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Posté : mer. juin 07, 2017 7:45 pm
par Alex Scker
[acfg][/acfg]Expatriés
Chape de plomb

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    21 avril 2033 - 09:03
    Vol Cartagina - Čabar


    M. Borshi :
    Passager voisin


    « C'est le Monitori que vous lisez-là ? »

    L'homme légèrement barbu qui l'avait abordée, penchant légèrement le buste sur le côté, affichait un sourire encourageant. En essayant de se rapprocher, sa main débordait nonchalamment de l'accoudoir du siège rembourré aux couleurs d'Altaïr*, menaçant de froisser son costume gris à gilet dont la seule couleur se cantonnait à sa cravate rouge. Son attitude avenante ne l'empêcha pas de reprendre une seconde fois sa question, ne se laissant pas déstabiliser.

    M. Borshi :
    Passager voisin


    « Mademoiselle, vous lisez le Monitori ? »

    Dea fut sorti brusquement de ses pensées, plongée qu'elle était dans le livre dont elle cachait tant bien que mal la couverture à l'aide du Monitori de la semaine. L'innocence et la naïveté d'une jeune fille de dix-neuf ans avait ses limites, surtout après de sérieuses discussions avec sa mère. Clignant des yeux alors qu'un flot de lumière inondait son hublot, transperçant le tapis nuageux surplombé par l'avion, elle remit une de ses mèches blondes derrière son oreille gauche avant de se tourner vers celui qui l’interpellait.

    Dea :
    Jeune passagère


    « Euh...oui, c'est le numéro de la semaine. »

    M. Borshi :
    Passager voisin


    « Habibe Borshi.
    Vous savez, je suis chroniqueur pour ce journal, dans la section "relations internationales".
    C'est une très bonne presse...à consulter régulièrement !
    Vous faites des études, j'imagine ? »

    Visiblement intéressée, la petite ne cacha pas son enthousiasme, ses pommettes prenant même des couleurs à mesure des questions qui se précipitaient à l'intérieur de sa tête. Baissant sa garde, elle se laissa aller à discuter avec ce sympathique monsieur, laissant dépasser la couverture du livre du journal. Son interlocuteur jouait avec la bague métallique qu'il portait au doigt, visiblement satisfait. La jeune fille l'invita à se rapprocher d'autant plus ; ce qu'il fit.

    Dea :
    Jeune passagère


    « Dea Baholli.
    Oh mais c'est génial !
    Vous avez écrit dans celui-là ?
    Oui ! Je fais des études de droit en Montalvo...de droit international. »

    M. Borshi :
    Passager voisin


    « Bien sûr, regardez à la sixième page, sur la Magyarie.
    Oh et je vois que vous lisez aussi autre chose, qu'est-ce que c'est ? »

    Dea :
    Jeune passagère


    « Oh euh...juste un livre. »

    Ignorant sa réponse, l'homme lui prit gentiment le livre des mains, le retournant de façon à avoir la couverture sous les yeux. La couverture rouge laissant apparaître, éclatant, un titre peint en grandes et longues lettres blanches : « L'Ombre du Roi ». Celui qui se disait Borshi afficha une petite moue, observant avec scepticisme le résumé de l'ouvrage. Il laissa apparaître sur le visage mat de sa voisine une expression mêlant perplexité et gêne, rougissant aux pommettes.

    M. Borshi :
    Passager voisin


    « Il est interdit en Nerezine, vous le saviez ? »

    Dea :
    Jeune passagère


    « Oh...je ne savais pas, je l'ai acheté au Montalvo. » mentit-elle.

    M. Borshi :
    Passager voisin


    « Faites attention mademoiselle.
    Vous êtes jeune mais tout le monde ne l'entendra pas de cette façon.
    La critique calomnieuse sur le Roi n'est pas vraiment supportée de notre côté de la frontière. »

    Il n'était pas rare que les journalistes, chroniqueurs et autres professionnels médiatiques soient en réalité des indicateurs pour le compte du Shërbimi. Ils se montraient d'autant plus zélés que le pays considérait ses expatriés comme les agents de sa grandeur et non de sa critique...après tout, la royauté leur avait tant donné. Si à dix-neuf ans les conséquences n'étaient pas bien grandes, l'étudiante devra tout de même faire l'objet de certaines procédures afin de s'assurer que l'opposition qu'elle pourrait représenter reste minime. Piratage de ses comptes sur les réseaux sociaux, quelques écoutes si cela était nécessaire, une routine pour les tentaculaires services spéciaux du Roi.

    _________________
    *Société nationale de transport et de construction aérienne.