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Posté : jeu. déc. 10, 2015 4:38 am
par Alwine
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Sa Majesté Ménélok IV, Roi de Maok.[/center]

[right]26 Octobre 2028, aéroport de Lokaroum.[/right]

C'était seulement la troisième fois depuis la réouverture diplomatique du Maok que Lokaroum accueillait un personnage royal, et la première fois qu'il s'agissait d'un Roi venu d'Orient, et plus précisément du Makara. Même si le régime mis en place au Royaume de Wa – dont ce serait, au passage, la première rencontre royale officielle depuis le couronnement du nouveau souverain – n'était pas totalement équivalant à la monarchie classique, comme la concevaient les maokoriens, et même si certaines choses semblaient encore, vu du Maok, assez floues là-bas, il ne faisait pourtant aucun doute qu'il s'agissait bien d'une monarchie, et c'était donc le protocole royal qui était de mise. Ainsi, c'était le Roi du Maok qui présiderait à la rencontre, en lieu et place de sa Ministre des Affaires Étrangères ou parfois de son Premier Ministre, comme cela aurait pu être le cas pour une rencontre plus ordinaire.

Comme lors de la visite du Roi Suprême du Perlian et du Roi du Lito, tout cela avait eu deux effets, indépendants et complémentaires. D'une part, la ferveur populaire était bien plus grande, que lors d'une rencontre « normale » avec un simple diplomate, et une foule nombreuse s'était réunie à l'aéroport et à la sortie de celui-ci, ainsi qu'en plusieurs endroits de la ville où on avait prévu le passage du convoi royal, comme cela avait été le cas pour les visites précédentes, qui n'avaient pas manquées de marquer les esprits. Les gens étaient nombreux à grandir des bannières joyeuses, aux couleurs nationales, des drapeaux maokoriens ou, plus souvent, le seul symbole de la famille royale, les trois étoiles sables sur fond de gueule, exempté du vert du drapeau d'état. L'ambiance était joyeuse, car la foule était très heureuse et excitée de cette nouvelle visite royale, qui leur semblait, bien plus à leurs yeux que les accords avec tel ou tel état républicaine, la preuve d'un épanouissement de leur diplomatie.

D'autre part, on avait déployé plus de moyens que d'habitude, comparable, là encore, à celle mise en place pour la visite perliane et plusieurs centaines de soldats étaient présents. Ils formaient notamment une longue double haie d'honneurs, mêlant soldats masculins et féminins – les fameuses Amazones de Maok, qui existaient depuis l'époque pré-coloniale – en tenue d'apparat, pour honorer le souverain du Royaume de Wa. D'autres assuraient la sécurité tout autour de l'aéroport, et d'autres encore étaient venus renforcer la Police Royale pour contenir l'enthousiasme de la foule, purement amicale, mais qui aurait pu éventuellement poser problème. On envisageait pas vraiment un acte hostile sur le territoire maokorien, mais en cas de problèmes tous ces gens bien armés un peu partout sur le parcours que devait emprunter le souverain étranger serait apte à réagir.

Comme cela devenait peu à peu l'habitude, Ménélok IV en personne attendait son royal visiteur, entouré de plusieurs de ses proches conseillers, parmi lesquels la Ministre des Affaires Étrangères, le Ministre de la Culture et la Généralissime de ses armées, ainsi que plusieurs conseillers plus privés. Les conseillers étaient vêtus de vêtements de qualités, mais sobres. Ménélok IV lui-même portait une cape faite en peau de léopard et bordé d'une crinière de lion. Plutôt que la lourde couronne d'or traditionnelle, il avait choisi de porter une couronne plus délicate en émeraudes et argent, élégant travail moderne de ses artisans, qui lui en avaient fait cadeau pour son couronnement. Il tenait à la main le sceptre royal, en or et travaillé en son sommet en forme de tête de lion, qui faisait partie de l'antique trésor royal maokorien.

On n'attendait plus que les visiteurs, qui étaient annoncés pour bientôt. Comme on confirma qu'ils étaient tout proche, le Roi fit faire silence dans son escorte et attendit l'arrivée de son royal visiteur. Cela faisait près d'un an qu'il attendait l'occasion de rencontrer le nouveau monarque d'orient, avec qui il avait souvent correspondu, une attente d'autant plus forte que le Maok c'était investit indirectement dans la campagne qui avait mené à son couronnement. Il était donc un peu impatient de le voir finalement arrivé, quoiqu'il n'en montre aucun signe visible.

Posté : jeu. déc. 10, 2015 3:34 pm
par Johel3007
Sorti de sa torpeur par l’une des infirmières embarquées à bord au côté du détachement de diplomates, secrétaires et gardes du corps, Bô ouvra un œil lourd dont le regard se posa d’abord sur le visage de la jeune femme, s’attarda sur son décolleté puis remonta sur ses lèvres dont il lut plus qu’il n’entendit le message.
« -Votre Majesté, nous allons atterrir. Il faut vous préparer. »

Essuyant un filet de bave qui avait coulé sur son gilet lors de sa « courte sieste » de 12 heures, le souverain et maître de la vallée de Wa fit signe à un secrétaire de lui apporter un de ses costumes de rechange. En contrebas, à plus de 10.000 mètres sous l’avion, la piste de Lokaroum se profilait déjà, tout comme les avenues en fête de la capitale où, telle une masse grouillante, la foule se pressait pour saluer leur roi et son visiteur.
Baillant à s’en décrocher le dentier tout en étirant ses muscles engourdis, Bô laissa son entourage ajusté ses « habits de parade » : chemise zhongshan simple et sobre, sur laquelle se greffait ses anciennes médailles, gagnées voici plus de 40 années, ainsi qu’une simple barrette en or sur laquelle le pentagone émeraude du PML était incrusté. Le symbole était celui de l’ancien Grand Royaume de Lokfol et un rappel aux origines de l’actuel Royaume de Wa. Dans quelques générations, les livres d’Histoire prétendraient que le second n’était que la continuité du premier après une longue lutte protractée. On assimilerait les deux décennies d’exil de la Garde Royale aux débuts modestes d’un vaste combat continuel pour unifier le Beysin Austral. On vanterait le nom de Bô Ka comme celui d’un visionnaire sage ayant dédié sa vie entière à cet idéal de paix durable dans sa région natale. Et bien entendu, tout cela serait faux.

À plus de quatre-vingt ans, Bô ignorait lui-même son âge réel.
Né dans une famille pauvre dans les campagnes du nord du Wapong, il avait perdu ses parents lors de la guerre civile de 1950 et les famines qui l’avaient accompagnée. Il n’était qu’un enfant incapable de lire ou écrire, avec une notion enfantine du passage du temps. Mendiant et volant pour survivre, il finira esclave et enfant-soldat dans une bande de maraudeurs aux côtés desquels il ne fera pas un seul acte noble ou louable et dont il ignore encore aujourd’hui s’il s’agissait de brigands ou de soldats et, si soldats, pour quel camp ils luttaient. Il ne lui est attribué qu’une année de naissance estimée quand, en 1962, l’USSM le recrute de force dans le but d’en faire un soldat pour sa grande campagne de 1970. On lui donne 14 ans, comme à beaucoup de jeunes orphelins parfois clairement plus vieux que lui mais parfois aussi clairement plus jeunes. Ainsi, quand viendra l’heure de la guerre, il sera un homme, au moins sur papier. Quand l’USSM s’écroule en 1965 sans avoir même pu débuter la campagne en question, Bô Ka n’est qu’un adolescent embrigadé qui échange un maître communiste pour un maître nationaliste. À l’époque, le Président Hideki Yoko et son panmakiranisme mobilise les consciences et tous imaginent un Makara libéré des influences étrangères et Bô Ka, comme la majorité des jeunes, boivent ces paroles de haine comme du petit lait. L’échec lamentable de la Guerre du Sud-Makara, l’occupation du Wapong qui la suivra et la révélation que Hideki Yoko était en fait un espion Eranéen doucheront cet enthousiasme. C’est en soldat au chômage que Bô Ka, alors un jeune homme, émerge à l’aube de la Période des Milles Républiques. Et c’est en baron de la drogue et général décoré pour sa brutale efficacité qu’il en sortira, fuyant le pays avec, dans ses bras, le fils nouveau-né de son Roi assassiné. Les vingt-deux années suivantes ne seront qu’une succession de trahisons, vols, meurtres et autres sanglantes joyeusetés visant à rendre Bô Ka plus riche, plus puissant et plus influent parmi les différents syndicats criminels qui financeront son retour au Wapong en 2012.

Si son âge estimé est correct, ce n’est qu’à 78 ans que le vieux mercenaire proche de la mort a commencé à remettre en question ses valeurs et actions. Comme un signe des cieux, cela lui avait réussi : obscure figure politique parvenant à peine à faire entendre sa voix dans une petite ville au cœur des collines, il en était venu à régner sur 20 millions d’âmes. Ancien truand utilisant le droit de naissance de son neveu comme passe-partout discret au cœur des cours du Makara, on l’invitait aujourd’hui pour le traiter d’égal à égal avec un Roi étranger. Imposteur ? Peut-être. La pensée lui effleurait l’esprit chaque fois qu’il entendait Mina Syu faire l’ouverture des audiences. Peut-être donc… mais peu importe aussi !! La vallée était en paix parce qu’il posait ses fesses d’imposteur sur le Trône du Lotus.

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Sortant de l’avion, Bô Ka, salua la foule d’une main timide, l’autre s’accrochant à la rampe avec fermeté. Avec son mètre quatre-vingt-cinq, il était grand pour un Makiran et si le temps avait quelque peu érodé la majesté qu’il eut pu avoir, le dotant d’un ventre pendant et d’un crâne dégarni orné de rares cheveux d’un gris terne, il restait solidement bâti, fruit d’une vie d’efforts qui n’avait que relativement récemment ralentie.

C’est escorté du 1er peloton de Gardes Royaux qu’il s’avança vers l’un de ses mécènes. Devant lui, en tenue traditionnelle, Ménélok le 4ème attendait, sceptre en main.

C’est à Mina Syu, Première Déléguée du District 65, récemment anoblie et à présent de facto porte-parole du Jugwonjag que fut laissé le soin de s’adresser au souverain Zanyanais.


Mina Syu :
Première Délégué du District 65
« -Ménélok le 4ème, Souverain du Royaume de Maok, voici devant toi Son Auguste et Sage Majesté Bô 1er du Clan Ka, Jugwonjag de la vallée de Wa, protecteur de ses peuples, maître de Lokfol, général de 1ère classe, pupille et père de la nation Wapongaise, principal actionnaire de SuggarDaddy Ltd et Premier Délégué du District 62. Il te transmet Ses respects comme à un frère, égal en droit et dignité, et te remercie de l’accueillir en tes domaines. Ravi de découvrir les merveilles de ton pays et l’enthousiasme de ton peuple, il espère que l’amitié prospérera entre le Trône du Lotus et Ta Maison. »

Posté : ven. déc. 11, 2015 8:36 pm
par Alwine
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Sa Majesté Ménélok IV, Roi de Maok.[/center]

Même si on lui avait dit qu'il était vieux, Ménélok s'était imaginé son visiteur plus énergique et plus fringuant, peut-être, que celui qui descendit de l'avion. Il n'en montra rien, toutefois, sachant bien, d'ailleurs, que la valeur s'accroissait souvent avec l'âge, ainsi que la sagesse, et qu'en outre ce n'était pas à sa force physique que l'on jugeait un roi. Il salua donc son visiteur avec respect, alors que la foule, en arrière-plan, répondait joyeusement aux saluts timides du monarque, trouvant charmante cette apparence de timidité. Le souverain zanyanais reconnu également celle qui prit la parole, aux descriptions qu'on lui avait fait d'elle, et l'écouta avec attention.

Il était heureux de pouvoir confirmé de ses yeux que le nouveau maître légitime de la Vallée de Wa avait su s'entourer de celles et ceux que ses propres gens avaient repérés comme de vrais partisans de la monarchie à l'époque de l'élection qui avait restauré le trône en ce lointain pays d'Orient. Et ce fut avec le sourire qu'il prit la parole pour lui répondre.

Sa Majesté Ménélok IV : « Nous ne pouvons que joindre nos espoirs à ceux de votre roi, alors, noble dame. Sachez tous que je suis heureux de vous accueillir en mes terres, et que tout mon peuple, avec moi, se réjouit d'être visité par le nouveau souverain du Royaume de Wa. Puisse ton trône être assuré longtemps, ô Bô Premier, de même que l'amitié entre nos personnes ainsi qu'entre nos maisons. »

Le ton de Ménélok était ouvert, et sa voix, qui portait loin dans la foule, semblait également sincère. Après tous les efforts fournis par ses services pour voir restauré le trône wapongais, il ne pouvait qu'espérer sa pérennité autant que d'avoir son amitié. Il supposait que le fait de voir ses paroles traduites ne serait pas un soucis, mais dans le cas contraire, un traducteur était prêt à relier ses propos. Dans tous les cas, après avoir marqué une légère pause, le souverain zanyanais fit un signe à ses gens, qui apportèrent un coffre d'ébène précieux magnifiquement ouvragé,à lui seul une vraie merveille entre lui et ses visiteurs, avant d'en relever le couvercle.

Sa Majesté Ménélok IV : « Veuille accepté, Jugwonjag Bô, ce cadeau en modeste gage de notre amitié. Il s'agit d'un collier d'argent et d'ivoire créé par les meilleurs artisans du Maok, qui sont heureux de te l'offrir au nom de l'estime porté par tous les maokoriens au Trône de Lotus. »

Et, pour le plaisir du souverain makaran autant que pour l'édification des spectateurs, ses serviteurs sortirent de la boîte un lourd collier aux pièces d'argent et d’ivoire, reliés par une mince mais solide chaîne argentée, chaque pièce étant sculptée selon la forme d'un animal, l'un étant un lion, l'autre un éléphant, et ainsi de suite. Après quelques instants, et sauf signe contraire du monarque d'orient, ils remirent le présent sur son cousin de velours, dans la boîte de bois précieux.

Sa Majesté Ménélok IV : « Que ce présent soit pour jamais un modeste mais précieux gage de notre amitié et de celle de nos deux pays. »

Posté : lun. déc. 14, 2015 2:15 pm
par Johel3007
Le cadeau était aussi somptueux qu’inattendu et laissa l’assistance de Makirans trop surprise que pour réagir. Quelque chose avait visiblement dérapé dans le protocole mais Bô n’avait pas survécu et prospéré sans un minimum d’improvisation. Sourire reconnaissant au visage, il hocha la tête avant de prononcer, dans le dialecte le plus épais possible, quelques paroles visiblement adressées à Ménélok mais, dans les faits, dirigées à Mina Syu.

Bô 1er :
Jugwonjag de la vallée de Wa
«- Pas de panique, on va se tirer de là… Raconte-lui les salamèques protocolaires habituelles et gagnent un peu de temps, je trouve une idée. »

Mina Syu :
Première Délégué du District 65
« -Ton tribu est apprécié et accepté par Sa Majesté, Roi Ménélok. Mon maître est impressionné par la générosité des artisans de ta contrée, qualité pourtant aisément dépassée par leur talent. C’est avec gratitude qu’à son tour, Sa Majesté tient à faire honorer l’amitié qui vous lie par un présent qui, s’il pâlit en comparaison du tient, se veut une introduction à… »

Et pendant que la porte-parole s’égosillait en courbettes verbales, Bô scrutait des yeux son escorte, son regard cherchant un présent acceptable. Les babioles de luxe à lancer en offrande ne manquaient pas dans les bagages mais la plupart était encore en soute ou dans les coffres. Pour l’heure, Bô n’avait à sa disposition que ce que lui et ses compagnons portaient sur leur dos… ou dans leur bras. Le regard du Jugwonjag se figea sur celui de la compagne de Liu Kaï, l’un des proches conseillers du souverain. Confuse, elle lui rendit son regard, l’échange s’éternisant un moment avant qu’elle ne suive les yeux sur ce qu’elle tenait contre son sein.

Bô 1er:
Jugwonjag de la vallée de Wa
«- La nation vous remercie pour votre sacrifice... et le sien. Mina, c’est bon. Traduis mot pour mot, je te prie… »

Mina Syu :
Première Délégué du District 65
« - … c’est donc les arts culinaires de notre vallée que nous souhaitons introduire en vous faisant don d’une délicatesse rare. Au-delà des préjugés et mœurs, nous t’invitons, Ménélok, à célébrer la diversité des peuples et à déguster une viande qui n’est réserver qu’aux meilleurs et qui, par le talent de nos chefs, est telle l’ambroisie pour le palais. Un plat à l’image de notre pays et auquel nous espérons te voir prendre goût. »

La viande en question ne put s’empêcher un cri strident quand elle fut arrachée aux bras de celle qui, à mots étouffés, réprima un « -Mon bébé !! » de protestation. En dépit des gesticulations vaines et des cris appeurés de sa proie, Bô grimpa lentement les marches pour rejoindre Ménélok, portant à bout de bras et avec une mine aussi satisfaite et triomphante que possible son cadeau. Arrivé devant le souverain du Maok, il prononça quelques mots en Quantarien :

Bô 1er:
Jugwonjag de la vallée de Wa
«- Il faut le mangé frais. Une entrée frugale mais pour un festin de rois.»

[url=http://s28.postimg.org/x703dpjrx/images.jpg]L'entrée semblait ne pas partagé ce point de vue...[/url]

Posté : mer. déc. 16, 2015 2:57 pm
par Alwine
[center][img]http://img110.xooimage.com/files/b/d/0/___d9e04b52285a89...4c1cc8a7-4c776c9.jpg[/img]

Sa Majesté Ménélok IV, Roi de Maok.[/center]

Pour tout dire, l'échange de cadeaux était une chose qui paraissait normale, totalement naturelle, aux yeux des maokoriens. De tous temps, leurs rois avaient échangés des présents, directement ou indirectement, avec des monarques voisins ou étrangers. Plus encore, avant l'union du Royaume, et même encore maintenant, deux chefs de village ou de tribu s'échangeaient des présents lors d'une rencontre, de même que quand ils rencontraient le Roi. Et encore, à chaque visite royale où avait été impliqué le Maok depuis la réouverture de ses frontières, avec les monarques de Thorval, de Perlian ou encore du Lito, ils avaient prévus et offerts ces mêmes présents. Il ne s'agissait donc pas, du côté zanyanais, de mettre leur invité dans l’embarras, mais plutôt de se conformer à une tradition si ancienne et encrée chez eux qu'elle leur semblait devoir être universelle.

Ménélok vit bien, toutefois, l'attitude de son invité se troubler, mais il ne soupçonna pas la cause de ce trouble, et écouta poliment la porte-parole royale. Il n'entendait mot au parlé du monarque du Makara, et son traducteur, qu'il eut compris ou non, ne tiqua en tous cas pas, car passer sous silence les écarts d'étiquette faisaient partie du rôle des traducteurs, après tout. Dans tous les cas, le souverain maokorien écouta donc attentivement son interlocutrice, se disant au passage que ses agents avaient décidément fait une sélection remarquable quand ils avaient choisi les candidats à soutenir lors de la campagne électorale qui avait permis la restauration du Trône de Lotus, car la porte-parole royale avait une éloquence impressionnante, visiblement capable de développer un discours construit sans aucun soucis, de manière suivie et convaincante.

Finalement toutefois son discours arriva à terme, et le souverain de la Vallée de Wa s'avança lui-même pour tendre à Ménélok un présent... gastronomique. Il présenta celui-ci dans la langue du Quantar, qui était également la variation de la langue germanique parlée en Aiglantine, et que le zanyanais était capable de comprendre sans trop de soucis. Le visage du souverain maokorien était surpris, mais plus par la nature du présent que par l'animal lui-même.

Sa Majesté Ménélok IV : « Hé bien, Roi Bô, je dois avouer que c'est la première fois que l'on me fait un présent gastronomique lors d'une telle occasion. C'est une nouveauté appréciable, autant que le sera, j'en suis certain, la préparation que réaliseront tes cuisiniers. Nous le ferons servir au cours du repas donné en ton honneur, si tu le veux bien. »

Contrairement à ce qui aurait pu se produire avec certaines cultures d'Alméra, ou même d'ailleurs, il n'y eu pas, de la part du maokorien, de répugnance manifeste à manger du chien. Dans les années de disettes qui survenaient parfois avant que Ménélok n'y mette bon ordre en sécurisant la situation alimentaire du pays, il était arrivé plus d'une fois aux moins riches de ses sujets de devoir manger des animaux inhabituels, dont les chiens, et particulièrement les chiens redevenus sauvages. De ce qu'on lui avait dit, ce n'était pas très bon, mais la pratique ne lui était pas étrangère, et ne lui semblait pas dérangeante. Manger un chien qui lui était inconnu n'était pas plus difficile que pour un paysan de manger une vache qu'il avait élevé toute sa vie, après tout. Il espérait simplement que l'art des cuisiniers orientaux rendrait ce met meilleur que les échos qu'il en avait eut.

Cette fois, le monarque c'était exprimé en alémanique, langue proche de l'allemand quantarien, pas au point d'être identique, mais néanmoins au point d'être inter-compréhensible*. On guetta donc la réaction du monarque makaran avant de traduire, mais si besoin était, la tradition continua. Ménélok fit signe à un de ses aides, qui s'empara de l'animal avec efficacité, cependant qu'il souriait au souverain venu d'Orient.

Sa Majesté Ménélok IV : « Je suis touché, en tous cas, par tes gages d'amitié. Si cela te convient, nous pouvons à présent rejoindre le Palais Royal, où nous pourrons discuter plus confortablement, en en profitant pour parler un peu de tête couronnée à tête couronnée durant le trajet, ou, peut-être, le faire en compagnie de l'un ou l'autre de tes conseillers. »

Le Roi maokorien, ouvert, laissait le choix à son invité. Dans tous les cas, leur véhicule ne tarda pas à s'avancer. Contrairement à ce qui était prévu pour des visites de moindre rang, la voiture royale n'était pas un modèle à essence moderne, mais bien une superbe calèche à chevaux. La voiture avait été réalisée dans des bois maokoriens, et sculptés à la main, ainsi que garni de dorures discrètes, sans ostentation, relevant simplement la beauté du reste, et datait du retour de Ménélok de sa visite à la Reine de Thorval. Sur la portière étaient accrochés deux écus, l'un portant les armes de la Maison Royale de Maok, l'autre celui de la Maison Royale de la Vallée de Wa, et la même chose se retrouvait de l'autre côté. L'intérieur, bien sûr, était sobre et confortable, et n'attendait que la décision de Bô pour accueillir les deux souverains.

*Note : Je sais que IRL l'allemand et l'alémanique ne sont que peu compréhensibles, néanmoins en concertation avec tous les joueurs germanophones d'alors on avait décidé que l'alémanique du Viertenstein et l'allemand du Quantar l'étaient, mais qu'on entendait un accent, bien sûr. Sauf réfutation des nouveaux joueurs germanophones, je garde donc cette lecture.

Posté : ven. déc. 18, 2015 7:55 am
par Johel3007
Bô s’engagea vers la calèche.

Bô 1er :
Jugwonjag de la vallée de Wa
« -Nous avons beaucoup à nous dire. »

Posté : sam. déc. 19, 2015 11:17 pm
par Alwine
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Sa Majesté Ménélok IV, Roi de Maok.[/center]

Ménélok s'étonna du caractère presque sec de la réponse de son royal invité une fois qu'ils furent installés, mais il ne le montra pas, maintenant son sourire tout en répondant au sage et expérimenté souverain d'orient.

Sa Majesté Ménélok IV : « En effet, je ne peux qu'approuver ! Pour commencer, as tôt, Roi Bô, des questions sur le Maok ? De mon côté, je sais bien entendu quelques choses sur le Pays de Wa, car mes services l'ont autant étudié que possible, mais je serais curieux d'en voir brosser un portrait actuel par son légitime souverain, si cela t'agrée. »

Le Roi de Maok était réellement curieux en posant sa question, se demandant comment l'incarnation du nouveau pouvoir wapongais voyait la situation dans son propre royaume, encore tout jeune dans son officialisation. Son attitude, clairement ouverte, montrait aussi qu'il était prêt à répondre à toute question et, plus largement, à discuter de tout.

Posté : dim. déc. 20, 2015 7:23 pm
par Johel3007
Le Jugwonjag obligea Ménélok. Marquant un bref silence pour réfléchir à ce qu'il allait dire, il narra ensuite sa vision de Wa.

Bô 1er :
Jugwonjag de la vallée de Wa
« -Le pays de Wa est à l'image des eaux de son fleuve et de son peuple : merveilleux mais parfois sauvage, agité et abrupte. Rude, également, et impitoyable face à la faiblesse mais néanmoins généreux avec ceux qui savent alliés courage et prudence.
Depuis les montagnes du Nord d'où le fleuve s'écoule depuis sa source au Choson jusqu'au delta autour duquel serpentent les quartiers de Wapong-City, milles paysages s'offrent à celui qui longe les berges du Wa. Si la modernisation et l'industrialisation qui est allé avec a pu quelque peu abîmé la nature par endroit, il demeure quelques coins de paradis à l'harmonie intacte.

Mais plus encore que sa terre, son fleuve, ses forêts, ses montagnes et ses plaines, c'est à travers ses habitants que Wa se définit. On y trouve des gens parlant de nombreuses langues, aux physiques variés, vénérant des fois diverses et arborant des coutumes très différentes selon les villages ou villes. Les peuples de Wa sont des fils de fils de migrants, de voyageurs, d'exilés et de marchands, venus chercher fortune ou simplement asile dans la vallée.
Il y a les Lâhoms, qui vivent surtout à Wapong-City, à Gudae, à Yweth et dans la région de la plaine fluviale. Présents dans d'autres pays comme le Mayong ou le Raksasa, ce sont des pêcheurs, des artisans et des commerçants que l'important négoce du fleuve Wa a attiré jadis.
Il y a les Simboks, originaires de l'Ouest de la Roumalie et qui, voici deux siècles, firent le pari de s'allier aux Almérans pour améliorer leurs quotidiens et se libérer du Trône du Dragon. C'est un peuple de paysans et de mineurs, bien implanté dans le Massif des Cinq Pics, merveille géographique au coeur duquel des trésors géologiques sont enfuis.
Il y a les Môngs, le peuple du matin, venu du Mayong. Des âmes travailleuses, entreprenantes mais aussi turbulentes installées dans l'Ouest du pays de Wa, sur les meilleurs terres agricoles.
Il y a aussi les Koïms, montagnards issus du Nord du pays de Wa et présent également au Choson et au Mayong. Il s'agit de l'ethnie dont je suis moi-même affilié... ou en tout cas c'est ce qu'on m'a dit lorsque j'étais enfant. Ce sont des éleveurs, des chasseurs, des bûcherons et des artistes qui ont marqué durablement la culture de Lokfol et de sa région environnante.
Je pourrais aussi vous parler des Chosons, des Sionviguiens, des Bokchowi, des Eranéens, des Vieks, des Pelabssiens, des Luis et de bien d'autres qui représentent autant de minorité notable principalement installées dans les grandes villes et sur la côte.

Le pays de Wa est un refuge pour beaucoup. Pas qu'il soit un paradis pour eux mais, en dépit de certaines tensions, il a toujours su être accueillant, personne n'estimant que cette terre est la sienne par droit de sang mais bien par le seul mérite de son travail. On y prie les Ancêtres, les Kamis, Allah, Jésus, Jehova et milles autres divinités et esprits, autant par conviction que par tradition. Et c'est en souverain et protecteur de cette myriade d'âmes vivant dans la vallée de Wa que j'ai rétabli le Trône du Lotus. C'était une nécessité car, si la vallée est peuplé de gens merveilleux ayant su mettre de côté leurs origines afin de vivre côte à côte, sans la haine raciale ou religieuse qui déchire certaines nations, elle connait malgré tout des divisions profondes dûes autant à ses faibles ressources naturelles qu'à la forte disparité dans leur partage. Une force unificatrice est nécessaire pour que, en temps de disette, les habitants de la vallée ne se déchirent pas pour les miettes. Tel est le rôle premier du Trône du Lotus.»

Posté : lun. déc. 21, 2015 12:31 am
par Alwine
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Sa Majesté Ménélok IV, Roi de Maok.[/center]

Ce fut avec attention que Ménélok suivit la description du monarque makaran, charmé et presque surpris par la profondeur et la passion qu'il montrait en parlant. Une chose était sure à ses yeux, le Roi de Wa semblait se préoccuper sincèrement de ses gens, ce qui était une qualité essentielle pour un souverain. Et ce fut donc en souriant de plus belle que le Roi de Maok prit la parole pour répondre à son royal invité.

Sa Majesté Ménélok IV : « Hé bien, voilà qui était très intéressant ! Je vous remercie de partager ainsi avec moi un portrait si passionnant de votre pays et de votre peuple. Je suis certain que vous saurez être un bon et sage roi pour eux, et que, grâce à vous, le Pays de Wa ne pourra que gagner en stabilité et en prospérité. »

C'était en effet le sentiment général de Ménélok à propos de la royauté, raison pour laquelle il avait soutenu la campagne du Parti Monarchiste de Lokfol, et il lui semblait qu'il avait trouvé confirmation qu'il avait eut raison d'appliquer cet avis à la situation wapongaise.

Sa Majesté Ménélok IV : « Au Maok aussi, plusieurs ethnies ont appris à vivre ensemble autour d'un même peuple, mais si venues de moins loin, sans doute... et si, heureusement, elles ont depuis longtemps appris à ne former qu'une seule nation. Je ne peux que vous souhaiter bonne chance dans votre tâche, qui est admirable, et vous promettre que si cela m'est possible vous aurez toujours mon soutient dans cette voie.

Si vous me permettez une autre question, est-ce que vous comptez modifier ou enrichir la ligne diplomatique de votre pays, maintenant que vous êtes sur le trône ? Vous rapprocher d'autres monarchies ? Ou cela n'est-il pas à l'ordre du jour ? Bien sûr une fois encore si vous avez vous-mêmes des questions, n'hésitez pas ! »

Posté : mar. déc. 22, 2015 8:47 am
par Johel3007
Bô hocha la tête en affichant un sourire faible mais bienveillant.

Bô 1er :
Jugwonjag de la vallée de Wa

« -La république du Wapong avait, ces dernières années, adopté une politique d’isolation diplomatique suite à certains évènements. Son objectif était d’avancer progressivement vers la voie de l’autarcie via un mélange de protectionisme et de développement technologique. Sans être mauvaise, cette vision était d’avantage influencée par l’idéologie que par les faits.
J’envisage une voie plus ouverte et en phase avec les nécessités de notre époque. Nouer des liens étroits avec les monarchies du Makara, qu’elles soient ou non régnantes en ce moment, est indispensable à solidifier le Royaume de Wa mais aussi la tradition monarchique au Makara en général. Cela inclura en priorité le jeune Roi Bu-Jian de Roumalie mais aussi la famille impériale du Raksasa et celle d’Eran afin de sécuriser le futur de nos maisons et peuples. Les monarchies d’Hokkaido et du Kaiyuan seront également contactées et visitées mais au vu des distances géographiques, ce n’est pas une priorité. »


Le Jugwonjag hésita un moment avant de reprendre.

Bô 1er :
Jugwonjag de la vallée de Wa
« -En ce qui concerne les monarchies hors de l’Île-Continent, il me semble prématuré d’envisager un rapprochement. Les troubles religieux qui secouent actuellement l’Alméra rendent risquer de s’attacher à l’occupant actuel d’un trône. Il pourrait fort bien ne plus l’occuper dans quelques mois et son remplaçant pourrait prendre ombrage de l’amitié portée à son ancien rival. De même, si une république remplaçait la monarchie, la tenue dans un pays étranger d’un discours vantant la nécessité d’une fraternité entre les trônes pourrait desservir la diplomatie de Wa.

Concernant les couronnes d’autres continents, comme la vôtre, la situation est moins claire. Ma présence ici vise avant tout à te remercier, Ménélok, pour le soutien hautement créatif et efficace de tes conseillés lors de la campagne électorale. Sans eux, sans le Maok, le PML serait resté un petit parti populiste régionaliste, une excentricité sans réelle influence dans la politique nationale et sans autre utilité que d’échanger son maigre poids législatif contre des faveurs accordées aux habitants de Lokfol et à la pègre. Bref, un parti de kleptocrates souriants plutôt qu’une force politique légitime. Grâce au Maok et à certaines forces en Roumalie, la monarchie de Wa s’est affranchie des Triades et doit désormais sa loyauté au peuple. Une situation… soulageant.

Il n’empêche que si j’éprouve personnellement une gratitude immense envers Maok, mes devoirs envers Wa me force à la prudence. J’ai cru comprendre qu’une part importante de ton peuple était catholique. Le nouveau Pape semble diviser les fidèles de ce culte. La situation exacte au Maok est floue et j’aimerai, au-delà de la version officielle, connaître ta vision sur la question.»