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Posté : mer. nov. 01, 2017 11:19 pm
par Amaski
[bask][center]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 1 : Mort d’une jeune bourgeoise -[/bask]

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La police scientifique avait débarqué depuis une demi-heure dans l'appartement dont la porte d'entrée se trouvait béante, la serrure fracassée avec violence. La demeure était située au dernier étage d'un immeuble résidentiel haut de gamme au cœur d'un des quartiers les plus aisés de la capitale. Ici, on avait pour habitude de voir des hommes d'affaire vivre avec leurs familles et d’assister à un défilé de gens de la haute société. La présence des forces de l'ordre était un événement si rare qu'on pouvait voir les enfants des appartements voisins observer depuis des recoins de la cage d’escalier et avec curiosité les forces de l'ordre pénétrer dans l'habitation.

Au cœur de l'appartement, on pouvait voir gésir partout des morceaux d'objets renversés sur le sol. C'étaient pour la plus part des babioles en porcelaine ou en verre. Quelques meubles avaient été bousculés avec force ou même poussé au sol durant les événements tragiques survenus récemment.

« Voilà une sale affaire » lança l'inspectrice Karman pendant qu'un policier était entra de prendra des photos du corps ensanglanté de la jeune bourgeoise morte au milieu du salon.

La victime portait une longue robe écarlate et s'était visiblement préparée pour aller à une soirée galante ou un autre événement officiel. Le maquillage était partiellement effacé par l'effet de la forte humidité de cette matinée débutante. Les policiers pouvaient constater une blessure ronde au front, la chair entourant brûlée, indiquant qu'on l'avait tué avec une arme à feu.

« Et tout particulièrement inhabituel. C'est le premier meurtre dans le quartier depuis au moins cinq ans. » ajouta l'inspecteur Arnold.

Le jeune homme avait une dizaine d'années de moins que Karman, mais son enfance passée dans les bidonvilles de Vry Haven avait fait de lui un des meilleurs spécialistes en matière de criminalité organisée. Certains au poste aimaient affirmer moqueusement qu'il aurait également pu faire un excellent percepteur d'impôt.

Un autre membre de la brigade scientifique était à genoux, près du corps et analysait la blessure mortelle. Celui-ci affirma alors « Sans aucun doute une balle de petit calibre. En vue de la répartition du sang, la balle n'a pas traversé le crâne complètement et doit donc encore se trouver à l'intérieur. Il faudra l'extraire pour pouvoir confirmer par la suite le type d'arme qui a servi pour l’assassiner. »

L'inspectrice Karman laissa son collègue débiter ses premières constatations. Il ne fallait pas être détective pour voir de quoi la demoiselle était décédée. Elle était intéressée par toute autre chose.

« Est-ce que nous savons déjà quels pourraient être les motifs ? » demanda Karman à l'inspecteur Arnold.

« Il n'est pas encore possible d'en tirer des conclusions définitives à ce stade, mais la piste d'un cambriolage est à écarter d'office, du moins à mon avis. Nous avons trouvé beaucoup d'argent en liquide, des bijoux et des objets de valeur repartis dans tout l'appartement. Si nous étions face à un vol, tous ses objets auraient été emportés, du moins une grande partie. A première vue, tous ce qui peut être considéré comme ayant une valeur marchande forte n'a pas été volé. Nous pourrions donc avancer l'idée d'un règlement de compte. Nous avons aussi trouvé une chemise contenant plusieurs documents qu'on a essayé de brûler dans la cheminée. »

« Une chemise avec des documents ? » s’interrogea l'inspectrice. C'était une chose très curieuse, pensa-t-elle. Habituellement, ce genre d'affaires était soit des cambriolages qui avaient mal tournés soit des règlements de compte sans davantage de détails. Il n'était pas usuel de voir des tentatives de destruction de paperasse.

L'inspecteur Arnold continua dans son rapport, remarquant que sa supérieure semblait très intriguée par le détail qu'il venait de révéler.

« Oui, le feu n'a pas entièrement consommé les documents. Nous ne savons pas si la tentative de destruction a été faite par les agresseurs ou la victime voire une personne tierce. Toutefois, nous sommes optimistes sur le fait de pouvoir découvrir, du moins partiellement, ce qu'on a voulu faire disparaître si rapidement. Nous venons d'envoyer les restes récupérés aux Services spéciaux du commissariat du Quartier des Tulipes. Ils sont les seuls à avoir les outils pour restituer ce type d'indices. »

Arnold jeta alors un coup d’œil à son carnet de note sur lequel il avait retenu toutes les données qu'il avait jugé essentielles concernant la morte. Il était si rare de voir une personne tué dans ce quartier et surtout de cet âge, que chaque indice pouvait faire la différence.

« La victime est une certaine Adelheid Mogbid. Elle travaille...ou mieux dit, travaillait à l’Hôtel Gastonia comme organisatrice de soirées et aussi comme leur chargée de communication.

Son activité politique se résume avant tout à quelques dons à des groupes de défense de l’environnement et de soutien aux populations algarbiennes du continent. En somme, c'est quelqu'un qui en soi n'est pas particulièrement intéressante. Elle présente le profil usuel de la jeune femme issue de la haute bourgeoisie urbaine.

Toutefois, il faut remarquer qu'est la fille de Gustaaf Mogbid, un journaliste spécialisée dans les affaires de corruption et qui travaille pour le journal « Politikum ». Le magazine couvre la plus part des histoires de détournement de fonds révélés au grand jour pendant les trois dernières années. Il est donc possible que le meurtre soit lié aux activités de son père. Peut-être même qu'elle n'était pas la cible principale. Nous avons que Gustaaf Mogbid est à l'heure actuelle en Algarbe du Sud pour une enquête sur laquelle il n'a pas voulu nous donner des détails. Il va retenir demain matin pour être interrogé par nos services vers 11 heures au Commissariat. Il nous a confirmé d'être prêt à coopérer avec nos services pour aider l'enquête et faire avancer les affaires. »


« Bien, bien. Je veux que nous mettions tous nos efforts à mettre le plus de lumière que possible sur ce crime. Il y a quelque chose de louche ici. Je suppose que les politiciens ne vont pas tarder à nous tomber dessus ? On a quand même une jeune bourgeoise morte sur les bras. »

Arnold répondit à sa supérieure.

« Hmmm, rien pour le moment. La nouvelle de sa mort n'a pas encore filtrée auprès de la presse. Nous allons essayer de retarder cela le plus longtemps que possible, mais je doute que nous pourrons gagner plus que 48 heures.

Comme vous le dites, dès qu'on apprendra de ce meurtre, on risque d'avoir une partie notable des autorités communales voire même des sénateurs sur le dos. Les politiciens adorent se profiler dans ces affaires et mettre leur grain de sel. La mort d'une fille de journaliste fait toujours tâche et va poser plein de questions en donnant également quoi alimenter les théories de complot les plus farfelues parmi nos concitoyens les moins apaisés. »


C'est alors que deux policiers arrivèrent et s'approchèrent du corps de la défunte. Une certaine odeur peu agréable commençait à émaner en raison du thermomètre qui grimpait et aussi des heures qui s'étaient écoulés depuis le trépas. Les deux officiers couvrirent délicatement la dépouille avec un grand drap blanc avant de la déplacer sur un brancard. Une minute plus tard, on amena le cadavre hors de l'appartement, descendant les escaliers pour rejoindre une ambulance qui attendait dans la rue pour transporter le corps vers le centre-ville de la capitale.

L'inspectrice Karman observait le déroulement de l’évacuation du cadavre, se demandant bien ce qui aurait pu être la motivation d'un crime pareil. Ses instincts lui disaient que ce n'était pas un simple meurtre, mais quelque chose de nettement plus important. Quelque chose clochait et elle était déterminée à découvrir ce que c’était.

Posté : sam. nov. 11, 2017 7:43 pm
par Amaski
[bask][center]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 2 : Mutual Assured Economic Destruction -[/bask]

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Le conseil d'administration de la VSV Global Trust était réuni presque au complet dans la Rothshild Tower à Lanfair. Depuis l'annonce de la victoire sur la flotte luciférienne au large du Royaume-Uni, un vague de soulagement avait pris possession de la capitale britonne. Les gens ressortaient et certains se promenaient même dans les parcs publics avec une anxiété atténuée. Markus Van Rothshild, patriarche du clan et aussi CEO du conglomérat, n'avait pas de temps à perdre avec des déambulations romantiques. Le monde était en guerre et la VSV était au front de ce conflit mondial. Partout, le Groupe transformait ses usines de production de biens de consommation en manufactures d'armes. Ce n'était pas par patriotisme, mais par pur appât du gain. Les gouvernements de l'Union payaient rubis sur ongle pour acquérir tout le matériel léger indispensable à la continuité de l’affrontement et la VSV n'avait aucune intention de perdre tous ces contrats hautement lucratifs à quelques concurrents locaux.

Markus Van Rothshild se tenait au bout d'une large table de réunion noire, avec de chaque côté les différents membres du conseil, tous des Rothshilds de naissance ou par mariage. Depuis quelques mois, la gestion de la VSV était une affaire de famille. Pas de question de laisser des « étrangers » s'immiscer dans le petit monde des Rothshilds, surtout en temps de conflit généralisé et de combats aux quatre coins du Globe. S'appuyant sur une canne minutieusement travaillée, inspirée des cannes de la Belle Époque, le patriarche observait son petit-fils qui se tenait à côté de l'écran géant au fond de salle. Sur le mur s'affichaient les dernières données concernant la filiale de la VSV en Fagrasie - menacée de nationalisation ou de vol selon la définition du vieil homme. Le CEO de la VSV n'avait aucune intention de laisser quelques « dégénérés » lui contester ses biens, pas sans infliger quelques dégâts substantiels à ces « bureaucrates écervelés ».Le vieillard algarbien était ainsi d'une humeur particulièrement sombre quand on l'approchait au sujet de la Ligue amarantine. C’est alors qu’il s'adressa à son petit-fils débout.

« Lucius, quel est la situation au sujet des crétins sodomites ? »

Lucius Van Rothshild n'osait pas sourire à l’appellation peu flatteuse émise par le patriarche vrye. Il était habitué aux éruptions vocales peu courtoises du CEO et se contentait de garder son calme stoïque usuel pour présenter les dernières évolutions du dossier amarantin.

« Nous avons finalisé l'évacuation des capitaux financiers et également pris des mesures de sécurisation face à une action de nationalisation de la part de la Ligue. La comptabilité et les comptes courants de la filiale ont été centralisés à la maison-mère. Nous assurons tous les paiements et centralisons les revenus à Lanfair depuis hier matin. Ainsi, si la Lige nationalise, la filiale sera coupée de toute réserve financière et incapable d'assurer les dépenses courantes. Les autorités de la Ligue devront donc soit assurer un refinancement de la filiale en urgence soit risquer sa faillite dans les jours à suivre, la rendant sans valeur. Si nous constatons que le danger d'une nationalisation est écartée, nous pourrons à nouveau décentraliser la comptabilité de la filiale, mais je conseille de maintenir cette stratégie le plus longtemps en place, du moins pendant la durée de la guerre. »

« Et concernant nos autres investissements ? » demanda Markus Van Rothshild.

« Nous avons pu finaliser les négociations avec les autorités de l'Uhmali. »

Une carte du royaume oriental s'afficha sur l'écran.

« Cette contrée est actuellement entra de s'engager dans un processus d'ouverture économique. Leurs dignitaires nous ont confirmé le droit de pouvoir créer une filiale dans leur pays en échange du respect de quelques conditions culturelles sans impact financier majeur pour nous. Nous avons donc commencé à dissoudre nos investissements secondaires en Amarantine et avons engagé la mise en place d'un programme pour l'ouverture d'une série d'usines et d'établissements en Uhmali. Le transfert nous coûtera sur le court terme, mais la marge bénéficiaire plus forte dans ce pays devrait largement compenser les coûts liés au déplacement de nos actifs. A l’heure actuelle, il sera plus difficile de vendre nos investissements stratégiques en Amarantie, mais nous sommes entra de miner ceux-ci en adoptant la stratégie dite MOAB. »

La responsable des ressources humaines, l'ampoule la moins lumineuse dans l'équipe, demanda alors.

« MOAB ? »

« Massive Overindebted Accounts Bomb » répondit Lucius Van Rothshild. « En somme, nous avons contracté ces derniers jours une série d'emprunts au nom de la filiale. Bien évidemment, à cause de la crise, le taux d'intérêt est substantiel, mais rien qui ne soit pas gérable par nous. L'argent emprunté a été mis dans un compte hors de Fagrasie de façon à ce qu'il soit hors d'atteinte en cas de nationalisation. Je pense que tout le monde voit la conséquence de cela ? »

La cousine de Lucius semblait toujours inconsciente des implications de la manœuvre financière. Le patriarche lançait un regard noir à la jeune donzelle pendant que Lucius Van Rothshild se résigna à expliquer les effets de MOAB.

« En temps normal, cette dette est parfaitement inoffensive, mais en cas de nationalisation, elle explosera à la figure de la Ligue qui va se trouver avec une filiale sans accès à ses comptes courants, sans service comptable et avec des dettes qui apparaîtront au mieux que des jours après la nationalisation. En somme, la filiale, séparée de la maison-mère, sera une véritable bombe financière que les responsables de la Ligue devront gérer en urgence ou risquer une faillite générale. En plus, ils n’auront presque aucune chance de la revendre. Aucun investisseur privé ne voudra racheter des structures surendettées et désorganisées. »

« Et s'ils renient les dettes ? » demanda le responsable du marketing, nettement moins stupide que sa sœur.

« Les emprunts ont été contractés sur le marché des obligations local. Je doute très fortement que la Ligue voudra exproprier ses propres citoyens de leurs investissements. Cela pourrait avoir des conséquences politiques fâcheuses...ce qui est la raison pourquoi nous avons contracté les prêts sur place et non sur le marché international.

L'objectif de la MOAB est de nous assurer que si la Ligue s'approprie notre filiale, le coût financier soit si élevé, qu'ils seront dissuadés à répéter une action similaire à l'encontre d'une autre entreprise privée à l’avenir. Bref, donner une bonne leçon à cette bande de technocrates voraces...et si par hasard cela met leur petit gouvernement à genoux, on aura fait une bonne action en faveur du camp unioniste. »


Jetant un regard autour, Lucius finit par ajouter.

« Bien évidemment, l'objectif n'est pas de saboter un état souverain. Idéalement, nous espérons que la Ligue respecte la propriété privée, mais nous devons être prêts à défendre nos investissements et cela passe par notre capacité à rendre toute nationalisation hautement toxique pour un état aspirant à faire cela. D'une certaine manière, si la Ligue avance sur le pas de la nationalisation et qu'elle se trouve confrontée à une bombe financière, nous pouvons envoyer un message fort aux autres gouvernements qui pourraient être tentés par ce genre de comportement. La toute-puissance arbitraire des états n'est pas acceptable en ce siècle. »

Le patriarche et CEO affichait un léger sourire. Il était très satisfait par le rapport que lui avait été fait par son petit-fils. Bien évidemment, tout le monde ici espérait que la nationalisation n'allait pas se faire...ou presque. Au plus profond de lui, Markus Van Rothshild, souhaitait voir la Ligue nationaliser la filiale et subir les dégâts financiers et économiques de la MOAB. Décidemment, le vieillard avait un dédain certain pour les Amarantins.

Posté : mer. janv. 03, 2018 8:32 am
par Amaski
[bask][center]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 3 : C’est la chute finale -[/bask]

[img]https://listverse.com/wp-content/uploads/2007/10/blackjack-tm.jpg[/img][/center]
La réunion n'existait pas, du moins officiellement. Depuis la publication des dernières statistiques sur la croissance économique du pays, il n'avait pas un membre du Gouvernement qui n'était pas animé d'une certaine anxiété. C'est ainsi que le Premier Citoyen avait convoqué une réunion entre lui ; Jakob Levington, un des principaux économistes du pays ; Elza Burka, principale conseillère aux Affaires économiques et Pieter Osana, Haut-Commissaire aux Affaires extérieures et aux Ennemis de la Patrie. Les quatre étaient enfermés dans une salle de conférence dans le sous-sol du Palais présidentiel.

Jakob Levington :
Comme vous pouvez constater sur ce graphique, notre économie est confrontée à une contraction majeure dans l’entièreté du secteur privé et surtout au niveau du capital. Actuellement, celle-ci est camouflée par la stimulation de l'industrie militaire qui crée l'illusion d'une croissance économique moyenne. En vérité, notre pays est confronté à une crise majeure sans précèdent. Tout le modèle néo-libéral est condamné sur moyen terme.

Selon nos estimations, nous avons au mieux entre huit à douze mois avant que la déstabilisation commence à contaminer le secteur secondaire et primaire. L'effort de guerre sera à ce stade plus soutenable.

Elza Burka : Et si nous arrivons à conclure la guerre jusqu'à là ? Cela devrait permettre à l'économie de récupérer du choc.

Jakob Levington :
Cela accélérerait le processus.

Elza Burka :
Comment cela est possible ?

Jakob Levington : La guerre, et les millions investis par le Gouvernement à travers le Fond souverain, sont actuellement les seuls stimulants assez forts pour continuer à faire marcher la machine. Elle est de facto déjà mourante, mais la demande extraordinaire en munition, armes et produits manufacturés repousse la crise finale. Notre économie est une mort-vivante poussé vers l'avant par le Weltkrieg. Sans des mesures draconiennes dans les trente jours à venir, rien ne pourra éviter le collapse sur long terme.

Le Premier Citoyen avait écouté avec beaucoup d'attention l'exposition dramatique de Levington. Il s'était douté que derrière les chiffres de croissance officiels se cachait une vérité moins agréable à entendre, peut-être même horrifique. Il n’était pas déçu à ce sujet.

Geert Spoelder : Je suppose que vous avec une proposition ?

Le simple fait que l'économiste n'ait pas encore mentionné les mesures à prendre, supposait qu'elles allaient être choquantes. Levington s'approcha de la table de travail et exposa avec un calme olympien son idée.

Jakob Levington : Le système néo-libéral suppose un marché mondial stable, ouvert et avec une masse de richesse minimale. La guerre a anéanti ces trois conditions et il faudrait au moins une décennie pour qu'un tel événement se recrée naturellement et cela si on est optimiste.

Notre secteur financier est exterminé. Sur les 32 institutions bancaires pré-Weltkrieg, 17 ont fait faillite, 11 sont sous le parapluie gouvernemental et 4 ont survécu avec plus de mal que de bien. La destruction d'une telle quantité de capital, de savoir-faire et surtout d’obligations est non seulement dévastateur sur le plan fiscal et de l'emploi, mais également réduit massivement la capacité de l’État d’emprunter auprès du secteur privé.

Pour le tourisme et les services, ils ont perdu au minimum 90% de leur activité et je compte parmi eux aussi les assurances. En vérité, les hôtels et installations touristiques n'ont plus de revenu digne de ce nom depuis trois mois. Et je ne parle pas de tous ce qui est indirectement dépendant de la présence de grandes fortunes étrangères chez nous.

Les deux piliers de l'économie pré-guerre sont donc renversés et au sol. La stratégie impulsée sous Wagam est donc à ce stade un échec cuisant. La politique d'un laissez-faire sauvage n'a pas permis la création des conditions pour une économie assez forte pour supporter un choc comme le Weltkrieg. En raison de quoi, nous devons revoir toute notre manière de penser et d’imaginer l'économie.

C'est pourquoi je vous ai soumis un projet dont vous pourrez trouver les points principaux résumés sur le document devant vous.

Les dignitaires présents ouvraient chacun le dossier noir posé devant eux. Immédiatement, Elza Burka s'exclama.

Elza Burka : C'est du communisme ! Vous avez perdu la tête !

Jakob Levington : Personne ne perdra sa propriété et verra son droit à la libre-entreprise compromis pendant le processus. Même, les acteurs concernés seront très certainement heureux de pouvoir céder des actifs ayant perdu la plus part de leur valeur. Le projet est donc parfaitement conforme à la Charte fondamentale de notre pays.

Elza Burka : Ce n'est pas une question de légalité, mais de principe ! Vous voulez avec votre projet transformer notre pays en une république populaire! Jamais le Parti libéral n’acceptera cela. Monsieur le Premier Citoyen, si vous acceptez même d'entrer en matière sur cette folie ahurissante, je devrais vous présenter ma démission.

Geert Spoelder : Vous êtes libre de quitter mon gouvernement. Vous savez très pertinemment que je ne marche pas au chantage.

Le chef d’État lut avec attention la première page du dossier.

Geert Spoelder :
Ne nous leurrons pas. Tous ici savent que le Weltkrieg allait changer à jamais la face de notre pays, peut-être même du monde. Levington a raison sur une chose essentielle, notre économie est morte. Les chiffres de croissance peuvent faire croire le contraire, mais nous ne pourrons pas nous épargner une réforme radicale. Et puis, nous pouvons toujours amender certains aspects du Plan.

Elza Burka se leva furieusement.

Elza Burka : Vous êtes fou ! Jamais cela ne passera par le Congrès ! Jamais ! Le Parti libéral votera en bloc contre ! Les quelques astuces d'Osana ne vous aideront pas cette fois-ci !

Resté silencieux pendant toute la première partie de la réunion, le Haut-Commissaire aux Affaires étrangères intervient enfin.

Pieter Osana : Le Parti Libéral n'a pas la majorité dans les deux chambres et puis, au pire, le Gouvernement laissera alors le Parti libéral endosser la responsabilité du cataclysme économique à venir. Le mouvement sera alors éradiqué aux prochaines élections, évènement qu'on pourra faire anticiper sous la justification du chaos ambiant.

Elza Burka :
Comment pouvez-vous dire une chose pareille ! Vous êtes un libéral comme moi ! Vous savez comment l'Amarantie et le Lianwa réagiront !

Pieter Osana : Soyons francs, Elza. Nous sommes arrivés au bout du chemin. C'était amusant de jouer à la république tropicale pendant quelques années, mais notre pays doit désormais endosser le rôle qui est le sien. Pour ce qui concerne l'Amarantie et le Lianwa, ils ont tiré les premiers et nous avons tenté la manière douce ; désormais il faut sortir la massue. Le fait que les banques du Lianwa vont endosser un trou de douze milliards n'est pas notre problème. Nous sommes à vrai dire désormais tellement déconnectés du marché mondial que nous pouvons faire tomber les obligations avec un minimum de répercussion pour nous. Le Lianwa affirme d’être une grande puissance, ils devraient donc pouvoir gérer les 14 milliards de perte de l’EFO et les 12 milliards du Vryheid. Nous pourrons ainsi admirer le génie de leurs dirigeants qui ont pensé sage de tenter de voler notre or.

Posté : mar. janv. 23, 2018 10:40 am
par Amaski
[bask][center]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 4 : Aleka delenda est -[/bask]

[img]http://www.villaspeople.com/images/south-africa_teaserimg.jpg[/img][/center]
Le Premier Citoyen Spoelder, Pieter Osana et Niklas Werhen, responsable de la Sécurité Intérieure s'étaient réunis dans une des salles de travail du Palais Présidentiel, hors agenda bien évidemment. Le sujet qui était à l'ordre du jour inexistant était tout particulièrement délicat, à savoir les opérations secrètes de la Sécurité Intérieure et de l'Unité 66 en Algarbe du Sud.

Après la première tentative génocidaire du Gouvernement alekan, le Vryheid avait envoyé la Sécurité Intérieure sur place pour surveiller de très près la situation. On ne croyait pas vraiment dans les bonnes intentions de Grûnalia. S'ils avaient tenté une première purge ethnique, on devait imaginer qu'une seconde pourrait avoir lieu dans un avenir plus ou moins proche. Avec la famine au Zuloland, on avait fini par suspecter à Vry Haven que le Gouvernement alekan tentait de « finir le boulot » que la première tentative avait échoué à réaliser suite à des suspicions émergeantes au niveau international. On ne croyait pas vraiment dans l'idée de juste quelques difficultés dans des régions reculées du pays.

C'est pourquoi plusieurs membres de l'Unité 66 avaient été déployés secrètement au Zuloland dont un agent venait d'être attrapé par les autorités de la Confédération de l'Algarbe du Sud. C'était une situation bien fâcheuse, mais le véritable problème était autre part : on avait désormais des indications plus que claires que le Gouvernement alekan mijotait une nouvelle purge ethnique sur son territoire. Niklas Werhen était entra de faire le résumé des données récoltées par les services secrets à ce sujet.


Niklas Werhen : Selon nos derniers rapports, le Zuloland est en plein chaos. Les magasins sont vides et on compte des milliers de morts de la faim ; sans parler des émeutes générés par la famine et d'une criminalité hors de contrôle. Les autorités alekanes ont fait un assez bon travail pour camoufler la famine, mais apparemment l'information devrait bientôt éclater au grand jour.

Malheureusement, les dégâts sont déjà énormes. Nous avons aussi plusieurs indications que le Gouvernement de la Confédération a tenté de dissuader l'arrivée de l'aide internationale sur place. Même, nous suspectons qu'ils ont vidé les stocks de nourriture pour ravitailler les villes côtières. Nous devons hélas présupposer que les autorités alekanes ont repris goût à leur sport favori : le nettoyage ethnique. Le Weltkrieg et la crise successive servent de parfaite couverture pour cette opération.

Geert Spoelder se tenait assis dans un fauteuil en cuir noir. Il n'était hélas pas surpris par la nouvelle. Si son opinion sur les Boers alekanes était mauvaise à la base, elle venait d'empirer encore davantage en écoutant le résumé de Werhen. Le Gouvernement alekan était décidément d'une méchanceté incorrigible. Il se tourna ainsi vers Osana et lui demanda.

Geert Spoelder : Que suggérez-vous ?

Ce que le Haut-Commissaire s'apprêta à dire allait choquer tout le monde, lui qui était coutumier des paroles sages et de la quête du meilleur compromis.

Pieter Osana : Le Gouvernement du Vryheid a couvert le premier génocide sous condition que les Alekans rentrent dans les rangs. Ils ne l'ont pas fait. Nous avons tenté la méthode douce avec eux. Il est désormais nécessaire de faire usage de la force. Je vous propose d'envisager de faire la guerre à la Confédération de l'Algarbe du Sud et en mettre un terme à cet état.

Werhen, choqué, déclara.

Niklas Werhen : Cela me semble être un peu extrême. Nous venons de sortir d'un conflit et de surplus, du côté des Alekans !

Pieter Osana : L'Algarbe du Sud est un état dont les élites sont fondamentalement criminelles. On a perdu des milliers de nos soldats et civils pour défendre leur souveraineté. Le résultat est qu'à la première occasion, ils laissent mourir les habitants du Zuloland sans faire aucun effort en leur faveur et en cherchant à empirer la situation.

Je pense que leur message est très clair. Ils veuillent se débarrasser des Noirs et je considère que la voie diplomatique est désormais épuisée. Il y a des moments où il faut choisir : peut-on négocier avec un chien enragé ou pas ? La réponse est non. Comprenez-moi bien, je ne propose pas d'envoyer une déclaration de guerre et d'engager des combats navals demain ; mais d'envoyer le matériel et les soldats nécessaires pour une rébellion des territoires noirs contre la Confédération. Nous avons largement les moyens pour le faire. Et une fois la rébellion réussie, nous proposerons aux territoires d’unifier l'Algarbe du Sud noire. Cela sera la fin logique de la Guerre civile. Nous nous sommes rebellés en début du siècle contre leur tyrannie, désormais le temps est venu de briser le joug et d'instaurer le premier état noir souverain sur le continent post-colonial.

Niklas Werhen : La Britonnie risque de s'y opposer...

Pieter Osana : L'Empire britonnique est financée par nos banques. Les Rothshilds tiennent les principaux états de l'UPO par le crédit. En plus, il y a toujours un moyen de dialoguer avec Lanfair. L'Aleka est un boulet diplomatique pour eux, une source de difficulté et même une des causes du Weltkrieg.

Et puis, vous pensez que les pays de la Coalition hésiteront une seconde à profiter de l'occasion de casser l'UPO en mettant le Vryheid dans leur poche ? Et on a largement quoi nous faire respecter. Si la guerre doit avoir lieu, on la gagnera. La Confédération de l'Algarbe du Sud a juste évité le pire car nous avons suffisamment retardé la flotte de la Coalition pour que l'effet d'entropie l'emporte sur leur alliance.

C'est alors que le chef d'Etat reprit la parole, mettant un terme à l'échange musclé entre Osana et Werhen.

Geert Spoelder : Il ne fait pas de doute que les Alekans ne veuillent pas une coexistence pacifique avec nos frères et sœurs. Notre Gouvernement a beaucoup fait pour protéger la Confédération de l'Algarbe du Sud, mais nos efforts n'ont pas eu les effets escomptés. Je suis donc d'accord avec Osana. Il nous faut une approche bien plus agressive. Pour commencer, nous devons récupérer notre agent entre les mains alekanes. Ça sera aussi une occasion de leur faire comprendre que nous n'avons aucune intention de les laisser faire.

Pour la suite, restons réalistes. Un soulèvement des Noirs en Aleka est une tâche complexe et surtout dangereuse. Nous devrons préparer cela avec beaucoup de prudence et surtout, il nous faudra des alliés. Je suppose que nous pourrions convaincre l'Aminavie de nous aider ? Peut-être même l'Hachémanie ?

Pieter Osana : Très probablement, mais ça ne sera pas suffisant. Le souci est que le Txile et l'Amarantie nous boudent. Un coup de pouce de leur part aurait été extrêmement avantageux, surtout pour tenir la Britonnie sous contrôle.

Geert Spoelder : On fera alors sans eux. Une fois que nous avons l'agent de retour chez nous ; nous devrons réussir à infiltrer nourriture et armes en grande quantité au Zuloland. Peut-être même quelques bataillons armés de l'Unité 66.

Je veux, Monsieur Werhen, que vous mettiez tout cela en œuvre. Aussi, préparez nos forces armées en cas où l'affaire dégénère. Nous ne pourrons plus reculer vu les enjeux. Nous nous dirigeons vers ce qui peut être qualifié de véritable Clash of Civilisations. Ce sera soit les Noirs soit les Boers qui l'emporteront dans la lutte à venir.

Niklas Werhen : Ce sera fait selon vos ordres, Monsieur le Premier Citoyen.

Les trois hommes mirent alors un terme à la conférence.

Posté : lun. févr. 19, 2018 9:53 am
par Amaski
[center][bask]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 5 : Le complot d'Aertsen -[/bask]

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/08/1/1519033977-america-1519033965-55776.jpg[/img][/center]
Le campus de l'Université de Vry Haven était couvert de tentes militaires ; illuminés par des milliers de lampadaires et animés par des dizaines de milliers de refugies venus du continent. Les organisations humanitaires avaient constitué les premiers centres sanitaires et des cantines mises en place avec hâte. Le labeur était intense et chaque jour des milliers de nouveaux réfugies affluaient ; mais les autorités étaient satisfaites. Le simple fait qu'on ait pu arriver à mettre sur pied des camps de refugies dans l'ordre était une grande prouesse surtout en vue de l'état du pays. Le Gouvernement avait pu compter avec des nombreux soutiens du secteur privé et tout particulièrement des communautés religieuses qui accomplissaient un travail titanesque. Sans les volontaires venus des paroisses et des associations; il n’aurait jamais pu être possible d'arriver à tout mettre en place si rapidement et à assurer le bon fonctionnement des premières installations. La sécurité était assurée par des recrues de l'Armée et quelques troupes aguerries. C'était une bonne manière de les « rentabiliser » en vue de leur grand nombre et aussi une méthode efficace pour éviter l'émergence de bagarres et de trafic illicite dans le sein de ces structures d'accueil. On ne pouvait pas demander mieux en vue des circonstances.

Au sein des bâtiments de l’université avaient été aménagés des chambres et des appartements pour les réfugies de marque. Cela concernait surtout les familles royales ; les évêques et dignitaires religieux de tout type. Également, beaucoup d’œuvres d'arts et de livres avaient été amenés et entreposés dans les gymnases et bibliothèques ; certains étant déjà entra d'être traités par des conservateurs de musée, car ayant souffert de l'humidité de la traversé et des aléas de l’exode. L'art africain était un art de bois et de matériaux sensibles à l'eau ; il ne fallait donc pas perdre du temps, car l'évacuation n'était pas seulement celle d'un peuple, mais de tout son héritage historique. Il n'y avait pas un doute sur le fait que les troupes alekanes allaient tenter de brûler et détruire tous les objets d'art traditionnel des bantoues. Ici, ils étaient en sécurité, loin de la sauvagerie des Boers.

Thamsanqa se tenait en présence du sénateur Aertsen dans ce qui avait été il y a peu le bureau d'un professeur de chaire. Ce n'était pas vraiment spacieux, mais le lit de camp faisait largement l'affaire aux yeux du jeune prince zoulou. La situation était plus ardue du côté des princesses qui n'hésitaient pas à protester de ces « conditions misérables » parce qu'elles devaient partager à deux des chambres. En tant que benjamin de la fratrie royale, Thamsanqa avait depuis longtemps appris la vertu de la modestie et du partage. Il avait même été surpris de l’égard que les autorités vryes portaient à l'encontre de la famille de l'empereur zoulou. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que cette générosité n'était pas entièrement gratuite, surtout les aménagements qu'on lui portait à sa personne. En quoi des gens qui disaient vivre dans une république pouvaient gagner à héberger la famille d'un monarque en pleine guerre avec un pays voisin ?

Daruk s'adressa au prince avec une déférence que peu de gens auraient cru l'homme capable.

« Est-ce que tout est à la convenance de Votre Altesse ? »

Daruk avait souligné les deux derniers mots comme s'il espérait leur donner une importance particulière. L'instinct de Thamsanqa se réveilla immédiatement, sentant que le militaire et sénateur devait avoir quelque chose dans la tête. En quoi est-ce que cela pouvait consister ? Il avait vécu trop longtemps près de la cour royale ; qui en ce sens se distinguait peu des autres cours du monde ; pour ne pas reconnaître le dangereux poison qu'était la flatterie. Il devait être prudent, plus que d'habituelle. C'est ainsi qu'il répliqua.

« Tout est parfait. Nous ne pouvons que vous remerciez de votre générosité. Il est surprenant que nous ayons pu jouir de tant d'égards. »

Il venait de désormais mettre un pied dans l'eau trouble des intentions d’Aertsen. Il espérait de ne pas le regretter. Le sénateur sourit et dit tout simplement.

« Vous êtes très importants pour nous. »

Thamsanqa comprit que le militaire acceptait de jouer le jeu. Il répondit alors.

« Ah ? »

C'était un mot tout simple, mais d'une grande puissance. Il venait d'ouvrir une porte qu'Aertsen désirait visiblement franchir. C'est ainsi que le sénateur fit son mouvement. Tous les deux hommes savaient qu'ils venaient d'accepter, d'un accord mutuel, à accomplir une danse politique plus ancienne que le monde. Combien d'information est-ce qu'Aertsen révélerait ? Et est-ce que le prince zoulou pouvait faire confiance au sénateur ?

« Notre pays a besoin d'un renouveau, même d'une restauration. La République, quel que soient les discours de nos politiciens, n'a jamais eu vocation d'être éternelle. Elle fut toujours pensée, du premier jour de sa conception, comme l'outil pour une Cause suprême ; pour un avenir meilleur pour tous les Noirs de l'Algarbe australe. Pourquoi croyez-vous que nous ayons tellement de temps pas conçu de constitution ? Le Vryheid fut toujours un cri, un appel ; une idée. La liberté, voilà le vrai nom de notre contrée. Nos structures devaient satisfaire la Cause suprême et aujourd'hui, nous constatons que celle-ci ont besoin d'une révision. »

Aertsen fit une pause, observant Thamsanqa. Ce dernier savait ce qu'il devait faire. Le jeu lui était si familier. Il fit un léger sourire. Rien de plus, mais suffisant à dire à Aertsen qu'il était avec lui ; qu'il ne désapprouvait pas ses propos. Nul scandale. Nulle formule vague. Un simple sourire pour cimenter une complicité avec les propos presque hérétiques du sénateur. Ce dernier, voyant d'avoir avec Thamsanqa un potentiel allié, continua.

« Nous allons assister à l'afflux de trois millions de Bantoues. Cela fera à la fin un quart de notre population. Des millions de gens qui ont jamais voté pour les membres du Congrès ; jamais vécu sous la République et qui n'ont pour seule référence politique que votre famille. Certains pourraient affirmer que c'est une masse de gens prête à faire une révolution ou du moins à servir les desseins des partis populistes. C'est pourquoi, nous ne pourrons pas nous épargner le luxe de revoir notre manière de vivre. »

Il marqua une pause afin d'ensuite passer à la partie la plus particulière et même iconoclaste.

« Beaucoup chez les nationalistes et les libéraux pensent que la République du Vryheid est un échec. L'économie marche au ralenti ; nos caisses sont vides et les finances publiques ruinées par le Weltkrieg ; et nous allons voir la population augmenter d'un tiers. Les institutions républicaines sont meurtries. C'est pourquoi il nous faudra des solutions radicales.

L'idée d'un Premier Citoyen détaché du Congrès ne marche pas. Le Gouvernement est paralysé par le fait de ne pas pouvoir réunir des majorités et donc est forcé à des obscures tractations. Nous manquons aussi d'une autorité morale qui assure que celui qui dirige l’Exécutif ne se prenne pas pour un nouveau César. Pour assurer la liberté et l'unité de notre contrée ; il nous fait une réforme en profondeur.

Et c'est là où Votre Altesse peut faire la différence. En transférant la monarchie zoulou vers notre pays ; nous créerons une autorité morale capable d'empêcher la tyrannie. En somme, nous constituerons une monarchie constitutionnelle où le pouvoir exécutif est divisé entre un chef d'Etat et un chef de Gouvernement élu par le Congrès. La charte actuelle servira de fondation ; maintenant l'esprit libertaire ; mais en le protégeant avec des institutions solides ; unissant tradition et parlementarisme.

La monarchie sera un repère pour les réfugiés et une assurance pour ceux qui ont vu des hommes acquérir un pouvoir trop grand sur les affaires exécutives. Le chef de Gouvernement nommé par le Congrès représentera une garantie d'efficacité gouvernementale indispensable pour nous. Ainsi émergera une nouvelle res publica, une nation assise sur des fondations solides pour affronter des défis majeurs. »


Thamsanqa acquiesça d'un mouvement de tête, ne disant rien de plus, sachant que la présente révélation était de nature compromettante et même dangereuse. Il venait d’apprendre un projet qu’Aertsen avait commencé à planifier dès le premier jour de sa nomination comme dictateur. Le prince zoulou ignorait toutefois l’ampleur du mécanisme qu’avait mis en œuvre Daruk Aertsen.

Posté : mar. févr. 20, 2018 6:15 pm
par Amaski
[center][bask]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 6 : La tempête alekane -[/bask]

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C'était tard dans la nuit. Daruk Aertsen, Geert Spoelder et Pieter Osana étaient tous les trois rassemblés dans le bureau du Premier Citoyen dans le cadre d’une réunion de crise officieuse. Les rapports depuis l'Aleka indiquaient d'heure en heure l'avancée du coup d’État et la prise en main du pays par une junte militaire. Il ne faisait désormais plus de doute que la Confédération de l'Algarbe du Sud était entra d'assumer la nature répressive de son régime et de se convertir en une dictature qui ne disait pas le nom sous le commandement d'un général. Bien évidemment, la Britonnie n'avait fait que des réactions timides, incapables de s'imposer et contenir la situation entra de se développer dans les territoires de l'Algarbe du Sud.

Geert Spoelder était assis dans son fauteuil derrière son bureau en chêne. Aertsen et Osana pour leur part étaient debout au centre de la chambre. Les trois protagonistes étaient nerveux, conscients que la situation géopolitique était entra de s'aggraver encore davantage, peut-être même au point d'aboutir sur un conflit ouvert entre l'Aleka et le Vryheid. Geert Spoelder prit ainsi la parole.

« Quelle est la situation actuelle ? »

Osana entama de faire son rapport.

« Un certain Florian de Klerk s'est emparé du pouvoir dans la Confédération. Nous savons que les autorités légitimes n'ont pas vraiment offert une sérieuse résistance face au coup d’État. On peut donc estimer qu'il aura le contrôle entier du pays dans les 72 heures à venir, ce qui nous donne une petite fenêtre de tir pour réagir, si l'expression est permise dans ce contexte. Nous devons profiter de ce petit répit pour accélérer l'évacuation et aussi régler nos soucis internes. »

« Soucis internes ? » demanda Spoelder. Le chef d’Etat avait déjà sa petite idée de quoi Osana parlait, mais il voulait l'entendre de la bouche des responsables en question, tout particulièrement de la part d'Aertsen. Ce dernier ne manqua pas à l'appel.

« Notre pays est confronté à une paralysie politique majeure. Et ne parlons pas du fait que nous allons devoir intégrer trois millions de frères et de sœurs très rapidement ou craindre le risque d'une guerre civile chez nous. Toutefois, je pense que vous connaissez déjà la position de la Sainte Alliance à ce sujet. »

Spoelder avait reçu la proposition à travers d’une feuille de travail qui voulait revoir la charte fondamentale. Le projet de réforme de la Sainte Alliance, la coalition parlementaire des nationalistes et libéraux, ne manquait pas d'aplomb. Il ne prévoyait rien de moins que de transformer le pays en une monarchie parlementaire. Rien que cela ! Spoelder répondit.

« En somme, vous voulez vous débarrasser de moi ? Si le Congrès élit le Premier Citoyen, je peux m'attendre à être remplacé dans deux semaines ? »


Aertsen répondit immédiatement.

« Aucunement. C'est bien loin de notre intention. Si nos partis ont des différences idéologiques notables, nous désirons avant tout le retour à un gouvernement opérationnel et capable de faire face aux crises. La réforme faite, nos deux partis soutiendront votre gouvernement pendant toute la durée restante de votre mandat. Bien évidemment, le soutien se limitera aux objets les moins clivant et moins susceptibles de déséquilibrer le pays. Toutefois, vous aurez l’opportunité d'imposer des politiques pour lesquelles vous aurez dans aucun scénario pu réunir des majorités sans l'appui de nos deux partis. Votre mandat fini, vote successeur sera nommé par le Congrès comme prévu par la constitution future. Nous aurons ainsi accompli une correction urgente de la charte sans toutefois mettre en question la légitimité du vote populaire en votre faveur. »

Osana ajouta avec calme.

« La vérité est que nous savons tous que la charte, très ambitieuse, n'est pas apte à faire face à la réalité de notre époque. Un pays peut se permettre le luxe d'un blocage institutionnel si l'environnement géopolitique est stable, mais cela n'est pas notre cas. Nous avons besoin de gouvernements aptes à pouvoir faire voter des lois. Aussi, nous ne pouvons pas nier que notre contrée est trop jeune et ses institutions trop récentes pour ignorer qu'elles n'ont jamais eu une unanimité derrière elles. Beaucoup ont vécu plus de temps avec les monarchies bantoues en arrière-fond que dans les institutions républicaines actuelles. Même, j'ose affirmer que le républicanisme dans notre pays est un phénomène élitiste. Le marchand au coin de la rue s'enfiche des idées républicaines. Il veut que le Gouvernement soit stable et efficace. Et en ce qui concerne les refugies, nous savons qu'ils n'ont aucun lien affectif avec le Congrès et votre Gouvernement.

En conséquence,, nous avons donc besoin d'unifier le pays à travers d'une figure traditionnelle et il n'a pas trente-six options disponibles. Nous devons recourir à la monarchie algarbienne pour sauvegarder les valeurs essentielles de la charte. Heureusement, nos services ont pu évacuer plusieurs éléments clés de la famille royale zouloue. Nous avons donc le moyen de faire introniser un roi qui soit par son sang pleinement légitime aux yeux des refugies bantoues et aussi qui par son éducation saura respecter le contrat qu'il signera avec les autres pouvoirs du pays. Nous ne parlons pas de restaurer la monarchie absolue, mais d'avoir une figure non-partisane qui protège la constitution de tout successeur à votre personne qui pourrait prendre goût au pouvoir et tenter, comme il arrive actuellement en Aleka, de s'emparer de l’Etat en désarmant le Congrès.

Et il y a un dernier point, mais qui doit rester confidentiel. Une translatio rege de l'Aleka vers le Vryheid nous permettra de casser une fois pour toutes les potentielles revendications de la Britonnie sur nous. En nommant un roi selon la coutume zouloue pour notre contrée, nous fermerons à jamais la porte à un retour symbolique dans l'Empire britonnique. Il n'est pas nécessaire de rappeler que la Britonnie s'est avéré absolument incapable de protéger nos intérêts et empêcher les dérives ayant actuellement lieu en Aleka. »


Geert Spoelder avait écouté le discours avec beaucoup d'attention. Osana était un homme convaincant et le fait qu'il se range derrière l'initiative le rassurait, car il se méfiait à mort d'Aertsen. Ce dernier avait goûté au pouvoir absolu et même s'il s'était retiré rapidement et volontairement ; mettant fin à la dictature ; on ne pouvait jamais avoir entièrement confiance en quelqu'un ayant potentiellement pris goût à la drogue qu'est le pouvoir absolu et sans restriction. Il laissa quelques instants passer, ayant déjà pris sa décision, mais n'ayant pas envie de paraître trop facilement convaincu. Il laissa encore une minute passer avant d’annoncer.

« Bien, vous pourrez donc compter avec mon soutien pour la réforme. En combien de temps vous pouvez la faire passer ? »

Aertsen lâcha.

« On peut la faire en quelques heures, surtout si on rameute les membres du Congrès assez rapidement. Toutefois, pour être sûr, je pense qu'il serait bien d'au moins le faire en pas moins de 48 heures, afin de ne pas donner l'impression que nous sommes en panique. »

« Ne le sommes-nous pas ? » dit Spoelder avec un léger ton sarcastique.

« Nous le sommes, mais nos ennemis n'ont pas besoin de le savoir ; du moins nous pouvons tenter de les faire douter suffisant pour nous assurer d'avoir un certaine avantage en vue de la lutte à venir. Si on peut dire une chose au sujet de Florian de Klerk est qu'il n'a aucun sentiment amical à note encontre. »

Posté : jeu. févr. 22, 2018 3:29 pm
par Amaski
[center][bask]CONTES DE LA REPUBLIQUE DU VRYHEID

- Chapitre 7 : Alea jacta est -[/bask]

[img]https://image.noelshack.com/fichiers/2018/08/4/1519313343-senate-750x400-1519313315-69222.jpg[/img][/center]
La salle plénière était inondée par un vacarme général, généré par les centaines de parlementaires qui avaient été convoqué en urgence pour cette séance extraordinaire. C'était trois heures du matin et les dernières nouvelles depuis l'Aleka n’étaient pas bonnes, du moins du côté diplomatique. Florian de Klerk était entra de finaliser sa mainmise sur le pays et l'homme s'était révélé comme un ennemi acharné du Vryheid. Il n'y avait désormais plus de place pour l'illusion qu'on pourrait négocier avec un personnage pareil, un militaire obsédé par la destruction de la civilisation noire et voyant dans le Vryheid un ennemi mortel. Peut-être que cela était une bonne chose. Maintenant que les masques tombaient, on pouvait enfin réagir avec plus de détermination à l'encontre de la patrie de l'Apartheid.

Spoelder et les membres du Gouvernement étaient assis dans la première rangée de l’hémicycle. Le Premier Citoyen était visiblement mal à l'aise et il y avait matière à cela. Le Commonwealth britonnique venait en quelques heures de s'écrouler sans un seul éloge funèbre et avec une facilité et simplicité effrayante. L'UPO était dans la tourmente et on devait se poser la question combien de temps l'Union et donc la stabilité géopolitique apportée par elle, pouvait encore tenir face aux évolutions dans les territoires alekans.

Malheureusement, le Vryheid n'avait pas la capacité de changer ce qui était désormais la nouvelle réalité régionale. La seule chose qui était réalisable, consistait à préparer le pays à un conflit frontal avec l'Aleka et sauver tous ce qui pouvait être protegé des intentions malignes du nouvel homme fort de la Confédération de l'Algarbe du Sud.

Le projet de réforme qui devait être débattu durant cette séance n'allait pas de soi. Il fallait pour la faire approuver au moins trois-quarts des voix du Congrès, une chose qui nécessitait un large consensus et une capacité à faire taire les partis de gauche qui étaient tous remontés contre l'idée de voter la création d'une monarchie parlementaire sur l'archipel. Il fallait arriver à réunir pas moins de 495 voix durant cette nuit, un score particulièrement élevé en vue des circonstances extraordinaires et la nature clivant de la réforme constitutionnelle proposée. Toutefois, si le Parti libéral, le Parti panalgarbien et le Parti nationaliste tenaient tous les rangs, le projet pouvait passer la rampe. Resterait par la suite à éviter que le Premier Citoyen mette son veto sur la réforme.

Le brouhaha ne cessant pas, le Président de l'Assemblée fit un rappel à l'ordre sans être entendu. C'est alors qu'on fit passer le service de sécurité à travers de la salle, forçant les différents groupes à prendre place et à cesser de se hurler dessus. C'étaient surtout les membres du Parti du Progrès et du Parti syndicaliste qui étaient les plus agités, criant au coup d’État et à la tyrannie face à l'idée de discuter d'une réforme de la constitution. La séance n'allait de toute évidence pas être facile. Quand un peu d'ordre était finalement revenu, le Président de l'Assemblée invita Pieter Osana à s'avancer afin de présenter le projet de loi face à une salle où transpirait l'inquiétude. Certains parlementaires avaient leurs regards fixés sur les téléphones, suivant les nouvelles internationales en lien avec les derniers développements en Aleka.

Osana arriva enfin au pupitre, voyant des centaines de regards fixés sur lui et à gauche de l’hémicycle des poings agités à son encontre. Il souriait. Les socialistes étaient terriblement prévisibles.

« Mesdames, Messieurs,

Nous n'avons pas besoin d'affirmer ce qui est évident pour nous tous. La Confédération de l'Algarbe du Sud est tombée entre les mains d'un tyran dont les ambitions racistes ne sont un secret pour personne. Face à cette menace existentielle, nous devons préparer notre contrée à un combat difficile et qui pourra durer des années.

Ne nous leurrons pas. L'Aleka n'a jamais été autre chose qu'une source de grand souci et les précédents gouvernements ont certainement pêché par naïveté quand ils pensaient que soutenir cet état aurait pu avoir des effets bénéfiques et même aboutir à dissoudre l'Apartheid. Nous avons eu collectivement tort et l'Histoire nous enseigne que le Vryheid aurait probablement mieux fait d'appuyer la Coalition durant le Weltkrieg contre l’Aleka. Toutefois, ce qui est fait est fait. Nous ne pouvons pas changer le passé. »


La salle semblait se calmer, même une ressemblance de silence s'installait dans l’hémicycle, interrompue uniquement par la voix d'Osana.

« Pour affronter ces défis, nous avons besoin d'un Gouvernement qui puisse agir. Hélas, nous voyons avec l'Aleka qu'un exécutif entre les mains d'un seul homme est un danger majeur pour la démocratie. C'est pourquoi nous proposons une réforme qui apportera trois grandes améliorations à la charte fondamentale du pays. Ce sont avant tout des changements techniques ; nulle liberté et nul droit sera remis en cause.

La fonction du Premier Citoyen devait incarner un acte démocratique, mais nous avons constaté qu'un chef d’État élu par la population n'est pas forcément dans la possibilité d'unir la branche législative derrière lui. C'est pourquoi nous considérons comme primordial à ce que le Premier Citoyen soit élu par le Parlement. Cela permettra de forcer la création des coalitions parlementaires nécessaires pour avoir un gouvernement apte à faire passer des lois et à agir contre les menaces.

Conscient que cela représente un recul sur le plan du droit de la population à décider sur le gouvernement de la contrée, nous avons jugé qu'il est nécessaire de créer un autre outil. Celui-ci sera plus efficace et capable de non seulement compenser ce qui est perdu par la modification de la méthode de nomination du Premier Citoyen ; mais également d'augmenter les droits démocratiques de la population dans leur globalité.

C'est pour cette raison que la réforme introduit un droit de référendum sur les principales lois votées par le Congrès pour le peuple. De cette manière, l’exercice du pouvoir ne pourra pas se faire de la part du Congrès sans le consensus de la population entière. L’électorat pourra également constituer des initiatives avec le but de constituer une nouvelle législation ou en modifier une présente. Ce qui est donc perdu du côté du processus de nomination du Premier Citoyen est compensé et augmenté par la participation directe du peuple à l’exercice de l'autorité.

Toutefois, cela n'est pas suffisant pour garantir et stabiliser notre démocratie. Comme nous l'avons vu en Aleka, un homme peut aisément s'emparer du pouvoir exécutif et se transformer en un nouvel César quand les temps sont durs. Nous ne saurions permettre que même durant les heures les plus sombres, la liberté puisse périr sous les coups d'un tyran. Également, nous ne saurions continuer à renier les coutumes et traditions bantoues qui jadis avaient servi de base pour des empires s'étendant à travers le continent. Certains hurleront à l’infamie, mais je vous dis que le seul crime commis en cette enceinte est d'avoir cru que nous pourrions construire une nation en reniant nos propres racines.

Il ne peut pas avoir de modernité sans des traditions. Il ne peut pas avoir de sécurité tant que le pouvoir exécutif est réuni dans les mains d'une seule personne. C'est pourquoi la réforme vise à transférer la Couronne zouloue de l'Aleka vers le Vryheid, confiant à l'empereur zoulou des prérogatives qui si ajoutés aux pouvoirs existants d'un Premier Citoyen seraient une menace pour la séparation des pouvoirs. Nous aurons ainsi deux têtes au sommet de l’État. L'une qui est l'émanation de la volonté du peuple et une qui est l’incarnation de la tradition et la coutume. La royauté nous donnera la stabilité dans les temps les plus troubles pendant que la magistrature exprimera la volonté du peuple dignement. Ainsi, nul populiste ne saura se faire César et nous assisterons à la cohabitation de la coutume et de la démocratie dans une symbiose protectrice et mutuellement bénéfique. »


Les socialistes se mirent immédiatement à hurler et à protester comme des animaux, lançant les pires injures. Osana ne dit rien de plus. Il avait fait exprès de mentionner la question de la monarchie en dernier, sachant pertinemment comment l'aile gauche du Congrès réagirait. Il s'éloigna ainsi du pupitre, permettant au Président de l'Assemblée d'engager la procédure de vote après une dizaine de minutes de rappel à l’ordre.

Alae jacta est, comme diraient les Anciens.

Posté : lun. avr. 30, 2018 10:40 pm
par Amaski
[center][bask]CONTES DU ROYAUME DU VURUJUD

- Chapitre 8 : Le cardinal et le vautour -[/bask]

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Cardinal Lucius se tenait débout face à Jonas Wetternich, représentant officiel de la Banque Rothshild. C'était une rencontre qui était bien évidemment tenue sous le sceau de l'étroite confidentialité. Il était impensable qu'un dignitaire de l’Église catholique puisse officiellement interagir avec un banquier hérétique, du surcroît quand la famille en question était connue pour son militantisme politique et religieux. Néanmoins, au-delà du besoin de garder les apparences, la vérité était que le monde avait bien changé. Peut-être trop, mais c'était un fait contre lequel on ne pouvait désormais plus rien faire.

Cette rencontre entre Lucius et le porte-parole des Rothshilds était une nécessité. La mort du pape Aurélien, un souverain pontife absent et incapable, ouvrait la voie à une compétition féroce entre les principaux dignitaires de la Curie. Bien évidemment, les intérêts des états étaient primordiaux dans cette lutte. Chaque chef d’État catholique aspirait à voir un de ses cardinaux devenir pape et les plus infâmes marchandages étaient conduits dans les coulisses. On n'était pas loin de l'époque de la Renaissance et de la simonie à grande échelle, une pratique peu glorieuses pour l'Eglise. Dans le cadre de l'écroulement de l'Empire britonnique, la question de savoir qui sera le prochain souverain pontife pouvait avoir un impact majeur sur l'avenir des états périphérique de l'Empire.

Au centre de l'échiquier politique actuel se trouvaient non seulement les Rothshilds et le cardinal Lucius, mais aussi les Van Tarnos. Baelgon Van Tarnos avait marqué un grand coup en réussissant à mettre son fils cadet sur le trône thorvalien et les rumeurs couraient que le vieux patriarche n'avait pas l'intention de se contenter que de cela. Dans les cercles les plus restreints du pouvoir, on murmurait que Baelgon préparait un nouveau coup. Le vieux lion aspirerait à rien d'autre que de pousser son fils ainé, actuellement dans les ordres auprès des dominicains, en direction du trône pontifical. C'était une prétention absurde de la part d'un homme qui était en vérité rien d'autre qu'un vendeur de poisson titré. Néanmoins, Baelgon Van Tarnos était un homme non seulement ambitieux, mais très riche, faisant revenir toute la question à la tendance de l'Eglise à succomber à la simonie.

Le cardinal Lucius dit alors au représentant de la Banque Rothshild.

« Je pense que vous savez quelle est la raison de cette entrevue ? Il semble que le vieux Baelgon ait entamé des démarches pour rallier les cardinaux thorvaliens en faveur de son fils. On prétend même qu'il aurait abordé plusieurs cardinaux du Montalvo. Cette situation est des plus préoccupantes, surtout en vue du pouvoir que cela pourrait potentiellement offrir à cet homme. »

Jonas Wetternich était moins inquiété par cette perspective. Pour lui, le nom du prochain pape n'était pas une question centrale. Bien au contraire, quel que soit le prochain souverain pontife, celui-ci aurait besoin de crédits pour financer les affaires de l’Église. Toutefois, le cardinal Lucius était un client important de l'institut de crédit vrye...comme Baelgon Van Tarnos. Ce que peu de gens savaient, c'est que Baelgon avait réussi le mariage avec la Reine du Thorval grâce à des crédits contractés auprès de la Banque Rothshild. On était donc soucieux à s'assurer que les Van Tarnos ne se mettent pas excessivement en danger. C’est pourquoi il répondit.

« Baelgon Van Tarnos est un homme très ambitieux, mais peu dangereux. On surestime beaucoup ses dernier succès. Le mariage avec la Reine du Thorval est une chose bien éphémère et ne durera pas une génération. En ce qui concerne la Papauté, ne nous leurrons pas, c'est un pape faible et incapable qui succédera à Aurélien. Certainement un cardinal progressiste qui causera mille scandales. Julien Van Tarnos n'a aucune chance, surtout qu'il n'a pas le caractère pour triompher dans cette épreuve. Il faut beaucoup de méchanceté et peu de foi pour devenir pape à notre époque. Seuls les plus vils arrivent à acquérir la majorité des cardinaux. Dire autre chose est parfaitement méconnaître la nature humaine et le fonctionnement de la Curie romaine. »

Le cardinal ignora les piques envoyées contre ses confrères et sa personne. Il se contenta de dire.

« Votre opinion sur la Curie vous appartient, mais l'affaire vous concerne très directement. Si Baelgon devient trop puissant, il pourra devenir un danger non seulement pour votre banque, mais aussi le Vurujud. Un pape et un roi, pensez-vous que Baelgon ne voudra pas mettre au profit cet extraordinaire avantage pour constituer un fief familial durable ? Le Vurujud semble être la cible parfaite pour une telle entreprise. Il n'est donc pas dans votre intérêt de soutenir Baelgon si ce dernier devrait venir demander de l'aide à votre banque. »

Le représentant Rothshild réfléchit quelques instants. A vrai dire, il n'y avait aucune raison pour la banque de s'inquiéter, mais de toute façon, cela ne coûterait rien à répondre à la demande du dignitaire religieux. On n'avait pas l'intention d'accorder des crédits pour une entreprise aussi risquée, surtout en vue des dettes déjà accumulées par la famille Van Tarnos.

« Nous pouvons nous abstenir de financer toute opération future de la part de Baelgon Van Tarnos visant à soutenir la candidature d'un de ses fils pour monter sur le trône de Saint-Pierre. » dit-il, choisissant chaque mot avec soin. « Après, nous doutons que cela vous soit d'une grande utilité. Arthur Van Tarnos est désormais Roi du Thorval et possède donc les moyens de trouver des financements dans le Royaume nordique, surtout si la Reine soutient le projet de faire pape un homme qui est proche de ses idées de l'Eglise. L'absence de candidature du Thorval à l'heure actuelle est une retenue très suspecte pour ce royaume qui est très chrétien et surtout très catholique. »

Lucius était satisfait de cette réponse. Certes, les Van Tarnos pourraient trouver de l'aide au Thorval, mais au moins l'accès à la banque Rothshild leur était désormais interdit. C'était un début. Désormais, il devait chercher à couper d'autres potentielles sources de revenu. Néanmoins, cela n'était pas une chose à négocier avec Jonas Wetternich. Soudainement, le cardinal fut interrompu dans ses méditations par le banquier.

« Monseigneur n'a-t-elle pas pensé à se sacrifier pour le bien de l'Eglise ? »

Le cardinal répliqua du tac au tac.

« Non, aucunement. Ma place n'est pas sur le trône de Saint-Pierre. J'ai d'autres missions et d’autres obligations. »

« L'Ordre vous a dissuadé ? » lâcha Jonas. Lucius fut interloqué. Comment pouvait-il savoir ? C'est alors qu'il comprit. Au final, c'était évident. L'Ordre n'aurait pas commis l'erreur de ne pas les inclure dans les plans de la Cause suprême. S'assurant que personne d’autres ne pouvait les écouter, le cardinal répliqua.

« On peut le dire ainsi. » Il attendit quelques secondes avant d'ajouter. « En vérité, l'avenir de la Papauté n'a que peu d'impact dans les plans de l'Ordre, mais l'ascension des Van Tarnos pourrait être une source d'ennui. Les oisillons prétendent que Morgenstern et Van Tarnos pourraient être proches, voire même très proches. »


« Morgenstern ? » lâcha surpris Jons Wetternich. Voilà une information à laquelle il n'avait pas été préparé. Cette idée semblait même absurde. Pourquoi le vieux Baelgon ferait affaire avec un chef de guerre, un roitelet terrorisant l'Aleka depuis les ilots du Détroit ? Lucius, voyant qu'il avait surpris son interlocuteur, rajouta.

« Alexander Morgenstern est un homme intelligent. Il sait que Baelgon est dévoré par l'ambition et donc susceptible à accepter n'importe quelle alliance pouvant lui promettre fortune et honneur pour sa famille. Et n'oublions pas une chose essentielle, le Gouvernement vrye est très faible et la monarchie une institution récente. Morgenstern est un cousin de premier degrés du Roi actuel, largement quoi cimenter une tentative de coup d'Etat. La vérité, Monsieur Wetternich, est que votre pays est confronté à des graves menaces. Ne nourrissez donc pas la bête qui pourrait vous être fatale sur le long terme. »