Activités Internes
-
Bonaparte N
-
Bonaparte N
<center>Le Chant du Signe?
I-La Chute
A-Introduction
République Fédérale du Quantar, septembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=526973Tableaurcapitulatif.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/526973Tableaurcapitulatif.png[/img][/url]</center>
Cela faisait un peu plus de deux ans maintenant que le Quantar était dans une situation économique et sociale apocalyptique. Le mot est sans doute fort mais il a le mérite de décrire parfaitement la réalité. Absolument personne n'avait pu prévoir que le pays en viendrait là. En deux ans, le Quantar a dû surmonter bien plus de problèmes et traverser bien plus d'épreuves que le siècle précédent. Tout cela sans la vigueur et la combativité qui était la sienne jadis. La prospérité et l'enrichissement, aussi souhaitable soient-ils, tendent à rendre les peuples indolents et apathiques. Et pourtant les quelques signes annonciateurs auraient pu permettre aux autorités compétentes de réagir mais rien n'a été fait. Pourquoi? C'est la question qui naturellement vient à l'esprit de ce Quantarien qui, aujourd'hui, vit dans la rue. Terrible réalité qui vient brusquement mettre un terme à tant d'espoirs. Il n'a plus d'emploi comme des millions d'autres. Sa maison a été saisie un beau matin sans explications et sous les cris et le mépris d'un huissier qui avait fait fortune de ce business. Car là était le paradoxe. La crise n'est pas l'ennemie de tous, et une petite frange de la population, la plus favorisée et aussi la moins résignée, s'en sortait toujours. Cette caste bien entendu ne comprenait pas cette pauvreté, fidèle à la devise « quand on veut, on peut », elle vilipendait tous ces pauvres qui étaient là parce qu'ils l'avaient bien voulu. Le gouvernement lui multipliait les messages rassurants, annonçait des jours meilleurs, prédisait la reprise économique et, chaque fin de trimestre, une inversion de la courbe du chômage. Mais dans les faits, il ne faisait rien car la coalition au pouvoir avait préféré nier la réalité plutôt qu'affronter les défis. Quand défis riment avec impopularité, peu de carrières politiques n'osent s'aventurer dans le chemin tortueux et mortel de la réforme. Ces défis ce furent les profondes mutations du Quantar et du monde. Le Quantar comme toute nation germanique, un peu fière d'elle voire imbue de soi-même, n'avait pas compris les changements qui se déroulaient sous ses yeux. Son économie se portait plutôt bien il y a deux ans mais elle commençait déjà à s'essouffler et à entrer dans une période de transition que le gouvernement n'avait pas su prévoir. Quant à l'économie mondiale, la dépression s'annonçait mais le Quantar s'obstinait à ne rien voir. Terrible calcul pour une nation exportatrice, dépendante de l'extérieur et surtout de ses alliés traditionnels. Le Pelabssa chutait inexorablement. L'Albion communiste avait coupé définitivement les ponts avec son grand frère alméran. L'Adélie suivait, impassible, le chemin de l'économie collectivisée. Le Raksasa quittant l'OTH n'acceptait plus le marché commun. Dès lors ce n'était sûrement pas le Wapong qui allait, à lui seul, relever une économie qui n'avait pas su s'adapter. Et la seconde guerre de la Péninsule n'avait pas offert au Quantar la possibilité d'une reconstruction. L'erreur du gouvernement fut sans doute d'axer ses efforts sur la consommation intérieure. Vaste ironie pour un pays au niveau de vie confortable et aisé, par ailleurs vieillissant et ne parvenant pas à se faire une nouvelle jeunesse. Les exportations quantariennes s'affaiblissaient, la production industrielle chutait, la bourse s'affolait, le pays sombrait. Dès lors, les résultats étaient prévisibles et au -2% de 2019, succédait presque immédiatement le -4% de 2020. 2021 ne s'annonçait guère plus réjouissant. Le gouvernement avait beau truquer les chiffres, la situation ne mentait pas et la misère ouvrait les yeux des derniers optimistes, devrait-on dire insouciants. Les entreprises et essentiellement les PME, colonne vertébrale de l'économie quantarienne, fermaient les unes après les autres. Difficulté d'adaptation, baisse de la demande mondiale et nationale, innovation stagnante, manque de financement et abandon de la politique de soutien du gouvernement. Les banques par ailleurs ne prêtaient plus, ruinées pour certaines de leurs investissements adéliens, albionais et pélabssiens, sans compter les crédits de guerre que le gouvernement rechignait à rembourser. Le déficit budgétaire quantarien était effectivement impressionnant et les marchés financiers étaient intraitables. Politique drastique de rigueur ou rien. D'ailleurs les taux d'emprunt à long comme à court terme avaient considérablement augmenté ce qui ne facilitait pas le financement de l'économie nationale. Le ministre de l'Économie, Walter Freyman décida alors de poursuivre une politique de déflation et de restauration de l'équilibre budgétaire sous la supervision des experts et conseillers des agences de notation. La course au maintien du sacro-saint tripe A conduisait le gouvernement quantarien à une vaste politique d'économie forcée. Comme tout bon gouvernement libéral, le Quantar commença à lever plus d'impôts et à planifier des coupes budgétaires dans les services publiques: éducation, santé, aides sociales....le cercle vicieux était en place absolument rien ne pouvait désormais l'arrêter. Les rapports du FMI étaient sans appel. Chantre de l'économie budgétaire en temps normal, le FMI appelait le Quantar à modérer ses plans d'austérité. Mais pour le gouvernement, il valait mieux convaincre les marchés que la charmante Nieves Mercader del Rio Hernandez. En effet, la sévère cure d'austérité avait été saluée par les investisseurs de la bourse du Quantar dans une tribune publiait dans Die Welt quelque temps après le deuxième plan de rigueur. Mais la cerise allait rapidement venir de la faillite de la plus importante banque quantarienne: Großer Brüder. La panique bancaire ne tarda pas. Il faut parfois des signaux forts pour qu'un peuple daigne se réveiller et comprendre. Großer Brüder fut ce lanceur d'alerte. Le feu pris en un instant. Les Quantariens se ruèrent massivement vers les banques retirer leurs économies. Certains la placèrent sous leurs matelas (précaution de pauvre), d'autres s'enfuirent à l'étranger attendant des jours meilleurs (privilège de riche). Le gouvernement se contenta de prendre les dispositions habituelles en pareil cas: fermeture temporaire des banques et des frontières. Mais le mal était fait. Comme on l'a dit, l'économie quantarienne tombait en récession (trois années consécutives) et les recettes diminuaient. Ultime décision, le gouvernement annonça la limitation des importations pour résorber l'endettement extérieur et stimuler l'industrie nationale. Ce fut un échec. L'État-providence quantarien s'atrophiait. Toute une génération voyait ses attentes, ses revenus et sa qualité de vie rétrograder. Le pouvoir s'en affolait et s'était réfugié derrière cette phrase lapidaire: « L'État n'y peu plus rien ».
La concorde était brisée. Tout comme la coalition au pouvoir. Les sessions parlementaires étaient l'occasion de vifs affrontements verbaux et il n'était pas rare qu'elles dégénérassent en pugilats. La classe politique était également en faillite. Une faillite morale que le peuple lui-même ressentait. Les élections anticipées n'avaient accordé à aucun parti la majorité absolue, l'ultime espoir de gouverner avec plus de sérénité. Le gouvernement de Von Schoenberg assurait donc l'intérim. Une intérim que beaucoup considéraient comme illégitime même au sein du gouvernement. Les fonctionnaires chargés de l'administration fédérale se désengageaient des décisions de l'État ou ne les appliquaient que partiellement. Situation que beaucoup comprenaient après la vague de licenciements et la baisse drastique des salaires. Les Länder avaient tout simplement choisi de ne recevoir plus aucune instruction de la Chancellerie Fédérale. Dès lors quelle crédibilité à accorder à un tel gouvernement? L'atmosphère n'était guère plus paisible chez les Quantariens qui ne plaçaient plus aucun espoir dans cette classe politique falote, incapable et corrompue. Beaucoup d'entre eux avaient tout simplement boycotté les élections espérant montrer leur mécontentement. La colère, elle, grondait. Entre colère et violence il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésitent pas à franchir. Le climat social s'assombrissait donc dangereusement rappelant les heures les plus noires de l'histoire quantarienne. Les manifestations étaient plus régulières et plus nombreuses et de moins en moins pacifistes. Peut-on dès lors parler de faillite de l'État de droit? Le gouvernement avait un contrôle total sur l'armée. La police était restée fidèle au pouvoir en place et réprimait, sur les instructions venues d'en haut, les manifestations même les plus calmes. Le gouvernement voulait éviter toute contagion et reprendre la situation en main en témoignait le contrôle des services audiovisuels publics, placés sous l'autorité de la Chancellerie Fédérale qui surveillait minutieusement les nouvelles. Mais le sursaut était trop tardif. La nouvelle de ce contrôle se répandit comme une traînée de poudre et, ajoutée à la répression policière, décupla la volonté des Quantariens de se débarrasser définitivement de ce « Gesindel » (vermine) de Von Schoenberg et de son gouvernement d'incapable. Des mouvements de protestation naissaient un peu partout sur le territoire national. Certains soutenus officieusement par des partis politiques, d'autres par des mouvements plus anciens de contestation du pouvoir libéral. Sur le plan international, le gouvernement quantarien entretenait très peu de relations. Le dialogue avait été rompu peu de temps après la fermeture des frontières. L'heure n'était donc ni à la négociation ni au subtil jeu diplomatique. Pour raisons financières, la plupart des ambassades avaient été fermées. Quelques-unes s'étaient toutefois maintenues dans les pays de premier plan et dans les pays alliés. Échappatoire idéale au cas où la situation venait à échapper à tout contrôle. La perte du Südland sans aucune réaction militaire et politique quantarienne témoignait là encore du recul de l'aura diplomatique du Quantar. Les relations avec l'OTH s'étaient dégradées à la suite du départ du Raksasa et à la réticence des membres permanents de soutenir financièrement le Quantar dans ces moments d'extrême difficulté. Le pays se refermait dangereusement sur lui-même, menacé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, l'espoir était désormais vain et dans ces moments de profonde détresse le peuple n'attendait plus qu'une chose: un homme providentiel.
I-La Chute
A-Introduction
République Fédérale du Quantar, septembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=526973Tableaurcapitulatif.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/526973Tableaurcapitulatif.png[/img][/url]</center>
Cela faisait un peu plus de deux ans maintenant que le Quantar était dans une situation économique et sociale apocalyptique. Le mot est sans doute fort mais il a le mérite de décrire parfaitement la réalité. Absolument personne n'avait pu prévoir que le pays en viendrait là. En deux ans, le Quantar a dû surmonter bien plus de problèmes et traverser bien plus d'épreuves que le siècle précédent. Tout cela sans la vigueur et la combativité qui était la sienne jadis. La prospérité et l'enrichissement, aussi souhaitable soient-ils, tendent à rendre les peuples indolents et apathiques. Et pourtant les quelques signes annonciateurs auraient pu permettre aux autorités compétentes de réagir mais rien n'a été fait. Pourquoi? C'est la question qui naturellement vient à l'esprit de ce Quantarien qui, aujourd'hui, vit dans la rue. Terrible réalité qui vient brusquement mettre un terme à tant d'espoirs. Il n'a plus d'emploi comme des millions d'autres. Sa maison a été saisie un beau matin sans explications et sous les cris et le mépris d'un huissier qui avait fait fortune de ce business. Car là était le paradoxe. La crise n'est pas l'ennemie de tous, et une petite frange de la population, la plus favorisée et aussi la moins résignée, s'en sortait toujours. Cette caste bien entendu ne comprenait pas cette pauvreté, fidèle à la devise « quand on veut, on peut », elle vilipendait tous ces pauvres qui étaient là parce qu'ils l'avaient bien voulu. Le gouvernement lui multipliait les messages rassurants, annonçait des jours meilleurs, prédisait la reprise économique et, chaque fin de trimestre, une inversion de la courbe du chômage. Mais dans les faits, il ne faisait rien car la coalition au pouvoir avait préféré nier la réalité plutôt qu'affronter les défis. Quand défis riment avec impopularité, peu de carrières politiques n'osent s'aventurer dans le chemin tortueux et mortel de la réforme. Ces défis ce furent les profondes mutations du Quantar et du monde. Le Quantar comme toute nation germanique, un peu fière d'elle voire imbue de soi-même, n'avait pas compris les changements qui se déroulaient sous ses yeux. Son économie se portait plutôt bien il y a deux ans mais elle commençait déjà à s'essouffler et à entrer dans une période de transition que le gouvernement n'avait pas su prévoir. Quant à l'économie mondiale, la dépression s'annonçait mais le Quantar s'obstinait à ne rien voir. Terrible calcul pour une nation exportatrice, dépendante de l'extérieur et surtout de ses alliés traditionnels. Le Pelabssa chutait inexorablement. L'Albion communiste avait coupé définitivement les ponts avec son grand frère alméran. L'Adélie suivait, impassible, le chemin de l'économie collectivisée. Le Raksasa quittant l'OTH n'acceptait plus le marché commun. Dès lors ce n'était sûrement pas le Wapong qui allait, à lui seul, relever une économie qui n'avait pas su s'adapter. Et la seconde guerre de la Péninsule n'avait pas offert au Quantar la possibilité d'une reconstruction. L'erreur du gouvernement fut sans doute d'axer ses efforts sur la consommation intérieure. Vaste ironie pour un pays au niveau de vie confortable et aisé, par ailleurs vieillissant et ne parvenant pas à se faire une nouvelle jeunesse. Les exportations quantariennes s'affaiblissaient, la production industrielle chutait, la bourse s'affolait, le pays sombrait. Dès lors, les résultats étaient prévisibles et au -2% de 2019, succédait presque immédiatement le -4% de 2020. 2021 ne s'annonçait guère plus réjouissant. Le gouvernement avait beau truquer les chiffres, la situation ne mentait pas et la misère ouvrait les yeux des derniers optimistes, devrait-on dire insouciants. Les entreprises et essentiellement les PME, colonne vertébrale de l'économie quantarienne, fermaient les unes après les autres. Difficulté d'adaptation, baisse de la demande mondiale et nationale, innovation stagnante, manque de financement et abandon de la politique de soutien du gouvernement. Les banques par ailleurs ne prêtaient plus, ruinées pour certaines de leurs investissements adéliens, albionais et pélabssiens, sans compter les crédits de guerre que le gouvernement rechignait à rembourser. Le déficit budgétaire quantarien était effectivement impressionnant et les marchés financiers étaient intraitables. Politique drastique de rigueur ou rien. D'ailleurs les taux d'emprunt à long comme à court terme avaient considérablement augmenté ce qui ne facilitait pas le financement de l'économie nationale. Le ministre de l'Économie, Walter Freyman décida alors de poursuivre une politique de déflation et de restauration de l'équilibre budgétaire sous la supervision des experts et conseillers des agences de notation. La course au maintien du sacro-saint tripe A conduisait le gouvernement quantarien à une vaste politique d'économie forcée. Comme tout bon gouvernement libéral, le Quantar commença à lever plus d'impôts et à planifier des coupes budgétaires dans les services publiques: éducation, santé, aides sociales....le cercle vicieux était en place absolument rien ne pouvait désormais l'arrêter. Les rapports du FMI étaient sans appel. Chantre de l'économie budgétaire en temps normal, le FMI appelait le Quantar à modérer ses plans d'austérité. Mais pour le gouvernement, il valait mieux convaincre les marchés que la charmante Nieves Mercader del Rio Hernandez. En effet, la sévère cure d'austérité avait été saluée par les investisseurs de la bourse du Quantar dans une tribune publiait dans Die Welt quelque temps après le deuxième plan de rigueur. Mais la cerise allait rapidement venir de la faillite de la plus importante banque quantarienne: Großer Brüder. La panique bancaire ne tarda pas. Il faut parfois des signaux forts pour qu'un peuple daigne se réveiller et comprendre. Großer Brüder fut ce lanceur d'alerte. Le feu pris en un instant. Les Quantariens se ruèrent massivement vers les banques retirer leurs économies. Certains la placèrent sous leurs matelas (précaution de pauvre), d'autres s'enfuirent à l'étranger attendant des jours meilleurs (privilège de riche). Le gouvernement se contenta de prendre les dispositions habituelles en pareil cas: fermeture temporaire des banques et des frontières. Mais le mal était fait. Comme on l'a dit, l'économie quantarienne tombait en récession (trois années consécutives) et les recettes diminuaient. Ultime décision, le gouvernement annonça la limitation des importations pour résorber l'endettement extérieur et stimuler l'industrie nationale. Ce fut un échec. L'État-providence quantarien s'atrophiait. Toute une génération voyait ses attentes, ses revenus et sa qualité de vie rétrograder. Le pouvoir s'en affolait et s'était réfugié derrière cette phrase lapidaire: « L'État n'y peu plus rien ».
La concorde était brisée. Tout comme la coalition au pouvoir. Les sessions parlementaires étaient l'occasion de vifs affrontements verbaux et il n'était pas rare qu'elles dégénérassent en pugilats. La classe politique était également en faillite. Une faillite morale que le peuple lui-même ressentait. Les élections anticipées n'avaient accordé à aucun parti la majorité absolue, l'ultime espoir de gouverner avec plus de sérénité. Le gouvernement de Von Schoenberg assurait donc l'intérim. Une intérim que beaucoup considéraient comme illégitime même au sein du gouvernement. Les fonctionnaires chargés de l'administration fédérale se désengageaient des décisions de l'État ou ne les appliquaient que partiellement. Situation que beaucoup comprenaient après la vague de licenciements et la baisse drastique des salaires. Les Länder avaient tout simplement choisi de ne recevoir plus aucune instruction de la Chancellerie Fédérale. Dès lors quelle crédibilité à accorder à un tel gouvernement? L'atmosphère n'était guère plus paisible chez les Quantariens qui ne plaçaient plus aucun espoir dans cette classe politique falote, incapable et corrompue. Beaucoup d'entre eux avaient tout simplement boycotté les élections espérant montrer leur mécontentement. La colère, elle, grondait. Entre colère et violence il n'y a qu'un pas que beaucoup n'hésitent pas à franchir. Le climat social s'assombrissait donc dangereusement rappelant les heures les plus noires de l'histoire quantarienne. Les manifestations étaient plus régulières et plus nombreuses et de moins en moins pacifistes. Peut-on dès lors parler de faillite de l'État de droit? Le gouvernement avait un contrôle total sur l'armée. La police était restée fidèle au pouvoir en place et réprimait, sur les instructions venues d'en haut, les manifestations même les plus calmes. Le gouvernement voulait éviter toute contagion et reprendre la situation en main en témoignait le contrôle des services audiovisuels publics, placés sous l'autorité de la Chancellerie Fédérale qui surveillait minutieusement les nouvelles. Mais le sursaut était trop tardif. La nouvelle de ce contrôle se répandit comme une traînée de poudre et, ajoutée à la répression policière, décupla la volonté des Quantariens de se débarrasser définitivement de ce « Gesindel » (vermine) de Von Schoenberg et de son gouvernement d'incapable. Des mouvements de protestation naissaient un peu partout sur le territoire national. Certains soutenus officieusement par des partis politiques, d'autres par des mouvements plus anciens de contestation du pouvoir libéral. Sur le plan international, le gouvernement quantarien entretenait très peu de relations. Le dialogue avait été rompu peu de temps après la fermeture des frontières. L'heure n'était donc ni à la négociation ni au subtil jeu diplomatique. Pour raisons financières, la plupart des ambassades avaient été fermées. Quelques-unes s'étaient toutefois maintenues dans les pays de premier plan et dans les pays alliés. Échappatoire idéale au cas où la situation venait à échapper à tout contrôle. La perte du Südland sans aucune réaction militaire et politique quantarienne témoignait là encore du recul de l'aura diplomatique du Quantar. Les relations avec l'OTH s'étaient dégradées à la suite du départ du Raksasa et à la réticence des membres permanents de soutenir financièrement le Quantar dans ces moments d'extrême difficulté. Le pays se refermait dangereusement sur lui-même, menacé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, l'espoir était désormais vain et dans ces moments de profonde détresse le peuple n'attendait plus qu'une chose: un homme providentiel.
-
Bonaparte N
<center>I-La Chute
B-La rue gronde
République Fédérale du Quantar, Lyöns, septembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=152271Linsurrectionpopulaire.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/152271Linsurrectionpopulaire.png[/img][/url]
Discours de Jean Jaurès le 25 mai 1913</center>
Dans la rue....
Les manifestations se multipliaient et réunissaient, chaque soir, des milliers voire des centaines de milliers de protestataires. La capitale n'avait jamais été aussi animée et vivante. Quelle effervescence! Quelle ardeur dans les discours! Quelle conviction! La politique dans toute sa splendeur. L'émoi se mêlait à la surexcitation des manifestants, qui oubliaient, pour un temps, leurs préoccupations personnelles. C'est dans ces moments douloureux que la nation et le peuple ne font qu'un. Bel exemple d'exaltation du sentiment patriotique national. Spectacle saisissant aussi pour un peuple qui avait appris à se taire et à subir sans broncher. Les rassemblements pullulaient dans plusieurs quartiers de la capitale aux sensibilités idéologiques bien différentes.
Avec le temps quelques orateurs se sont imposés: Ludwig Staufenberg pour les libéraux, devrait-on dire ultra-libéraux, Ferdinand von Münster pour les partisans de la monarchie et Hugo Bethman pour les communistes. Chaque soir de nouveaux discours mais dans le fond le même message.
« [...] Le problème mes amis ce n'est pas les marchés, ce n'est pas les créanciers, ce n'est pas le FMI. Le problème c'est l'État. [applaudissements dans la foule]. Von Schoenberg parle de faillite du système financier et de crise du capitalisme....C'est bien mal connaître la finance. Car elle seule est en mesure d'impulser le redressement économique de notre pays. Mais pour cela, mes amis, il va falloir consentir à des sacrifices. Ou plutôt il va falloir rétablir la justice et l'égalité entre les citoyens [cris d'approbation]. Le Quantar ne peut résolument plus financer cet état-providence, ce véritable gouffre financier. Qu'est ce-que la justice sociale sinon le moyen d'entretenir à nos frais la paresse, l'oisiveté et les intérêts de quelques parasites! Qu'est-ce que la justice sociale sinon la résurgence de la morale tribale et du primitivisme! Devons-nous subir une telle justice à l'heure de la société ouverte des hommes libres? Non, mes amis, la justice sociale sert à nous blâmer, à nous accuser, à nous culpabiliser. [...] Von Schoenberg libéral? Laissez-nous rire! Nos libéraux sont de vrais tartuffes. Ils dissimulent leurs intentions derrière de beaux discours et quelques mesures bien plus symboliques qu'efficaces. En vérité, je vous le dis, ils prônent un faux libéralisme. Ils se sont couchés devant les socialistes et ont lâchement soutenu leurs revendications sociales. Ils ont abandonné la lutte historique qui nous opposait à ces vendus de syndicalistes. Qu'est-ce que le syndicalisme sinon une idéologie sectaire et corporatiste où l'intérêt personnel prime sur l'intérêt général? En vérité, il est impossible de lutter contre la toute puissante main invisible. A l'image de Dieu, elle ordonne tout, elle récompense les fidèles et condamne les pécheurs mais surtout elle a le soucie du bien-être général. Que peut donc faire la justice sociale face à l'ordre du marché? Rien! Elle détruit simplement le fonctionnement équilibré de notre système économique et sociale. [...] Mais du désespoir naît toujours l'espoir. Nous devons désormais faire valoir nos idées. Nous devons prendre en main notre destinée pour sortir ce pays de l'inertie. J'entends par là supprimer toutes interventions sociales et économiques publiques. L'heure de la planification et de la collectivisation n'est plus. La République Socialiste du Quantar doit être abolie! Déréglementer, privatiser, supprimer les subventions, réduire les dépenses de la sécurité sociale et limiter le pouvoir syndical. La survie de notre pays n'a de sens que dans l'État minimal. Pourquoi celui-ci contrôlerait l'économie alors que des hommes bien plus compétents et intentionnés sont en mesure de le faire? L'interventionnisme génère le déséquilibre et la perturbation de l'ordre spontané et nous impose « l'État dictateur ». Que doit faire l'État? Se limiter aux fonctions régaliennes et à la protection de la propriété privée en vertu du contrat naturel qui nous lie les uns les autres. En vérité, je vous le dis mes amis. Mieux vaut un régime non démocratique protégeant l'ordre des marchés, qu'une démocratie qui planifie l'économie. [tonnerre d'applaudissements dans la foule] »
« [...] Il y a un peu plus d'un siècle maintenant, dans la même effervescence sans doute, mais surtout dans un état de profond égarement spirituel, le peuple quantarien se soulevait. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur les causes de ce soulèvement car ce sont de fausses raisons et de fausses justifications trouvées par les historiens pour excuser l'un des plus grands crimes de notre histoire. La vérité est simple. Le peuple quantarien n'a jamais voulu la République. Manipulé et trahi, le peuple a servi contre son gré une caste illégitime désirant s'octroyer des privilèges que leur rang et leur sang ne permettaient pas. Ce n'est ni le paysan, ni l'artisan qui ont trahi. Ce sont ces intellectuels libertaires, endoctrinés par des idéologues étrangers, qui n'ont pas hésité à vendre leur propre pays, leur propre mère, leur propre enfant et qu'aujourd'hui nous portons aux nues sous l'étiquette « philosophes éclairées ». [...] Mais soyons magnanime, pardonnons mais n'oublions pas. Aujourd'hui, plusieurs possibilités s'offrent au Quantar. Poursuivre sous ce gouvernement libéral agonisant, suivre cette idéologie qui, enfin, montre ses limites et se dévoile sous vos yeux dans sa plus hideuse parure. Ou bien apprendre de ses erreurs et agir en conséquence. Nous ne demandons pas au Quantar de revenir en arrière, seulement de reprendre ses esprits, de reprendre sa place légitime et de respecter ses traditions tant qu'il est encore possible. Souvenez-vous du Quantar jadis? De sa grandeur, de son prestige, de son aura. La République a détruit en un siècle ce que des millénaires de monarchie avaient construit. Oui, la monarchie a engendré, a façonné, a éduqué, a cultivé, a aimé le Quantar et son peuple. Ouvrez les yeux! Que vous apporte aujourd'hui la République? La misère, la pauvreté, l'abandon, la fin de la solidarité et l'individualisme. Quelle alternative les partis vous proposent-ils? Plus de libéralisme ou la révolution et la destruction de la paix sociale. N'appelons pas à la révolution. Le sang a bien assez coulé. Ce gouvernement doit comprendre qu'il n'a désormais plus aucune légitimité. Et la raison veut, pour l'intérêt général et le bien public, le renoncement dans la concorde et dans le dialogue. [...] En ce moment même, un homme, loin de son pays, loin de son peuple, loin de la terre qui a vu naître ses ancêtres, attend et prit. Cet homme veut apporter la paix et la réconciliation. Il apporte le pardon et l'apaisement. Prions pour lui et aidons-le à réaliser cette volonté divine. »
« [...] Camarades! Aujourd'hui est un jour heureux. Ne soyons pas triste et n'ayons pas peur. Le triomphe est là! La vérité aussi! [acclamation en coeur]. La lumière communiste étend désormais sa chaleur et son domaine sur la nuit libérale qui, abattue et honteuse, se replie. Elle nous guide et nous invite à la suivre. Le jour se lève enfin sur le Quantar! Il chasse les peurs, rassure les mères, exalte les peuples et éclaire les esprits. Là où la servitude sévit, là où l'inégalité prospère, là où l'oppression règne, nous adressons aujourd'hui notre salut fraternel. [...] Nous n'avons désormais plus peur d'eux. Leur idéologie a échoué mais ils s'obstinent. Combien de temps allons nous supporter leur politique dévastatrice et liberticide? Prolétaires levez-vous! Défendez vos idées! Faites valoir vos droits! Refusez l'asservissement! Depuis trop longtemps l'État bourgeois, soutenu par quelques privilégiés, domine notre pays. Cette classe qui, aujourd'hui, tant bien que mal, cherche à maintenir sa domination avec la bénédiction et les moyens de l'État oppresseur. Votre salut, camarades, est dans la révolution, qu'il est nécessaire d'accomplir pour changer la vie du peuple et ouvrir une brèche dans ce système inégalitaire des classes sociales. L'Alméra Ouest n'attend plus que l'éruption du volcan quantarien, la libération de son peuple de l'oppression libérale et bourgeoise. Suivons nos frères albionais! Suivons nos amis adéliens! Osons briser nos chaînes et affronter ces chiens galeux! [tonnerre d'applaudissements]. [...] Nous sommes aujourd'hui appelés à reconstruire notre pays sur les ruines du libéralisme. Mais ce sont des ruines bienfaitrices d'où l'égalité et la souveraineté du peuple ressurgiront. Organisez la réplique à la répression camarades! Rassemblez-vous en souvenir de ceux qui nous ont précédé dans cette lutte! Car camarades quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple car c'est le plus sacré et indispensable des devoirs! »
B-La rue gronde
République Fédérale du Quantar, Lyöns, septembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=152271Linsurrectionpopulaire.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/152271Linsurrectionpopulaire.png[/img][/url]
Discours de Jean Jaurès le 25 mai 1913</center>
Dans la rue....
Les manifestations se multipliaient et réunissaient, chaque soir, des milliers voire des centaines de milliers de protestataires. La capitale n'avait jamais été aussi animée et vivante. Quelle effervescence! Quelle ardeur dans les discours! Quelle conviction! La politique dans toute sa splendeur. L'émoi se mêlait à la surexcitation des manifestants, qui oubliaient, pour un temps, leurs préoccupations personnelles. C'est dans ces moments douloureux que la nation et le peuple ne font qu'un. Bel exemple d'exaltation du sentiment patriotique national. Spectacle saisissant aussi pour un peuple qui avait appris à se taire et à subir sans broncher. Les rassemblements pullulaient dans plusieurs quartiers de la capitale aux sensibilités idéologiques bien différentes.
Avec le temps quelques orateurs se sont imposés: Ludwig Staufenberg pour les libéraux, devrait-on dire ultra-libéraux, Ferdinand von Münster pour les partisans de la monarchie et Hugo Bethman pour les communistes. Chaque soir de nouveaux discours mais dans le fond le même message.
« [...] Le problème mes amis ce n'est pas les marchés, ce n'est pas les créanciers, ce n'est pas le FMI. Le problème c'est l'État. [applaudissements dans la foule]. Von Schoenberg parle de faillite du système financier et de crise du capitalisme....C'est bien mal connaître la finance. Car elle seule est en mesure d'impulser le redressement économique de notre pays. Mais pour cela, mes amis, il va falloir consentir à des sacrifices. Ou plutôt il va falloir rétablir la justice et l'égalité entre les citoyens [cris d'approbation]. Le Quantar ne peut résolument plus financer cet état-providence, ce véritable gouffre financier. Qu'est ce-que la justice sociale sinon le moyen d'entretenir à nos frais la paresse, l'oisiveté et les intérêts de quelques parasites! Qu'est-ce que la justice sociale sinon la résurgence de la morale tribale et du primitivisme! Devons-nous subir une telle justice à l'heure de la société ouverte des hommes libres? Non, mes amis, la justice sociale sert à nous blâmer, à nous accuser, à nous culpabiliser. [...] Von Schoenberg libéral? Laissez-nous rire! Nos libéraux sont de vrais tartuffes. Ils dissimulent leurs intentions derrière de beaux discours et quelques mesures bien plus symboliques qu'efficaces. En vérité, je vous le dis, ils prônent un faux libéralisme. Ils se sont couchés devant les socialistes et ont lâchement soutenu leurs revendications sociales. Ils ont abandonné la lutte historique qui nous opposait à ces vendus de syndicalistes. Qu'est-ce que le syndicalisme sinon une idéologie sectaire et corporatiste où l'intérêt personnel prime sur l'intérêt général? En vérité, il est impossible de lutter contre la toute puissante main invisible. A l'image de Dieu, elle ordonne tout, elle récompense les fidèles et condamne les pécheurs mais surtout elle a le soucie du bien-être général. Que peut donc faire la justice sociale face à l'ordre du marché? Rien! Elle détruit simplement le fonctionnement équilibré de notre système économique et sociale. [...] Mais du désespoir naît toujours l'espoir. Nous devons désormais faire valoir nos idées. Nous devons prendre en main notre destinée pour sortir ce pays de l'inertie. J'entends par là supprimer toutes interventions sociales et économiques publiques. L'heure de la planification et de la collectivisation n'est plus. La République Socialiste du Quantar doit être abolie! Déréglementer, privatiser, supprimer les subventions, réduire les dépenses de la sécurité sociale et limiter le pouvoir syndical. La survie de notre pays n'a de sens que dans l'État minimal. Pourquoi celui-ci contrôlerait l'économie alors que des hommes bien plus compétents et intentionnés sont en mesure de le faire? L'interventionnisme génère le déséquilibre et la perturbation de l'ordre spontané et nous impose « l'État dictateur ». Que doit faire l'État? Se limiter aux fonctions régaliennes et à la protection de la propriété privée en vertu du contrat naturel qui nous lie les uns les autres. En vérité, je vous le dis mes amis. Mieux vaut un régime non démocratique protégeant l'ordre des marchés, qu'une démocratie qui planifie l'économie. [tonnerre d'applaudissements dans la foule] »
« [...] Il y a un peu plus d'un siècle maintenant, dans la même effervescence sans doute, mais surtout dans un état de profond égarement spirituel, le peuple quantarien se soulevait. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur les causes de ce soulèvement car ce sont de fausses raisons et de fausses justifications trouvées par les historiens pour excuser l'un des plus grands crimes de notre histoire. La vérité est simple. Le peuple quantarien n'a jamais voulu la République. Manipulé et trahi, le peuple a servi contre son gré une caste illégitime désirant s'octroyer des privilèges que leur rang et leur sang ne permettaient pas. Ce n'est ni le paysan, ni l'artisan qui ont trahi. Ce sont ces intellectuels libertaires, endoctrinés par des idéologues étrangers, qui n'ont pas hésité à vendre leur propre pays, leur propre mère, leur propre enfant et qu'aujourd'hui nous portons aux nues sous l'étiquette « philosophes éclairées ». [...] Mais soyons magnanime, pardonnons mais n'oublions pas. Aujourd'hui, plusieurs possibilités s'offrent au Quantar. Poursuivre sous ce gouvernement libéral agonisant, suivre cette idéologie qui, enfin, montre ses limites et se dévoile sous vos yeux dans sa plus hideuse parure. Ou bien apprendre de ses erreurs et agir en conséquence. Nous ne demandons pas au Quantar de revenir en arrière, seulement de reprendre ses esprits, de reprendre sa place légitime et de respecter ses traditions tant qu'il est encore possible. Souvenez-vous du Quantar jadis? De sa grandeur, de son prestige, de son aura. La République a détruit en un siècle ce que des millénaires de monarchie avaient construit. Oui, la monarchie a engendré, a façonné, a éduqué, a cultivé, a aimé le Quantar et son peuple. Ouvrez les yeux! Que vous apporte aujourd'hui la République? La misère, la pauvreté, l'abandon, la fin de la solidarité et l'individualisme. Quelle alternative les partis vous proposent-ils? Plus de libéralisme ou la révolution et la destruction de la paix sociale. N'appelons pas à la révolution. Le sang a bien assez coulé. Ce gouvernement doit comprendre qu'il n'a désormais plus aucune légitimité. Et la raison veut, pour l'intérêt général et le bien public, le renoncement dans la concorde et dans le dialogue. [...] En ce moment même, un homme, loin de son pays, loin de son peuple, loin de la terre qui a vu naître ses ancêtres, attend et prit. Cet homme veut apporter la paix et la réconciliation. Il apporte le pardon et l'apaisement. Prions pour lui et aidons-le à réaliser cette volonté divine. »
« [...] Camarades! Aujourd'hui est un jour heureux. Ne soyons pas triste et n'ayons pas peur. Le triomphe est là! La vérité aussi! [acclamation en coeur]. La lumière communiste étend désormais sa chaleur et son domaine sur la nuit libérale qui, abattue et honteuse, se replie. Elle nous guide et nous invite à la suivre. Le jour se lève enfin sur le Quantar! Il chasse les peurs, rassure les mères, exalte les peuples et éclaire les esprits. Là où la servitude sévit, là où l'inégalité prospère, là où l'oppression règne, nous adressons aujourd'hui notre salut fraternel. [...] Nous n'avons désormais plus peur d'eux. Leur idéologie a échoué mais ils s'obstinent. Combien de temps allons nous supporter leur politique dévastatrice et liberticide? Prolétaires levez-vous! Défendez vos idées! Faites valoir vos droits! Refusez l'asservissement! Depuis trop longtemps l'État bourgeois, soutenu par quelques privilégiés, domine notre pays. Cette classe qui, aujourd'hui, tant bien que mal, cherche à maintenir sa domination avec la bénédiction et les moyens de l'État oppresseur. Votre salut, camarades, est dans la révolution, qu'il est nécessaire d'accomplir pour changer la vie du peuple et ouvrir une brèche dans ce système inégalitaire des classes sociales. L'Alméra Ouest n'attend plus que l'éruption du volcan quantarien, la libération de son peuple de l'oppression libérale et bourgeoise. Suivons nos frères albionais! Suivons nos amis adéliens! Osons briser nos chaînes et affronter ces chiens galeux! [tonnerre d'applaudissements]. [...] Nous sommes aujourd'hui appelés à reconstruire notre pays sur les ruines du libéralisme. Mais ce sont des ruines bienfaitrices d'où l'égalité et la souveraineté du peuple ressurgiront. Organisez la réplique à la répression camarades! Rassemblez-vous en souvenir de ceux qui nous ont précédé dans cette lutte! Car camarades quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple car c'est le plus sacré et indispensable des devoirs! »
-
Bonaparte N
<center>I-La Chute
C-La rue s'organise
République Fédérale du Quantar, Lyöns, septembre 2021</center>
La crise économique, financière et morale que traversait le Quantar profitait indéniablement aux mouvements de contestation qui cristallisaient depuis peu les frustrations et la colère du peuple. Une popularité inédite pour ces mouvements qui avaient, très longtemps, agi dans l'ombre et dans l'indifférence générale. Ce serait bien entendu mentir d'affirmer qu'eux non plus ne furent pas surpris de ce soulèvement si soudain. Marginaux, il y a deux ans, honnis du peuple, caricaturés et traqués par les renseignements internes, les rôles s'étaient subitement inversés. A présent, c'étaient eux qui donnaient les coups de bâtons. Ils avaient très vite exploité cette vague de protestations. Les libéraux étaient quant à eux désunis et à l'agonie. Les partis traditionnels s'obstinaient à se déchirer et à comploter les uns les autres au lieu de serrer les rangs face à la menace. Quelle image donnaient-ils de la politique? Les Quantariens avaient plus que jamais en horreur cette classe dirigeante qui était résolument aux antipodes de leurs préoccupations. A l'heure donc où l'opinion publique ne trouvait plus aucune représentation légitime dans le spectre classique des partis siégeant au Parlement, ils faisaient le plein d'adhésions, de soutiens et de financements. Deux principaux mouvements profitaient de l'insatisfaction générale: Le Mouvement Populaire (Die Volksbewegung) et les Casques à pointe (Die Pickelhaube). Deux idéologies attendaient la mort du cygne libéral et entendaient bien la précipiter si celle-ci se faisait attendre.
<center>[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=824959DrapeauVB.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_824959DrapeauVB.png[/img][/url]</center>
Le Mouvement Populaire jouissait de l'aura intacte du Linkspartei, parti d'extrême-gauche communiste qui ne s'était par fourvoyé dans les coalitions éphémères de ces derniers mois, et constituait en quelque sorte une extension de celui-ci. Le Linkspartei était la vitrine légale, le Mouvement Populaire sa milice armée. Créé en 2019 au plus fort de la crise à l'initiative d'Hugo Bethman, également membre du Linkspartei, il propageait des thèses marxistes-léninistes et nationalistes-révolutionnaires qui naturellement avaient une grande popularité chez les ouvriers. Aux yeux de tous, les communistes s'imposaient comme le principal mouvement de contestation et l'interlocuteur privilégié des protestaires. Plus actifs, ils représentaient l'alternative la plus sûre et la moins hasardeuse pour le Quantar de demain. Les Albionais et les Adéliens non contents d'avoir su et put propager la révolution communiste au Quantar, ne lésinaient pas sur le soutien financier et diplomatique.
<center> [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=924211DrapeauKG.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_924211DrapeauKG.png[/img][/url]</center>
Les Casques à pointe, partisan de l'Empire, réunissaient les traditionalistes, les patriotes désabusés et les nostalgiques du glorieux passé quantarien. Créés en 1981, ils prenaient leurs racines de plusieurs autres mouvements royalistes antérieurs dont le premier fut créé à l'abolition de l'Empire dès 1887. Fort d'un réseau étendu sur l'ensemble du territoire, son organisation était plus structurée que celle du Mouvement Populaire en raison de plus d'un siècle d'existence. Depuis 1995, le mouvement était dirigé par Ferdinand von Münster, un proche de l'héritier de la couronne. Ce dernier s'était d'ailleurs exilé au Thorval depuis 2012 et suivait avec une attention particulière les événements qui se déroulaient dans sa patrie d'origine. Les casques à pointe reconnaissaient la légitimité de la branche cadette des Von Lütgendorff et nourrissaient le secret espoir de rétablir une monarchie constitutionnelle conservatrice au Quantar.
<center>[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=966189DrapeauQuantar.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_966189DrapeauQuantar.png[/img][/url]</center>
Les ultras-libéraux représentaient quant à eux un courant minoritaire de la grande famille libérale quantarienne. Majoritairement membre du Parti Libéral, certains de ses partisans avaient rejoint le VDUQ (libéraux-conservateurs) dans l'espoir de propager leurs thèses et faire entendre leurs voix tandis que d'autres avaient créé des mouvements parallèles. C'était le cas de Ludwig Staufenberg et de son mouvement de la raison (Die Vernunftsbewegung). Créé en 2005, il servait de laboratoire d'idées aux partisans d'un libéralisme plus stricte et d'une conception minimale de l'État. Son influence était notamment très importante dans les hautes sphères économiques du Quantar.
N'importe quel observateur étranger, spécialiste du Quantar, n'aurait pas pu s'empêcher d'esquisser un sourire à la vue du nouveau paysage politique quantarien et des alternatives qui s'offraient au peuple. La lutte et la traque farouche des gouvernements précèdent à l'encontre des communistes et des royalistes ne laissaient pas présager le succès de telles factions. La volonté étrangère d'imposer un régime aux Quantariens lors des deux Guerres de la Péninsule et de l'intrusion communiste avaient échoué. Le peuple rendait désormais ses comptes et la fronde populaire faisait chanceler le gouvernement. Un peuple est parfois bien plus puissant que toutes les armées étrangères. Il faut sans doute mettre ce succès sur la profonde détresse d'une population qui a perdu ses repères et qui ne croit désormais plus en son idéologie. Dès lors rien de plus normal d'en appeler au passé et à la tradition ou bien se tourner vers l'inconnu et la révolution.
C-La rue s'organise
République Fédérale du Quantar, Lyöns, septembre 2021</center>
La crise économique, financière et morale que traversait le Quantar profitait indéniablement aux mouvements de contestation qui cristallisaient depuis peu les frustrations et la colère du peuple. Une popularité inédite pour ces mouvements qui avaient, très longtemps, agi dans l'ombre et dans l'indifférence générale. Ce serait bien entendu mentir d'affirmer qu'eux non plus ne furent pas surpris de ce soulèvement si soudain. Marginaux, il y a deux ans, honnis du peuple, caricaturés et traqués par les renseignements internes, les rôles s'étaient subitement inversés. A présent, c'étaient eux qui donnaient les coups de bâtons. Ils avaient très vite exploité cette vague de protestations. Les libéraux étaient quant à eux désunis et à l'agonie. Les partis traditionnels s'obstinaient à se déchirer et à comploter les uns les autres au lieu de serrer les rangs face à la menace. Quelle image donnaient-ils de la politique? Les Quantariens avaient plus que jamais en horreur cette classe dirigeante qui était résolument aux antipodes de leurs préoccupations. A l'heure donc où l'opinion publique ne trouvait plus aucune représentation légitime dans le spectre classique des partis siégeant au Parlement, ils faisaient le plein d'adhésions, de soutiens et de financements. Deux principaux mouvements profitaient de l'insatisfaction générale: Le Mouvement Populaire (Die Volksbewegung) et les Casques à pointe (Die Pickelhaube). Deux idéologies attendaient la mort du cygne libéral et entendaient bien la précipiter si celle-ci se faisait attendre.
<center>[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=824959DrapeauVB.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_824959DrapeauVB.png[/img][/url]</center>
Le Mouvement Populaire jouissait de l'aura intacte du Linkspartei, parti d'extrême-gauche communiste qui ne s'était par fourvoyé dans les coalitions éphémères de ces derniers mois, et constituait en quelque sorte une extension de celui-ci. Le Linkspartei était la vitrine légale, le Mouvement Populaire sa milice armée. Créé en 2019 au plus fort de la crise à l'initiative d'Hugo Bethman, également membre du Linkspartei, il propageait des thèses marxistes-léninistes et nationalistes-révolutionnaires qui naturellement avaient une grande popularité chez les ouvriers. Aux yeux de tous, les communistes s'imposaient comme le principal mouvement de contestation et l'interlocuteur privilégié des protestaires. Plus actifs, ils représentaient l'alternative la plus sûre et la moins hasardeuse pour le Quantar de demain. Les Albionais et les Adéliens non contents d'avoir su et put propager la révolution communiste au Quantar, ne lésinaient pas sur le soutien financier et diplomatique.
<center> [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=924211DrapeauKG.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_924211DrapeauKG.png[/img][/url]</center>
Les Casques à pointe, partisan de l'Empire, réunissaient les traditionalistes, les patriotes désabusés et les nostalgiques du glorieux passé quantarien. Créés en 1981, ils prenaient leurs racines de plusieurs autres mouvements royalistes antérieurs dont le premier fut créé à l'abolition de l'Empire dès 1887. Fort d'un réseau étendu sur l'ensemble du territoire, son organisation était plus structurée que celle du Mouvement Populaire en raison de plus d'un siècle d'existence. Depuis 1995, le mouvement était dirigé par Ferdinand von Münster, un proche de l'héritier de la couronne. Ce dernier s'était d'ailleurs exilé au Thorval depuis 2012 et suivait avec une attention particulière les événements qui se déroulaient dans sa patrie d'origine. Les casques à pointe reconnaissaient la légitimité de la branche cadette des Von Lütgendorff et nourrissaient le secret espoir de rétablir une monarchie constitutionnelle conservatrice au Quantar.
<center>[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=966189DrapeauQuantar.png][img]http://img15.hostingpics.net/thumbs/mini_966189DrapeauQuantar.png[/img][/url]</center>
Les ultras-libéraux représentaient quant à eux un courant minoritaire de la grande famille libérale quantarienne. Majoritairement membre du Parti Libéral, certains de ses partisans avaient rejoint le VDUQ (libéraux-conservateurs) dans l'espoir de propager leurs thèses et faire entendre leurs voix tandis que d'autres avaient créé des mouvements parallèles. C'était le cas de Ludwig Staufenberg et de son mouvement de la raison (Die Vernunftsbewegung). Créé en 2005, il servait de laboratoire d'idées aux partisans d'un libéralisme plus stricte et d'une conception minimale de l'État. Son influence était notamment très importante dans les hautes sphères économiques du Quantar.
N'importe quel observateur étranger, spécialiste du Quantar, n'aurait pas pu s'empêcher d'esquisser un sourire à la vue du nouveau paysage politique quantarien et des alternatives qui s'offraient au peuple. La lutte et la traque farouche des gouvernements précèdent à l'encontre des communistes et des royalistes ne laissaient pas présager le succès de telles factions. La volonté étrangère d'imposer un régime aux Quantariens lors des deux Guerres de la Péninsule et de l'intrusion communiste avaient échoué. Le peuple rendait désormais ses comptes et la fronde populaire faisait chanceler le gouvernement. Un peuple est parfois bien plus puissant que toutes les armées étrangères. Il faut sans doute mettre ce succès sur la profonde détresse d'une population qui a perdu ses repères et qui ne croit désormais plus en son idéologie. Dès lors rien de plus normal d'en appeler au passé et à la tradition ou bien se tourner vers l'inconnu et la révolution.
-
Bonaparte N
<center>II-L'Affrontement
A-Le Pouvoir riposte
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=88434127A.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/88434127A.png[/img][/url]
Bureau du Chancelier de la République</center>
La Chancellerie était déserte en ce soir du 8 octobre 2021. Comme à son habitude, le Chancelier Von Schoenberg examinait avec précision et intérêt la dizaine de rapports journaliers des forces de maintien de l'ordre. Travail ingrat mais nécessaire. La situation ne s'améliorait guère et les "milices" gagnaient en puissance. Préoccupé et débordé, Von Schoenberg ne parvenait plus à garder son sang-froid et sentait la situation définitivement lui échapper. Ses conseillers ne savaient plus quoi faire, ni quoi recommander et les membres du gouvernement ne daignaient plus venir au Conseil des Ministres. Tous se résignaient et ne pensaient plus qu'à préparer l'après Von Schoenberg pour ne pas dire l'après-Démocratie. Peu de ministres et de parlementaires entendaient cautionner les dérives de la Chancellerie. Pour cela rien de mieux que s'éclipser et attendre. Il ne restait plus qu'à Von Schoenberg un dernier allié et sa meilleure carte: L'armée. Ultime résolution pour renverser le rapport de forces et espérer reprendre la situation en main.
Von Schoenberg: Entrez Général!
Général Reinhold Fehrenbach: [salut militaire] Monsieur le Chancelier.
Von Schoenberg le salua respectueusement et l'invita à s'asseoir.
Von Schoenberg: Herr General, vous devez sans doute connaître les raisons qui m'ont poussé à vous convoquer. [Le Général approuva d'un signe de tête]. La situation est en passe de devenir infernale et incontrôlable pour le gouvernement. Nous faisons officiellement bonne mine mais les négociations secrètes n'ont pas donné les résultats escomptés. Les milices s'obstinent à réclamer la démission immédiate du gouvernement et la mise en place d'un gouvernement transitoire d'Union national sans la participation des partis traditionnels. Conditions intolérables, bien entendu, qui s'ajoutent aux souhaits propres et contradictoires de la pléiade de mouvements contestataires. [le Chancelier marqua un temps d'arrêt] Dès lors que choisir? Absolument rien. Le Quantar est un État de droit. Mon élection est légitime. En aucun cas, une brochette de trublions attardés me dictera la politique à suivre. Ces derniers sont certes en position de force mais ils n'ont pas notre force de frappe. Et nous devons désormais frapper fort général! La police fédérale et la police régionale ne parviennent plus à assurer correctement leurs missions d'autant plus, et je ne vous le cache pas, certains de nos effectifs ont rejoint les manifestants....Puis-je compter sur votre soutien Général?
Qui connaissait bien le Chancelier pouvait discerner une légère note de désespoir dans cette question.
Général Reinhold Fehrenbach: Un soutien indéfectible Monsieur le Chancelier. J'ai prêté serment.
Von Schoenberg: Bien. J'annoncerai officiellement et par communiqué la dissolution de ces milices. Dans le même temps, je demanderai au Tribunal Constitutionnel de m'octroyer les pleins pouvoirs. Le Parlement n'est pas dans la capacité de se réunir. Et de toute façon, il ne sert désormais plus à rien. Général vous devrez, aussi longtemps que je l'estimerai nécessaire, assurer la sécurité des principaux lieux de pouvoirs de la Capitale. Ces annonces auront l'effet d'une bombe. Elles signeront officiellement la confrontation. Il va sans dire que la survie de la démocratie sera donc entre vos mains. Vous êtes un homme de confiance général. Je ne vous ai pas appelé à mes côtés pour rien. Tâchez d'exécuter cette mission avec la rigueur qui est la vôtre.
Général Reinhold Fehrenbach: Je transmettrai immédiatement les ordres Monsieur Chancelier. J'attire également votre attention sur le renforcement nécessaire des lieux stratégiques de la défense nationale. J'entends par là les bases les sites nucléaires militaires et civiles.
Von Schoenberg: Il en va de soi. Prenez donc les dispositions nécessaires Général....Vous pouvez disposer!
Reinhold Fehrenbach salua le Chancelier et s'éclipsa rapidement.
-----------------------------------------------------------------------------------
Dans les heures qui suivirent deux communiqués furent publiés presque simultanément par la Chancellerie Fédérale et le Tribunal Constitutionnel Fédéral.
[quote]Le Chancelier Fédéral annonce, conformément à l'article 8 et à l'article 9 de la Constitution, et en application de la loi du 15 janvier 1982 relative aux groupuscules de combat et milices armées, la dissolution des groupements suivants: Le Mouvement Populaire et les Casques à Pointes.
Ces groupuscules, en dépit de plusieurs condamnations judiciaires, continuent de propager une idéologie contraire aux valeurs de la République et se livrent à des actes intolérables de provocation, de violence et de contestation de l'État de droit.
Le Chancelier réaffirme qu'il n'acceptera aucun de ces groupuscules, aucun de ces actes, aucune de ces violences. Elles n'ont pas leur place dans notre République. Le Gouvernement réaffirme qu'il combattra avec la plus grande vigueur et une détermination absolue, les individus ou groupements qui attisent la haine, la violence et qui méprisent les lois de notre République. Le Gouvernement appelle également les membres de ces groupuscules à renoncer à toutes initiatives contraire à l'intérêt général et appelle les Quantariens à l'assister et à l'aider dans cette mission.
[/quote]
[quote]Constatant la menace qui pèse sur les institutions de la République, l'indépendance de la nation et l'intégrité du territoire, le Tribunal Constitutionnel Fédéral accorde tout pouvoir au gouvernement de la République Fédérale du Quantar, sous l'autorité du Chancelier Fédéral Conrad Von Schoenberg.
Ce décret entre en vigueur au jour de sa proclamation. Sa durée est de six mois. Il peut en outre être abrogé en cas de remplacement du gouvernement actuel de la République par un autre. [/quote]
-------------------------------------------------------------------------------------
Pendant ce temps à Lyön...
Les différentes brigades de la Bundeswehr se déployaient les unes après les autres, dans un ordre parfait et sous les regards inquiets et interrogateurs des Lyönsais. Que pouvait-il bien se passer? Pourquoi l'armée se déployait-elle? Le Quantar subissait-il de nouveau une attaque venue du Nord? Autant de questions sans réponse ou plutôt sans autre réponse qu'un communiqué laconique stipulant la "mise en place de l'état d'alerte" et "l'obligation de respecter le couvre-feu et les dispositions gouvernementales". La peur remplaçait maintenant l'inquiétude, l'exaltation de la révolution faisait place aux visages mornes et noirs. Les décrets de dissolution et de pleins pouvoirs ajoutèrent à la crainte générale. Le gouvernement devenait de jour en jour une énigme. Communiquant peu ou pas, la Chancellerie était devenue cette vaste forteresse imprenable où un pouvoir à l'agonie tentait, tant bien que mal, de rétablir son autorité. Une chose était certaine, la démocratie gisait désormais inerte sur le sol de la capitale.
A-Le Pouvoir riposte
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=88434127A.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/88434127A.png[/img][/url]
Bureau du Chancelier de la République</center>
La Chancellerie était déserte en ce soir du 8 octobre 2021. Comme à son habitude, le Chancelier Von Schoenberg examinait avec précision et intérêt la dizaine de rapports journaliers des forces de maintien de l'ordre. Travail ingrat mais nécessaire. La situation ne s'améliorait guère et les "milices" gagnaient en puissance. Préoccupé et débordé, Von Schoenberg ne parvenait plus à garder son sang-froid et sentait la situation définitivement lui échapper. Ses conseillers ne savaient plus quoi faire, ni quoi recommander et les membres du gouvernement ne daignaient plus venir au Conseil des Ministres. Tous se résignaient et ne pensaient plus qu'à préparer l'après Von Schoenberg pour ne pas dire l'après-Démocratie. Peu de ministres et de parlementaires entendaient cautionner les dérives de la Chancellerie. Pour cela rien de mieux que s'éclipser et attendre. Il ne restait plus qu'à Von Schoenberg un dernier allié et sa meilleure carte: L'armée. Ultime résolution pour renverser le rapport de forces et espérer reprendre la situation en main.
Von Schoenberg: Entrez Général!
Général Reinhold Fehrenbach: [salut militaire] Monsieur le Chancelier.
Von Schoenberg le salua respectueusement et l'invita à s'asseoir.
Von Schoenberg: Herr General, vous devez sans doute connaître les raisons qui m'ont poussé à vous convoquer. [Le Général approuva d'un signe de tête]. La situation est en passe de devenir infernale et incontrôlable pour le gouvernement. Nous faisons officiellement bonne mine mais les négociations secrètes n'ont pas donné les résultats escomptés. Les milices s'obstinent à réclamer la démission immédiate du gouvernement et la mise en place d'un gouvernement transitoire d'Union national sans la participation des partis traditionnels. Conditions intolérables, bien entendu, qui s'ajoutent aux souhaits propres et contradictoires de la pléiade de mouvements contestataires. [le Chancelier marqua un temps d'arrêt] Dès lors que choisir? Absolument rien. Le Quantar est un État de droit. Mon élection est légitime. En aucun cas, une brochette de trublions attardés me dictera la politique à suivre. Ces derniers sont certes en position de force mais ils n'ont pas notre force de frappe. Et nous devons désormais frapper fort général! La police fédérale et la police régionale ne parviennent plus à assurer correctement leurs missions d'autant plus, et je ne vous le cache pas, certains de nos effectifs ont rejoint les manifestants....Puis-je compter sur votre soutien Général?
Qui connaissait bien le Chancelier pouvait discerner une légère note de désespoir dans cette question.
Général Reinhold Fehrenbach: Un soutien indéfectible Monsieur le Chancelier. J'ai prêté serment.
Von Schoenberg: Bien. J'annoncerai officiellement et par communiqué la dissolution de ces milices. Dans le même temps, je demanderai au Tribunal Constitutionnel de m'octroyer les pleins pouvoirs. Le Parlement n'est pas dans la capacité de se réunir. Et de toute façon, il ne sert désormais plus à rien. Général vous devrez, aussi longtemps que je l'estimerai nécessaire, assurer la sécurité des principaux lieux de pouvoirs de la Capitale. Ces annonces auront l'effet d'une bombe. Elles signeront officiellement la confrontation. Il va sans dire que la survie de la démocratie sera donc entre vos mains. Vous êtes un homme de confiance général. Je ne vous ai pas appelé à mes côtés pour rien. Tâchez d'exécuter cette mission avec la rigueur qui est la vôtre.
Général Reinhold Fehrenbach: Je transmettrai immédiatement les ordres Monsieur Chancelier. J'attire également votre attention sur le renforcement nécessaire des lieux stratégiques de la défense nationale. J'entends par là les bases les sites nucléaires militaires et civiles.
Von Schoenberg: Il en va de soi. Prenez donc les dispositions nécessaires Général....Vous pouvez disposer!
Reinhold Fehrenbach salua le Chancelier et s'éclipsa rapidement.
-----------------------------------------------------------------------------------
Dans les heures qui suivirent deux communiqués furent publiés presque simultanément par la Chancellerie Fédérale et le Tribunal Constitutionnel Fédéral.
[quote]Le Chancelier Fédéral annonce, conformément à l'article 8 et à l'article 9 de la Constitution, et en application de la loi du 15 janvier 1982 relative aux groupuscules de combat et milices armées, la dissolution des groupements suivants: Le Mouvement Populaire et les Casques à Pointes.
Ces groupuscules, en dépit de plusieurs condamnations judiciaires, continuent de propager une idéologie contraire aux valeurs de la République et se livrent à des actes intolérables de provocation, de violence et de contestation de l'État de droit.
Le Chancelier réaffirme qu'il n'acceptera aucun de ces groupuscules, aucun de ces actes, aucune de ces violences. Elles n'ont pas leur place dans notre République. Le Gouvernement réaffirme qu'il combattra avec la plus grande vigueur et une détermination absolue, les individus ou groupements qui attisent la haine, la violence et qui méprisent les lois de notre République. Le Gouvernement appelle également les membres de ces groupuscules à renoncer à toutes initiatives contraire à l'intérêt général et appelle les Quantariens à l'assister et à l'aider dans cette mission.
[/quote]
[quote]Constatant la menace qui pèse sur les institutions de la République, l'indépendance de la nation et l'intégrité du territoire, le Tribunal Constitutionnel Fédéral accorde tout pouvoir au gouvernement de la République Fédérale du Quantar, sous l'autorité du Chancelier Fédéral Conrad Von Schoenberg.
Ce décret entre en vigueur au jour de sa proclamation. Sa durée est de six mois. Il peut en outre être abrogé en cas de remplacement du gouvernement actuel de la République par un autre. [/quote]
-------------------------------------------------------------------------------------
Pendant ce temps à Lyön...
Les différentes brigades de la Bundeswehr se déployaient les unes après les autres, dans un ordre parfait et sous les regards inquiets et interrogateurs des Lyönsais. Que pouvait-il bien se passer? Pourquoi l'armée se déployait-elle? Le Quantar subissait-il de nouveau une attaque venue du Nord? Autant de questions sans réponse ou plutôt sans autre réponse qu'un communiqué laconique stipulant la "mise en place de l'état d'alerte" et "l'obligation de respecter le couvre-feu et les dispositions gouvernementales". La peur remplaçait maintenant l'inquiétude, l'exaltation de la révolution faisait place aux visages mornes et noirs. Les décrets de dissolution et de pleins pouvoirs ajoutèrent à la crainte générale. Le gouvernement devenait de jour en jour une énigme. Communiquant peu ou pas, la Chancellerie était devenue cette vaste forteresse imprenable où un pouvoir à l'agonie tentait, tant bien que mal, de rétablir son autorité. Une chose était certaine, la démocratie gisait désormais inerte sur le sol de la capitale.
-
Bonaparte N
<center>II-L'Affrontement
B-L'insurrection populaire (1)
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=676593Putsch.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/676593Putsch.png[/img][/url]</center>
Des semaines durant, le gouvernement s'était réfugié dans un mutisme pesant. L'annonce de la dissolution des « milices », leur mise à l'index et l'attribution des pleins pouvoirs par le Tribunal Constitutionnel Fédéral à Von Schoenberg avaient déclenché une vague de protestations inouïes à travers le Quantar. Des milliers de manifestations, aux quatre coins du pays, témoignaient de l'inquiétude et de la colère ambiantes. Certaines bravées l'interdit du couvre-feu déclenchant la furie et la fureur policière. Plus personne, désormais, ne cautionnait les actes gouvernementaux et tout le monde s'accordait à dire que Von Schoenberg avait franchi là une étape. Une étape qu'aucun gouvernant n'oserait franchir dans un Quantar profondément écoeuré par les turpitudes de sa classe politique, dans un Quantar meurtri par les guerres et par les dérives du pouvoir unique, dans un Quantar au passé lourd et à l'avenir trouble et incertain, dans un Quantar abattu, assiégé par les doutes, dominé par la violence, vaincu par la détresse. Certaines dates sont faites pour entrée dans l'histoire. Le 22 octobre 2021 en était. Ce matin-là, la Capitale était, plus que d'ordinaire, agitée. Çà et là, des groupes se formaient prêts à en découdre avec les forces de l'ordre tandis que d'autres, debout sur des tables, haranguaient la foule de promeneurs, les appelant à se soulever contre le gouvernement. Les ordres, confus, fusaient de part et d'autres. Mieux organisées et mieux équipées, les forces de l'ordre parvinrent, vers midi, à déloger les quelques récalcitrants et à sécuriser les environs de la Chancellerie et du Parlement. L'atmosphère tendue retombait. Le calme avant la tempête. A 15h00, le gouvernement annonçait la nomination de Ludwig Staufenberg au poste de Ministre de l'Économie et de Vice-Chancelier. Pourquoi? Une concession purement politicienne pour s'attirer les faveurs d'une partie de la rue. Objectif atteint. Rapidement, la nouvelle se répandit dans Lyöns et dans tout le Quantar. Des démonstrations de joie éclataient dans les cafés et quartiers favorables à la figure de proue des ultra-libéraux. Enfin, le gouvernement recouvrait la raison. Enfin le Quantar allait s'en sortir. Un constat qui était loin d'être unanime. Aux manifestations d'allégresse succédèrent la colère et l'indignation des traditionalistes et des communistes. Les premiers exprimèrent leur profond mécontentement et dénoncèrent une « énième fourberie du gouvernement illégitime du Quantar » dans un communiqué publié peu après 16h00. Les seconds, abasourdi, appelaient le peuple à se rassembler pour témoigner leur désapprobation face aux incuries du pouvoir politique.
A 17h 00, des centaines de milliers de sympathisants et militants du Mouvement Populaire et du Linkspartei s'étaient rassemblés, dans un calme teinté d'inquiétude mais aussi d'une profonde conviction que quelque chose allait se jouer. Tous étaient devant l'imposant siège du Parti communiste quantarien, unique signe extérieur de richesse à qui voulaient bien l'entendre mais surtout le croire. Tous étaient persuadés que le moment était enfin venu. Tout jouait en leur faveur: les décrets gouvernementaux et la nomination de Staufenberg. Une rue entière noire de monde et une foule qui ne cessait de croître par le ralliement des nombreux curieux emportés par l'exaltation du moment. A chaque instant surgissaient des intersections voisines des groupes d'hommes et de femmes, jeunes et un peu moins jeunes, criant, hurlant, chantant. Lyöns la fougueuse, Lyöns la rebelle, Lyöns la révolutionnaire s'offrait, là encore et à sa manière, au monde. L'atmosphère était tout aussi pesante et électrique à l'intérieur de ce vaste bâtiment à l'architecture austère. Les cadres et autres dirigeants du parti et du mouvement s'agitaient. Pour beaucoup aussi l'heure était venue. La rue se soulevait dans un tumulte qui précède souvent les révolutions populaires, elles-mêmes véritables événements historiques, et pour rien au monde il ne fallait laisser cette occasion s'échapper. Mieux encore, et signe du destin, les ultra-libéraux et les traditionalistes se faisaient désormais discrets. Un véritable boulevard, pour ainsi dire, s'offrait aux communistes pour manifester unilatéralement leur mécontentement mais surtout une occasion unique de renverser le gouvernement. Et c'était bien là la source de toute cette agitation interne: Fallait-il sauter le pas? Les Communistes étaient-ils prêts à marcher sur la Chancellerie? Étaient-ils prêts à destituer Conrad von Schoenberg et à en assumer les conséquences? Certains proposaient d'attendre encore préférant la modération à l'action révolutionnaire. Hugo Bethman refusa. Attendre encore plus, c'était définitivement renoncer.
Hugo Bethman: Ne comprenez-vous donc pas? C'est le moment ou jamais d'agir. Pas une occasion comme celle-ci se représentera. Tâchons de la saisir. Cette attitude réservée et réfléchie est déplaisante et intolérable! Le Quantar ne peut plus attendre!
Ce qui revenait à dire que lui-même ne pouvait plus attendre. Une mégalomanie que ses collaborateurs avaient, ces derniers temps, appris à subir mais que personne n'osait dénoncer au risque de s'attirer des représailles sévères. Car il fallait bien le dire, Hugo Bethman, comme tout bon communiste de la vieille école, avait construit un véritable culte autour de sa personne. C'était l'époque qui le voulait, pas le bonhomme. Elle avait vu la République chanceler, la démocratie libérale tomber en désuétude et le régime parlementaire se ternir. Désormais, il fallait un homme fort. Un nouveau César, venu du peuple et soutenant le peuple. Tous ses discours promettaient d'ailleurs l'homme providentiel, le Messie, qu'il se gardait bien de nommer pour mieux se l'imaginer. Mais l'assistance, elle, exaltée et ignorante, était convaincue d'avoir devant elle le Messie. Sans aucun doute, Hugo Bethman était Jésus. Il était le Sauveur prêt à se sacrifier pour ses idées, prêt à s'offrir à la mitraille pour le bien commun. Un fanatisme comme le peuple en a le secret. Hugo Bethman pouvait donc désormais compter sur le soutien indéfectible de quelques militants qu'il avait d'ailleurs nommé à des postes clés du parti et du mouvement. Il feignait de s'indigner devant l'enthousiasme de l'assistance scandant son nom mais l'excitation, et la satisfaction, intérieure était à son comble. Son plan avait fonctionné. Il était l'homme que tout le monde attendait et que lui-même espérait. Ainsi personne n'osait contredire les ordres et les décisions du Vojd quantarien, que certains soutenaient par conviction profonde, d'autres pas nécessité.
Hugo Bethman: Allons-y Messieurs! Le Quantar sera communiste ou il mourra!
Sa joie était immense. Son heure était arrivée. Aujourd'hui, les communistes, Hugo Bethman en tête, marcheront sur la Chancellerie et les lieux névralgiques de la Capitale. Telle était sa décision. Et elle n'admettait aucune contradiction. Car après tout, qui tient Lyöns, gouverne le pays. Dans une éloquence dont lui seul a le secret, il exhorta la foule, ébahis, dans un discours au relent national-révolutionnaire, à la suivre car lui seul « pouvait restaurer la grandeur du peuple quantarien ». L'immense cortège se mettait en branle. Une armée pour les uns, un colosse pour les autres. Mais un colosse aux pieds d'argile. Mal armé, mal organisé, il fallait compter sur l'excitation populaire et sur la retenue du camp opposé. Ni l'armée, ni la police n'oseraient tirer sur une manifestation pacifique aussi imposante soit-elle. Bethman avait tout de même pris soin de s'entourer de femmes et de jeunes hommes. Cette fois, c'était sûr, personne ne tirera. Tous les manifestants se tenaient debout coude contre coude derrière les deux portes drapeaux aux couleurs du Mouvement et du Parti. Au fil de leur périple, ils se faisaient acclamer. L'espoir grandissait. Le peuple le soutenait. Le cortège déboucha sur la Place de la République. La Chancellerie n'était plus qu'à quelques mètres mais déjà un imposant dispositif policier et militaire rendait l'avancée plus difficile et risquée.
Karl Liegenstadt: Qu'est ce qu'on fait Hugo?
Hugo Bethman: On avance.
Main dans la main, dans un silence de plomb, les manifestants, devrait-on dire les putschistes, avançaient. Hugo était désormais face à son destin. Le sacre ou le massacre. N'est-ce pas un vrai choix?
B-L'insurrection populaire (1)
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=676593Putsch.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/676593Putsch.png[/img][/url]</center>
Des semaines durant, le gouvernement s'était réfugié dans un mutisme pesant. L'annonce de la dissolution des « milices », leur mise à l'index et l'attribution des pleins pouvoirs par le Tribunal Constitutionnel Fédéral à Von Schoenberg avaient déclenché une vague de protestations inouïes à travers le Quantar. Des milliers de manifestations, aux quatre coins du pays, témoignaient de l'inquiétude et de la colère ambiantes. Certaines bravées l'interdit du couvre-feu déclenchant la furie et la fureur policière. Plus personne, désormais, ne cautionnait les actes gouvernementaux et tout le monde s'accordait à dire que Von Schoenberg avait franchi là une étape. Une étape qu'aucun gouvernant n'oserait franchir dans un Quantar profondément écoeuré par les turpitudes de sa classe politique, dans un Quantar meurtri par les guerres et par les dérives du pouvoir unique, dans un Quantar au passé lourd et à l'avenir trouble et incertain, dans un Quantar abattu, assiégé par les doutes, dominé par la violence, vaincu par la détresse. Certaines dates sont faites pour entrée dans l'histoire. Le 22 octobre 2021 en était. Ce matin-là, la Capitale était, plus que d'ordinaire, agitée. Çà et là, des groupes se formaient prêts à en découdre avec les forces de l'ordre tandis que d'autres, debout sur des tables, haranguaient la foule de promeneurs, les appelant à se soulever contre le gouvernement. Les ordres, confus, fusaient de part et d'autres. Mieux organisées et mieux équipées, les forces de l'ordre parvinrent, vers midi, à déloger les quelques récalcitrants et à sécuriser les environs de la Chancellerie et du Parlement. L'atmosphère tendue retombait. Le calme avant la tempête. A 15h00, le gouvernement annonçait la nomination de Ludwig Staufenberg au poste de Ministre de l'Économie et de Vice-Chancelier. Pourquoi? Une concession purement politicienne pour s'attirer les faveurs d'une partie de la rue. Objectif atteint. Rapidement, la nouvelle se répandit dans Lyöns et dans tout le Quantar. Des démonstrations de joie éclataient dans les cafés et quartiers favorables à la figure de proue des ultra-libéraux. Enfin, le gouvernement recouvrait la raison. Enfin le Quantar allait s'en sortir. Un constat qui était loin d'être unanime. Aux manifestations d'allégresse succédèrent la colère et l'indignation des traditionalistes et des communistes. Les premiers exprimèrent leur profond mécontentement et dénoncèrent une « énième fourberie du gouvernement illégitime du Quantar » dans un communiqué publié peu après 16h00. Les seconds, abasourdi, appelaient le peuple à se rassembler pour témoigner leur désapprobation face aux incuries du pouvoir politique.
A 17h 00, des centaines de milliers de sympathisants et militants du Mouvement Populaire et du Linkspartei s'étaient rassemblés, dans un calme teinté d'inquiétude mais aussi d'une profonde conviction que quelque chose allait se jouer. Tous étaient devant l'imposant siège du Parti communiste quantarien, unique signe extérieur de richesse à qui voulaient bien l'entendre mais surtout le croire. Tous étaient persuadés que le moment était enfin venu. Tout jouait en leur faveur: les décrets gouvernementaux et la nomination de Staufenberg. Une rue entière noire de monde et une foule qui ne cessait de croître par le ralliement des nombreux curieux emportés par l'exaltation du moment. A chaque instant surgissaient des intersections voisines des groupes d'hommes et de femmes, jeunes et un peu moins jeunes, criant, hurlant, chantant. Lyöns la fougueuse, Lyöns la rebelle, Lyöns la révolutionnaire s'offrait, là encore et à sa manière, au monde. L'atmosphère était tout aussi pesante et électrique à l'intérieur de ce vaste bâtiment à l'architecture austère. Les cadres et autres dirigeants du parti et du mouvement s'agitaient. Pour beaucoup aussi l'heure était venue. La rue se soulevait dans un tumulte qui précède souvent les révolutions populaires, elles-mêmes véritables événements historiques, et pour rien au monde il ne fallait laisser cette occasion s'échapper. Mieux encore, et signe du destin, les ultra-libéraux et les traditionalistes se faisaient désormais discrets. Un véritable boulevard, pour ainsi dire, s'offrait aux communistes pour manifester unilatéralement leur mécontentement mais surtout une occasion unique de renverser le gouvernement. Et c'était bien là la source de toute cette agitation interne: Fallait-il sauter le pas? Les Communistes étaient-ils prêts à marcher sur la Chancellerie? Étaient-ils prêts à destituer Conrad von Schoenberg et à en assumer les conséquences? Certains proposaient d'attendre encore préférant la modération à l'action révolutionnaire. Hugo Bethman refusa. Attendre encore plus, c'était définitivement renoncer.
Hugo Bethman: Ne comprenez-vous donc pas? C'est le moment ou jamais d'agir. Pas une occasion comme celle-ci se représentera. Tâchons de la saisir. Cette attitude réservée et réfléchie est déplaisante et intolérable! Le Quantar ne peut plus attendre!
Ce qui revenait à dire que lui-même ne pouvait plus attendre. Une mégalomanie que ses collaborateurs avaient, ces derniers temps, appris à subir mais que personne n'osait dénoncer au risque de s'attirer des représailles sévères. Car il fallait bien le dire, Hugo Bethman, comme tout bon communiste de la vieille école, avait construit un véritable culte autour de sa personne. C'était l'époque qui le voulait, pas le bonhomme. Elle avait vu la République chanceler, la démocratie libérale tomber en désuétude et le régime parlementaire se ternir. Désormais, il fallait un homme fort. Un nouveau César, venu du peuple et soutenant le peuple. Tous ses discours promettaient d'ailleurs l'homme providentiel, le Messie, qu'il se gardait bien de nommer pour mieux se l'imaginer. Mais l'assistance, elle, exaltée et ignorante, était convaincue d'avoir devant elle le Messie. Sans aucun doute, Hugo Bethman était Jésus. Il était le Sauveur prêt à se sacrifier pour ses idées, prêt à s'offrir à la mitraille pour le bien commun. Un fanatisme comme le peuple en a le secret. Hugo Bethman pouvait donc désormais compter sur le soutien indéfectible de quelques militants qu'il avait d'ailleurs nommé à des postes clés du parti et du mouvement. Il feignait de s'indigner devant l'enthousiasme de l'assistance scandant son nom mais l'excitation, et la satisfaction, intérieure était à son comble. Son plan avait fonctionné. Il était l'homme que tout le monde attendait et que lui-même espérait. Ainsi personne n'osait contredire les ordres et les décisions du Vojd quantarien, que certains soutenaient par conviction profonde, d'autres pas nécessité.
Hugo Bethman: Allons-y Messieurs! Le Quantar sera communiste ou il mourra!
Sa joie était immense. Son heure était arrivée. Aujourd'hui, les communistes, Hugo Bethman en tête, marcheront sur la Chancellerie et les lieux névralgiques de la Capitale. Telle était sa décision. Et elle n'admettait aucune contradiction. Car après tout, qui tient Lyöns, gouverne le pays. Dans une éloquence dont lui seul a le secret, il exhorta la foule, ébahis, dans un discours au relent national-révolutionnaire, à la suivre car lui seul « pouvait restaurer la grandeur du peuple quantarien ». L'immense cortège se mettait en branle. Une armée pour les uns, un colosse pour les autres. Mais un colosse aux pieds d'argile. Mal armé, mal organisé, il fallait compter sur l'excitation populaire et sur la retenue du camp opposé. Ni l'armée, ni la police n'oseraient tirer sur une manifestation pacifique aussi imposante soit-elle. Bethman avait tout de même pris soin de s'entourer de femmes et de jeunes hommes. Cette fois, c'était sûr, personne ne tirera. Tous les manifestants se tenaient debout coude contre coude derrière les deux portes drapeaux aux couleurs du Mouvement et du Parti. Au fil de leur périple, ils se faisaient acclamer. L'espoir grandissait. Le peuple le soutenait. Le cortège déboucha sur la Place de la République. La Chancellerie n'était plus qu'à quelques mètres mais déjà un imposant dispositif policier et militaire rendait l'avancée plus difficile et risquée.
Karl Liegenstadt: Qu'est ce qu'on fait Hugo?
Hugo Bethman: On avance.
Main dans la main, dans un silence de plomb, les manifestants, devrait-on dire les putschistes, avançaient. Hugo était désormais face à son destin. Le sacre ou le massacre. N'est-ce pas un vrai choix?
-
Bonaparte N
<center>II-L'Affrontement
C-L'insurrection populaire (2)
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=676593Putsch.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/676593Putsch.png[/img][/url]</center>
Le soleil brillait, le vent soufflait doucement et les petits oiseaux chantaient. Quelle journée étonnamment normale! Un cadre idyllique qui laissait présager de bonnes résolutions voire une sortie de crise. Mais la réalité rattrape souvent celui qui veut la fuir et ce tableau idéal allait rapidement être terni par le sombre nuage de la révolte et de l'indignation. Des cris de protestation avaient déjà rompu le silence qui s'était, depuis peu, abattu sur les environs de la Chancellerie. Imperceptibles au premier abord, ils devenaient de plus en plus clairs et distincts au fur et à mesure que le cortège avançait et que le Chancelier y prêtait attention. Surpris, ce dernier s'était immédiatement dirigé vers l'immense baie vitrée qui dominait le quartier du Parlement. Quel ne fut pas là son étonnement devant l'immense foule qui s'était assemblée entre la Chancellerie et le Bundestag! D'un oeil inquiet, il balaya l'horizon, pour estimer approximativement le nombre de manifestants, puis laissa échapper un profond soupir de satisfaction en voyant l'armée s'activer à obstruer le passage. Il avait définitivement bien fait d'ordonner la protection des lieux de pouvoir dans la perspective d'un coup d'État. Car il en était sûr, c'était bel et bien cela qui se tramait. Un silence de plomb avait presque immédiatement succédé au vacarme de la manifestation. Les deux camps, désormais, s'observaient puis le cortège reprit d'un pas lent mais néanmoins assuré. Au même moment, l'aide de camp du général Reinhold Fehrenbach entra en précipitation dans le bureau du Chancelier.
Aide de Camp: Que fait-on mon Général?
Le Chef d'État-major assistait également à la scène, deux à trois pas en retrait du Chancelier. Sa physionomie ne laissait paraître aucune tension. Bien au contraire, il paraissait apaisé, même soulagé. Il ne semblait pas non plus surpris d'une telle démonstration comme si il s'y attendait. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences extérieures et en bon Général, Reinhold Fehrenbach rusait. Sous cet imposant crâne, sévissait une terrible tempête. Une tranquillité au-dehors, un tourbillon au-dedans. Un gouffre pour l'âme et la conscience. Au plus profond de lui-même, il était bouleversé, tiraillé, assaillit par les doutes. Tant de trouble le saisissait qu'il ne pouvait concevoir distinctement aucune idée. Il ne savait que penser. Il ne savait que dire. Le désespoir même l'envahissait. Ce tumulte intérieur lui faisait perdre toute discrétion et bouleverser en lui toute volonté. Des vaines luttes intérieures, il n'en tirait que des raisonnements angoissants et sinistres. En un mot, il perdait le contrôle de lui-même en même temps qu'il perdait la maîtrise des événements. La stupeur ne fit que s'en accroître. A vrai dire, il ne se préoccupait pas de ce qui se passait à l'extérieur, et c'était à peine s'il avait entendu son aide de camp. Non, il hésitait. Il luttait avec lui-même. Son âme se débattait. Tout cela était violent et étrange. Il semblait avoir pris une décision mais, inexorablement, la pensée revenait à une idée comme prise de remords. A côté de cette lutte de la conscience, elle-même, il s'interrogeait. Il se demandait de quelle manière et pourquoi son pays en était arrivé jusque-là. Après trois guerres et trois victoires, après tant de violence, de morts et de haine, une simple crise économique allait faire s'effondrer un système de valeurs et de principes qui avaient toujours su résister même aux pires menaces. Jusqu'au dernier moment, il avait espéré que la rue ne se soulève. Jusqu'au dernier moment, il avait souhaité une issue pacifique aux événements qui perturbaient le Quantar. Jusqu'au dernier moment il avait espéré que le gouvernement recouvre la raison pour éviter qu'il ne perde la sienne. Mais désormais il était trop tard. Trop tard pour lui. Trop tard pour le Quantar. Aucun des deux camps ne pouvait céder. L'un avait tout à perdre, l'autre tout à gagner. Pour sûr, ils se battront jusqu'au bout. Alors il se demandait ce qu'il fallait faire. Tel était l'objet de cet insupportable conflit intérieur. Peu à peu des réflexions et résolutions vagues commençaient à s'éclaircir et se former. Dans ces moments de profond vide, une lueur d'espoir finit toujours par se manifester, une alternative par s'imposer, un plan par se concrétiser. Instinct de survie. Tout d'abord, il accepta de reconnaître qu'il était bien le maître de la situation aussi critique soit-elle. Cela ne le rassurait pas le moins du monde mais cette pensée avait le mérite de le contraindre à choisir. Tout le monde prédisait la fin de la République à tel point que lui-même avait fini par y croire et par s'y préparer. Car si la République tombait, elle le précipitait dans sa chute. Mais c'était un homme de devoirs et de principes. Une foi que lui avait inculquée son père également militaire et vétéran de la Grande Guerre. Lui aussi s'était battu pour la démocratie. Mais où était-elle aujourd'hui? Ce n'était pas seulement des principes qui se délitaient. C'était un homme. Et par un de ces mouvements comme seule la pensée en a le secret, toute son attention se fixa alors sur cette lettre qu'il avait reçue la veille en toute discrétion. Il continua à se questionner. Il se mit à marcher lentement. Il se sentait satisfait. L'âme adoucit et reposée. De cette profonde réflexion était sortie une vérité. Des ténèbres et des profondeurs de l'âme avait jailli, chaleureuse et éblouissante, une lumière qui dissipa ses doutes et qui le guida dans sa résolution. Il était soulagé. Il se sentait dans le vrai. Il avait la solution. Enfin, il s'en tenait à quelque chose. Désormais, il ne fallait plus reculer, ni même vaciller. Il y mit toute sa détermination Il avait fallu prendre une décision. Il avait fallu choisir son camp. Tout était désormais mûrement réfléchi.
Aide de Camp: Général! Que devenons-nous faire?
Cette fois-ci, Reinhold Fehrenbach avait parfaitement entendu. Mais il ne répondit pas. Il feignait de ne pas entendre. Ou plutôt, il semblait espérer une décision du Chancelier. Devant l'absence de réponse, Conrad von Schoenberg s'était retourné. Il regardait le Général avec étonnement et avait manifesté sa surprise par un léger froncement de sourcils. Puis, vexé par ce silence qui témoignait d'une grande hésitation, il se pencha vers l'aide de camp.
Von Schoenberg: Tirez!
Cet ordre avait profondément stupéfait le Général. Il ne put s'empêcher d'admirer la détermination avec laquelle le Chancelier avait pris cette décision. Sans hésiter, sans même sourciller. Impassible, imperturbable, autoritaire dans sa réponse. Comme si, elle allait de soi. Ironie du sort, il devenait le chef que le Quantar avait tant attendu et espéré. Celui qui aurait été capable de prendre de grandes décisions sans jamais douter, de sortir le pays de l'inertie dans lequel il était maintenant depuis trois ans, d'inspirer la confiance. Peut-être est-ce là le secret des grands hommes. On ne gouverne pas avec de bons sentiments. On les cache, on les nie. Il en était maintenant persuadé, von Schoenberg n'avait aucun sentiment. Lui, il ne luttait plus avec sa conscience. Il était déjà mort. Le pouvoir l'avait déjà détruit. Ces événements l'achevèrent. Et en même temps, il sentit une puissante satisfaction l'envahir. Celle qui envahit tout homme persuadé d'avoir raison et conscient d'avoir fait le bon choix. Si cette conscience ne pouvait plus lutter, lui avait le devoir de le faire.
Général Reinhold Fehrenbach: Excusez moi, Monsieur le Chancelier, mais ....
Von Schoenberg: Général!Je vous ordonne de tirer!
Général Reinhold Fehrenbach: Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Chancelier, je ne pense pas que ce soit la solution la plus opportune.
Von Schoenberg: Ah bon? Alors que proposez-vous? De les inviter bien gentiment à prendre le thé et de le dire que ce n'est vraiment pas bien ce qu'ils font. Soyez lucide. Ils veulent nos têtes. Alors, je ne me répéterai pas Général. Je vous ai donné un ordre, exécutez-le!
Général Reinhold Fehrenbach: Monsieur le Chancelier....Ce sont des Quantariens. Vous n'allez tout de même pas....
Von Schoenberg: Ce sont des communistes avant tout! Alors maintenant donnez cet ordre.
Le Chef d'État-major se tourna alors vers son aide de camp.
Général Reinhold Fehrenbach: Je n'avais jamais pensé qu'un jour, on me demanderai de tirer sur mon peuple. Je ne l'avais même, pour ainsi dire, jamais imaginé. On vous apprend bien des choses utiles à l'École Militaire mais on ne vous apprend jamais à gérer une telle situation. S'est toujours le fruit du fait accompli. On omet même souvent de vous préciser que parfois, au nom de l'intérêt général, un homme politique, inexpérimenté, peut vous donner l'ordre un peu fou de tirer sur la foule parce que celle-ci ose témoigner de son désespoir, de son mépris, de sa colère. Mais on oublie jamais vous dire que l'avenir de votre pays tient à la décision que vous allez prendre. De quel côté aujourd'hui est la véritable démocratie? Du vôtre Monsieur le Chancelier ou du leur? Sur qui dois-je tirer?
Von Schoenberg: Taisez-vous Général ou je serais dans l'obligation de prendre des mesures disciplinaires. [se tournant vers l'aide de camp]. Maintenant tirez!
L'aide de camp semblait hésiter.. Peut-être réfléchissait-il, sans doute encore bouleversé par les propos de son Général. Il attendait une réponse du Général. Elle ne venait pas. Il sortit, néanmoins, rapidement de sa rêverie, salua le Chancelier, puis s'éloigna. Son pas ferme et assuré s'éloignait sur la moquette du couloir. Un ultime silence précéda le bruit de la mitraille et les cris, cette fois de douleur, des manifestants tués ou blessés. L'affolement était total. La scène apocalyptique. Le Chancelier, lui, s'était empressé de revenir à la fenêtre. Un sourire à peine voilé sur le coin des lèvres, il admirait « le spectacle » et s'en délectait même. Il marmonnait des phrases incompréhensibles pour qui l'entourait mais on pouvait distinguer quelques mots: vengeance, pourriture, sales communistes. La haine l'animait. Il semblait même possédé. Personne ne le reconnaissait. Tous étaient persuadés qu'il était devenu fou mais personne n'osait contester son autorité. Même l'aventure un peu cavalière du Général était restée lettre morte. Aucun soutien n'était venu lui prêter main-forte. La plupart des protestataires s'étaient maintenant dispersés. Les seuls restants étaient soit morts, soit grièvement blessés. Du haut du troisième étage de la Chancellerie, on pouvait voir l'étendue des « dégâts ». Des centaines de corps criblés de balles, des marrés de sang, des hommes et des femmes appelant au secours sans que personne n'intervienne. Les militaires avaient stoppé l'assaut et s'occupaient désormais à sécuriser les lieux et rassembler les blessés. Le « travail » terminé, le Chancelier se tourna vers le Chef d'État-major. Il le regardait avec un profond dédain.
Von Schoenberg: Vous pensiez vraiment qu'ils vous auraient épargné? Vous pensiez qu'ils auraient eu la moindre compassion pour vous? Vous êtes le chef d'État-major. Vous avez collaboré mon cher Reinhold. Vous auriez été jugé puis exécuté. Si défendre le Quantar et la République n'est pas une tâche qui mérite votre attention, sachez au moins voir où sont vos intérêts. [Il s'arrêta un instant]. Je vais être magnanime avec vous et passer l'éponge sur ce...petit écart. Mais sachez qu'à l'avenir, je ne tolérerai plus que vous contestiez mes ordres.
Général Reinhold Fehrenbach: Encore faut-il qu'il y ait un avenir...Monsieur le Chancelier.
Sur ces mots, le Général s'éclipsa. Il était heureux. Plus que jamais heureux. Très bon acteur aussi. Il avait des performances que lui-même ne soupçonnait pas. Il avait parfaitement simulé le Général hésitant et falot. Et quel discours? Il en était encore ému. Son plan avait fonctionné, un véritable quitte ou double. Le Chancelier ne dépendait plus que du bon vouloir de l'armée, de son bon vouloir, sans même se douter de ses propres intentions. Qui pourrait croire à l'ambition d'un Général qui n'ose pas tirer sur la foule. Il pouvait désormais enclencher la deuxième phase de son plan. Une chose était sûre, demain le Quantar se réveillera avec un nouveau chef.
Général Reinhold Fehrenbach: [A son aide de camp]. Transmettez cette lettre.
Une discrète berline noire attendait le Général. Il s'y engouffra rapidement et la voiture, à toute allure, prit la direction du centre-ville. A quelque mètre seulement de sa destination, le convoi fut stoppé par une énième manifestation. Sans doute, les restes de celle qui avait dignement et courageusement affronté la mitraille. A la vue de la berline, la foule, plus que jamais agitée, s'avança rapidement reconnaissant là un officiel du gouvernement. Des pierres s'abattirent sur la carrosserie, des tirs se firent entendre, des insultes fusèrent. La voiture eut juste le temps d'entamer une marche arrière et de s'engouffrer dans une rue déserte. Le Général pouvait souffler. Il avait de justesse éviter le pire. A peine eut-il le temps de goûter à cette satisfaction, qu'une deuxième berline, puis une troisième, encerclèrent, avec rapidité, le convoi. Les quelques gardes affectés à la protection du Chef d'État-major furent maîtrisés. Le Général assistait, médusé et impuissant, à la scène. Un homme, cagoulé et armé, arborant sur son épaule droite la faucille et le marteau fièrement bordés d'une couronne de laurier, saisit violemment le Général par l'épaule afin de l'extraire du véhicule. Ce dernier sentait sa fin proche. Il était tombé aux mains de l'ennemi. Tous étaient persuadés que l'ordre venait de lui. Le Chancelier avait raison. Il sera jugé puis exécuté. L'Histoire ne retiendra de lui que la figure d'un Général sanguinaire qui n'hésita pas à tirer sur son peuple pour sauver une République en décrépitude. Avec force, il fut installé dans la seconde berline qui prit immédiatement la direction de la banlieue lyönsaise. Après tout, peut-être n'y aurait-il pas de procès. Il serait exécuté en toute discrétion et dans l'indifférence générale. Une folle idée avait même traversé son esprit. Ce n'était sans doute pas des communistes mais les petits mains du Chancelier qui faisaient là encore le sale boulot. Ce dernier n'ayant pu tolérer ses critiques. Devant un si insupportable destin, il prit la résolution d'en finir lui-même. Il ne pouvait de toute façon plus lutter. Une capsule de cyanure, préparée par ses soins, logeait toujours dans la poche gauche de sa veste. Précaution de militaire. Profitant d'un moment d'égarement de ses ravisseurs, il saisit discrètement la fiole et la croqua de toutes ses forces. Des vertiges le saisirent, sa respiration s'accéléra. Il perdit conscience. Voilà comment finissent les ambitions.
C-L'insurrection populaire (2)
République Fédérale du Quantar, Lyöns, octobre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=676593Putsch.png][img]http://img4.hostingpics.net/pics/676593Putsch.png[/img][/url]</center>
Le soleil brillait, le vent soufflait doucement et les petits oiseaux chantaient. Quelle journée étonnamment normale! Un cadre idyllique qui laissait présager de bonnes résolutions voire une sortie de crise. Mais la réalité rattrape souvent celui qui veut la fuir et ce tableau idéal allait rapidement être terni par le sombre nuage de la révolte et de l'indignation. Des cris de protestation avaient déjà rompu le silence qui s'était, depuis peu, abattu sur les environs de la Chancellerie. Imperceptibles au premier abord, ils devenaient de plus en plus clairs et distincts au fur et à mesure que le cortège avançait et que le Chancelier y prêtait attention. Surpris, ce dernier s'était immédiatement dirigé vers l'immense baie vitrée qui dominait le quartier du Parlement. Quel ne fut pas là son étonnement devant l'immense foule qui s'était assemblée entre la Chancellerie et le Bundestag! D'un oeil inquiet, il balaya l'horizon, pour estimer approximativement le nombre de manifestants, puis laissa échapper un profond soupir de satisfaction en voyant l'armée s'activer à obstruer le passage. Il avait définitivement bien fait d'ordonner la protection des lieux de pouvoir dans la perspective d'un coup d'État. Car il en était sûr, c'était bel et bien cela qui se tramait. Un silence de plomb avait presque immédiatement succédé au vacarme de la manifestation. Les deux camps, désormais, s'observaient puis le cortège reprit d'un pas lent mais néanmoins assuré. Au même moment, l'aide de camp du général Reinhold Fehrenbach entra en précipitation dans le bureau du Chancelier.
Aide de Camp: Que fait-on mon Général?
Le Chef d'État-major assistait également à la scène, deux à trois pas en retrait du Chancelier. Sa physionomie ne laissait paraître aucune tension. Bien au contraire, il paraissait apaisé, même soulagé. Il ne semblait pas non plus surpris d'une telle démonstration comme si il s'y attendait. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences extérieures et en bon Général, Reinhold Fehrenbach rusait. Sous cet imposant crâne, sévissait une terrible tempête. Une tranquillité au-dehors, un tourbillon au-dedans. Un gouffre pour l'âme et la conscience. Au plus profond de lui-même, il était bouleversé, tiraillé, assaillit par les doutes. Tant de trouble le saisissait qu'il ne pouvait concevoir distinctement aucune idée. Il ne savait que penser. Il ne savait que dire. Le désespoir même l'envahissait. Ce tumulte intérieur lui faisait perdre toute discrétion et bouleverser en lui toute volonté. Des vaines luttes intérieures, il n'en tirait que des raisonnements angoissants et sinistres. En un mot, il perdait le contrôle de lui-même en même temps qu'il perdait la maîtrise des événements. La stupeur ne fit que s'en accroître. A vrai dire, il ne se préoccupait pas de ce qui se passait à l'extérieur, et c'était à peine s'il avait entendu son aide de camp. Non, il hésitait. Il luttait avec lui-même. Son âme se débattait. Tout cela était violent et étrange. Il semblait avoir pris une décision mais, inexorablement, la pensée revenait à une idée comme prise de remords. A côté de cette lutte de la conscience, elle-même, il s'interrogeait. Il se demandait de quelle manière et pourquoi son pays en était arrivé jusque-là. Après trois guerres et trois victoires, après tant de violence, de morts et de haine, une simple crise économique allait faire s'effondrer un système de valeurs et de principes qui avaient toujours su résister même aux pires menaces. Jusqu'au dernier moment, il avait espéré que la rue ne se soulève. Jusqu'au dernier moment, il avait souhaité une issue pacifique aux événements qui perturbaient le Quantar. Jusqu'au dernier moment il avait espéré que le gouvernement recouvre la raison pour éviter qu'il ne perde la sienne. Mais désormais il était trop tard. Trop tard pour lui. Trop tard pour le Quantar. Aucun des deux camps ne pouvait céder. L'un avait tout à perdre, l'autre tout à gagner. Pour sûr, ils se battront jusqu'au bout. Alors il se demandait ce qu'il fallait faire. Tel était l'objet de cet insupportable conflit intérieur. Peu à peu des réflexions et résolutions vagues commençaient à s'éclaircir et se former. Dans ces moments de profond vide, une lueur d'espoir finit toujours par se manifester, une alternative par s'imposer, un plan par se concrétiser. Instinct de survie. Tout d'abord, il accepta de reconnaître qu'il était bien le maître de la situation aussi critique soit-elle. Cela ne le rassurait pas le moins du monde mais cette pensée avait le mérite de le contraindre à choisir. Tout le monde prédisait la fin de la République à tel point que lui-même avait fini par y croire et par s'y préparer. Car si la République tombait, elle le précipitait dans sa chute. Mais c'était un homme de devoirs et de principes. Une foi que lui avait inculquée son père également militaire et vétéran de la Grande Guerre. Lui aussi s'était battu pour la démocratie. Mais où était-elle aujourd'hui? Ce n'était pas seulement des principes qui se délitaient. C'était un homme. Et par un de ces mouvements comme seule la pensée en a le secret, toute son attention se fixa alors sur cette lettre qu'il avait reçue la veille en toute discrétion. Il continua à se questionner. Il se mit à marcher lentement. Il se sentait satisfait. L'âme adoucit et reposée. De cette profonde réflexion était sortie une vérité. Des ténèbres et des profondeurs de l'âme avait jailli, chaleureuse et éblouissante, une lumière qui dissipa ses doutes et qui le guida dans sa résolution. Il était soulagé. Il se sentait dans le vrai. Il avait la solution. Enfin, il s'en tenait à quelque chose. Désormais, il ne fallait plus reculer, ni même vaciller. Il y mit toute sa détermination Il avait fallu prendre une décision. Il avait fallu choisir son camp. Tout était désormais mûrement réfléchi.
Aide de Camp: Général! Que devenons-nous faire?
Cette fois-ci, Reinhold Fehrenbach avait parfaitement entendu. Mais il ne répondit pas. Il feignait de ne pas entendre. Ou plutôt, il semblait espérer une décision du Chancelier. Devant l'absence de réponse, Conrad von Schoenberg s'était retourné. Il regardait le Général avec étonnement et avait manifesté sa surprise par un léger froncement de sourcils. Puis, vexé par ce silence qui témoignait d'une grande hésitation, il se pencha vers l'aide de camp.
Von Schoenberg: Tirez!
Cet ordre avait profondément stupéfait le Général. Il ne put s'empêcher d'admirer la détermination avec laquelle le Chancelier avait pris cette décision. Sans hésiter, sans même sourciller. Impassible, imperturbable, autoritaire dans sa réponse. Comme si, elle allait de soi. Ironie du sort, il devenait le chef que le Quantar avait tant attendu et espéré. Celui qui aurait été capable de prendre de grandes décisions sans jamais douter, de sortir le pays de l'inertie dans lequel il était maintenant depuis trois ans, d'inspirer la confiance. Peut-être est-ce là le secret des grands hommes. On ne gouverne pas avec de bons sentiments. On les cache, on les nie. Il en était maintenant persuadé, von Schoenberg n'avait aucun sentiment. Lui, il ne luttait plus avec sa conscience. Il était déjà mort. Le pouvoir l'avait déjà détruit. Ces événements l'achevèrent. Et en même temps, il sentit une puissante satisfaction l'envahir. Celle qui envahit tout homme persuadé d'avoir raison et conscient d'avoir fait le bon choix. Si cette conscience ne pouvait plus lutter, lui avait le devoir de le faire.
Général Reinhold Fehrenbach: Excusez moi, Monsieur le Chancelier, mais ....
Von Schoenberg: Général!Je vous ordonne de tirer!
Général Reinhold Fehrenbach: Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Chancelier, je ne pense pas que ce soit la solution la plus opportune.
Von Schoenberg: Ah bon? Alors que proposez-vous? De les inviter bien gentiment à prendre le thé et de le dire que ce n'est vraiment pas bien ce qu'ils font. Soyez lucide. Ils veulent nos têtes. Alors, je ne me répéterai pas Général. Je vous ai donné un ordre, exécutez-le!
Général Reinhold Fehrenbach: Monsieur le Chancelier....Ce sont des Quantariens. Vous n'allez tout de même pas....
Von Schoenberg: Ce sont des communistes avant tout! Alors maintenant donnez cet ordre.
Le Chef d'État-major se tourna alors vers son aide de camp.
Général Reinhold Fehrenbach: Je n'avais jamais pensé qu'un jour, on me demanderai de tirer sur mon peuple. Je ne l'avais même, pour ainsi dire, jamais imaginé. On vous apprend bien des choses utiles à l'École Militaire mais on ne vous apprend jamais à gérer une telle situation. S'est toujours le fruit du fait accompli. On omet même souvent de vous préciser que parfois, au nom de l'intérêt général, un homme politique, inexpérimenté, peut vous donner l'ordre un peu fou de tirer sur la foule parce que celle-ci ose témoigner de son désespoir, de son mépris, de sa colère. Mais on oublie jamais vous dire que l'avenir de votre pays tient à la décision que vous allez prendre. De quel côté aujourd'hui est la véritable démocratie? Du vôtre Monsieur le Chancelier ou du leur? Sur qui dois-je tirer?
Von Schoenberg: Taisez-vous Général ou je serais dans l'obligation de prendre des mesures disciplinaires. [se tournant vers l'aide de camp]. Maintenant tirez!
L'aide de camp semblait hésiter.. Peut-être réfléchissait-il, sans doute encore bouleversé par les propos de son Général. Il attendait une réponse du Général. Elle ne venait pas. Il sortit, néanmoins, rapidement de sa rêverie, salua le Chancelier, puis s'éloigna. Son pas ferme et assuré s'éloignait sur la moquette du couloir. Un ultime silence précéda le bruit de la mitraille et les cris, cette fois de douleur, des manifestants tués ou blessés. L'affolement était total. La scène apocalyptique. Le Chancelier, lui, s'était empressé de revenir à la fenêtre. Un sourire à peine voilé sur le coin des lèvres, il admirait « le spectacle » et s'en délectait même. Il marmonnait des phrases incompréhensibles pour qui l'entourait mais on pouvait distinguer quelques mots: vengeance, pourriture, sales communistes. La haine l'animait. Il semblait même possédé. Personne ne le reconnaissait. Tous étaient persuadés qu'il était devenu fou mais personne n'osait contester son autorité. Même l'aventure un peu cavalière du Général était restée lettre morte. Aucun soutien n'était venu lui prêter main-forte. La plupart des protestataires s'étaient maintenant dispersés. Les seuls restants étaient soit morts, soit grièvement blessés. Du haut du troisième étage de la Chancellerie, on pouvait voir l'étendue des « dégâts ». Des centaines de corps criblés de balles, des marrés de sang, des hommes et des femmes appelant au secours sans que personne n'intervienne. Les militaires avaient stoppé l'assaut et s'occupaient désormais à sécuriser les lieux et rassembler les blessés. Le « travail » terminé, le Chancelier se tourna vers le Chef d'État-major. Il le regardait avec un profond dédain.
Von Schoenberg: Vous pensiez vraiment qu'ils vous auraient épargné? Vous pensiez qu'ils auraient eu la moindre compassion pour vous? Vous êtes le chef d'État-major. Vous avez collaboré mon cher Reinhold. Vous auriez été jugé puis exécuté. Si défendre le Quantar et la République n'est pas une tâche qui mérite votre attention, sachez au moins voir où sont vos intérêts. [Il s'arrêta un instant]. Je vais être magnanime avec vous et passer l'éponge sur ce...petit écart. Mais sachez qu'à l'avenir, je ne tolérerai plus que vous contestiez mes ordres.
Général Reinhold Fehrenbach: Encore faut-il qu'il y ait un avenir...Monsieur le Chancelier.
Sur ces mots, le Général s'éclipsa. Il était heureux. Plus que jamais heureux. Très bon acteur aussi. Il avait des performances que lui-même ne soupçonnait pas. Il avait parfaitement simulé le Général hésitant et falot. Et quel discours? Il en était encore ému. Son plan avait fonctionné, un véritable quitte ou double. Le Chancelier ne dépendait plus que du bon vouloir de l'armée, de son bon vouloir, sans même se douter de ses propres intentions. Qui pourrait croire à l'ambition d'un Général qui n'ose pas tirer sur la foule. Il pouvait désormais enclencher la deuxième phase de son plan. Une chose était sûre, demain le Quantar se réveillera avec un nouveau chef.
Général Reinhold Fehrenbach: [A son aide de camp]. Transmettez cette lettre.
Une discrète berline noire attendait le Général. Il s'y engouffra rapidement et la voiture, à toute allure, prit la direction du centre-ville. A quelque mètre seulement de sa destination, le convoi fut stoppé par une énième manifestation. Sans doute, les restes de celle qui avait dignement et courageusement affronté la mitraille. A la vue de la berline, la foule, plus que jamais agitée, s'avança rapidement reconnaissant là un officiel du gouvernement. Des pierres s'abattirent sur la carrosserie, des tirs se firent entendre, des insultes fusèrent. La voiture eut juste le temps d'entamer une marche arrière et de s'engouffrer dans une rue déserte. Le Général pouvait souffler. Il avait de justesse éviter le pire. A peine eut-il le temps de goûter à cette satisfaction, qu'une deuxième berline, puis une troisième, encerclèrent, avec rapidité, le convoi. Les quelques gardes affectés à la protection du Chef d'État-major furent maîtrisés. Le Général assistait, médusé et impuissant, à la scène. Un homme, cagoulé et armé, arborant sur son épaule droite la faucille et le marteau fièrement bordés d'une couronne de laurier, saisit violemment le Général par l'épaule afin de l'extraire du véhicule. Ce dernier sentait sa fin proche. Il était tombé aux mains de l'ennemi. Tous étaient persuadés que l'ordre venait de lui. Le Chancelier avait raison. Il sera jugé puis exécuté. L'Histoire ne retiendra de lui que la figure d'un Général sanguinaire qui n'hésita pas à tirer sur son peuple pour sauver une République en décrépitude. Avec force, il fut installé dans la seconde berline qui prit immédiatement la direction de la banlieue lyönsaise. Après tout, peut-être n'y aurait-il pas de procès. Il serait exécuté en toute discrétion et dans l'indifférence générale. Une folle idée avait même traversé son esprit. Ce n'était sans doute pas des communistes mais les petits mains du Chancelier qui faisaient là encore le sale boulot. Ce dernier n'ayant pu tolérer ses critiques. Devant un si insupportable destin, il prit la résolution d'en finir lui-même. Il ne pouvait de toute façon plus lutter. Une capsule de cyanure, préparée par ses soins, logeait toujours dans la poche gauche de sa veste. Précaution de militaire. Profitant d'un moment d'égarement de ses ravisseurs, il saisit discrètement la fiole et la croqua de toutes ses forces. Des vertiges le saisirent, sa respiration s'accéléra. Il perdit conscience. Voilà comment finissent les ambitions.
-
Bonaparte N
<center>III-La Renaissance
A-L'envol de l'Aigle
République Fédérale du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=292465Lenvoldelaigle.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/292465Lenvoldelaigle.png[/img][/url]</center>
La pièce était très blanche. D'un blanc éblouissant. Sa vision le troublait même. Tout était flou. Il ne parvenait pas à ouvrir complètement ses yeux si ce n'est avec douleur. La luminosité de la pièce n'arrangeait d'ailleurs rien à sa situation. Ne pouvant rien voir, il espérait au moins entendre. Les indices ne furent pas plus satisfaisants de ce côté-là non plus. Il entendait bien des pas lents qui s'éloignaient puis se rapprochaient, et quelque fois s'arrêtaient, mais il ne pouvait distinguer personne. Soudain, un homme s'approcha de lui.
Inconnu n°1: Comment vous sentez-vous?
Inconnu n°2: Où...Où suis-je?.... Mais qui êtes-vous?
Inconnu n°1: Vous êtes en lieu sûr. Vous n'avez absolument rien à craindre.
Inconnu n°2: Qu'est-ce que je fais là?
Inconnu n°1: Vous ne vous souvenez donc de rien?
Inconnu n°2: Non, enfin...tout se bouscule un peu.
Inconnu n°1: Vous rappelez-vous de l'assaut?
Inconnu n°2: Oui...légèrement. Il y avait...Il y avait tant de corps, tant de sang...Oh ma tête! Argh! C'est insupportable.... Qu'est-ce qui s'est passé?
Inconnu n°1: Vous souvenez-vous de la lettre?
Inconnu n°2: La lettre?
Inconnu n°1: Oui. La lettre que nous vous avions transmise
Inconnu n°2: Oui, parfaitement...[un long instant s'écoula] Ah! je comprends mieux maintenant. [Puis réfléchissant encore un cours instant]. Je...je suis d'accord...Enfin je veux dire....je vous suis désormais.
L'inconnu esquissa un léger sourire. De toute façon, il n'avait plus le choix. Il était désormais entre ses mains. L'épisode de la veille, et le massacre qui avait suivi, n'allait cette fois-ci pas se répéter.
Inconnu n°1: Parfait. Je vous souhaite un bon rétablissement. Soignez-vous bien et ménagez-vous.
Inconnu n°2: Attendez! Quand? Quand souhaitez-vous....agir?
Inconnu n°1: Le plus tôt possible. [devant l'attente de son interlocuteur]. Dès ce soir, si votre état le permet.
----------------------------------------------------------------------------------
23h55, Lyöns, quartier du Parlement. Une berline noire s'avança discrètement auprès de l'imposant barrage de sécurité. Pas moins d'une centaine de soldats gardaient les abords de la Chancellerie. Plus que jamais, elle prenait l'allure d'une vaste forteresse. Von Schoenberg se bunkérisait. Depuis un mois il n'était plus sorti, donnant ses ordres depuis son bureau et vivant dans les appartements privés de la Chancellerie. Simple mesure de sécurité. La démocratie quantarienne n'était plus qu'une illusion. Le Parlement ne siégeait plus, les décrets-lois se multipliaient, les élections avaient été repoussées, sur ordre du Chancelier, à « une date indéterminée ». Tout cela dans l'indifférence la plus générale de la communauté internationale et surtout des principaux alliés du Quantar. Devant une telle attitude, le Chancelier ne pouvait qu'être satisfait et poursuivre dans cette voie. Rien ne pouvait l'arrêter. Le monde avait vu tellement d'horreur, au cours de ces dernières années, qu'il ne semblait pas utile de condamner de tels agissements. Le Quantar traversait seulement une épreuve difficile. Rares sont les grands changements sans dégâts collatéraux. Le dispositif avait, depuis l'attaque, été renforcé. Plus d'hommes et plus de matériels. Le meilleur régiment de la Bundeswehr, le Fallschirmjägerbataillon 1 (1er bataillon des parachutistes), avait même été déployé pour renforcer le dispositif. Absolument personne ne pouvait, sans une capacité de déploiement et de frappe similaire, pénétrait au sein de la Chancellerie. Les communistes l'avaient appris à leurs dépens. Il ne fallait désormais plus compter sur l'indulgence et la compréhension de l'armée. Depuis le 21 octobre 2021, tout le monde savait que des Quantariens étaient capables de tirer sur d'autres Quantariens.
Un soldat se chargea de contrôler l'identité des occupants. Puis, après avoir jeté un rapide coup d'oeil, il laissa passer le convoi. Le véhicule se gara dans la cour ouest de la Chancellerie. Deux hommes en sortirent.
La Chancellerie était déserte, ses couloirs, sombres, n'avaient que pour seul éclairage la Lune qui trônait fièrement dans le ciel de la Capitale en ce soir de novembre. Les deux hommes prirent la direction du bureau du Chancelier en prenant soin de remercier l'huissier qui souhaitait les accompagner. Après tout, ils connaissaient bien les lieux. Le long couloir qui menait au lieu névralgique du pouvoir quantarien était étonnamment vide. Un vide rendu plus imposant et inquiétant encore par la configuration des lieux. La ressemblance avec les longs dédales des pyramides était saisissante. Les chandeliers remplaçaient les flambeaux, la moquette, la terre battue mais l'atmosphère, elle, était identique. Qu'est-ce qu'il y avait au bout? Le tombeau du pharaon. Aucun soldat n'y montait la garde. Pas même un garde du corps. Le Chancelier se sentait intouchable voire invulnérable. L'armée au-dehors lui suffisait amplement. Les deux hommes apercevaient la porte entrouverte du bureau. Il était éclairé mais il semblait n'y avoir personne. Un profond calme régnait sur les lieux au point qu'ils pouvaient entendre le battement de leur coeur. Le périple se terminait. Les deux hommes arrivèrent au but. L'un entra dans le bureau en poussant légèrement la porte. L'autre resta dans l'ouverture en prenant soin d'éteindre la lumière du couloir.
Le Chancelier était assis, dos à la porte, face à la baie vitrée, dans un canapé de cuir noir. Un verre de whisky coor à la main, il admirait la vue. Il paraissait pensif et massait, de temps en temps, sa barbe de trois jours, réflexe de philosophe. Sa déchéance physique était étonnante. C'est en tout cas ce que remarqua l'homme en entrant. Sa calvitie était plus prononcée. Ses cheveux blancs tendaient vers le gris. Son costume n'avait visiblement pas été repassé, ni même changeait. Le pouvoir l'usait. Il s'était mis à boire de plus en plus en témoignait les cadavres de bouteilles qui s'accumulaient sur la table basse du bureau. Ses sauts d'humeur étaient plus fréquents, ses décisions plus absurdes et inconscientes. Ses plus proches conseillers, et par la même les plus compétents, avaient quitté le navire. Les uns avaient été remerciés, les autres avaient décidé de partir. L'homme se racla doucement la gorge pour signaler sa présence. Le Chancelier se retourna. L'homme fut frappé de stupeur. C'était pire qu'il n'avait pu l'imaginer. En deux jours, Von Schoenberg était devenu méconnaissable au point même qu'il se demanda s'il avait affaire au Chancelier. Il avait la trogne violacée d'un alcoolique. Ses traits étaient tirés, il n'avait visiblement pas dormi. Sa peau avait pris une teinte cadavérique et de larges poches s'étaient creusées sous ses yeux. Sa chemise, déboutonnée jusqu'au torse, était crasseuse et froissée. Le Chancelier avait même de la peine à se tenir debout mais il fit quand même l'effort d'aller à la rencontre de son interlocuteur. Von Schoenberg avait soixante-six ans, il en paraissait vingt de plus.
Von Schoenberg: Herr General! C'est un plaisir de vous voir...
Une quinte de toux arrêta le Chancelier. Il devait avoir puisé dans ses dernières réserves d'énergie.
Von Schoenberg: J'espère que vous m'apportez de bonnes nouvelles! [le Général voulut répondre mais il le coupa d'un signe de main]. J'ai reçu cet après-midi le directeur des services secrets. Sacré bonhomme. Il m'a conseillé de mener une vaste opération anticommuniste et antimonarchiste...Les traquer, les trouver et les tuer. Tous. L'un après l'autre. Maison par maison s'il le faut....Bon programme, n'est-ce pas?
Et il se mit à rire d'un rire glacial et sadique proche de la folie. Visiblement il délirait sans doute aidé par l'alcool.
Von Schoenberg: Pensez-vous m'aider, Général. On avait fait bon équipe la dernière fois. [Il se dirigea vers son bureau. Il ouvrit un dossier et prit une feuille]. Tenez, deux cent vingt-six. Deux cent vingt-six morts. C'est plutôt un bon début. On peut certes toujours faire mieux mais il y a du potentiel. Et c'est pas tout. Non, non, le meilleur arrive [rire pervers]. Hugo Bethman, Général. Hugo Bethman mort. N'est-ce pas réjouissant?
Reinhold Fehrenbach était resté silencieux. Il écoutait mais n'osait pas croire à ce qu'il entendait. Il fixait le Chancelier d'un regard triste et avait presque de la compassion. Il avait devant lui un homme brisé et désemparé.
Von Schoenberg: Heureusement vous êtes là Reinhold. Mon vieil ami d'enfance. Vous allez m'aider? Hein! Dites que vous allez m'aider!
Le ton était désespérant. Lui aussi savait qu'il était perdu et condamné. L'armée, voilà son unique argument pour gouverner. Même les libéraux avaient pris leurs distances. Au soir du 21 octobre, l'ensemble du gouvernement avait démissionné hormis quelques-uns dont Stauffenberg. Le peuple fidèle au gouvernement s'était fait plus discret. Honteux. D'anciens partisans avaient même rejoint les communistes et les traditionalistes. Il savait que tout était une question de temps mais il avait profondément cru que ce temps lui serait favorable. Favorable pour reprendre en main la situation politique et économique. Favorable pour mater la rébellion. Mais les décisions avaient été mauvaises, hasardeuses, précipitées. La volonté avait fini par l'abandonner. Le désespoir par le saisir. Il combattait mais avec lui-même, avec ses propres démons, sa propre conscience, ses propres remords. Voilà la cause de son insomnie. Il savait pertinent ce que venait faire aujourd'hui le Général. Mais il ne pouvait cependant l'admettre. Ce serait comme accepter sa perte. Le Chancelier avait espéré qu'il se rétracterait au dernier moment. Il n'en était rien. Ses efforts étaient vains. Il le voyait dans le Général, dans son attitude, dans ses yeux. Son corps parlait mais lui restait silencieux. Ce n'était d'ailleurs pas plus mal, Von Schoenberg n'aurait pas supporté la critique. Le Chancelier savait qu'il inspirait sinon le dégoût au moins la pitié. Cela lui était insupportable. Un Von Schoenberg n'inspire pas la pitié. Une de ses dernières fiertés. Von Schoenberg était un homme au pied du mur qui avait, ces deux derniers jours, mesurait toute l'horreur de sa nature. Il attendait désormais sa punition. Un profond silence avait suivi ce cri de désespoir. Le temps pour le Général de prendre une profonde inspiration et de s'avancer vers le Chancelier. Puis d'un ton solennel, il scella son sort.
Reinhold Fehrenbach: Monsieur Von Schoenberg, je vous mets aux arrêts.
Le couperet était tombé. Une page se tournait. Le dernier pilier du gouvernement venait de s'effondrer et avec lui l'imposant édifice républicain fruit de cent trente-quatre ans d'efforts. Le Chancelier se contenta de sourire. Il avait au moins la satisfaction d'avoir eu raison. A la terrible sentence du Général, le deuxième homme, qui était resté dans l'ombre, s'avança. En le voyant, le Chancelier esquissa un sourire. Il avait voulu le faire taire mais aujourd'hui s'était lui qui était dans son bureau et qui imposait ses conditions.
Von Schoenberg: J'aurais voulu que tout cela se passe autrement. [se regardant]. Plus dignement. Je ne regrette toutefois rien. J'estime avoir pris les bonnes décisions. Que l'histoire m'accorde au moins cela. [se tournant vers le deuxième homme]. Il me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance....Monsieur Von Münster.
Dès cet instant, tout alla très vite. Von Schoenberg quitta discrètement la Chancellerie et fut incarcéré, en toute dignité, à l'hôtel particulier Lesserman, non loin du quartier du Parlement. Ferdinand von Münster prit possession de la Chancellerie où il s'empressa de rédiger le communiqué annonçant la proclamation de l'Empire et sa nomination au poste de Chancelier par intérim. Quel moment! Quelle joie! Il sentait la fierté et la satisfaction monter en lui. Tant d'efforts récompensés. La discrétion et la stratégie l'avaient emporté sur l'impétuosité et l'inconscience. A ce moment précis, il n'écrivait pas un banal communiqué. Il écrivait l'Histoire. Une seconde missive fut envoyée au Thorval. Puis enfin des dizaines d'autres aux ambassades étrangères au Quantar pour rassurer les autorités sur les intentions du nouveau gouvernement. Le Général Reinhold Fehrenbach s'était vu remettre la difficile tâche de convaincre l'armée de prêter allégeance au nouveau régime. Car si le coup d'état avait été finement préparé et s'était déroulé selon les plans établis, la survie du nouveau régime ne dépendait que du consentement des principaux officiers. Il avait pour se faire esquissé un plan audacieux: Réunir l'ensemble du haut-commandement quantarien à la Chancellerie sous prétexte d'une réunion extraordinaire du Chancelier. Là, il s'enferma dans une pièce à l'écart et abattit ses cartes. Le Chef d'État-major de la Heer, Karl von Reicht, allait être nommé d'État-major des armées. Les deux autres, Mandfred Landscart et Albert Lussen, conserveront leur poste. Le Général Herman Lögen, prendra la place de Von Reicht. Fehrenbach, lui, s'était vu promettre le Ministère de la Défense par Ferdinand von Münster. Enfin, un avancement était prévu pour les commandants des divisions de la Heer, de la Luftwaffe et de la Bundesmarine.
Karl von Reicht: Si je comprends bien, vous nous demandez d'être complice de votre coup d'État.
Reinhold Fehrenbach: Exactement. Soit complices. Soit...victimes.
Les Généraux se regardèrent un instant, firent semblant de réfléchir, bien que la décision était déjà mûrement réfléchie, puis ils approuvèrent. Les choses se présentaient idéalement. Immédiatement, ils furent mobilisés pour rassurer les militaires les plus soucieux sur les bonnes intentions du nouveau gouvernement, ficher les réticents, avancer les plus zélés et rétablir l'ordre au sein de la population si les événements le nécessitaient. Pendant, ce temps, un bataillon de la Panzerbrigade 10 s'occupait de l'arrestation des principales figures politiques quantarienne: Le Président de la République, le Président du Bundestag et du Bundesrat, le Ministre de la Défense, le Ministre de l'Intérieur, le leader du Parti communiste et le directeur du Bundesnachrichtendienst (service secret quantarien) pour ne citer qu'eux. La ville de Lyöns témoignait d'une vive agitation ce qui ne manqua pas d'inquiéter et d'étonner les Quantariens qui s'étaient habitués à vivre sous les restrictions dues au couvre-feu. Derrière leurs fenêtres, ils voyaient l'armée s'agitait, des véhicules passaient à toute allure, des militaires se déployaient. Tout cela était finement organisé ce qui angoissa beaucoup la population. Elle redoutait une énième folie du gouvernement en place et certains barricadèrent leurs demeures. A 4h00 du matin, l'ensemble du pays, et le monde entier, fut fixé. L'Empire fut proclamé.
A-L'envol de l'Aigle
République Fédérale du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=292465Lenvoldelaigle.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/292465Lenvoldelaigle.png[/img][/url]</center>
La pièce était très blanche. D'un blanc éblouissant. Sa vision le troublait même. Tout était flou. Il ne parvenait pas à ouvrir complètement ses yeux si ce n'est avec douleur. La luminosité de la pièce n'arrangeait d'ailleurs rien à sa situation. Ne pouvant rien voir, il espérait au moins entendre. Les indices ne furent pas plus satisfaisants de ce côté-là non plus. Il entendait bien des pas lents qui s'éloignaient puis se rapprochaient, et quelque fois s'arrêtaient, mais il ne pouvait distinguer personne. Soudain, un homme s'approcha de lui.
Inconnu n°1: Comment vous sentez-vous?
Inconnu n°2: Où...Où suis-je?.... Mais qui êtes-vous?
Inconnu n°1: Vous êtes en lieu sûr. Vous n'avez absolument rien à craindre.
Inconnu n°2: Qu'est-ce que je fais là?
Inconnu n°1: Vous ne vous souvenez donc de rien?
Inconnu n°2: Non, enfin...tout se bouscule un peu.
Inconnu n°1: Vous rappelez-vous de l'assaut?
Inconnu n°2: Oui...légèrement. Il y avait...Il y avait tant de corps, tant de sang...Oh ma tête! Argh! C'est insupportable.... Qu'est-ce qui s'est passé?
Inconnu n°1: Vous souvenez-vous de la lettre?
Inconnu n°2: La lettre?
Inconnu n°1: Oui. La lettre que nous vous avions transmise
Inconnu n°2: Oui, parfaitement...[un long instant s'écoula] Ah! je comprends mieux maintenant. [Puis réfléchissant encore un cours instant]. Je...je suis d'accord...Enfin je veux dire....je vous suis désormais.
L'inconnu esquissa un léger sourire. De toute façon, il n'avait plus le choix. Il était désormais entre ses mains. L'épisode de la veille, et le massacre qui avait suivi, n'allait cette fois-ci pas se répéter.
Inconnu n°1: Parfait. Je vous souhaite un bon rétablissement. Soignez-vous bien et ménagez-vous.
Inconnu n°2: Attendez! Quand? Quand souhaitez-vous....agir?
Inconnu n°1: Le plus tôt possible. [devant l'attente de son interlocuteur]. Dès ce soir, si votre état le permet.
----------------------------------------------------------------------------------
23h55, Lyöns, quartier du Parlement. Une berline noire s'avança discrètement auprès de l'imposant barrage de sécurité. Pas moins d'une centaine de soldats gardaient les abords de la Chancellerie. Plus que jamais, elle prenait l'allure d'une vaste forteresse. Von Schoenberg se bunkérisait. Depuis un mois il n'était plus sorti, donnant ses ordres depuis son bureau et vivant dans les appartements privés de la Chancellerie. Simple mesure de sécurité. La démocratie quantarienne n'était plus qu'une illusion. Le Parlement ne siégeait plus, les décrets-lois se multipliaient, les élections avaient été repoussées, sur ordre du Chancelier, à « une date indéterminée ». Tout cela dans l'indifférence la plus générale de la communauté internationale et surtout des principaux alliés du Quantar. Devant une telle attitude, le Chancelier ne pouvait qu'être satisfait et poursuivre dans cette voie. Rien ne pouvait l'arrêter. Le monde avait vu tellement d'horreur, au cours de ces dernières années, qu'il ne semblait pas utile de condamner de tels agissements. Le Quantar traversait seulement une épreuve difficile. Rares sont les grands changements sans dégâts collatéraux. Le dispositif avait, depuis l'attaque, été renforcé. Plus d'hommes et plus de matériels. Le meilleur régiment de la Bundeswehr, le Fallschirmjägerbataillon 1 (1er bataillon des parachutistes), avait même été déployé pour renforcer le dispositif. Absolument personne ne pouvait, sans une capacité de déploiement et de frappe similaire, pénétrait au sein de la Chancellerie. Les communistes l'avaient appris à leurs dépens. Il ne fallait désormais plus compter sur l'indulgence et la compréhension de l'armée. Depuis le 21 octobre 2021, tout le monde savait que des Quantariens étaient capables de tirer sur d'autres Quantariens.
Un soldat se chargea de contrôler l'identité des occupants. Puis, après avoir jeté un rapide coup d'oeil, il laissa passer le convoi. Le véhicule se gara dans la cour ouest de la Chancellerie. Deux hommes en sortirent.
La Chancellerie était déserte, ses couloirs, sombres, n'avaient que pour seul éclairage la Lune qui trônait fièrement dans le ciel de la Capitale en ce soir de novembre. Les deux hommes prirent la direction du bureau du Chancelier en prenant soin de remercier l'huissier qui souhaitait les accompagner. Après tout, ils connaissaient bien les lieux. Le long couloir qui menait au lieu névralgique du pouvoir quantarien était étonnamment vide. Un vide rendu plus imposant et inquiétant encore par la configuration des lieux. La ressemblance avec les longs dédales des pyramides était saisissante. Les chandeliers remplaçaient les flambeaux, la moquette, la terre battue mais l'atmosphère, elle, était identique. Qu'est-ce qu'il y avait au bout? Le tombeau du pharaon. Aucun soldat n'y montait la garde. Pas même un garde du corps. Le Chancelier se sentait intouchable voire invulnérable. L'armée au-dehors lui suffisait amplement. Les deux hommes apercevaient la porte entrouverte du bureau. Il était éclairé mais il semblait n'y avoir personne. Un profond calme régnait sur les lieux au point qu'ils pouvaient entendre le battement de leur coeur. Le périple se terminait. Les deux hommes arrivèrent au but. L'un entra dans le bureau en poussant légèrement la porte. L'autre resta dans l'ouverture en prenant soin d'éteindre la lumière du couloir.
Le Chancelier était assis, dos à la porte, face à la baie vitrée, dans un canapé de cuir noir. Un verre de whisky coor à la main, il admirait la vue. Il paraissait pensif et massait, de temps en temps, sa barbe de trois jours, réflexe de philosophe. Sa déchéance physique était étonnante. C'est en tout cas ce que remarqua l'homme en entrant. Sa calvitie était plus prononcée. Ses cheveux blancs tendaient vers le gris. Son costume n'avait visiblement pas été repassé, ni même changeait. Le pouvoir l'usait. Il s'était mis à boire de plus en plus en témoignait les cadavres de bouteilles qui s'accumulaient sur la table basse du bureau. Ses sauts d'humeur étaient plus fréquents, ses décisions plus absurdes et inconscientes. Ses plus proches conseillers, et par la même les plus compétents, avaient quitté le navire. Les uns avaient été remerciés, les autres avaient décidé de partir. L'homme se racla doucement la gorge pour signaler sa présence. Le Chancelier se retourna. L'homme fut frappé de stupeur. C'était pire qu'il n'avait pu l'imaginer. En deux jours, Von Schoenberg était devenu méconnaissable au point même qu'il se demanda s'il avait affaire au Chancelier. Il avait la trogne violacée d'un alcoolique. Ses traits étaient tirés, il n'avait visiblement pas dormi. Sa peau avait pris une teinte cadavérique et de larges poches s'étaient creusées sous ses yeux. Sa chemise, déboutonnée jusqu'au torse, était crasseuse et froissée. Le Chancelier avait même de la peine à se tenir debout mais il fit quand même l'effort d'aller à la rencontre de son interlocuteur. Von Schoenberg avait soixante-six ans, il en paraissait vingt de plus.
Von Schoenberg: Herr General! C'est un plaisir de vous voir...
Une quinte de toux arrêta le Chancelier. Il devait avoir puisé dans ses dernières réserves d'énergie.
Von Schoenberg: J'espère que vous m'apportez de bonnes nouvelles! [le Général voulut répondre mais il le coupa d'un signe de main]. J'ai reçu cet après-midi le directeur des services secrets. Sacré bonhomme. Il m'a conseillé de mener une vaste opération anticommuniste et antimonarchiste...Les traquer, les trouver et les tuer. Tous. L'un après l'autre. Maison par maison s'il le faut....Bon programme, n'est-ce pas?
Et il se mit à rire d'un rire glacial et sadique proche de la folie. Visiblement il délirait sans doute aidé par l'alcool.
Von Schoenberg: Pensez-vous m'aider, Général. On avait fait bon équipe la dernière fois. [Il se dirigea vers son bureau. Il ouvrit un dossier et prit une feuille]. Tenez, deux cent vingt-six. Deux cent vingt-six morts. C'est plutôt un bon début. On peut certes toujours faire mieux mais il y a du potentiel. Et c'est pas tout. Non, non, le meilleur arrive [rire pervers]. Hugo Bethman, Général. Hugo Bethman mort. N'est-ce pas réjouissant?
Reinhold Fehrenbach était resté silencieux. Il écoutait mais n'osait pas croire à ce qu'il entendait. Il fixait le Chancelier d'un regard triste et avait presque de la compassion. Il avait devant lui un homme brisé et désemparé.
Von Schoenberg: Heureusement vous êtes là Reinhold. Mon vieil ami d'enfance. Vous allez m'aider? Hein! Dites que vous allez m'aider!
Le ton était désespérant. Lui aussi savait qu'il était perdu et condamné. L'armée, voilà son unique argument pour gouverner. Même les libéraux avaient pris leurs distances. Au soir du 21 octobre, l'ensemble du gouvernement avait démissionné hormis quelques-uns dont Stauffenberg. Le peuple fidèle au gouvernement s'était fait plus discret. Honteux. D'anciens partisans avaient même rejoint les communistes et les traditionalistes. Il savait que tout était une question de temps mais il avait profondément cru que ce temps lui serait favorable. Favorable pour reprendre en main la situation politique et économique. Favorable pour mater la rébellion. Mais les décisions avaient été mauvaises, hasardeuses, précipitées. La volonté avait fini par l'abandonner. Le désespoir par le saisir. Il combattait mais avec lui-même, avec ses propres démons, sa propre conscience, ses propres remords. Voilà la cause de son insomnie. Il savait pertinent ce que venait faire aujourd'hui le Général. Mais il ne pouvait cependant l'admettre. Ce serait comme accepter sa perte. Le Chancelier avait espéré qu'il se rétracterait au dernier moment. Il n'en était rien. Ses efforts étaient vains. Il le voyait dans le Général, dans son attitude, dans ses yeux. Son corps parlait mais lui restait silencieux. Ce n'était d'ailleurs pas plus mal, Von Schoenberg n'aurait pas supporté la critique. Le Chancelier savait qu'il inspirait sinon le dégoût au moins la pitié. Cela lui était insupportable. Un Von Schoenberg n'inspire pas la pitié. Une de ses dernières fiertés. Von Schoenberg était un homme au pied du mur qui avait, ces deux derniers jours, mesurait toute l'horreur de sa nature. Il attendait désormais sa punition. Un profond silence avait suivi ce cri de désespoir. Le temps pour le Général de prendre une profonde inspiration et de s'avancer vers le Chancelier. Puis d'un ton solennel, il scella son sort.
Reinhold Fehrenbach: Monsieur Von Schoenberg, je vous mets aux arrêts.
Le couperet était tombé. Une page se tournait. Le dernier pilier du gouvernement venait de s'effondrer et avec lui l'imposant édifice républicain fruit de cent trente-quatre ans d'efforts. Le Chancelier se contenta de sourire. Il avait au moins la satisfaction d'avoir eu raison. A la terrible sentence du Général, le deuxième homme, qui était resté dans l'ombre, s'avança. En le voyant, le Chancelier esquissa un sourire. Il avait voulu le faire taire mais aujourd'hui s'était lui qui était dans son bureau et qui imposait ses conditions.
Von Schoenberg: J'aurais voulu que tout cela se passe autrement. [se regardant]. Plus dignement. Je ne regrette toutefois rien. J'estime avoir pris les bonnes décisions. Que l'histoire m'accorde au moins cela. [se tournant vers le deuxième homme]. Il me reste plus qu'à vous souhaiter bonne chance....Monsieur Von Münster.
Dès cet instant, tout alla très vite. Von Schoenberg quitta discrètement la Chancellerie et fut incarcéré, en toute dignité, à l'hôtel particulier Lesserman, non loin du quartier du Parlement. Ferdinand von Münster prit possession de la Chancellerie où il s'empressa de rédiger le communiqué annonçant la proclamation de l'Empire et sa nomination au poste de Chancelier par intérim. Quel moment! Quelle joie! Il sentait la fierté et la satisfaction monter en lui. Tant d'efforts récompensés. La discrétion et la stratégie l'avaient emporté sur l'impétuosité et l'inconscience. A ce moment précis, il n'écrivait pas un banal communiqué. Il écrivait l'Histoire. Une seconde missive fut envoyée au Thorval. Puis enfin des dizaines d'autres aux ambassades étrangères au Quantar pour rassurer les autorités sur les intentions du nouveau gouvernement. Le Général Reinhold Fehrenbach s'était vu remettre la difficile tâche de convaincre l'armée de prêter allégeance au nouveau régime. Car si le coup d'état avait été finement préparé et s'était déroulé selon les plans établis, la survie du nouveau régime ne dépendait que du consentement des principaux officiers. Il avait pour se faire esquissé un plan audacieux: Réunir l'ensemble du haut-commandement quantarien à la Chancellerie sous prétexte d'une réunion extraordinaire du Chancelier. Là, il s'enferma dans une pièce à l'écart et abattit ses cartes. Le Chef d'État-major de la Heer, Karl von Reicht, allait être nommé d'État-major des armées. Les deux autres, Mandfred Landscart et Albert Lussen, conserveront leur poste. Le Général Herman Lögen, prendra la place de Von Reicht. Fehrenbach, lui, s'était vu promettre le Ministère de la Défense par Ferdinand von Münster. Enfin, un avancement était prévu pour les commandants des divisions de la Heer, de la Luftwaffe et de la Bundesmarine.
Karl von Reicht: Si je comprends bien, vous nous demandez d'être complice de votre coup d'État.
Reinhold Fehrenbach: Exactement. Soit complices. Soit...victimes.
Les Généraux se regardèrent un instant, firent semblant de réfléchir, bien que la décision était déjà mûrement réfléchie, puis ils approuvèrent. Les choses se présentaient idéalement. Immédiatement, ils furent mobilisés pour rassurer les militaires les plus soucieux sur les bonnes intentions du nouveau gouvernement, ficher les réticents, avancer les plus zélés et rétablir l'ordre au sein de la population si les événements le nécessitaient. Pendant, ce temps, un bataillon de la Panzerbrigade 10 s'occupait de l'arrestation des principales figures politiques quantarienne: Le Président de la République, le Président du Bundestag et du Bundesrat, le Ministre de la Défense, le Ministre de l'Intérieur, le leader du Parti communiste et le directeur du Bundesnachrichtendienst (service secret quantarien) pour ne citer qu'eux. La ville de Lyöns témoignait d'une vive agitation ce qui ne manqua pas d'inquiéter et d'étonner les Quantariens qui s'étaient habitués à vivre sous les restrictions dues au couvre-feu. Derrière leurs fenêtres, ils voyaient l'armée s'agitait, des véhicules passaient à toute allure, des militaires se déployaient. Tout cela était finement organisé ce qui angoissa beaucoup la population. Elle redoutait une énième folie du gouvernement en place et certains barricadèrent leurs demeures. A 4h00 du matin, l'ensemble du pays, et le monde entier, fut fixé. L'Empire fut proclamé.
-
Bonaparte N
<center>III-La Renaissance
B-Le retour d'Exil
Empire du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=374429Reichsstrae.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/374429Reichsstrae.png[/img][/url]</center>
Empire du Quantar, 00h15, Lyöns
La nuit lyönsaise était particulièrement sombre et noire en ce soir de novembre. Il avait plu toute la journée si bien qu'il n'y avait eu presque personne dans les rues. Ça n'était pas tellement la pluie plus que le froid qui décourageait les Quantariens mais bien les mesures draconiennes de sécurité qui avaient suivi l'avènement de l'Empire. Car si certains voyaient la fin de la République comme une libération et étaient, de fait, prêt à accepter l'idée de se soumettre à cet empereur sortit des profondeurs thorvaliennes, d'autres accueillaient cette nouvelle avec beaucoup moins d'enthousiasme. L'opinion quantarienne était, comme à son habitude, profondément divisée et l'empereur allait devoir faire ses preuves. Beaucoup de défis allaient l'attendre et en premier lieu celui de la situation économique et sociale. C'est sur ce point qu'il allait être jugé. Et l'opinion était en général impardonnable au moindre faux-pas. La nouvelle de la venue prochaine de l'empereur avait fuité dans la presse, au grand dam des autorités, si bien que les Quantariens l'attendaient de pied ferme à l'image de ses deux hommes tranquillement installés prêt d'un bosquet du Tingenpark.
Inconnu n°1: Cette endroit est parfait.
Inconnu n°2: Qu'est ce que je t'avais dit! On a une vue imprenable!
Inconnu n°1: Ah! On ne risque pas de le louper d'ici!
Inconnu n°2: Oh que non! Aucun risque. Allez! Vive l'Empereur!
Inconnu n°1: Vive l'Empereur!
Et les deux jeunes gens se mirent à rire.
-------------------------------------------------------------------------------------
Royaume du Thorval, 04h15, aéroport d'Adursted
La nuit avait été particulièrement froide. La rosée du matin se déposait encore sur l'herbe foisonnante et les fleurs innocentes. Vision exquise où la nature s'éveille doucement et s'offre immodérément au regard du curieux. Deux luxueuses berlines noires attendaient non loin de la piste d'atterrissage. Le spectacle ne paraissait pas, à première vue, éveiller le moindre soupçon. Mais si l'on y ajoutait l'heure matinale et l'imposant dispositif de sécurité, la scène devenait étrange pour qui l'observait. Personne ne s'affolait autour des véhicules. Le silence était total presque angoissant. Peut-être n'y avait-il personne à l'intérieur. Tout était paisible et calme à l'image de ce paysage impressionnant qui semblait se perdre dans les ténèbres de la nuit thorvalienne. Tableau saisissant où le regard comme l'âme s'égarent mais où l'inspiration et les chefs d'oeuvres jaillissent et s'offrent au monde. Un puissant et terrifiant sentiment pénètre l'artiste qui, prit de démence, se livre à la création. Ainsi naquit l'art bucolique thorvalien. La rigueur hivernale de ce mois de novembre expliquait sans doute l'absence de tout individu à l'extérieur. Il se passa vingt bonnes longues minutes ainsi. Puis, soudain, au loin, un faisceau lumineux, qui devenait plus distinct au fur et à mesure qu'il se rapprochait, rompit la plénitude de ce spectacle. En un instant, les portières des véhicules en charge de la sécurité du convoi s'ouvrirent. Des hommes, noir vêtus, en sortirent. Sans doute armés. Entre-temps, l'imposant jet privé avait terminé sa manoeuvre et se stabilisait sur le tarmacadam de l'aéroport. Une voiture d'embarquement vint rapidement se positionner au côté de l'avion qui, ultime indice, arborait les couleurs et le sceau de la Bundesrepublik. Étonnant spectacle et visite bien matinale des autorités quantariennes qui n'avaient pas mis le pied au Thorval depuis dix longues années. En fait, ce voyage n'avait rien d'officiel et la délégation était loin d'être républicaine. Il y a parfois quelques petits détails qui trompent et changent la solennité d'un moment en le réduisant à néant. Ce mot "Bundesrepublik" en était. A cet instant, un homme sortit de l'une des deux berlines noires. Bien que chaudement habillé, il se frotta avidement et rapidement les mains pour se réchauffer comme surpris d'une telle fraîcheur. Sans aucun doute une bonne paire de gants manquée à cet homme élégant. Une femme, tout aussi distinguée, sans doute son épouse, le suivit. Tous deux marchèrent en direction de la seconde berline d'où sortirent deux jeunes enfants, une fille et un garçon. La famille réunie, celle-ci prit, déterminée mais non moins calmement, la direction du jet privé. Le commandement de bord, au bas des escaliers, salua très respectueusement l'homme.
Commandant de bord: Tout mes respects Votre Altesse. [Puis dans un excès de zèle peu protocolaire] C'est un honneur pour moi de vous ramener à la maison.
Son Altesse Maximilian Honorius von Lütgendorff se contenta de sourire. Un de ces sourires réservés mais néanmoins chaleureux. Il serra affectueusement la main du commandement avant de l'enjoindre de décoller le plus tôt possible. La famille impériale quantarienne ne s'attarda d'ailleurs pas très longtemps à l'extérieur et s'empressa de s'installer à l'intérieur de l'avion. Le voyage ne devait durer que quelques heures.
---------------------------------------------------------------------------------
Empire du Quantar, 9h10, Lyöns
Le commandant de bord l'avait annoncé, rompant ainsi le profond silence qui régnait dans l'appareil: l'atterrissage n'était qu'une question de temps. L'annonce avait tiré Maximilian de son sommeil. Le reste de la famille, elle, dormait encore profondément. Anxieusement, il porta son regard à travers les hublots. Le jour s'était levé et l'horizon se dévoilait devant lui sans qu'aucun nuage ne troublât sa contemplation. Il en fut bouleversé jusqu'au plus profond de son âme. La ville de Lyöns s'offrait merveilleusement à son regard exhibant sans pudeur sa beauté. Vue d'en haut, elle paraissait sereine et calme. Un indescriptible sentiment saisit alors le futur empereur. Une vive émotion mêlée de joie, de stupeur et d'inquiétude. Le poids de l'Histoire s'ajoutait à son malaise. Pendant plus d'un siècle, les héritiers de la couronne impériale avaient sillonné le monde sans jamais pouvoir retrouver leur patrie. Aujourd'hui s'était chose faîte. Et c'était lui qui goûtait à ce privilège inestimable. L'avion entama son ultime manoeuvre, se posa sans encombre sur l'aéroport Lyöns-Geutinberg, entièrement destiné aux allers et venus des chefs d'État, et se stabilisa. Malgré la gravité du moment, tous restaient très calme à l'intérieur se préparant à descendre de l'appareil. Puis, avec une soudaineté inattendue, la porte de l'avion s'ouvrit dévoilant l'imposant comité d'accueil. A la vue de l'héritier de la Couronne, la Garde Impériale, qui quelques jours auparavant se nommait encore la Garde Républicaine, se mit au garde-à-vous, sabre au poing. Le 1er régiment d'infanterie entama la [url=http://www.youtube.com/watch?v=f2CgEaBIYZ8]Triumphmarsch[/url]. Le protocole n'accordait pas que le "Kaiserhymn" fut joué en cet instant dans la mesure où Son Altesse Maximilian n'était pas encore couronnée. Le futur empereur descendit lentement de l'appareil et, après avoir atteint le tarmacadam recouvert pour l'occasion d'un tapis rouge, se prosterna pour embrasser le sol quantarien. Moment intime où le souverain et sa terre ne font plus qu'un. Lorsque Maximilian se fut relevé, la Garde Impériale cria en coeur, à trois reprises, le sabre levé vers le ciel, "Ewig lebt das Reich". Le spectacle était sublime. Aucun commentaire ne pouvait décrire ce moment. Seul le silence et la contemplation suffisaient. Ferdinand von Münster attendait, quant à lui, patiemment, à l'autre bout du tapis.
Ferdinand von Münster: [En s'inclinant] Bienvenue au Quantar Votre Altesse.
Sur ces mots, le Chancelier de l'Empire enjoignit respectueusement son Altesse à monter dans un véhicule de commandement de l'armée quantarienne. En tant que chef d'État, il se devait de passer en revue les régiments de la désormais nouvelle armée impériale. Moment privilégié où les militaires pouvaient, cette fois-ci solennellement, témoigner de leur allégeance à la Couronne. Le véhicule prit donc la direction du centre-ville de la Capitale, étonnamment calme en ce jour de fête. Les nouvelles autorités avaient pris soin de ne pas faire foule autour du convoi pour des raisons évidentes de sécurité. La ville n'était pas encore entièrement sécurisée. Mais Son Altesse Maximilian avait, dans l'obstination légendaire qui le caractérisait, insisté pour organiser cette parade. Il fallait frapper les esprits. Ferdinand von Münster avait été de ceux qui préconisèrent un retour plus discret estimant que la fête viendrait au moment plus opportun du couronnement. Il était, tout de même, parvenu à exempter de participation le reste de la famille impériale et notamment le prince hériter Heinrich. C'était sur la Reichsstraße, ancienne avenue du 1er Octobre, drapée, pour l'occasion, de l'étendard impérial, que se déroula la cérémonie. Sur un peu moins de deux kilomètres, entre la Porte de Lyöns et le Siegssäule, s'étendaient, du côté droit de l'avenue, les principaux régiments de la Reichswehr. Au son de la [url=http://www.youtube.com/watch?v=f_6AQA4uzD0&feature=results_main&playnext=1&list=PL889162E1E5DDC9C7]Preußen Gloria[/url], Son Altesse Maximilian passa en revue les troupes. Le convoi impérial s'arrêta ensuite devant la Colonne de la Victoire où les quatre chefs d'État-major et le Ministre de la Défense attendaient patiemment. Lorsque l'héritier de la couronne impérial alla à leur rencontre, les cinq militaires se mirent au garde-à-vous avant de s'incliner légèrement, en signe de soumission, et de serrer chaleureusement la main de leur souverain. Au moment de s'engouffrer dans un second véhicule, qui devait l'amener au Palais Impérial plus connu sous le nom de Palais Schleinitz, Maximilian s'effondra de douleur sur le pavé du rond-point Groß Stern. Une profonde détonation avait retenti quelques secondes auparavant. Le corps de Maximilian gisait désormais à terre. La stupeur paralysa le Chancelier de l'Empire. Une mare de sang se formait lentement sur sol au niveau du cou ou peut-être de la tête. L'agitation qui suivit ne permit pas de bien de savoir où Maximilian avait été touché. La surprise dans la foule fut immédiate. L'émoi si soudain. Ferdinand von Münster ne prit pas le temps de réfléchir et, dans l'affolement général, se jeta sur le corps du souverain pour le protéger d'un éventuel second tire. Entre-temps, le service en charge de la sécurité de l'héritier s'était déployé tout autour des deux hommes pointant leurs armes dans toutes les directions possibles. L'image était marquante. Deux hommes à terre, l'un inerte, l'autre profondément agité implorant le ciel pour que la balle ne fût pas fatale. Immédiatement, le corps inanimé de Maximilian fut introduit dans la berline noire, qui devait à l'origine l'emmener au palais, pour être transporté au célèbre hôpital Charité-Universitätmedizin Lyöns. L'hôpital des Chefs d'État réputé pour la qualité de ses services et la compétence de ses médecins. Le véhicule s'enfuit à toute allure faisant grincer ses pneus sur le pavé de la Capitale. Une escorte motorisée de la police se chargeait d'ouvrir le passage. Il était 10h30 et le destin du Quantar était encore une fois incertain.
B-Le retour d'Exil
Empire du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=374429Reichsstrae.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/374429Reichsstrae.png[/img][/url]</center>
Empire du Quantar, 00h15, Lyöns
La nuit lyönsaise était particulièrement sombre et noire en ce soir de novembre. Il avait plu toute la journée si bien qu'il n'y avait eu presque personne dans les rues. Ça n'était pas tellement la pluie plus que le froid qui décourageait les Quantariens mais bien les mesures draconiennes de sécurité qui avaient suivi l'avènement de l'Empire. Car si certains voyaient la fin de la République comme une libération et étaient, de fait, prêt à accepter l'idée de se soumettre à cet empereur sortit des profondeurs thorvaliennes, d'autres accueillaient cette nouvelle avec beaucoup moins d'enthousiasme. L'opinion quantarienne était, comme à son habitude, profondément divisée et l'empereur allait devoir faire ses preuves. Beaucoup de défis allaient l'attendre et en premier lieu celui de la situation économique et sociale. C'est sur ce point qu'il allait être jugé. Et l'opinion était en général impardonnable au moindre faux-pas. La nouvelle de la venue prochaine de l'empereur avait fuité dans la presse, au grand dam des autorités, si bien que les Quantariens l'attendaient de pied ferme à l'image de ses deux hommes tranquillement installés prêt d'un bosquet du Tingenpark.
Inconnu n°1: Cette endroit est parfait.
Inconnu n°2: Qu'est ce que je t'avais dit! On a une vue imprenable!
Inconnu n°1: Ah! On ne risque pas de le louper d'ici!
Inconnu n°2: Oh que non! Aucun risque. Allez! Vive l'Empereur!
Inconnu n°1: Vive l'Empereur!
Et les deux jeunes gens se mirent à rire.
-------------------------------------------------------------------------------------
Royaume du Thorval, 04h15, aéroport d'Adursted
La nuit avait été particulièrement froide. La rosée du matin se déposait encore sur l'herbe foisonnante et les fleurs innocentes. Vision exquise où la nature s'éveille doucement et s'offre immodérément au regard du curieux. Deux luxueuses berlines noires attendaient non loin de la piste d'atterrissage. Le spectacle ne paraissait pas, à première vue, éveiller le moindre soupçon. Mais si l'on y ajoutait l'heure matinale et l'imposant dispositif de sécurité, la scène devenait étrange pour qui l'observait. Personne ne s'affolait autour des véhicules. Le silence était total presque angoissant. Peut-être n'y avait-il personne à l'intérieur. Tout était paisible et calme à l'image de ce paysage impressionnant qui semblait se perdre dans les ténèbres de la nuit thorvalienne. Tableau saisissant où le regard comme l'âme s'égarent mais où l'inspiration et les chefs d'oeuvres jaillissent et s'offrent au monde. Un puissant et terrifiant sentiment pénètre l'artiste qui, prit de démence, se livre à la création. Ainsi naquit l'art bucolique thorvalien. La rigueur hivernale de ce mois de novembre expliquait sans doute l'absence de tout individu à l'extérieur. Il se passa vingt bonnes longues minutes ainsi. Puis, soudain, au loin, un faisceau lumineux, qui devenait plus distinct au fur et à mesure qu'il se rapprochait, rompit la plénitude de ce spectacle. En un instant, les portières des véhicules en charge de la sécurité du convoi s'ouvrirent. Des hommes, noir vêtus, en sortirent. Sans doute armés. Entre-temps, l'imposant jet privé avait terminé sa manoeuvre et se stabilisait sur le tarmacadam de l'aéroport. Une voiture d'embarquement vint rapidement se positionner au côté de l'avion qui, ultime indice, arborait les couleurs et le sceau de la Bundesrepublik. Étonnant spectacle et visite bien matinale des autorités quantariennes qui n'avaient pas mis le pied au Thorval depuis dix longues années. En fait, ce voyage n'avait rien d'officiel et la délégation était loin d'être républicaine. Il y a parfois quelques petits détails qui trompent et changent la solennité d'un moment en le réduisant à néant. Ce mot "Bundesrepublik" en était. A cet instant, un homme sortit de l'une des deux berlines noires. Bien que chaudement habillé, il se frotta avidement et rapidement les mains pour se réchauffer comme surpris d'une telle fraîcheur. Sans aucun doute une bonne paire de gants manquée à cet homme élégant. Une femme, tout aussi distinguée, sans doute son épouse, le suivit. Tous deux marchèrent en direction de la seconde berline d'où sortirent deux jeunes enfants, une fille et un garçon. La famille réunie, celle-ci prit, déterminée mais non moins calmement, la direction du jet privé. Le commandement de bord, au bas des escaliers, salua très respectueusement l'homme.
Commandant de bord: Tout mes respects Votre Altesse. [Puis dans un excès de zèle peu protocolaire] C'est un honneur pour moi de vous ramener à la maison.
Son Altesse Maximilian Honorius von Lütgendorff se contenta de sourire. Un de ces sourires réservés mais néanmoins chaleureux. Il serra affectueusement la main du commandement avant de l'enjoindre de décoller le plus tôt possible. La famille impériale quantarienne ne s'attarda d'ailleurs pas très longtemps à l'extérieur et s'empressa de s'installer à l'intérieur de l'avion. Le voyage ne devait durer que quelques heures.
---------------------------------------------------------------------------------
Empire du Quantar, 9h10, Lyöns
Le commandant de bord l'avait annoncé, rompant ainsi le profond silence qui régnait dans l'appareil: l'atterrissage n'était qu'une question de temps. L'annonce avait tiré Maximilian de son sommeil. Le reste de la famille, elle, dormait encore profondément. Anxieusement, il porta son regard à travers les hublots. Le jour s'était levé et l'horizon se dévoilait devant lui sans qu'aucun nuage ne troublât sa contemplation. Il en fut bouleversé jusqu'au plus profond de son âme. La ville de Lyöns s'offrait merveilleusement à son regard exhibant sans pudeur sa beauté. Vue d'en haut, elle paraissait sereine et calme. Un indescriptible sentiment saisit alors le futur empereur. Une vive émotion mêlée de joie, de stupeur et d'inquiétude. Le poids de l'Histoire s'ajoutait à son malaise. Pendant plus d'un siècle, les héritiers de la couronne impériale avaient sillonné le monde sans jamais pouvoir retrouver leur patrie. Aujourd'hui s'était chose faîte. Et c'était lui qui goûtait à ce privilège inestimable. L'avion entama son ultime manoeuvre, se posa sans encombre sur l'aéroport Lyöns-Geutinberg, entièrement destiné aux allers et venus des chefs d'État, et se stabilisa. Malgré la gravité du moment, tous restaient très calme à l'intérieur se préparant à descendre de l'appareil. Puis, avec une soudaineté inattendue, la porte de l'avion s'ouvrit dévoilant l'imposant comité d'accueil. A la vue de l'héritier de la Couronne, la Garde Impériale, qui quelques jours auparavant se nommait encore la Garde Républicaine, se mit au garde-à-vous, sabre au poing. Le 1er régiment d'infanterie entama la [url=http://www.youtube.com/watch?v=f2CgEaBIYZ8]Triumphmarsch[/url]. Le protocole n'accordait pas que le "Kaiserhymn" fut joué en cet instant dans la mesure où Son Altesse Maximilian n'était pas encore couronnée. Le futur empereur descendit lentement de l'appareil et, après avoir atteint le tarmacadam recouvert pour l'occasion d'un tapis rouge, se prosterna pour embrasser le sol quantarien. Moment intime où le souverain et sa terre ne font plus qu'un. Lorsque Maximilian se fut relevé, la Garde Impériale cria en coeur, à trois reprises, le sabre levé vers le ciel, "Ewig lebt das Reich". Le spectacle était sublime. Aucun commentaire ne pouvait décrire ce moment. Seul le silence et la contemplation suffisaient. Ferdinand von Münster attendait, quant à lui, patiemment, à l'autre bout du tapis.
Ferdinand von Münster: [En s'inclinant] Bienvenue au Quantar Votre Altesse.
Sur ces mots, le Chancelier de l'Empire enjoignit respectueusement son Altesse à monter dans un véhicule de commandement de l'armée quantarienne. En tant que chef d'État, il se devait de passer en revue les régiments de la désormais nouvelle armée impériale. Moment privilégié où les militaires pouvaient, cette fois-ci solennellement, témoigner de leur allégeance à la Couronne. Le véhicule prit donc la direction du centre-ville de la Capitale, étonnamment calme en ce jour de fête. Les nouvelles autorités avaient pris soin de ne pas faire foule autour du convoi pour des raisons évidentes de sécurité. La ville n'était pas encore entièrement sécurisée. Mais Son Altesse Maximilian avait, dans l'obstination légendaire qui le caractérisait, insisté pour organiser cette parade. Il fallait frapper les esprits. Ferdinand von Münster avait été de ceux qui préconisèrent un retour plus discret estimant que la fête viendrait au moment plus opportun du couronnement. Il était, tout de même, parvenu à exempter de participation le reste de la famille impériale et notamment le prince hériter Heinrich. C'était sur la Reichsstraße, ancienne avenue du 1er Octobre, drapée, pour l'occasion, de l'étendard impérial, que se déroula la cérémonie. Sur un peu moins de deux kilomètres, entre la Porte de Lyöns et le Siegssäule, s'étendaient, du côté droit de l'avenue, les principaux régiments de la Reichswehr. Au son de la [url=http://www.youtube.com/watch?v=f_6AQA4uzD0&feature=results_main&playnext=1&list=PL889162E1E5DDC9C7]Preußen Gloria[/url], Son Altesse Maximilian passa en revue les troupes. Le convoi impérial s'arrêta ensuite devant la Colonne de la Victoire où les quatre chefs d'État-major et le Ministre de la Défense attendaient patiemment. Lorsque l'héritier de la couronne impérial alla à leur rencontre, les cinq militaires se mirent au garde-à-vous avant de s'incliner légèrement, en signe de soumission, et de serrer chaleureusement la main de leur souverain. Au moment de s'engouffrer dans un second véhicule, qui devait l'amener au Palais Impérial plus connu sous le nom de Palais Schleinitz, Maximilian s'effondra de douleur sur le pavé du rond-point Groß Stern. Une profonde détonation avait retenti quelques secondes auparavant. Le corps de Maximilian gisait désormais à terre. La stupeur paralysa le Chancelier de l'Empire. Une mare de sang se formait lentement sur sol au niveau du cou ou peut-être de la tête. L'agitation qui suivit ne permit pas de bien de savoir où Maximilian avait été touché. La surprise dans la foule fut immédiate. L'émoi si soudain. Ferdinand von Münster ne prit pas le temps de réfléchir et, dans l'affolement général, se jeta sur le corps du souverain pour le protéger d'un éventuel second tire. Entre-temps, le service en charge de la sécurité de l'héritier s'était déployé tout autour des deux hommes pointant leurs armes dans toutes les directions possibles. L'image était marquante. Deux hommes à terre, l'un inerte, l'autre profondément agité implorant le ciel pour que la balle ne fût pas fatale. Immédiatement, le corps inanimé de Maximilian fut introduit dans la berline noire, qui devait à l'origine l'emmener au palais, pour être transporté au célèbre hôpital Charité-Universitätmedizin Lyöns. L'hôpital des Chefs d'État réputé pour la qualité de ses services et la compétence de ses médecins. Le véhicule s'enfuit à toute allure faisant grincer ses pneus sur le pavé de la Capitale. Une escorte motorisée de la police se chargeait d'ouvrir le passage. Il était 10h30 et le destin du Quantar était encore une fois incertain.
-
Bonaparte N
<center>III-La Renaissance
C-Aigle ou Phénix?
Empire du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=797026veille.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/797026veille.png[/img][/url]
veillée pour l'Empereur dans une église lyönsaise </center>
La réaction des autorités ne se fit pas attendre. Une vaste opération d'élimination des "éléments communistes" fut entreprise. Plus d'une centaine d'arrestations eurent lieu à Lyöns et dans sa banlieue. Un millier sur l'ensemble du pays. L'enquête préliminaire avait rapidement permis de déterminer d'où était parti le tir et d'identifier les coupables. Nul doute que leur appartenance à la mouvance communiste fut l'occasion idéale qu'attendaient les autorités pour diaboliser, auprès de l'opinion, la peste rouge et se débarrasser de ses membres les plus menaçants. Sans surprise, le coup de feu fut tiré de l'un des innombrables bosquets qui peuplaient le Tingenpark. Cachette de choix pour qui prépare un assassinat politique. Une seconde enquête était chargée d'évaluer la responsabilité des services de sécurité. Mais tous savaient qu'il aurait été impossible pour les forces de l'ordre de quadriller l'ensemble de cet immense parc trônant au centre de la Capitale. Mais pour l'heure l'inquiétude régnait sur l'état de santé de Son Altesse Maximilian. La balle avait atteint la nuque et traversé la gorge. Miraculeusement aucun organe vital n'avait été atteint. Néanmoins son pronostic était encore engagé. L'héritier était toujours plongé dans un profond coma. L'opération avait été un succès mais le réveil était incertain. L'angoisse grandissait. A la Chancellerie d'abord, où l'euphorie qui a suivi l'avènement de l'Empire avait laissé place à l'incertitude du lendemain. Sans Empereur en état ou en âge de gouverner, pas d'Empire. Le Prince héritier Heinrich n'avait que huit ans. La régence? Impensable. Comment assurer la continuité d'un régime qui n'avait pas encore légalement existé? D'autant plus que la Constitution n'avait pas encore été promulguée. La crainte s'installait et avec elle le scénario d'une fin prématurée de l'Empire. Au sein du peuple ensuite. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre et la mobilisation fut instantanée. Volontairement, des centaines de milliers de Quantariens, à Lyöns comme dans les autres villes du pays, manifestèrent leur soutien à la famille impériale. Dans les cortèges qui défilaient lentement dans les rues, il n'y avait pas seulement des partisans de l'Empire, il y avait aussi des gens qui, d'ordinaire, se définissaient sous le vague terme de "républicain". Tous avaient été profondément bouleversés par cette nouvelle. Dans un pays où les assassinats politiques se comptaient sur les doigts de la main, la colère l'emportait sur la raison, la compassion sur la joie. Du pain béni pour les autorités qui sonnèrent la charge sur les communistes. Devant l'hôpital où résidait Son Altesse Maximilian, le sol disparaissait sous les innombrables bouquets de fleurs et les centaines bougies. Des veillées étaient organisées dans les parcs et églises de la Capitale où prières et recueillement réunissaient des milliers de fidèles. Il se passa cinq longs jours ainsi. Cinq jours au cours desquels les journaux télévisés et papiers consacrèrent leurs unes sur l'état de santé de l'héritier. Cinq longs jours au cours desquels le peuple, peut-on le dire maintenant, attendait le communiqué qui allait mettre fin à cette interminable et insoutenable attente. Puis la nouvelle tomba. Ce fut d'abord l'hôpital. La Chancellerie le confirma. Au fil des jours, tout le monde avait fini par se persuader du décès imminent de ce souverain qui n'avait pas régné. Tout le monde s'était préparé à entendre cette terrible nouvelle. Si bien qu'un soulagement indescriptible envahit alors les esprits. La tension retombait lentement. Maximilian avait survécu à la seconde opération et était sorti, in dème, du coma artificiel dans lequel il avait été plongé. C'était tout un peuple qui soufflait. Inconsciemment, les moins convaincus de la nécessité impériale se trouvèrent rassurés. Étonnant état de la conscience qui conduit parfois certains à regretter et pleurer la mort de leur pire ennemie. Tel était le sentiment qui régnait. Par pur pragmatisme, la Chancellerie Fédérale était aux anges. Quelle aubaine que cet attentat. Les cinq jours qui ont suivi valaient bien dix ans de propagande avec le même effet sur les esprits. Ferdinand von Münster jubilait. Non seulement sa bravoure avait permis de sauver le futur empereur mais elle lui assurait sans aucun doute, auprès de l'opinion, le poste définitif et tant attendu de Chancelier de l'Empire. Une semaine d'hospitalisation supplémentaire avait été nécessaire au rétablissement de Son Altesse Maximilian. Sa convalescence ne l'empêcha toutefois pas d'assurer la "continuité de l'État" en recevant ses conseillers et le Chancelier de l'Empire. Le cadre était pour le moins original mais la tâche, elle, était sérieuse et ambitieuse. C'était toute une administration et un régime qui devaient être refondés, toute une politique et une méthode de gouvernance qui devaient être revues et corrigées. Le Quantar entrait dans cette effervescente période postrévolutionnaire où l'État s'accordait, en quelque sorte, une seconde jeunesse. On prenait du vieux pour faire du neuf. Ainsi, la plupart des fonctionnaires et hauts fonctionnaires fédéraux furent reconduits dans leurs fonctions. Leurs compétences et savoir-faire primaient sur leur allégeance passée. C'était d'ailleurs ce que désirait l'empereur. L'amnistie et le pardon pour qui le souhaitait. Cela valait aussi bien pour le politicien qui devait toute sa carrière à la République que pour le simple Quantarien qui avait ouvertement manifesté son attachement aux valeurs et aux principes de ce déshonorant régime. Le pays n'aurait pas supporté une chasse aux sorcières. Bien entendu, cette politique de main tendue n'avait de limite que celle de la dissidence.
Le Palais Schleinitz était un de ces lieux où l'humain côtoyait le divin. Le château était le sommet de l'art baroque alméran. Ses fontaines, ses appartements privés, son parc étaient remarquables et uniques. Qualificatifs modestes qui contrastent avec la magnificence et la somptuosité du Palais. Lieu idyllique où s'exprimaient la beauté et la rigueur germanique. Construit à la toute fin du XVIIe siècle, dans le centre de la Capitale, près de la Speninsel, il était le fruit de l'ingéniosité et du génie de trois architectes: Nering, Eosander von Göthe et Knobelsdorff. Trois noms qui transformèrent cette humble résidence d'été en véritable palais impérial. Le château avait été réaménagé, au cours des siècles, dans les seuls buts de témoigner de la grandeur du Quantar, d'impressionner le visiteur et de rivaliser avec les plus belles demeures royales alméranes. Joyau issu des désirs successifs de puissance et de gloire des souverains quantariens, Schleinitz avait, sans aucun doute, su tirer son épingle du jeu. Naturellement, le Palais avait repris le rôle qui était le sien jadis et la nouvelle famille impériale s'y était installée. C'était dans le Belvédère du parc, dessiné par l'illustre architecte Carl Gotthard Langhans, à qui l'on doit entre autres la Porte de Lyöns, que Son Altesse Maximilian prenait toute la mesure de ce qui allait l'attendre. Car au-delà de la joie et de l'exaltation qui avait suivi l'avènement de l'Empire, il y avait aussi une certaine confusion provoquée par la nervosité et l'effarement devant la tâche qui lui revenait. Celle-ci était d'autant plus ardue qu'il devait composer avec un pays profondément imprégné de républicanisme et saigné par trois crises successives dont les conséquences allaient pour longtemps marquer les esprits. Il le savait aussi, la question impériale n'allait pas de soi. Les Quantariens acceptaient plus ou moins le régime par lassitude et résignation après trois ans d'inertie et d'égarement. Il lui fallait donc comme n'importe quel homme politique faire ses preuves. Son ascendance ne lui assurait pas l'immunité politique et la clémence du peuple. A la vue de ces défis le trouble n'en fut que plus grand et beaucoup de souverains auraient renoncé. Et c'était là que l'instinct naturel d'un von Lütgendorff reprenait le dessus. Maximilian Honorius von Lütgendorff n'était pas n'importe quel souverain. Il était le futur Maximilian II du Quantar. De ce point de vue, il lui eut été impossible de se résigner. Il n'y avait eu qu'une seule abdication dans l'histoire familiale et elle fut forcée. Cela eut été jeter l'opprobre sur ses aïeux que de refuser de combattre. Le lieu, très excentré et loin des tracas et de l'agitation du palais, se prêtait merveilleusement bien à cette lutte de la conscience. Il faisait en cet instant le deuil de sa vie passée et se préparait à sa vie future. Ce passage nécessaire que tout souverain, appelé à gouverner se devait d'effectuer, n'était pas tâche aisée. L'isolement et le retour aux sources s'imposaient. Le chant des oiseaux, le parfum des fleurs, l'inexorable défilé des nuages aidaient à sa résolution par le profond sentiment de béatitude et de satisfaction qu'ils engendraient. La nature apporte parfois de ces réconforts. En s'abandonnant à ses réflexions, Maximilian s'était instinctivement mis à prier. Il implorait le ciel de l'aider dans sa tâche. Il ne demandait que la bénédiction du Tout-Puissant et lui confia, en humble serviteur, son destin. Dieu disposerait de lui comme il le voudra. Ce n'était pas du fanatisme mais de la reconnaissance. Après tout, celui-ci lui avait épargné la mort. Ses desseins ne pouvaient être qu'en accord parfait avec les aspirations de son peuple. En se relevant, il fut plus déterminé que jamais. Et c'est avec l'esprit apaisé qu'il commença la rédaction du discours qu'il allait prononcer, le soir même à la télévision, devant le peuple quantarien. Ce discours était attendu. Il marquerait le retour officiel de l'Empereur et témoignerait des ambitions de l'Empire. Maximilian avait donc tenu à le rédiger lui-même.
"Mes chers sujets,
C'est en toute humilité que je m'adresse à vous ce soir. En Quantarien profondément préoccupé et inquiet du sort de son prochain, de son voisin, de son ami, de son frère. Notre pays a connu ces dernières années les pires souffrances qu'ils soient humainement possibles d'accepter. Misère sociale, crise morale, crise économique et crise politique. Certains ont perdu des êtres chers. D'autres ont vu leur vie basculer dans l'horreur. Le tableau est bien sombre et la situation est bien critique. Rien ne vous a été épargné. Et c'est dans ces moments de profonde détresse que les forces nous abandonnent et que le désespoir nous saisit et nous pousse à la résignation et à l'attentisme. Séduisant renoncement qui amène oisiveté, égoïsme et décadence. Ne cédons pas aux charmes du fatalisme, ne plions pas sous l'individualisme croissant de cette société, ne soyons pas pessimistes. Nous devons croire en l'avenir et aux forces vives de notre pays. Le Quantar est une grande nation, les Quantariens sont en grand peuple. Nombreuses furent, au cours de l'Histoire, les tentations au renoncement. Mais jamais nous nous y sommes abandonnées. Jamais nous avons capitulé devant la difficulté. Jamais nous n'avons fléchi devant les épreuves qui nous attendaient. Jamais nous n'avons succombé au désoeuvrement. C'est ensemble que nous devons envisager et construire l'avenir. Une page se tourne, une nouvelle reste à écrire. La République fut une étape. Terrible mais nécessaire. Sur les ruines qu'elle nous lègue, nous devons reconstruire, ensemble dans un esprit de concorde et de paix, le Quantar. Tant de défis nous attendent mais nous devons garder espoir. Le peuple quantarien a, à de nombreuses reprises, su témoigner de son courage et de sa vigueur et par la même prouver au monde sa force et son intelligence. Honorons nos aïeux et transmettons à nos fils et à nos filles un pays uni, prospère et heureux. Je veux et je promets cette renaissance du Quantar.
D'ici quelques jours, je nommerai officiellement le gouvernement qui aura pour tâche d'assurer, dans les meilleures conditions possibles, la transition politique du Quantar. Je le chargerai en outre de rédiger une nouvelle constitution pour notre pays dans le respect de nos traditions et de nos valeurs. Cette Constitution, en garantissant vos libertés et vos droits, en assurant votre sécurité et en préservant votre culture, mettra fin aux ignominies de la République, de ses idéologues et de ses serviteurs. Ne méprisons toutefois pas ceux qui l'ont soutenu et servi. Soyons indulgent et offrons leur une seconde chance. Soyons digne du message biblique et accordons leur, ce soir, l'absolution et le pardon. Puissent-ils désormais être probes et justes. Je sais qu'en chacun de vous l'Empire a, à sa manière, survécut. Dans les mémoires ou dans les coeurs.
Notre pays doit également repenser son modèle économique. La crise nous a permis d'ouvrir les yeux et de prendre conscience de la menace d'un libéralisme immoral exempt de tout contrôle et de toute réglementation. Je conçois parfaitement qu'il faille poursuivre le développement de notre économie. Mais je refuse d'abandonner mon peuple sur l'autel de quelques ambitions personnelles et mégalomaniaques. Je refuse que ce développement s'effectue au prix de la misère et de l'exploitation. Je ne condamne pas l'initiative personnelle, je n'interdis pas l'ambition tant qu'elles sont au service de la société tout entière. Ainsi je souhaite seulement un système beaucoup plus solidaire et responsable où le secteur privé pourra cohabiter avec le secteur public en vue du bien collectif. L'ambition d'un homme ne doit pas se réaliser au détriment de la société. L'État doit assumer, en conséquence, son rôle en aidant et en développant ces entreprises mais aussi en protégeant sa population des iniquités et des maux dûs aux aléas de la vie.
C'est en restant nous-même, Quantarien fidèle à ses principes moraux et à ses valeurs chrétiennes et fier de son histoire, c'est en restant humble et uni devant l'adversité que nous servirons notre pays et que nous parviendrons à l'extraire des profondeurs, dans lesquelles la République l'a plongé, pour jouir, enfin, d'une nouvelle Ère de prospérité et de paix.
Que Dieu vous bénisse!"
La fin de l'allocution de l'Empereur fut le signal de rassemblement de ses partisans. A Lyöns, sur la Reichsstraße, des milliers de Quantariens se retrouvèrent pour témoigner de leur soutien et de leur allégeance au régime. Sur le chant du "[url=http://www.youtube.com/watch?v=wFwgUVyvkCU]Kaiserhymne[/url]" et du "[url=http://www.youtube.com/watch?v=zikcHnimsxk]Wacht am Dann[/url]"(hymne officiel de l'Empire) et au bruit des klaxons, ils témoignèrent, à leur manière, de la confiance indéfectible qu'ils avaient octroyée à Maximilian. Le chemin allait cependant être encore long, les obstacles étaient encore nombreux mais pour la première fois depuis trois ans, un profond sentiment de satisfaction et de quiétude envahissait le peuple et le réconfortait. La crise politique semblait avoir trouvé une fin.
C-Aigle ou Phénix?
Empire du Quantar, Lyöns, novembre 2021
[url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=797026veille.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/797026veille.png[/img][/url]
veillée pour l'Empereur dans une église lyönsaise </center>
La réaction des autorités ne se fit pas attendre. Une vaste opération d'élimination des "éléments communistes" fut entreprise. Plus d'une centaine d'arrestations eurent lieu à Lyöns et dans sa banlieue. Un millier sur l'ensemble du pays. L'enquête préliminaire avait rapidement permis de déterminer d'où était parti le tir et d'identifier les coupables. Nul doute que leur appartenance à la mouvance communiste fut l'occasion idéale qu'attendaient les autorités pour diaboliser, auprès de l'opinion, la peste rouge et se débarrasser de ses membres les plus menaçants. Sans surprise, le coup de feu fut tiré de l'un des innombrables bosquets qui peuplaient le Tingenpark. Cachette de choix pour qui prépare un assassinat politique. Une seconde enquête était chargée d'évaluer la responsabilité des services de sécurité. Mais tous savaient qu'il aurait été impossible pour les forces de l'ordre de quadriller l'ensemble de cet immense parc trônant au centre de la Capitale. Mais pour l'heure l'inquiétude régnait sur l'état de santé de Son Altesse Maximilian. La balle avait atteint la nuque et traversé la gorge. Miraculeusement aucun organe vital n'avait été atteint. Néanmoins son pronostic était encore engagé. L'héritier était toujours plongé dans un profond coma. L'opération avait été un succès mais le réveil était incertain. L'angoisse grandissait. A la Chancellerie d'abord, où l'euphorie qui a suivi l'avènement de l'Empire avait laissé place à l'incertitude du lendemain. Sans Empereur en état ou en âge de gouverner, pas d'Empire. Le Prince héritier Heinrich n'avait que huit ans. La régence? Impensable. Comment assurer la continuité d'un régime qui n'avait pas encore légalement existé? D'autant plus que la Constitution n'avait pas encore été promulguée. La crainte s'installait et avec elle le scénario d'une fin prématurée de l'Empire. Au sein du peuple ensuite. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre et la mobilisation fut instantanée. Volontairement, des centaines de milliers de Quantariens, à Lyöns comme dans les autres villes du pays, manifestèrent leur soutien à la famille impériale. Dans les cortèges qui défilaient lentement dans les rues, il n'y avait pas seulement des partisans de l'Empire, il y avait aussi des gens qui, d'ordinaire, se définissaient sous le vague terme de "républicain". Tous avaient été profondément bouleversés par cette nouvelle. Dans un pays où les assassinats politiques se comptaient sur les doigts de la main, la colère l'emportait sur la raison, la compassion sur la joie. Du pain béni pour les autorités qui sonnèrent la charge sur les communistes. Devant l'hôpital où résidait Son Altesse Maximilian, le sol disparaissait sous les innombrables bouquets de fleurs et les centaines bougies. Des veillées étaient organisées dans les parcs et églises de la Capitale où prières et recueillement réunissaient des milliers de fidèles. Il se passa cinq longs jours ainsi. Cinq jours au cours desquels les journaux télévisés et papiers consacrèrent leurs unes sur l'état de santé de l'héritier. Cinq longs jours au cours desquels le peuple, peut-on le dire maintenant, attendait le communiqué qui allait mettre fin à cette interminable et insoutenable attente. Puis la nouvelle tomba. Ce fut d'abord l'hôpital. La Chancellerie le confirma. Au fil des jours, tout le monde avait fini par se persuader du décès imminent de ce souverain qui n'avait pas régné. Tout le monde s'était préparé à entendre cette terrible nouvelle. Si bien qu'un soulagement indescriptible envahit alors les esprits. La tension retombait lentement. Maximilian avait survécu à la seconde opération et était sorti, in dème, du coma artificiel dans lequel il avait été plongé. C'était tout un peuple qui soufflait. Inconsciemment, les moins convaincus de la nécessité impériale se trouvèrent rassurés. Étonnant état de la conscience qui conduit parfois certains à regretter et pleurer la mort de leur pire ennemie. Tel était le sentiment qui régnait. Par pur pragmatisme, la Chancellerie Fédérale était aux anges. Quelle aubaine que cet attentat. Les cinq jours qui ont suivi valaient bien dix ans de propagande avec le même effet sur les esprits. Ferdinand von Münster jubilait. Non seulement sa bravoure avait permis de sauver le futur empereur mais elle lui assurait sans aucun doute, auprès de l'opinion, le poste définitif et tant attendu de Chancelier de l'Empire. Une semaine d'hospitalisation supplémentaire avait été nécessaire au rétablissement de Son Altesse Maximilian. Sa convalescence ne l'empêcha toutefois pas d'assurer la "continuité de l'État" en recevant ses conseillers et le Chancelier de l'Empire. Le cadre était pour le moins original mais la tâche, elle, était sérieuse et ambitieuse. C'était toute une administration et un régime qui devaient être refondés, toute une politique et une méthode de gouvernance qui devaient être revues et corrigées. Le Quantar entrait dans cette effervescente période postrévolutionnaire où l'État s'accordait, en quelque sorte, une seconde jeunesse. On prenait du vieux pour faire du neuf. Ainsi, la plupart des fonctionnaires et hauts fonctionnaires fédéraux furent reconduits dans leurs fonctions. Leurs compétences et savoir-faire primaient sur leur allégeance passée. C'était d'ailleurs ce que désirait l'empereur. L'amnistie et le pardon pour qui le souhaitait. Cela valait aussi bien pour le politicien qui devait toute sa carrière à la République que pour le simple Quantarien qui avait ouvertement manifesté son attachement aux valeurs et aux principes de ce déshonorant régime. Le pays n'aurait pas supporté une chasse aux sorcières. Bien entendu, cette politique de main tendue n'avait de limite que celle de la dissidence.
Le Palais Schleinitz était un de ces lieux où l'humain côtoyait le divin. Le château était le sommet de l'art baroque alméran. Ses fontaines, ses appartements privés, son parc étaient remarquables et uniques. Qualificatifs modestes qui contrastent avec la magnificence et la somptuosité du Palais. Lieu idyllique où s'exprimaient la beauté et la rigueur germanique. Construit à la toute fin du XVIIe siècle, dans le centre de la Capitale, près de la Speninsel, il était le fruit de l'ingéniosité et du génie de trois architectes: Nering, Eosander von Göthe et Knobelsdorff. Trois noms qui transformèrent cette humble résidence d'été en véritable palais impérial. Le château avait été réaménagé, au cours des siècles, dans les seuls buts de témoigner de la grandeur du Quantar, d'impressionner le visiteur et de rivaliser avec les plus belles demeures royales alméranes. Joyau issu des désirs successifs de puissance et de gloire des souverains quantariens, Schleinitz avait, sans aucun doute, su tirer son épingle du jeu. Naturellement, le Palais avait repris le rôle qui était le sien jadis et la nouvelle famille impériale s'y était installée. C'était dans le Belvédère du parc, dessiné par l'illustre architecte Carl Gotthard Langhans, à qui l'on doit entre autres la Porte de Lyöns, que Son Altesse Maximilian prenait toute la mesure de ce qui allait l'attendre. Car au-delà de la joie et de l'exaltation qui avait suivi l'avènement de l'Empire, il y avait aussi une certaine confusion provoquée par la nervosité et l'effarement devant la tâche qui lui revenait. Celle-ci était d'autant plus ardue qu'il devait composer avec un pays profondément imprégné de républicanisme et saigné par trois crises successives dont les conséquences allaient pour longtemps marquer les esprits. Il le savait aussi, la question impériale n'allait pas de soi. Les Quantariens acceptaient plus ou moins le régime par lassitude et résignation après trois ans d'inertie et d'égarement. Il lui fallait donc comme n'importe quel homme politique faire ses preuves. Son ascendance ne lui assurait pas l'immunité politique et la clémence du peuple. A la vue de ces défis le trouble n'en fut que plus grand et beaucoup de souverains auraient renoncé. Et c'était là que l'instinct naturel d'un von Lütgendorff reprenait le dessus. Maximilian Honorius von Lütgendorff n'était pas n'importe quel souverain. Il était le futur Maximilian II du Quantar. De ce point de vue, il lui eut été impossible de se résigner. Il n'y avait eu qu'une seule abdication dans l'histoire familiale et elle fut forcée. Cela eut été jeter l'opprobre sur ses aïeux que de refuser de combattre. Le lieu, très excentré et loin des tracas et de l'agitation du palais, se prêtait merveilleusement bien à cette lutte de la conscience. Il faisait en cet instant le deuil de sa vie passée et se préparait à sa vie future. Ce passage nécessaire que tout souverain, appelé à gouverner se devait d'effectuer, n'était pas tâche aisée. L'isolement et le retour aux sources s'imposaient. Le chant des oiseaux, le parfum des fleurs, l'inexorable défilé des nuages aidaient à sa résolution par le profond sentiment de béatitude et de satisfaction qu'ils engendraient. La nature apporte parfois de ces réconforts. En s'abandonnant à ses réflexions, Maximilian s'était instinctivement mis à prier. Il implorait le ciel de l'aider dans sa tâche. Il ne demandait que la bénédiction du Tout-Puissant et lui confia, en humble serviteur, son destin. Dieu disposerait de lui comme il le voudra. Ce n'était pas du fanatisme mais de la reconnaissance. Après tout, celui-ci lui avait épargné la mort. Ses desseins ne pouvaient être qu'en accord parfait avec les aspirations de son peuple. En se relevant, il fut plus déterminé que jamais. Et c'est avec l'esprit apaisé qu'il commença la rédaction du discours qu'il allait prononcer, le soir même à la télévision, devant le peuple quantarien. Ce discours était attendu. Il marquerait le retour officiel de l'Empereur et témoignerait des ambitions de l'Empire. Maximilian avait donc tenu à le rédiger lui-même.
"Mes chers sujets,
C'est en toute humilité que je m'adresse à vous ce soir. En Quantarien profondément préoccupé et inquiet du sort de son prochain, de son voisin, de son ami, de son frère. Notre pays a connu ces dernières années les pires souffrances qu'ils soient humainement possibles d'accepter. Misère sociale, crise morale, crise économique et crise politique. Certains ont perdu des êtres chers. D'autres ont vu leur vie basculer dans l'horreur. Le tableau est bien sombre et la situation est bien critique. Rien ne vous a été épargné. Et c'est dans ces moments de profonde détresse que les forces nous abandonnent et que le désespoir nous saisit et nous pousse à la résignation et à l'attentisme. Séduisant renoncement qui amène oisiveté, égoïsme et décadence. Ne cédons pas aux charmes du fatalisme, ne plions pas sous l'individualisme croissant de cette société, ne soyons pas pessimistes. Nous devons croire en l'avenir et aux forces vives de notre pays. Le Quantar est une grande nation, les Quantariens sont en grand peuple. Nombreuses furent, au cours de l'Histoire, les tentations au renoncement. Mais jamais nous nous y sommes abandonnées. Jamais nous avons capitulé devant la difficulté. Jamais nous n'avons fléchi devant les épreuves qui nous attendaient. Jamais nous n'avons succombé au désoeuvrement. C'est ensemble que nous devons envisager et construire l'avenir. Une page se tourne, une nouvelle reste à écrire. La République fut une étape. Terrible mais nécessaire. Sur les ruines qu'elle nous lègue, nous devons reconstruire, ensemble dans un esprit de concorde et de paix, le Quantar. Tant de défis nous attendent mais nous devons garder espoir. Le peuple quantarien a, à de nombreuses reprises, su témoigner de son courage et de sa vigueur et par la même prouver au monde sa force et son intelligence. Honorons nos aïeux et transmettons à nos fils et à nos filles un pays uni, prospère et heureux. Je veux et je promets cette renaissance du Quantar.
D'ici quelques jours, je nommerai officiellement le gouvernement qui aura pour tâche d'assurer, dans les meilleures conditions possibles, la transition politique du Quantar. Je le chargerai en outre de rédiger une nouvelle constitution pour notre pays dans le respect de nos traditions et de nos valeurs. Cette Constitution, en garantissant vos libertés et vos droits, en assurant votre sécurité et en préservant votre culture, mettra fin aux ignominies de la République, de ses idéologues et de ses serviteurs. Ne méprisons toutefois pas ceux qui l'ont soutenu et servi. Soyons indulgent et offrons leur une seconde chance. Soyons digne du message biblique et accordons leur, ce soir, l'absolution et le pardon. Puissent-ils désormais être probes et justes. Je sais qu'en chacun de vous l'Empire a, à sa manière, survécut. Dans les mémoires ou dans les coeurs.
Notre pays doit également repenser son modèle économique. La crise nous a permis d'ouvrir les yeux et de prendre conscience de la menace d'un libéralisme immoral exempt de tout contrôle et de toute réglementation. Je conçois parfaitement qu'il faille poursuivre le développement de notre économie. Mais je refuse d'abandonner mon peuple sur l'autel de quelques ambitions personnelles et mégalomaniaques. Je refuse que ce développement s'effectue au prix de la misère et de l'exploitation. Je ne condamne pas l'initiative personnelle, je n'interdis pas l'ambition tant qu'elles sont au service de la société tout entière. Ainsi je souhaite seulement un système beaucoup plus solidaire et responsable où le secteur privé pourra cohabiter avec le secteur public en vue du bien collectif. L'ambition d'un homme ne doit pas se réaliser au détriment de la société. L'État doit assumer, en conséquence, son rôle en aidant et en développant ces entreprises mais aussi en protégeant sa population des iniquités et des maux dûs aux aléas de la vie.
C'est en restant nous-même, Quantarien fidèle à ses principes moraux et à ses valeurs chrétiennes et fier de son histoire, c'est en restant humble et uni devant l'adversité que nous servirons notre pays et que nous parviendrons à l'extraire des profondeurs, dans lesquelles la République l'a plongé, pour jouir, enfin, d'une nouvelle Ère de prospérité et de paix.
Que Dieu vous bénisse!"
La fin de l'allocution de l'Empereur fut le signal de rassemblement de ses partisans. A Lyöns, sur la Reichsstraße, des milliers de Quantariens se retrouvèrent pour témoigner de leur soutien et de leur allégeance au régime. Sur le chant du "[url=http://www.youtube.com/watch?v=wFwgUVyvkCU]Kaiserhymne[/url]" et du "[url=http://www.youtube.com/watch?v=zikcHnimsxk]Wacht am Dann[/url]"(hymne officiel de l'Empire) et au bruit des klaxons, ils témoignèrent, à leur manière, de la confiance indéfectible qu'ils avaient octroyée à Maximilian. Le chemin allait cependant être encore long, les obstacles étaient encore nombreux mais pour la première fois depuis trois ans, un profond sentiment de satisfaction et de quiétude envahissait le peuple et le réconfortait. La crise politique semblait avoir trouvé une fin.