Posté : jeu. janv. 16, 2020 9:35 pm
Wint’heure is commi(n)e (3)
15 février 2041 - Village de Cantebégude
[center][img]https://i.imgur.com/8I7MlYy.png[/img][/center]
[justify]« Il arrive, il arrive ! ». Jeanne avait réveillé toute la communauté de Cantebégude venue regarder sur le petit écran, durant les deux seules heures où l’on pouvait se permettre de faire fonctionner la télévision, un nanar comme le cinéma santognais savait en produire dans les années 1990. À vrai dire, la commune ne s’était pas constituée une vidéothèque digne de ce nom et ce DVD traînait dans une salle annexe qui faisait selon les semaines office de salle de classe pour les douze enfants de moins de dix ans ou de salle de mariages. Mais la dernière fois que deux personnes se sont échangé des alliances à Cantebégude, c’était en 2035… et encore, il s’agissait un remariage entre deux personnes qui avaient divorcé un an plus tôt. L’hélicoptère ou plutôt les hélicoptères affrétés par l’Etat avaient accroché le ravitaillement nécessaire pour les 400 habitants pour une semaine, essentiellement des féculents et des bonbonnes d’eau... Impossible d’atterrir ici-bas, le terrain n’était nulle part stabilisé.
Loin de les considérer comme des sauveurs, Gautier Labbadie se tenait la tête. Un fonctionnaire faisait cracher le haut-parleur de l’hélicoptère pour demander s’il y avait des Cantebégudiens souhaitant la ville le temps que la situation revienne à la normale. À peine sept personnes répondent par la positive, les autres se faisant la réflexion que cette vie coupée du monde s’apparentait à des vacances et qu’en plus, l’Etat venait remplir le frigo. Ils pouvaient aborder le reste de l’hiver en toute quiétude !
Nombre d’habitants : 390 (départ de 7 personnes)
Vivres suffisantes pour une durée de : 21 jours (ravitaillement)
18 février 2041 - Village de Cantebégude
[justify]Douzième jour sans électricité. Gautier ne s’était jamais senti aussi heureux et avait pour la fois depuis un an dormi plus de six heures. Au village, la vie économique était drastiquement ralentie mais continuait son cours, à la seule exception qu’au lieu de se payer en pistoles, on se payait en sucre, en boissons alcoolisées et autres shampooings ultra-doux. On se disait partout que c’était un mal pour un bien, que l’argent avait perverti les hommes et qu’on pourrait vivre comme ça jusqu’à ses 120 bougies, que c’était grâce à ça que Cantebégude était « le village des centenaires » de la Santogne. Quelques petits plaisirs de la vie manquaient toutefois… comme le chocolat ! « Je mangerai mon chat contre une tablette de chocolat ! » s’enthousiasme Jeanne, à qui on demanda pour la trente-deuxième fois d’arrêter de parler de nourriture durant la partie de cartes. Gautier, qui était assis dans un coin dans la salle commune, écouta les complaintes de la femme, qui était à mille lieues d’imaginer que l’ancien ingénieur en avait cinq kilogrammes. Ils n’étaient qu’une dizaine à le savoir, des Cantebégudiens triés sur le volet pour leur résistance psychologique et chacun pouvait recevoir un carré par jour en échange de leur fidélité. Gautier était devenu le maître des horloges. Leur foutu maire pouvait-il se vanter d’un tel palmarès ?
[center][img]https://i.imgur.com/ZH6Ji3x.png[/img][/center]
« Je sais où je peux en trouver : à Sainte-Félicie, c’est à peine à kilomètres de là. » promit Bernat, le berger du village, que tous ici voyaient comme un sage du haut de ses 94 ans, encore capable de gravir les flancs de l’Argentône qu’il connaissait par cœur. En 2037, son portrait avait été dressé dans [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342296#p342296]Sentinelles[/url]. Il se proposait d’aller au village voisin par un sentier assez difficile d’accès, qui avait déboussolé plus d’un randonneur d’été venu de Varaunes. « Mais je ne pourrai pas tout porter seul. J’aurais besoin d’un volontaire pour m’accompagner. ». Gautier n’hésita pas une seconde à se proposer : le trentenaire était à vrai dire l’un des plus jeunes de Cantebégude. « Je prends quelques vêtements chauds et je vous rejoins à la sortie du village ! » précisa-t-il.
Vingt minutes plus tard, le berger avec son bâton et son fidèle chien, qui toutefois commençait à se faire un peu vieux lui aussi, partirent en direction de l’ouest. Il fallait compter deux bonnes heures par beau temps comme aujourd’hui, le double s’il neigeait. La liste de courses comptait tous les produits difficiles à se procurer ailleurs que dans une épicerie. Bernat n’était pas de nature très bavard et dévalait les mètres avec une déconcertante facilité, ce qui n’était pas pour déplaire à Gautier. S’il voulait devenir le maître des horloges, il devait tuer le maître des lieux. Sans se douter de ce qui allait lui arriver, le berger traça sa route en tête, avec son chien tout aussi silencieux qui connaissait bien la route. Gautier, quelques mètres derrière, regarda s’il n’y avait personne dans les environs. Evidemment que non. Il plongea sa main dans la large poche de son manteau de laquelle il sortir un revolver, dont il désactiva la sécurité.
[center][img]https://i.imgur.com/OjcUQxy.png[/img][/center]
Le petit « clic » de la sécurité alerta brièvement l’animal. Gautier s’avança à grandes enjambées vers sa future victime, qui malgré sa vigueur physique, commençait à être un peu dur de la feuille. Ils étaient maintenant à mi-parcours, loin du village. Gautier actionna son revolver et tira dans la jambe du berger, qui s’écroula dans la neige tachetée de sang. Le chien n’eut pas le temps d’aboyer que Gautier l’acheva d’une balle dans la tête. Sonné par la douleur, Bernat tenta en vain de se relever avec son bâton. Mais sans un mot, Gautier lui fit face et lui tira une balle dans le cœur, qui le tua sur le coup… Demain, le village s’éveillera avec un seul maître.
[center][img]https://i.imgur.com/oPbk43M.png[/img]
Bernat (1947-2041)[/center]
Nombre d’habitants : 389
Vivres suffisantes pour une durée de : 17 jours[/justify]
15 février 2041 - Village de Cantebégude
[center][img]https://i.imgur.com/8I7MlYy.png[/img][/center]
[justify]« Il arrive, il arrive ! ». Jeanne avait réveillé toute la communauté de Cantebégude venue regarder sur le petit écran, durant les deux seules heures où l’on pouvait se permettre de faire fonctionner la télévision, un nanar comme le cinéma santognais savait en produire dans les années 1990. À vrai dire, la commune ne s’était pas constituée une vidéothèque digne de ce nom et ce DVD traînait dans une salle annexe qui faisait selon les semaines office de salle de classe pour les douze enfants de moins de dix ans ou de salle de mariages. Mais la dernière fois que deux personnes se sont échangé des alliances à Cantebégude, c’était en 2035… et encore, il s’agissait un remariage entre deux personnes qui avaient divorcé un an plus tôt. L’hélicoptère ou plutôt les hélicoptères affrétés par l’Etat avaient accroché le ravitaillement nécessaire pour les 400 habitants pour une semaine, essentiellement des féculents et des bonbonnes d’eau... Impossible d’atterrir ici-bas, le terrain n’était nulle part stabilisé.
Loin de les considérer comme des sauveurs, Gautier Labbadie se tenait la tête. Un fonctionnaire faisait cracher le haut-parleur de l’hélicoptère pour demander s’il y avait des Cantebégudiens souhaitant la ville le temps que la situation revienne à la normale. À peine sept personnes répondent par la positive, les autres se faisant la réflexion que cette vie coupée du monde s’apparentait à des vacances et qu’en plus, l’Etat venait remplir le frigo. Ils pouvaient aborder le reste de l’hiver en toute quiétude !
Nombre d’habitants : 390 (départ de 7 personnes)
Vivres suffisantes pour une durée de : 21 jours (ravitaillement)
18 février 2041 - Village de Cantebégude
[justify]Douzième jour sans électricité. Gautier ne s’était jamais senti aussi heureux et avait pour la fois depuis un an dormi plus de six heures. Au village, la vie économique était drastiquement ralentie mais continuait son cours, à la seule exception qu’au lieu de se payer en pistoles, on se payait en sucre, en boissons alcoolisées et autres shampooings ultra-doux. On se disait partout que c’était un mal pour un bien, que l’argent avait perverti les hommes et qu’on pourrait vivre comme ça jusqu’à ses 120 bougies, que c’était grâce à ça que Cantebégude était « le village des centenaires » de la Santogne. Quelques petits plaisirs de la vie manquaient toutefois… comme le chocolat ! « Je mangerai mon chat contre une tablette de chocolat ! » s’enthousiasme Jeanne, à qui on demanda pour la trente-deuxième fois d’arrêter de parler de nourriture durant la partie de cartes. Gautier, qui était assis dans un coin dans la salle commune, écouta les complaintes de la femme, qui était à mille lieues d’imaginer que l’ancien ingénieur en avait cinq kilogrammes. Ils n’étaient qu’une dizaine à le savoir, des Cantebégudiens triés sur le volet pour leur résistance psychologique et chacun pouvait recevoir un carré par jour en échange de leur fidélité. Gautier était devenu le maître des horloges. Leur foutu maire pouvait-il se vanter d’un tel palmarès ?
[center][img]https://i.imgur.com/ZH6Ji3x.png[/img][/center]
« Je sais où je peux en trouver : à Sainte-Félicie, c’est à peine à kilomètres de là. » promit Bernat, le berger du village, que tous ici voyaient comme un sage du haut de ses 94 ans, encore capable de gravir les flancs de l’Argentône qu’il connaissait par cœur. En 2037, son portrait avait été dressé dans [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342296#p342296]Sentinelles[/url]. Il se proposait d’aller au village voisin par un sentier assez difficile d’accès, qui avait déboussolé plus d’un randonneur d’été venu de Varaunes. « Mais je ne pourrai pas tout porter seul. J’aurais besoin d’un volontaire pour m’accompagner. ». Gautier n’hésita pas une seconde à se proposer : le trentenaire était à vrai dire l’un des plus jeunes de Cantebégude. « Je prends quelques vêtements chauds et je vous rejoins à la sortie du village ! » précisa-t-il.
Vingt minutes plus tard, le berger avec son bâton et son fidèle chien, qui toutefois commençait à se faire un peu vieux lui aussi, partirent en direction de l’ouest. Il fallait compter deux bonnes heures par beau temps comme aujourd’hui, le double s’il neigeait. La liste de courses comptait tous les produits difficiles à se procurer ailleurs que dans une épicerie. Bernat n’était pas de nature très bavard et dévalait les mètres avec une déconcertante facilité, ce qui n’était pas pour déplaire à Gautier. S’il voulait devenir le maître des horloges, il devait tuer le maître des lieux. Sans se douter de ce qui allait lui arriver, le berger traça sa route en tête, avec son chien tout aussi silencieux qui connaissait bien la route. Gautier, quelques mètres derrière, regarda s’il n’y avait personne dans les environs. Evidemment que non. Il plongea sa main dans la large poche de son manteau de laquelle il sortir un revolver, dont il désactiva la sécurité.
[center][img]https://i.imgur.com/OjcUQxy.png[/img][/center]
Le petit « clic » de la sécurité alerta brièvement l’animal. Gautier s’avança à grandes enjambées vers sa future victime, qui malgré sa vigueur physique, commençait à être un peu dur de la feuille. Ils étaient maintenant à mi-parcours, loin du village. Gautier actionna son revolver et tira dans la jambe du berger, qui s’écroula dans la neige tachetée de sang. Le chien n’eut pas le temps d’aboyer que Gautier l’acheva d’une balle dans la tête. Sonné par la douleur, Bernat tenta en vain de se relever avec son bâton. Mais sans un mot, Gautier lui fit face et lui tira une balle dans le cœur, qui le tua sur le coup… Demain, le village s’éveillera avec un seul maître.
[center][img]https://i.imgur.com/oPbk43M.png[/img]
Bernat (1947-2041)[/center]
Nombre d’habitants : 389
Vivres suffisantes pour une durée de : 17 jours[/justify]