. Ce-dernier aida le maréchal à se lever et lui glissa une tape sur l'épaule.

Svata : Merci, camarade... mes amis ! -s'adressant aux détenus rassemblés à proximité- L'heure est venue de reprendre notre liberté !

Le maréchal s'abaissa et récupéra le trousseau de clef et la matraque du gardien, mettant l'objet métallique et bruyant sous le regard de tous. Les prisonniers exultaient, une sourde fureur s'étant emparée d'eux, se lisant dans les yeux de tous. Guidés par Svata, ils se mirent en marche comme un seul homme, portés par la haine vers la liberté qu'on leur avait arraché, investissant toutes les galeries et luttant contre les gardiens qui avaient le malheur de croiser ce flot ininterrompu d'âmes déchaînées, bientôt rejointes par les autres ouvriers de la mine.

Svata : Tuez-les ! N'hésitez pas à venger tous les crimes qu'ils ont commis envers nous ! Aucun ne doit survivre !

Le maréchal abattit avec fougue et énergie son gourdin sur la tête d'un garde qu'il venait de faire tomber, ce-dernier poussa un cri de douleur lorsque le gourdin atteignit son nez qui se cassa sous la pression, laissant échapper un filet de sang. Vassili, à la gauche du maréchal venait lui aussi de tabasser un homme, il avait d'ailleurs fait une merveilleuse trouvaille : un couteau bien aiguisé.
Après avoir rallié les derniers mineurs, les insurgés se dirigèrent vers l'ascenseur qui devait les mener à l'air libre, pendant ce court répit, l'alarme du camp se mit à sonner, les détenus imaginèrent sans mal la centaine de gardes tenant la place se mettre en alerte et s'armant. Plus l'ascenseur montait, plus l'air de la liberté était perceptible, bien que poussiéreux. Tandis que soleil était masqué par une couche compacte de nuages provoqués par les usines du camp.

Svata : Nous y sommes presque, camarades ! Nous devons pousser jusqu'à l'armurerie, là, nous pourrons nous échapper !

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent dans un fracas métallique assourdissant, le bruit de l'alarme était désormais couvert par la staccato de mitrailleuses savamment placées, à découvert, les hommes n'auraient aucune chance. Lucián, un ami de Vassili, réagit promptement en se cachant derrière les lourds chariots métalliques où l'or était transporté. Suivit par les autres prisonniers, des petits groupes formés sur le moment progressaient sur le terrain découvert et poussiéreux qui formait l'entrée de la mine, la mitraille interdisant toute conversation, des mottes de terre étaient soulevées par les balles de gros calibres, des cris stridents se faisaient entendre quand les tireurs faisaient mouches. Bientôt, les quelques détenus qui avaient réussi à se procurer un pistolet se mirent à tirer eux aussi sur les gardes qui tentaient de les prendre sur leurs flancs. Makar, l'un des "caïds" rallié à la cause de Svata commençait à douter de la réussite de l'évasion.

Makar : À ce rythme là on sera sorti dans vingt ans !

Vassili : Non, nous touchons au but ! Où sont les cocktails-molotov que je t'ai demandé ?

Makar : Ici.

L'homme, maigre et tatoué, laissa échapper une sorte de baluchon qu'il portait au dos alors que le chariot à minerais s'arrêtait, ne trouvant plus de rails pour continuer. La mitrailleuse était toute proche, Svata pouvait distinguer les visages du mitrailleur et de l'artilleur qui étaient tous deux menés à un train d'enfer à cause de l'urgence de la situation. Vassili ouvrit le petit sac et attrapa quatre bouteilles remplies à moitié de pétrole venant de lampes-à-pétrole détournées. Vassili en distribua une à chacun de ses compères et Vassili, Lucián, Makar et Svata furent tous équipés.

Vassili : Lucián ! Lance-moi ça sur ces enfoirés !

Lucián fit un signe de tête et s'appuya contre le chariot, retenant son souffle. Attrapant le briquet que lui tendait "Vass", il alluma d'une main fébrile le chiffon de la bouteille. Regardant une dernière fois ses camarades soucieux de sa réussite, il se leva d'un coup, allant à découvert, face à la mitrailleuse, il lança puissamment la grenade artisanale sur le mirador improvisé, sous les yeux surpris des deux artilleurs. La bouteille s'écrasa avec un fracas de verre sur le mitrailleur qui se mit aussitôt à hurler. Les flammes se propagèrent sur les mains pleines de poudre du second qui connut le même sort.

Svata : Plus personne ne peut désormais nous barrer la route, allons-y, camarades !

La vingtaine de détenus rescapés quitta les barricades improvisées pour se ruer vers l'armurerie et la tour de transmission. Svata, grâce au trousseau pris au garde, ouvrit la lourde porte métallique de l'armurerie, assaillit par les vingts-trois détenus qui y trouvèrent leur compte : allant du pistolet obsolète tcherkesse à la Gigakov-2. Svata décida de prendre un pistolet thalibossien similaire à celui qui en avait fait un symbole. Vassili, lui, s'était emparé du micro pour envoyer un message fort aux autres prisonniers et les inciter à rejoindre la révolte.

Vassili : Camarades, aujourd'hui est un grand jour pour nous ! Le jour de la révolte ! Enfermés, loin de nos familles et nos proches, loin de notre maison, par un gouvernement corrompu et incompétent ! Nous avons connu la guerre et nous nous sommes battus pour ce beau pays qui est le notre, nous avons perdu ceux que nous aimons en sacrifice à la survie de notre nation, maintenant, nous avons été trahis par les illégitimes qui gouvernent la nation et occupent le Hradčany ! Leur vie ne tient désormais plus qu'à un fil ! Rejoignez la lutte, mes amis, émergez du coma artificiel dans lequel ils nous plongent et reprenons ce qui nous est dû, reconquérons par les armes notre Liberté !

Cet appel, entendu partout dans le camp provoqua une frénésie incroyable, dans les usines, les travailleurs se révoltèrent contre leurs bourreaux qui n'hésitèrent pas à tirer, l'alerte rouge était déclarée et les détachements locaux de l'armée tcherkesse était bientôt en route, Svata savait que le temps lui était compté et qu'il n'avait pas encore réussit son coup.
Après avoir été entièrement rééquipés, les insurgés se remirent en route, l'objectif était désormais le garage où les véhicules étaient entreposés.

Makar : Svata ? Pourquoi visons-nous le garage ?

Svata : Car une fois dehors, nous n'aurons aucune chance à pieds. Allons-y !

Une fois Vassili de nouveau dans le rang, les vingts-trois détenus se ruèrent à l'extérieur, pressé d'en découdre. Les quelques gardes sur le chemin, mal équipés et apeurés par le nombre furent éliminés en quelques secondes, bientôt, le flux d'insurgés grossit, appuyé par des centaines d'autres prisonniers, le combat se transforma en déroute pour les gardes qui se barricadèrent dans les bâtiments administratifs, derniers obstacles avant le garage, symbolisant la liberté tant espérée et promise.

Svata : Foncez, camarades, ne faites qu'une bouchée de ces tortionnaires !

Dans le fracas de la mitraille, la porte fut enfoncée par deux prisonniers qui se firent aussitôt fauchés par des gardes retranchés, s'infiltrant partout, les hommes nettoyèrent le rez-de-chaussée avec de lourdes pertes, Svata, en première ligne manqua être touché. Alors qu'ils approchaient, le directeur de l'internory dégaina son arme, déterminé à lutter malgré la situation désespérée. Tandis qu'il se tenait à l'entrée, une rafale transperça le bois de la porte, venant se loger dans l'estomac du directeur. Ce fut Svata qui apparut dans l'encadrement de la porte, revolver à la main.

Svata : Votre rôle de tortionnaire s'arrête ici, camarade.

Le maréchal n'appuya qu'une fois sur la détente, achevant l'homme agonisant. Le directeur Mikulaš était un vieil ami de Svata, car il avait été l'un de ses commandants pendant la guerre. Il avait contribué à son arrestation pour asseoir son pouvoir.

Après s'être emparé des clefs du garage, Svata quitta la pièce, sous les yeux de ces trois collègues.

Vassili :...On y va ?

Svata : Allons-y.

Les quatre hommes se remirent en marche et arrivèrent au garage en un rien de temps quand un bruit d'hélice venant du ciel assourdit les oreilles de tous, lorsque l'hélicoptère de l'armée tcherkesse apparut, le sang des détenus ne fit qu'un tour.

Lucián : À couvert !

Les artilleurs de l'hélicoptère ouvrirent le feu, fauchant une vingtaine de prisonniers en une rafale. La situation semblait désespéré pour le groupe qui se trouvait désormais arrêté tout près du but. Soudain, un prisonnier qu'ils n'avaient jamais vu traversa la zone sous le feu de l'hélicoptère et vint se cacher près d'eux.

Prisonnier : Vous êtes Svata ?

Svata, surpris, l'observa et lui répondit.

Svata : Oui, qu'y a-t'il ?

Prisonnier : J'ai trouvé ça, peut-être cela peut-être utile ?

L'homme sortit de sa veste un petit lance-grenade arraché à une Gigakov. Les yeux du maréchal s'éclairèrent et il remercia le prisonnier avant de se tourner vers Vassili.

Svata : Vassili, j'ai besoin que tu me couvres !

Vassili : Ca marche, mais tu vas...

Svata : Tu vas courir là-bas et tirer sur cet enfoiré !

Le journaliste s'exécuta, attirant le mitrailleur qui tournait désormais le dos à Svata. Ce-dernier en profita, vérifiant que l'objet, un lance-grenade, offert par était chargé, il se leva à son tour et tira sa seule grenade sur l'hélicoptère. Le temps parut s'arrêter, les prisonniers priant pour que le maréchal touche l'appareil. Soudain, l'hélicoptère dans un bruit atroce commença à tourner sur lui-même, le mitrailleur sur le côté droit fut entraîné au sol par la gravité alors que l'appareil s'écrasait à proximité. La stupeur était générale, et le silence s'était abattu si subitement que personne ne comprit pourquoi. Svata se tourna et cria.

Svata : Qu'attendons-nous ? Allons-y, la liberté nous attend !

Tous se ruèrent vers le garage dont la porte était ouverte tout comme le portail à une dizaine de mètres. Il n'y avait plus personne sur le chemin entre eux et la porte de sortie du calvaire qu'était le camp. Svata n'en revenait pas d'avoir réussit son coup et tel Spartacus, il possédait désormais une armée d'esclaves modernes prête à défaire l'empereur : celui-ci s'appelait Alexej Nejedly.
Alexei

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Acte VI

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Alexej Nejedly : ...

Semion Toppolovík -chef du département de redressement du KPK- : Je ne sais que dire... l'armée aurait dû intervenir immédiatement.

Alexej Nejedly -sortant de son silence- : Dites-moi, colonel, quel détachement était en charge de la zone où se trouvait l'internory ?

Alexej Nejedly sentait le stress monter d'un cran. L'évasion d'Adam Svatoslav était une nouvelle excécrablement mauvaise, qui lui avait valu une scène très pénible avec Milan Zemko qui le regardait désormais d'un air méprisant et qui ne lui disait plus rien. La place de Nejedly était en danger, et même sa propre personne l'était aussi. Svata ne disparaîtrait pas dans la nature, il le savait, le maréchal ferait tout pour se venger et n'aurait de repos que lorsque son dessein serait accompli. Nejedly, tenant le combiné d'une main fébrile, tentait de masquer son stress tant bien que mal.

Semion Toppolovík : C'est la deuxième armée qui était...

Alexej Nejedly : Qui était celle de Svata.

Cela faisait trois jours que la cohorte des évadés déambulait dans les sinistres forêts de la Moravie. Etrangement, le groupe n'était pas poursuivi lorsqu'il déambulait dans les longues prairies entre le camp et la forêt dans laquelle ils se trouvaient. Cette poursuite inexistante, à peine feintée était source de réconfort parmi l'équipée, mais très vite, de nombreux problèmes survinrent, notamment ceux de la faim, du froid et du traitement des blessés. La cohésion n'était pas toujours au rendez-vous et le trio Svata-Vassili-Makar avait du s'imposer, parfois par la force lors d'accrocs à cause de la mauvaise distribution de la nourriture qui se faisait pourtant le plus égalitairement possible. Lors de ces scènes pénibles et inévitables, Le maréchal, le journaliste et le truant, comme on les surnommait, rétablissaient l'ordre parfois par la force ou le compromis, sacrifiant leur propre ration. Svata la troquait contre une cigarette, à quoi il s'habitua bientôt, ce qui le différencia encore plus des autres. Le groupe errait dans la nature, sans but et endroit où aller, bientôt la "meute" se scinda, alors que la moitié "dissidente" commandée par un jeune délinquant du nom de Zoran. Désormais au nombre de 7, le groupe de Svata quitta enfin la sombre forêt, vers de nouvelles épreuves...

Makar : Ca y est, toutes nos provisions ont été épuisées. Nous ferions mieux d'essayer de trouver un village.

Svata : Nous touchons au but, j'en suis sûr, encore deux j...

Le maréchal fut coupé en plein élan par un bruit de moteurs. Harassés, épuisés, les hommes ne trouvèrent même pas la force de s'enfuir lorsqu'une douzaine de soldats sortirent de plusieurs camions et jeeps éclairés par les faisceaux de deux hélicoptères qu'ils n'avaient pas remarqué auparavant. Svata, aveuglé momentanément réussit à reconnaître les insignes de sa 2ème armée et commença à se diriger, d'un pas hagard vers ses soldats. Soudain, quelqu'un d'autres descendit du camion, c'était un général : le nouveau patron de la Seconde Armée.

Général Gomelík: Alors ça si je m'y attendais..

L'ex-maréchal reconnaissait l'homme croulant sous les décorations et les insignes dues à son rang. Il s'appelait Mirko Gomelík et était celui qu'il considérait comme son ancien disciple... et d'un pas, les deux hommes furent face-à-face, se regardant dans le blanc des yeux. Le général Gomelík était visiblement mal à l'aise, surtout lorsqu'il vit le maréchal lui tendre la main, ce qui valut à ce-dernier d'être braqué par tous les soldats venus les arrêter qui venaient, toujours plus nombreux.

Svata : C'est un plaisir de te revoir, camarade.

Le général ne bougea point d'une oreille et ne sembla même pas tendre la main, au contraire, il tendit les deux bras pour faire une accolade d'homme à celui qu'il respectait énormément et qui le traitait comme son fils et lui comme un père. Après cette courte étreinte, Svata échangea quelques mots avec lui puis le gradé ordonna aux soldats de baisser leurs armes, ce qu'ils firent pendant que le général se tourna vers les évadés.

Général Gomelík : Messieurs, votre cause est juste et je ne vais pas vous livrer à Nejedly pour qu'il fasse de vous des squelettes. Venez avec moi.

Aussitôt, les hommes se levèrent, quelque peu éberlués par la scène à laquelle ils assistaient. Quelques heures plus tard, Svata avait repris son uniforme de maréchal et fumait déjà à la fenêtre de ses quartiers dans le QG de la Seconde Armée, l'oeil pointé à l'ouest, vers Tcherkovo et la vengeance.
Alexei

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Acte VII

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Milan Zemko : Chers camarades, frères slaves, je vous remercie d'avoir répondu présent à cette invitation. Dans ce second Congrès du Parti Communiste Tcherkesse, nous pourrons débattre de nos objectifs, de nos erreurs, de nos victoires, de nos défaites et de nos plans dans le futur pour garantir la pérennité du régime égalitaire et protecteur des Tcherkesses que nous avons fait réalité, à la pointe de la volonté de tout un peuple. Je déclare ce Congrès ouvert.

Les haut-dignitaires du PCT s'installèrent à leur place respective. La réunion se déroulait dans le Palais de la Renaissance de Tcherkovo. Pour l'occasion, la salle de congrès géante avait revêtu les hauts symboles du Parti Communiste Tcherkesse. Ainsi, faucilles et marteaux sur fond rouge ornaient les murs massifs du bâtiment. Milan Zemko paraissait calme. Il avait mis un costume, chose rare, pour l'occasion. Le Grand-Représentant du Peuple contrastait étrangement avec Alexej Nejedly qui n'était, lui, manifestement pas dans son assiette et la raison tenait très certainement en cinq lettres. Ces cinq lettres que tout le monde dans l'Etat tcherkesse craignait désormais et que la Vypoly traquait inlassablement. Ces cinq lettres étaient un homme, cet homme avait un nom et ce nom était devenu presque légendaire en Tcherkessie.

Alexej Nejedly : Camarades, cette année, j'ai l'honneur suprême de présider ce rassemblement d'une importance capitale et je vous remercie de m'accorder votre confiance si importante à mes yeux. Pour commencer, j'aimerais vous faire part d'un événement fort désagréable pour la Tcherkessie et son peuple. En effet, le traître, le maréchal démis et honni, le faux héros de la guerre, j'ai nommé bien sûr Adam Svatoslav, s'est soustrait à la peine décidée par le peuple qui était de le punir pour ses actions néfastes envers la Patrie. Actuellement, il est...

Svata : Ici.

Personne n'avait entendu la lourde porte de la salle des congrès s'ouvrir. Le maréchal Adam Vlastimil Svatoslav se retrouvait désormais pour la seconde fois face à celui qui s'était donné comme mission de faire de sa vie un enfer. Celui que l'on qualifiait désormais constamment par son surnom s'avança vers la tribune, seul. Observé par une centaine d'yeux stupéfaits. Parfaitement détendu, l'évadé s'alluma une cigarette avant d'arriver en face d'Alexej Nejedly qui était pétrifié. Le maréchal le dépassait d'une tête, son uniforme teinté bleu était constellé de décorations et de rubans, son pistolet TBO dépassait légèrement de son étui, l'image d'un Nejedly désormais agité se reflétait sur ses bottes impeccables.

Alexej Nejedly : Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? comment est-il entré ici ? Qu'attendez-vous pour l'arrêter ?!

Rien ne bougeait. Milan Zemko était consterné et regardait cette scène d'une étrangeté démesurée d'un oeil sceptique. Le face à face paraissait durer des heures et des heures, Svata continuait de fumer tranquillement, crachant la fumée blanchâtre et finement bleutée de la cigarette au visage du premier-secrétaire du PCT qui ne put s'empêcher de tousser.

Svata : Vous voyez, camarade Nejedly, vous n'avez aucun pouvoir ici, à cette assemblée comme au sein de l'Etat et de la nation. Désormais, je ne peux que prononcer votre destitution immédiate accompagnée de votre arrestation. Votre incompétence n'a que trop duré.

Aussitôt, quatre soldats tcherkesses s'engouffrèrent par la porte grande ouverte, portant leurs Vz 58 dans les mains. Nejedly se tournait en tous sens, esquissant des sourires crispés et prononçant les paroles d'un homme se sachant perdu. Deux soldats se saisirent du chef de l'Etat et le traînèrent à l'extérieur. Celui-ci hurla :

Alexej Nejedly : Adam Svatoslav, vous n'êtes qu'un traître, ça ne va pas se passer comme ça !

Les deux soldats restant fermèrent la porte derrière eux. Svata, tout en prenant une posture martiale, se tourna vers Milan Zemko qui n'avait pas bougé. Un malaise s'était installé parmi les haut-dignitaires du Parti qui se sentaient quelque peu de trop.

Svata : Camarade président à vie, je voudrais vous remercier de tous les services que vous avez rendu à la nation. Vous avez fondé cet Etat qui est une grande réussite malgré tout. Néanmoins, sauf votre respect, vous avez beaucoup fait et je pense que vous devriez prendre votre retraite.

Le président à vie se passa la main sur le visage, il avait pressenti, depuis un certain temps déjà, ce moment. Toutefois, il savait que le maréchal n'avait pas tort et, aiguillé par le sous-entendu présent dans sa déclaration, savait qu'il ferait un dirigeant compétent, capable de rassembler les masses de Tcherkessie, tâche qui, il le savait non sans clairvoyance, deviendrait difficile à l'avenir.

Milan Zemko : ...me jurez-vous de défendre la Tcherkessie et son peuple en toute circonstance ? C'est la seule garantie que je désire, puis je vous laisse prendre en main le destin de la nation. Vous seul pourrez faire de la Tcherkessie une nation socialiste puissante et pérenne.

Svata : Je le jure, camarade-président.

Milan Zemko : Dans ce cas... je donne officiellement ma démission et propose comme successeur le maréchal Adam Vlastimil Svatoslav. Les membres du Parti présents acceptent-ils la nomination du maréchal ?

Un léger murmure parcourut la salle qui entrait désormais dans une réflexion longue et intimidée. Quelques secondes plus tard, une main se leva, puis une deuxième et une troisième, bientôt rejointes par toute l'assistance. Le maréchal qui avait terminé sa cigarette tenta de cacher au mieux son émotion. Il avait réussi. Nejedly était hors d'état de nuire et Milan Zemko lui cédait sa place. C'était une formidable récompense après tous les défis qu'il avait relevé.

Svata : Je vous promets d'être digne de votre choix. J'endosserai le titre de Maréchal de Tcherkessie comme titre officiel, en vous remerciant.

La phrase fut approuvée par tous les membres du Parti présents. Peu après, le maréchal de Tcherkessie, Adam Vlastimil Svatoslav "Svata" était officiellement le président de la République Socialiste de Tcherkessie.
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