Page 1 sur 1

Posté : mar. juil. 12, 2016 5:27 pm
par Viktor Troska
[center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/28/1468337738-rostovie-1.png[/img]

I. EN PÈLERINAGE A LA MECQUE DU SOCIALISME[/center]
[justify]
  • Me voilà bien arrivé à Novgorod. J'ai beaucoup d'appréhension dans ce voyage, mais après tout il me faut bien aller en Rostovie au moins une fois dans ma vie. C'est grâce au syndicat que j'ai pu organiser ce voyage. Quand ils m'ont demandé si cela avait un rapport avec la politique, j'ai juste esquissé un léger rire moqueur. Se rendre en Rostovie dans un cadre non politique, quand on habite dans un pays socialiste et qu'on est membre du Parti, c'est une vaste blague ! J'ai beaucoup discuté avec les collègues o l'usine, certains se sont foutu de ma gueule en me disant que je ne reviendrai jamais, que je finirai dans un centre de réhabilitation ou pire, endoctriné par NKRD et j'en passe. Ils disent tous ça sous le ton de la rigolade, mais certains doivent le penser réellement. Je leur ai expliqué qu'il ne m'arriverait de toute façon rien, que l'époque de Terienkov était loin derrière et que j'avais hâte de découvrir la Rostovie "Rédemptrice" de mes propres yeux. Me voilà donc avec moi-même, communiste, athée et oustrien, dans le pays du syncrétisme socialiste, de la foi chrétienne et miriste. J'appréhende un peu ce qui va bien pouvoir se passer. Le voyage en train n'a pas été des plus désagréables, malgré les nombreuses fouilles dans mes bagages. Faut croire que depuis les dernières emmerdes avec les séparatistes musulmans, tout le monde est un peu sur les dents niveau sécurité. Comme nous avec l'Aigle Noir en quelque sorte. Mon arrivée à Novgorod, m'a fait une drôle d'impression : Les bâtiments immenses de style kirovien, me donnaient l'impression d'être écrasé sous leur poids. Je devais avoir l'air d'un gros balourd en sortant de la gare en tenant ma carte dans tout les sens, essayant désespérément de savoir où est-ce que je devais aller. J'ai jamais été très bon en orientation, mais dans une ville qui représente quasiment 1/3 de la Fédération, je ne me sens franchement pas à l'aise. Ils ont du me trouver stupide à regarder ma carte, à faire deux pas, à regarder ma carte et me retourner ensuite, pour partir dans l'autre sens. Je ne sais pas combien de temps ça a réellement duré, mais je pouvais entendre que l'on se moquait de moi, très gentiment par ailleurs.

    Puis, alors que j'essayais de trouver un point de repère, quelqu'un est venu juste derrière moi. Je l'avais pas entendu le type, il s'est faufilé derrière moi et m'a donné une tape sur l'épaule. J'ai fais un bon sur moi-même et j'en ai lâché ma carte. Quand je me suis retourné en ramassant ma carte, j'ai vu qu'il s'agissait sans doute de la police municipale, sorte de "Militsia" ou quelque chose qui devait s'en rapprocher. Il m'a regardé de la tête au pied et moi j'ai essayé de bafouiller quelques mots en Rostov, histoire d'essayer de pas passer pour un débile. Manque de pot, j'ai rien réussi à faire sortir. Je me suis demandé d'où est-ce qu'il pouvait bien sortir d'ailleurs, sans doute que des personnes avaient du l'appeler en me voyant me battre avec ma carte de la ville. Lui, il continuait de me regarde avec insistance. Sans rien dire, il me fait un geste qui voulait dire quelque chose comme "Donne tes papiers, ou alors tu vas passer un sale quart d'heure". J'esquisse un sourire maladroit et je sors mon passeport en lâchant un petit "Voilà citoyen-milicien", mais ça ne l'a pas vraiment fait rire. J'angoissais réellement et j'avais envie de m'évanouir pour ne être conscient de la suite. Je regardais tout autour de moi, en trépignant d'impatience. Soudain et je ne sais pas quoi, le policier s'est mis à éclater de rire et à gesticuler d'avant en arrière en pointant du doigt la nationalité de mon passeport. J'ai cru qu'il se foutait de ma gueule, du coup j'ai pas su réellement comment réagir et j'ai préféré suivre son regard tellement s'en était gênant. Mais il a insisté, il m'a attrapé par l'épaule et m'a secoué dans tout les sens, me faisant perdre ma carte des mains encore une fois, tout en continuant de rire. Une fois qu'il eut fini de se taper son quart d'heure de fou rire, il me rendit mes papiers et avec un grand sourire, me dit "Mais camarade, il fallait le dire tout de suite que tu étais Oustrien !". Certes, moi je ne vois pas toujours pas ce qu'il y avait de drôle là dedans, mais passons. Le type était tellement sympa qu'il s'est penché pour ramasser ma carte et me l'a rendu. Encore une fois, il m'a saisit par l'épaule "Nous ici, on aime beaucoup l'Oustrie. Il n'y a pas beaucoup de camarades qui viennent nous voir, pourquoi ?". J'savais pas trop quoi lui répondre pour pas le vexer : Terienkov, le NRKD, le puritanisme rostov, sa politique étrangère récente... Mais de toute façon, il faisait la discussion tout seul.

    Il m'assaillait de question et moi, je n'arrivai pas prendre le temps de lui répondre. A la question "Tu es au Parti Communiste ?", j'ai fait un hochement positif de la tête et il est devenu subitement sérieux, en m'attrapant les deux bras et en me faisant la bise. Moi, j'étais toujours autant tétanisé. Ils sont aussi fou que lui ici, ou bien c'est moi qui me fait des idées ? Vu qu'il n'a pas répondu, je partais du principe qu'il était lui aussi au "Parti", bien que les kirovistes ne se sont pas fait une bonne pub en ce moment au pays, ainsi qu'au Kirep voisin. Il commence à marcher avec moi, me demande ce que je viens faire, combien de temps je compte rester et si j'ai un endroit où dormir. Il me donne son prénom : Piotr. Je lui répond poliment que je compte reste trois semaines, que je voulais visiter la Rostovie et que j'avais louer un hôtel pour mes premiers jours à Novgorod. Ah et que je m'appelais Lilian. Alors, il m'a mis une grosse tape dans le dos et m'a dit que c'était pas la peine d'aller à l'hôtel, que je serai très bien chez lui. J'ai eu beau essayé de vaguement résisté en lui disant que c'était très aimable, mais ce n'était pas la peine de vouloir résister : Sans le savoir, j'étais déjà un hôte de marque pour lui. Donc, j'ai accepté de bon cœur, même si il me faisait un peu flipper sur les bords. D'ailleurs ça n'a pas traîné des masses cette histoire, moins d'une demi-heure après on était dans sa voiture et on rentrait chez lui. Là encore, il me posait des questions au rythme d'une mitrailleuse : Comment se profile les élections en Oustrie, est-ce que le plan triennal est terminé à temps, est-ce que l'Oustrie pense avoir une chance pour le Mondiale, etc. C'est étonnant de voir qu'il connait plus mon pays, que moi-même et qu'il s'y intéresse. Quand je lui ai demandé pourquoi il s'intéressait autant à l'Oustrie, il ne m'a pas répondu, il m'a juste dit "Vous êtes des camarades, c'est normal" Très peu convainquant pour moi, mais soit. Nous sommes arrivés chez lui et c'était l'image que je m'en faisais : Petite cité avec des blocs d'immeubles, typique des quartiers des pays socialistes, grosso modo comme chez nous. Il habitait au quatrième ne prenait jamais l'ascenseur. Moi je me trimballais sans rien dire toutes mes affaires, souffrant avec peine mais pas mécontent d'être arrivé. Quand nous fûmes arrivés chez lui, l'ambiance changea du tout au tout. L'appartement était calme et sombre en cet fin de journée. Il se déchaussa et je fis de même, laissant mes affaire dans l'entrée.

    Quelques pas plus loin, une tête fit son apparition sur la gauche et disparu presque aussitôt. J'étais intrigué et avant que je puisse demander quoi que ce soit, Piotr me dit qu'il s'agissait de sa compagne. Sans doute que j'aurai pu le deviner, mais j'ai préféré faire l'étonné. On fini par entrer dans la pièce non loin sur notre gauche, qui était en fait la cuisine. Là devant moi, se tenait la compagne de Piotr qui me tournait le dos. Ce dernier aligna quelques mots qui se résumèrent à saluer sa compagne poliment, me présenter et dire que je passerai quelques jours ici. Elle fit un demi-tour sur elle même et... wahou. C'est ce que j'ai pensé sur le moment. Elle s'approcha de moi et me fit la bise ainsi qu'à son compagnon, en se présentant d'une petite voix. "Ludmila". Piotr avait bon goût mais par pudeur et vu les mœurs par ici, j'allais m'abstenir de faire une telle sortie. Elle avait un fichu sur la tête et des yeux verts. J'aurai pu me laisser dépérir à juste la regarder, sans aucune arrière-pensée. Piotr me fit signe de me suivre et je m'inclinais légèrement pour décliner mon identité, avant de disparaître avec lui. Nous nous sommes installés sur une table dans la pièce avoisinante. Au mur, il y avait deux portraits : Un de Svetozar Dzerine et un autre de Nina Saratova et il était facile de savoir qui avait accroché quel portrait. En y pensant, cela m'a fait sourire mais en même temps, me fait penser tragiquement que les Rostovs restent coincer entre des figures d'autorités qui ne leur permettront pas d'émancipation radicale. Piotr recommence à me parler, tandis que sa compagne arrive pour servir le dîner. Qu'est-ce qu'elle est belle, bon sang ! J'me dis qu'il faut que j'arrête de la regarder, sinon j'vais vraiment finir dans un perelag au fin fond du pays. Une fois tout le monde servit, j'adresse un "Bon appétit" et me précipite pour prendre ma première cuillère de soupe quand... Piotr tousse bruyamment. Je lève les yeux, la cuillère à quelques centimètres de mes lèvres. A côté de lui, sa compagne était entrain de prier. La guigne, j'ai l'air de quoi moi maintenant ? Piotr s'y met à son tour et moi par mimétisme, je fais pareil. Je ferme les yeux et je les écoute murmurer leurs prières. Je ne suis pas croyant et je ne le serai sans doute jamais, mais je ne peux m'empêcher de trouver cela beau. Je suis presque jaloux à ce moment là, de ne pas être croyant en une entité supérieure. Une fois la prière terminée, nous pouvons commencer à manger. Après Piotr, c'est Ludmila qui me pose pleins de questions sur qui je suis, d'où je viens exactement, qu'est-ce que je pense de la Rostovie. J'essaye de répondre, sans trop faire le type clivant, si déjà je suis invité c'est pas pour retourner la table.

    Cependant, les questions deviennent de plus en plus "engagées". Je ne peux pas reculer davantage et je livre le fond de ma pensée. "Je pense que la Rostovie et son peuple ont tort de laisser les nationalistes et les saratoviens de droite fleurter ensemble de la sorte. Cela met en danger le socialisme dans le pays". Piotr approuve d'un hochement de la tête, Ludmila quand à elle, ne dit rien. "Après, peut-être que je me trompe, c'est le Kirep qui fait fausse route et attaque la Rostovie de manière biaisée". Nouveau silence, Piotr ne dit rien tandis que Ludmila me regarde, comme pour savoir si je disais la vérité ou non. "Lilian, est-ce que tu es croyant ?" me lança t-elle. "Non" lui répondis-je, en soutenant son regard. "Approuves-tu les mesures du Kirep contre nos frères et sœurs croyants ?" me lança t-elle. "Non, bien sûr que non !" lançais-je comme pour me défendre sans que je n'ai réellement besoin de le faire. "Alors, tu es quelqu'un de bien" conclut-elle, sans rien dire de plus. Elle se leva de table, et commença à débarrasser sans que je puisse dire quoi que ce soit. C'est une manie dans ce pays d'asséner des trucs et de ne pas pouvoir continuer à discuter dessus ? Mais par politesse, je n'insiste pas. Nous passons le restant de la soirée avec Piotr et Ludmila, à discuter de tout et de rien, de se fâcher sans nous fâcher sur les questions de politiques étrangères. Il commence à se faire tard et il faut penser à aller dormir. Une petite chambre a été préparé pour moi, comme si j'étais un invité de marque. Quelque peu gêné, je remerciais mes hôtes en leur disant que je ne sais pas comment leur retourner toutes ces faveurs. "Ne dis pas ce genre de choses Lilian, n'oublie pas ce qu'à dit le Seigneur à propos du partage" me répondit Piotr en me souriant. Oh bah si c'est le Seigneur qui a dit que le partage c'est cool, tant mieux camarade ! Je les salue tout les deux, avant de refermer la porte derrière et moi, de me changer et de m'allonger dans le lit. Je reste prostré pendant un moment, sans pouvoir dormir. "Alors tu es quelqu'un de bien". Je me répétais cette phrase dans ma tête sans arrêt. Faut-il craindre Dieu et ses croyants pour être un homme décent ? J'étais fatigué de penser à tout ceci et je finis par m'endormir. Des braves gens ces Rostovs, même si on ne se comprendra sans doute jamais.
[/justify]

Posté : jeu. juil. 28, 2016 12:15 pm
par Viktor Troska
[/size][center][img]http://image.noelshack.com/fichiers/2016/30/1469702446-rostovie-2.png[/img]

II. UNDERGROUND ROSTOVIA
[url=https://www.youtube.com/watch?v=D9Qyd07X-to]Musique rostove à écouter en même temps que la lecture[/url] sans oublier que ce style est interdit dans le pays, jugé 'capitaliste-libéral', condamné par la morale comme par la justice, elle peut conduire ses producteurs directement en camp de rééducation. Mais l'ouverture récente du pays, la fin de la Terreur institutionnalisé ainsi que la grande attention que porte la jeunesse rostove à créativité de la jeunesse oustrienne, permet la création de ce genre "d'ovni musical". Attention, à écouter avec modération et très loin du NKRD ![/center]
[justify]
  • C'est avec un grand regret, que j'ai du dire au revoir à mes deux hôtes, après avoir pu passer plusieurs jours chez eux et avoir pu profiter de leur générosité et de leur grande générosité. Piotr m'attrape avec grande force pour me serrer contre sa poitrine, en m'embrassant sur les joues plusieurs fois en me disant qu'un jour, il viendrait avec Ludmila chez moi en Oustrie. Oui, j'ai vraiment hâte de pouvoir leur faire découvrir notre chère petite République, notre grande Fédération. Ludmila quand à elle, s'est juste contenté de déposé ses lèvres sur mon front pour me saluer, en me faisant un grand sourire après s'être hissé sur la pointe des pieds. Sans doute encore un truc de croyant, moi de toute façon je n'y pige rien. J'en ai profité pour me plonger une dernière fois dans ses yeux verts et je pourrai dire partout que j'ai vu les plus beaux yeux de la Sainte Rostovie rien que pour moi. Piotr en a profité pour me filer quelques papiers et me définir un petit parcours qui devrait me permettre de pouvoir visiter encore longuement le pays. Il m'a conseillé de passer par Ovskograd, Komsomolsk et Ivanograd, avant de me rendre dans une obshchina pas trop loin de Kirovgrad, où vivait des membres de sa famille. Il les avaient déjà prévenu de mon arrivée prochaine et donc, je n'aurai pas à chercher en vain les personnes chez qui je dois me rendre. Nous nous sommes dit encore une fois au revoir, puis je m'en suis allé vers le reste de mon périple dans cette Rostovie étrange, cette Rostovie hors du temps et du commun. Je ne les oublierai pas et cela pour le restant de mes jours. J'imagine d'ici la gueule des copains quand je leur parlerai de tout ça et qu'ils en auront les larmes aux yeux... de rire. Oui, ils se fouteront bien de ma gueule quand je rentrerai au pays pour leur expliquer que j'me suis fais ami avec deux culs-bénis de rostovs. Ils s'en taperont le cul par terre à s'en tordre de rire, sans pour autant être réellement moqueur mais tout au plus taquin. Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, mais qui se vivent. Je reste persuadé que mon périple Rostovien me réserve encore bien des surprises et c'est avec une grande hâte que je me lance dans cette folle aventure, plus enthousiaste que jamais depuis mon arrivée.

    Mon périple dans les grandes villes m'a marqué pour plusieurs choses, tout compte fait assez élémentaire : Bâtiments gargantuesques qui donnent l'impression de finir écrasé sous de tels figures, très peu de circulations routières pour un pays d'une aussi grande taille, un service de transport en commun bien développé et gratuit, etc etc. Le passé industrielle de la Rostovie se fait sentir, qu'elle fut communiste ou non. La ville représente typiquement la défiguration capitaliste et cela se voit encore plus en Rostovie après le passage de Terienkov, où l'on a l'impression de vivre sous un univers carcérale à ciel ouvert malgré qu'il n'y a plus de Terreur et plus de purges énormes dans la population. Pourtant, je suis étonné de voir que derrière la grisaille des bâtiments, il y a des sourires sur de nombreux visages. Je pense que les Rostoves de tout âge peuvent se dire que leur vie va mieux, que leur vie est meilleure depuis maintenant de nombreuses années. Du moins, c'est ce qui est proclamé en gros caractère sur des affiches du PKP de Manturov, le deuxième parti communiste présent en Rostovie. Sur ces affiches, l'on pouvait lire que la période de l'infâme Terienkov était terminée, que les ovsko-gakistes devaient lutter contre les calomnies et les mensonges le mettant dos à dos avec le Main Noire, qu'il y avait encore un réel pouvoir socialiste à remettre en place dans le pays. J'avais l'impression d'être le seul à réellement m'intéresser à ce qui était écrit sur ces affiches, car elles étaient là depuis un moment et l'on pouvait commencer à voir l'usure du temps dessus. La plupart du temps, les passants rostovs se contentent de marcher droit devant eux et assez rapidement. Sans doute que l'espace public que constitue la ville, n'est pas aussi sûre et sans danger que certains aimeraient à le proclamer. J'ai pu visiter quelques lieux et monuments historiques pendant mes passages dans les trois villes différentes et pouvoir en apprendre un peu plus sur l'histoire de la Rostovie, récente comme ancienne. Pourtant, c'est avec beaucoup de pudeur que l'on parle encore de la période précédente et cela peut aisément se comprendre. Je n'aimerai pas me retrouver avec le NRKD au cul, car je pense que ce serait une partie perdue d'avance. Mais pourtant, il y aura bien un moment où les rostovs pourront s'offrir collectivement une grande psychanalyse collective et totale, afin de chasser une bonne fois pour toute les fantômes du passé. "Grande Rostovie, depuis combien de temps es-tu endormie ?", était inscrit en énorme caractère capitale et en mauve sur un énorme panneau d'affichage. Sans doute l'œuvre des partisans du NSH, les partisans du quasi-fasciste et hypocrite Haïdarovski. C'est là dessus, que je me suis mis en route pour ma prochaine destination.

    L'accès à l'obschina s'est fait en car, sur une route caillouteuse qui quittait peu à peu la ville pour s'enfoncer dans la campagne rostov. Cela me rappelait en certains endroit, là où je venais. Les grands espaces rostovs sont en totale opposition avec l'univers concentrationnaire des villes et l'on peut sentir que l'atmosphère est totalement différente. Je m'étais endormie durant le trajet, car il y en avait pour cinq à six heures de car pour arriver à l'obschina. Je crois qu'à trente minutes de l'arrivée, je me suis réveillé en sursaut en attendant des personnes chantés et jouer de la guitare. Une quinzaine d'adolescents venaient de monter dans le car, frappant dans leurs mains et bougeant de droite à gauche, sous le regard hilare du chauffeur et les applaudissements du car. Ils continuaient à chanter et à danser, frappant toujours dans leurs mains au même rythme, tandis qu'ils se succédaient pour chanter l'un après l'autre. Je n'ai pas bien compris de quoi parlait la chanson, mais plusieurs fois elle parlait de la vie simple, de la vie retrouvé. C'est sans doute ça qui attirait les jeunes adultes et les adolescents à venir dans les obschina, un retour à une vie simple, saine et loin de l'enfer des villes. Quand nous fumes arrivés à l'obschina, je fus encore plus dépaysé : Cela n'avait rien à voir avec ce que j'imaginais. Descendant du car, les jeunes continuaient de chanter à tue-tête des airs populaires, tandis que plus loin se déroulaient une fête de village traditionnel, avec de grands costumes d'apparat et énormément de monde entrain de regarder les danseurs et danseuses exécutés leurs pas de danse. Je regardais cela en marchant droit devant moi, sans tenir compte de ce qui me faisait face. C'est alors que je suis rentré dans quelque chose, qui me stoppa net. En fait, ce n'était pas quelque chose, c'était quelqu'un ! Ce quelqu'un était en fait une femme, d'âge moyen et de taille moyenne, toute ronde de visage. Elle me dévisagea et me balaya de son regard des pieds à la tête avant de lancer un "C'est toi l'Oustrien ?". J'acquiesçai positivement de la tête un peu confus et elle me répondit avec un sourire, en me tendant la main pour se présenter. "Je suis Iarina, Piotr m'a dit que tu viendrais, heureuse de faire ta connaissance". "Moi de même Iarina, moi de même" lui dis-je en serrant sa main et en lui rendant son sourire. Elle me fit signe de la suivre et quelques instants plus tard, je me suis retrouvé chez elle, assaillit de plusieurs enfants qui me tournaient autour et d'une vieille babushka entrain d'écouter des musiques classiques rostovs sur un petit poste de radio. "Alors, comment trouves-tu notre Rostovie ?" me demande Iarina, alors qu'elle me tendait un morceau de pain avec de la confiture. Oh, merci. Hum, je dois avouer que je suis un peu dépaysé par l'atmosphère qui se dégage ici, par rapport à l'atmosphère des villes. Est-ce normal ?" Iarina fit un petit geste de dédain de sa main en approuvant ce que je venais de dire. "Oui, tu as raison. En ville, c'est l'horreur et je n'aime pas beaucoup ça. Ici, j'ai tout ce qu'il faut pour vivre et tout le monde est très gentil avec nous. Puis, ici au moins nous sommes en sécurité...". Il y eu un petit blanc suite à sa remarque et j'en profitai pour finir la tartine qu'elle m'avait gentiment préparé.

    "Iarina, que pensez-vous de la politique de votre pays, je veux dire de manière générale ?". "Tu sais mon petit, je n'aime pas beaucoup parler de ses choses là. Tu sais, Kirov nous représentait réellement malgré tout ses excès. Aujourd'hui, malgré que le gouvernement se nomme "populaire" ou "commissaire du peuple", il se fiche pas mal de nous. Ils veulent reproduire les bavardages incessants et nous tromper encore davantage. Kirov va revenir... Kirov va remettre de l'ordre dans tout ça. Je le sais, j'ai déjà prié pour cela". Je suis resté muet sur le coup, ne sachant pas trop quoi répondre. Je ne suis pas spécialement Kirovien et je n'aime pas forcément la figure messianique de Kirov, mais elle doit avoir raison sur un point, c'est que la Rostovie actuelle est entrain de se renier petit à petit, malgré toutes ses promesses. C'est une petite paysanne d'une obschina qui me le dit, c'est que cela doit avoir un sens ! "Vous avez sans doute raison" lançais-je, avant de boire la tasse de thé qu'elle avait déposée sur la table. "Et toi mon petit, que penses-tu de la politique de ton pays ?". L'accusateur, se retrouvait soudain être accusé. "Je... Ce serait assez long à expliquer, mais nous sommes sur la bonne voie à mon avis. Nous continuerons à vous soutenir ainsi que nos frères Kirépiens, pour faire en sorte que nos peuples puissent construire ensemble cette nouvelle société que nous désirons tant. Nous faisons notre possible, avec nos moyens. Nous avons une grande estime pour vous les rostovs, malgré que nous ne sommes pas d'accord au niveau des mœurs par exemple". Iarina me dévisage un moment, avant de me tapoter la main. "Tu es quelqu'un de bien Lilian, tu es quelqu'un de bien". Encore ? C'est quoi leur manie dans ce pays de me dire que je suis quelqu'un de bien ? Moi ça à le don de me foutre mal à l'aise, j'ai toujours l'impression qu'un bataillon du NRKD attend dans un placard pour me tomber dessus, c'est ultra-angoissant comme manière de faire, même si ils pensent bien faire ! Puis, Iarina continue à me poser des questions et me demande jusqu'où se trouve la "limite" pour les vêtements féminins. Je fais un signe pour montrer qu'il n'y a pas de véritables limites et qu'en Oustrie, il n'y a pas besoin de réprimer cela en public pour que la morale puisse être respectée, si l'on peut dire. Je lui explique ensuite qu'il y a beaucoup de plus de "libertés" dans la Fédération, au niveau des mœurs et des relations entre les hommes et les femmes. Elle ne semble pas être totalement contre, elle est même pensive. Puis elle se lève en s'exclamant "Bah ! De toute façon ici, c'est impossible !". La sagesse populaire à parler, échec et mat !

    Le même soir, je me retrouve sur la petite place centrale de l'obschina, autour d'un grand feu où chacun/une est invitée à venir participer à ce qui ressemble à une grande fête populaire. Il y en a énormément ici et cela contraste aussi beaucoup avec ce qui se passe dans les villes rostovs. On danse, on chante, on se raconte des histoires, certains fument et d'autres boivent. Je me suis retrouvé très vite intégré, il faut croire qu'être Oustrien ouvre souvent des portes et permet de détendre l'atmosphère quand l'on vous demande d'où est-ce que vous venez. Comme souvent, je me retrouve à devoir répondre à beaucoup de questions et cette fois-ci, cela venait principalement des jeunes adolescents ou adultes que j'avais entrecroisé rapidement lors de mon voyage dans le car. Que fait la jeunesse Oustrienne, est-ce qu'elle aime la musique, la danse, le sport, la politique, est-ce qu'elle a une vie heureuse, est-ce qu'elle a aussi des systèmes communautaires comme le Mir, etc etc. Je réponds en rafale comme d'autres rafales de questions me tombent dessus. Puis, alors que j'étais entrain de répondre sur les spécificités de notre Commune en Oustrie, l'on me tira la manche pour m'inviter à danser. J'ai d'abord décliner poliment en essayant d'expliquer que je ne savais pas danser et que j'étais de fait, très mauvais. Mais j'oubliai ici que de toute façon, il est impossible de ne pas savoir faire quelque chose. Après tout, le socialisme offre des possibilités à tout le monde de pouvoir apprendre et se perfectionner ? J'essaye de suivre les pas et de suivre le rythme, mais c'est extrêmement difficile pour moi. Certains rigolent de moi, tandis que d'autres essayent de m'apprendre. Au bout d'une grosse demi-heure, je commence enfin à comprendre le truc et je peux enfin réellement m'amuser, dans cette grande farandole populaire qui s'éternise jusque très tard dans la nuit. Je repensais furtivement à Rousseau qui méprisait ouvertement le théâtre de Voltaire et était pour de grandes fêtes populaires, comme celle à laquelle je participais actuellement. C'est une grande communion, où chacun et chacune à sa place, sans vices et sans dédain, sans mépris et sans mondanités. Ce devait être donc ça, la fameuse vie heureuse et la vie meilleure qui était entrain de se construire. Pourvu qu'elle dure et que la Rostovie hier humiliée, montre que son chemin vers la Rédemption n'est pas qu'une vaste mascarade politique.
[/justify]