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Posté : lun. juin 09, 2014 9:50 pm
par luc57
Nature : Gouffre des vœux

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Au beau milieu du désert d’Al-Neguev, il existe un gouffre non loin d’un volcan éteint depuis plusieurs siècles. Un gouffre splendide, comme un cactus au milieu du sable, qui emplit de rêves les songes de tous les nomades qui traversent les étendues désertes de ce lieu somptueux. Depuis des siècles, le gouffre des vœux est à l’origine d’une multitude de mythes, aussi positifs que négatifs. Expliquons-nous : certaines tribus nomades racontent qu’en jetant un objet d’or massif et en faisant un vœu, ce dernier se réalisera. C’est d’ailleurs pour elles le seul intérêt de l’or… Cependant, d’autres tribus, et certaines communautés sédentaires, pensent que ce gouffre est le nid des djinns, génies maléfiques des traditions arabo-berbères. Autre fait intéressant : au 14ième siècle, un calife fou, Ahmoud Al-Salif Ben’Thaou Ben-Gariab, était terrifié par les mauvais esprits et fit boucher ce gouffre de plusieurs dizaines de mètres avec du sable et des roches. Deux jours plus tard, toutes ces matières furent englouties. Et le calife reboucha le trou. Et les tribus nomades lui déclarèrent la guerre. Ainsi se déclencha la Guerre du Gouffre, qui fit des dizaines de milliers de morts. Comme quoi, le moindre trou avec quelques flammes peut déboucher à des choses… terribles.

Les scientifiques se sont penchés sur la question, bien évidemment, mais aucune conclusion claire n’a pas pu être tirée. D’une part, les tribus qui protègent ce gouffre refusent d’y laisser pénétrer quiconque. Par contre, un parcours a été créé autour de ce gouffre pour pouvoir l’admirer. Mais ces nomades se relaient pour le protéger. L’explication la plus plausible est des coulées de lave provenant du volcan éteint voisin. Ces laves visqueuses éclairent les roches et le grès en passant par-dessous, créant cet effet spectaculaire. Pour l’instant, beaucoup estime qu’il est préférable de regarder, d’admirer un spectacle que nous offre la nature plutôt que de chercher absolument à l’expliquer. Aucune directive particulière n’est prise par le gouvernement, à part une petite règlementation par rapport à la protection du site comme richesse naturelle. Ses protecteurs nomades ont déjà jeté des touristes dans la lave pour l’avoir profané en jetant par exemple une pièce : « C’est notre tradition, pas la vôtre, chiens d’étrangers », disaient-ils.
Mais à qui appartient ce Gouffre des Vœux ?

Posté : mar. nov. 11, 2014 12:27 am
par luc57
Société & Nature : Gardes des cieux

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Il est parfois dans les sociétés humaines dans lieux auquel on ne peut pas accéder et qui ne revête pas cependant pas le manteau du sacré. Parfois oui, ils sont d’anciens lieux de cultes païens, parfois ce sont des sépultures de grands hommes, ou parfois ils sont tout simplement dangereux et difficiles d’accès. Les trois cas se retrouvent au sein d’Alamut. Les locaux aiment à raconter que ces lieux sont protégés par les nuages, Gardes des cieux, gardiens de la mémoire la plus profonde des hommes. De temps en temps, un climat particulier procure un endroit protégé par les nuages, prenons pour exemple une vallée à laquelle on ne peut accéder que par deux cols escarpés ; du haut des pics, impossible de voir quoi que ce soit à l’intérieur. Même en suivant les ruisseaux qui tombent et serpentent dans la vallée, on ne peut s’y rendre sans se briser le cou. Rapidement, de nombreuses tribus locales ont attribué à cette vallée un trésor mythique et bon nombre d’ascètes de renom allèrent y passer plusieurs semaines, et le pli se forma dans l’esprit des peuples. Il n’est rien, rien, de plus exaltant pour un homme de relever les défis les plus puissants que l’on ait mis sous ses yeux : ceux de la nature, ceux du Créateur. Ainsi naissent les mythes, et l’une des racines les plus solides de toute les civilisations : le rite d’initiation.

Les photos ci-haut sont issues d’une même région en Alamut : une haute chaîne de montagne au Sud-Ouest du pays, région encore largement inexplorée. Même les plus anciens peuples du pays refusent d’y aller et contournent d’ailleurs ces pics : les torrents d’eau qui chutent de ses pans permettent des terres très fertiles et des paysages à couper le souffle. Cependant, une famille a été trouvée, une simple famille, dans laquelle tous les hommes doivent passer un an de leur vie en haut de ses pics, devant se nourrir totalement seul. D’après eux, seul un homme sur deux revient, et il est alors considéré comme un Surhomme au sens païen du terme. Selon eux, ces pics sont l’utérus du monde. Termes crus, pourrait-on croire, mais banaux dans la mythologie païenne. Quand on interroge les hommes qui sont allés dans ces endroits protégés par les Gardes des Cieux, ils ne répondent pas ou de manière très évasive, par énigmes : « J’ai vu les origines de notre monde, ainsi que les prémisses de son effondrement. J’ai aperçu le bras du Créateur et le visage du Maléfique. Maintenant, je sais, et je conserverais ce savoir, car il m’a été donné par le monde d’En-Haut, afin que mon esprit puisse lutter contre celui d’En-Bas ».

Posté : dim. mai 31, 2015 1:23 pm
par luc57
Société & Nature : Les jardins suspendus d’Ismaïl

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Situé au bord du désert d’Al-Neguev, à une cinquantaine de kilomètre de la côte Ouest d’Alamut, Ismaïl fut pendant longtemps la petite capitale du Sud du pays, ville de naissance de plusieurs califes d’Alamut, aujourd’hui forte de 200 000 habitants environ. Elle se démarque dans le paysage politique et économique actuel de la République islamique d’Alamut par différents points : premièrement, c’est là qu’est né Mohammad Rohani, l’actuel président du pays… ainsi que Meyssam Kamshad, le Grand Ayatollah. Niveau économique, c’est une ville avec un potentiel de développement extrêmement puissant. Pendant longtemps, l’histoire de la ville a fait qu’elle a eu besoin d’avoir des liens avec la côte. Des routes énormes ont été creusées dans le sol il y a 3000 ans déjà pour rejoindre les sublimes ports de la côte Ouest. L’île de Ras-Ben-Beldoul a souvent été aux mains des dirigeants d’Ismaïl. La pêche s’est alors montée comme une source de nourriture et de revenus extrêmement importante pour les populations locales. Très rapidement, en fait, de petites troupes de pécheurs mirent au point des systèmes de déplacement perfectionnés leur permettant de pécher sur la côte et d’aller vendre la poiscaille sur les grands marchés de la ville. Aujourd’hui, Ismaïl devient un centre industriel très important, avec des usines d’industrie légère poussant comme des champignons et renforçant –malheureusement- l’exode rural des campagnes alentours. Les autorités locales, fortement encouragées par l’Etat, ont réussi à mettre au point un plan de modernisation des réseaux de transport. A exactement 52 km à l’Ouest de la ville se trouve le port d’Ismaïl. Il est relié à la gare de la ville par un réseau ferroviaire extrêmement large –une dizaine de voies- et permet à un grand nombre d’ouvriers et de marchandises de faire des allers-retours entre les deux.

Cependant, l’activité économique intense de la ville n’est pas son seul atout. Il s’agit aussi d’une ville touristique très appréciée par les alamiens du Nord et les riches tchoconaliens. Et pour cause, sa position géographique au bord du désert, conjuguée à son importance politique, a fait qu’il a fallu faire de cette ville, malgré tout, une ville attrayante et gaie. C’est ainsi qu’en 1745, le calife Al-Saroumane a décidé la construction des jardins suspendus d’Ismaïl, encore visible et entretenu aujourd’hui. Ce calife était réputé pour ses goûts excentriques, ses appétits de grandeur et son mépris à l’égard des conventions artistiques. La légende veut que ces jardins aient été construits pour sa fille Maliana, qui, après une visite dans les djebels du Nord, regrettait la verdoyante verdure des basses montagnes. Ainsi, Al-Saroumane fit construire un bâtiment gigantesque, d’abord sous forme d’une ziggourat, avec des escaliers gargantuesques, des colonnes magnifiques, le tout sur sept étages. Chaque étage était tellement grand qu’il pouvait contenir des bâtiments : des mosquées, des musées, et même des demeures califales. Bref, une construction qui demanda un temps fou –elle fut achevée en 1786- et qui est au passage construite sur le nombre d’or : ainsi, les jardins suspendus font environ 714 mètres de large sur 1 156,68 mètres de long. Sa hauteur atteint celle d’un immeuble de vingt étages. De nombreuses restaurations ont été faite au cours des siècles, des hôtels ont été aménagés dans les étages intermédiaires, car il faut au moins deux jours entiers pour visiter cette merveille du patrimoine alamien.

Posté : mar. juin 09, 2015 8:37 pm
par luc57
Culture & Société : Les ruines d’Ichtar, l’Atlantide du désert

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Un célèbre écrivain clamait que « le triomphe des démagogies est passager, tandis que les ruines sont éternelles ». Depuis la loi sur le patrimoine de 1954, tous les sites et monuments appartenant de près ou de loin à la culture alamienne sont nationalisés. C’est notamment le cas des ruines d’Ichtar. Elles sont les plus belles du pays, tout juste derrière celles d’Alamopolis. La majesté et la splendeur qui se dégage de celles-ci sont époustouflantes. Il s’agit cependant seulement du dixième site touristique du pays. Raison : elles sont extrêmement éloignées de toute civilisation. Les premières communes habitées sont à 64 km. Et pour cause, les ruines d’Ichtar sont en plein désert, au milieu de nulle part. Seul un oasis aux propriétés physiques exceptionnelles permet de voir autre chose que des montagnes ensablées. La découverte du site remonte à 1885 : des bergers vivaient à quelques dizaines de kilomètres de la ville et un jour, aux portes du désert, ils remarquent une couche de pierres taillées sur le sol. Ils décident de les suivre, et visiblement, il s’agit bien là d’une route. Après trois kilomètres de marche, agacés et cognés par le soleil, ils décident de faire demi-tour et de prévenir les autorités. Celles-ci, profitant du récent passage d’une tempête de sable, parcourt la route et atterrissent après plus d’une heure et demi de cahots, les ruines d’Ichtar, dans un état de conservation défiant toute logique. Un engouement mondial se produit pour ses ruines dressées dans le désert alamien. En fait, la violente tempête de sable qui a eu lieu quelques jours auparavant a entièrement révélé la ville ; il n’y a finalement eu besoin que de quelques fouilles pour mettre à nu le reste d’Ichtar. Aujourd’hui, tout est dévoilé –du moins, on pense !- et le site est protégé des tempêtes… et des pillards.

Des reconstitutions ont été faite (cf. deuxième photo) : la ville était immense et devait contenir au moins 100 000 habitants. Comment se fait-il qu’une telle cité a disparu du jour au lendemain et que personne n’a plus jamais entendu parler d’elle ? En fait, des textes anciens parlaient d’une ville du désert, florissante, concentrée autour d’un grand oasis. Pendant longtemps, on a considéré cela comme un mythe, d’où le surnom de « l’Atlantide du désert » donné à Ichtar. Ichtar, du nom de la déesse qui était vénérée dans ladite ville, aurait été fondé en des temps immémoriaux. Les légendes en font d’ailleurs le berceau de l’humanité. En revanche, personne ne sait vraiment comment elle fut détruite puis oubliée. Plusieurs versions, ou plutôt plusieurs circonstances, sont présentées comme explicatives. Cette région du désert est connue pour ses tempêtes de sable extrêmement violentes : l’une d’elle, aux alentours de 100 av. J.-C. aurait tué une partie des habitants d’Ichtar et poussé les autres à l’exode. La douleur psychologique infligée par ce cataclysme aurait petit à petit effacé le souvenir de la ville. Mais pourquoi à ce moment ? Il y a bien eu d’autres tempêtes, et aucune source ne mentionne une arrivée massive d’immigrants venus du désert. Autre version : un assèchement de l’oasis, seule source d’eau à des kilomètres à la ronde. Possible, cela s’est déjà vu, mais toutefois, les hydrologues s’étant penché sur la question, ils ont conclu que c’était quasiment impossible, au vue des conditions géologiques. Deux autres versions plus « classiques » : la guerre et/ou la maladie. Durant l’Antiquité, les épidémies de syphilis étaient courantes dans l’actuel Alamut, l’une d’elles aurait pu décimer la population d’Ichtar. La guerre, contre un autre peuple local, est possible. En effet, on sait qu’historiquement, c’est à la fin de l’Antiquité que les nomades berbères apparaissent et commencent à mener de violents raids sur les villes d’Alamut. Des raids répétés auraient pu chasser les habitants, cela expliquerait les multiples ruines brisées par –visiblement- des machines de guerre type catapultes.
Ichtar, l’Atlantide du désert, n’a pas terminé de révéler ses secrets.

Posté : dim. juin 14, 2015 8:36 pm
par luc57
Nature : Forêt de Johmuri

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C’est face à l’inconnu que l’esprit humain donne naissance à ses plus belles créations. L’inconnu est conditionné par différents facteurs. La nature en contient certains, notamment la beauté parfaite, l’équilibre sans égal, et pourtant, c’est aussi elle qui au plus profond d’elle-même la dure loi de la sélection naturelle. Quel inconnu pour les hommes que d’imaginer deux facteurs aussi antagoniques les uns à côté de l’autre ! L’inconnu motive l’imaginaire, et c’est pour ça que l’Alamut ne cesse de mettre en avant toutes les soi-disant contradictions de la nature. La forêt de Johmuri en est un superbe exemple. Il s’agit là d’une des plus vastes forêts du pays, mais il ne s’agit absolument pas de l’une des plus grandes forêts du monde, le climat alamien ne le permettant pas. En revanche, elle présente une caractéristique assez particulière et qui se raréfie de plus en plus : de grands hectares de cette forêt sont dits primaires, c’est-à-dire que l’homme n’y a jamais posé sa patte. Ceux-ci sont d’ores et déjà inscrits au patrimoine national alamien. Quelques visites sont de temps à autre organisées, mais au compte-goutte. Il en va de même pour les scientifiques allant étudier Johmuri, qui se trouve au Sud de la ville de Jachar. Ces scientifiques ont des instructions très simples : répertorier d’éventuelles particularités de la faune et de la flore dès lors que les conditions du milieu changent radicalement –ce qui est assez fréquent dans Johmuri-. De même, ceux qui entrent dans la forêt sans autorisation valable peuvent être punis de quelques années de prison, pour non-respect au patrimoine national.

Les coins les plus sombres de cette forêt demeurent encore inexplorés. D’ailleurs, personne ne veut les explorer. Le gouvernement pense qu’il est important de faire en sorte qu’il demeure dans l’esprit des gens quelques parts d’inconnus, afin de maintenir vivaces les légendes, les mystères et donc, les rêves. Faisons un tour justement, du côté de ces légendes : il y a mille ans, dit-on, en des temps en fait bien plus reculés, les djinns, génies maléfiques, chassés par l’arrivée en force de l’islam en Alamut, se sont réfugiés dans la forêt de Johmuri. Se faisant perpétuellement la guerre entre eux, les djinns ont décidé de s’unir autour d’un but commun : rendre la forêt la plus attrayante possible aux yeux des hommes. Une fois ces derniers pris au piège, leur esprit est embrumé dans le mana terrible de ces démons. Ils peuvent sortir de la forêt, même aidés par les djinns, mais ils sont ensuite leur esclave, et répandent ce même mal dans la société après. Certaines vieilles personnes vivant dans le coin s’organisent même entre elles pour empêcher les personnes sortant de la forêt de rejoindre et pervertir la société. Ces légendes ont rendu la forêt répulsive pour les uns… mais fort attractive pour les autres : en effet, pendant des siècles, des brigands de tout poil se sont retirés dans la forêt, là où les autorités n’allaient pas les chercher. Aujourd’hui, la donne a changé…

Posté : jeu. juin 18, 2015 9:24 pm
par luc57
Société & Nature : L’oasis de Sadaqua

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Le désert du Néguev n’a pas toujours été considéré comme une terre inhospitalière dans laquelle personne ne peut se déplacer plus de trente kilomètres sans mourir de faim. Effectivement, ceux qui ne vivent ni ne connaissent pas réellement le désert en ont souvent une conception bien réductrice : du sable, du sable, du sable, et encore du sable, à perte de vue. Il n’est rien de plus faux. Le désert, c’est ergs, des regs, des oasis, des terres fertiles aussi, des montagnes, des grottes, lieux pour faire paître des troupeaux entiers, de chameaux, de dromadaires ou même de chèvres ! Loin d’être inapte à l’hébergement de communautés humaines, le désert a souvent été un refuge, un ultime recours. Les anciens disent qu’il est le dernier bastion, dont la franchise n’égale que celle du Prophète. Effectivement, le désert ne ment pas plus qu’il ne triche, contrairement aux montagnes ! Ce que l’on entend par là, c’est que le désert dévoile immédiatement ses armes : la chaleur, les roches à pic, les animaux. La montagne non : elle cache ses crevasses, elle enveloppe les hommes dans des jours blancs, elle diminue l'oxygène de l’air… bref, le désert ne cache rien, le connaître, c’est le maîtriser. D’un point de vue strictement « humain », il faut dire que les roches et le sable ne sont pas particulièrement utiles. En revanche, les oasis, c’est une autre histoire. Tous les jeunes alamiens, dès leur plus jeune âge, sont bercés par les histoires de caravanes de chameaux et de dromadaires qui traversaient le Néguev il y a des milliers d’années déjà, reliant le continent d’un bout à l’autre. Chaque voyage a des étapes… les oasis sont de celles-ci.

L’oasis de Sadaqua est le plus grand de tout le désert. Dès l’Antiquité déjà, des petites communautés venaient s’installer autour de cet oasis, afin de former des auberges et des points relais pour les caravanes et les nomades qui passaient par là. L’oasis étant littéralement inépuisable, au niveau de son eau et ce, en tout temps, est un véritable aimant à voyageurs. De fait, la prospérité de Sadaqa fut colossale. Au Moyen-Âge, la famille qui vivait et « gouvernement » de facto –et non de jure- l’oasis, était l’une des plus riches de tout le pays. Plus tard, sa fortune fut dépassée par les hommes du littoral, qui s’ouvrirent aux timides débuts de la mondialisation. Le relief est tel qu’au final, une vraie petite ville s’est organisé autour de l’oasis : la richesse de ceux qui vivaient constamment là a fait sortir de terre des bâtiments magnifiques… en plein milieu du désert. C’est très rare de voir des bâtiments « civilisés » au milieu du désert, si peu inhospitalier soit-il. Déjà, une question s’impose : comment acheminer tous les matériaux aussi loin, et comment les assembler sans mourir de chaud ? Il fait jusqu’à 45°C dans cette région ! Ça relève d’un véritable exploit… qui se ressent lorsqu’on se promène au milieu des colonnades bariolées de Sadaqa, qui permettent de nous rappeler que le génie humain s’étend jusque dans les endroits les plus inattendus.

Posté : jeu. sept. 24, 2015 7:24 pm
par luc57
Culture & Société : Le matriarcat du Merkastan

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La ville de Bel-Salaf, coincé au Nord-Est de l’Alamut, présente de nombreuses caractéristiques qui la distinguent des autres cités du pays. Aujourd’hui, c’est plus au Sud que nous nous rendons. A quelques deux-cents kilomètres, en effet, il existe une vallée verdoyante appelée le Merkastan. Alors que le monde entier fonctionne sur un modèle patriarcal depuis des millénaires, le peuple habitant le Merkastan (les merkatiques) suit un modèle matriarcal. Cela signifie plusieurs choses : ce sont les femmes qui héritent en priorité, si l’héritage n’est pas équitablement partagé. La mère est la personne la plus respectée des villages et la matriarche (la femme ayant le plus de petits enfants) trône comme dirigeante du clan. De plus, on constate que le progrès n’a pas réellement altéré la vie des Merkatiques. Encore aujourd’hui, dans cette région, c’est la signature de la mère de famille qui est demandée, et l’accord de maman est essentiel pour chaque chose que désire faire les enfants… ou le père. Cela a donné une réputation assez cocasse au Merkasatan. Les alamiens « pur jus » voient les hommes merkatiques comme des brêles mous du genou, tandis que les femmes les voient comme des maris attentionnés et aimants. En ce qui concerne les femmes ; les filles Merkatiques sont un peu considérées comme les « Amazones des temps modernes », dans le sens où elles ont développé un caractère bien trempé et un goût prononcé pour la directive droite et rude. D’ailleurs, quel métier est le plus pratiqué par les femmes au Merkastan ? Infirmière, comme à Ahmerrad ? Secrétaire, comme à Shariz ? Non, mère au foyer.

Afin de trouver une explication à ce phénomène, il faut se plonger dans l’histoire et remonter jusqu’au Moyen-Âge. Comme dit précédemment, la vallée du Merkastan est fertile, verdoyante et splendide, ce qui n’a pu que susciter les convoitises les plus ardues. Les textes qui nous sont parvenus font l’état des lieux d’une situation particulière et extraordinaire, quand on connaît la suite des évènements… En effet, les hommes Merkatiques étaient les Spartiates du Barebjal. Robustes, ils protégeaient leur merveilleuse vallée avec une hargne et une férocité sans faille. Mais petit à petit, coalition après coalition, décadence après décadence, les hommes perdirent de leur superbe et la vallée fut menacée. Au combat, les hommes mourraient sans cesse… les archives –très bien conservées- du Merkastan, entre 1154 et 1168, ne font état d’aucun homme mort au-delà de 38 ans ! Première cause de mortalité, la guerre. Bref, le pouvoir masculin se fit physiquement absent, les rares hommes encore là négocièrent à la va-vite une annexion « pacifique » au Sultanat d’Alamut. C’est alors que les femmes prirent petit à petit le pouvoir. Leur volonté s’imposa, car les hommes avaient failli. La population se reconstituait doucement, et les femmes ne lâchèrent rien. Jamais une région ne tint aussi bien la route durant l’ère moderne…

Posté : lun. oct. 05, 2015 7:18 pm
par luc57
Nature : Les ardoises de Stamilan

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Dans la tradition islamique, transmise depuis des lustres en Alamut, il y a eu des changements, beaucoup de changement, car le chiisme le permet. Cela a mené à de violents affrontements avec certains leaders sunnites. Cependant, et les ayatollahs l’ont toujours mis en avant, des pans entiers de l’enseignement coranique sont restés intacts. Malgré les différences, des trames de fond demeurent, et constituent même l’essentiel de la doctrine. Une de ces trames est la contemplation de la Création. Rien que ça. Preuve de l’universalité de l’islam, c’est une chose qui peut être pratiquée par n’importe quel homme, n’importe où n’importe quand, et surtout, sans avoir directement connaissance de la Sunna. Qui peut sérieusement contempler la voûte céleste et croire qu’il s’agit là du hasard ? Il convient alors de lever ses yeux, mais aussi de les ramener à ce que nous pouvons voir, ici, sur notre terre. Loin, très loin au Sud d’Alamut se trouve les déserts de Stamilan. On y trouve les plus grandes formations rocheuses d’ardoise qui soient. De différentes nuances de couleur, d’une pureté chimique extraordinaire et d’une beauté, lorsque rayonnante face au soleil, si sublimissime, que la région a souvent été convoité par les voisins du Grand Sud.

En effet, l’ardoise présente plusieurs utilités. Elle peut servir pour les tuiles des maisons. L’eau coule alors dessus beaucoup plus facilement. Il en va de même pour les revêtements et pour tout ce qui nécessite un drainage ou une hydrophobie particulière. On sait par exemple que l’ardoise fut utilisée dans le coin d’Ajmane pour construire des routes –encore utilisées aujourd’hui !- praticables à toute période de l’année. Des récits anciens tendraient même à montrer que l’ardoise a servi de monnaie. La tailler relevait d’un savoir-faire particulièrement difficile, la roche étant assez cassable, et faisait donc des « tablettes » (anciens billets) des objets prouvant une certaine valeur. Une vieille légende alamienne parle d’un homme du nom de Stamilan. Celui-ci, « en des temps où deux lunes éclairaient la nuit », avait construit une cité à côté des mines d’ardoise du Sud. Les rois du Nord s’assuraient son soutien, afin que Stamilan et ses fils les protègent des nomades venant du Sud. Stamilan, « aidé par les dix-huit fils de Golgan », se mit à creuser un vaste réseau souterrain, dans l’ardoise, faisant jaillir dans la montagne des « bunkers », des tourelles et autres constructions qui faisaient des mines un passage jamais franchi. Il s’agit là d’une très ancienne légende, qui a été transmise oralement par les Anciens, et que l’on retrouve aujourd’hui écrite sur des peaux de chèvres dans les villages les plus reculés de ces contrés… Et pourtant ! Il y a trente ans, lorsque le colonel Ben-Garsiv entreprit de cartographier le pays, un village apparut à côté des mines d’ardoise, portant le nom de Stamilanouïa (« la ville de Stamilan » en vieux farsi). Et plus récemment encore, des études ont montré l’existence d’un très très vaste réseau de tunnels souterrains, extrêmement anciens…

Posté : mar. déc. 29, 2015 3:14 pm
par luc57
Culture & Société : ZOOM sur les peuples nomades du désert alamien

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Le désert alamien s’étend sur un peu plus d’un million de km², faisant ainsi de cette terre l’une des plus vastes zones inhabitées du monde.
Inhabitées ? Non, pas tellement. On dénombre environ 700 000 nomades qui ne quittent jamais le désert. De manière générale, on les appelle les Garamantènes. Ce peuple se décompose en plusieurs groupes ethniques : les Pamirians, les Circassiènes, les Saviromains etc., entretenant tous des relations plus ou moins stables entre eux, partageant tous la même culture, vénérant les mêmes dieux et refusant la modernité.
Nous proposerons ici un petit documentaire sur ces peuples des sables, si mystérieux aux yeux des alamiens des littoraux, fascinant depuis des siècles les savants et ethnologues du monde entier.


[center]I/ Religion garamantène

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La religion des peuples nomades est à peu près homogène d’une ethnie à l’autre. Il s’agit d’une religion à mi-chemin entre le polythéisme et l’animisme, ce qui est déjà raison pour les historiens des religions pour s’arracher les cheveux. Cela s’empire lorsqu’on prend en note les rapports entre le monde visible et le monde invisible. Les rites sont aussi importants que la foi, même si cette dernière est très instable au fil du temps, connaissant des regains et des chutes régulières, contrairement à son pendant matériel, les rites, quasi-identiques depuis la nuit des temps.

a- Cosmogonie

Aux commencements était l’océan primordial, appelé le Chalit. Et alors une vibration retentit dans l’univers. Des Eaux Premières ont jailli les continents, au nombre de dix-huit. Une seconde vibration mystérieuse ébranla les terres, et c’est alors que naquirent les dix-huit dieux, souverains des Terres Premières, ainsi que les animaux. Il est une chose extrêmement importante à noter : ces dieux sont les maîtres de la terre, mais pas des mers. Ils haïssaient la mer, car elle abrite les puissances mauvaises. Encore aujourd’hui, un bon Garamantène, à l’instar des premiers dieux, ne doit jamais voir la mer de sa vie, car ce serait alors un grand malheur pour son peuple. A côté de cette cosmogonie somme toute simple, un autre élément ne nous est pas très bien parvenu. D’après certains textes et certaines traditions garamantènes, les deux vibrations génitrices de vie sont en réalité un dieu tout-puissant et ainsi créateur. Cependant, les mots « vibration » et « dieu » étant très semblables d’un point de vue étymologique, le mystère demeure.
Les dix-huit dieux étaient mortels et en étaient conscients. Alors, un jour, ils décidèrent de se regrouper afin de mettre un terme à la peur de la mort qui commençait à les envahir. L’un d’eux disait qu’il fallait combattre la « vibration », la renverser, faire marche arrière, afin de prendre le secret de l’immortalité. Un autre voulait que l’on creuse des tunnels dans les profondeurs de la terre afin que la mort ne les voie pas. Un autre encore voulait que l’on vide les eaux des océans, car c’est de là que provenaient tous les maux, donc la mort. La dispute entre les Dix-Huit s’envenima et tourna en bagarre d’une grande violence. Ils s’envoyèrent roches et montagnes entières sur eux, déplacèrent des forêts entières et allèrent même jusqu’à tenter de se noyer. De cette période, appelée la Bag-Nur Ahmouza (« la bataille des Dix-Huit »), un évènement cosmique important se produit : les pierres projetées par les dieux formèrent une seconde lune.
D’après les légendes et les traditions garamantènes, les Dix-Huit se seraient un jour calmés, car aucune de leurs attaques ne semblaient aboutir. Ils décidèrent alors de trouver une autre solution pour éloigner la mort, sans quoi, s’eurent-ils dit, ils se suicideraient tous. C’est alors que l’un d’eux, appelé Bechema, eut une idée : il dit que les dieux, donc eux, étaient mortels, mais que la terre et tout ce qui était autour d’eux ne l’était pas, car la nature était toujours aussi belle malgré les violences qu’ils lui ont fait subir, alors qu’eux étaient éreintés, défaillants, affaiblis. Il fallait donc trouver le moyen de « se transmettre l’immortel », à défaut de l’être soi-même. Ainsi naquit l’idée d’avoir des enfants. Les Dix-Huit se mirent alors à récolter les plus beaux éléments de la terre : feuilles d’arbre d’automne, eau de source, pierres précieuses et crins d’étalon. Avec ceux-ci, ils créèrent dix-huit femmes, toutes plus belles les unes que les autres. Ravis d’être parvenus à cette solution, les Dix-Huit retournèrent avec une femme chacun sur leurs continents, et alors le deuxième cycle du monde commença, celui des hommes.

Quelques récits authentiques de la tradition garamantène
Le commencement de la Bag-Nur Ahmouza
[quote]« … alors Bechema le Père des Idées s’approcha de son frère, Pulian le Très-Bon, et l’empoigna violemment. Bechema arracha le plus vieux chêne de la terre et s’en servit comme d’une massue pour assommer Pulian. Stamokan le Pacificateur l’en empêcha, de sa main vigoureuse. C’est alors que la rivière qui traverse la terre de la Négociation sortit de son sentier et balaya les jambes de Stamokan le Pacificateur, qui fut naïf de croire à un caprice de la nature, car c’était son frère Boulouk le Vénérable qui avait détourné le cours d’eau en y déposant une montagne. Chacun des Dix-Huit tenta à son tour de calmer la situation, mais la bataille n’était que sur le point de commencer, et un cycle entier de violence naquit. C’est durant ce cycle que les tornades, les vents violents, le sable des airs, les cyclones, les inondations et les tremblements de terre dévastèrent le monde pour la première fois, servant d’armes aux Dix-Huit. Ils existent encore aujourd’hui »
[/quote]
La création de la femme
[quote]« …les Dix-Huit, ensemble, réconciliés et braves, entreprirent l’œuvre qui écarterait à tout jamais la mort de leur esprit. Ils voyagèrent sur toute la surface de la terre, d’extrémité en extrémité, récoltant dans leurs bras forts tout ce qui leur permettrait de détruire la mort. Ils revirent à leur point de départ, là où débuta la Bag-Nur Ahmouza, et ils assemblèrent les plus belles œuvres de la Vibration Seconde.
Les douces feuilles orangées formèrent un corps d’une couleur éclatante, d’une surface douce comme le miel. A l’intérieur de ce corps, les Dix-Huit coulèrent les sources d’eau les plus pures, emplissant le corps de la plus grande douceur. Sur la tête, ils mirent les crins des étalons les plus vigoureux qu’ils trouvèrent, donnant aux corps la majesté et la force de l’animal. Une fois ces trois actions terminées, les Dix-Huit décidèrent d’achever les corps en installant des pierres précieuses là où se trouvaient les yeux. Ils ne savaient quelle pierre choisir, et le souvenir de la Bag-Nur Ahmouza plana au-dessus leurs têtes. Alors, ils décidèrent que chacun pouvait choisir la pierre qu’il décidait. L’un prit l’émeraude, l’autre l’améthyste, un troisième la topaze, un quatrième l’ambre, un cinquième le rubis, un sixième l’opale, un septième le diamant, un huitième le saphir, un neuvième la citrine, un dixième la perle, un onzième le lapis-lazuli, un douzième la jaspe, un treizième la cornaline, un quatorzième le grenat, un quinzième la nacre, un seizème le cristal, un dix-septième l’agate et un dix-huitième l’onyx. Ainsi furent finis les Premières Epouses.
Face à leurs créations, les Dix-Huit s’agenouillèrent et demandèrent à la Vibration de retentir une troisième fois pour donner le souffle de la vie à leurs femmes. La Vibration entendit leurs lamentations et répondit. Alors les premières femmes marchèrent et aimèrent leurs maris, et les Dix-Huit aimèrent leurs femmes plus encore ».[/quote]

b- Cosmologie

La cosmologie garamantène est particulièrement difficile à saisir, car le fonctionnement du monde ne s’écrit pas, il se dit. Il est donc fort à parier que les récits se sont modifiés au travers du temps. Une tradition orale possède toujours une plasticité importante qui tolère et force même ce genre de dérives. Essayons cependant de dégager les plus grands axes de la cosmologie, en collant au maximum à la cosmogonie déjà précisée.

Il est dit qu’avant la Bag-Nur Ahmouza, les dix-huit continents formaient un cercle sur le Chalit (l’océan primordial). A ce moment-là, seuls existaient la terre, le soleil et la lune. Toutefois, à l’arrière de ce schéma idéal, comme englobant toute chose de sa puissance, la Vibration demeurait et tenait chaque chose à sa place. C’est alors que la Bag-Nur Ahmouza commença. La nature fut brisée, la terre entama une danse macabre, le soleil lui-même se cachait pendant de longs mois, agacé de la folie des Dix-Huit. Une seconde lune apparut, et les montagnes que se jetaient les frères partirent au-delà des frontières du monde et ainsi naquirent les étoiles et les planètes.
D’après les mythes anciens racontés par les vieux Garamantènes, le monde des étoiles et des planètes est inaccessible et est le symbole de la violence et de la guerre. Cependant, on découvrit avec étonnement que le savoir astronomique de ce peuple est très avancé : le système solaire leur est connu, ainsi qu’un grand nombre de constellations et d’étoiles parfois fort lointaines. La perception qu’ils en ont est toutefois très particulière. Ce monde astral est le produit de la guerre, de la violence qui forgea le monde… il est le fruit de la « Destruction Créatrice », et représente de fait un danger. En effet, nous y reviendrons, les Garamantènes considèrent que le monde ayant été chamboulé sauvagement par les Dix-Huits, il convient à présent d’en maintenir l’équilibre. Il faut donc ne pas réveiller les fruits de leur colère et simplement les contempler afin de se souvenir. Les étoiles et les planètes sont dans une « bulle cosmique » à part, appelée la « Kirma », qu’il est très dangereux de franchir.

Il existe une seconde « bulle » qui s’étend sur toute la planète, et s’arrête là où commence la Kirma. Il s’agit du « Boukalit », ou « la Demeure ». C’est un monde que l’on appellerait aujourd’hui parallèle. D’après les Sages (tout détenteur du savoir religieux garamantène), le Boukalit est semblable à notre monde, à la seule différence que la matière est esprit. Et ce monde a une particularité supplémentaire, c’est qu’il dirigé par les Dix-Huit, qui sont les seules choses à la fois matière et esprit. Ils sont les seuls à pouvoir voyager entre le Boukalit et le monde des hommes. Cependant, leurs interférences dans le monde des hommes sont plus que limitées. D’après les Garamantènes, les Dix-Huit peuvent seulement provoquer la mort et la vie… rien que ça. Ils sont donc là le jour de la naissance et le jour de la mort d’une personne. Il faut d’ailleurs noter qu’au cours de sa vie, un Garamantène doit se rendre, par différents rites, dans le Boukalit. Son corps demeure dans le monde des hommes, mais son esprit le quitte et va dans le Boukilat. Il doit alors rencontrer les Dix-Huit, et suite à un jugement, il se place sous la protection de l’un d’eux ; celui qui s’est révélé le premier à lui et qui acceptera de l’accompagner jusqu’à sa mort. Après ce rite de mise en contact avec le Boukilat, il n’est plus possible d’y retourner, et il faut se débrouiller pour entrer dans ce qu’on appelle le « Mechra kouri », le « mouvement infini du maintien », c’est-à-dire pratiquer les rites dédiés à celui des Dix-Huit qui nous protège, avec la plus stricte orthopraxie. Cela occasionne parfois des problèmes. Lorsqu’un jeune homme de vingt ans se rend au Boukilat, il peut se retrouver face à un des Dix-Huit qui n’est pas vénéré dans sa tribu, dans sa famille, et il doit donc partir seul à la rencontre d’un homme sous la protection de ce dieu, afin d’apprendre de lui les rites issus du temps des origines.

La troisième « bulle cosmique » est le monde des hommes. C’est celui que nous voyons, il est matériel, et tout contient une petite partie de la Vibration Première, sauf les hommes, qui eux, possèdent une partie de la Vibration Seconde, demandée par les Dix-Huit pour créer les Premières Epouses. Ce décalage est ce qui permet aux hommes de rejoindre la seconde bulle, le Boukilat, qui est de fait inaccessible aux non-hommes, roches, plantes ou animaux. Cette troisième bulle, que nous appelons Simpomonde, est appelée « Labosan » par les Garamantènes. Un homme possède deux vies en ce Labosan : une précédent l’entrée dans le Boukilat et une venant après l’entrée dans le Boukilat. Avant avoir rencontré l’un des Dix-Huit, on ne peut rien faire de particulier d’un point de vue religieux : on est exclus de tous les rites, sacrifices… et l’on n’a même pas de cérémonie funéraire si l’on meurt. Ce temps est un temps de mort spirituelle : on apprend à ne se contenter que du matériel. On apprend à chasser, à courir après les filles, à préparer des plats, à coudre, à fabriquer des objets… Rien de plus : on apprend à se servir de « l’écume du monde ». Le rite d’initiation permettant d’entrer dans le Boukilat peut se dérouler à n’importe quel âge. Il est rigoureusement identique pour les garçons que pour les filles, qui jouissent au passage d’une égalité totale face à la religion. Cette entrée dans le Boukilat se fait généralement autour de 25 ans, mais certains la font bien avant et d’autres bien plus tard. Une fois qu’on la fait, nous ne consommons et ne concevons plus le Labosan de la même manière. Nous entrons dans l’état de mechra kouri (« mouvement infini du maintien ») : l’un des Dix-Huit nous a signalé qu’il nous protégeait durant notre existence, et nous devons à présent maintenir l’ordre des choses par l’orthopraxie la plus stricte. Toute la vie du Garamantène s’oriente alors dans ce but, cet unique but. Il continue de faire tout ce qu’il faisait avant, mais doit à présent ajouter une « audonas » à chacune de ses actions, c’est-à-dire un genre de rite honorant son dieu tutélaire. A aucun moment il ne rejette cependant les autres dieux. D’ailleurs, comme précisé avant, la « mechra kouri » ne se fait pas du jour au lendemain : il faut chercher les rites à pratiquer. Il y a donc une période d’un an après l’entrée dans le Boukilat, durant laquelle l’initié doit apprendre les rites de la part d’un ancien qui a été « sélectionner » il y a au moins 18 ans par ce dieu. Parfois, chercher un homme comme celui-ci peut prendre des mois entiers et donner lieu à des cavalcades sans fin dans le désert d’Al-Néguev. S’il est un de vos proches (père, tante, mère, oncle, frère ou sœur aîné, voisin…) qui a reçu ce dieu comme dieu tutélaire, cela devient plus simple. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne fait jamais d’enfants, chez les Garamantènes, avant l’âge de 18 ans : au cas où l’enfant reçoit le dieu de ses parents comme protecteur.

Pour terminer, la quatrième bulle cosmique. Il s’agit de la plus floue, c’est le monde des morts, ou « Ahmou Karsan ». C’est un concept assez particulier car contrairement à un très grand nombre de religions, rien n’effraie plus un garamantène que la mort. Le terme « Ahmou Karsan » ne se prononce d’ailleurs jamais, et lorsqu’on l’écrit, il faut brûler la plume en question et offrir une libation aux Dix-Huit. En fait, on ne sait du coup que très peu de choses quant à ce monde. D’après les textes épars à ce sujet, on en trouve un, ayant sûrement été rédigé par un ancien courageux, qui nous explique qu’à la mort, l’esprit survit dans un état intermédiaire : il est coincé entre le monde des Dix-Huit, le Boukalit, et le monde cosmique, le Kirma. Si le défunt n’a pas respecté les rites, s’il n’a pas rencontré un des Dix-Huit, s’il a trahi son peuple ou s’il a refusé la religion de ses pères, son esprit filera droit au Kirma, monde supra-cosmique des planètes et des étoiles. Rappelons que ce monde est le vestige de la Bataille des Dix-Huit, et qu’il est donc empli de violences et de méchanceté : s’y retrouver expédié pour l’éternité n’est pas un projet alléchant. En revanche, si le défunt a accepté le dieu qui s’est présenté à lui, s’il a respecté les rites, s’il a enseigné les rites (plus on a de pupilles, mieux c’est) et s’il s’est tenu droit toute sa vie, alors il demeurera dans le monde des Boukalit, dans le palais spirituel des Dix-Huit, où il sera spectateur de la félicité de ses glorieux ancêtres. On serait tenté de dire que dans un cas comme dans l’autre, on ne s’en tire qu’à mauvais compte. Cependant, l’auteur du texte précité s’en sorte grâce à une pirouette : contempler la félicité des Dix-Huit, rassemblés dans la paix, provoquerait une telle béatitude que l’on en passerait l’éternité envahi d’un bonheur sain. Ce dernier point demeurant flou, il semblerait que la mort demeure le sujet le plus tabou et le plus effrayant de la société garamantène.

Un exemple personnel d’entrée dans le Boukilat
« … et alors mon père, ma mère, mes oncles et mes tantes s’effacèrent de mon champ de vision. Ils furent flous, puis invisibles. Je ne voyais plus rien autour de moi, si ce n’est une sorte de voûte céleste emplie de petites étoiles, qui virevoltaient autour de moi. Je pouvais bouger, avec une efficacité extraordinaire. Mon corps obéissait et réalisait chacun de mes actes avant même que je n’y pense, tout était coordonné, délimité, parfait. C’est alors qu’au loin, je vis un homme, grand, fort. Je ne distinguais pas son visage. Il portait un livre dans sa main droite un bâton dans sa main gauche : il s’agit donc de Kairoun l’Erudit, l’un des Dix-Huit, grâce lui soit rendu ! Il s’approcha et tendit son bâton. Je l’empoignais avec force, et alors je revins dans le monde des hommes [Labosan], il faisait nuit. Mon voyage n’avait duré que quelques secondes pour moi, mais j’appris de mon père que près de quatre heures s’étaient écoulées. Tous me regardèrent, et je prononçais alors le nom de Kairoun, le dieu qui protégeait déjà ma mère… »


c- Mythes fondateurs

Au sein de cette cosmologie et de cette cosmogonie, les Garamantènes s’offrent une place déterminée, mais pas prépondérante. D’après eux, le peuplement de la terre, à partir de la création des Epouses, se fit très rapidement, car chacune d’entre elles donna naissance à plusieurs centaines de fils et de filles, car en ces temps-là, les hommes vivaient des centaines d’années. Progressivement, on se sépara, les descendants de tel Dix-Huit partirent vers une région, les autres partirent ailleurs. Fait étonnant : d’après les Garamantènes, il est impossible de savoir quel peuple descend de quel dieu. On ne peut commencer la généalogie qu’à partir de la dix-huitième génération. Ainsi, le continent barebjalien fut colonisé par deux hommes : Golgan et Stamilan. Golgan était un géant, et il avait dix-huit fils. L’un d’eux, le cadet, serait l’ancêtre des Garamantènes. Voici quelques mythes étyologiques.

Explication mythologique à la question : pourquoi vivons-nous dans le désert ?
Les textes montrent une histoire assez tragique. C’était un grand honneur d’avoir dix-huit fils, ou même dix-huit fils, car il s’agit là du nombre sacré des Garamantènes. Cependant, Golgan, un soir, s’enivra avec son ami Stamilan, et ils firent un pari : ils allèrent ensemble voir leurs femmes, afin de voir laquelle était la plus douce et la meilleure épouse. Arrivés chez Stamilan, ils virent la femme de ce dernier en train de dormir, belle comme « la rosée du matin ». Stamilan s’estima vainqueur, mais Golgan l’empressa de venir chez lui : ils y virent sa femme, Bellandra, en train de s’apprêter à recevoir son mari, somptueuse. Si somptueuse que Golgan ne put retenir ses pulsions et s’occupa de sa femme cette nuit-là, laissant Stamilan se morfondre de jalousie. Il y avait cependant un problème : Golgan avait déjà dix-huit fils et dix-huit filles, et cette nuit-là, Bellandra tomba enceinte d’un dix-neuvième enfant, un fils. Tout le prestige de Golgan, basé sur sa progéniture, s’effondrerait aussitôt son enfant né. Une idée macabre lui vint alors à l’esprit : il sollicita l’aide de Stamilan (mais des variantes affirment que c’est ce dernier qui a eu l’idée) pour insuffler une maladie à l’un de ses fils, afin qu’il meure le jour où Bellandra annoncerait sa grossesse, maintenant donc le nombre de ses fils à dix-huit. Ainsi cela fut-il fait. L’enfant né ce jour-là est le cadet, l’ancêtre des Garamantènes. Lorsqu’il grandit, Stamilan, devenu vieillard, toujours rongé par la jalousie à l’égard de Golgan, lui raconta son histoire : le Cadet (on ne connaît pas son nom) avait eu sa place dans ce monde grâce au meurtre d’un de ses frères. Rongé par le chagrin, le Cadet prit son épouse et partit vivre dans le désert jusqu’à la fin de ses jours : ses descendants ne l’ont toujours pas quitté.

Explication mythologique à la question : pourquoi nous ne buvons pas d’eau, mais que du lait ?
Le Cadet eût vingt-sept fils et dix-huit filles. Les fils répugnèrent à prendre leurs sœurs pour épouses, et ils étaient trop nombreux, il leur fallait plus de femmes. Le Cadet dit à ses garçons de se rendre dans les oasis les plus proches des frontières du désert, car là ils trouveraient des femmes à prendre comme épouse. Ainsi, les vingt-sept fils du Cadet s’armèrent et partirent aux confins du désert. Arrivés dans un oasis fréquenté, ils trouvèrent un homme du nom de Jérod, et il avait vingt-sept filles et dix-huit fils. Le nombre était idéal, alors les fils du Cadet lui expliquèrent qui ils étaient et d’où ils venaient, demandant à ce que le vieux veuf Jérod accorde à leur père le Cadet de faire venir ses enfants dans le désert. Jérod habitait sur l’oasis, comme ses pères et leurs pères avant lui, et ne pouvait le quitter. Voyant les armes fourbies des vingt-sept fils forgés par la rude vie du désert, il se résigna à leur donner ses enfants, à la seule condition de ne jamais lui prendre son eau. Il se disait « Père de l’eau du désert ». « Ô fils du Cadet, vous m’avez pris mes enfants, ne me prenez pas mon eau », se lamenta-t-il ! Les vingt-sept acceptèrent et encore aujourd’hui, les Garamantènes ne boivent pas d’eau, se contentant du lait des animaux ou du jus des fruits.

Explication mythologique à la question : pourquoi nous interdisons aux autres peuples de s’établir avec nous dans le désert ? Et pourquoi nous-mêmes ne quittons pas le désert ?
Longtemps après le temps du Cadet, il y avait plusieurs milliers de Garamantènes dans le désert (d’ailleurs, une vieille légende veut que le Cadet s’appelait peut-être Garamante, justement). Aujourd’hui encore, un garamantène n’a pas le droit de quitter le désert, ou bien il sera condamné à mort pour contumace. De même, les autres peuples n’ont qu’un droit de passage dans le désert d’Al-Néguev, terre millénaire des Garamantènes. Pourquoi ? La légende rapport un évènement mythologique assez extraordinaire. Un jour, les Dix-Huit quittèrent le Boukalit et prirent formes charnelles dans le monde des hommes. Partout où ils allaient, ils ne trouvaient que des hommes vindicatifs, mauvais et haineux, qui refusaient de les écouter, sauf les Garamantènes, seul peuple ayant conservé dans sa longue mémoire leurs exploits et les acceptant comme protecteurs. Les Dix-Huit décidèrent alors de protéger le désert, afin d’en faire un bastion de résistance contre les autres peuples. Ils se mirent tous les Dix-Huit sur un animal (un chameau, un bouc, une chèvre, un dragon, un fennec, un serpent géant, un coyote, un scorpion etc.) et ils firent tous le tour du désert sur leur animal. Chacun d’entre eux avait une lance pointue, qui traînait sur le sol pendant qu’ils chevauchaient autour de l’immense étendue de sable. Ainsi, un fossé se creusa autour du désert, marquant les frontières de l’habitat des Garamantènes. Aujourd’hui encore, les peuples du désert se relaient selon un calendrier de roulement très ancien et patrouillent le long du désert, interdisant à quiconque d’y entrer. Cependant, certains peuvent passer entre deux patrouilles et tromper la vigilance des sentinelles. Ceux-ci, s’ils sont attrapés, sont raccompagnés aux portes du désert, les plus proches, ou ils sont exécutés sur place, pour avoir violé le fossé sacré des Dix-Huit. Cela fonctionne aussi dans l’autre sens : aucun Garamantène ne peut franchir le fossé. D’ailleurs, ce fossé, mythe ou réalité ? Les Kouchra (les hommes qui ne vivent pas dans le désert) rient de ce mythe et affirment que ce fossé n’existe pas. Cependant, des recherches relativement récentes ont démontré qu’en certains endroits, un fossé profond existait aux frontières du désert. D’après les Garamantènes, l’avancée du désert a fait que la plupart du fossé se trouve à présent sous des tonnes de sable. Tout mythe repose sur une part de vérité.

d- Rites sacrés

Avant l’entrée dans le Boukalit, le Garamantène ne participe à aucune vie religieuse, quelle qu’elle soit. Après l’entrée, chacun d’entre eux doit pratiquer des rites différents, en fonction de son dieu tutélaire. On peut toutefois signaler une dizaine de rites communs à tous les Garamantènes, indépendamment de leurs dieux. Nous détaillerons ici les plus importants.

L’entrée dans le Boukalit : la renaissance
Nous avons souvent parlé de cette entrée dans le Boukalit, sans pour autant détailler ce qui se passait avant. Il s’agit d’un rite extrêmement important, dans lequel, rappelons-le, hommes et femmes ne subissent aucune différence liée à leur sexe.
Cette entrée peut théoriquement se faire à n’importe quel âge. Cependant, l’âge usuel est 17 ans.
La personne, arrivée à cet âge, s’assied au centre d’un cercle tracé sur le sol, sensé rappeler la frontière tracée jadis par les Dix-Huit autour du désert. Une fois assis au centre, dix-huit personnes ayant déjà visité le Boukalit s’asseyent autour du cercle. Chacune d’elle doit alors rappeler tour à tour quel dieu l’a choisi et souhaiter, par une formule rituelle, que le futur initié ne soit pas trompé par les forces négatives. Ensuite, le doyen de la tribu s’approche et récite quelques passages choisis par l’initié : cela peut-être la Bataille des Dix-Huit, la Création des Epouses, la Séparation des Fils de Golgan… bref, une immense palette est disponible. Une fois ces formules récitées, une boisson que les faibles appellent « illicite » est fabriquée par les jeunes filles, accompagnées de leurs mères, de la tribu. On la donne à l’initié, qui la boit d’un trait. Le mélange des ingrédients provoquent une transe, suivie d’un évanouissement. Le tout peut durer plusieurs minutes, pendant lesquelles il est impératif de s’assurer que l’initié ne sorte à aucun moment du cercle, faute de quoi il sera en proie aux forces trompeuses. Une fois qu’il réouvre les yeux, il prononce le nom du dieu qui l’a choisi. Il renaît alors, « choisi du dieu », et se doit d’accomplir tous les rites que ce dieu prescrit. Pour les apprendre, il doit rencontrer quelqu’un qui les a déjà appris après sa propre renaissance. Parfois, vous avez une personne comme cela dans votre famille ou tribu, et donc, apprendre les rites est facile. Cependant, parfois, il peut arriver que vous soyez choisi par un dieu qui n’a choisi personne d’autres de votre entourage. Il faut alors parcourir le désert et rencontrer d’autres tribus, jusqu’à trouver quelqu’un qui vous enseignera les rites. Vous avez un an pour trouver cette personne, et apprendre les rites peut prendre plusieurs semaines. Refusez, et vous serez rejeté par tous les Garamantènes, comme perturbateur de l’ordre des choses. Cette recherche donne lieu à un très grand nombre de récits de jeunes aventuriers de 17 ans, forcés de parcourir seul le désert pour rechercher le moyen d’apprendre des rites dans lesquels résonnent les échos des temps anciens.

Le mariage : une cérémonie religieuse unificatrice des Garamantènes
Un peuple aussi petit a dû, au fil du temps, organiser sa descendance, conçue comme la continuité du maintien du cosmos dans l’ordre initial. Et comme dit précédemment, il y a une petite notion « d’élection divine » chez les Garamantènes et donc, on ne peut se marier avec n’importe qui. D’ailleurs, les exigences du mariage expliquent en partie le nomadisme, d’après les ethnologues. Le mariage conditionne le mode de vie nomade, voilà qui nécessite une explication. En fait, c’est plutôt simple à comprendre : lorsqu’un dieu vous a choisi pendant votre passage au Boukalit, vous ne pouvez épouser qu’une personne dont l’un des parents a aussi été choisi par le dieu en question. Si vous êtes sous la protection du dieu Bechema, votre beau-père ou votre belle-mère devra être aussi sous la protection de Bechema, et cela vaut pour les futurs maris et les futures épouses. Les origines de cette exigence sont assez floues. Cependant, il est intéressant de constater qu’en cas de non-respect de cette règle, les amants sont exécutés, ainsi que leurs ascendants sur trois générations. Cela engendre différents problèmes, point de vue consanguinité et « disponibilité » : certains dieux sont rarement « attribués » et trouver une personne ayant une fille ou un fils à marier devient donc vite tâche difficile. De fait, les Garamantènes ont créé au fil du temps des regroupements durant lesquelles ils parlent de l’avenir de leur peuple, de spéculations intellectuelles, et aussi de mariages. Chaque jeune « à marier » porte deux pendentifs, symbolisant tous les deux les dieux de leurs parents, et signifiant ainsi qui ils peuvent épouser. C’est ainsi que jeunes hommes et jeunes femmes se rencontrent, sous la protection des dieux.
Par ailleurs, c’est uniquement durant ces vastes regroupements (pouvant atteindre jusqu’à 15 000 individus) que les mariages se célèbrent : il faut qu’il y ait au moins cinq témoins par futur-marié(e) pour garantir que l’on n’épouse pas une mauvaise personne. Ensuite, un rituel très étrange est pratiqué, qui laisse encore pantois les ethnologues. L’époux se rend dans le désert et y attrape le premier animal qu’il voit, scorpions, fennecs, aigles mêmes, peu importe, avec l’aide de n’importe quelle personne. Il en va de même pour l’épouse, qui demande aux hommes de la famille d’aller attraper le premier animal qu’elle voit. Généralement, c’est un scorpion ou un serpent. Une fois les animaux attrapés, on les offre en sacrifice aux dieux de chacun des deux mariés, on écrase leurs corps, on les mélange, et on regarde quelle couleur a gagné. Si la bouillie est jaune telle le scorpion, alors le couple sera sous la protection du dieu de celui des deux qui a attrapé le scorpion. Si les deux attrapent un scorpion ou si l’on ne peut déterminer la couleur, on attend quelques mois. On garde les cadavres des deux animaux dans de l’ambre d’après un procédé très spécial et on les place ensuite sur le corps du premier enfant du couple, et le couple sera sous la protection du dieu de celui dont le cadavre a été choisi par l’enfant.


Le Kalouma : la procession autour du désert
La notion d’élection divine se traduit aussi par la procession de la Kalouma. Celle-ci se produit une fois tous les dix-huit ans. Les différentes tribus garamantènes se rassemblent en un point, au Nord-Est du désert d’Al-Néguev, ils réalisent quelques sacrifices aux Dix-Huit et s’entame alors l’un des rites les plus spectaculaires de l’histoire de l’humanité. Presque tous les Garamantènes, soit 700 000 personnes, décrivent un demi-cercle autour du désert, suivant le fossé creusé, selon la légende, par les Dix-Huit. La procession s’arrête lorsque le tracé du fossé, ou ce qu’il en reste, n’est plus visible. 700 000 personnes… soit une procession de plusieurs dizaines de kilomètres. Hommes, femmes, enfants, vieillards : tout le monde est tenu de venir, à l’exception de quelques-uns. Chaque tribu choisit parmi elle son meilleur cavalier, qui doit rester seul à l’intérieur du désert pour monter la garde, en cas d’invasion venant du Sud ou de l’Est. Ces cavaliers, que l’on appelle les « Mechtarot » forment une véritable congrégation que l’imaginaire alamien a porté haut dans ses contes et ses légendes. On les dit vigoureux comme des Spartiates, intelligents comme des Athéniens, et leurs chevaux sont rapides comme Bucéphale. Il a été démontré qu’ils pouvaient effectivement parcourir plus de 250 km par jour, ce qui représente un exploit que les scientifiques occidentaux ont du mal à déchiffrer. Ils veillent sur le désert pendant le Kalouma (d’où leurs surnoms de « Veilleurs »), qui peut durer jusqu’à trois mois, et qui ne peut être interrompu que si une invasion se déroule. Heureusement, le désert possède peu de ressources, et beaucoup d’armes, ce qui fait que peu de peuples violent le territoire des Garamantènes. Les Mechtarot se rencontrent, se croisent, et parcourent des chemins très précis. Récemment, on a découvert que la connaissance topologique du désert était terriblement fine chez les Garamantènes. Non seulement leur sens de l’orientation est exceptionnel, mais ils savent en plus exactement où marcher pour croiser qui, grâce à des cartes ultra-perfectionnés qui demeurent un mystère pour les hommes qui ne sont pas du désert. D’ailleurs, lors de la Kalouma, malgré le fait que tous les Garamantènes soient concentrés en un point, on dit qu’il s’agit du pire moment pour entrer dans le désert : se trouver face à un Veilleur raccourcit considérablement l’espérance de vie.


e- Rituel funéraire
La mort est un élément totalement secondaire chez les Garamantènes. Il faut simplement s’assurer que l’âme du défunt (on reconnaît à l’homme un corps, une âme et un esprit) rejoigne le bon monde. Le rituel funéraire est donc particulier : une fois la mort constatée, le cadavre reste dans la famille trois jours et trois nuits, durant lesquels la tribu se dirige vers un « Marla ». Un Marla est une tour, située sur les hauteurs du désert. Il en existe plusieurs milliers dans tout l’Al-Neguev. Elle est toujours sur des points extrêmement hauts. Une fois qu’on y est, le corps du défunt est jeté dans cette tour, que l’on scelle immédiatement après, pour se remettre en route sans plus tarder. Si l’on peut, des petits animaux (des gerbilles par exemple) sont enfermés dans cette tour, et ce, pour une raison très simple. Un Marla ne possède pas de toit. Le but est de faire en sorte que le corps soit dévoré par les vautours. Les légendes garamantènes supposent que le vautour prend l’esprit du défunt, l’emmène loin dans les airs, puis le relâche dans le Boukalit, où il demeurera pour l’éternité. Les anthropologues sont toujours très étonnés de constater la simplicité du rite funéraire des Garamantènes. Le simple fait qu’on ajoute des gerbilles pour attirer les vautours laisserait presque transparaître l’idée que l’on a hâte que le défunt s’en aille définitivement. D’ailleurs, pleurer lors de la mort d’un proche est très mal vu, sauf lors du décès de sa mère. Laissons les vautours faire leur travail.


[center]II/ Sociologie peu commune

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a- Le nomadisme comme mode de vie

Depuis toujours, les Garamantènes sont nomades (cf le mythe étyologique plus haut). Jamais ils ne restent plus de trois jours au même endroit. Ils se déplacent dans le désert, d’oasis en oasis, se rencontrant les uns les autres, accumulant et transmettant savoirs et connaissances sur la nature, les dieux et le cosmos. Il n’existe aucun élément dans leur culture qui ne soit pas nomade. Tout bouge, sans cesse. Les manuscrits se transportent avec les chameaux.
En dehors des Veilleurs, évoqués précédemment, les Garamantènes se déplacent à dos de chameaux ou de dromadaires, ou les deux. Ils ont avec eux de troupeaux de chèvres parfois immenses (pour l’exemple : la tribu des Olfakir, au Sud du désert, élève près de 25 000 chèvres, pour une population de quelques 360 individus). En général, une tribu nomade se compose d’une centaine de membres. Il existe des tribus faites de rebuts, qui sont douze… et la plus grande tribu recensée à ce jour compte 3000 individus, tous de la même famille d’ailleurs. De plus, l’eau venant parfois à manquer, si les oasis sont éloignés, les Garamantènes traînent avec eux des chameaux portant des centaines de litre d’eau. Les chèvres servent surtout à se faire des vêtements, du lait, ou de la peau pour écrire.

b- Un système tribal xénocrate

Une xénocratie, certes, mais circonscrite au désert. La pensée garamantène est très particulière de ce point de vue. Autant une unité ethnique est admise et reconnue, autant l’étranger, ou ce que nous traduisons comme tel, est le nomade d’une autre tribu. L’étranger se dit « barnia » et ne connaît ni genre ni nombre.
Le système tribal s’articule autour de ce « barnia » à différents niveaux : lorsqu’il y a litige au sein d’une tribu, on pose par écrit le problème et l’on attend de croiser une autre tribu. On lui donnera alors le problème écrit, elle écoutera accusés et témoins et rendra son verdict. Cela est fait pour plusieurs raisons : on évite ainsi les implosions de tribus et conflits familiaux d’une part, et d’autre part, on maintient l’unité « nationale » en montrant que l’on fait confiance aux autres tribus de son ethnie.
Il n’existe aucune institution qui englobe tous les Garamantènes sous une seule et même autorité, si ce n’est les Dix-Huit. En fait, les charges politiques vont directement dans les mains des mères de familles.

c- La place prépondérante de la femme

Les « statistiques » veulent qu’il arrive souvent aux hommes de devoir aller chercher leurs dieux tutélaires de longs mois durant, chevauchant au travers du désert pour rencontrer celui qui lui apprendra les rites nécessaires. Les femmes, quant à elles, restent souvent dans leurs tribus, où se trouvent déjà la personne qui connaît les rites. Ainsi, les hommes voyagent plus que les femmes, et celles-ci ont donc, en l’absence d’hommes, plein pouvoir sur la tribu. Il existe des conseils matriarcaux, réunis parfois en la présence d’hommes, qui régissent les différentes tribus. Ils sont chargés de décider dans quelle direction partir, et qui s’attelle à quelle tâche. Il est très difficile d’envisager la culture garamantène en faisant fi de ce détail crucial.

Au sein de la tribu, personne n’est plus respectée que la matrone, à comprendre la femme qui a accouché plus de 5 fois. D’ailleurs, si l’un des cinq enfants est mort en bas-âge, cela ajoute encore à son charisme, car elle aura eu à supporter la perte de son bébé, l’une des pires choses qui soient, d’après les Garamantènes. Si plus d’un meurt, alors la mère sera considérée comme une simple mère. Tout cela pour rappeler que la femme est, parmi les nomades, au centre de la société.

Les activités dites « féminines » au-delà du désert sont masculines dans le désert : préparer la nourriture par exemple, alors que le fait de garder les troupeaux par exemple, revient aux femmes, mais elles ne doivent jamais être seules, un membre de leur famille doit toujours être à leur côté, de préférence un homme. De plus, les femmes n’ont pas le droit de monter à cheval ou à dos de dromadaire ou chameau. D’après les Garamantènes, cela brise les cuisses et le bassin et donne donc à terme des bébés chétifs et faibles. Les femmes sont donc toujours à pied, ce qui est vu, dans le désert, comme une marque de grand courage.

d- L’héritage & la transmission

Les Garamantènes sont une société de l’écrit. Cela peut paraître assez étonnant pour un peuple nomade vu comme primitif par les anthropologues modernes, mais les textes que récitent les Garamantènes sont appris par cœur d’après des modèles fixes. Il existe d’ailleurs des fêtes religieuses durant lesquelles il faut réciter ces textes sans aucune erreur, en indiquant même la ponctuation, faute de quoi la personne en question n’a plus le droit de prononcer un mot sur le sujet en question. Cela concerne aussi les écrits religieux que les traités de médecine ou encore les abrégés d’astronomie. Tout s’apprend par cœur, et toute exégèse ou spéculations, même les plus fantaisistes, sont absolument tolérées, à la seule et unique condition de connaître par cœur les textes relatifs à ce sujet. On considère qu’ils sont la meilleure forme de connaissance à ce sujet, pas la seule et unique vérité intangible, mais la moins pire, et que l’on ne peut améliorer nos connaissances sur un sujet sans passer par les textes des Anciens.

Les textes en questions sont écrits sur des peaux de chèvres. Chaque tribu doit en avoir en permanence un exemplaire avec elle, c’est une véritable encyclopédie jalousement conservée (nous, modernes, n’en n’avons pas un seul exemplaire) : si on le leur demande, les Garamantènes acceptent de vous l’ouvrir, mais jamais ils ne vous le donneront, car ils considèrent que les modernes puiseraient dans ce puits de savoir jusqu’à épuisement total, menaçant la stabilité du cosmos. Cependant, on sait qu’il existe des lieux dans le désert, non loin des tours où l’on dépose les morts généralement, où des petites caves ou fosses creusés dans la roche regorgent de peaux de chèvres où sont inscrits les multiples savoirs garamantènes, au cas où une tribu perd son recueil. De plus, chaque tribu doit avoir avec elle un copiste qui passe son temps à recopier le savoir sans en changer une virgule, afin de le transmettre aux enfants. En effet, lorsqu’un couple se marie, il lui est offert une partie du recueil. Partie choisie selon des rituels religieux et qui devra orienter la vie du couple d’une manière ou d’une autre.

Alors que certains textes sont immuables, d’autres peuvent être modifiés et arrangés. Ils sont cependant peu nombreux, et les immuables forment un corpus de quelques mille pages. Les Garamantènes sont réputés pour leur mémoire fantastique et certains vieux hommes trouvés dans certaines tribus connaissaient par cœur ces mille pages, qu’ils ont débité, sans la moindre erreur, pendant des heures entières. Leur truc ? Apprendre dix pages par an et se débrouiller pour vivre jusqu’à cent ans. On remarque là une autre caractéristique des Garamantènes : leur espérance de vie est terriblement plus importante que tout le reste des Alamiens et Barebjaliens en générale. Elle est même sans doute la plus importante du monde. En effet, un homme a une espérance de vie à la naissance de 102 ans et une femme près de 105 ans. Les scientifiques affirment que cela n’est absolument pas impossible si l’on tient compte des différentes pratiques et modes de vie de ces peuples austères : une tradition imposant une mémoire puissante, donc une plasticité cérébrale colossale, la pratique de jeûnes réguliers, une médecine totalement naturelle, une alimentation composée de produits particuliers etc.

e- Le rejet de la monnaie
Les Garamantènes ont compris que la monnaie était la pire chose qui soit dans les sociétés humaines. Toute monnaie est bannie du désert et considérée comme sacrilège si elle viole le sillon du désert, ainsi que son porteur. Tout chez les Garamantènes repose sur le troc et la production vivrière. Tout produire soi-même, échanger le superflu contre le superflu d’autrui.

La monnaie a déjà tenté de faire son entrée chez les Garamantènes il y a quelques siècles ; il s’agissait du système d’échange des denrées et produits par des « billets d’ardoise ». Cependant, le système a très rapidement échoué pour une raison des plus simples : d’immenses monopoles et richesses se sont faits en quelques mois et des tribus entières se sont retrouvées sans rien, ayant tout vendu pour avoir quelques pièces d’ardoise. Une guerre se déclencha dans le désert et plusieurs dizaines de milliers de Garamantènes moururent. Ainsi, très rapidement, une réunion des tribus, lors de la Grande Procession, a institué que la monnaie devait être considérée comme le plus grand mal du monde et rejetée avec la plus grande force possible. On note d’ailleurs qu’un grand nombre de « riches » Garamantènes ont alors quitté le désert, par peur des représailles, et par frustration d’avoir perdu leur place de plus riches parmi leur peuple. Aujourd’hui encore, les descendants de ces Garamantènes sont interdits d’entrée dans le désert et la violence qu’ils auraient à affronter les tient visiblement à distance.

Du point de vue des hommes qui ne sont pas du désert, les Garamantènes ont alors obtenu une horrible réputation de radin arriéré. En effet, quand on leur propose de l’argent pour leur acheter quelques chèvres, ils demandent plutôt des chameaux en échange, et détruisent tout l’argent qu’ils trouvent sur leur route. De fait, il est très difficile de commercer avec eux lorsqu’on n’est pas soi-même du désert… quoi de pire pour un capitaliste moderne ? Arriérés, aussi, car rejeter la monnaie, symbole du progrès et de la civilisation (sic), c’est rejeter le nouveau monde, et finalement, seul un peuple complètement stupide et bloqué vingt mille ans en arrière peut rejeter cela…

[center]III/ Le rapport aux autres

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a- La guerre : razzias et pillages

Depuis longtemps maintenant, les abords du désert sont complètement désertés, justement, par les non-Garamantènes. Et pour cause : les peuples du désert, nomades, ont longtemps vécus comme pilleurs et spécialistes des razzias. Un très grand nombre d’ethnologues et historiens spéculent d’ailleurs que les ancêtres des Garamantènes, les premiers d’entre eux, sont des bandits chassés de l’ancien Alamut et réfugiés dans le désert. Progressivement, les vols et autres razzias leur ont permis d’accumuler beaucoup de bétail et donc, de pouvoir vivre par eux-mêmes d’élevage sans plus sortir de leur désert. Cependant, maladies et mauvaise gestion peuvent facilement décimer des troupeaux entiers et forcer alors les Garamantènes à sortir de leur désert pour aller prendre par la force ce dont ils ont besoin.

En 1954 eut lieu la dernière « Guerre des Chèvres », ou « Grande Razzia ». Plus de 50 000 Garamantènes en armes (alors lances, arcs, frondes, boucliers…) et à cheval ont déferlé sur les grandes exploitations agricoles qui jalonnent l’entour du désert. Plus de 25 000 Alamiens ont été tué, et les guerriers du désert ont même pénétré dans les rues d’Ismaïl, semant une terreur venue du fond des âges, lorsque les sédentaires craignaient les razzias des nomades.
A cette époque-là, l’armée alamienne, tout juste armée de fusils, ne put descendre que quelques milliers de cavaliers, ces derniers ayant une telle habilité à la fronde et à l’arc qu’ils parvenaient à tuer les miliciens avant que ceux-ci n’aient pu les mettre en joue. Cette guerre dura six mois, avant qu’un certain colonel Ben-Garsiv ne signe un traité avec les Garamantènes. En tout, on estime que plus de 400 000 animaux sont partis dans le désert avec les Garamantènes, grands victorieux de la guerre. Aujourd’hui, une telle guerre serait inconcevable, au vue de la supériorité technologique évidente de l’armée alamienne. Quoique…

Les réflexes des temps anciens se sont peu à peu évanouis et aujourd’hui, les connaissances s’améliorant sur la médecine vétérinaire notamment, les Garamantènes, bien que peu touchés par ces progrès, finalement, gèrent beaucoup mieux leurs troupeaux, permettant aussi une bonne perpétuation de leur peuple, sans déborder sur les peuples qui ont eu le courage de frôler le désert.

b- Les Garamantènes entre eux

Nous l’avons vu à de nombreuses reprises ici, les Garamantènes ont des rites religieux communs et la religion leur sert de ciment. Leur système politique, empreint de xénocratisme, donne encore un témoignage de la conscience qu’ils ont d’appartenir à un seul et même peuple.

Cependant, il n’est pas si rare que ça qu’une tribu considère une autre comme traîtresse, ou moins bonne, si l’un de ses membres vient à quitter le désert. Il faut savoir que si un Garamantène quitte le désert, il est condamné à mort par contumace. S’il repose le pied dans le désert, il est exécuté. Cependant, il est possible de quitter le désert, mais seulement pour deux motifs : la razzia et la vengeance. Comme quoi, quitter le désert est toujours associé à quelque chose de négatif… Le deuxième point est intéressant : en fait, si un Garamantène quitte le désert, le patriarche de sa tribu peut envoyer des assassins hors du désert pour le retrouver et le tuer, et ce, même trente ans plus tard, et même un siècle plus tard, pour aller tuer ses descendants ! Le cas le plus spectaculaire est celui de Samir Al-De’slam, Garamantène ayant quitté le désert en 1745. Les assassins de se tribu ont quitté le désert et poursuivi pendant des lustres, pour rentrer ensuite bredouille. C’est seulement en 1923 que tous les descendants de Samir ont été retrouvés égorgés ou le crâne fracassé. Tous.

Voilà pour ce qui est des relations désert/hors-désert, voyons à présent les relations hors-désert/désert. Absolument personne n’a le droit de rentrer dans le désert s’il n’est Garamantène, à l’exception des habitants de Sidi-Tolba, sur laquelle nous reviendrons après. Si un homme non-Garamantène entre dans le désert, tous les coups sont permis contre lui. Il faut savoir qu’il existe des moyens de déterminer si un homme fait partie des peuples du désert ou non. Certaines particularités physiques sont visibles, paraît-il, et à l’heure actuelle, seul le colonel Ben-Garsiv avait reçu, il y a quelques décennies, le privilège d’entrer dans le désert pour négocier une paix avec les Garamantènes. En dehors d’une autorisation d’entrée fournie par ce peuple (on en dénombre… trois durant les deux derniers millénaires : Ben-Garsiv et deux sultans, d’ailleurs ancêtres de Sherazade), impossible d’entrer, sans être déclaré sacrilège sur le champ.

c- Un refus net du progrès technologique

Le refus de la technologie va avec le refus de la monnaie, ce qui se confond presque pour un Garamantène. Inutile de signaler qu’ils ne possèdent ni plastique, ni pétrole, ni téléphone, ni quoi que ce soit de ce genre. D’après les ethnologues, ils n’ont pas encore découvert la roue. Et quand bien même, quel intérêt dans le désert ? Ils sont bloqués, toujours d’après les « civilisés », entre le Paléolithique et le Néolithique, bien qu’ils possèdent un élément « de civilisation » qu’ils maîtrisent avec une perfection remarquable : la cartographie. Les Garamantènes, sans GPS, savent se repérer dans le désert avec une précision qui dépasse l’entendement. Leurs cartes sont de véritables chefs-d’œuvre du génie humain et font s’arracher les cheveux à grand nombre de spécialiste. Il est encore un point sur lequel leurs connaissances sont extraordinaires, c’est l’astronomie. Citons par exemple ce fait absolument étonnant, à en faire douter de sa véracité : une très ancienne tradition Garamantène affirme que la Lune a une masse totale de 22,14595 millions de milliards de blemphans (une unité de mesure assez légère utilisée depuis la nuit des temps par ce peuple). Un chiffre aussi précis a attiré l’attention des mathématiciens et que n’ont-ils pas été surpris de constater que cette masse correspond à 7,34*10^22 kilogrammes, soit une estimation extrêmement précis de la véritable masse de la Lune ! Malgré leur retard technologique, comment les Garamantènes peuvent-ils posséder de telles connaissances ? …

En ce qui concerne la médecine, il s’agit peut-être du seul domaine avec lequel les Garamantènes n’ont pas trop de problème. L’air chaud et sec du désert ne permet pas le développement de bactéries, et généralement, un mal de tête n’est pas vraiment considéré comme quelque chose de mauvais dans la culture garamantène : cela prouve que votre cerveau grandit. A Sidi-Tolba, seul point de rencontre entre Garamantènes et non-Garamantènes, un simple doliprane peut s’échanger contre trois ou quatre chèvres. Cependant, il est très rare que les Garamantènes demandent de l’aide en matière de médecine. D’après eux, les dieux ont tout donné aux hommes, peu importe où ils sont, afin de supporter les tracas du quotidien : ils se soignent avec des plantes et autres produits naturels, qui font visiblement leurs preuves.

d- Une langue qui n’a pas varié depuis trois millénaires

Nous avons constaté que le savoir Garamantène était immense, ainsi que l’importance de la tradition, de la transmission et de l’héritage. Cependant, le véritable liant du savoir des peuples du désert est leur langue : ils parlent tous la même langue, depuis trois millénaires, et celle-ci n’a pas varié d’un iota, ce qui relève d’un tour de force extraordinaire. En fait, les différentes tribus se rencontrant et se brassant régulièrement, aucune d’entre elles n’est isolée assez longtemps pour développer son propre dialecte. De plus, nous le verrons plus tard, la parole est strictement limitée à la transmission du savoir : les Garamantènes ont une incroyable culture du silence. A fortiori, moins on utilise le langage, moins il s’altère, si les bases sont solidement conservées.

En ce qui concerne l’écriture, c’est un peu différent : il existe, dans le désert, près de dix-huit alphabets différents, un pour chaque dieu. Vous n’avez le droit d’écrire que dans l’alphabet du dieu qui vous a choisi lors des rituels d’entrée dans leur monde. Lorsque vous apprenez à réaliser les rites pour ce dieu, l’apprentissage de son alphabet en est un. Il faut d’ailleurs noter que seuls quelques mots sont communs aux alphabets et s’écrivent avec un mystérieux dix-neuvième alphabet (des mots tels « vibration », « cosmos » etc.). En ce qui concerne les dix-huit alphabets, ils sont radicalement différents les uns les autres, aucune, absolument aucune ressemblance n’est à noter entre eux ni entre différents autres alphabets du monde. Là repose toute la spécificité de la culture écrite garamantène : un même texte peut s’écrire en alphabet différent, mais du coup, il se prononce de la même manière quand on le lit. Ces alphabets, transmis de génération en génération, sont une énigme pour tous les linguistes du monde.

e- L’exception Sidi-Tolba

Dans le désert, il est une ville, Sidi-Tolba, dans laquelle n’habite pas les Garamantènes, mais des Alamiens « normaux ». La ville existe depuis des siècles maintenant, fondée par un sultan médiéval qui avait réussi à vaincre les Garamantènes. Sidi-Tolba, construite autour d’un immense oasis, possède des fortifications énormes, à l’intérieur desquelles vit encore la population actuelle. Celle-ci est tolérée par les Garamantènes pour une raison très simple : ses ancêtres se sont imposées après une guerre victorieuse, ils ont donc le droit de rester, car ils ont prouvé leur bravoure. Il s’agit cependant d’une des seules guerres perdues par les Garamantènes… et elle laisse encore un gout amer dans la bouche de ce valeureux peuple.

Cependant, rappelons qu’il n’est pas possible de traverser le désert sans être descendu par un coup de lance dans le cœur ou une pierre dans la nuque. Sidi-Tolba n’est accessible que par les airs, ce qui en fait l’une des villes les plus isolées du monde : seuls trois avions s’y déposent et la quittent par jour. Les habitants vivent par leurs propres moyens, d’agriculture, et le reste, ravitaillés par les avions. Sidi-Tolba est cependant très prisée des touristes, pour ses monuments datant de plusieurs siècles et son mode de vie encore très traditionnel : de même, c’est là que se situent les ateliers de fabrication de tapis, de poteries ou encore des médecines traditionnelles les plus anciens d’Alamut. Bref, Sidi-Tolba est la petite exception du désert, d’ailleurs surveillée jour et nuit par des tribus entières de Garamantènes, qui font bien attention à ce qu’aucun Tolbiade ne quitte la petite zone qui leur est réservé. Voilà une vie très particulière.


[center]IV/ Arts et techniques

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a- Un peuple du désert maniant le bronze et le fer à la perfection

Au grand dam de nombreux sultans alamiens, les plus grandes mines de fer, de cuivre et d’étain se trouvent dans le désert ou en bordure de celui-ci. En fait, ce qui est assez extraordinaire, c’est qu’au cours des siècles, pour accéder aux précieux gisements, des véritables tunnels ont été creusé sous le désert, histoire de ne pas se faire casser la gueule par les Garamantènes. Parfois, on a cherché à marchander les précieux minerais en échange de quelques breloques ou autres, ce qui a fait la fortune de nombreux Alamiens. Sidi-Tolba, dont nous avons traité précédemment, a justement été une plaque tournante du commerce de minerais pendant tout le XXe siècle. Les méthodes d’extraction moderne n’ont cependant rien à voir avec les méthodes antiques garamantènes.

En effet, bronze, étain et fer ont toujours été dans le désert et sont de facto considérés comme des dons des dieux, dont il faut se servir. Toutefois, qui les a maniés sait que cela requiert une sacrée technique… que possède les Garamantènes. Le bronze et le fer existent depuis plus de trois mille ans dans le désert sous les formes les plus élaborées qui soient. Malheureusement, il nous est impossible de pénétrer dans les grottes du désert pour savoir comment les peuples du désert les fabriquent.

Tout a commencé à l’ère contemporaine : les policiers et militaires qui se faisaient descendre lors des razzias garamantènes avaient généralement reçus des flèches dans le cœur et des objets lancés par des frondes. On remarqua alors que les frondes garamantènes n’envoyaient pas des pierres, mais des billes de bronze extrêmement dense, qui, bien lancées, fracassaient littéralement les os qu’elles heurtaient. De même, les pointes des flèches, les sabres et les lances, étaient faits d’un fer à 98% pur, ce qui relève de la prouesse technologique. On se questionna sur ces armes, et finalement, les prospections arrivèrent à quelques réponses : les guerriers garamantènes forgeaient eux même leurs armes. Les femmes, les enfants, les vieillards, les inaptes à la guerre, sont rigoureusement interdits de manier la forge. De plus, on ne forge pas n’importe où. Il existe dans le désert, non loin des mines, des grottes dans lesquelles un matériel ancestral est disposé, et où l’on fabrique les armes en question. Sur les procédés en eux-mêmes, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’ils prennent un temps incroyablement court et permettent d’obtenir, après extraction du minerai, un métal d’une pureté hors-norme, malléable et puissant. Une vieille légende nous est parvenue, comme quoi le minerai est plus efficace s’il passe, avant la forge, entre les mains d’une jeune vierge d’une vingtaine d’années. La virginité, symbole de la pureté, se transmet dans le minerai, puis dans les armes qui deviennent alors infiniment plus robustes. Notons d’ailleurs que le sang est très mal vu dans la culture garamantène : on a une nette prédilection pour la fronde et le tir à l’arc (les flèches pénètrent tellement bien le corps adversaire et y restent tellement bien accrochées que le sang ne coule quasiment pas), le sabre et la lance ne servant qu’en dernier recours.
Bref, à côté des armes, le bronze et le fer servent aussi à fabriquer ustensiles et objets servant à l’équitation et au quotidien.

b- La sculpture de la pierre

La pierre, ce n’est pas ce qui manque dans le désert, et donc, c’est un don des dieux, une fois encore. Elle a donc forcément une utilité. Tout d’abord, notons que la pierre ne sert jamais à graver un texte écrit : comme dit, il existe plusieurs alphabets, alors en graver un ou quelques-uns reviendraient à rendre les autres inférieurs, et ce n’est évidemment pas envisageable.

Ainsi, la pierre sculptée, assez grossièrement d’ailleurs, quand on voit la finesse de la forge garamantène, représente souvent des hommes, des femmes, des scènes de la vie du quotidien etc. Il faut noter que c’est une activité très féminine. Les femmes, armées de marteau rudimentaire et de burin en fer quasi-pur, taillent la pierre de manière à obtenir des petits artefacts qui n’ont souvent aucune attache à la tribu en question. En effet, très souvent, on les laisse sur place : les enfants préfèrent jouer avec des poupées tressées avec des crins de chevaux ou des jouets dans ce genre. Ainsi, dans le désert, il n’est pas rare de tomber, non loin des ergs et des regs, sur des « gisements » de sculpture, où reposent sur le sol des dizaines, parfois des centaines de sculptures représentant des lézards, des fennecs ou des hommes… cela peut parfois prendre la forme de figurines, comme on l’a dit, mais aussi de « tableaux », bien que cela soit beaucoup plus difficile.
En ce qui concerne la couleur, il existe différents moyens de colorer les objets obtenus : des pigments obtenus à partir de racines ou d’autres produits naturels etc. Ce n’est pas chose rare, bien que cela soit fait seulement si on a le temps.
Les mensurations des objets sont très variables : d’une dizaine de centimètres à quelques mètres. En effet, il existe des montagnes entières que les Garamantènes taillent depuis des siècles. On peut les apercevoir en survolant le désert en avion ou en hélicoptère, le spectacle est assez surprenant. Des montagnes de plusieurs dizaines de mètres de haut ressemblent à des visages de profils ou à des formations rocheuses en pic, comme les fameuses cheminées de fées, sauf que c’est totalement artificiel. Les légendes Garamantènes disent que ce sont les premiers habitants du désert qui ont commencé à tailler les montagnes et qu’ils ne font que prendre le relais, génération après génération. Par exemple, à quelques centaines de kilomètres de Sidi-Tolba, il existe une montagne appelée le « Rocher d’El-Sgô’râni ». Véritable chef-d’œuvre, il s’agit d’une ancienne butte de grès de quelques centaines de mètres, niveau longueur et largeur, que les Garamantènes travaillent depuis plusieurs siècles. Dès qu’une tribu s’installe temporairement au pied du rocher, elle doit ajouter un petit quelque chose. Avec des techniques qui nous échappent encore, les voilà qui sculptent des hommes de plusieurs mètres de haut, des visages tout aussi grand, des animaux grandeur nature, des pyramides dont la base correspond parfois au nombre Pi, bref, une monument absolument splendide dont la véritable signification et importance n’est toujours pas éclaircie aujourd’hui.

c- Un peuple sans chanson : la culture du silence

Un autre fait étonne les ethnologues depuis des lustres : toute la culture Garamantène est entièrement dépourvue de chants. On ne chante pas. On parle, on crie, on utilise des instruments de musique, mais on ne chante en aucun cas, pas même devant les dieux !

D’ailleurs, il existe un rituel d’ascétisme qui se pratique assez régulièrement : il est facultatif mais souvent réalisé, il s’agit de ne pas prononcer un mot pendant cinq années consécutives. Vous continuez votre vie, le plus normalement du monde, mais en n’ouvrant la bouche que pour manger et boire. Vous ne pouvez cependant faire cette pratique que si vos enfants ont plus de dix ans, car on part du principe, dans le désert, qu’un enfant a besoin du son de la voix de ses parents pour bien grandir.
Certains ethnologues se sont étonnés d’une contradiction apparente : si le silence est preuve de maîtrise de soi et de sagesse, pourquoi le monde a-t-il débuté, d’après la cosmogonie garamantène, par une « Vibration », ce qui s’apparente quand même assez fortement à un son ? En fait, une explication est avancée : le son est réservé aux dieux et aux puissances surnaturelles, et les hommes ne doivent en faire usage que selon des modalités particulières et en des occasions précises. Par exemple, on ne parle pas lorsqu’on est à dos de chameau, ni après que le soleil se soit couché, ni les trois jours après la naissance d’un bébé, ni les deux semaines après la mort d’un parent direct (parents, grands-parents, frère, sœur, tante, oncle, cousins). En revanche, il faut parler pendant un repas par exemple, à la guerre, ou encore lorsqu’on est à dos de cheval et qu’on guide un troupeau. C’est même préférable si l’on ne veut pas qu’il foute le camp dans le désert, finalement.
Les instruments de musique sont utilisés dans certains rites religieux, certaines cérémonies ou même pour le plaisir, à condition qu’ils ne soient jamais accompagnés de chants. D’ailleurs, il n’existe aucun mot pour traduire « chant » chez les Garamantènes.
La conception du son et de la voix est donc des plus ambigus chez les Garamantènes : elle comprend aussi bien la culture du silence que la vénération des belles voix. En effet, les deux attributs qui font une belle personne chez les Garamantènes sont les yeux et la voix. Des yeux profonds et une voix enchanteresse peuvent même vous donner un statut de « sacrosainteté » au sein de ces valeureux peuples du désert.

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Ce long exposé a permis de dresser un portrait de l’un des peuples les plus anciens et les plus mystérieux qui vit sur cette terre. Une grande partie de leur savoir nous demeure encore inaccessible, et le restera sans aucun doute, et les mystères des origines et de leur culture nous sont fermés à jamais. Et pourtant, c’est cet inconnu, ces éléments voilés, qui nous font apprécier la diversité de la race humaine qui a conquis le monde depuis la Création.
Qui se serait douté que sur les sables du désert marche un peuple qui refuse de voir les mers mais qui connait l’astronomie comme personne ? Qui aurait cru que sur les dunes ardentes résonnaient des mythes sortis du fond des âges ? Qui aurait deviné l’existence, étriqués dans les ergs et les regs des confins de l’Alamut, de systèmes politiques développés et originaux ? Qui eût pu soupçonner l’élaboration intellectuelle d’un peuple à la culture millénaire qui ne connaît pas même la roue ?

Posté : jeu. déc. 31, 2015 6:44 pm
par luc57
Société & Nature : Hélios au pays des Mille et Une Nuits

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Le climat alamien est méditerranéen sur ses côtes, désertique en son centre. Il existe à la fois des djebels, bordés par les mers, d’une verdure incomparable, et des ergs et regs rocheux noyés dans un océan… de sable. Cette ambivalence des terres d’Alamut est retranscrite dans la nouvelle devise du Sultanat : « Des déserts ardents aux djebels verdoyants ». Contrairement à ce que beaucoup croit, tout le désert n’est pas une espèce d’immense réserve naturelle où vivent seuls les Garamantènes. Des pans immenses (plusieurs milliers de km²) sont habités par des Alamiens sédentaires qui y exploitent les terres ou travaillent dans des usines reliées aux côtés par un système ferroviaire de plus en plus étendu. Sur une terre où les territoires sont de plus en plus interdépendants et connectés, il convient de tirer profit de chaque parcelle : la terre appartient à celui qui en tire le meilleur rendement. Toutefois, dans un pays marqué par son histoire et ses traditions comme l’Alamut, un tel adage ne peut que voir son application passée au travers du filtre desdites traditions. Il n’est pas question, pas pour un seul Alamien, de saloper des pans entiers de la terre de nos ancêtres pour faire de l’argent. Et pourtant… alors que les premières mini-marées noires se produisent à intervalles de plus en plus rapprochées, les surfaces cultivables se réduisent comme peau de chagrin. Ajoutons à cela une irrémédiable avancée du désert, notamment à l’Ouest du Sultanat d’Alamut, et la catastrophe écologique est en vue.

Cependant, ce désert qui avance, et ce soleil qui tape : ne peuvent-ils pas être vus comme une opportunité de premier plan ? Que peut-on tirer de l’énergie solaire ? C’est ainsi que les quelques technocrates du gouvernement actuel, et des précédents aussi d’ailleurs, ont tourné le problème dans leurs têtes. Et c’est comme une évidence qu’a surgi la réponse : il faut convertir le maximum de terres désertiques en vastes champs de panneaux photovoltaïques. Cela contient de multiples avantages : la puissance du soleil est très importante dans ces terres alamiennes, on pourra se servir un peu moins du pétrole et du gaz et donc les exporter plus massivement et bien sûr, l’énergie renouvelable est… renouvelable. Et puis, imaginons aussi la bonne réputation qui naîtrait d’un bilan énergétique positif et propre ! (C’est une autre pensée du gouvernement alamien : toujours agir de sorte à ce que le monde ait une bonne image de vous). Cependant, les investissements nécessaires peuvent être colossaux. Des ingénieurs et autres scientifiques travaillent nuit et jour pour optimiser la production d’électricité des champs photovoltaïques et l’Etat fait tout ce qui est en son pouvoir pour acquérir des terres, triées sur le volet bien sûr, idéales pour ces installations. Plusieurs pays, comme le Raksasa ou l’Aquanox ont accepté d’aider l’Alamut à développer cette source d’énergie propre et efficace. Déjà, dans les bureaux de Shariz, on imagine des « Unités Energétiques Propres » (UEP) : de vastes zones où cohabiteraient panneaux solaires et éoliennes…