Rencontre Vallon-Stalagmanque

Arios

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<center>[img]http://www.mistersmoke.com/assets/drapeau-de-la-corse.jpg[/img]</center>

Taddeu Bazzali attendait le marchand stalagmantin avec lequel il négocierait l'installation de l'empire sur l'île.

Il fumait une de ses dernières grosses cigarettes chargées d'un tabac cultivé, il y a quelques années, dans les plaines autour de Carraire. Le temps était chaud, c'est pourquoi il restait à l'intérieur de la maisonnette qui accueillerait l'acheteur. Casquette sur la tête, son allure était celle d'un paysan, mais d'un paysan pauvre, malheureux. Le Vallon avait rarement été aussi bas, et l'autorité éphémère du Grand-Duché qui s'était perpétrée sur l'îlot après la décomposition sur le continent n'avait guère était suivie par les habitants, et s'était éteinte d'elle-même. Certains avaient formé des milices, le marché noir était devenu le marché, on avait eu beaucoup de mal en ville à se remettre de l'effondrement de la société libérale, et les campagnes avaient su se protéger des citadins, peuplant en clochards et vagabonds les rues des communautés de tout le pays.

La présence fiémançaise à San-Pantaleonu avait récupéré une partie des malheureux, et les produits qui s'y débarquaient permettaient aux marins du Roi de récupérer l'argent qu'ils dépensaient en alcool de chataignes et en femmes. "U Portu" était devenu le lieu de la débauche, la fange à soudards où l'on envoyait sa fille gagner un peu d'argent ; si elle était laide et simple, elle ramenait une siphylis, si elle était jolie elle laissait là-bas une chanson sur son sort et ses cuisses brunes.

Bazzali avait du se souvenir de la langue de si, par laquelle il communiquerait avec le Stalagmantin, faute de comprendre le langage de la cité-État, et faute de pouvoir se faire comprendre dans sa propre langue. Quoique le Vallonais était de la famille de la langue sous laquelle, au moyen-âge, les bourgeois de l'Italium entier, de l'Aste, de Rivea, de Stalagmanque s'étaient placés. Ce n'était pas le cas du Stalagmantin ou de l'Aste.

Il croquait l'intérieur d'un marron quand la voiture de l'intéressé arriva en bas de la maison, surgissant du bois par la longue route en lacés sous les arbres. Les chèvres s'affolèrent. Il descendit l'escalier pentu et se rendit à son invité.
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Cela avait été dur, mais on avait réussi à convaincre le comte Luigi Rapaccini de ne pas se présenter lui-même pour l’achat de l’île. Son attitude trop flamboyante, sa superbe et son mépris pour les petites gens n’en faisait pas le candidat idéal pour le rachat d’une île aujourd’hui appauvrie par une famille organisée – famine, tout du moins, qui se situe dans les villes, Stalagmanque ayant le soutien des campagnes. Non, il fallait un individu simple, affable, aimable, qui savait parler avec les petites gens, justement, et leur faire comprendre que ce qui leur arrive n’est que pour leur bien.

On avait donc envoyé Umberto de Mericci, second de la Chancellerie des Comptoirs, avec tous les papiers et accréditations nécessaires pour faire les tractations à la place de Rapaccini. Officiellement, et pour cette rencontre, c’était Umberto de Mericci qui était Chancelier des Comptoirs.

La voiture le conduisit jusqu’à la maison, perdue en campagne, de l’individu avec lequel il allait discuter. L’aspect pastoral et pittoresque émut quelques instants le cœur purement citadin. Il se demanda, brièvement, si ce qu’il faisait était juste. La communauté internationale risquait de désapprouver cette action. Appauvrir un pays, le placer en état de décrépitude technologique et économique, c’était profondément immoral, même si c’était pour le placer sous le haut-patronage d’un état plus riche et qui permettrait de le réaménager. Quoique, rien, dans les plans de Rapaccini, n’annonçait des efforts aussi grands que pour les autres comptoirs, surtout San Atorium. Il allait rebâtir Vallon, bien sûr, mais à moindre frais. Tout du moins, c’était ce que les papiers disaient.

Tous ses scrupules furent balayés en un instant, et il se dit : Pour Stalagmanque. Bon, il n’était pas certain que le Sénat approuverait ces méthodes, puisqu’il s’agissait en quelque sorte de mensonges, mais il ne saurait qu’apprécier ce que Rapaccini aurait fait pour lui. La Chancellerie se salissait les mains pour la grandeur de Stalagmanque.

Ce fut le cœur un peu plus léger qu’il se dirigea vers la maison, en chantonnant dans sa tête un air un compositeur biturigeois d’origine quantarienne, aux paroles modifiées pour l’occasion :

<center>Part de Vallon, part de Vallon, part de Vallon, part, part, part
Part de Vallon, part de Vallon, va-t-en pour de bon</center>

On pouvait dire qu’il faisait en quelque sorte tâche dans ce tableau. Se protégeant avec sa serviette des quelques chèvres qui souhaitait s’approcher de lui, engoncé dans sa cravate et son col, suant dans cette chaleur, il s’approcha du perron, la poussière tachant son pantalon et ses chaussures vernies. Stalagmantin dans l’âme, il n’avait pas sa place dans cette luxuriante et bienfaisante campagne, tout l’opposé de Stalagmanque.

En s’approchant de Taddeu Bazzali, il souleva son chapeau en se présentant.


« Bonjour, monsieur. Umberto de Mericci. Je viens au nom de la Chancellerie des Comptoirs afin de… enfin, vous savez. Je viens pour le rendez-vous. »
Arios

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Taddeu Bazzali : Oui entrez...

Son accent rajoutait à la fatigue feinte de son ton. La chaleur l'avait assommé d'un coup, arrivé en bas de l'escalier. Il remontait le premier, suivi de l'invité.

Taddeu Bazzali : C'est vous le Chancelier des comptoirs bien...

Parce-qu'il ne savait pas trop quoi dire, et toujours assez lentement, il détournait le regard et ouvrait une fenêtre. Le soleil, assez haut, était passé de l'autre côté de la maison et aussi la vallée n'était-elle plus qu'éclairée par un astre qui ne brûlait plus les yeux par ce côté-ci de la maison.

L'air entra dans cette pièce aux carreaux noirs et blancs du sol, qui bien qu'ils eussent été lavés n'en restaient que trop vétustes, écaillés, striés de lignes de fatigue sous les âges qui avaient fait bougé la montagne.

Taddeu Bazzali : Vous allez boire quelque chose...

Ses questions étaient toutes fermées, il se répondait avant d'écouter les réponses. Mericci était bien le chancelier des comptoirs, et Mericci boirait quelque chose.

Bazzali sortit un alcool d'un placard dont les portes avaient des vitres en leur centre, carrelées et vertes. À la bouteille sombre on avait enlevé l'étiquette mais la colle retenait encore les fibres que Bazzali ne voyait pas à l’œil nu. La corne du Vallonais s'amincissait avec les secondes, et il se prêta bientôt à un rire après une autre de ses questions-réponses, en mettant la langue à l'extrémité de sa bouche, devant le dents, par une sorte de toc.


Taddeu Bazzali : Non y'a pas de servante ici, les femelles aiment trop partir dans les villes.

Il servait alors son alcool, Mericci distinguait dans la bouteille, avec effort, une corne de chamoix, visible au travers du lourd verre bleuté. Il devait alors se demander de toute son âme pourquoi il ne s'était pas enfui du Vallon ; pourquoi il traitait avec ce personnage, surtout.

Taddeu Bazzali : Ça me fait penser. Je me suis pas présenté.

Puisque de l'alcool avait coulé sur sa poigne quand il en avait versé à son invité, il se l'essuyait sur le pantalon de cuir léger avant de la tendre.

Taddeu Bazzali : Taddeu Bazzali, de Zicavu. Pas Zicavu sur la côte, Zicavu la vallée, où il y a Évise. Non. Evisa vous dîtes. Je suis celui du téléphone, que vous, avec qui vous avez parlé au téléphone. C'est moi qui contrôle les familles.

Mericci devait alors comprendre que sous cet authentique dépositaire de valeurs à faire pâlir Thoreau, Jefferson et Giono, gisait tout l'or de l'île et les relations d'amicitias qui en découlaient.
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Umberto de Mericci entra avec bonheur dans la bâtisse fraîche. Cela était bien plus agréable que la lourde chaleur extérieure. L'accent traînant de Taddeu Bazzali était en soit épuisant, ce qui alourdissait encore l'air ambiant.

Il n'osa rien dire quand le vallonais le nomma comme Chancelier des Comptoirs. Bien qu'intrinsèquement il ne le soit pas, il avait des papiers pour le prouver.

Mericci était un Stalagmantin, et, en tant que tel, restait assez hermétique aux beautés naturelles non retravaillées par l'homme, où à la simplicité des campagnes. Il ne se sentait pas forcément à l'aise dans cet environnement pastoral, et l'air général de son interlocuteur le laissait un peu... sceptique. Serait-il un peu fou ? Il posait des questions sans les poser, se parlait plus à lui-même qu'au Stalagmantin, ne paraissait pas réellement connecté à ce monde. Simple d'esprit ou grand comédien ? Le commercial préféra ne pas se poser la question pour le moment.

La bouteille sortie du placard n'était pas non plus pour le rassurer. C'était un homme civilisé, qui n'aimait pas les surprises, les imprévus ou les incohérences. Les individus fantasques n'étaient pas sa tasse de thé, surtout s'ils évoluent dans un milieu fantasque.
La corne de chamoix ne lui paraissait pas très hygiénique, surtout. Et, au vu de l'odeur, la teneur en alcool du breuvage n'était pas celle du vin, cidre ou hydromel que l'on a l'habitude de boire quotidiennement à la Sérénissime.

Umberto de Mericci fut prit d'une envie irrépressible de se lever, courir à toutes jambes vers la voiture et quitter cette île de folie pour rejoindre Stalagmanque. Certes, selon les critères mondiaux, Stalagmanque est l'un des endroits les plus fous sur terre - après Azude, le Danmaya, les réserves de kangourous en Océania ou l'antre de Terienkov - mais c'est une folie à laquelle Umberto était habitué, une douce folie douillette dans laquelle on aime bien s’emmitoufler et se protéger.

Pas cette folie champêtre.

Une main alcoolisée se tendit vers lui. Le diplomate hésita quelques instants avant de la prendre.


Taddeu Bazzali : Taddeu Bazzali, de Zicavu. Pas Zicavu sur la côte, Zicavu la vallée, où il y a Évise. Non. Evisa vous dîtes. Je suis celui du téléphone, que vous, avec qui vous avez parlé au téléphone. C'est moi qui contrôle les familles.

Umberto de Mericci faillit en tomber de sa chaise. Derrière cet homme simple, ce campagnard un peu rustre, cet aliéné de la dernière heure, se cachait le pivot central décisionnel de Vallon !
Le Stalagmantin se mit une baffe mentalement. Ils auraient dû mieux étudier la petite île. Ils en avait survolé les institutions rapidement, sans essayer d'en comprendre vraiment les mécanismes.

Il se ressaisit, serra un peu plus vigoureusement la main de Bazzali. Ne cherche pas à t'enfuir, se dit-il. Pas après tout ce travail.


Umberto de Mericci : Monsieur Bazzali ! Je me souviens, oui, au téléphone. Enchanté de faire votre connaissance.

Il prit une gorgée de son verre, et ses yeux s'embuèrent tandis qu'il croyait s'étouffer. Il ne savait pas si c'était la situation, le regard de Bazzali, le goût ou l'alcoolisation. Sûrement un ensemble de tout ceci.

Ne pas s'enfuir. Pas avant que les papiers ne soient signés.


Umberto de Mericci : C'est... très bon. J'ai toujours voulu... m'intéresser à la culture locale. Mais, voyez-vous, le travail, les obligations... On a si peu le temps de venir, euh, s'immerger dans cet univers si, si délicieux.
Hum.
Malheureusement, je ne suis pas ici pour, euh, pour le loisir. Non. Non, non, non. Nous avons des affaires à traiter, des affaires de très haute importance. Le soleil décline déjà, le temps nous presse. Malheureusement.
Hum.
Je sais qu'il s'agit d'une décision difficile pour vous, monsieur, mais comprenez ! Il en va de la survie des villes. La situation est aujourd'hui dans un état proche de la catastrophe, et nous avons les moyens de remédier à cela. Vallon va mal, je ne vous le cacherais pas, mais ce n'est pas désespéré. Vous et moi, ensemble, nous pouvons aider les vallonais à retrouver bonheur, paix et prospérité. Pour les habitants et les familles, monsieur Bazzali. pour Vallon.
Arios

Message par Arios »

Un court instant. Le Vallonais était accoudé sur la table, penché en avant.

Taddeu Bazzali : Oui.

Toujours assis, il releva un peu sa casquette. Il passa sa main concave sur son visage sec. Il regarda dehors, le verre de son invité, son invité dans les yeux, les yeux d'une chèvre qui essayait d'entrer.

Taddeu Bazzali : Chkapa di ki !

Il jeta un torchon en boule sur la bête qui bêla puis détalla l'escalier. Sur ses quatre jambes sabotées, elle descendit plus vite que de raison les marches chaudes dont la pierre blanchie par les temps comme ceux-ci semblait parfois de craie.

Taddeu se levait doucement, après un autre instant de silence pendant lequel il avait scruté son intérieur. Se dirigeait vers la porte, se baissait en se retenant d'une main contre l'armoire à côté, ramassait le torchon et revenait s'asseoir.


Taddeu Bazzali : Vous immerger dans la culture locale ?
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Ne pas courir. Ne pas s’enfuir. Ne pas faiblir. Ne pas mourir.

Umberto de Mericci dû faire un grand effort sur lui pour reprendre contenance. Une chèvre ! Il ignorait même qu’elles savaient utiliser les escaliers.
Il n’avait été dans un si grand état d’excitation et de tension. Le stress, la peur et le devoir se battaient sous son crâne pour prendre le contrôle de son esprit.
Heureusement, c’est un Stalagmantin, rompu à contrôler son mental dans des situations mondaines. Face à un vendeur à l’étalage, il faut soit avoir un mental d’acier, soit un compte en banque illimité.

Umberto de Mericci : Non pas m’immerger. Ce serait trop compliqué, et presque hypocrite. Les Vallonais sont vallonais, les Stalagmantins sont stalagmantins. Essayer d’y changer quelque chose serait changer la nature profonde de l’être humain. Et qui sait ? N’étant pas un autochtone, je ne sais si je pourrais être indigne d’être le récipiendaire d’une si belle culture.
Non, je parlais de m’intéresser. Comprendre les us et coutumes, les admirer, en profiter. Comprendre un peuple, c’est comprendre son passer, sa culture, ses passions, ce qui l’anime et qui lui fait faire ce qu’il fait. De ce fait, tout en gardant notre intégrité culturelle propre, nous sommes plus à même de soutenir un dialogue compréhensif et constructif.

Umberto regarda de nouveau le… comment dire ? Grand manitou de Vallon ? Enfin bref, il le regarda dans les yeux, mais il avait de mal à soutenir son regard.
Bon Dieu, est-ce qu’il comprend tous les mots que je dis ? se demanda Mericci.


Umberto de Mericci : Enfin bref. Nous ne pouvons que ressortir grandis d’un tel échange.

Il essaya de se calmer. Ne pas brusquer l’interlocuteur. Faire en sorte que ce soit lui le premier qui se mette vraiment à parler de l’affaire. Lui faire croire que c’est ce qu’il veut au plus profond de son être.
Ô Seigneur, ça va pas être de la tarte…
Arios

Message par Arios »

Taddeu Bazzali :

Il passa sa main sous son nez, dans une moustache encore maigre, pour se gratter discrètement.

Taddeu Bazzali : Oui vous êtes venu pour parler de l'affaire. Parler de l'affaire.

Fallait-il lui dire qu'il n'avait pas tout compris, ou tout du moins qu'il résumait à une seule idée tout ce qu'il ne saisissait pas dans le discours de son hôte, ou qu'il ne prenait pas le temps de saisir. Essayer de raisonner en damicella, comme il aimait à surnommer ce genre de personnages, c'était perdre son temps. C'était s'user. Car le temps en lui-même, il avait de cette valeur qu'on pût selon son vouloir le regarder filer.
Pour celui qui l'avait alors entendu, c'était sans doute l'impression que Bazzali avait mis toute une énergie économisée depuis plusieurs minutes dans sa réplique, et dans la répétition de la fin de celle-ci, avec le reste de motivation que le "Oui" tonique n'avait pas gaspillé.

Taddeu pensa alors à sa fille, il se demandait comment elle allait. Depuis plusieurs semaines, ses lettres se faisaient plus rares, toujours chaleureuses mais davantage espacées dans le temps. Elle grandissait, sa vie s'éloignait lentement de la sienne, mais emplissait son âme du sentiment de devoir accompli. N'est-ce pas beau de voir réussir un enfant ? Quand il était trop nostalgique, il se replongeait dans les affaires. C'était comme ça qu'il y avait quelques mois, il avait accepté d'aiguiller jusqu'à lui les fameux impérialistes de Stalagmanque. Ah oui, le
Chtalamantu.

Taddeu Bazzali : Alors Oui. Bon, je vous écoute. Vous voulez boire autre chose que vous n'avez pas l'air d'avoir apprécié cet alcool ? Je vais fermer la porte, ces satanées chèvres me cassent les oreilles.

Il alla claquer les planches de bois clouées qui lui servaient ici de porte. Si l'or qu'il avait sous la maison avait pour habitude d'être dépensé dans ce genre de choses, c'est en or que celle-ci fût.
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Umberto de Mericci : Je vous remercie, votre… alcool était excellent, mais je préfère garder les idées claires, surtout avec cette chaleur.

Ce qui n’était pas totalement faux. Il avait l’impression qu’en trois gorgées, il serait incapable de se déplacer dans sa ville natale sans tomber dans le canal. Production artisanale, bien sûr… Il prit note mentalement d’y faire quelque chose une fois l’affaire… achevée.

Le secrétaire et Chancelier des comptoirs par intérim sortit quelques papiers de sa serviette.


Umberto de Mericci : L’affaire est plus complexe qu’on pourrait l’imaginer. Certaines mauvaises langues disent qu’une puissance étrangère fait main basse sur les récoltes de Vallon pour affamer les villes, ce qui est totalement faux. En réalité, nous nous trouvons face à une confluence de plusieurs facteurs géopolitiques et économiques d’importance qui peuvent, à terme, paralyser complètement l’activité de l’île. Certains experts vous diront que, pour un si petit territoire, c’est impossible, mais Léopold Kohr s’est trompé. On peut retrouver les mêmes problèmes sur les micro-États que sur les Grands, souvent de même intensité, mais, parfois même, la petite taille fait office de catalyseur, amplifiant et exacerbant les effets négatifs de certaines catastrophes qui passeraient inaperçues ailleurs.
Les problèmes principaux que l’on trouve à Vallon sont un mauvais entretien des sols. La population rurale vallonaise utilise depuis toujours des méthodes séculaires pour pratiquer l’agriculture, mais il s’avère qu’un même traitement régulier sur plusieurs siècles peut affaiblir les sols. À une très faible mesure, bien entendu, mais suffisamment rendre aujourd’hui la situation presque ingérable. Ajoutons à cela que les Fiémançais, qui se sont installés il y a peu à San Pantaleonu, n’arrangent guère la situation. Une partie de l’économie de Vallon est aspirée par ce gouffre économique qu’est ce petit port. On pourra bien évidemment y remédier en parlementant avec les Fiémançais.
On peut également noter le fait que la population citadine de Vallon n’est plus suffisamment approvisionnée par le fait d’une explosion démographique récente. De nombreux étrangers sont venus s’installer dans cette petite île charmante, et l’amélioration des conditions de vie ont fait que la natalité a explosé, sans compter que la population vieillit davantage. De ce fait, les populations urbaines sont surpeuplées et la production agricole pélagique et insulaire est devenue insuffisante pour subvenir de manière autarcique à tous les besoins basiques.

De ce fait, nous proposons notre aide, premièrement financière, afin d’aider les agriculteurs vallonais à développer de nouvelles techniques pour augmenter leur productivité de ce qu’il faut pour maintenir le niveau alimentaire de Vallon suffisant. Cela passera également par l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs, ce qui attirera davantage de jeunes vers les métiers de la terre et permettra une meilleure production agraire.
Ensuite, Stalagmanque a suffisamment de vivres dans ses greniers pour apporter une aide ponctuelle à Vallon pour l’aider à se maintenir le temps de remonter l’économie.
Certains de nos meilleurs architectes seront également présents afin de pouvoir améliorer certaines infrastructures, et rebâtir certains bâtiments ayant souffert de la crise.

Mais cela a un coût et comporte des responsabilités. Je crois que vous le comprenez. Et pour mener à bien ce projet qui, je l’espère, permettra de faire rentrer Vallon dans un nouvel âge d’or, nous avons besoin d’avoir un total contrôle sur Vallon, que ce soit gouvernemental, financier ou politique. Notre politique stalagmantine est de toujours laisser une relative autonomie aux peuples faisant partie de l’Ensemble Moral des Programmes Impératifs au Rétablissement Économique, mais vous comprendrez, je l’espère, la nécessité impérieuse de nous laisser une grande marge de manœuvre dans nos décisions…
Arios

Message par Arios »

[quote]L’affaire est plus complexe qu’on pourrait l’imaginer. Certaines mauvaises langues disent qu’une puissance étrangère fait main basse sur les récoltes de Vallon pour affamer les villes, ce qui est totalement faux.[/quote]

Tout le monde sait que c'est vrai, bougre d'imbécile. Tant mieux. Une bonne partie des étrangers sont parti, et ceux qui restent m'achètent ce sur quoi tu ne mets pas la main, ou que tes amis ne voient pas.

[quote]Les problèmes principaux que l’on trouve à Vallon sont un mauvais entretien des sols. La population rurale vallonaise utilise depuis toujours des méthodes séculaires pour pratiquer l’agriculture, mais il s’avère qu’un même traitement régulier sur plusieurs siècles peut affaiblir les sols.[/quote]

Je n'y connais rien. Pour moi les Fiémançais ont tord. Je me fous que chacun ait son lopin, ce n'est pas bon pour les affaires. Mais les sols, on les a toujours cultivé de cette manière, et c'est la meilleure qui soit. Si ils sont fatigués, c'est que ceux qui les cultivent sont des branquignoles ne sachant pas s'y prendre.

[quote]À une très faible mesure, bien entendu, mais suffisamment rendre aujourd’hui la situation presque ingérable. Ajoutons à cela que les Fiémançais, qui se sont installés il y a peu à San Pantaleonu, n’arrangent guère la situation. Une partie de l’économie de Vallon est aspirée par ce gouffre économique qu’est ce petit port. On pourra bien évidemment y remédier en parlementant avec les Fiémançais. [/quote]

Il va falloir que tu me donnes ce que je perdrais avec la fermeture du commerce à San Pantaleonu.

[quote]De nombreux étrangers sont venus s’installer dans cette petite île charmante, et l’amélioration des conditions de vie ont fait que la natalité a explosé, sans compter que la population vieillit davantage. [/quote]

En éliminant le million d'étrangers qui pollue cette île, tu verras que tes gars d'ici ont largement de quoi se nourrir. Ce n'est pas la bouffe qui manque, c'est tout autre chose, les gens veulent des loisirs, des casinos, des filles qui n'aient pas la vérole, le cinéma... c'est les nouvelles générations, elles veulent autre chose, on les comprend. Ils ne veulent pas finir comme des rats dans leurs sillons, ce qu'on fait sur le continent.

[quote]De ce fait, nous proposons notre aide, premièrement financière, afin d’aider les agriculteurs vallonais à développer de nouvelles techniques pour augmenter leur productivité de ce qu’il faut pour maintenir le niveau alimentaire de Vallon suffisant.[/quote]

Je m'en tape des agriculteurs vallonais. C'est pas une race qui fait l’aumône à la première difficulté. Si tu veux de bons rendements, bloque le commerce avec l'étranger, réduit le à ton Programme Moral Impératif machin ; mais ça m'emmerderait, il faudra me donner les contreparties.

[quote]Cela passera également par l’amélioration des conditions de vie des agriculteurs, ce qui attirera davantage de jeunes vers les métiers de la terre et permettra une meilleure production agraire. [/quote]

Il n'y a plus de terres ici, ou alors du maquis sans eaux, c'est incultivable. Pourquoi proposer le progrès et promettre le retour des jeunes vers l'agricole ? Tu veux m'enfiler sur ce coup-là.

Taddeu Bazzali : Je suis pas au secours populaire. Tes activités, Mericci, j'ai besoin de les connaître avant de te dire qu'on ne fera rien contre elles. Là, j'ai la douloureuse impression que tu veux me rouler. Mericci, soye franc. Rendre le grain aux gens, c'est bien. Mais ça me nuit. C'est la même chose avec les Fiémançais. Je fais du commerce avec eux, en temps normal.

Il devenait rouge. Passait sa main sur la peau tombante de son cou.

Taddeu Bazzali : Ce territoire, je te laisse t'y installer que si ça m'arrange, moi et mes frères des différentes familles. Donne moi le cahier des charges, pas de rhétorique avec moi.
Rezzacci

Message par Rezzacci »

Mericci était à présent partagé entre la crainte, qui ne le quittait plus, et la fascination. Ce genre d’interlocuteur lui était proprement inconnu. Les études de diplomatie du service de greffe du Sénat ne faisaient aucunement cas de ce genre de personnage. Aucune ligne de conduite, aucun protocole, aucune procédure, rien de connu. Il allait falloir improviser et sortir des sentiers battus.

Umberto de Mericci : Nous serions bien les dernier à renier le commerce. La Fiémance est un partenaire commercial historique de Vallon, et elles furent fructueuses et prospères, d’un côté comme de l’autre. Les empêcher serait nous renier nous-mêmes. Néanmoins, les relations qu’entretiennent San Pantaleonu sont… comment dire ? Trop anarchique, comme durant l’Antiquité. Il faut ordonner tout cela, réguler les relations. Non pas surveiller les frontières, non, mais installer un commerce durable, fiable. Les Fiémançais seront d’accord avec moi : mieux vaut un commerce organisé qu’incontrôlable, ce qui dégénère en pertes pour les gouvernements autant que pour les locaux. De ce fait, avec les autorités locales de San Pantaleonu, nous espérons pouvoir nous entendre

Je comprends que vous ayez du mal à me faire confiance, alors, plutôt que des paroles, voici ce que Stalagmanque est déjà capable de faire dans les autres territoires qu’elle a à sa charge.
Ici, par exemple, à Port-Enyah, une université compétente a été bâtie, ainsi que de nombreux théâtres et bibliothèques. Nos compétences ne s’arrêtent pas à cela, nous restons à l’écoute des autochtones. Ainsi, à Port-Enyah, le peuple est plus porté aux activités intellectuelles, ce qui justifie les librairies et autres scènes. Cependant, en Cochwapong, un casino a été bâti, satisfaisant les populations a un certain degré, sachant qu’un deuxième, géré par les locaux qui en sont propriétaires une fois qu’il sera fini, est en construction. À San Atorium, en Azude, un système performant et modernisé d’accès internet est en cours d’installation. Cinémas, chapelles, opéras, zoos, planétariums, museums, autant d’infrastructures qui fleurissent là où il n’y avait rien, grâce à l’effort combiné de l’impulsion stalagmantine et des potentiels autochtones. Ce qui, auparavant, n’était qu’un lieu désuet et pittoresque ou les habitudes tenaient d’un autre âge, pourra entrer, grâce à l’entraide, dans une nouvelle ère, de divertissement, d’épanouissement, de prospérité. Si vous ne souhaitez pas me croire, regardez nos résultats dans les différents territoires. Vous pouvez même y aller pour vous faire une idée : nous serons prêts à prendre en charge les frais de voyage. Aller à la rencontre des locaux, questionnez-les, sur le changement, l’évolution de leur mode de vie.

Pour la nourriture, les chiffres parlent, mais là, encore une fois, il n’est pas nécessaire de nous faire confiance. Des études annexes tendraient, en effet, à monter que le problème pourrait venir soit d’une agriculture dépassée, soit d’une trop grande population. Nous laissons les vallonais prendre la décision sur ce sujet : moderniser l’agriculture, ou essayer de faire quelque chose des milliers de touristes qui viennent chaque année s’installer sur l’île. Sachez que, quelle que soit la décision, les moyens stalagmantins seront là pour vous venir en aide.
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