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Posté : dim. juin 16, 2019 8:26 pm
par Viktor Troska
[justify][center]LEBN IN YIDDISHSTAAT

[img]https://i.imgur.com/IRHsvjK.png[/img]

RP's internes centré sur la vie de tous les jours, les évènements marquants, l'histoire, la politique, etc.[/justify][/center]

Posté : dim. juin 16, 2019 9:03 pm
par Viktor Troska
LE YIDDISHTAAT : DU SHTETL AU KIBBOUTZ (I)
[url=https://www.youtube.com/watch?v=tdjBcuGNFqc]Tsi gedenkstu vi ikh hob dikh gelernt, haltn a shpayer in di hent ?[/url]

[center][img]https://i.imgur.com/f4N0QWh.png[/img][/center]

[justify]La création du Yiddishstaat est une longue et périlleuse route qui est la résultante de la disparition historique du shtetl jusqu'à l'affirmation positive des kibboutz. Cette contradiction (et son dépassement) traverse l'histoire sociale, politique et religieuse des yiddishes au cours des derniers siècles, bien que les XIXème et XXème siècles aient joué un rôle déterminant. Le Shtetl peut-être traduit par "petite ville" et représentait historiquement dans les zones de peuplement yiddishes le regroupement communautaire au niveau urbain. Vivant quasiment en autarcie, tentant autant que possible d'éviter les pogroms et les lynchages, le shtetl va représenter sur une longue période le ciment culturel, historique et social des yiddishes : Organisation communautaire qui n'a peu ou pas de liens avec les gentils, centré le plus souvent autour d'activités artisanales et le plus souvent dirigé à la fois par des religieux et des laïcs. Il s'agit en Dytolie Orientale d'une véritable société dans la société, avec ses propres rites, ses propres coutumes sociales qui au cours des siècles, n'ont pas évolués. Comme pour le reste de la Dytolie, les yiddishes vont subir leur propre Lumières, baptisé la Haskala. Le rapidement développement économique va aller de paire avec un développement idéologique et philosophique assez important. Le ciment politique actuel du Yiddishstaat, son creuset pour ainsi dire, remonte à cette période où la confrontation des idées nouvelles et anciennes, religieuses et laïcs ont bouleversé intégralement les repères identitaires et communautaires qui régissaient les communautés yiddishes rythmé par la vie dans le shtetl. Les deux grandes fractures qui vont se produire vont être l'adoption des idées socialistes qui fleurissent en Dytolie, mais également les idées sionistes sur la nécessité pour les juifs de se créer leur propre foyer national sur un autre terre, une autre région. Le mouvement bundiste qui s'est crée autour des idées socialistes et syndicalistes, va s'opposer avec ferveur au sionisme naissant : Le Bund se positionne pour l'autonomie culturelle des yiddishes, souhaite mettre en place des politiques sociales en faveur des travailleurs, souhaite généralement l'utilisation du yiddish en opposition aux sionistes voulant ressusciter l'hébreux. Le Bund se base sur le concept de Doyikeyt que l'on peut traduire par "l'être-ici", c'est à dire créer une entité nationale juive là où les communautés yiddishes sont installées. L'influence du Bund est prégnante et elle est encore actuellement un des ciments de la création du Yiddishstaat ainsi que son identité tout à fait unique : Alors que le mouvement sioniste ne cherche pas une transformation sociale intégrale, le Bund veut de son côté transformer la société dans une perspective révolutionnaire, démocratique et socialiste. Pour le Bund, l'idée de la création d'un foyer national juif sur une base religieuse constituerait ni plus ni moins que la reproduction d'une exploitation que subissent les yiddishes, mais cette dernière serait cette fois "nationale" et non plus dirigée par les gentils. Le morcellement du shtetl va en s'accélérant à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, sous les multiples transformations économiques qui s'opèrent, poussant de plus en plus de yiddishes à quitter le shtetl ponctuellement pour aller s'entasser dans les usines. (La pratique de l'agriculture leur étant interdite par les catholiques) Avec cette nouvelle mutation, certains penseurs socialistes yiddishes commencent à s'identifier comme un "peuple-classe", les yiddishes étant majoritairement des prolétaires qui ne vivent que du fruit de leurs labeurs. La grande guerre qui a frappé la Dytolie va définitivement mettre les pendules à l'heure : Par centaines et par milliers, les yiddishes s'engagent dans la lutte antifasciste et forment des unités de partisans, luttant contre les pogroms, pour l'amélioration du niveau de vie et pour une autre organisation de la société. Alors que le shtetl est entrain de mourir, les partisans et partisanes yiddishes administrent des territoires entiers sous les principes du socialisme volontaire. A la sortie de la guerre, cette expérimentation et ces territoires "rouges" entièrement administrés par les yiddishes vont prendre leurs formes et théories définitives, qui sera celle du Kibboutz.[/justify]

Posté : lun. juil. 15, 2019 7:06 pm
par Viktor Troska
LE YIDDISHTAAT : DU SHTETL AU KIBBOUTZ (II)
[url=https://www.youtube.com/watch?v=fFUEDQUvA2o]Mir shvern, mir shvern, mir shvern![/url]

[center][img]https://i.imgur.com/BM5HE4n.png[/img][/center]

[justify]Une organisation politique chapeaute littéralement la vie politique, sociale, idéologique, économique et culturelle au Yiddishstaat. Il est impossible de ne pas en entendre parler, ni même tout simplement de faire comme si elle n'existait pas. Le Bund ou Algemeyner Yidisher Arbeter Bund (Union Générale des Travailleurs Juifs) dans sa forme longue, est l'organisation politique dans laquelle l'ensemble des yiddishes et yiddisherines se sont rassemblés et continuent de vouer un respect et une dévotion sans foi. Fondée à la fin du XIXème siècle en se basant sur l'organisation massive des travailleurs et des travailleuses dans l'ensemble de la Dytolie, le Bund s'est très vite fixé comme but politique l'émancipation et l'auto-détermination du peuple yiddishe dans les zones culturelles où il vivait. Ses idées politiques se sont très vite rattachées à celle du reste du continent c'est à dire le socialisme. Mais là où la vision marxiste est sortie dominante, le Bund de son côté s'est emparé d'une partie de l'analyse marxiste mais son socialisme se veut coopératif, "par en bas" et surtout mué par des intérêts et des interprétations différentes de celles du marxisme dit "traditionnel". Le Bund lors de sa fondation s'est attachée à mettre comme principe suprême l'émancipation du peuple yiddishe à travers la réalisation du socialisme, en promouvant une société libre, fraternelle et égalitaire qui permettrait le libre développement du peuple yiddishe comme il le souhaite. Son attachement au mouvement coopératif ainsi qu'au travail syndical va faire subir au Bund les foudres de la répression étatique, mais également de la part des antisémites de tout bords, principalement les fascistes et les réactionnaires. Il n'était pas surprenant de voir des pogroms se dérouler non loin des shtetls et chaque soubresaut politique était imputé aux militants et militantes du Bund, cible favorite de toute sorte de propagande farfelue : L'histoire la plus célèbre pour salir le Bund a été celle du dit "massacre de Vranovo" en 1918, où les corps de plusieurs jeunes enfants des deux sexes ont été retrouvés au milieu des bois affreusement mutilé. Les propagandistes antisémites ont immédiatement sauté sur l'occasion pour crier à qui voulait l'entendre que les juifs pratiquaient des rites judaïques qui avaient pour but de tuer les enfants non-juifs dans des cérémonies s'apparentant à des messes noires. Plusieurs militants du Bund ont été visé dans cette histoire sinistre et l'organisation a été tout simplement interdite. La plongée dans la clandestinité va renforcer les appareils du Bund en terme politico-militaire, lui permettant d'activer son travail légal et son travail illégal. C'est à ce moment là que le symbole des trois flèches a été adopté comme symbole du mouvement, les trois flèches représentant respectivement la réaction (le fascisme), le capitalisme ainsi que l'antisémitisme. C'est le Bund qui va organiser sous sa direction les unités militaires qui participeront des années plus tard à la lutte antifasciste et de libération nationale. Le système d'organisation du Bund à ce moment là en terme militaire est très avancé pour son époque et sa "militarisation" lui permet d'éviter que ses militants et militantes ne se fassent attraper, torturer ou tuer par la réaction. Durant cette longue période, plusieurs idéologiques au sein du Bund vont théorisé ce qui est encore aujourd'hui la raison d'être de l'organisation, avant-garde du mouvement ouvrier et paysan yiddishe. Serafin Blum est le principal théoricien du "Socialisme volontaire" idéologie encore revendiqué aujourd'hui par le Bund, basé sur l'organisation "par en bas" des masses dans un processus d'auto-défense devant mener à la constitution d'un pouvoir populaire sur lequel un "État-Commune" verra le jour. Yarema Luxemburg va théoriser ce qu'on appel aujourd'hui le Kibboutz, de gigantesques coopératives urbaines et agraires qui doivent être la base économique, politique et militaire du futur Yiddishstaat. L'on pourrait citer également Jacobe Kobler, Yitzchak Shameel ou Dasha Brodetsky qui sont des grands noms au sein du Bund et qui lui ont donné au fil des années ses caractéristiques propres et sa vision totale d'une société juive émancipée de toutes les tares du capitalisme.[/justify]

Posté : jeu. août 15, 2019 4:37 pm
par Viktor Troska
LE YIDDISHTAAT : DU SHTETL AU KIBBOUTZ (III)
[url=https://www.youtube.com/watch?v=-7UN04dHYII]Brider un shvester, lomir zich gebn di hant, lomir mikolaikelen [...][/url]

[center][img]https://i.imgur.com/j2eTtWZ.png[/img][/center]

[justify]L'idée de la centralisation sur le plan politique a toujours été extrêmement mal vu par le Bund, opinion qui s'est rapidement répandue dans l'ensemble du pays une fois la victoire acquise et l'instauration officielle du Yiddishstaat. La centralisation brutale était pour les théoriciens du Bund, le fruit de la bourgeoisie et également du capitalisme : Il ne fallait donc pas reproduire le même types de procédés, pour ne pas préserver les méthodes d'organisations et donc de dominations formelles qui étaient celles du capitalisme. Le choix d'une organisation privilégiant l'horizontalité à toute structure verticale donc fortement hiérarchique, s’expliquait également par le fait que les yiddishes au temps du Shtetl, privilégiaient déjà ce mode de fonctionnement. Là où dans d'autres organisations, partis ou structures socialistes l'on préférait avoir le plus souvent recourt à la démocratie majoritaire, le mouvement révolutionnaire yiddishe de son côté avait pesté contre ce qu'il nommait la "tyrannie de la majorité" et préférait trouver des solutions de compromis, basés sur le consensus. Ainsi, les plus importantes discussions et les décisions qui en ressortaient pouvaient prendre des heures entières, jusqu'à ce que le fameux consensus puisse être trouvé. Si cela peut sembler aberrant comme méthode d'organisation et de prise de décision, elle est pourtant encore aujourd'hui largement majoritaire dans le pays et régit les plus importantes comme les plus petites discussions. Si la mauvaise perception de la centralisation et la volonté de la combattre à "fait son trou" dans le Bund et le reste de la société, elle a également une répercussion directe sur la manière dont c'est organisé le nouvel Etat yiddish. C'est le fameux "Etat-Commune", c'est à dire la destruction de l'ancien appareil d'Etat qui laisse place à une nouvelle organisation décentralisée et dont tous les rouages sont largement accessibles à l'ensemble de la population, par sa participation dans l'ensemble des conseils autonomes qui vont fleurir dans le pays. Si le Bund partage donc plus la vision marxiste de la question de la transition (C'est à dire le dépérissement de l'Etat par rapport à sa simple abolition comme le veulent les anarchistes), la question de la dictature du prolétariat n'est par contre absolument pas posé et est même vivement combattu, dans l'idée comme dans la forme. La multiplication des nouveaux lieux de pouvoir et de contre-pouvoir permettrait de faire vivre le nouvel "Etat-Commune" sans avoir recours à une forme de pouvoir concentré, fusse t-il prolétarien. Encore une fois, la méfiance du Bund contre la centralisation et contre toute forme d'autorité qui se soustrairait à la libre participation de tous et de toutes est inacceptable. L'antithèse de toute la praxis marxiste a été condensé dans la pratique du Bund et la manière dont ce dernier a entièrement façonné la nouvelle société yiddishe. L'un des derniers facteurs, que l'on pourrait qualifier de psychologique, entre également en compte dans la perception générale du Bund et des yiddishes vis à vis de la centralisation. Le souvenir d'Etats puissants qui par leurs polices, leurs armées, leurs bandes de Cents-Noirs pratiquaient des mesures violente contre la population yiddishe. La perspective du retournement de ce processus une fois le pouvoir conquis, effrayait énormément de monde, car cela serait du pain béni pour les antisémites du monde entier de raconter les horreurs de la déferlante des juifs et juives qui se vengeraient en "tuant, pillant et violant" absolument tout le monde pour faire payer aux "gentils". Cette dernière explication psychologique est sans aucun doute la plus plausible et la plus compréhensible dans la volonté du Yiddishstaat de ne pas être un Etat comme un autre et de ne pas reproduire ce que d'autres Etats faisaient, font ou feront. "L'Etat-Commune" yiddishe en serait l'antithèse, dans la forme comme dans la pratique.[/justify]

Posté : mer. sept. 11, 2019 5:27 pm
par Viktor Troska
LE YIDDISHTAAT : DU SHTETL AU KIBBOUTZ (IV)
[url=https://www.youtube.com/watch?v=QQg_0Qcm8nU]Un mir zaynen ale brider, oy, oy, ale brider, un mir zingen sheyne lider, oy, oy, oy ♪[/url]

[center][img]https://i.imgur.com/MmtCoEJ.png[/img][/center]

[justify]Après le traumatisme violent de la guerre et la nécessité de la reconstruction, l'instauration du Yiddishstaat n'a pas été une immense partie de plaisir. Après les rudes combats qui ont façonnés le caractère de toute une génération, il fallait que cette même génération soit capable de porter le projet socialiste du Bund, qui est sorti auréolé de la lutte et s'imposant comme force politique majeure dans le paysage politique. Le principal soucis rencontré par le Bund était de laisser soin à une génération marquée par la guerre, les massacres et la violence des combats le soin de préparer la société future de demain. Comment passer d'un état de guerre à un état serein, fait de coopération et d'entraide généralisé ? Le choix fut donc d'écarter pour un temps les personnes qui étaient jugées bien trop "marqué" par la guerre, pensant que ces dernières pourraient agir de manière brutale dans la manière de construire la société nouvelle. C'est ainsi que petit à petit, la construction du Yissidhstaat se fit sur une base essentiellement rurale, dans de grandes coopératives qui concentraient tout ce qu'il y avait besoin pour garantir le développement économique, culturel et social de demain. Comparé à la ville et l'image triste que pouvait renvoyer le Shtetl, les kibboutz renvoyaient à une vie communautaire saine et joyeuse, en plein air, où les activités sportives et économiques permettaient également un épanouissement du corps et de l'esprit. Cette profonde dichotomie marque encore aujourd'hui le Yiddishstaat et explique en partie son caractère fortement décentralisé dans les faits. Si la ville est considérée aujourd'hui comme étant encore une réminiscence d'un passé douloureux, celui du parquage dans des ghettos et l'insalubrité du Shtetl, elle n'est reste pas moins un partenaire privilégié pour le développement des coopératives, en leur fournissant notamment l'essentiel du matériel agricole dont elles ont besoin. La recherche de l'émulation collective de tout un peuple qui venait de synthétiser définitivement son identité était dans la tête des principaux dirigeants du Bund : Maintenant que les yiddishes avaient collectivement réussi leur auto-détermination, les affres de l'ancienne société finiraient par disparaître et la vie communautaire, prospère et joyeuse basée sur les principes du Bund permettraient d'éduquer une nouvelle génération soucieuse de son avenir, un avenir qui ne serait plus tourné vers la guerre. Contrairement donc à la ville qui restait un espace clos et fermé, le développement des kibboutz allait de paire avec une révolution dans les mœurs. Alors que la ville est souvent perçu comme un lieu où les idées progressistes se retrouvaient, l'inverse se produisait au Yiddishstaat. C'était dans les kibboutz que les jeunes femmes pouvaient travailler sur un pied d'égalité avec les hommes, c'était dans les kibboutz que les mœurs étaient les moins conservatrices, etc. La ville restait malgré tout le fief de l'exploitation capitaliste, de son organisation économique pluri-centenaire et également le lieu de l'influence des vieilles idées et des franges les plus réactionnaires de la société yiddishe, qui méprisaient ouvertement les kibboutz pour être des lieux de débauches et de libertinage. L'opposition entre la ville conservatrice et la campagne révolutionnaire allait marquer profondément l'identité et le développement économique, social et politique du Yiddishstaat dans les années d'après-guerre, façonnant un caractère propre et peut-être inédit encore largement perceptible aujourd'hui. Vivre joyeusement à la campagne pour éviter de pourrir dans la ville, tel était l'état d'esprit de la jeunesse yiddishe après la guerre, qui voyait le moyen de pouvoir dépasser le conservatisme ambiant de la société sur le plan des mœurs et de son organisation. Ce sont des les kibboutz que les premières équipes d'entraide composées exclusivement de femmes virent le jour, mettant notamment en commun leurs savoirs pour socialiser l'ensemble des tâches ménagères, jusqu'à l'éducation des enfants. Une petite révolution qui finirait par en ouvrir d'autres.[/justify]