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Posté : jeu. mars 28, 2019 3:34 pm
par Galaad
[center]Activités internes
[img]https://i.postimg.cc/TPnJt25w/Roros.jpg[/img]
Les dialogues et événements retranscrits ici sont utilisables uniquement sur demande
Posté : jeu. mars 28, 2019 3:47 pm
par Galaad
Périple nordique
24 septembre 2038
[center][img]https://i.postimg.cc/850d57qZ/Taverne.jpg[/img]
Illustration d'une taverne typique du Jernland[/center]
[justify]Nirvik était la dernière ville avant d’atteindre la frontière thorvalienne. Avec ses presque 20 000 âmes, elle était le dernier îlot de civilisation avant de s’engager dans une suite de forêts et champs. Située à 50 km au sud d’Ålesund, chef-lieu du comté de Thorvalmark, elle avait construit sa réputation autour de la brasserie qui s’était installée sur place en 1899. Dans les faits, aussi loin que l’on avait pu remonter dans les archives nationales, la tradition de brasseur remontait au XIIème siècle, lorsque des moines venus des terres chrétiennes du sud avait construit une abbaye sur place et s’était mis à la culture du houblon.
L’abbaye, aujourd’hui transformée en auberge et taverne et tenue par la veuve de l’ancien propriétaire, accueillait à présent les voyageurs venus du Thorval ou s’y rendant et souhaitant passer la nuit avant de terminer leur voyage. Heureusement qu’en décédant son époux lui avait laissé une coquette somme lui permettant de subvenir à ses besoins et à ceux de l’entretien de la vieille bâtisse, parce que les revenus tirés de son activité d’aubergiste ne lui garantissait qu’un bien maigre pécule.
C’est dans cette atmosphère que Gjurd gara sa vieille voiture sur le parking boueux de l’abbaye et coupa le moteur. Il laissa toutefois les phares allumés, visiblement dans l’attente d’un mouvement à l’extérieur. Au dehors rien ne semblait bouger pourtant et à l’exception de la pluie qui battait le parebrise de son véhicule aucun bruit ne laissait penser que quelqu’un était tapi dans la pénombre. Avec la fin de l’été, les premières dépressions arrivaient et les journées devenaient plus courtes.
Après près de cinq minutes à attendre ainsi, c’est finalement [url=https://www.youtube.com/watch?v=DsM70YAx_R4]le son d’une notification[/url] sur le téléphone qui vint perturber le silence de l’habitacle de la voiture. Gjurd se saisit de l’appareil qu’il avait remis à charger à l’aide de l’allume-cigare. L’intérieur du véhicule s’éclaira d’une lumière blanchâtre. Il consulta le texto. Un message sans grande importance dans une boucle de messagerie instantanée. Il reverrouilla le smartphone. L’autoradio affichait déjà 21.37. Gjurd prit la décision d’aller attendre à l’intérieur de l’auberge.
Lorsqu’il sortit de sa voiture la pluie lui mouilla le visage et son imperméable. Il se hâta de rejoindre l’auvent du bâtiment. A mesure qu’il s’en approchait il distinguait plus précisément les vieilles pierres qui avaient servies à le construire. De même, au travers des étroites fenêtres, une faible lueur s’échappa, éclairant un peu mieux là où il mettait ses pieds. Avec ce temps, ses bottes étaient à présent déjà bien marquées par la boue. Arrivé devant la porte en bois massif, il empoigna la poignée et fit irruption dans la grande salle qui servait de taverne comme le tonnerre claque dans le ciel. Seuls deux autres visiteurs étaient installés chacun à une table une chope de bière locale devant eux. Ils levèrent brièvement les yeux avant de finalement retourner à leurs pensées. Gjurd décida de ne pas traîner et passa devant l’aubergiste qu’il gratifia d’un léger signe de tête. La femme, forte, le salua et lui indiqua une table dans un coin peu éclairé près d’une cheminée en pierre sur laquelle était gravé un vieux symbole runique, en forme de flèche dirigée vers le haut.
A peine installé, l’aubergiste le rejoignit.
[quote]- Qu’est-ce-que j’vous sers ?
- Mettez-moi une brune de votre production. [/quote]
Il eut à peine le temps d’ouvrir [url= https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?f=1305&p=349531#p349531
]le journal à la page qu’il avait marquée[/url], que la porte de la taverne s’ouvrit à nouveau, laissant apparaître un second homme. En quelques instants il repéra Torger et le rejoignit et s’adressa à lui d’une voix grave. Il ressemblait un peu à l’image que l’on aurait pu se faire des hommes du nord. Sa carrure était imposante, du fait notamment de ses épaules larges, ses yeux bleu gris – ils avaient marqués Gjurd, malgré l’obscurité de la brasserie – et portait une cape pour le protéger de la pluie. Une épaisse barbe blonde couvrait la moitié de son visage. Il lui tendit son épaisse main et tout en faisant cela, ne put empêcher qu'apparaisse le pistolet qu'il portait à la ceinture.
[quote]- Torger. [/quote][/justify]
Posté : sam. mars 30, 2019 9:14 am
par Galaad
Scolarité et apprentissage
28 septembre 2038
[center][img]https://i.postimg.cc/fyywQG4V/Machine-outil.jpg[/img]
Machine-outil dans une yrkesskole[/center]
[justify]Longtemps, à dire vrai pendant la monarchie principalement, l’éducation et l’accès aux écoles a été le privilège d’aristocrates et d’une classe bourgeoise qui s’était arrogée le droit de se former en créant et finançant ses propres infrastructures et professeurs. Ce n’est que poussivement, au début du XXème siècle, avec la montée des revendications populaires et l’affaiblissement du pouvoir royal – dû à l’incapacité à maintenir un souverain sur le trône plus de quelques années – que l’école est devenue gratuite et obligatoire pour tous les jeunes enfants du Jernland. A ses débuts cependant, elle n’a concerné que les garçons âgés de 6 à 12 ans. C’est en 1947 qu’elle s’est élargie aux filles, avant d’être étendue finalement jusqu’à 15 ans. C’est la dictature militaire qui, en 1922, soit l’année après son installation, qui a donné à l’école son standard actuel – bien qu’adapté au fil des besoins et des évolutions de la société. Si l’école a toujours pour mission première de dispenser des savoirs essentiels aux élèves, le Statsråd (Conseil d’Etat), c’est-à-dire la junte de gouvernement, en a également fait un outil de contrôle et de formatage des masses.
Le système éducatif est quasiment exclusivement composé d’écoles publiques, entièrement subventionnées par l’Etat et où tous les frais d’enseignement sont pris en charge par ce dernier (hors restauration et achat du matériel pédagogique). Seules une centaine d’écoles privées subsistent encore dans le pays, entièrement financées par les familles ou des entreprises désireuses de former directement les enfants de leur personnel ; afin éventuellement de disposer d’un vivier de talents dans lequel elles pourront recruter selon leurs besoins de production. L’écrasante majorité des Jernlander fait ainsi le choix de l’instruction publique.
Ainsi, le parcours classique d’un jeune enfant jernlander est d’intégrer dès 3 ans la barnehage (école maternelle) où il s’y prépare aux apprentissages fondamentaux que sont la lecture, le calcul et l’écriture. C’est aussi l’endroit de la première socialisation et de la mise en place du langage et des comportements sociaux. Comme principal lieu de socialisation en dehors des familles, le régime veille à familiariser les plus jeunes avec ce qui est la base du système politique. L’idée nationale est ainsi présente sublinalement au travers de drapeaux, ou le visionnage de films pour enfants intégrant cette propagande douce. Pour bien prendre en compte la jeunesse des enfants, l’après-midi y est réservée au repos et aux activités de groupe. Généralement les enfants sont récupérés par leurs parents à partir de 15 heures, étant donné qu’en hiver les journées sont plus courtes et que la nuit y tombe plus rapidement.
C’est à partir de 6 ans environ que commence toutefois les choses plus sérieuses ; lors de l’entrée à la barneskole (école élémentaire). L’enseignement y dure cinq ans, pendant lesquels les élève reçoivent le véritable enseignement à aux savoirs fondamentaux qui structureront ensuite la base de leur scolarité. Les cours de langue (Jernmål, et l’anglais), mathématiques et histoire composent ainsi près de 75% du temps scolaire qui s’étale de 8h à 15h, avec une pause déjeuner de 45 minutes. Les cours durent 90 minutes, avec une interruption césure généralement. Les classes comptent rarement plus de 30 élèves. On y met en avant l’apprentissage par cœur et des méthodes pédagogiques « à l’ancienne ». Les outils numériques sont peut présents et tablettes et ordinateurs sont bannis dans les écoles publiques. Des cours de technologies sont toutefois prévus dans le cursus obligatoires dès la deuxième année de barneskole. Cette familiarisation très tôt avec les engins informatiques dès ses premières apparitions a fait du Jernland un pays pionnier en matière de système d’exploitation et d’ordinateurs dans le monde, avec un avantage technologique majeur dans le domaine.
A partir de sa onzième année, le jeune Jernlander intègre la ungdomskole (collège) jusqu’à la fin de sa scolarité obligatoire à 15 ans. L’enseignement s’y diversifie et s’enrichit d’une deuxième langue étrangère, souvent une langue germanique comme le töttern ou le jensgårdois. S’y ajoute également des cours de sciences de la terre, de physique et de chimie, de sorte à ce que l’élève se constitue un socle scientifique et « littéraire » (au sens des sciences humaines). Les cours de technologie sont maintenus mais prennent une autre dimension avec un apprentissage du codage et des connaissances plus techniques et approfondies des machines. Avec sa réforme de 2024, le gouvernement a souhaité doter la ungdomskole d’une approche moins théorique et plus orientée sur la pratique, notamment dans la perspective d’un apprentissage plus professionnalisant pour la suite.
Arrivé à ses 15 ans, l’élève n’est théoriquement plus obligé de s’inscrire dans une école. Toutefois, l’énorme majorité des jeunes poursuivent leur parcours en s’orientant soit vers la videregaendeskole (lycée général), soit vers la yrkesskole (école professionnelle). Un tronc commun d’enseignement technologique est obligatoire, avec 90 minutes toutes les semaines. Ce qui entraine un brassage entre les deux filières. De manière générale, beaucoup est fait pour soutenir les filières professionnalisantes de sorte que l’industrie et l’économie disposent de candidats sérieux et compétents pour le marché du travail.
Pour les premiers (environ 65% des Jernlander), ils poursuivent un enseignement assez général, en vue d’intégrer le plus souvent l’enseignement supérieur (universités, écoles, ou institut des métiers). L’enseignement à la videregaendeskole dure deux à trois ans, selon les spécialités retenues et la filière choisie. En effet, les élèves ont l’opportunité de s’inscrire en studiespesialiering (spécialisation éducative), en suivant soit les filières scientifiques, soit les filières linguistiques et sociales, ou alors ils peuvent intégrer la filière des arts et sports (Kunst og Idrettsfag). Les seconds (35% des élèves qui qui terminent la ungdomskole et qui poursuivent leur cursus), ils rejoignent la yrkesskole pour se diriger vers l’enseignement professionnel. Au contraire d’autres pays, ces filières ne sont pas sous-estimées. Il s’agit davantage de jeunes souhaitant rapidement intégrer le marché du travail. Il leur est proposé plusieurs filières d’enseignement (technique et production industrielle, secteur primaire et métiers de l’alimentation, sanitaire et social, électrique, bâtiment, services et communication, travaux manuels pour les principales d’entre elles). A l’issue des trois ans en yrkesskole, il est possible de rejoindre l’enseignement supérieur, à condition de valider une année complémentaire à la videregaendeskole. Des passerelles existent donc.
A noter qu’il n’existe pas d’examen final de type baccalauréat à l’issue de la videregaendeskole ou de la yrkesskole. A la fin de chaque année, les élèves sont soumis à plusieurs examens de fin d’année dans des matières fixées en début d’année. Ainsi l’évaluation de leur niveau est constante et permet un suivi régulier des jeunes. De même qu’il n’existe pas de redoublement, les élèves suivants des cours de dernière année par exemple et d’autres de première année (valable pour tous les niveaux d’enseignement à partir de la barneskole), selon leur niveau. Il n’existe donc pas une hiérarchie entre les élèves, et de façon générale les élèves vivent sans cette idée de « bons » et « mauvais ». La compétition est plutôt valorisée dans les activités sportives pratiquées hors de l’école l’après-midi après les cours.
Une fois conclue leur scolarité et avant l’entrée en universitet (université) ou enseignement supérieur, chaque garçon peut s’il le souhaite être intégré pendant douze mois dans une unité de l’armée pour y compléter sa formation avec des enseignements destinés à le préparer à la défense civile et militaire du pays. Ces cursus sont valorisés par la garantie d’intégrer l’une des prestigieuses académies de l’armée pour les meilleurs d’entre eux ; la compétition y fait son apparition et elle est particulièrement rude et l’exigence portée à son maximum.[justify]
Posté : lun. avr. 01, 2019 4:16 pm
par Galaad
[justify] Périple nordique (suite)
3 octobre 2038
[center][img] https://zupimages.net/up/19/14/4vaq.jpg [/img]
Scène typique de pêche matinale en fin d’année au Jernland[/center]
Depuis une semaine Gjurd n’avait plus eu de nouvelles de Torger. Les deux hommes n’étaient d’ailleurs pas devenus particulièrement amis.
Leur dernière rencontre d’à peine trente minutes dans l’ancienne abbaye, avait d’ailleurs laissé à Gjurd une sensation particulièrement désagréable. Le simple fait de savoir que Torger était en possession d’armes à feu ne lui procurait qu’une sensation de malaise et de grande inquiétude. Habitué à vivre une vie tranquille et sans trop d’histoire, la perspective d’être mêlé à une affaire impliquant potentiellement de la violence ne l’enchantait guère.
Ce n’est donc qu’à contrecœur qu’il avait dû repartir avec un vieux téléphone prépayé et des sacs de sport tout ce qu’il y avait de plus banal, avec interdiction formelle de les ouvrir sous quelque prétexte que ce soit. Aucune paire de chaussures de sport et aucun survêtement ne pouvaient peser autant de kilos. A moins d’y ajouter plusieurs poids en fonte. Le trajet entre la brasserie et le coffre de sa voiture lui avait donc semblé interminable. Et, à partir du moment où il fut seul, rien ne le démangeait davantage que de savoir ce que Torger lui demandait de transporter. La seule chose qu’il lui avait dite c’est qu’en cas d’urgence, il n’aurait qu’à composer l’unique numéro enregistré dans le vieux téléphone portable.
Le trajet du retour jusqu’à chez lui se passa sans véritable encombre, à l’exception de ce véhicule de la Militærpoliti qui provoqua une coulée de sueurs froides le long du dos de Gjurd. Il était plutôt rare de braver la nuit dans ce pays où les couvre-feux étaient réguliers. Arrivé chez lui, il mit son véhicule sur la place de parking devant la barre d’appartements datant de la fin des années 1990, puis monta les trois étages avec ses sacs. Il lui fallut deux allers-retours pour tout transporter en lieu sûr. Remis de son exercice nocturne, quelle ne fut pas sa alors surprise lorsque dans la lumière blafarde de sa cuisine, il ouvrit l’étrange colis. Il y avait plusieurs dizaines de pistolets ainsi que quelques fusils d’assaut.
[center]***[/center]
De son côté, Torger était resté encore une petite dizaine de minutes dans la brasserie après le départ de Gjurd ; tant pour ne pas être aperçu avec lui au cas où ils auraient été suivis que pour finir tranquillement sa bière. Lorsqu’il avait quitté les lieux, l’air lui semblait plus froid qu’à son arrivée une heure environ plus tôt. Une chose était certaine : l’été boréal touchait bel et bien à sa fin. Le mois d’octobre marquait le passage à l’automne et le retour des vents frais du nord.
Bientôt ce serait les premières neiges, le froid et la glace.
Une fois au volant de sa voiture, il se saisit de ses clefs et démarra le moteur. Il était nettement moins bruyant que celui de la voiture de Gjurd. Il quitta le parking puis roula bien une trentaine de minutes avant de se retrouver à nouveau sur la côte du Thorvalmark. Au large, dans la lumière du jour naissant, il pu apercevoir le ballet des mouettes survolant les chalutiers naviguant vers la haute mer, accompagnés d'orques et baleines. Il sortit alors un téléphone à l’allure étrange et composa un numéro sur son portable et attendit que son interlocuteur réponde.
[quote="Discussion cryptée"]- Ici reir. Identification R-1515-SV. Identifiez-vous.
- Svart Hauk. Identification SV-1532-R.
- Parlez Svart Hauk.
- La livraison est effectuée. L'opération "Hvelv" est lancée.
- Très bien Svart Hauk. Restez au contact. Gardez un oeil sur lui. Si nos informations sont exactes et notre profil solide, il ne devrait pas tarder à revenir vers vous. Il n'aura pas résisté à la tentation et à la curiosité de vérifier ce que vous lui avez demandé de cacher.[/quote]
Dans son rétroviseur intérieur Torger aperçu la lumière des gyrophares de la Militærpoliti. Concentré sur son échange, il n'avait pas fait attention à sa vitesse, qui, rien qu'à l'oeil nu, paraissait élevée. Il interrompit sa conversation, se rangea et attendit que les deux militaires arrivent au niveau de son véhicule. Pendant que le premier s'avançait vers la vitre côté conducteur, le second resta en retrait, sur le qui-vive. Celui qui semblait être le chef de patrouille toqua, attendit que la vitre s'abaisse.
[quote="Contrôle d'identité"]- Militærpoliti. Votre vitesse était excessive. Présentez-moi vos documents d'identité et ceux du véhicule.[/quote]
En guise de réponse, Torger sortit de sa doublure de veste une sorte de petit porte-feuille et le présenta au militaire.
[quote="Contrôle d'identité (suite)"]- Veuillez m'excuser Major. Passez une bonne journée et faites attention sur la route.
- Merci Visekorporal (ndlr : équivalent d'un sous-caporal 1ère classe)[/quote]
Posté : jeu. avr. 04, 2019 3:32 pm
par Galaad
[justify] Nouvelles neiges
12 octobre 2038
[center][img]https://zupimages.net/up/19/14/u1pk.jpg[/img]
Saisie de deux tonnes de drogues par les Tollvesen (douanes) [/center]
Une animation inhabituelle agitait le quai n°7 du port militaire de Røros. Avant 4 heures du matin, alors que le soleil ne se lèverait que dans plusieurs heures, l’ensemble des 50 membres d’équipage de la corvette des tollvesen, rattachée à la krigsflåte (marine de guerre), étaient disposés sur cinq rangs au garde-à-vous, en attendant les officiers du vaisseau. De façon inhabituelle, un peloton d’élite de la Militærpoliti allait s’embarquer avec eux.
Réglé comme une horloge, le commandant du bâtiment des douanes (qui composent une « arme » commune avec les garde-côtes) fit son apparition au volant de son véhicule au bout du quai. Il se gara, et s’approcha de son second qui se tenait en avant de l’équipage. Le commandant le salua, reçut les honneurs, passa en revue ses hommes, puis les confia au commandement se son second pour la prise de poste. Le manège ne dura pas plus de quelques minutes et un quart d’heure plus tard, la corvette quittait le port et s’éloigna au large, emportant à l’arrière un hélicoptère de surveillance maritime. Une fois passée la rade, il s’éloigna à éclairage minimal. Sur la passerelle, le « pacha » était installé à son fauteuil, tandis qu’autour de lui, les officiers du pont surveillaient le large, leurs jumelles vissées aux yeux. A part les quelques lampions indiquant l’état des machines, ou le cap, peu de lumière se dégageait de la salle d’où le commandant contrôlait tout le navire.
[center]***[/center]
Ailleurs sur l’océan boréal, une petite embarcation affrontait les flots et la haute mer. En apparence, peu de chose la différenciait d’un chalutier ou d’un bâtiment de pêche de taille moyenne. Son équipage à lui était toutefois animé d’une plus grande nervosité et s’agitait dans tous les sens, tentant de garder le cap. Le capitaine du bateau quant à lui, à l’abri des bourrasques de vent et de l’eau de mer qu’elles soulevaient, gardait son calme, visiblement habitué à ce genre d’escapade. A côté de lui, un homme, assis sur son tabouret haut, scrutait l’horizon avec des jumelles aussi. Sous ses pieds, une caisse métallique l’aidait à ne pas tomber de sa chaise. Ses yeux parcouraient la large vitre de gauche à droite, comme s’il recherchait dans la pénombre un signe. Finalement, il sa tête s’immobilisa. Dans la nuit et à pas plus de quelques miles nautiques. Il fit un signe au capitaine qui immédiatement orienta le cap vers l’origine de la lumière. Celle-ci constituait le seul point de repère à l’horizon pour l’embarcation, qui en moins d’une vingtaine de minutes arriva à hauteur d’un autre navire, nettement plus imposant.
Par radio interposée, les capitaines des deux bateaux échangèrent quelques mots, une ou deux consignes. Visiblement le commandant du cargo parlait avec un fort accent hispanique. Une petite dizaine d’hommes du cargo déchargèrent une cargaison que l’équipage réduit du chalutier récupéra et entreposa immédiatement dans ses cales, là où habituellement aurait été stocké les prises d’une bonne pêche. Une fois ce manège terminé, le navire remit le cap sur les côtes jernlander, s’orientant cette fois principalement au radar.
[center]***[/center]
A quelques encablures des côtes, sur la corvette, [url=https://www.youtube.com/watch?v=tBA-1ENblN4]la sirène retentit[/url]. Une frénésie contrôlée s’empara alors de l’ensemble de l’équipage. Seulement quelques instants après, la voix du commandant résonna dans les haut-parleurs, ordonnant à tous les hommes de rejoindre leur poste de combat. Sur l’arrière du navire, le pilote de l’hélicoptère fit tourner les moteurs, déclenchant presque aussitôt la rotation des pales. Il décolla instantanément. Il ne lui fallut d’ailleurs que quelques instants pour s’élever dans le ciel à peine éclairci par les premières lueurs blafardes du jour. Il prit la direction que lui communiquait le sous-officier au radar, ce qui lui permit de se retrouver rapidement dans le champ de vision du chalutier. Braquant son projecteur à plein feu sur le bateau, dont on venait tout juste de jeter un pneumatique rapide à la mer, sur lequel ne purent prendre place que quatre hommes, avec quelques sacs de sport.
Alors que le pneumatique rapide s’éloignait au loin, l’hélicoptère continuait de tournoyer autour du navire principal, l’éclairant, comme pour signaler sa position. C’est le moment que choisirent les hommes de la Militærpoliti pour arriver à pleine vitesse en hors-bord pour arraisonner le chalutier.
[center]***[/center]
Le même matin, les journaux annonçaient la saisie de près de deux tonnes de cocaïnes et drogues diverses en provenance du Santario. C’est en tout cas ce qu’indiquaient les premiers éléments de police auxquels les journalistes avaient pu avoir accès. Nulle part il n’était fait mention de la fuite de quelques individus.
Posté : jeu. avr. 04, 2019 3:32 pm
par Galaad
[justify] Périple nordique (suite)
24 octobre 2038
[center][img]https://zupimages.net/up/19/15/plpe.png[/img]
Yggdrasil, Arbre Monde dans la mythologie nordique[/center]
Comme Torger l'avait anticipé, Gjurd avait paniqué et immédiatement après être arrivé chez lui, il avait saisi le téléphone prépayé qui lui avait été remis et s'était empressé d'appeler le seul numéro enregistré. Sans véritable surprise, il était tombé sur la voix presque familière de Torger. La conversation - enfin, conversation est un bien grand mot, tant il avait monopolisé la parole dans un long monologue et tant le volume de sa voix étant anormalement élevé - avait tourné court rapidement. Après l'avoir laissé s'égosiller, Torger, lui avait demandé de se calmer, lui rappelant qu'il n'avait pas le choix. La demande était pour l'heure très simple : garder en lieu sûr les armes qui lui avaient été remises. Quoi qu'il arrive, sa seule mission qui devait valoir était de rester discret et de continuer à vivre normalement.
Après s'être presque fait raccrocher au nez, Gjurd avait envisagé un temps de se rendre immédiatement dans la caserne la plus proche de la Militærpoliti avant de se raviser. Emporté par sa rage, il n'avait pas pour autant oublié les dettes de jeu accumulées, mais également ses écrits particulièrement virulents contre le gouvernement ou contre les mouvements entourant la mythologie nordique. Tout y était passé à l'époque ; critique des croyances et anciens rituels païens, dénonciation du manque de libertés, ou encore interrogations sur le bienfaits du gouvernement de l'armée.
Si jusqu'ici il avait été couvert par le Sikkerhetsjeneste (Service de renseignement, espionnage et contre-intelligence de l'armée), c'était bien parce qu'ils avaient besoin de lui. En allant voir les autorités policières, Gjurd perdrait instantanément toute protection et ses vieux écrits referaient forcément surface. C'était la prison ou l'espoir de retrouver sa liberté. Alors en attendant, il valait mieux être prisonnier de ses actes, mais l'être au moins en dehors des prisons jernlander, plutôt que d'être véritablement incarcéré. Cet espoir de retrouver toute son indépendance lui permettait de se maintenir en vie et l'aida à retrouver son calme.
Il se passa plusieurs jours, une vingtaine en réalité, sans que Torger ne se manifeste auprès de Gjurd. ce dernier put même retrouver un semblant de vie normale. Il se rendit à l'église de sa paroisse plusieurs fois pour y suivre les offices religieux, profita des derniers beaux jours pour déambuler dans son quartier et le parc à côté de chez lui. Et, divorcé de son épouse depuis presque six mois à présent, il reçut la visite de ses deux enfants le temps de deux week-end. Une vie tout à fait banal finalement, à l'exception de ces sacs d'armes en bas, dans sa cave... Mais cette parenthèse ne dura que jusqu'à ce que retentit la sonnerie d'un téléphone. Il consulta son téléphone intelligent, mais aucune notification. Gjurd se raidit. C'était son deuxième appareil, le prépayé.
Comme seul texto, un horaire et une adresse en périphérie de Røros. Il scruta sa montre et constata qu'il ne restait qu'une heure avant le moment du rendez-vous. L'homme, trentenaire, se changea, mit un pull chaud et se mit au volant de sa vieille automobile. Pendant près de quarante minutes, il roula, scrutant souvent son rétro, en direction de la banlieue plus industrielle avant de garer sa voiture devant une ancienne usine désaffectée. Comme seul éclairage il dut compter sur un vieux lampadaire à la lumière faiblissante et de celle qui s'échappait d'une des fenêtres des anciens bureaux de la direction de l'usine.
A l'intérieur, des voix masculines échangeaient. Fébrilement, il gravit les escaliers menant aux espaces de travail et avant de rentrer dans le bureau, prit une grande inspiration pour se donner du courage. Il fut accueillit assez chaleureusement par la petite dizaine d'individus qui échangeait depuis à peine un quart d'heure. Celui qui semblait être le meneur le salua même par son prénom. Autour de son cou, il put apercevoir une croix chrétienne, comme celles que peuvent porter certains religieux. Cela le rassura beaucoup. Ainsi, pendant presque deux heures, es comparses échangèrent sur la "dégénérescence" de cette société de plus en plus hermétique aux enseignements du Christianisme, parfois réceptive aux anciennes coutumes païennes norroises, aux cultes des "faux dieux", et du meilleur moyen d'inverser la tendance. Les idéaux de cette confrérie qui se faisait appeler "Les Enfants de la Vraie Foi" n'étaient finalement pas si éloignés de ce Gjurd pensait lui-même. Mais ce qu'il ignorait complètement, c'est qu'au dehors, un homme encapuchonné dans son hoodie sombre les observait et immortalisait chacun d'eux avec son appareil photo.
Posté : mar. avr. 16, 2019 5:21 pm
par Galaad
[justify] Périple nordique (suite)
18 novembre 2038
[center][img]https://zupimages.net/up/19/16/sgbh.jpg[/img]
Le Regjeringskvartalet, centre du gouvernement[/center]
A présent Gjurd le savait, il était pris dans un vaste engrenage qui mêlait la religion, le Sikkerhetsjeneste et même la politique. Comment en effet imaginer qu'il puisse en être autrement au regard de la fonction qu'il occupait dans l'administration gouvernementale ? C'est justement cette position d'influence qui lui avait valu d'être couvert par les services de renseignement de l'armée lorsqu'il s'était emporté en rédigeant des pamphlets virulents contre la politique du gouvernement. Il faut dire qu'il était loin d'être un adepte de l'ensemble des thèses portées par l'armée depuis quelques années.
De plus en plus souvent, la propagande vilipendait les rites chrétiens, les pratiques religieuses autour de tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de ce que le pouvoir appelait le « folklore chrétien ». Gjurd était persuadé d’avoir pris toutes les précautions nécessaires lorsqu’il s’était lancé dans la rédaction de ses essais sur internet. A l’époque il écrivait sous pseudonyme, passait par différents serveurs proxy et naviguait sur ce qu’on appelle communément le darknet, via la plateforme Løk*, spécialisée dans ce genre de services.
Tout cela n’avait cependant pas suffi à le protéger de la surveillance attentive des agents de renseignement et depuis, il lui fallait vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les premiers mois après avoir été pris avaient pourtant été plutôt tranquilles et à part quelques ragots que des gratte-papier du renseignement lui demandaient, il n’avait pas eu besoin de trop contrevenir à ses idéaux. Mais les dernières semaines l’avaient, au contraire, contraint à aller contre tout ce qu’il estimait.
En cette matinée avancée du mois de novembre, comme à l’accoutumée, son réveil sonna aux alentours de 4h30. Tiré de son sommeil par la sonnerie particulièrement désagréable de l’appareil, il se dépêcha de l’éteindre, puis se tirant de son lit, saisit son téléphone intelligent au passage, consulta brièvement l’écran de veille – cinq nouveaux messages – puis se dirigea vers son bureau. En à peine trois minutes, il était devant son ordinateur dont l’écran s’alluma lorsqu’il tapa sur la touche Entrée.
Après avoir saisi ses identifiants et s’être connecté à son interface gouvernementale cryptée, il put enfin consulter sa boîte mail. Visiblement, la veille la secrétaire avait décidé de faire des heures supplémentaires, au regard de l’horaire auquel elle avait envoyé son dernier message électronique. C’est davantage le courriel du Generalmajor Arne Odlo, le ministre de l’intérieur, qui retint son attention. En tant que chef de cabinet, il n’était pas rare qu’il reçoive des instructions de sa part. Alors comme à son habitude, il en éplucha chaque mot, envoya trois ou quatre email en réaction à différents personnels du secrétariat particulier et conseillers ministériels puis se prépara à se rendre à son bureau. Comme cela arrivait de temps à autre, l’eau qui coula de la douche ce jour-là fut fraîche, pour ne pas dire froide. Encore l’un de ces nombreux inconvénients des pays en développement. Et encore, Gjurd n’avait pas vraiment de quoi se plaindre, puisqu’avec les autres fonctionnaires du régime, il bénéficiait de quelques avantages, dont l’eau chaude la plupart du temps.
Le trajet jusqu’à son bureau se fit sans trop d’encombres, confortablement assis à l’arrière du véhicule avec chauffeur qui lui était envoyé chaque matin. Cela changeait vraiment du Gjurd des dernières semaines, contraints de se rendre en toute discrétion dans des endroits plus improbables les uns que les autres, pas forcément des mieux fréquentés d’ailleurs, avec son véhicule personnel qui plus est. Ce n’est toutefois qu’une fois presque arrivé à destination, au Regjeringskvartalet, quartier du gouvernement, qu’il remarqua l’enveloppe kraft en format A4. Il l’ouvrit et crut que son cœur s’arrêtait lorsqu’il vit les photos de [url= https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=349889#p349889 ]sa dernière virée nocturne[/url]. C’est son chauffeur qui le ramena à la vie réelle lorsqu’il lui indiqua qu’ils venaient d’arriver à destination au pied du ministère de l’intérieur et de la sûreté.
*Plateforme permettant de naviguer sur le darknet, parmi les plus connues et utilisées par les dissidents et internautes jernlander en quête d’un peu d’anonymat. Elle a été créée en 2010 par trois jeunes informaticiens, dont l’identité reste encore aujourd’hui un mystère que même tous les moyens du Sikkerhetsjeneste n’ont pas réussi à percer. Ils se font appeler Føndral, Hægun et Vostågg.
Posté : lun. avr. 29, 2019 9:15 am
par Galaad
[justify] Operasjon Beskyttende
25 décembre 2038
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Chars jernlander en déploiement à la frontière avec le Hohengraf et le Gänsernberg[/center]
Quelle drôle d'idée avait eu le Gänsernberg d'aller [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=350488#p350488]envahir son voisin valaryan[/url] juste avant les festivités chrétiennes de Noël... Cela confirmait les crainte de l'état-major jernlander ainsi que l'analyse que le Generalløytnant Marius Lunde, directeur du sikkerhetsjeneste (services de renseignement), avait livrée au General Magnuss Løvenskiold, président du Statsråd. Lors de [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=349959#p349959]sa rencontre « Schild »[/url] (bouclier) avec le général Natalie Lichtwark, le vieux briscard de l'Etat nordique avait bien senti une forte volonté de mener des opérations militaires très directes sur le voisin valaryan, dans la province du Hohengraf. Il faut bien avouer que la prise de pouvoir sur place d'une junte séditieuse n'était absolument pas de nature à rassurer les Etats voisins. Mais encore moins rassurant était le risque que ce qui se voulait sûrement une opération de renversement de la junte ne se transforme en annexion. Le Valaryan ne pourrait ainsi pas laisser ce geste impuni, au risque de passer au mieux pour un Etat sous tutelle de son voisin, au pire pour un Etat défaillant et faible.
Face aux risques d'escalade, le Statsråd avait ordonné que le 8ème corps d'armée, stationné dans le Hovedland et chargé en partie d'assurer la protection du Jernland continental, se déploie à la frontière avec le Hohengraf pour y garantir l’étanchéité de la frontière. Si les Thorkjeder, chaîne montagneuse, assuraient une barrière naturelle, l'armée ne serait pas de trop, avec ses deux brigades d'infanterie mécanisée, deux brigades d'infanterie de montagne, et sa brigade d'artillerie pour compléter le dispositifs frontaliers. Une brigade de l'aviation légère (hélicoptères de combat) seraient disposés en appui, au cas où... La brigade d'infanterie de marine motorisée de ce corps d'armée servirait de soutien en arrière. Pendant ce temps, à la frontière avec le Gänsernberg, ce sont les presque 70 000 soldats de la 2ème armée qui seraient déployés pour s'assurer que le conflit en cours ne déborde pas sur les terres jernlander. Dans le ciel, l'aviation de combat serait également en alerte renforcée, afin de s'assurer du respect des consignes de vol et de pénétration de l'espace aérien national.
En complément de ces mesures particulièrement visibles, le General Magnuss Løvenskiold avait reçu un mémento avec plusieurs options de réaction, allant du simple renforcement de la présence militaire aux frontières, à une intervention militaire directe au Hohengraf sur une bande de plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur pour assurer la sécurité du Jernland, en passant par des remontrances diplomatiques et sanctions économiques. A ce stade, il avait souhaité privilégier la réaction la moins radicale possible, pour ne pas se retrouver emporté dans un conflit dans lequel, au fond, personne n'avait intérêt qu'il ne dégénère.
Posté : lun. mai 06, 2019 3:59 pm
par Galaad
[justify] 01101111
18 janvier 2039
[center][img]https://zupimages.net/up/19/19/oatd.jpg[/img]
Salle des serveurs d'Altek[/center]
Dehors le soir tombait déjà, alors que l'après-midi touchait seulement à sa fin et que la soirée n'était pas véritablement entamée. Au dehors, à Nærøy, dans la banlieue de Trømsengaard (comté de Vestfold), une aurore boréale commençait déjà à étinceler dans le ciel où la pénombre tombait de plus en plus rapidement. Bientôt la période des ces phénomènes solaires toucherait à son terme, annonçant ainsi le retour du printemps et des jours plus doux. Alors que la majorité des travailleurs quittait les bureaux et les usines, les transports en communs se remplissaient. Les bus, moyen de transport des Jernlander dans les grandes agglomérations étaient bondés, tandis que sous la terre, les métros plus nombreux acheminaient les voyageurs des centres urbains où se concentre encore une forte partie des emplois et les banlieues résidentielles et pavillonnaires. Les premiers lampadaires éclairaient d'ailleurs les rues de leur lueurs blanchâtre, tandis que sur le goudron des voitures empruntaient les grands axes vers la campagne et les périphéries de la ville.
L'un de ces véhicules filait pourtant plutôt vers une autre banlieue ; particulièrement connue au Jernland puisque siège de la société Altek. A Nærøy, un immense complexe composé de plusieurs bâtiments abritait plusieurs milliers d'ingénieurs et informaticiens, tous spécialisés dans la conception de logiciels, systèmes d'exploitations, mais également de hardware, comme des téléphones intelligents, tablettes ou encore ordinateurs. L'endroit, quoi que bien surveillé et sous bonne protection au regard des projets et innovations sensibles qui s'y développaient, était cependant conçu plutôt comme l'un de ces grands campus universitaires où tout est à proximité. Restaurants, lieux de détente et loisirs, services à la personne en tout genre en faisaient une véritable petite ville. Et toute cette activité garantissait aux autorités locales de belles sources de revenus évidemment. Argent que la municipalité mettait au service d'un aménagement locale, avec des routes en excellent état, un éclairage public constant et des services de nettoyage fréquents. Très prisée la banlieue de Trømsengaard s'embourgeoisait, avec un accroissement logique des prix au mètre carré...
Et c'est justement tout ce cadre et cette réalité économique locale qui faisait que la berline sombre aux vitres fumées du constructeur national Uendelig n'attira pas plus l'attention que cela. Immatriculée dans la capitale, elle n'avait aucun véritable signe distinctif, sinon l'apparente richesse de son propriétaire. Ce dernier profitait du trajet, son chauffeur se chargeant de la conduite, pour pianoter sur sa tablette du géant Altek justement. Dans l'ensemble rien de bien passionnant. Un peu de lecture de ses principaux courriels et messages électroniques (texto) et pas mal de lecture de compte-rendu de réunions et de services. C'est la note quotidienne du sikkerhetsjeneste.
Arrivé au siège d'Altek, la voiture s'enfonça dans le parking souterrain et alla s'arrêter juste devant la guérite du gardien, à côté des ascenseurs qui menaient aux étages supérieurs. Le chauffeur abaissa sa vitre et s'adressa au vigile, annonçant le rendez-vous du directeur général Fredrik Nygaard, son directeur technique et le directeur des services de renseignement. Après quelques brefs échanges et pendant que le garde se renseignait sur sa liste des personnes attendues, le Generalløytnant Marius Lunde descendit du véhicule. Son uniforme bleu gris rappelait son grade de l'armée de l'air, tandis que ses nombreuses décorations et épaulettes son passé réussi au sein des forces armées. C'est à la sueur de son front et en nouant les bons contacts qu'il s'était élevé jusqu'au sommet de la hiérarchie militaire, et était à présent en charge de tous les aspects relatifs à la sécurité nationale au sein du ministère de l'intérieure et de la sûreté. C'est donc tout naturellement qu'il se rendait à ce rendez-vous, dans un contexte où le développement d'Altek était exponentiel, et que l'entreprise visait à couvrir un marché toujours plus vaste. D'abord au Jernland, maintenant en Dytolie, et demain avec un peu d’habilité et de chance dans le monde.
Une fois à l'étage de la direction, il fut conduit auprès de ses interlocuteurs du soir. Il fallait bien avouer qu'à cette heure-ci, dans les bureaux il n'y avait plus grand monde, à part une secrétaire du président-directeur général d'Altek. On proposa au haut commis de l'Etat de s'installer confortablement, ce à quoi il répondit préférer travailler à la table de réunion, plutôt qu'avachi dans un canapé ou un fauteuil. En effet, il les trouvaient moins propices à l'échange technique et ils invitaient davantage à se relaxer qu'à se concentrer.
Frederik Nygaard | Bonsoir messieurs et bienvenu chez Altek pour ceux qui nous rejoignent ce soir. Comme d'habitude je vous propose que nous entrions directement dans le vif du sujet pour notre réunion mensuelle. Général, je vous cède immédiatement la parole pour que vous nous exposiez les points de vue du gouvernement.
Generalløytnant Marius Lunde | Merci monsieur Nygaard. En effet, nous avons plusieurs points d'importance à évoquer ensemble ce soir. Notre ordre du jour me paraît assez chargé. Nous allons les balayer rapidement, étant encore attendu pour d'autres obligations en milieu de soirée.
Au regard de l'importance stratégique que représente Altek pour la souveraineté nationale et l'économie jernlander, vous n'ignorez pas que l'Etat a naturellement son mot à dire sur les questions concernant l'organisation du groupe, notamment lorsqu'il est question de création de subdivisions et filiales. Dans ce contexte, nous avions donné notre accord pour la création d'Altek Dytolia. Monsieur Nygaard, peut-être voudriez-vous nous détailler l'avancement des projets afférents.
Frederik Nygaard | Tout à fait. Personne ici n'ignore qu'Altek ambitionne à présent que nous disposons d'appuis solides commercialement au Jernland, nous avons voulu exporter nos produits et solutions informatiques à l'étranger. Pour mieux nous adapter aux exigences des économies libérales, nous avons estimé qu'il serait opportun de disposer d'une structure juridique conforme aux besoins locaux. C'est ce qui a conduit à la création de cette filiale, dont le capital reste cependant entièrement dans les mains d'Altek.
Cette filiale permet également de construire des produits et solutions numériques plus proches des attentes des marchés locaux. Le cas de la Valdaquie est par exemple très explicite. L'idée est de proposer des innovations plus performantes que nos concurrents. Je pense ici tout spécialement à Black Lotus qui pénètre encore assez légèrement certains marchés de la CND.
Generalløytnant Marius Lunde | Je vous interromps président pour rappeler à ce sujet que sur les produits non destinés au marché jernlander, nos attentes sont nettement moins strictes en matière de contrôle des usages. Vous comprendrez parfaitement que nous n'avons pas les mêmes besoins face aux appareils des particuliers qui circulent en dehors de nos frontières. Je vous invite donc sur cette question à avoir une approche moins sécuritaro-centrée.
Frederik Nygaard | Naturellement. Il n'est aucunement question de prévoir un espionnage des appareils commercialisés hors du Jernland. Nous avions bien cela à l'esprit.
Generalløytnant Marius Lunde | Il nous apparaît comme une priorité, et elle est partagée au plus haut sommet de l'Etat, que nous n'exposions pas le Jernland à des scandales ou difficultés diplomatiques inutilement. En revanche, cela ne signifie aucunement un changement de trajectoir en ce qui concerne le marché national. D'autant moins que le président du gouvernement prendra prochainement un décret concernant le fonctionnement des réseaux et de l'internet et souhaite que nous prévoyons des moyens techniques permettant de contrôler de manière centralisée le trafic et l'échange de données.
Posté : lun. juin 10, 2019 5:56 pm
par Galaad
[justify] [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=349755#p349755]Visite d'un diplomate étranger[/url]
30 avril 2039
[center][img]https://zupimages.net/up/19/24/oqax.png[/img]
Le château de Frueborg, demeure et fortification royale thorvalienne[/center]
Pendant que rien n'allait plus véritablement en ce monde, au Thorval, la vie suivait son cours habituel. Les paysans finissaient de préparer la moisson prochaine, les voyageurs continuaient de se faire détrousser par les brigands et bandits de grand chemin pendant que les grands seigneurs et nobles thorvaliens s'entretuaient avec une régularité et une constance presque déconcertante. Et de tout cela, dans ses froids et encore humides appartements de Frueborg, Erik Vindheim, l'ambassadeur du Jernland auprès de la cour de la Reine Marie, était le témoin régulier. Le personnage n'était pas difficilement impressionnable, mais malgré son cuir épais et tanné, lui-même avait du admettre que la vie en ce royaume ermite était très loin de ressembler à tout ce qu'il avait pu voir auparavant. Pourtant, au cour de sa carrière de militaire, il avait eu l'occasion de voir bien des horreurs, et beaucoup plus de misère encore.
Lorsqu'il effectuait son service militaire - avant qu'il ne soit aboli en raison du coût que cela représentait pour les finances de l'Etat - il s'était retrouvé déployé dans les campagnes jernlander, bien avant que n'arrive un certains nombre d'innovations et de technologies nouvelles. Il y avait côtoyé la misère - loin d'être entièrement éradiquée du Jernland, surtout dans les campagnes. Mais le Thorval, c'était un autre monde, comme figé dans son entièreté dans un autre siècle. Lors de son arrivée et de sa première traversée à cheval à travers les campagnes thorvaliennes, il avait pu se faire une première impression du pays, au delà des écrits des encyclopédies et des pages internet. Ses deux premières semaines d'activité, il les avaient passées à traverses des contrées le plus souvent hostiles, sinon pire encore. Il avait fallu éviter les pillards, ou les tuer à mesure qu'on s'enfonçait dans les contrées étrangères.
Cela faisait donc à présent bien un semestre que l'ambassadeur avait pris ses quartiers, pas les plus inconfortables, dans l'imposante forteresse royale. Si au début de son séjour, il avait tenté de converser avec la souveraine des affaires du monde, avec le temps, il avait appris à plutôt s'intéresser aux affaires internes au royaume. Le Thorval et ses multiples vassaux et seigneurs étaient comme un gigantesque plateau d'échec, avec sa propre diplomatie interne. S'il ne la voyait pas tous les jours, il n'était pas rare de la croiser au détour d'un couleur, ou dans les différentes salles que comptait la demeure royale. Et conformément aux instructions reçues de sa hiérarchie, le plus souvent par pigeon voyageur - si la méthode de communication était tombée en désuétude, le ministère des relations extérieures l'avait réintroduite fissa pour rester en lien permanent avec l'émissaire du Statsråd auprès de la reine Marie - Erik Vindheim s'était également mis à l'apprentissage des dialectes vieux-thorvalois, comme le Teitrlandais et le Bas-Tjørnais. Cette initiative diplomatique, parce que c'est bien de cela qu'il s'agissait, d'un important message diplomatique pour la souveraine et ses conseillers que cet ambassadeur étranger se mettant à converser dans ces dialectes dont il ne savait que peu avant son arrivée, devait faciliter les échanges avec les dignitaires de la cour, et donc renforcer la position du diplomate jernlander dans ce château, coeur du pouvoir souverain.
Si Frueborg avait une allure de forteresse, destiné à défendre le domaine royal, c'était aussi le lieu politique, d'où Marie pouvait exercer son autorité sur le Thorvalmark et ses vassaux. Lieu politique aussi pour les échanges fréquent avec seigneurs de passage ou courtisans en résidence fréquente. Si le Jernland n'avait pas d'ambitions particulière au Thorval, la priorité était aussi d'éviter que le royaume de tombe sous la coupe d'influences étrangères ; éventuellement hostiles. Il s'agirait là comme d'un couteau pointé en permanence dans le dos du Jernland, et cela, on ne pouvait s'y résigner à Lørenshus. Dans son dernier pigeon voyageur à destination de Røros, Erik Vindheim avait d'ailleurs souligné la qualité de ses derniers échanges avec la souveraine et ses conseillers ; échanges plus nombreux que les mois précédents. Peut-être était-il lui-même un peu utilisé par le conseil de Sa Majesté pour se tenir informé des affaires du monde, loin en dehors des frontières du royaume.
Pourtant, en ces jours, les agitations guerrières thorvaliennes avaient tendance à inquiéter l'ambassadeur. S'il n'était pas rare que la reine soit obligée de s'aventurer au delà de ses murailles pour rétablir l'ordre dans ses domaines et punir les pillards qui dévastaient les contrées, cette fois-ci, les colonnes quittant Frueborg étaient davantage importantes. Le diplomate l'avait accompagné plus d'une fois dans ces expéditions plus modestes, à sauver des villages et des bourgs, mais à présent, une armée entière quittait la garnison en direction du nord pour aller croiser le fer avec les impudents qui avaient osé défier l'autorité royale. Là encore, Erik Vendheim avait revêtu ses habits chauds, parce que malgré la fin avril et le temps plus clément, il n'était pas rare que la brise soit mordante, rendant gelé les vêtements humides des dernières ondées du printemps. L'arrivée du mois de mai signifierait bientôt la remontée du mercure dans les thermomètres (quoi qu'absents du Thorval). En attendant, les nuits n'étaient guère de nature à inviter à dormir à la belle étoile ou à négliger de se couvrir. S'il prenait la direction du Fljótland comme les colonnes armées et leur reine, la mission de l'ambassadeur n'était pas de guerroyer avec la souveraine. Le dernier pigeon voyageur transportant un message depuis la capitale du voisin jernlander lui intimait de rentrer au pays pour y faire ses compte-rendu auprès du General Magnuss Løvenskiold et de son ministre.
En effet, les dernières nouvelles ne rassuraient pas les autorités du Jernland, qui craignaient de voir le Thorval sombrer dans une nouvelle ère de conflits permanents et de guerre entre les grands seigneurs. Cela n'aurait pas été une première, mais cette fois-ci, la violence des attaques et des expéditions rendait la chose moins bénigne. Cavalant derrière la reine et ses conseillers, espérant échanger encore quelques mots avec elle avant de dévier de sa route en direction de la frontière, notamment sur la conduite des batailles et les mots de soutien de ses chefs, Erik Vindheim avait pris grand soin de s'allouer les services de quelques mercenaires - qui recevraient le reste de leur paiement une fois arrivé au Jernland comme le recommandait la prudence. Ces hommes lui seraient bien utiles pour affronter les bandes de brigands et les coupe-jarrets qui croiseraient sa route du retour. Toutefois, il ne quitterait la troupe qu'au dernier moment, avant que les deux armées ne se rencontrent. Chaque minute en présence de Marie lui paraissait importante, puisque potentiellement utile pour renforcer les liens et la confiance qui s'installaient.