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Posté : mer. mai 04, 2016 9:24 pm
par luc57
[center]Imaginez Shariz, mille ans plus tôt, au temps où les palais et les mosquées somptueuses sortaient de terre comme des champignons sur les fertiles champs d’automne.
Imaginez les Sultans, parcourant leurs terres à dos de cheval, sous le soleil d’or, traversant les déserts et les djebels pour rallier une à une les tribus qui formeraient l’Alamut.
Imaginez encore les mamelouks, redoutables guerriers d’alors qui chevauchaient, se repérant grâce à la Voie Lactée, pour accomplir telle ou telle mission donnée par un Prince. Voyez les Princesses chanter les milles & une nuit sous les iwans, resplendissantes de volupté et de grâce.
Voyez la pénombre qui occulte les recoins discrets des colonnes sous les coupoles. Pouvez-vous imaginer combien, dans ces sombres recoins, d’amours interdits se sont liés ?
Combien de complots se sont ourdis ? Combien de cœurs furent transpercés ? Combien d’empires y virent leur fin se dessiner ? Combien de royaumes y plantèrent leurs racines ?
Comprenez-vous, saisissez-vous l’imaginaire qui encadre chaque endroit de l’Alamut ? Oh non ! Ô combien de secrets restent à jamais cachés à l’ombre des minarets ! Combien de maqsuras forcées témoignent-elles des espoirs détruits et des ambitions victorieuses !
Et maintenant, posez-vous une dernière question : pourquoi ce qui a duré trois mille ans devrait-il subitement sombrer dans les profondeurs du temps ?[/center]
Posté : mer. mai 04, 2016 9:24 pm
par luc57
DE ROI DE LA SOIREE A PRINCE DE L’ORIENT [1/21]
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Les rayons du soleil couchant enveloppaient dans leurs tièdes bras les minarets à l’horizon. Le prince Jafar, tête de la branche cadette des Magarcides, admirait le spectacle depuis le balcon du palais sultanique de Shariz. Depuis sa récente mise en avant sur la scène médiatique, il avait gracieusement reçu une aile du palais de la part de la Sultane, sans qu’il n’ait jamais réellement su si elle y avait été poussée ou non. Son épouse la princesse Roxane n’était pas là aujourd’hui ; des obligations la retenaient à Narra, sa ville natale. Il sourit en pensant à elle. Roxane… descendante du Prophète Muhammad, un des plus beaux coups de toute sa vie. Il lui arrivait parfois de se demander s’il était réellement amoureux d’elle. Sans doute avait-il une tendresse sincère pour cette jeune femme, mais il doutait que cela aille plus loin, quoique courir le jupon ne l’intéressait plus depuis son mariage. La question que nous sommes en droit de nous poser, c’est la réelle motivation d’une telle décision. Après une vie de débauche, pleine de femmes, d’alcool et parfois même de cannabis, le prince Jafar avait décidé de tout arrêter du jour au lendemain, prenant conscience de son rôle à jouer dans le futur de sa patrie. La restauration du Sultanat par sa cousine avait été vue comme une opportunité extraordinaire de faire enfin quelque chose de sa vie. C’est d’ailleurs les femmes qui lui avaient ouvert cette porte de sortie : jamais il n’avait eu autant de succès qu’en tant que Prince… Il restait cependant à trouver quelque chose à faire… Chef de la branche cadette était une belle position pour mener une vie tranquille, à l’abri de l’instabilité, mais elle ne suffisait pas à un homme énergique et ambitieux. Ainsi, Jafar conserva son poste de haut-gradé de l’armée alamienne. Il se mit à lire intensivement le Coran et prenait à présent des cours d’études coraniques. Jamais il ne s’était senti aussi vivant et aussi fort. Il se leva de son fauteuil pour contempler la ville de Shariz. Il l’aimait, d’un amour sincère, et il en était sûr, de celui-là. Une légère brise caressait son visage. D’un geste séducteur que lui apprirent les boîtes de nuit, il releva les manches de son uniforme, gardant son verre à la main et prenant un air décontracté. Il plissa les yeux pour voir le mieux possible. Il vit la place Magar, place centrale de Shariz, déjà au Moyen Âge. La fontaine qui en était le centre était magnifique : l’eau claire qui en jaillissait par tout temps éclaboussait les enfants qui aimaient venir y tremper les pieds. Autour, des bancs et des tables étaient installées, et la douceur de ce mois de janvier y faisait se regrouper des lycéens et des lycéennes. Les premiers avec leurs chemises et leurs pantalons de toiles, les deuxièmes avec leurs jupes et leurs chemisiers assortis avec leurs foulards noués autour du cou. Jafar eut presque un éclat de rire lorsqu’il vit deux jeunes garçons s’approcher d’un groupe de jeunes filles, qui, immédiatement, reculèrent en gloussant. Cela lui rappelait un peu ses années passées. Subitement, il se surprit à mépriser ses jeunes gens. Il les pensait bas, éloignés des préoccupations réelles de la vie, ou plutôt de sa vie. Chaque seconde qui passait, chaque sourate qu’il lisait, chaque livre d’histoire qu’il étudiait, l’éloignait un peu plus de ce monde qui autrefois était sien. Il prenait de la hauteur, chaque jour, et réfléchissait avec de plus en plus d’assiduité aux manières dont devrait fonctionner chaque personne au sein d’une nation cohérente et multimillénaire. Jafar ne parvenait pas à décrire cette sensation autrement que par une « soif de sérieux », la volonté d’être sérieux, de valoir quelque chose, aux yeux de Dieu et des hommes. Ses pensées furent interrompues par quelqu’un qui frappait à la porte. La personne ouvrit sans attendre de réponses : il s’agissait d’Imane, la princesse-sœur de l’Alamut, sœur de Sherazade.
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Jafar, prince-cadet d'Alamut : Je ne crois pas t’avoir permis d’entre, cousine.
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Car, bien sûr, tu aurais refusé.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : En tant que sephabod [général de brigade, dans l’armée alamienne], j’ai tendance à me méfier de tout ce qui vient de derrière.
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Du moment que ce n’est rien d’indécent…
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Ton humour est toujours aussi pitoyable, Imane, j’aurais préféré que ton… installation dans le palais te rende meilleure.
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Mettons ça sur le dos du naturel. Ton épouse n’est pas là ce soir ?
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Elle est à Narra. Avec sa famille.
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Cette ville captera donc longtemps notre attention. Le Vizir aussi s’y est rendu aujourd’hui, pour une inauguration dont je n’ai pas très bien saisi l’intérêt.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Tu ne t’intéresses donc en rien à la gestion d’Alamut ?
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Ma sœur y prend plus de cœur, alors je préfère lui laisser les tâches barbantes.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Et de quelles tâches t’incombes-tu alors ?
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Entretenir les tapis du Palais, goûter chaque repas qui sort des cuisines, pomper l’air pour vérifier sa fraîcheur, c’est utile, en un sens.
Il était de notoriété publique qu’Imane n’avait épaulé sa sœur dans sa montée sur le trône que pour pouvoir jouir d’une vie tranquille dans la richesse et le confort. Jafar ne s’en étonna pas et se contenta de sourire poliment.
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Mais toi, tu n’es plus le même homme ! Du jour au lendemain, tu t’es débarrassé de tout ton attirail de jeune homme festif et insouciant. De roi de la soirée à prince de l’Orient.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : C’est si étonnant que ça ?
Imane, princesse-soeur d'Alamut : Inattendu, sans aucun doute, oui. Tu connaissais déjà Roxane avant que tu sois vraiment prince ?
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Oui. Nous nous sommes rencontrés à un dîner d’officiers. Son père est général.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Moi qui pensais que tu épouserais un coffre-fort.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Et toi ? Célibataire depuis… bientôt quarante ans ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Oooh mais ne t’en amuse pas, c’est voulu ! Peu d’hommes sont dignes de vivre ici.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : C’est plutôt l’épouse qui va vivre chez son époux.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Raison de plus.
Jafar vida d’un trait ce qui lui restait dans son verre et invita Imane à s’assoir. Les deux cousins étaient l’un à côté de l’autre, regardant les dernières lueurs du soleil disparaître.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Tu sais que je ne te crois pas une seule seconde, quand tu me dis que tu préfères déléguer toute tâche à ta sœur ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Tu crois qu’elle me laisse le choix ?
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Aaaah, nous y sommes.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Ne prends ton air satisfait, tu ne la connais pas comme je la connais.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Bouh, elle a été méchante avec toi ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Ton cynisme ne cache que ta stupidité, si tu crois que Sherazade est la femme que tout le monde voit dans les médias, belle, souriante, compréhensive et amoureuse de son peuple.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Ce n’est pas le cas ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Aux présidentielles, tu te souviens de Hasem Javaneh ? Le libertaire ?
Jafar, prince-cadet d'Alamut : J’ai dû lire son nom dans la presse ou le voir sur un bulletin de vote.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Il a disparu après la victoire de Sherazade. Les médias n’ont pas dit qu’il a été retrouvé mort. J’étais là lorsque ma sœur a froidement demandé au directeur des renseignements d’écarteler les factions libertariennes.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Comme si la mort de ce pauvre Javaneh t’affectait d’un sens ou d’un autre.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : C’est pour le principe. Elle ne gère pas sa communication comme elle gère Alamut. Il faut être idiot pour ne pas le voir quand on la côtoie au quotidien.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Le pouvoir rend fou. Ou froid et calculateur, si on l’exerce avec zèle. Et donc, tu ne te remets pas de ton écartement du pouvoir ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Comme si j’étais une menace pour elle. Elle ne confiance à personne, sauf à Al-Mandana [le Vizir] peut-être.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Elle lui fait vraiment confiance ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Ils couchent ensemble, si tu veux tout savoir.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Je n’en demandais pas tant. Mais c’est intéressant, parce que peu de personnes le savent.
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Par le bon vouloir de la Sultane.
Jafar regardait les minarets de la mosquée Maziz, en face du Palais, pensif. Il se remémorait ses divagations de tout à l’heure. Il avait face à lui une femme qui méprisait la Sultane d’Alamut et qui, pourtant, était l’une de ses plus proches dans la vie de tous les jours.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Que comptes-tu faire ? Lui demander à… participer aux conseils ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Ca ne changerais rien. Mais toi, Jafar, qu’est-ce que tu comptes faire ?
Le visage d’Imane avait subitement changé. Une lueur vive s’était allumée au fond de ses yeux et regardait avec insistant le Prince, qui se sentait presque gêné.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Pourquoi compterais-je faire quelque chose ?
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Eh bien tu vois, moi, je ne te crois pas une seule seconde quand tu essaies de me faire croire que tu es revenu juste pour jouir d’une situation confortable. Ce n’est pas assez pour un homme de carrière comme toi.
Jafar, prince-cadet d'Alamut : Alors dis-toi que… j’observe. En attendant l’opportunité de… « faire quelque chose ».
Imane, princesse-sœur d'Alamut : Ce jour-là, tu repenseras à moi. Et nous reboirons un jus de fruit sur ta terrasse.
Imane se leva, déposa un baiser sur la joue de Jafar et quitta la pièce. Jafar l’avait toujours connu avec ce caractère un peu nonchalant et satisfait, mais jamais il ne l’avait vu méprisante et ambitieuse. Cette conversation avait pris une tournure qui avait un pris de court le jeune Prince, tout déterminé qu’il était à affronter les intrigues de palais. Ce soir, il se coucherait avec une information de taille : le Vizir Azad Al-Mandana est l’amant de la Sultane Sherazade. Levant les yeux au ciel pour chercher dans sa mémoire, Jafar ne mit pas longtemps à se remémorer les versets coraniques et les hadiths qui interdisaient ce genre d’unions. Il se demanda ce qu’en penseraient les ayatollahs… malgré leur chute du pouvoir, leur figure demeurait autorité pour bon nombre d’Alamiens, et les livres de Meyssam Kamshad, ancien Grand Ayatollah, se vendaient encore en nombre remarquable. Jafar tournait le problème dans tous les sens : que signifiait cette visite d’Imane ? Recherchait-elle des amis ? Pourquoi ? Qu’était le devenir de l’islam dans le sultanat restauré ? Que pouvait-on en tirer ? Quel était le mieux pour Alamut, le mieux pour Allah ?
Ressassant chaque question, Jafar décida d’aller se coucher. Le soleil venait de disparaître et le couvre-feu allait bientôt être sonné pour les adolescents qui flânaient encore dans les rues. Il regarda à nouveau Shariz, puis ferma les yeux, récitant à voix basse une brève prière…
Posté : mar. mai 24, 2016 4:25 pm
par luc57
LE VIZIR ET LA HYENE [2/21]
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L’eau stagnante dans les souterrains du palais de Shariz donnait une atmosphère mystérieuse et angoissante à cet endroit perdu du bâtiment. Quasiment tout le monde, et sûrement la Sultane elle-même, avait oublié que ces anciens égouts médiévaux étaient accessibles. Le Vizir Azad Al-Mandana les avait découverts totalement par hasard en tombant sur une vieille carte du Palais. Il y régnait une chaleur étouffante, si bien qu’il avait retiré son veston et le tenait à une main par-dessus son épaule. Son autre main dans la poche, il fronçait les sourcils, essayant d’habituer ses yeux à l’obscurité, malgré les quelques torches allumées.
Azad Al-Mandana était un homme forgé par la guerre. Il était robuste, tant par sa musculature que par sa force d’esprit. Ces qualités l’avaient porté jusqu’à la troisième place du Sultanat moderne, il était l’un des hommes les plus puissants du Barebjal. Ces pensées le réjouissaient car Azad était avant tout quelqu’un… non pas d’égocentrique, mais qui s’aimait plus qu’il n’aimait les autres. Son assurance lui avait donné la victoire sur les champs d’opérations et dans les yeux des femmes, et pas n’importe lesquelles. Il avait réussi ce qu’il appelait en privé « la plus belle victoire de sa vie », à savoir se glisser dans le lit de la Sultane. Il n’avait jamais réellement su si elle l’aimait vraiment ou si elle était en manque d’affection depuis la mort de son mari. Le monde de la politique dans lequel elle se déplaçait ne laisse ordinairement que peu de place aux femmes et s’en tailler une peut rapidement devenir un calvaire si l’on n’en n’a pas la force d’esprit. Heureusement pour Sherazade, Azad avait tout le temps été à ses côtés, allant jusqu’à délaisser sa propre épouse, à tous les niveaux, jusqu’à l’ultime d’ailleurs. Ses enfants lui pardonneront lorsqu’ils comprendront comment le monde fonctionne.
Mais pour le moment, l’actuel Vizir avait d’autres projets, bien plus grands, bien plus puissants, bien plus extravagants, et pour le réaliser, il avait besoin d’alliés.
C’était l’un d’eux, du moins en potentiel, qu’il attendait en ce moment. Il avait demandé à un de ses hommes de confiance de l’escorter jusqu’ici, afin que l’endroit garde un certain secret. Azad Al-Mandana fut à peine perturbé lorsqu’un rat passa sur sa chaussure, un morceau de viande moisie dans la gueule. Il releva cependant soudainement la tête lorsqu’il entendit du bruit à l’embouchure la plus proche. Son homme de main venait d’apparaître, fit un bref signe de la tête en direction d’Azad et tendit la main vers lui, montrant le Vizir à la personne qui le suivait. Celle-ci arriva alors. Il s’agissait de [url=http://www.simpolitique.com/post211609.html#p211609]Nastaram Djahad[/url], ancienne ministre de la justice de la République Islamique, arrivée deuxième aux élections présidentielles, actuellement satrape de l’opposition au Nord, dans le fertile Al-Zuhul Alzamaad. Elle était à peine plus petite que les deux hommes, et sa démarche témoignait de son assurance et de sa détermination. Elle tourna les yeux vers Azad et eut un bref sourire. Le Vizir ne put s’empêcher de constater la beauté de cette femme : ses yeux pénétrants et ses taches de rousseur lui donnaient un air particulièrement attrayant. Sa coiffure soignée et son élégance vestimentaire contrastaient avec l’endroit dégoûtant dans lequel ils se trouvaient. Azad fit signe à son homme de les quitter, afin que le Vizir et Nastaram Djahad soient seuls. Ils se regardèrent un court moment jusqu’à ce que le silence soit rompu par la voix grave d’Azad.
[center][url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=348872DjahadAzad.png][img]http://img11.hostingpics.net/pics/348872DjahadAzad.png[/img][/url][/center]
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Sincèrement ? Je doutais de votre venue. Au moins, personne n’aurait su que j’ai attendu des heures dans un égout sale et puant.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : J’ai hésité. Je croyais en un… piège.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Je n’inspire donc pas confiance ?
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : … Puis je me suis dit que ma mort ferait de moi un martyr plus qu’un adversaire en moins, alors je suis venue.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Savez-vous pourquoi ?
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Non, ça m’intrigue beaucoup d’être invitée, qui plus est dans un endroit secret, par le deuxième homme d’un régime que je combats de toutes mes forces.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Qui combattez-vous précisément ? L’Alamut ?
Azad Al-Mandana avait pris un ton ironique en prononçant le nom d’Alamut.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Quel intérêt aurais-je à combattre la terre sur laquelle je suis née ? J’aime ma nation, et je veux son bien.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Le Sultanat a été son régime pendant des siècles, il a contribué à la forger, mieux que n’importe quel autre. L’Alamut est sultanique ou n’est pas, et ça, je sais que vous le savez.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Vous m’avez donc invité pour un débat historico-critique sur les racines de l’Alamut ?
Le Vizir eut un sourire complice et se rapprocha de Nastaram Djahad, ce qui fit plisser les yeux de cette dernière, de méfiance.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : L’autre jour, j’ai jugé intéressant de fouiller un peu dans les archives de la République Islamique. Vous savez, j’imagine, que votre arrivée au pouvoir n’a pas coupé mes réseaux aux services secrets et à leurs dossiers les plus confidentiels ?
Cette fois-ci, c’est Nastaram Djahad qui sourit. Elle avait compris où Al-Mandana voulait en venir. Elle joua le jeu.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Et donc ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Le dossier le plus confidentiel de tout votre mandat m’a attiré, le projet « Judur ». Figurez-vous que Mohammad Rohani ainsi que son gouvernement était en train de préparer une restauration du Sultanat. Mais un Sultanat bien particulier, avec… le Grand Ayatollah comme Sultan.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Nous étions sûrs de notre réélection, alors nous envisagions la suite sur le long terme, d’où la naissance de ce projet.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Et je suppose que l’arrivée de Sherazade sur la scène politique et l’engouement qu’elle a suscité a pris une ampleur que vous n’avez pas su maîtriser ?
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Nous avons voulu accélérer le projet Judur. Mais il était trop tard. D’autant plus que les mécanismes étaient mal huilés, les services secrets ont eu du mal à obéir à nos ordres. Quelqu’un jetait des grains de sable dans les rouages.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Moi.
Nastaram Djahad regarda le Vizir avec de grands yeux. Il venait d’avouer avec un sourire satisfait qu’il avait torpillé la République Islamique et fait s’effondrer tous les espoirs des anciens cadres de Lutte Populaire et surtout de l’ayatollah Kamshad. Bouche bée, Nastaram Djahad questionna du regard le Vizir.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Il était hors de question qu’un Ayatollah ne devienne Sultan d’Alamut. Nous avons toujours échappé à la théocratie islamique, et nous y tenons.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Vous venez d’avouer avoir ruiné mes efforts et mes projets. Vous m’avez invité seulement pour m’humilier ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Non. Mais pour vous rendre le projet.
Le Vizir sortit un attaché-case de derrière un muret et l’ouvrit. A l’intérieur se trouvait un épais dossier fait de multiples feuillets, rapports de police, notes administratives et bien d’autres encore. Il le tendit à Nastaram Djahad et celle-ci, en le feuilletant, remarqua quelque chose d’étrange.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Les derniers documents sont récents. Le projet n’a… pas été arrêté.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : A vrai dire, il s’agit là d’une copie du projet Judur… réactualisé.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Dans quel sens ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Personne ne veut d’un Ayatollah à la tête du pays. Vous n’aurez fait que provoquer l’ire de la population, voire nous plonger en pleine guerre civile. Les Alamiens aiment leur famille sultanique, et sa popularité doit être mise au service de l’état.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Alors qu’est-ce que propose le nouveau projet Judur ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Il propose de… changer de Sultan.
Un long silence s’installa entre les deux personnages qui se dévisageaient avec méfiance, les cœurs battant à tout rompre.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Pourquoi feriez-vous ça à votre amante ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Elle ne fait pas ce qui est en l’intérêt de ma nation. L’Alamut est perçu dans le monde comme une nation douce avec qui l’on signe des traités de libre-échange et des conventions culturelles. Est-ce que c’est à ça que ressemble l’Alamut que vous aimez ?
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Non.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Alors le projet Judur doit réussir.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Pourquoi est-ce que vous n’essayez pas plutôt de la convaincre ? De lui faire entendre raison ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Elle est déterminée, bornée, et persuadée d’agir pour le bien de sa nation. Le dialogue ne sert à rien avec elle.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Vous détruisez un mythe.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Je la connais mieux que quiconque, tout simplement.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Admettons que Sherazade abdique, d’une manière ou d’une autre. Qui prendrait sa place ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Quelqu’un qui sera capable… avant tout de nous écouter.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Nous ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Vous croyez que je vous révèle tout cela par charité ? Vous possédez des réseaux, de l’argent, des soutiens, c’est ce dont nous avons besoin.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Qu’est-ce que j’y gagne, concrètement ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Le nouveau Sultan me nommera Vizir, et vous serez mon bras droit. Et votre rêve alamien sera accompli.
Nastaram Djahad réfléchit pendant quelques instants. Renverser Sherazade et parvenir à un poste élevé dans un nouvel Alamut qui suivrait sa propre ligne ; vers là avaient été dirigées ses pensées depuis des années.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Qui monterait sur le trône ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Il nous faut quelqu’un de malléable, qui nous déléguerait son pouvoir et ne serait que symbole aux yeux des Alamiens. Je pensais donc à Imane, la princesse-sœur.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Elle a un bon profil. Elle est au courant ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Non. Pas encore, mais bientôt, elle le saura.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Et si elle révèle tout à sa sœur ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Pourquoi donc ? Elle l’a toujours méprisé, toujours. Lui nuire lui fera plaisir.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Elle n’est que cinquième prétendante au trône. Comment comptez-vous la faire passer première ?
Le Vizir sourit et pointa le dossier Judur du doigt.
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Vous lirez les détails là-dedans.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Bien. J’étudierais ça une fois retournée à Narra.
Ils se regardèrent pendant un moment et Nastaram Djahad amorça un demi-tour pour partir, puis tourna son regard vers le Vizir.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Qui me dit que tout ça… n’est pas juste un prétexte pour me faire tomber « en toute légalité » pour complot et rébellion contre le trône ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Un grand homme disait un jour « Il n’est point de secret que le temps ne révèle ». Votre chute serait une bombe à retardement, un martyr en puissance, vous l’avez dit vous-même.
Nastaram Djahad, satrape d'Al-Zuhul Alzamaad : Alors je dois avoir une confiance aveugle en un homme que je connais à peine ?
Azad Al-Mandana, Vizir d'Alamut : Nous apprendrons à nous connaître, j’en suis sûr, nous avons à présent un objectif commun.
Nastaram Djahad acquiesça de la tête et s’en alla sans regarder derrière elle. Un complot se tramait dans les souterrains du palais sultanique d’Alamut, et elle en était l’une des pièces maîtresses. Faire tomber la Sultane, restaurer un Alamut islamique et droit, retrouver sa position de femme forte du régime. Elle était dans son élément. Durant le voyage retour, elle consulta les papiers que lui avait fournis le Vizir. Elle constatait que l’un des points faibles du projet était la constitution d’une troupe d’hommes armés visant à déstabiliser le régime. Azad Al-Mandana, malgré sa popularité parmi les forces de l’ordre, ne pouvait pas se compromettre en tentant de recruter une milice contre la Sultane. Non, il devait rester auprès d’elle et écouter chacune de ses décisions. Lorsque Nastaram Djahad eut terminé l’étude du dossier, elle ne put s’empêcher de sourire. Les éléments qui manquaient, elle les avait. Ces hommes d’armes dont parle le projet Judur, la jeune satrape savait exactement où les trouver.