Posté : dim. déc. 09, 2018 1:51 am
par Frederick St-Luys
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Chroniques historiques liangoises
L'Histoire et les histoires[/center]
Ce sujet rassemblera des RP portant sur l'histoire du Liang. Il pourra s'agir de vignettes historiques et historiographiques, ou de narrations plus complètes et littéraires. Au fur à mesure de son extension, je compléterai ce premier post en y ajoutant une table des matières afin de donner une meilleure vue d'ensemble.
Les pays dont l'histoire croise celle du Liang sont les bienvenus s'ils veulent utiliser ce sujet (me contacter par MP).
Posté : dim. déc. 09, 2018 1:56 am
par Frederick St-Luys
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1227: Le chant du cygne de la dynastie Xing
Le siège de Yi'an[/center]
[justify]Le siège de Yi'an est le point culminant des guerres liango-syires, qui occupent l'essentiel du début du XIIIème siècle. Il voit l'affrontement de deux des plus puissantes armées de l'orient: la formidable horde nomade des syires, une population touranienne issue des steppes de l'ouest du Liang actuel, et de l'empire du Grand Liang, sous les empereurs de la dynastie Xing.[/justify]
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[justify]Les adversaires
L'année 1226 est une année faste pour les nomades. Leur chef, le conquérant Djaghataï, revient d'une série de campagnes victorieuses aux confins de la Marquésie et de la Janubie, où il a mis à genoux les puissants domaines des sultans de Jarqori et des rajas de Rajanagar. D'immenses richesses ont été pillées par ses hommes, et ils sont suivis par d'interminables colonnes d'esclaves. Dans toute la Ventélie, le nom de Djaghataï inspire une terreur presque superstitieuse.
Et dès son retour, il s'attèle une entreprise chère à son cœur: se venger des liangois, face auxquels il a subi son unique défaite militaire, lors de la bataille du guet de Yalan Gol en 1207. Ce revers avait ébranlé le jeune empire syire, et failli lui coûter sa couronne. Mais cette fois-ci, il est bien mieux préparé. Fort d'un prestige renouvelé et d'une armée réorganisée, il est déterminé à se venger de ses vieux ennemis.
Ceux-ci ont observé avec une inquiétude croissante l'expansion de leurs adversaires à l'ouest du fleuve Yalan Gol. En ce début de XIIIème siècle, la dynastie Xing, établie en 1033 par Cheng Fuxian, n'est plus que l'ombre d'elle même. Les troubles politiques intérieurs et un renforcement croissant de l'autorité des chefs militaires durant le long règne de l'empereur Zhi'er (1182-1224) ne sont que les signes les plus récents du déclin de la dynastie. Mais malgré cela, elle reste à la tête d'un empire formidable. Peuplé de près de 20 millions d'habitants, comprenant des centaines de villes fortifiées, l'empire dispose d'un inépuisable réservoir humain.
Il est également doté d'une armée moderne, grâce aux innovations de l'ingénieur militaire Dian Shu: ce dernier a inventé un certain nombre d'armes uniques et ultramodernes, comprenant des balistes à répétition (les "Grues Vermillon"), des bouches à feu rudimentaires utilisant la poudre noire inventée par les liangois à la fin du premier millénaire (les "Dragons ascendants"), ou encore une artillerie de fusées (les "Dents de Dragon"). Non content de doter les soldats liangois d'un arsenal futuriste, Dian Shu a également fait fortifier des dizaines de cités frontalières durant tout le règne de l'empereur Bai. Indéniablement, l'invasion du Grand Liang sera l'entreprise militaire la plus difficile des campagnes de Djaghataï.
L'invasion
Ce dernier s'y prend avec son talent et son courage habituel. Défiant les conventions, il décide d'attaquer à la fin de l'été, pour prendre au dépourvu l'armée impériale. Il divise son armée en trois corps:
Trois Tumens (30.000 hommes) sous le commandement de Boroghul, passent par les cols des Tianzhou au nord, pour surprendre le flanc nord de l'armée impériale.
Deux Tumens (20.000 hommes), sous le commandement de Yashaq, sont chargés d'effectuer une manœuvre très visible sur les bords du Yalan Gol, près du site de la précédente bataille, sans tenter sérieusement de passer.
Six Tumens (60.000 hommes) et près de 150.000 auxilliaires sont rassemblés sous le commandement de Djaghataï lui-même, qui fait édifier en cinq jours un pont flottant sur le fleuve Yalan Gol, dans un endroit réputé impassable. Puis, une fois la construction sécurisée, c'est toute la horde qui pénètre sur le territoire liangois, avant les flottilles de patrouille ne puissent monter de contre-attaque.
Les premiers mois de la campagne sont marqués par une série de victoires syires. Plusieurs importantes villes de l'ouest tombent: Yuli, Shangxiang et Heji. L'armée provinciale de Zhu, force de 180.000 hommes, est balayée à la bataille de Hulan en janvier 1227. Immédiatement après, Djaghataï met le siège autour de Yi'an.
Yi'an
Ville moyennement peuplée, Yi'an doit son importance à sa position stratégique sur la route des Plaines Centrales et de la capitale, Zhongdu. C'est pour cela qu'elle avait jadis été fortifiée par le génial Dian Shu: elle est entourée de douves et d'un mur haut de 20 mètres, large de 8 mètres, ponctué de soixante-quatre tours coiffées de trébuchets et de balistes à répétition. Les citernes et greniers garantissent aux défenseurs de bonnes réserves. Le commandant de la place est le général Xian Meng, un homme prudent à la carrière militaire jusqu'alors peu remarquable, que le gouverneur avait placé en charge de Yi'an tandis que lui-même et les autres généraux s'étaient joints à l'armée défaite à Hulan.
Arrivé face aux murs de Yi'an, Djaghataï prend la mesure de leur solidité, mais n'est pas dépourvu d'atouts. Outre ses 200.000 hommes, il a ramené de ses conquêtes des ingénieurs liangois de l'ancien khanat des Saïgars blancs, ainsi que des sapeurs marquésiens. Ils se mettent immédiatement au travail, et entament un lent travail de destruction des remparts.
Mais le temps s'avère être le pire des ennemis du conquérant. Alors même que les défenseurs font échouer sape sur sape, des espions lui apprennent que la cour impériale Xing a dépêché l'ensemble de l'armée impériale, sous le commandement du maréchal Xiahou Yu. Plus de 250.000 hommes marchent sur la ville, et risquent de prendre en tenaille les assiégeants. La situation empire encore lorsqu'une épidémie de peste se déclare, et que les auxiliaires marquésiens, utilisés comme chair à canon pour les assauts, commencent à mourrir en masse.
Pris d'impatience, les chefs Syires attaquent les murs de la cité sans ordres. Plus de quatre mille hommes meurent, fauchés par les balistes et les fusées des défenseurs. Les commandants parmi les survivants sont écorchés vifs par ordre du grand khan, en guise de punition pour leur désobéissance.
Mais malgré sa fermeté affichée, Djaghataï a conscience de la difficulté de la situation. Son armée se vide de son sang, et si la ville n'est pas capturée avant l'arrivée de Xiahou Yu et de l'armée impériale, il risque une défaite décisive. Il fait alors monter un stratagème consistant à feindre une attaque sur une section différente du mur chaque jour pendant une semaine, afin d'endormir la vigilance de ses adversaires. Puis, le huitième jour, il fait feindre une attaque sur une section, et attaque en force une autre, tout en faisant s’écrouler une sape. Enfin, ses hommes parviennent à prendre pied sur les remparts, et engagent le corps-à-corps avec des défenseurs déterminés à vendre chèrement leur peau. A deux reprises, le général Xian Meng, isolé de ses hommes, manque d'être tué par les assaillants. La seconde fois, il ne survit qu'après que le soldat l'ayant attaqué ait glissé sur une flaque de sang, sa chute le précipitant en bas de la muraille.
La mort du conquérant
Mais alors même que les défenseurs commencent à reculer, l'impensable se produit: une fusée, lancée depuis une plate-forme au sommet d'une des tours, s'envole plus loin que prévu, portée par le vent, et abat un homme à cheval. Cet homme, c'est le grand khan en personne, Djaghataï, qui supervisait l'assaut depuis l'arrière. Explosant à quelques pouces de sa tête, elle le tue sur le coup, et emporte dans la déflagration son porte-bannière.
Les soldats syires observent, médusés, comment le bannière de guerre tug vacille, et tombe, tandis qu'un cratère fumant a remplacé leur chef. Et, subitement, toute l'offensive s'arrête. Aucun chef tribal n'accepte plus de répondre aux ordres des généraux Yashaq et Boroghul, qui ne sont plus soutenus par l'autorité du Khan. Dans certaines sections du champ de bataille, c'est une véritable débandade. Dans d'autres, les syires parviennent à se retirer en bon ordre.
Dès le soir, alors même que les corps de leurs ennemis et de leurs esclaves sont brûlés, les syires commencent à se disputer et à se diviser en factions, favorisant tel ou tel fils du souverain. Plusieurs factions en viennent même aux mains, sous les regards ahuris des défenseurs liangois.
Le lendemain, après que Yashaq ait réussi à circonvenir l'essentiel des chefs de clan en leur présentant les rapports indiquant l'imminence de l'arrivée de l'armée impériale liangoise, les Syires décident de se retirer. Dans un grand désordre, ils refluent jusqu'au pont flottant, qu'ils détruisent derrière eux.
Pendant plusieurs années encore, les Syires seront préoccupés par des troubles de succession, et cesseront leurs invasions.
Postérité:
La bataille de Yi'an a été la dernière grande victoire de la dynastie Xing, et demeure l'un des grands moments de l'histoire militaire liangoise. A partir de 1235, l'empire est régulièrement envahi par ses voisins nomades, et, les unes après les autres, ses villes tombent. Le dernier empereur Xing, Aidi, est capturé et tué en 1272.
Jusqu'à aujourd'hui, les historiens spéculent volontiers sur le visage qu'aurait la Ventélie contemporaine si une fusée n'avait pas fauché le grand conquérant Djaghataï.[/justify]
[right]Pour en savoir plus, consultez cet article de l'[url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?f=1253&t=16229#p341717]encyclopaedia Liangica[/url].[/right]