Chroniques Hyléennes

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Alderande

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Chroniques Hyléennes<center>

Articles de journaux, extraits de livres publiés, discours politiques, discussions secrètes etc.
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<center>Në Manifesto
par Herevan Mofaset (extraits)</center>

Në Manifesto (Le Manifeste) est le dernier livre publié en juin 2014 RP par Herevan Mofaset, professeur d'Etude et de Philosophie Politique à l'Université de Damaara en Uskar. Le livre a reçu de très larges critiques de la société civile et du monde politique pour ses thèses radicales et antihumanistes prônant le Surnationalisme, un mouvement d'extrême droite assez original. Après quelques semaines de débat et une interdiction de publication, la Cour Suprême de Justice a finalement cassé l'avis de censure. Voici quelques extraits.

De la paix universelle
Dë leveran pelicil

[...] Il y a une maladie qui règne dans le coeur des hommes. Son symptôme est la haine, la colère, la rage, la guerre. Cette maladie ce sont les émotions humaines. Mais il existe un remède à cette maladie : en sacrifiant les fautes d'euphories des émotions humaines il faut réussir à supprimer leurs excès de dépression abyssale. En tant que société civilisée, il faut adopter ce remède. Afin de trouver la paix dans le monde, il faut la trouver d'abord en nous-même de sorte que l’Humanité soit unie et que la guerre ne devienne plus qu’un souvenir. Il faut contrôler sa conscience et adopter une censure émotionnelle de nous-même. La société doit aider l’individu à cette fin, le contraindre dans ce but. Il faut vaincre, contre toute attente et contre notre propre nature. [...]

De la nature humaine et de ses limites
Dë usken natura e stenpeskù

[...] Considérons l'homme comme tendant inexorablement par sa nature vers un seul but, la guerre. Il faut que nos efforts tendent à éradiquer non pas le symptôme, mais la maladie elle-même : il faut s’appliquer à supprimer l'individualité qui devra être remplacer par la conformité, la similarité afin de permettre à chaque homme, femme et enfant de cette future grande société de vivre des existences identiques, sereines et calmes dans une paix universelle. Le concept de construction de vie identique permet à chacun d'entre nous d'envisager l'instant présent avec confiance dans l'absolue certitude qu'il y a un devenir que dans la conformité. Ainsi la Surnation ne trouvera le salut que dans l'anéantissement d'une individualité destructrice vouée au bien d'un homme au dépend de la destinée collective. [...]

De la société et du travail
Dë uskenin e kôrvolen

[...] La société de la Surnation doit parvenir au calme intérieur dont l’homme a besoin. Sa nature le tend à la dispersion, à l’émotion immédiate et irraisonnée et la société doit permettre une revalorisation de l’homme comme entité encrée dans une globalité et non plus comme un homme emplie d’animalité instinctive et basse - l’homme que nous connaissons depuis des temps immémoriaux. Le temps libre reste un vecteur important de dispersion pour l’homme qui se déprécie dans son individualité, le travail doit supplanter ce besoin corrompu pour lui influer le devoir de reconnaissance, d’efforts pour la communauté. Le travail doit donc être imposé et accessible à tous de sorte qu’aucun ne puisse s’ennuyer dans l’abjection et les contingences de l’individuum (1). Le conformisme pliera ainsi cette tendance individualiste dans le bon sens, la modération des désirs et l’accomplissement du destin de la Surnation dans sa globalité de sorte qu'aucune différence ni inégalité ne sera tolérable. [...]

(1) individualisme
Alderande

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<center>La « Bande des Huit » à l’heure de l’apéro</center>

Cet article est tiré du journal satirique Në Flevelen Köth ("Le Radis Blanc") connu pour son stylé incisif et volontairement ironique.

Les dirigeants des huit puissances mondiales se sont réunies à Vadeable, dans le Numancia, pour on ne sait trop quelle raison, mais accordons leur le droit de discuter un peu et de profiter du beau temps estival numancien devant un bon gueuleton (qui s’y refuserait ?). L’autoproclamé « Groupe des Huit » semble plein d’entrain et de bonnes intentions pour guider le monde vers l’âge d’or et la prospérité et je crois que les autres pays du monde manquent un peu de gratitude ; remercions-les de s’intéresser de si près à nous autres, qui n’en valons pas nécessairement la peine.

Les débats, dirigés par ce très poli Felipe V, se sont rapidement orientés vers la question des famines et de l’alimentation dans le monde, « question qui ne pourra évidemment pas être résolue en une seule journée » comme l’a remarqué Sa Majesté Perspicace. Ce roi Très Catholique étale ses bonnes intentions au monde entier et prétend, avec ses bons amis du dimanche, s’intéresser à la digestion de tous ces pauvres gens du « Sud », remercions-le encore de perdre son temps à enculer les mouches. Outre les jolies phrases de notre souverain Très Chrétien, ses amis osent utiliser leurs deux neurones – malgré la chaleur, le soleil de plomb numancien, la sieste, la digestion difficile et l’apéro un peu arrosé du repas de midi – pour proposer des solutions. Ah ! C’est que Monsieur Blackwood a plein d’idée en tête et, pour un individu de peau noire, a une audace sans pareille qui va jusqu’aux thèses racistes les plus élégantes : « certains territoires sont dors-et-déjà surpeuplés » affirme t-il (oui, il a de très bons conseillers) et « ceci est souvent le cas au Zanyane. » Ce genre de raccourci a le mérite d’être éloquent et de parler à tout le monde, rappelons que nous sommes au mois d’août et que tous les conseillers politiques et autres experts se la coulent douce sur les plages des tropiques (« je profite de mes RTT » nous a répondu un proche de Monsieur Blackwood par téléphone). Bref la solution est évidente : imposer un contrôle des naissances aux pays du « Sud » (le sud de quoi d’ailleurs ?) pour libérer la femme pour industrialiser le pays pour enrichir tout le monde. Un vrai cadavre exquis ! Monsieur Blackwood, vous êtes poète ? J’écris moi-même quelques sonnets – un petit plaisir que je m’accorde de temps en temps. Continuons avec ses nobles et précieuses propositions : ouvrir les frontières et dire à ces petits biafrais de prendre leur valise pour venir s’installer en banlieue de New Titanua, il y a de jolis pavillons là-bas (j’y ai déjà visité un bon ami d’enfance, il y avait une piscine). Bref finalement, la poésie n’a pas pris, on a décidé de créer une Banque Alimentaire Universelle. Outre ce très joli nom (mon pote Fab’ a trouvé ça un peu pompeux, je suis pas d’accord avec lui mais c’est vrai que BAU on sait pas trop comment le prononcer et c’est pas très joli : « bauw », « bo » ?), ça s’annonce super utile. De toute façon, on s’en branle, à part Monsieur Blackwood, personne ne veut voir débarquer des gens affamés chez eux (pour peu qu’ils veulent les manger). Finalement c’est Chase Pennington le rabat-joie, Felipe et ses potes avaient plein de bonnes idées et Pennington a presque failli tout faire tomber à l’eau (je crois qu’ils vont finir par plus l’inviter). Mais finalement, ce bon vieux Chase est pas si con. La « Bande à Fifou » veut révolutionner le monde et Chase rappelle simplement « de quel droit ? » Ils auraient peut-être dû commencer par se poser cette question, la « Bande à nœuds-nœuds. » C’est drôle ça, dès qu’on est riche on adore réfléchir au sort du monde et on s’impose le droit d’aller un peu remuer la merde (nous parlons de « devoir ») ; on a plein de bonnes et belles idées bien catholiques ; c’est ça la charité, rappeler au pauvre qu’il est pauvre et que toi, bah t’es riche. De toute manière, finalement, on donne juste un peu de bouffe, on leur donne quelques idées pour la suite et on les aide un peu à trouver de l’eau (Dan Payton a pensé, très justement, que, comme les autres êtres humains, les pauvres biafrais avaient soif aussi). Le but ça reste quand même de se faire un peu de fric, d’agiter ces deux neurones de temps en temps, de se sentir bien jusqu’à la prochaine réunion de la « Bande » parce qu’on a fait sa bonne action de l’année et surtout – mais mon dieu surtout – de pas avoir des petits noirs affamés venir taper à nos portes (et aussi de voir ses bons vieux potos devant un bon rosé). Donc, ne nous inquiétons pas, tout ira bien, la « Bande des Huit » ne nous veut que du bien !
Alderande

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<center>Considérations sur l’homme et la société
par Herevan Mofaset</center>

Après avoir fait scandale en publiant Në Manifesto en juin 2014 (voir les extraits plus haut), Herevan Mofaset, professeur à l'Université de Damaara, vient de publier un nouvel essai polémique intitulé Considérations sur l'homme et la société (Csesan dë naturanân uskenøn e uskeninøn). Les ouvrages de Mofaset restent des best-sellers même si le pouvoir politique s'en méfie. Le Conseil de Surveillance du Prétoire a même émis des avis importants et de nombreux démocrates s'insurgent contre ses idées et en appellent à la censure. Mofaset se fait en effet le porte-parole d'une nouvelle extrême droite audacieuse et originale : antidémocratique, antiprogressiste et antilibérale, elle est séduite par l'autoritarisme et l'exprime explicitement. En voici quelques extraits.

L’homme comme contradiction
N’uskenin es kontradë

[...] L’homme est essentiellement puissance de contradiction c’est-à-dire qu’il est animé de forces contraires qui sont consubstantielles et nécessaires entre elles. Quand il veut créer, l’homme veut aussi détruire de sorte que la création ne va pas sans destruction. Amour et haine. Ordre et Anarchie. [...] La vie intime de l’individu laissé à son propre vouloir illustre parfaitement ce constant rapport à la contradiction. La vie de l’homme n’est ainsi qu’une dynamique de plaisir-joie/désespoir-angoisse qui ponctue l’existence individuelle passant d’un état à un autre jusqu’à ce qu’un jour fatal ne vienne rompre cette sinistre succession sans but. [...]

L’illusion de la conscience
Në deceptë cosenzøn

[...] La conscience elle-même n’est qu’un produit de l’imagination lorsque l’esprit affolé et désespéré tente une synthèse de ses propres affects et de ses propres désirs. Il intuitionne faussement une « unité transcendantale » qu’il nomme « je » et il croit ainsi que ce qui arrive, lui arrive alors que sa vie pulsionnelle n’est qu’une dynamique chaotique de forces et de désirs contradictoires. [...] Cette unité transcendantale masque la véritable intériorité qui est bien moins lisse et calme et qui est bien plus mouvementée et terrifiante. [...]

La société comme coercition
N’uskenin es cørcetë

[...] C’est ainsi que la société qui rassemble l’ensemble des hommes est elle aussi animée de ces contradictions destructrices. [...] Mais une société d’ordre et de progrès doit nécessairement abattre le centre pulsionnel des individus pour empêcher l’émergence des signes de violence et de décadence, cette société doit impulser un destin commun, une énergie commune où la différence et l’opposition de forces contraires seraient tout bonnement incompatibles. [...]

L’Etat veut le bonheur commun
Në Statë isivelere conusken euthos

[...] Dans cette perspective, le rôle de l’État est bien évidemment nécessaire et de premier ordre. [...] Il ne doit en aucun cas être séparé de la société qu’il ordonne et structure ; c’est là que le bât blesse dans les démocraties contemporaines libérales qui pensent que laisser faire les pulsions établit un équilibre de façon quasi-mystique. L’État doit intervenir pour montrer que le plaisir individuel ne fait pas le bonheur collectif et que le bonheur individuel passe par le sacrifice de soi dans la société. [...]
Alderande

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<center>Une certaine idée de la démocratie en République
par Debrès Tiltian (extraits)</center>

Une certaine idée de la démocratie en République est un livre publié en Hylè en 2019 par le professeur Debrès Tiltian de l'Université de Damaara. Il définit et expose l'idée républicaine hyléenne telle qu'elle s'est construite dans l'histoire et l'oppose à la vision démocratique propre aux nations libérales ou conservatives. République et/ou démocratie ? Deux modèles à ne pas confondre.


[…] Opposer la république à la démocratie, c’est la tuer. Et réduire la république à la démocratie, qui porte en elle l’anéantissement de la chose publique, c’est aussi la tuer. Comment les démêler, s’ils sont indissociables ? Selon quels critères idéaux ? Tout gouvernement, pour borné que soit son horizon, repose sur une idée de l’homme. Même s’il ne le sait pas, le gouvernement républicain définit l’homme comme un animal par essence raisonnable, né pour bien juger et délibérer de concert avec ses congénères. Libre est celui qui accède à la possession de soi, dans l’accord de l’acte et de la parole. Le gouvernement démocratique tient que l’homme est un animal par essence productif, né pour fabriquer et échanger. Libre est celui qui possède des biens —entrepreneur ou propriétaire. Ici donc, la politique aura le pas sur l’économie ; et là, l’économie gouvernera la politique. Les meilleurs en république vont au prétoire et au forum ; les meilleurs en démocratie font des affaires. Le prestige que donne ici le service du bien commun, ou la fonction publique, c’est la réussite privée qui l’assure là.

En république, chacun se définit comme citoyen, et tous les citoyens composent « la nation », ce « corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté parle même législateur » (Sieyés). En démocratie, chacun se définit par sa « communauté », et l’ensemble des communautés fait « la société ». Ici les hommes sont frères parce qu’ils ont les mêmes droits, et là parce qu’ils ont les mêmes ancêtres. Une république n’a pas de maires noirs, de sénateurs jaunes, de ministres juifs, ou de proviseurs athées. C’est une démocratie qui a des gouverneurs noirs, des maires blancs et des sénateurs croyants. Conci­toyen n’est pas coreligionnaire.

[…] En république, l’État est libre de toute emprise religieuse. En démocratie, les Eglises sont libres de toute emprise étatique. Par « séparation des Eglises et de l’État », on signifie en Hylè que les Eglises doivent s’effacer devant l’État, et dans d’autres pays que l’État doit s’effacer devant les Eglises. On comprend pourquoi : en souche protestante, terrain d’élection de la démocratie, le droit à la dissidence était inclus dans la croyance, l’esprit de religion ne faisant qu’un avec l’esprit de liberté, En terrain catholique, le droit à la dissidence a dû être arraché par l’État à l’Eglise parce qu’elle se posait en proprié­taire éternel du Vrai et du Bien. Et le rang assigné aux recteurs d’université et aux membres de l’Académie par le protocole républicain est celui qu’occupent cardinaux et évêques dans les cérémonies démocratiques. Une république fait passer ses écrivains et ses penseurs avant, une démocratie après ses agents de change et ses préfets de police. Bon indice que l’évolution du protocole.

L’idée universelle régit la république. L’idée locale régit la démocratie. Ici, chaque député l’est de la nation entière. Là, un représentant l’est de sa seule circonscription, ou « constituency ». La première proclame à la face du monde les droits de l’homme universel, que personne n’a jamais vu. La seconde défend les droits des Pelabssiens, ou des Schlessois ou des Raksasans, droits déjà acquis par des collectivités bien limitées mais réelles. Car l’universel est abstrait et le local concret, ce qui confère à chaque modèle sa grandeur et ses servitudes. La raison étant sa référence suprême, l’État en république est unitaire et par nature centralisé. Il unifie par-dessus clochers, coutumes et corporations les poids et mesures, les patois, les administrations locales, les programmes et le calendrier scolaires. La démocratie qui s’épanouit dans le pluriculturel est fédérale par vocation et décentralisée par scepticisme. « A chacun sa vérité », soupire le démocrate, pour qui il n’y a que des opinions (et elles se valent toutes, au fond). « La vérité est une et l’erreur multiple », serait tenté de lui répondre le républicain, au risque de mettre les fautifs en péril. Le self-government et les statuts spéciaux ravissent le démocrate. Ce dernier ne voit rien de mal à ce que chaque communauté urbaine, religieuse ou régionale ait ses leaders « naturels », ses écoles avec programmes adaptés, voire ses tribunaux et ses milices. Patchwork illégitime pour un républicain. […]

* tiré d'un article de Régis Debray, disponible [url=http://laicite-aujourdhui.fr/spip.php?article292]ici[/url].
Alderande

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<center>KENNETH ARROW ET LE « THÉORÈME D'IMPOSSIBILITÉ » :
Choix collectifs et préférences individuelles
</center>


Ce qui suit provient d'[url=http://00h00.giantchair.com/html/ExtraitsPDF/27454100516110_1.PDF]ici[/url].

Est-il possible de définir l’intérêt général à partir des préférences individuelles ? Avant la publication en 1951 de ce livre la plupart des économistes et politiciens répondaient à cette question par l’affirmative. Pourtant cet ouvrage affirme, en se fondant sur le travail pré- curseur du mathématicien français Nicolas de Condorcet, que les procédures de choix collectifs ne peuvent satisfaire tous les critères de la démocratie ; cette théorie est connue sous le nom de « théorème d’impossibilité ».

1. Les fondements de la théorie du choix collectif

A. Les modalités du choix collectifs
  • « En démocratie libérale, il existe essentielle- ment deux façons d’effectuer des choix collectifs : le vote que l’on utilise pour prendre des décisions de caractère politique et le mécanisme de marché que l’on utilise pour des décisions de caractère économique. » Le vote et le marché sont-ils des méthodes efficaces pour effectuer un choix collectif ?
  • « Le paradoxe électoral » ou [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Condorcet]« paradoxe de Condorcet »[/url] montre que le vote peut mener à des résultats incohérents et que des modalités différentes de vote donnent des résultats contradictoires.
  • Toute modalité de choix collectif est basée sur un jugement de valeur. Ces jugements de valeur sont inévitables ; mais le problème est de savoir si ces jugements de valeurs sont compatibles ou s’ils se contredisent entre eux comme dans le cas du paradoxe électoral.
B. La nature des préférences individuelles
  • Les utilités individuelles ne peuvent pas être mesurées, elles ne peuvent être que classées. « La comparaison interpersonnelle des utilités n’a pas de sens ». Il est impossible de mesurer les utilités (degré de satisfaction) de chaque individu puis de les comparer. La seule chose qui est possible est de classer les utilités pour chaque individu. Ainsi, un individu peut dire s’il préfère le bien x au bien y, mais il est impossible d’affirmer que l’utilité que le bien x procure à l’individu 1 est supérieure ou non à l’utilité que le bien y (ou même le bien x) procure à l’individu 2. L’étude des choix individuels ne peut donc porter sur des niveaux d’utilité, mais sur des relations de préférence.
  • Chaque individu peut définir strictement son système de préférence. Il doit ainsi choisir entre ces trois possibilités : il préfère x à y, x et y lui sont indifférents, il préfère y à x. Les éléments du choix sont les « états sociaux ».
  • Arrow ne prend pas uniquement en compte l’utilité économique, comme la satisfaction provenant de la consommation, mais l’ensemble des préférences individuelles, par exemple les aspirations de justice. L’État social correspond donc à une quantité de biens à consommer, de travail à offrir, de ressources à uti- liser, mais aussi aux divers types d’activités publiques comme les services munici- paux, la justice. L’objectif de la société peut être alors défini : « elle choisit l’état social qui conduit au bien-être collectif maximum ».
C. Une fonction judicieuse de préférence collective doit réunir au moins cinq conditions
  • Les différents choix individuels doivent avoir une cohérence entre eux.
  • Si un état social est préféré par tous les individus à un autre, alors il doit en être de même pour la préférence collective.
  • Chaque choix doit être indépendant des situations extérieures. « Nous pouvons donc imposer à la fonction de bien-être collectif, que le choix fait par la société, à partir d’un environnement donné, ne dépende que des ordres établis entre les situations qui appartiennent à cet environnement. »
  • Les individus sont souverains ; ils disposent d’une liberté de choix réelle.
  • La cinquième condition, proche de la quatrième, est l’absence de dictature : « la fonction de bien-être collectif ne doit pas être dictatoriale ».
2. Il est impossible de définir de façon cohérente les choix collectifs à partir des préférences individuelles

A. Le théorème d’impossibilite
  • Les cinq conditions ne peuvent être remplies simultanément. Les cinq con- ditions semblent tout à fait raisonnables, mais elles sont en réalité trop restrictives pour qu’il soit possible de bâtir une fonction de choix collectif les satisfaisant toutes. « s’il existe au moins trois situations possibles que les membres de la collec- tivité puissent classer comme ils l’entendent, toute fonction de bien-être collectif [...] doit être soit imposée, soit dictatoriale ».
  • « Il n’existe aucune méthode de scrutin qui lève le paradoxe électoral, ni le vote majoritaire ni aucun système de représentation proportionnelle quelle que soit sa complexité. De même, le mécanisme du marché ne peut donner un choix rationnel. » Les seules méthodes de passage des préférences individuelles aux préférences collectives qui soient satisfaisantes, bien que ne respectant pas les deux dernières conditions, sont soit imposées soit dictatoriales : « l’idéologie de la souveraineté de l’électeur est incompatible avec celle de la rationalité collective ».
B. Les trois exceptions au théorème d’impossibilité
  • Le théorème d’impossibilité peut être levé lorsqu’il n’existe que deux situa- tions possibles entre lesquelles choisir.
  • Les choix collectifs sont cohérents en cas d’unanimité parfaite. Si tous les individus ont des préférences identiques et donc si l’état d’esprit collectif est homogène, « la fonction de bien-être collectif se définit de façon évidente en choisissant celle d’un individu et en disant que l’échelle de préférence sociale est identique à la sienne ». Cette condition d’unanimité semble trop restrictive, mais elle est réaliste pour certains domaines concernant les aspirations humaines les plus universelles comme les aspirations à la liberté ou le désir d’accroître la durée de vie humaine.
  • Les choix collectifs sont aussi cohérents lorsque les préférences sont unimo- dales. Dans ce cas, les états sociaux peuvent être représentés par des niveaux dif- férents sur une même échelle de valeur. C’est le cas lorsqu’il existe plusieurs partis politiques que l’on peut classer linéairement du plus à gauche au plus à droite ; chaque individu peut voter d’une façon cohérente en donnant la meilleure note au parti politique qu’il choisit et une note de moins en moins bonne au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. Dans ce cas, la règle de décision à la majorité conduit à un classement transitif des situations et il est possible de déterminer une préférence collective.
Conclusion

Le théorème d’Arrow est un apport considérable pour la compréhension des règles de choix collectifs en démocratie. Il pose toutefois plus de difficultés aux politiciens qui recherchent le mode de scrutin le meilleur ou le moins mauvais qu’aux économistes libéraux qui considèrent que le marché, même s’il ne permet pas d’agréger parfaitement les préférences individuelles, reste le meilleur moyen d’allocation des ressources ou aux économistes keynésiens qui y voient un argument de plus pour souhaiter les interventions économiques de l’État.
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