Posté : ven. avr. 04, 2014 7:32 pm
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404091329975024.png[/img]</Center>
L'horloge n'a pas été remontée, sinon elle sonnerait les 17 heures, la fin du jour d'automne pour beaucoup de paysans delphinois qui seuls n'ont plus la force d'entretenir leurs vignes, bien souvent. On leur a volé femmes, fils et enfants, on leur a volé les cloches et la parole, le sens de l'humour. Parfois mutilés, muets bien souvent, sans électricité dans la très vieille ferme que les ancêtres, venus de Fiémance à l'époque moderne une fois les défrichements accomplis là-bas, avaient bâti de leurs mains, ou dans l'élan solitaire et malheureux d'où on espère l'accouchement d'un destin de rires partagés, entre un bois touffu et une garrigue inculte, ou dans l'entrain d'une communauté de colons fraîchement échoués entre les pierrières et les collines à en-terrasser.
<center>[img]http://nsa34.casimages.com/img/2014/04/04/140404092733694073.png[/img]</center>
De l'autre côté de la craie ségourchoise, le nouvel orient s'étend plus proche que jamais. La politique en a décidé ainsi. Là-bas non plus, personne n'avait le courage de reprendre la terre, et d'être ballotté entre les folies des uns et les lois des autres, sur des limons trop proches des terreurs juvniennes. Un Juvna de Cul-terreux se mettrait donc en place derrière l'horizon clair, les monts verts derrière lesquels des criminels absous trouveraient leur rédemption en étalant la merde des bêtes sur le sable noir des futaies arrachées. Le pari de la Fiémance était ici risqué. Il aurait fallu, sur tout ce territoire gagné, installer des forteresses modernes, des chemins de fers et des mines venant racler le fond des cavités de zinc, de cuivre, de fer, de houille, il aurait fallu faire appel à l'armée mondiale des travailleurs pauvres pour trouver la moindre source métallique, énergétique nécessaire à s'assurer une victoire guerrière contre le Juvna, puis contre la CESS.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404092303565789.png[/img]</Center>
Mais il y aurait toujours un ennemi, et le peuple fatigué de la Fiémance revenue à ses terroirs légitimes ne s'en sentait pas concerné, et la chorocratie nouvelle souhaitait asseoir ses principes sur une période de paix. Il n'était pas exclu cependant d'utiliser les territoires alentours à des fins politiques, et outre une façon d'exporter un modèle en lequel les gouvernants croyaient à Opemont, Juvna permettrait d'être une source de produits et le débouché aux exportations modestes des artisans nationaux, le Delphiné réinventé permettrait surtout d'accueillir les surplus d'enfants que le bon vin et le bon fromage font abonder si l'administration n'y veille pas. Et la mode n'était pas là-bas à ce que l'administration vienne tenir les calendriers menstruels. Comme depuis la reprise démographique du XVIème siècle, le Delphiné accueillerait à l'avenir les Fiémançais déracinés venant chercher l'aisance agraire plus en orient.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404093244353328.png[/img]</Center>
Le contrat était simple pour tout immigrant. Il ne changerait pas de sa vie en Fiémance. On s'installait dans cette province avec l'assurance d'avoir des terres, peut-être son arrivé redonnerait-elle espoir au veuf esseulé que l'industrie et la politique ont imposé d'une épouse et d'enfants ? On s'installait avec l'assurance de ne pas en payer, de ne devoir presque rien aux impôts, de n'employer que des bêtes et du dévouement à l'approvisionnement et au travail du sol nourricier. Pour lutter contre la déraison des temps, entre un flanc et une planche escarpée dans le creux d'un val ignoré de toutes cartes générales, on signait pour le retour à la normalité de ce qu'était la vie des hommes depuis qu'ils étaient hommes, depuis bien avant que les langues de nos jours n'existent, et pour bien après qu'elles soient oubliées. Les enfants très bientôt regagneraient ces vaux, ils naîtraient dans les choux nouveaux des temps meilleurs. Tout l'acier du monde, tout son charbon et toute sa haine, toute sa monnaie, tout son sang et toute sa démesure n'auraient pas eu raison des épis du renouveau. On avait créé des virus mortels, inventé des armes pouvant atteindre la lune, rasé des villes et tué des peuples entiers ; un ange gardien quelque part veillait sur cette partie du monde, qui dans six mois aurait déjà retrouvé un visage humaine.
L'horloge en ce temps-là sonnerait toutes les heures, et seraient remontée chaque matin au levé du petit jour, tandis que du sellier rafraîchi la barrette de beurre nourricier serait posée sur la table par les mains d'une femme heureuse.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404093836560033.png[/img]</Center>
L'horloge n'a pas été remontée, sinon elle sonnerait les 17 heures, la fin du jour d'automne pour beaucoup de paysans delphinois qui seuls n'ont plus la force d'entretenir leurs vignes, bien souvent. On leur a volé femmes, fils et enfants, on leur a volé les cloches et la parole, le sens de l'humour. Parfois mutilés, muets bien souvent, sans électricité dans la très vieille ferme que les ancêtres, venus de Fiémance à l'époque moderne une fois les défrichements accomplis là-bas, avaient bâti de leurs mains, ou dans l'élan solitaire et malheureux d'où on espère l'accouchement d'un destin de rires partagés, entre un bois touffu et une garrigue inculte, ou dans l'entrain d'une communauté de colons fraîchement échoués entre les pierrières et les collines à en-terrasser.
<center>[img]http://nsa34.casimages.com/img/2014/04/04/140404092733694073.png[/img]</center>
De l'autre côté de la craie ségourchoise, le nouvel orient s'étend plus proche que jamais. La politique en a décidé ainsi. Là-bas non plus, personne n'avait le courage de reprendre la terre, et d'être ballotté entre les folies des uns et les lois des autres, sur des limons trop proches des terreurs juvniennes. Un Juvna de Cul-terreux se mettrait donc en place derrière l'horizon clair, les monts verts derrière lesquels des criminels absous trouveraient leur rédemption en étalant la merde des bêtes sur le sable noir des futaies arrachées. Le pari de la Fiémance était ici risqué. Il aurait fallu, sur tout ce territoire gagné, installer des forteresses modernes, des chemins de fers et des mines venant racler le fond des cavités de zinc, de cuivre, de fer, de houille, il aurait fallu faire appel à l'armée mondiale des travailleurs pauvres pour trouver la moindre source métallique, énergétique nécessaire à s'assurer une victoire guerrière contre le Juvna, puis contre la CESS.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404092303565789.png[/img]</Center>
Mais il y aurait toujours un ennemi, et le peuple fatigué de la Fiémance revenue à ses terroirs légitimes ne s'en sentait pas concerné, et la chorocratie nouvelle souhaitait asseoir ses principes sur une période de paix. Il n'était pas exclu cependant d'utiliser les territoires alentours à des fins politiques, et outre une façon d'exporter un modèle en lequel les gouvernants croyaient à Opemont, Juvna permettrait d'être une source de produits et le débouché aux exportations modestes des artisans nationaux, le Delphiné réinventé permettrait surtout d'accueillir les surplus d'enfants que le bon vin et le bon fromage font abonder si l'administration n'y veille pas. Et la mode n'était pas là-bas à ce que l'administration vienne tenir les calendriers menstruels. Comme depuis la reprise démographique du XVIème siècle, le Delphiné accueillerait à l'avenir les Fiémançais déracinés venant chercher l'aisance agraire plus en orient.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404093244353328.png[/img]</Center>
Le contrat était simple pour tout immigrant. Il ne changerait pas de sa vie en Fiémance. On s'installait dans cette province avec l'assurance d'avoir des terres, peut-être son arrivé redonnerait-elle espoir au veuf esseulé que l'industrie et la politique ont imposé d'une épouse et d'enfants ? On s'installait avec l'assurance de ne pas en payer, de ne devoir presque rien aux impôts, de n'employer que des bêtes et du dévouement à l'approvisionnement et au travail du sol nourricier. Pour lutter contre la déraison des temps, entre un flanc et une planche escarpée dans le creux d'un val ignoré de toutes cartes générales, on signait pour le retour à la normalité de ce qu'était la vie des hommes depuis qu'ils étaient hommes, depuis bien avant que les langues de nos jours n'existent, et pour bien après qu'elles soient oubliées. Les enfants très bientôt regagneraient ces vaux, ils naîtraient dans les choux nouveaux des temps meilleurs. Tout l'acier du monde, tout son charbon et toute sa haine, toute sa monnaie, tout son sang et toute sa démesure n'auraient pas eu raison des épis du renouveau. On avait créé des virus mortels, inventé des armes pouvant atteindre la lune, rasé des villes et tué des peuples entiers ; un ange gardien quelque part veillait sur cette partie du monde, qui dans six mois aurait déjà retrouvé un visage humaine.
L'horloge en ce temps-là sonnerait toutes les heures, et seraient remontée chaque matin au levé du petit jour, tandis que du sellier rafraîchi la barrette de beurre nourricier serait posée sur la table par les mains d'une femme heureuse.
<center>[img]http://nsa33.casimages.com/img/2014/04/04/140404093836560033.png[/img]</Center>