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Posté : dim. oct. 20, 2019 5:20 pm
par Plutark38
31 mai 2040 - 14h00

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[justify]Le mot d'ordre avait circulé dans toute la ville de Kep Janupi: il fallait défier le couvre-feu total imposé par le pouvoir pour étouffer tout vent colère. Un rassemblement sauvage et général était prévu sur la place Kottolunga V.
Amrit Shevade était chef d'une entreprise spécialisé dans la fabrication de composants électronique. Il a toujours été un bon sujet du Raja, a eu un parcours sans anicroches, n'a jamais émis la moindre objection envers le pouvoir et était un bon père de famille. Les discours de Zalim Achaval l'avaient séduits et il avait cru à une véritable chance de changement sans pour autant remettre en cause la monarchie elle-même. Son arrestation et l'annulation des élections sur la simple volonté du Raja avaient eu raison de sa fidélité envers son souverain. Les choses venaient sans doute d'éclater au grand jour pour la première fois et les gens se réveillaient subitement: l'Anantram n'était pas un pays libre mais la propriété d'un tyran capricieux.
Amrit n'était pas communiste mais voir ses amis gandhariens qu'il avait rencontré à la fac disposer de libertés nouvelles et de voir aussi leur niveau de vie augmenter fortement provoquait chez lui une sorte de frustration jalouse.
Le jeune chef d'entreprise ne vivait pas dans le besoin contrairement à beaucoup de manifestants mobilisés mais il constatait que, parmi ceux qui convergeaient vers la place du rassemblement, il y avait des gens tout aussi aisés que lui. Visiblement toutes les strates de la sociétés semblaient se mobiliser. Beaucoup de jeunes, des moins jeunes, des personnes âgées, des hommes, des femmes, des riches, des pauvres... Un élan semblait se créer autour d'un but commun: clamer sa colère face au mépris de leur souverain et leur déception d'être ainsi trahis.
Amrit était accompagné de ses amis et de sa femme. Les enfants avaient été confié à leur tante qui n'avait pas eu envie de sortir.
Les cortèges de gens convergeaient à chaque intersection puis Amrit et son cortège se retrouva sur la place Kottolunga V.
Les caméras de télévision étaient là et à son grand étonnement il y avait plus de journaux internationaux que de journaux anantramis. Le pouvoir voulait-il ignorer la colère qui frémissait ?
Les slogans commençaient à fuser, ici on accusait le Raja de trahir la confiance de ses sujets, là on appelait au retour des élections. Une ambiance bon enfant s'installa tandis que la police était absente, ce qui ne manqua pas d'inquiéter Amrit.


Amrit: Satya ? Quelque chose ne va pas. D'habitude la police intervient tout de suite et là on ne le voit pas. Je suis inquiet.

Sa femme le regarda avec de grands yeux puis se mit à agiter la tête de tous les côté pour essayer de détecter la moindre présence policière. Sans succès.

Satya: Restons sur nos gardes, ils sont capables de tout.

La place continuait de se remplir, les pancartes d'opposition au Raja commençaient à sortir. Il s'agissait là d'actes manifestes d'outrage au souverain qui pouvait coûter quelques années de prison.

*Kottolunga VII, ton outrage on se le met au fion*
*On veut des élections, pas un couvre-feu*
*Élection ou révolution*

Le monde présent impressionnait Amrit, jamais il n'avait vu un tel rassemblement avec autant de personnes. Tous ces gens avaient conscience de défier la monarchie et chacun ressentait une sorte d'ivresse et un semblant de liberté. Les milliers de personnes présentes ici communiaient et formaient un seul bloc contre l'autorité qu'ils combattaient. Ce sentiment leur était inconnu quelques heures plutôt mais on pouvait tirer de la satisfaction à relever la tête devant son tyran.

Le chef d'entreprise ne ressentait rien de tout cela.

L'angoisse montait en lui. Le fait de ne voir aucun policier à proximité de ce rassemblement interdit augurait le pire. Le Raja était capable du pire pour conserver son autorité, tout le monde le savait mais personne n'en avait vraiment pris la mesure. Un sentiment de sécurité émergeait, il fallait fuir d'ici le plus vite possible !
Il empoigna le bras de sa femme et tenta d'interpeller ses amis. Ils étaient trop loin pour capter ses appels...


Amrit: Satya, il faut partir, vite ! On est en danger !

Sa femme regarde autour d'elle puis commença à suivre son mari.
Soudain un bruit d'hélicoptère se fit entendre. Un, puis deux, puis trois survolèrent la foule. Cette apparition subite renforça la détermination d'Amrit à quitter les lieux. Il crut entendre un bruit d'eau s'écrasant au sol puis entendit des gens se plaindre d'être mouillés. Satya reçut quelques gouttes mais pas Amrit.
Les deux amants se dépêchèrent de sortir de la place et de regagner les rues adjacentes. Ils marchaient vite, sans s'arrêter. L'objectif était d'arriver en lieu sûr, hors du probable périmètre d'intervention des forces de l'ordre.
Ils remontaient les rues désertes dans lesquels les commerces étaient fermés et barricadés. Une partie de la population ne voulait pas avoir d'ennuis et respectait scrupuleusement le couvre-feu.


Amrit: Viens Satya, encore quelques rues et on sera hors de danger.

Il se tourna vers sa femme et il vit que son nez avait spectaculairement rougi et enflé.

Satya: Attend, je me sens mal, je ne sais pas ce qu'il m'arrive.

Soudain la jeune femme fut prise de nausées et se mit à vomir. Amrit ne comprenait pas ce qu'il se passait et céda à la panqiue.

Amrit: Satya !

Les pupilles de sa femme étaient contractées et elle commençait à haleter. Amrit essayait de se remémorer ses cours de biologie qu'il avait suivi à la faculté de Bunaghar avant de revenir en Anantram pour se consacrer à des études en électronique.

Amrit: Réfléchis Amrit, réfléchis... Nez enflé, vomissements, pupilles contractées, difficultés à respirer... Tout ça dans un laps de temps très court... C'est un empoisonnement... Mais ça vient d'où ? L'eau ! Ce n'était pas de l'eau ! Tu as reçu des gouttes, moi rien et je n'ai rien...

Satya commençait à subir des convulsions tandis qu'elle salivait dans une quantité impressionnante. Le bras où elle avait reçu des gouttes était sec. Il s'agissait donc d'un produit capable de s'évaporer très rapidement.

Amrit: Non... du sarin... Tiens bon Satya, tiens bon, je vais t'emmener voir un médecin ! Là, je vais je vais te porter, tiens bon.

Satya perdit connaissance tandis qu'Amrit la portait dans ses bras. Elle avait reçu quelques gouttes seulement. Il y avait un espoir d'éviter le pire et il priait Vishnu de lui laisser son épouse. Tandis qu'il se dirigeait vers le médecin, il entendit au loin une clameur s'élever. Des cris de douleur et d'horreur flottaient au dessus de la ville et glacèrent le sang du jeune homme qui faisait tout pour garder sa femme en vie...[/justify]