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Posté : jeu. août 03, 2017 3:53 pm
par Basileus1081
[center]Histoire du Vahagnastan[/center]


[center][img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/31/4/1501773970-livre-ouvert.jpg[/img][/center]


[center]Sommaire :

[aller=1]I. Âge de Bronze (-2900 jusqu'à -500)[/aller]
[aller=2]II. Antiquité (-500 jusqu'à 650)[/aller]
[aller=3]III. Moyen-âge (650 jusqu'à 1476)[/aller]
[aller=4]IV. Temp moderne (1476 jusqu'à 1801)[/aller]
[aller=5]V. Temp contemporain (1801 jusqu'à 2033)[/aller][/center]


[ancre=1]I. Âge de Bronze[/ancre]

L’âge de bronze fait son apparition très tôt en terre de Vahagn. Selon Takvor Barsamian, l’historien Vahagnastanais le plus célèbre de l’âge de Bronze, la première découverte de gisements et le travail du produit des premières extractions datent de moins 2900 avant J-C. La localisation de la première civilisation de l’âge de bronze ancien se localise dans le Taron avec pour cité mère l’antique place forte de Samosate. La civilisation Samosatienne a émergée sur la base d’un système palatial extrêmement centralisé. Des fonctionnaires royaux administraient l’ensemble de l’économie commerciale et artisanale, toute la cité était régie et centrée par et sur le Palais. Evidemment, progressivement des Palais annexes se sont développés au gré des expansions militaires. Les hommes de l’âge de bronze ancien forgent rapidement une culture guerrière, c’est la naissance des premiers combattants « blindés » de l’âge de bronze, usant du cheval comme moyen de locomotion et de la lance lourde et longue comme moyens de combat. Les chevaux, d’abord faibles, semblent avoir servit uniquement au transport des prestigieux guerriers, les hommes de troupes à pieds, fort nombreux et armés d’armes de second ordre portaient ou tractaient les armures complexes et très lourdes de ces puissants guerriers. Au fur et à mesure de l’âge de bronze ancien et surtout pendant l’âge de bronze moyen s’est développée une cavalerie lourde à part entière, visiblement plus démocratique avec une armure moins épaisse, du moins selon l’armure retrouvée dans la tombe 12 et les gravures et peintures retrouvées et des chevaux habilités au transport de combattants en armure et au choc frontal. En complément de la lance et de son usage au choc les cavaliers du Taron développent leur propre arc du fait de leur domination dans les plaines de l’Ani et la nécessité de palier la faiblesse de la masse de leurs combattants face à des armées plus homogènes. La bataille ayant eu lieu sur la terre d’Ani, le long du fleuve d’Hayk a propulsé le Taron comme puissance dominante, des montagnes d’occident à celles d’orient. La mort de la civilisation de Samosate coïncide avec de multiples traces d’incendies et de dépôts volcaniques, certainement le fruit d’une catastrophe naturelle. En effet de nombreux sols gardent la mémoire, en leurs profondeurs, des Palais (actuellement deux) avec leurs cités ayant connu un sort analogue au Palais principal de la civilisation. L’arrêt des productions artistiques, la faible occupation du sol et l’abandon du système palatial témoigne d’une famine et d’une crise sociale grave. Avec la fin de l’âge de bronze et de cette civilisation de Samosate débute progressivement un âge sombre qui ne s’éclaire qu’à l’époque classique avec la naissance des cités.


[ancre=2]II. Antiquité[/ancre]

Les cités se trouvent être d’anciens villages ayant survécu au traumatisme de l’âge de bronze final et ayant eu la chance ou la volonté pour se hisser à ce rang. Une trentaine de cités éparpillées forgent peu à peu dès le 8ème siècle avant J.C une multitude de puissances de très faible envergure, ces dernières sont même soumises en partie par des puissances orientales et occidentales (persanes et grecques). C’est là que l’historien Procope débute son « histoire des peuples du Vahagn », plus précisément il parle des débuts de la conquête de la plaine centrale par la cité d’Ani. D’abord petite cité sans grande puissance, elle se trouve rapidement développée par le commerce transitant par les fleuves la traversant, la colline dite du « mont de Vahagn » est habitée par la noblesse de la cité et la légende raconte que c’est là qu’avait posé la première pierre de la cité : Vahagn le Grand. Guerrier, il aurait libéré sa cité du joug d’un royaume aux élites persanes. Sa guerre fut si dure qu’elle a embrasé le pays tout entier, du plateau aux montagnes environnantes et déclenché une véritable lutte pour l’indépendance. Mort au combat, Vahagn laisse comme héritiers une dizaine d'enfants, le territoire est rapidement divisé, les guerres intestines nivellent par le bas l’autorité des monarchies et c’est ainsi que s’effondre l’œuvre de Vahagn. Libres, les cités se font la guerre avec régularité au nom de l’honneur ou de la terre, selon le camp qui attaque et celui qui se défend le prétexte diffère mais généralement le conflit ne débouche pas sur une expansion, la perte de quelques dizaines voir quelques centaines de guerriers pauvrement équipés suffit à faire reculer les deux camps dans leurs cités après une unique bataille. Néanmoins, l’âge de l’antiquité en Vahagn est impulsée par une cité, la Cité, celle d’Ani. Elle concentre progressivement la richesse du plateau et la redistribue en particulier dans les cultes et l’armée. Sa situation est si prospère qu’à la mort du 14ème souverain d’Ani, Hagop Zakharian, le trésor de la Cité dépasse les 3000 livres d’or. Hagop a pourtant pratiqué la guerre et a même déclenché le processus d’assimilation des cités environnantes que ce soit par le tribut, par la guerre en leur nom ou encore par la guerre à leur encontre. Dès le 4ème siècle se forment sept cités, puissantes et influentes avec des modèles bien définis et un seul Roi incarne le pouvoir monarchique absolu, il est du sang de Vahagn : Toros II Zakharian. Il s’oppose à la « Ligue des plaines » qui regroupe ses voisins indirects du nord et du sud. Encerclé, il attaque le premier et grâce à l’antique politique de substitution du service des armes des cités tributaires d’Ani par le versement d’or il impose une levée par l’impôt, le premier en terre de Vahagn. Son armée, composée de 16 000 hommes (selon les estimations) fait face sur le lit du fleuve d’Hayk, à quelques centaines de mètres de l’antique Erevan, à plus du triple (selon les historiens dont Procope). Remportée par l’arme de choc d’Ani, la bataille a été au dire de Procope « le choc entre deux civilisations, deux conceptions du monde oriental ». L’armée de la Ligue était faite de citoyens, des hommes peu expérimentés, moyennement équipés mais très motivés, combattant pour leur propriété terrienne et pour leur gloire. L’armée de Toros est composée de 2 à 3000 cavaliers lourds hybrides. C’est un héritage de l’âge de bronze mais fait de fer et d’argent, probablement mieux entraînée et surtout bien plus apte au choc frontal. Toros possède à ce stade un corps d’infanterie mixte fait de soldats professionnels natifs d’Ani (la moitié de l’infanterie) et de mercenaires levés pour les besoins de la campagne, eux aussi professionnels mais venus des quatre coins du plateau. La victoire est celle de Toros lorsque l’armée de la Ligue, confiante, passe le fleuve à gué et entreprend de chasser Toros des terres qu’il occupe. Il n’a qu’à faire donner la charge pour écraser sous le choc de milliers de cavaliers lourds le flanc nord des hommes de la Ligue, précipiter la retraite et offrir à ses cavaliers légers la chance de provoquer un massacre dans les rangs de la Ligue. Assiégés dans leurs cités, les dirigeants de la Ligue acceptent progressivement une paix, celle de Kars, dernière cité prise par Toros et qui entérine la défaite de la Ligue et la mise sous protectorat d’une bonne moitié des cités de la Ligue et la dissolution de cette dernière.


[center][img]https://image.noelshack.com/fichiers/2017/31/4/1501774282-ardachir-relief-firuzabad-1.jpg[/img][/center]

[center]Représentation d'une charge de cataphractaires.[/center]


Arrive le temps des conquêtes au 2ème siècle après J.C. La terre de Vahagn ne suffit pas longtemps aux hommes d’Ani et ceux-ci s’attaquent aux territoires grecs, ils s’arrêtent devant les citadelles d’un nouvel Empire, celui de Thrace. Le Roi Lévon IV est approché par un prêtre d’une nouvelle religion, celui-ci est jeté en prison, a vécu un quasi martyr avant d’être sorti de ses geôles et au cours d’une audience il parvient à convertir le Roi, à force d’audace et de promesses de cadeaux. Son Dieu ? Christ tout puissant. L’Empire fait entrer Vahagn dans le concert des puissances chrétiennes. La notoriété de l’Empire ainsi que sa richesse, ses armées et sa population font de lui le plus puissant voisin qu’à eu le royaume d’Ani jusqu’aux invasions turques, dix siècles plus tard. Formant l’Eglise de Vahagn, la terre des héros d’Ani qui en leur temps vénéraient les anciens Dieux voit alors un grand changement radical. La Cité s’embellie des statues et d’icones géantes des saints, rythme sa vie via le calendrier chrétien et abandonne les anciens cultes. Déterminée à prouver sa fidélité au christianisme, les vahagnastanais combattant massivement et pendant des siècles dans les rangs des grecs. Les convertis arméniens forment la force vive de nombreux régiments impériaux. Le commerce, important entre les deux puissances, permet l’émergence de penseurs, historiens et hommes illustres en tout genre. La coexistence permet donc la prospérité, la grandeur militaire par le service de l’Empire et évidement le prestige par les titres perçus auprès des Empereurs successifs. Mais un mal rôde … L’armée de Perses, forte de centaines de milliers d’hommes s’élance à la conquête de l’Empire Thracien et de ses alliés. La terre de Vahagn est alors en première ligne pour repousser les armées massives des perses et de leur « Roi des Rois ». La grande guerre Perse du 7ème siècle dure 11 ans et épuise les deux camps mais permet le triomphe final des chrétiens sur les Perses, la victoire est telle que c’est courbé que le Roi des Rois à imploré la pitié aux émissaires Vahagnastanais venus porter les exigences de l’Empereur Grec. La Grandeur de la chrétienté succombe peu après face à une nouvelle religion et face à ses guerriers fanatisés : l’Islam et les arabes. L’islam et ses hordes envahissent les riches provinces de l’Empire qui, épuisé, ne parviennent pas à s’y opposer efficacement. En outre, les Vahagnastanais vivent en perpétuel état de siège face aux invasions, la population du royaume subit l’exode et se réfugie dans les montagnes et les forteresses. L’effondrement démographique va de paire avec les massacres réalisés par les arabes, les déportations et l’esclavage. L’effondrement du commerce et de l’artisanat va de paire avec les préparatifs arabes pour emporter la capitale Thracienne et donc la coupure des routes commerciales avec la mer. Mais tout n’est alors pas perdu, la défense se réorganise, les hommes d’Ani triomphent en plaine sur l’armée arabe envoyée soumettre le pays, les 500 gardes du corps du Roi Manuel Ier menant la charge à cheval dans une sortie aussi désespérée que victorieuse. Les Thraciens remportent des succès maritimes considérables et sur terre reprennent l’initiative. A bien des égards, le redressement sous le Roi Manuel est le fait d’une décentralisation du système militaire alors centralisé à Ani et basé en partie sur les mercenaires, la guerre devient l’affaire du peuple et c’est de ce dernier qu’est issu le corps de bataille de l’armée du Roi. L’âge sombre débute, celui d’un isolement vis-à-vis de la Thracie et d’un abandon des anciens savoirs au profit des impératifs les plus évidents déterminés par un seul besoin : survivre.


[ancre=3]III. Moyen-âge[/ancre]


La défense de la civilisation chrétienne est difficile, c’est un combat qui dure deux siècles avant que les dernières armées arabes ne se soient fatiguées d’attaquer les forteresses vahagnastanaises et thraciennes. Assiégée huit fois, Ani s’est réduite démographiquement des deux tiers, la superficie de la ville est désormais ridiculement faible et seuls les doubles remparts et les fortifications environnantes arrêtent les assauts arabes. Le Royaume d’Ani reprend contact avec ses voisins Thraciens dès la fin du 7ème siècle par les cols alpins menant à Kars, route peu fiable elle est constamment sous le coup des maraudeurs arabes. La politique de reconquête est difficile, les deux tiers du Royaume n’existe qu’en principautés vassales des arabes, Ani ne retrouve sa splendeur qu’à la suite de l’affaiblissement interne du Califat au début du 9ème siècle. D’abord en état de siège permanant, Ani contre attaque les principautés en 863 à Vas. La cité est prise au prix de pertes importantes pour les hommes de Vahagn mais signe le premier recul des vassaux arméniens et émirats musulmans implantés dans ce qui devient de plus en plus une terre sainte : celle du peuple de Vahagn, peuple au sens large : l’identité Vahagnastanaise débute sa construction sous les invasions arabes et s’achève avec le règne Lévon IX le bâtisseur. Faite généralement de coups de mains, la petite guerre se transforme dès lors en guerre ouverte et c’est 11 000 hommes qui marchent sous les étendards royaux à la bataille d’Antiok, Prise par surprise, la ville voit le premier grand affrontement en plaine entre arabes et arméniens puisque ces premiers réagissent et engagent 25 000 hommes au moins dans une expédition punitive. Acculés devant les remparts, les guerriers de Vahagn voient leurs formations enfoncées par la cavalerie arabe. Cependant la trahison des cavaliers et fantassins arméniens qui demeurent passifs face au déclenchement de la bataille permettent à la cavalerie d’Ani de saisir la charge arabe de flanc et à l’infanterie de rencontrer les arméniens du camp opposé et d’en retourner l’essentiel de telle sorte qu’au soir 9 000 arabes gisent sur le champ de bataille. S’en est fait de la domination de l’Emirat de Vahagn sur les arméniens. Les princes viennent prêter serment d’allégeance au Roi Kaspar II et c’est dans l’ère d’une féodalité mesurée qu’émerge le royaume restauré de Vahagn, plus petit que son prédécesseur antique il forme une puissance croissante qui peut suivre dès la fin du 10ème siècle la reconquête thracienne avec espoir. Le Califat se trouve être sur la défensive, en terre Perse il s’est effondré, face aux grecs il recule rapidement, Jérusalem est à quelques kilomètres de la frontière impériale au début du 12ème siècle ! Mais un autre malheur rôde …

Dès le 11ème siècle des cavaliers nomades, des turcomans, maraudes aux abords de la terre Vahagn. Si leur présence n’est d’abord pas un grave problème du fait des fortifications de montagne qui gardent les passes, ce n’est plus le cas à partir de la fin de ce même siècle où des hordes de plusieurs dizaines de milliers d’hommes déferlent sur les cités périphériques et brisent le réseau défensif arménien. La terreur est telle que la population recomposée des cités orientales fuient face à ces hordes ou sont capturées et envoyées en esclavage à l’Est. Des villes entières, assiégées, se retrouvent vidées de leurs sujets après la capitulation de la place. A bien des reprises l’armée du Roi s’oppose en vain à ces incursions, le nombre et le côté insaisissable des cavaliers nomades rend la quête d’une bataille rangée et à l’avantage de l’armée royale bien difficile, voir chimérique. Vieillissant, Ichkan 1er, Roi de Vahagn, tente sans succès d’obtenir plus que des subsistes de la part des Thraciens. Affligé par la maladie, il rencontre l’Empereur Thrace en 1102 à Antiok et achève son hommage par le don de son royaume, à sa mort, à l’Empire. L’Empereur Thracien, refusant ce don, accepte que Vahagn soit dirigée au nom de l’Empire par les Zakharian. La mort d’Ichkan en 1103 permet donc à l’Empire d’étendre ses frontières jusqu’aux confins de l’Orient. Mais quelques années plus tard c’est le tour de l’Empereur Thracien de mourir et celui-ci laisse un Empire certes plus puissant que jamais mais entouré d’ennemis : la guerre avec les turcs se poursuit et les terres impériales périphériques connaissent des raids réguliers, des troubles politiques en Vahagn éclatent tandis qu’en Thracie même le pouvoir semble se déliter.

1111, date clef en Orient. Les turcs entrent à Jérusalem deux ans auparavant, dominant le monde arabe ils sont repoussés lors de leurs incursions dans l’Empire. Un Empereur-soldat capable a saisit la pourpre, il mobilise ses troupes et mène une expédition jusqu’en terre de Vahagn où serait localisée l’armée barbare. Avançant dans un désert humain l’armée impériale est rejointe par l’armée d’Ani forte de 18 000 hommes et son souverain, Toros VIII. En plein été, longeant le Hayk presque asséché, les troupes chrétiennes marchent sur les traces des turcs qui d’après les renseignements se trouvent assez éloignés pour permettre un ordre de marche lâche et une relative insouciance s’installe dans les rangs orthodoxes. Toutefois, au détour d’une crête, non loin de l’ancienne et désormais fantomatique Théodosiopolis, c’est bien l’armée turque toute entière, forte de 60 000 guerriers, qui se trouve en ordre de bataille. Terrifiés par la vue de cette masse de cavaliers et de piétons, certains soldats prennent la fuite. Abandonnant armes et armures, une centaine d’hommes bat en retraite et sème le doute dans les troupes chrétiennes. Comprenant le danger, Toros et l’Empereur Thracien arrangent leurs troupes respectives, passant à toute allure entre les formations de lanciers et devant les escadrons de cavalerie. La valeur des troupes n’y peut rien, face à la déferlante turque qui encercle petit à petit l’armée chrétienne seule l’approche, la charge et le choc peut permettre la victoire. Aussi l’armée s’élance après quelques dizaines de minutes, c’est sous une pluie de flèches que les fantassins sont contre-chargés par les cavaliers turcs et leurs auxiliaires perses et arabes. La cavalerie chrétienne ouvre le voie aux soldats à pieds mais le nombre dérisoire des troupes montées face au sur nombre de piétons turcs explique que rapidement les cavaliers sont placés en difficulté, battent en retraite et dans leur fuite déforment voir explosent en certains points la ligne chrétienne sur laquelle ils cavalent pour trouver leur salut au nord-ouest. Comprimée, débordée, l’infanterie est détruite à petit feu et achève son désastre par la mort du Roi d’Ani, tué en mêlée. Au soir du 14 juillet 1111 des milliers d’orthodoxes jonchent le sol de la plaine de Théodosiopolis, la victoire est turque.

Séparé par les invasions turques du reste de la Thracie puis reliée indirectement à elle par la première croisade et ses Etats catholiques, Ohannes, le frère de Toros et nouveau Roi du Vahagn incarne la « multi polarisation » de la diplomatie Vahgnastanaise. Considérée comme celle qui a permit au Vahgnastan de survire, celle ligne s’affiche clairement lors de la première croisade ou encore lors de la crise religieuse d’Orient entre les orthodoxes et les Monophysites qui dans leur variante miaphysite trouvent refuge au Vahagn. Le Roi nomme un Catholicos, le pieux moine Isahak et forge ainsi une Eglise indépendante de la Thracie et des autres Eglises, laissant son peuple se convertir à la doctrine miaphysite. Sa volonté de jouer sur les tensions entre les croisés et les thraciens lui fait servir les deux causes à divers moments de son histoire. Il laisse un royaume aux frontières restaurées dans le cadre de la période de reconquête partielle réalisée sur des turcs divisés face à la chrétienté. Au début du 13ème siècle les routes commerciales des caravanes se déplacent vers les territoires turcs, déterminant pendant des décennies la prospérité du Vahagnastan et sa capacité à lever près 43 000 hommes dont 7 000 cavaliers lourds, a recentraliser le royaume et opérer une restauration démographique à l’abris des fortifications frontalières et des victoires obtenues sur les turcs en 1182, 1189 et 1201 aux portes d’Antiok. Au début de ce 13ème siècle, le Vahagnastan chrétien peut se targuer d’une longévité incroyable, survivant de plus d’un millénaire de guerres, de luttes sans merci pour la terre d’Orient et de querelles théologiques, de crises internes et externes, de périodes glorieuses ou ténébreuses. Aux Sultans, Beys et Califes comme Empereurs et Rois, le Roi Lévon IX le bâtisseur fait savoir à l’occasion de dernière victoire d’Antiok que nul ne saurait violer les terres d’un peuple aussi fière et riche que celui des Vahagnastanais. En effet, que dire d’un royaume qui à ce stade a vassalisé les provinces environnantes, a crée un véritable empire « régional » défendant les Etats croisés et les portes du monde chrétien oriental donnant sur la Thracie ? Que penser de cette cité aux cents églises qu’était déjà Ani, comptant près de deux-cent mille personnes à l’aube du 13ème siècle ? Lévon doit son nom aux palais, aux églises et basiliques ainsi que les forteresses royales levées de terre et richement embellies, à un nouveau réseau de routes pavés menant aux principales villes du pays et l’imposition d’un système fiscal à l’image de celui de l’Empire d’Orient.

Néanmoins, si une bataille livrée par les croisés et des troupes arméniennes auxiliaires devant Jérusalem en 1291 échoue et se transforme en désastre, ouvrant la voie aux envahisseurs pour s’emparer triomphalement de la cité de Dieu, il convient de relativiser la défaite. En effet les Vahagnastanais se retrouvent certes isolés territorialement mais ni vaincus ni appauvris, le repli de la domination périphérique des arméniens va venir bien plus tard, malgré les catastrophes entourant l’effondrement impérial et croisé, progressif ou bien quelques années après la bataille. Fondé en 1303, le duché de Théodosiopolis achève la « grande idée médiévale » vahagnastanaise. Avec lui c’est un territoire presque double à notre contemporain Vahagnastan qui se trouve sous la domination du Roi arménien d’Ani. Les armes vahagnastanaises continuent de s’exprimer à de multiples reprises face aux envahisseurs mais grâce à ce rideau de duchés à l’administration autonome le royaume, quasi empire de fait, continue à prospérer et sa population à grossir, la charge fiscale s’amoindrir et l’Etat s’enrichir. La période est faste pour les habitants du Vahagnstan, jamais depuis la civilisation de Samosate la sécurité et la liberté de circulation n’avait été à se point garantie, malgré les affrontements les caravanes drainent le précieux minerais d’or des mines de Kars et assure des échanges soutenus avec des voisins aussi éloignés que les asiatiques et les latins. Ce régime se maintient jusqu’à la fin du siècle dit « âge d’or d’Ani » où la production artisanale et minière, agricole et artistique, littéraire et technologique a atteint un pique qui au moyen-âge s’avère être la quintessence de la civilisation d’Orient, du moins selon l’avis de Yasha Bagramian, l’historien reconnu du moyen-âge arménien dans son livre « survivre pour périr ».

Le titre a de quoi donner des frissons, insouciant, le Vahagnastan voit arriver à ses portes une horde comme jamais il n’en a vu depuis l’arrivée des arabes : Taragaï et ses armées envahissent les terres turques et perses du sud et de l’est. Le Vahagnastan est visité par ces masses de guerriers montés. D’un courage inouï, le royaume et ses habitants combattent avec hardeur, livrant plusieurs batailles victorieuses sur les lieutenants du conquérant oriental, tenant longuement des sièges harassants dans lesquels les barbares pillent les campagnes et ravages les bourgs environants aux grandes villes. Mais lorsque le conquérant se présente devant Antiok il dispose de troupes si nombreuses qu’il harasse l’armée royale, encerclant au deux tiers l’armée royale. Prise en étaux elle est battue en 1395, le Roi est tué dans la bataille ainsi qu’un de ses fils. Le royaume et ses vassaux, sans armée structurée, est envahi en moins de trois ans. La vigueur des vahagnastanais, montagnards et guerriers farouches, s’exprime dans une lutte sans merci avec l’occupant. La lutte est telle que deux révoltes éclatent avant 1418. Violemment réprimées, ces révoltes sont menées par des nobles au nom d’héritiers différents, la division de l’antique royaume coïncide avec une guerre sociale qui agite les conspirateurs dès le départ définitif des envahisseurs après 1418 et la victoire de la troisième et dernière révolte. La question sociale n’est autre que la montée en puissance de la classe marchande, les nobles et la campagne soutiennent Ohannes V Zakharian, âgé de sept ans, tandis que les marchands et les villes soutiennent Takvor II Zakarian âgé de onze ans. Chacun est proclamé Roi, dans les faits aucun ne peut diriger sa portion de royaume, si fluctuante qu’aucune administration solide ne peut y tenir durant sept ans. L’invasion de Taragaï a décimé 1/10 de la population, la guerre civile et la peste qui se trouve dans son sillage la moitié. Ramené à moins de cinq millions d’habitants en 1425 lors du triomphe du régent de Ohannes V et de son protégé royal, la victoire a couté un prix exorbitant à la population autant qu’à la richesse du pays. Le produit des mines, revenant à l’Etat, sert pendant deux décennies à payer des dettes contractées pour soutenir le poids de la guerre au nom de la couronne victorieuse. De même, le pouvoir si centralisé sous les rois précédents est à nouveau entre les mains d’une élite nobiliaire, la territorialisation du royaume et sa très lente récupération explique qu’au début du milieu du XVème siècle il n’existe qu’un noyau d’armée centrale et un système d’imposition dramatiquement faible. La renaissance d’Ani, ville fantôme d’alors, débute avec les découvertes monumentales en matière minières à Kars, permettant de drainer à nouveau et avec plus de force encore l’économie nationale vers le redressement. Ce redressement se fait dans l’optique d’une migration des populations arméniennes vers le Vahagnastan actuel, centré sur Ani. Poussées par les migrations turques et persanes, les arméniens forment à la fin du XVème siècle un proto Etat-nation sortant peu à peu du féodalisme, développant le service de l’Etat, la fonctionnarisation de la noblesse via l’enrichissement du centre et bien entendu le retour à une forme radicale de dirigisme économique qui rappelle les débuts des arméniens en la matière à Samosate : le Palais contrôle progressivement tout, y compris ce qui se trouve l’autre bout du territoire.


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Les ruines de Théodosiopolis, à l'abandon depuis 1401.[/center]


[ancre=4]IV. Temps modernes[/ancre]


Redécouvrir l’Orient et la terre de Vahagn se fait au travers de la monnaie, surtout au 16ème siècle. Au siècle précédent l’imprimerie et les banques font leur apparition dans le royaume, la guerre civile et la peste redistribuent les cartes sur le plan social et économique. De plus, le géant turc, occupé à avancer à l’ouest, laisse prospérer les arméniens et commerce intensément avec le Vahagnastan d’abord sous forme de troc puis sous forme d’échanges via l’usage de la nouvelle monnaie du pays le Dram. Frappée à raison de 9 grammes d’or par pièce, la nouvelle monnaie permet de restaurer les échanges avec l’extérieur et par sa forte valeur en terme de carats elle assure également une capacité à réaliser de grands chantiers afin d’améliorer l’économie et reconstruire l’Etat. Tigrane III fonde une université à Antiok, un solide port dans la petite ville de Vas et draine ainsi la production des pêcheurs jusqu’à la cité d’Antiok par navire. Il forme des corporations manufacturières surveillées par l’Etat et financées en bonne partie par lui. Ces corporations se partagent le marché et développent leurs productions au gré de l’augmentation de la population et de l’exode rural qui débute, résultat des décimations dans les cités suite aux vagues de pestes du 15ème siècle. Peu nombreuse, la population s’adapte. Aux cultures réduites se constituent de grandes propriétés nobiliaires développées par l’Etat comme par les nobles eux même, l’irrigation à vaste échelle permet une agriculture florissante. Les routes, pour certaines et sur les axes principaux, sont restaurées. En un siècle la population repasse à huit millions et demi d’habitants, la reconstruction entraine avec elle un appel de main d’œuvre que s’empressent de combler les chrétiens apostoliques d’Orient, migrant en presque totalité en terre de Vahagn. Des nestoriens fondent des Eglises, nombreux ils côtoient les grecs impériaux demeurés sur place à Antiok. Armavir, cité ancienne mais si dépourvue par le passé se découvre un axe de développement : l’industrie. Entre Antiok et Ani, entre les deux relais, les manufactures fleurissent et se voient regroupées en 1519 par l’autorité royale dans les « manufactures du Vahagn », proto conglomérat industriel, il assure une centralisation de la main d’œuvre, impose un contrôle qualité sévère et finalement se développe dans le travail des métaux.

Le règne de Tigrane III est suivi d’Ashot 1er, véritable organisateur de l’armée royale il lui donne ses régiments d’infanterie, les premiers depuis le 7ème siècle car jusque là seule la cavalerie était grossièrement étatisée. Avec l’introduction de l’artillerie l’investissement dans les forts diminue au profit de l’arme maitresse du Vahagn : le bronze puis le fer, une partie des canons turcs sortent directement des fourneaux, moules et ateliers d’Armavir. La standardisation des productions arméniennes décroit considérablement le prix des canons d’Armavir, rend sa logistique entrante soutenable et ses produits disposent à la fin du siècle d’une emprunte logistique plus faible que ses concurrents à raison de neuf calibres produits simultanément au milieu du 16ème siècle. Les arquebuses et mousquets forment le tiers des effectifs de l’armée royale et déclassent comme les canons les armes des derniers féodaux n’étant pas encore entrés au service absolu de l’Etat. Les châteaux médiévaux sont abandonnés au profit de quartiers nobles en ville, souvent à Ani. Ayant régné 62 ans, Ashot 1er est surnommé « le canonnier » et pour cause, ses arsenaux produisent en un siècle autant que l’occident, principalement au profit des turcs mais aussi de son armée. Au début du 17ème siècle l’armée du Roi révoque par les forces les dernières places féodales, la puissance montante de l’Etat devient absolue à partir de l’édit de Gyumri qui entérine la fonctionnarisation des nobles en n’accordant de titre nobiliaire qu’à ceux qui servent dans l’armée ou l’administration, la transmission par le sang est possible mais sans les charges autrefois attachées. Cordiale au 16ème siècle, l’entente commerciale se fige sur les questions territoriales. Les turcs s’arrêtent dans leur progression et à la fin du siècle l’Empire turc donne des signes de déclin, dépendant de plus en plus des importations étrangères suite à la découverte du nouveau monde et l’abandon des routes commerciales terrestres. C’est un cas d’école, le Vahagnastan dépend considérablement du commerce avec ses voisins, son minerais lui permet d’échanger de l’or et des productions militaires et civiles faites de fer et de cuivre contre des tissus (dont la soie d’orient) et bien d’autres biens et ressources jamais produites en Vahagn. L’appauvrissement de la route de la soie et les frictions frontalières produisent un premier choc, celui de l’identité arménienne face à celles de ses voisins. A cette question dite « question pour le Grand Vahagnastan » la réponse se trouve dans l’impérialisme économique, au 17ème siècle le royaume colonise par sa démographie mais surtout par ses productions le marché des provinces périphériques et tente sans succès en 1642 d’emporter les territoires au sud de l’actuelle Antiok. La victoire échappe encore au Vahagnastan en 1651, trente ans plus tard le Roi Ashot III impose par la force des armes un grignotage des montagnes occidentales et de leurs villes face aux turcs. Pillés, elles sont vidées puis repeuplées par des Vahagnastanais, trop nombreux en plaine et en ville puisqu’ayant atteint dix millions d’individus au minimum.

A la fin du siècle, cette « renaissance arménienne » forge un royaume mercantiliste et fortement impérialiste, ses voisins, sur le déclin, craignent progressivement cette puissance régionale et montante. Le trop-plein d’or, stocké ou dépensé, fait croitre une forte inflation, de l’ordre de quatorze pourcents en moyenne. A l’approche du 18ème siècle se profile les évènements de ce siècle si dur au Vahagnastan : les progrès médicaux coïncident avec le début d’une très forte croissance démographique mais l’Etat peine à suivre le développement de cette demande et clos définitivement le « siècle arménien ». Le siècle arménien c’est la naissance de l’irrédentisme dans sa variante définitive, la naissance de l’Etat tout puissant, le développement de l’industrie et des mines, un siècle dominé par des artistes formidables, des traités politiques très libéraux et des avancées sociales importantes en faveur des premiers ouvriers et de leurs premières revendications. Mais la clôture de ce grand siècle qui s’étend sur près de deux cent ans s’achève par les fermetures de manufactures mal administrées, par la corruption endémique régnant dans l’administration royale, par le déclin des armées du Roi dans les traces de ses voisins régionaux. Le raidissement conservateur du régime et de l’Eglise Apostolique achève ce temps « merveilleux » et impose une couverture de fer et une censure pesante sur les médias, leurs journaux, les conseils municipaux et toutes organisations « démocratiques » ou tout simplement face à tout contre pouvoir. Les révoltes de la fin du 18ème siècle font prendre conscience aux rois et à certains fonctionnaires que l’heure de la réforme à sonnée.


[ancre=5]Epoque contemporaine[/ancre]


Au milieu du 19ème siècle se développe une nouvelle politique étatique, l’économie est bien moins durement dirigée, la liberté d’entreprise s’éclaircie définitivement avec l’ouverture des premières manufactures privées, les premières depuis le 16ème siècle ! L’administration est progressivement purgée de ses éléments les moins recommandables par l’ouverture au capital d’entreprises d’Etat, les monopoles étatiques sur le secteur minier demeurent jusqu’à nos jours mais globalement l’agriculture revient aux coopérations agricoles, l’industrie et le commerce aux entrepreneurs bien que l’Etat y conserve de considérables investissements et en tire une grande rente. Le renouveau du Vahagnastan s’accélère avec l’industrialisation massive du début du 20ème siècle et avec l’effondrement de l’Empire turc c’est de nouveaux voisins, de nouveaux partenaires et de nouvelles politiques qui se mettent en place. Le Vahagnastan a colonisé les montagnes à son extrême occident, en terre turque actuelle. Aussi, une large bande de terre est revendiquée et éclate même une guerre, celle de mai à décembre 1972 qui se clos par une victoire tactique mais une défaite diplomatique du Vahagnastan, celui-ci abandonne les zones conquises et les armées turques et Vahagnastanaises se font face depuis cette date. N’ayant pas pris part aux conflits mondiaux du siècle, le Vahgnastan dispose d’une main d’œuvre jeune mais d’une influence faible. Croissante son économie demeure atrophiée en bien des points, rentier son Etat est encore pléthorique.