Dans le jardin des fleurs de fer

Répondre
Frederick St-Luys

Message par Frederick St-Luys »

<center>[img]http://img23.imageshack.us/img23/6821/israeldemonstrationsaug.jpg[/img]</center>

<center>Le Maître dit:
"C'est seulement lorsque le froid de l'hiver est arrivé, qu'on s'aperçoit que le pin et le cyprès perdent leurs feuilles après tous les autres arbres."

(Entretiens de Confucius, Chap IX, 26)</center>

<center>Dans le jardin des fleurs de fer</center>

C'était comme être dans une autre dimension. Depuis la veille, Mena avait l'impression que les autres s'éloignaient d'elle à une vitesse supraluminique, et elle n'entendait que comme de façon éloignée, depuis l'extrémité d'un cornet. Le monde bougeait autour d'elle, mais elle n'en percevait les mouvements que comme en accéléré, comme pour une caméra qu'on eut placé dans un lieu passant, et dont on aurait ensuite joué l'enregistrement en avance rapide. En fait, lorsqu'elle ne pensait pas aux mots à prononcer, à la force à prendre en elle, elle pensait à son parcours, ces longues années d'un combat dur et ingrat, guidé par le seul espoir d'un avenir meilleur pour le peuple.
Cela faisait vingt ans que Mena Ekopilos vivait en exil. Un cycle qui avait commencé ce jour de mai 1997 à Tollioro, la capitale du Cecopia (F21), lorsque la grêle de feu et d'acier s'était abattue sur les manifestants parmi lesquels elle se trouvait. Personne ne savait pourquoi les paramilitaires avaient choisi cet instant précis pour tirer, étant donné du rassemblement s'était fait pacifiquement, mais le fait était qu'à un moment entre la constitution de l'immense foule et sa marche vers le palais présidentiel, quelqu'un avait du perdre les nerfs, et ordonner de faire feu.

Personne ne s'était opposé. Les paramilitaires à la solde du président César L'Baraku étaient de son ethnie, les Okidvoros, et tous savaient que les Okidvoros et les autres ethnies du Cecopia se détestaient. C'était pour cela que les sionvigiens avaient durant l'époque coloniale adroitement joué la balance entre les populations simeioniennes d'origine almérane établie sur la côte, dont était Mena, et les Okidvoros de l'intérieur des terres. Mais cela avait échappé à tout contrôle dans les années 50 et 60, à l'époque de la décolonisation. Les violences s'étaient multipliés, d'autant plus que les Okidvoros avaient recommencé leurs razzias et expéditions de pillage chez les Tevdoros, une communauté indigène vivant strictement selon les principes de la tradition religieuse orthodoxe. L'intolérance, la haine et le mépris avaient trouvé un sol fertile sur la terre aux multiples communautés qu'était le Cecopia, et il avait fallu toute la force de charactére d'Evangelos Ekopilos, le père de Mena, pour que le pays n'éclate pas. Il avait organisé les premières élections démocratiques, et permis un début de pacification.
Mais cela ne servit à rien. Il mourut tragiquement, d'un coup de sagaie durant un meeting électoral dans l'ouest du pays. En pays métis, tué par un des chefs de clan Okidvoros qui avait perdu son pouvoir dans l'établissement d'un Etat de droit. Et la spirale avait recommencé, le pouvoir appelant la violence, la violence la haine, et la haine les massacres.

Mena Ekopilos avait dix ans à l'époque où son père fut assassiné.

Lorsque César L'Baraku, général de l'armée de terre à 29 ans, était arrivé au pouvoir par un coup de force en 1978, personne ne pensait que cela pourrait devenir pire. Et pourtant, cela le devint. Le jeune homme au sourire charmeur se révéla être un tyran narcissique, brutal, superstitieux et totalement démuni de conscience. Il privilégia systématiquement son ethnie - les Okidvoros - et son clan au sein de cette ethnie, il déposséda les fermiers des autres peuples, il ordonner de faire ravager les terres et piller les villes où son pouvoir n'était pas absolu. En un vaste hold-up ridicule, il s'empara des plus grandes richesses du pays pour son profit personnel. Sous prétexte de lutte contre le communisme, il obtint de l'aide pélabssienne. Juste avant d'importer des armes rostoves en prétendant lutter contre l'emprise capitaliste au Zanyane. Détesté de tous, l'homme avait installé son régime avec toute la solidité de ses racines claniques, et, vivant dans la psychose paranoïaque, avait vieilli laidement. tandis qu'il mourrait désormais à petit feu, ses fils et les autres membres du clan conspiraient pour savoir qui était le successeur. Sans se rendre compte que le reste du pays bouillonnait.

C'était pour cela qu'en 1997 Mena s'était retrouvée, en fille d'Evangelos Ekopilos, bien malgré elle portée à la tête d'une grande manifestation pour la démocratie à Tollioro, rassemblant les membres de toutes les populations opprimées. Et c'était pour cela qu'elle avait reçu cinq balles dans le corps, avait eu l'épaule fracassée par un coup de matraque.

A son réveil, elle était allongée dans un lit d'hôpital, à Saint-Siméon, au Ravendel. On l'avait ramenée en catastrophe, en qualité de figure de proue. Plusieurs semaines de convalescence l'avaient forcée à observer avec désespoir à la télévision le massacre organisé par les paramilitaires au Cecopia.

Après cela, le mouvement pour la démocratie au Cecopia a changé. La communauté Simeionienne a continué à demander la démocratie, mais par le biais d'un rattachement à leurs compatriotes qui forment la moitié du peuple du Ravendel. Les N'Tek'Ekwa avaient les mêmes revendications, et avaient pris les armes pour la libération de leur peuple. Perpétuellement opprimés, les Tevdoros se sont réfugiés progressivement dans une foi de plus en plus intense. Les Cekoba du nord du pays, las, ont pris leurs distances et formés leurs milices de défense. Les métis des plaines centrales ont tenté de plus en plus souvent de se rapprocher des Simeioniens, et la plupart avaient épousé les vœux de réunification. Quant aux Okidvoros, ils profitaient des richesses pillées dans le reste du pays, pour d'autant plus facilement s'entre-déchirer. Les guerres de clan couvaient là aussi.
Tout un pays, livré au chaos.

C'était vingt années auparavant. Vingt années d'exil, vingt années de lutte permanente, vingt années passées à tout les sommets internationaux pour la démocratie, à contacter les partisans au pays, à tenter de convaincre les politiciens et l'opinion publique ravendelienne. Et depuis que les agitations au cCecopia avaient grandi, et que la piraterie, les trafics et les maux de ce peuples avaient débordé sur les pays voisins, elle avait rencontré enfin des échos. Les manifestations et meetings s'étaient étoffés, les hommes politiques avaient fait des promesses. Le patriarche Nicetas II, homme extrêmement respecté, avait menacé le président L'Baraku des flammes de la Géhenne, et assuré son soutien à Mena. Le despote du Simeionion, le souverain coutumier du peuple simeionien, Andronikos V, l'avait reçue, et assuré de son soutien.

La grande cause avançait. Et en plus on racontait que l'immonde, le détestable César L'Baraku était malade. Une tumeur cancéreuse grandissante, selon une indiscrétion du palais présidentiel, mettrait en danger sa vie. Il était vrai qu'il n'avait plus paru en public depuis longtemps...

-Madame Ekopilos? Fit le régisseur, chargé d'organiser le fonctionnement de l'estrade avec ses lumières, ses micros et le passage des orateurs, ça sera votre tour dans trois minutes.

Elle sursauta. Perdue dans ses pensées, à des milliers de kilomètres des autres, elle avait totalement oublié où elle était. Et pourquoi elle y était.
Akron. L'Union pour un Cecopia Libre avait organisé une grande manifestation. La plus grande manifestation pour le Cecopia jamais organisée, on attendait plus d'un million de personnes. Ils venaient de tout le pays, même de l'international. On espérait la voir. Elle-même ne disait rien de d'incroyable. Mais c'était le fait qu'elle le disait, qu'elle soit là devant elle.

Aujourd'hui, c'était le grand jour. Ces mois de pression grandissante avaient peu à peu constitué une vague de plus en plus forte. Une vague devenue gigantesque. En arrivant, en voiture, elle avait découvert que l'Avenue de Fort-Wilhelmus, au centre d'Akron, était noire de monde. il n'y avait aucun espace libre. Une foule extraordinairement dense s'y pressait, portant d'innombrables banderoles. Il y avait là des gens de tout âges, sexes et origines, et les policiers déployés pour la sécurité étaient totalement noyés et dépassés. Mais il n'y avait pas de risques; c'étaient des manifestants pacifiques, et il n'y avait pas de tensions avec le gouvernement ravendelien.

C'était extraordinaire, s'était dit Mena. Et maintenant, en montant lentement les marches de l'arrière de l'estrade, elle le ressentait encore. Une pression titanesque s'exerçait sur son frèle corps, mais elle se sentait porté par son devoir envers le peuple.
Sur l'estrade, une immense bannière était tendue, avec les couleurs bleu marine et blanches du Cecopia - et du Simeionion. Le dernier orateur en date, un responsable tevdoro, parlait des engagements, du courage et de la détermination des cecopiens. il était de l'autre côté de la bannière, qui dissimulait la fills d'Evangelos Ekopilos et son "état-major" à la foule.
Après un dernier éclat, l'homme quitta la scène, et lentement, seule, Mena monta les dernières marches jusqu'au pupitre. Peu à peu, ses yeux découvrirent l'immensité de la foule. C'était proprement gigantesque. Elle ne pouvait pas en voir l'extrémité: l'avenue, les rues latérales, les gens sur les balcons et sur les voitures, ceux ayant escaladé les réverbères. Les pancartes "UCL", "vive le Cecopia Libre!", "Liberate Cecopia" ou encore "Have faith in Mena!", ainsi que quelques caricatures du visage de César L'Baraku. Des équipes de télévision permettaient de deviner que l'intervention serait retransmise en direct à la télévision ravendelienne, et probablement sur la plupart des chaînes du continent. Y compris par satellite au Cecopia. Cela faisait des millions d'yeux fixés sur elle, attendait d'elle un mot, attendant d'elle de l'espoir.

L'espace d'un instant, elle crût qu'elle allait défaillir. C'était trop. Beaucoup trop, jamais elle ne pourrait.
Mais l'habitude prit le relais, et la sauva précisément à cet instant. Les discours, les meetings, c'était son pain quotidien depuis vingt ans. Plus que le chagrin de la mort de son père ou la foi en le peuple, ce fut l'inertie de l'habitude qui lui permit de commencer:

-Compatriotes cécopiens, de toutes les ethnies, amis du Cecopia de tous les pays, si je suis ici aujourd'hui, devant vous, c'est avant tout grâce à vous. Votre soutien indéfectible, votre confiance, votre courage m'ont inspiré. C'est pour cela que j'ai donné vingt années de ma vie, afin d'être votre porte-parole, afin de vous donner cette voix qu'on vous a trop souvent refusé. Depuis trente ans, César L'Baraku est au pouvoir au Cecopia. Il a pillé nos richesses, a détruit nos champs, a fait violer les femmes, fait enlever les enfants. Son acharnement brutal, la bêtise et la cupidité dont il a fait preuve avec ses complices ont causé d'immenses malheurs. Mais rien n'est perdu. S'il a réussi à nous opprimer, ça n'est que temporaire. Son pouvoir est basé sur l'épée, et périra, car on ne peut régner durablement comme cela. Et le peuple cecopien ne restera pas indifférent indéfiniment. Ensemble, nous pouvons changer cela. Si nous nous opposons de façon décisive à L'Baraku, si nous faisons acte de désobéissance civile, si nous résistons face aux bandes armées, le système' de pouvoir basé sur le racket et la peur s'effondrera. Nous sommes les plus nombreux, nous avons le soutien indéfectible de nos amis ravendeliens, et de nombreux peuples de par le monde, et enfin et surtout, nous avons une cause juste. Et c'est parce que notre cause est juste que nous aurons la victoire!

Une demi-heure plus tard, Mena quittait l'estrade, épuisée. Ovationnée, portée par les hourras d'une foule pleine d'espoir, elle avait été usée physiquement. Derrière, ses adjoints aussi applaudissaient vivement.
Subitement, un de ses conseillers traversa la foule des autres, s'approcha, tenant son portable.

-Madame, c'est pour vous.

Étonnée et un peu déstabilisée, elle voulut demander de qui il s'agissait, mais avant d'avoir pu lui faire, on lui fourra l'appareil dans la main. Encore fébrile, elle le porta à son oreille.

-Allô? ici Mena Ekopilos, déclara-t-elle, en se sentant un peu stupide.
-Oui... Frederick Saint-Luys à l'appareil.

Elle posa la main sur le combiné, et s'exclama à l'intention des gens autour d'eux:

-Saint-Luys! Qu'est-ce qu'il...

Il haussa les épaules, indiquant son ignorance. Le président ravendelien n'avait pas pipé mot durant toute l'affaire cécopienne jusqu'ici. Le gouvernement s'en était tenu à des protestations diplomatiques, même si elles étaient devenues de plus en plus acerbes ces derniers mois.
Hésitante, elle revint à l'appareil.

-Monsieur le président, c'est un honneur, que me vaut cet appel...

Il y eut un bref rire aimable de l'autre côté de la ligne.

-Allons, vous occupez ma capitale, je ne vais pas rester indifférent. Non, je vous appelle afin de vous féliciter. Je suis admiratif devant vos réussites, de votre discours que je viens de suivre. Je voulais vous assurer de mon soutien... officiel.


Un des hommes sur l'arrière de l'estrade porta son propre téléphone à son oreille pendant que Mena Ekopilos continuait une conversation inattendue.
Il composa un numéro avec un nombre de chiffres inhabituel, et, sans même attendre une fois que son interlocuteur eut décroché, déclara:

-Le phase un est lancée.


[HRP]Ceci est une trame ayant débuté y a longtemps, dans mes médias et mes institutions. J'ai fait beaucoup afin de préparer le terrain. Quelques liens-échantillons (comprenant uniquement les principaux articles) : [url=http://www.simpolitique.com/post134553.html#134553]Briefing d'Etat[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post128008.html#128008]Article 1[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post128371.html#128371]Article 2[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post129953.html#129953]Article 3[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post134049.html#134049]Article 4[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post134570.html#134570]Article 5[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post134630.html#134630]Article 6[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post134944.html#134944]Article 7[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post135996.html#135996]Article 8[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post136306.html#136306]Article 9[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post138012.html#138012]Article 10[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post138463.html#138463]Article 11[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post135419.html#135419]Sur Mena Ekopilos 1[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post139659.html#139659]Sur Mena Ekopilos 2[/url], [url=http://www.simpolitique.com/post141597.html#141597]Sur Mena Ekopilos 3[/url], [url=http://www.simpolitique.com/topic5638.html]RP interne 1[/url], [url=http://www.simpolitique.com/topic6624.html]RP interne 2[/url].[/HRP]
Répondre

Retourner vers « Conflits et événements mondiaux »