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Posté : sam. janv. 15, 2011 4:32 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>RÉVÉLATIONS PUBLIQUES (UTILISABLES PAR TOUS) - DÉBUT
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"Palaciegos: porque os pertenece la información" - "Palaciegos : parce que l'information vous appartient"
Télégramme n°4 : communication secrète de l'Ambassadeur Royal en Shawiricie, Lorenzo Malasaña de Juárez, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 18 septembre 2013, 14h37 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
La Présidente Marie Côté a beau être une femme remarquable et très amie du Royaume Canoviste de Numancia, elle est aujourd'hui plus menacée que jamais.
Son pouvoir est déclinant en Shawiricie et elle n'a malheureusement pas l'habileté politique de feu son prédécesseur, l'illustre Steve Finerpapi. Incapable de se dépêtrer de l'affaire des provinces réclamant plus d'autonomie au sein de la fédération, elle s'avère aussi très malhabile dans le jeu de la politique politicienne. Plus idéologue que femme d'action, elle n'a pas encore compris qu'on s'active déjà en coulisses pour la remplacer à la tête du Parti Conservateur et, in fine, de la tête de l'État. Si sa Ministre des Affaires Étrangères, Monica Himbab, ne tiendra pas très longtemps dans la course effrénée au pouvoir, c'est plutôt de son très habile Ministre de la Défense, Brian Blackburn, qu'il faut se méfier.
Dans tous les cas, le plus inquiétant reste l'attitude de plus en plus autistique de la Présidente, qui refuse de voir la réalité de son pouvoir vacillant en face.
La question n'est pas "Tiendra-t-elle au pouvoir ?" mais "Combien de temps lui reste-t-il à gouverner avant que son propre système ne l'avale ?"
Peut-être aurons-nous à prendre nos dispositions..."
Télégramme n°5 : communication secrète de l'Ambassadrice Royale en Shmorod, Cristina Laura Yeguas, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 19 mars 2013, 12h55 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
Je ne comprends pas bien les visées du gouvernement socialo-communiste de Yossi Gosh.
Nous savions déjà que le Pacte de Novgorod n'était pas vraiment la tasse de thé de Beït-Yadid, mais je suis plus qu'étonnée par son acoquinement avec les barons de la droite callandienne - dont l'incapable et ridicule Charlotte Jossinet - ou quantarienne.
Que vient faire le Président shmorodom, très malin et incroyablement clairvoyant dans sa politique, avec une cruche comme Abby Venternen, entourée d'une camarilla d'admirateurs pleins de forfanterie et dépossédée de la réalité du pouvoir quantarien depuis l'affaire de la loi sur l'avortement ?
Je ne suis pas sûre que nous puissions compter sur une ligne constante de la part de la diplomatie shmorodom, qui louvoie constamment entre tous les partis, tous les pays et tous les extrêmes. Mais nous pourrions peut-être tirer parti de ces tergiversations..."
Télégramme n°6 : communication secrète de l'Ambassadeur Royal en Laagland, Vicente Corrales Cristo, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 28 août 2013, 11h24 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
J'ai croisé le Président du Gouvernement laaglandais, Klaas Timmerman, aujourd'hui.
Nous avons brièvement discuté - j'aime toujours la conversation de ce fin connaisseur d'art et de littérature - et il m'a révélé que la santé mentale de la Reine Greta se dégradait de jour en jour.
On la savait déjà dure de la feuille, mais voilà que les médecins royaux s'inquiètent de ses pertes de mémoire et y voient les signes précoces d'une maladie d'Alzheimer ou de démence sénile.
Elle peine à reconnaître ses propres enfants, dont l'héritier au trône, et se croit parfois en 1972. La dernière fois qu'on lui a montré des portraits des dirigeants de la Sainte Alliance, elle a cru voir en votre personne l'image de son défunt mari.
Elle suit actuellement un traitement qui ne lui laisse toutefois pas beaucoup d'espoir concernant son état de santé. Dans le même temps, lors de ses moments de lucidité (encore nombreux), elle comprend la situation mais refuse d'abdiquer."
RÉVÉLATIONS PUBLIQUES (UTILISABLES PAR TOUS) - FIN
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Klaas Timmerman, Président du Gouvernement des Royaumes Unis du Laagland<center>
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:27 pm
par Ramiro de Maeztu
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La Rue Felipe II, l'une des plus chères artères de la ville la plus chic de la banlieue d'Hispalis, Negritas de Palencia</center>
14 juillet 2013
Deux jours s’étaient écoulés depuis la grande victoire de la sélection nationale numancienne de football lors de la Coupe du Monde à domicile. Deux journées de folie, de fête, de défilé dans les rues, de liesse populaire, de félicitations et de repas.
Diego Rivera et Sergio Gorjón s’étaient tout d’abord séparés pour les besoins de la représentation officielle de l’équipe, puis étaient retournés discrètement dans leur demeure commune, à Negritas de Palencia, dans la banlieue chic d’Hispalis. L’agent thorvalien de Sergio, Lars Pedersson, était venu leur rendre visite à l’improviste. C’était la femme de ménage qui lui avait ouvert, expliquant que les maîtres des lieux n’étaient pas encore levés. Il s’installa sur le canapé, dans le salon.
- Madame, un petit sandwich, s’il vous plaît
La femme de ménage, visiblement surprise par cette demande, s’exécuta et lui ramena un encas, puis continua de s’affairer dans toute la maison. Alors qu’elle se trouvait à l’étage, il vit descendre Diego Rivera, en petite tenue. Ce dernier fut surpris de la présence de l’agent, sursauta et s’exclama :
- Ah, euh, t’es là, merde. Je savais pas que tu devais passer, attends, il faut que j’aille m’habiller.
- Va faire ça et en revenant, t’iras me cherche une bière. Manger, ça donne soif.
- Eh, je suis pas ta boniche, hein !
- Nan, mais tu es l’hôte, et en tant que tel, tu dois servir les invités.
Sergio, qui était tout simplement nu, pénétra dans la pièce, se dirigea vers le frigo, en sortit une bière, la jeta vers Lars, qui la rattrapa au vol, et répondit :
- J’arrive, je vais me préparer aussi.
- Ok, on en reparlera quand tu seras revenu.
Lars entendit les deux jeunes hommes s’éloignaient ; ils se parlaient en espagnol, mais si rapidement qu’il ne put pas comprendre grand’chose. Il n’entendit qu’une seule phrase de Diego directement : « Comment tu fais pour te balader à poil devant tout le monde, comme ça ?! »
Finalement, Sergio revint rapidement, à peine dix minutes après, habillé en jeans et chemise déboutonnée. C’était une journée de relâche. Il sourit à Lars et lui dit :
- Diego risque de mettre plus de temps. Il passe des heures dans la salle de bains…
- Moi, c’est cinq minutes, et hop, au boulot ! Bon, alors, ça fait quoi d’être champion du monde ? Combien de bouteilles t’as descendu ?
- Je ne les ai pas comptées… J’étais tellement cuit hier soir que Diego a été obligé d’appeler un taxi. Il n’a pas le permis et je ne pouvais pas rouler dans cet état…
- Et Diego, laisse-moi deviner, il a bu de l’eau ? Ah ah ah…
- Un ou deux verres de porto, c’est tout. Il boit beaucoup moins que moi. Il faut dire que je n’avais pas que la Coupe du Monde en tête…
- Allons bon, à quoi tu pouvais bien penser à part la Coupe du Monde ?
- Diego est pas là alors je peux t’en parler plus librement. Cela fait plusieurs semaines, bien avant le début de la compétition, que des images me reviennent.
- Tu veux parler de ton accident ?
- Pas seulement, ça a aussi un rapport avec mon enfance. Tu ne sais pas ce qui s’est passé dans mon enfance…
- Ton enfance ? Ah, eh bien, non, pas du tout…
A cet instant, Lars se souvint de la conversation qu’il avait eue avec Diego quelques mois auparavant.
- C’est très compliqué et douloureux… J’ai du mal à lutter actuellement, tout m’assaille…
- Oh, tu vas pas nous taper une déprime… Une bière et c’est fini.
Sergio alla se chercher une cannette de bière dans le réfrigérateur puis revint s’assoir.
- Tu sais que ce n’est pas aussi simple. Et puis je ne sais pas si je vais être à la hauteur de nos projets…
- Je t’interdis de dire une chose comme cela. Je ne connais pas les détails de tes projets passés mais en tout cas, je constate que tu y as survécu. Et ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Ce ne sont pas des paroles en l’air.
- Diego veut adopter un enfant. Et crois-tu qu’un adulte qui a connu la violence, tant physique que morale ou sexuelle dans son enfance, peut légitimement prétendre à être père ?
- Eh bien… Ouais, je crois que… tu peux.
- Honnêtement, je ne sais pas. Je suis en plein doute. Je ne sais même pas si j’apporte quelque chose de positif à Diego. Est-ce que notre couple résistera si jamais je pète totalement un plomb ? J’ai pas envie de le voir souffrir…
- Je crois que tu te poses trop de question. Fais confiance à Dieu et tu n’auras pas de problèmes.
A ce moment-là, Diego, entièrement pomponné, entra dans la pièce en déclarant :
- Encore en train de parler de bondieuseries ?
- Non, nous parlions de sa future destination ?
- De sa future destination ? Comment ça ? demanda Diego en se servant un verre de jus d’orange.
- Eh bien nous estimons qu’après avoir tout gagné à Hispalis, il est temps pour lui de s’imposer un nouveau challenge : s’imposer dans un club étranger où un football différent est pratiqué.
Diego regarda, l’air consterné, Lars et son amant. Il posa son verre et demanda :
- Mais… ça veut dire que tu ne veux pas renouveler ton contrat à Hispalis après la saison prochaine ?
- Je songe en effet à aller ailleurs.
- Et moi, je deviens quoi ?
- Tu vas pas pleurer, si ? s’exclama Lars Pedersson en s’esclaffant.
- Il n’est pas question que nous nous séparions. Et où voudrais-tu le faire aller jouer, Lars ?
- Devine ! Il s’agit d’une équipe quadruple championne du monde des clubs…
- Bah voyons ! s’écria Diego. Il va aller s’enterrer au Thorval ?
- Pardon ? J’ai mal entendu !
- Tu sais très bien ce que je veux dire, Lars. Ademtown est une excellente équipe mais le championnat thorvalien n’est pas le plus palpitant au monde et… Hispalis reste le meilleur club du monde.
- Le niveau est bien plus élevé que tu crois. De plus, l’ambiance est électrique dans les tribunes, même Kirov en aurait des frissons ! Et puis bon, excuse-moi, mais remporter des titres avec le meilleur club au monde n’est pas vraiment un challenge.
- Dis tout de suite que l’ambiance est morte au Numancia. Dans les tribunes du Stade Saint-Joseph, à Emerita Augusta, je ne dis pas, mais pas au Monumental…
- Je n’ai pas dit cela, je dis juste que le public est plus passionné au Thorval…
- Ca reste à prouver. Sergio, tu en dis quoi ?
- Je… je crois que je vais aller à Ademtown à la fin de la saison prochaine.
- Alors il n’y aura pas une, mais deux recrues numanciennes dans le champion du Thorval ! s’exclama Diego.
- Tu seras en fin de contrat donc Ademtown t’aura gratuitement, Sergio. Par contre, cela risque d’être plus difficile pour toi, Diego, car ton contrat arrivera à échéance en 2016 et cela m’étonnerait que les Adémiens aient 20 millions à dépenser. Tu peux tenter ta chance à Celtown, ce sont des excités du chèque, eux !
- Je préfère Celtown et dont le Thorval avec Sergio que le Numancia tout seul. Celtown sera vraiment prêt à sortir le chéquier pour moi ?
- Sans problème ! Ils sont prêts à tout pour mettre fin à la domination de leur rival !
- Alors si Sergio est décidé, ça sera le Thorval à la fin de la saison prochaine !
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:28 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/54/e/2/b/b-2318815.jpg.htm][img]http://img54.xooimage.com/files/0/0/1/b-2318816.jpg[/img][/url]
Un manoir perdu dans la campagne de la Province de Parda, non loin de Fortaleza...</center>
3 octobre 2013
La jeune femme se leva doucement pour ne pas réveiller son époux. Elle sortit du lit, se vêtit sans un bruit et se dirigea vers la salle de bains, qui se trouvait juste à côté de la chambre à coucher. Elle se brossa les dents, se passa un peu d'eau sur le visage, se maquilla et se coiffa méticuleusement. Puis elle enfila un à un ses bijoux favoris, notamment la parure qui lui avait été offerte par son mari pour son dernier anniversaire.
Elle pénétra à nouveau dans la chambre, sortit une paire d'escarpins de l'armoire à glace et descendit les escaliers vers la salle à manger. Le maître d'hôtel avait déjà dressé la table du petit déjeuner, qui n'attendait plus que les hôtes de la demeure. L'une des trois domestiques de la résidence entra dans la pièce et salua sa maîtresse :
- Buenos días, señora. Es usted muy madrugadora, como siempre.
- Bonjour, madame. Vous êtes très matinale, comme toujours.
- Buenos días, María. Sí, es verdad, no me gusta cuando se me pegan las sábanas.
- Bonjour, María. Oui, c'est vrai, je n'aime pas faire la grasse matinée.
- Bueno, el cocinero le tiene preparado el desayuno favorito: un pomelo exprimido, rebanadas de mermelada de manzana, un café con leche, una naranja, jamón serrano con aceite de oliva y dos cruasanes. ¿Le gusta, señora?
- Bien, le cuisinier vous a préparé votre petit déjeuner préféré : un pamplemousse pressé, des tartines de confiture de pomme, un café au lait, une orange, du jambon cru avec de l'huile d'olive et deux croissants. Cela vous plaît-il, madame ?
- Es perfecto. Gracias por todo, María.
- C'est parfait. Merci pour tout, María.
Tout en dévorant son premier repas de la journée, la jeune femme ouvrit son téléphone portable. "Tiene dos mensajes nuevos" - "Vous avez deux nouveaux messages". Elle les consulta, répondit à leur expéditeur et continua à manger.
- Me he despertado y he visto que ya no estabas en la cama.
- Je me suis réveillé et j'ai vu que tu n'étais plus au lit.
Son époux était descendu; il était lui aussi entièrement vêtu et prêt pour la journée.
- ¡Claro! Por más que tengo dos días de descanso, no voy a holgazanear. Ya son las seis y media. ¿Siguen durmiendo las niñas?
- Bien sûr ! J'ai beau avoir deux jours de repos, je ne vais pas paresser. Il est déjà six heures et demie. Les filles dorment toujours ?
- Sí. Acabo de hablar con el aya, las despertará a las ocho y media para asearlas y prepararlas. Tiene clase de castellano, danés, matemáticas y danza clásica, hoy. Luego, irán a caballo por el bosquecito de Ahigal de Villarino.
- Oui. Je viens de parler avec la gouvernante, elle les réveillera à huit heures et demie pour les laver et les préparer. Elles ont cours d'espagnol, de danois, de mathématiques et de danse classique, aujourd'hui. Ensuite, elles iront faire un tour en cheval dans le petit bois d'Ahigal de Villarino.
- Bueno. ¡Pero siéntate, Juan! Vamos a desayunar juntos.
- Bien. Mais assieds-toi, Juan ! Nous allons prendre notre petit déjeuner ensemble.
Son mari s'exécuter avec un petit sourire aux lèvres. La domestique le salua tout en lui apportant le numéro de La Concordia du jour. Il lit distraitement la une et quelques articles de politique internationale avant d'avaler son pain au chocolat.
- Y tú, ¿qué es lo que tienes previsto para hoy?
- Et toi, qu'as-tu prévu pour aujourd'hui ?
- Bueno, un poco de ejercicios físicos en la sala de deporte. Luego vendrá el profesor de latín y griego clásico, a eso de las ocho. Tengo que mejorarme en el manejo de los idiomas clásicos, ya sabes… Normalmente, he de llamar a la Presidenta de Gobierno a las nueve, para el orden del día en las Cortes. Luego…
- Eh bien, un peu d'exercices physiques à la salle de sport. Ensuite, le professeur de latin et grec ancien viendra, vers huit heures. Je dois progresser dans la pratique des langues classiques, tu sais bien... Normalement, je dois appeler la Présidente du Gouvernement à neuf heures, pour l'ordre du jour aux Cortes. Puis...
Elle ne put finir son emploi du temps que son mari lui coupa la parole, un immense sourire aux lèvres :
- Ya veo que lo has organizado todo, como sueles hacer. Por eso te quiero, cariño.
- Je vois que tu as tout organisé, comme tu as l'habitude de le faire. C'est pour ça que je t'aime, ma chérie.
Mais elle n'eut pas le temps de répondre à Juan que son téléphone portable sonna. Elle décrocha :
- ¡Diga! Ah, ¡Vuestra Majestad! ¿Cómo está, hoy?
- Allô ? Ah, Votre Majesté ! Comment allez-vous, aujourd'hui ?
La Régente se leva de son siège et se dirigea vers le salon pour continuer à parler à son aise. Sa voix faiblit et au fur et à mesure qu'elle s'éloigna.
- No, yo no lo veo así… Es que no lo podemos presentar de esta forma… Sí, por supuesto que lo sabemos…
- Non, je ne le vois pas de cette manière.. C'est que nous ne pouvons pas le présenter sous cette forme... Oui, bien entendu que nous le savons...
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:28 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/51/a/d/5/20071026114801-039210a-2301ac1.jpg.htm][img]http://img51.xooimage.com/files/f/d/f/20071026114801-039210a-2301ac2.jpg[/img][/url]
Le hall d'entrée principal de la Polyclinique Royale d'Hispalis</center>
30 septembre 2013
Sa Majesté Sérénissime avait mal dormi. Ses côtes, en pleine ossification, lui faisaient mal, et des cauchemars l'avaient tourmenté toute la nuit. Il revoyait la scène de l'accident; il se remémorait son assoupissement passager, en plein virage.
Feindre l'amnésie partielle lui était bien commode : il faisait semblant de se souvenir de tout sauf de ce qu'il voulait faire cette soirée-là. Les médecins n'avaient pas détecté d'anomalie cérébrale ou de traumatisme crânien qui eussent pu justifier un tel état, bien entendu, mais ils n'excluaient pas des causes purement psychiques qui leur échappaient. C'était tant mieux !
Felipe recevait quotidiennement la visite de la Présidente du Gouvernement, Doña Laura Arbenz Ortega, qui lui faisait signer ou contresigner tous les documents importants, lui détaillait les séances parlementaires, lui expliquait tous les travaux gouvernementaux... Occasionnellement, d'autres ministres venaient à son chevet pour lui transmettre d'importantes nouvelles et s'enquérir de son état de santé.
Dehors, les derniers beaux jours traînaient en longueur, comme toute période estivale numancienne qui se respecte. Une baisse assez brusque des températures se ferait sentir à la mi-octobre; puis, à la fin de ce même mois, l'été indien (ou "petit été de la Saint-Martin" - "veranillo de la San Martín" - comme on l'appelait au Numancia) se ferait sentir par un radoucissement général. Il neigeait déjà au-delà de deux mille mètres, dans la Sierra Maestra, et des chutes seraient à prévoir dans tous les pays (exception faite de Nicolasol et de sa région, sans doute), dès le mois de novembre.
Soudain, le téléphone fixe de sa chambre d'hôpital sonna. Le Roi le laissa retentir un instant, puis décrocha :
- ¡Hola! ¿Quién es?
- Allô, qui est à l'appareil ?
- Hola, Felipe. Soy yo. ¿Qué tal estás?
- Salut, Felipe. C'est moi. Comment vas-tu ?
La voix masculine à l'autre bout de la ligne fit sourire Felipe. Il répondit :
- Me voy reponiendo, aunque me duelen las costillas. Y tú, ¿cómo estás?
- Je me remets peu à peu, bien que mes côtes soient douloureuses. Et toi, comment vas-tu ?
- ¿Yo? Pues, bien, como siempre. Me he inquietado mucho por ti, pero ahora ya veo que estás mejor.
- Moi ? Eh bien, bien, comme toujours. Je me suis beaucoup inquiété pour toi, mais je vois bien que tu vas mieux, maintenant.
- Mi madrina me dijo que habías llamado y no había sabido qué contestarte.
- Ma marraine m'a dit que tu avais appelé et qu'elle n'avait pas su quoi te répondre.
- En efecto. Pero no te preocupes, no diré nada. Entiendo perfectamente la situación, hijo mío. Y ya me conoces un poco, sabes que soy discreto y de pocas palabras.
- En effet. Mais ne t'inquiète pas, je ne dirai rien. Je comprends parfaitement la situation, mon fils. Et tu me connais déjà un peu, tu sais que suis discret et peu bavard.
- Ya lo sé, por supuesto, pero nunca he pensado que dirías algo. Confío mucho en ti… aunque no sé si no me equivoco. ¿Cuándo llegarán los resultados de las pruebas de paternidad?
- Je le sais bien, évidemment, mais je n'ai jamais pensé que tu dirais quelque chose. J'ai grandement confiance en toi... bien que je ne sache pas si je ne me trompe pas. Quand arriveront les résultats des tests de paternité ?
- Dentro de una semana, creo. Pero había pensado que todos los elementos que te había dado sobre tu niñez, tu madre, cosas que sólo un padre podría saber… en fin, había pensado que todo ello te habría convencido.
- Dans une semaine, je crois. Mais j'avais pensé que tous les éléments que je t'avais donné sur ton enfance, ta mère, des choses que seul un père pourrait savoir... enfin, j'avais pensé que tout ça t'aurait convaincu.
- Soy muy cartesiano. Y quiero estar seguro… entenderás que lo que me revelaste es todo un trastorno en mi vida.
- Je suis très cartésien. Et je veux être sûr... tu comprendras que ce que tu m'as révélé est un immense chambardement dans ma vie.
- Me lo fijo. Bueno, tengo que salir, ahora. Hasta luego, hijo mío.
- Je m'en doute. Bien, je dois partir, maintenant. A plus tard, mon fils.
- Hasta luego.
- A plus tard.
En raccrochant, Felipe ne sut que penser de cet homme qui ne pouvait en effet être que son père biologique. Mystérieux, il l'était. Peu bavard, assurément aussi. Mais pourquoi n'avait-il pas révélé son existence et son identité à son fils lorsque ce dernier avait perdu sa mère ou même avant, lorsque son père "adoptif" était décédé. Le choc était si grand qu'il voulait à peine y croire; il ne savait même pas si des tests de paternité positifs réussiraient à l'en convaincre. La vie avait parfois de drôles de tournants...
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:28 pm
par Ramiro de Maeztu
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La Ministre du Sport et de la Santé, Doña Ana Griñán Salgado, à son arrivée à la Polyclinique Royale d'Hispalis</center>
23 septembre 2013
La Ministre du Sport et de la Santé, Doña Ana Griñán Salgado, pénétra dans la Polyclinique Royale d'Hispalis à onze heures précises. L'un des vigiles de l'établissement hospitalier la reconnut immédiatement et la salua cordialement, ce à quoi elle répondit en souriant.
Elle parla quelques instants à l'hôtesse d'accueil, qui faisait également office de standardiste, puis se dirigea vers l'ascenseur réservé au public. Elle appuya sur le bouton du troisième étage et les portes se refermèrent immédiatement.
Parvenue à destination, elle sortit de la cage métallique et parcourut un long couloir où se croisaient médecins, chirurgiens, infirmières, maïeuticiens et brancardiers. Elle frappa à la porte de la chambre 346, l'une des plus grandes de la clinique. Une voix, encore un peu faible, répondit de l'intérieur :
- ¡Pase usted!
- Entrez !
La marraine du Roi ouvrit grand la porte, sourit au jeune homme alité, referma derrière elle et s'assit sur un fauteuil, aux côté de Felipe.
- Buenos días, Felipe. ¿Cómo te sientes, hoy?
- Bonjour, Felipe. Comment te sens-tu, aujourd'hui ?
- Algo mejor, la verdad. Sigo recobrando la memoria. Me sigue doliendo la pierna. Sabes lo que es, una fractura de peroné…
- Un peu mieux, vraiment. Je continue à retrouver la mémoire. Mon péroné est toujours douloureux. Tu sais ce que c'est, une fracture du péroné...
La Ministre sourit à nouveau et lui répondit, tendrement :
- No, no lo sé: no me ha ocurrido nunca. Pero estás mejor, se nota.
- Non, je ne le sais pas : ça ne m'est jamais arrivé. Mais tu vas mieux, ça se voit.
C'était une superbe matinée d'automne. Un automne très doux, comme toujours au Numancia : il faisait facilement dix-sept ou dix-huit degrés. Les oiseaux chantaient dans le parc de la polyclinique; par la fenêtre entrouverte, l'on entendait les discussions de quelques patients et leur famille en promenade. Plus loin, couvert par ce murmure rassérénant, la ville émettait ses multiples bruits : l'activité continuait dans le pays. Cela rassurait Felipe.
- ¿Y cómo se las arregla la regente? Espero que no tenga demasiado trabajo…
- Et comme se débrouille la régente ? J'espère qu'elle n'a pas trop de travail...
- Lo tiene tanto como tú, Felipe, pero es una mujer de poder. Está acostumbrada. ¿Sabes que está inundado el Palacio Real por las cartas, las velas…? El pueblo te quiere, Felipe, más que nunca.
- Elle en a autant que toi, Felipe, mais c'est une femme de pouvoir. Elle est habituée. Sas-tu que le Palais Royal est inondé de lettres, de bougies... ? Le peuple t'aime, Felipe, plus que jamais.
Felipe soupira et sourit amicalement à sa marraine. Celle-ci fouilla brièvement dans son sac, en sortit son téléphone portable, l'éteignit (elle comptait bien faire passer une loi sur l'utilisation des objets électroniques ou radiophoniques dans les établissements hospitaliers et elle devait montrer l'exemple) et soupira à son tour.
- Felipe, tengo que hablarte. Yo no creo para nada en tu amnesia. Yo sé adónde ibas esa noche. Ibas a Matallana de Torío, ¿verdad?
- Felipe, j'ai à te parler. Moi, je ne crois pas du tout en ton amnésie. Moi, je sais où tu allais cette nui-là. Tu allais à Matallana de Torío, n'est-ce pas ?
- No te lo puedo decir, no lo recuerdo. Créeme.
- Je ne peux pas te le dire, je ne me le rappelle pas. Crois-moi.
- No seas crío conmigo, Felipe. Me llamó anoche. Se estaba inquietando por ti; no supe que decirle. Me dijo que no diría nada, que no era preciso comprarle el silencio.
- Ne fais pas l'enfant avec moi, Felipe. Il m'a appelé hier soir. Il s'inquiétait pour toi; je n'ai pas su quoi lui dire. Il m'a dit qu'il ne dirait rien, qu'il n'était pas nécessaire d'acheter son silence.
- Entonces, lo sabes.
- Alors, tu le sais.
- Hace mucho tiempo que lo sé, Felipe. Sé más prudente, es cuanto te puedo decir. Todos te acechan; todos te vigilan. Y el pueblo cuenta contigo.
- Cela fait longtemps que je le sais, Felipe. Sois plus prudent, c'est tout ce que je peux te dire. Ils te guettent tous; ils te surveillent tous. Et le peuple compte sur toi.
- Tranquilízate: soy discreto. Todo pasará bien.
- Rassure-toi : je suis discret. Tout se passera bien.
Doña Ana Griñán Salgado laissa couler une larme sur son visage et embrassa le souverain sur le front.
Puis elle se leva brusquement, caressa le visage du Roi et lui dit en sortant :
- Te quiero mucho, Felipe. Eres como mi propio hijo. Cuídate.
- Je t'aime beaucoup, Felipe. Tu es comme mon propre fils. Prends soin de toi.
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:29 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/54/a/8/4/9-14-34-10-22d1428.jpg.htm][img]http://img54.xooimage.com/files/0/c/8/9-14-34-10-22d1429.jpg[/img][/url]
La Ministre des Affaires Étrangères du Numancia, Doña Mariana Fernández, lors d'une conférence de presse au Palais Royal d'Occident d'Hispalis</center>
14 septembre 2013
Ce jeudi avait été plus que chargé que pour Sa Majesté Sérénissime Felipe V. Occupé toute la journée à discuter avec le Ministre de l'Économie, Don Nicolás Saavedra, à propos du Consensus d'Hispalis et de la Commission des Ministres de l'Économie de la Sainte Alliance, qui se réunirait bientôt, il avait également dû répondre à de nombreux appels téléphoniques concernant la résolution de la crise des espions thorvaliens (les autorités nordiques l'en tenaient régulièrement au courant, par souci de communication entre alliés) ainsi que s'intéresser à un dossier de la Ministre des Infrastructures, Transports et Travaux, Doña Esperanza Ruiz Gallardón, qui réalisé une étude préliminaire sur l'éventuel percement d'un métropolitain à Las Palmas et Puerto Real, en Province Cisplatine.
En début de soirée, c'était la Ministre des Affaires Étrangères, Doña Mariana Fernández, qui était passée dans le bureau privé du Roi pour discuter brièvement avec lui. Il devait ensuite, comme tous les jeudis soirs, aller à la Maison de Pizarro pour passer une soirée à cinq autour d'une discussion, d'un long métrage ou d'un jeu de cartes.
En remballant ses classeurs, le Roi se mit à réfléchit à haute voix, n'attendant même pas nécessaire une réponse de la part de son interlocutrice :
- Y eso que nos consideran como unos fanáticos…
- Et dire qu'ils nous considèrent comme des fanatiques...
- ¿Qué dice usted, Vuestra Majestad?
- Que dites-vous, Votre Majesté ?
Malgré leur proximité croissante et l'immense respectabilité de la Ministre, le tutoiement n'était pas encore de mise entre les deux individus. Doña Mariana Fernández avait trop d'éducation et de respect pour les institutions et symboles royaux; Felipe, pour sa part, voyait en son interlocutrice une femme d'une trop grande expérience, si chargée d'années de souffrance et de labeur, qu'il n'osait pas la tutoyer, un peu comme l'on respecte un emblème ou une icône.
- Estoy diciendo que nos consideran como unos fanáticos.
- Je suis en train de dire qu'ils nous considèrent comme des fanatiques.
- ¿De quién hablará usted?
- De qui parlez-vous donc ?
- Des los ateos quirepianos, de los marxistas envarados de Teriénkov… De toda esa clase de gentuza.
- Des athées kirepiens, des marxistes engoncés de Terienkov... De toute cette classe de racaille.
La Ministre soupira, s'assit en face du Roi et lui répondit :
- Comparto su punto de vista, por supuesto. Ya lo sabe. Pero hay que tranquilizarse: por el momento, esperemos. Ya se decantarán los elementos más destacados de Rostovia; ya podremos hablar algún día con Nina Saratova o Iván Davánrov con el corazón sereno.
- Je partage votre point de vue, bien entendu. Vous le savez déjà. Mais il faut se calmer : pour le moment, attendons. Les éléments les plus éminents de la Rostovie se décanteront déjà; nous pourrons déjà parler un beau jour avec Nina Saratova ou Ivan Davanrov, le cœur serein.
- Eso no es lo que me inquieta: confío en Dios y en el plan que tiene para todos nosotros. Lo que a mí más me llama la atención y me atemoriza son la cantidad de nuevas religiones que brotan en Occidente y Oriente.
- Ce n'est pas cela qui m'inquiète : j'ai confiance en Dieu et dans le plan qu'il a pour nous tous. Ce qui me frappe et m'effraye le plus, c'est le nombre de nouvelles religions qui surgissent en Occident et en Orient.
- ¿Unas nuevas religiones? ¿Qué es lo que quiere decir?
- De nouvelles religieux ? Que voulez-vous donc dir ?
- Mírelo bien, Doña Mariana. Nosotros creemos en el único y verdadero Dios; estamos seguros de que lo rige todo y ya lo ha previsto todo para el triunfo de su reino, tanto en el cielo como en la tierra. Pero no por eso somos los más fanáticos; somos unos políticos, a veces con muchísima experiencia. Actuamos respetando la ley, la constitución y la razón; nos valemos de la tecnología y la ciencia; intentamos hacer avanzar la enseñanza superior, la investigación fundamental y aplicada; favorecemos el acceso de todos a la cultura; dirigimos un Estado democrático, con elecciones libres, con un pueblo que libremente ha elegido a sus mandatarios.
- Regardez bien, Doña Mariana. Nous, nous croyons dans le seul et véritable Dieu; nous sommes sûrs qu'il régit tout et a tout prévu pour le triomphe de son règne, aussi bien au ciel que sur la terre. Mais nous ne sommes pas pour autant les plus fanatiques; nous sommes des hommes politiques, parfois avec beaucoup d'expérience. Nous agissons dans le respect de la loi, de la constitution et de la raison; nous nous servons de la technologie et de la science; nous tâchons de faire progresser l'enseignement supérieur, la recherche fondamentale et appliquée; nous favorisons l'accès de tous à la culture; nous dirigeons un État démocratique, avec des élections libres, avec un peuple qui a librement choisi ses dirigeants.
- Hasta ahora, estoy de acuerdo con usted.
- Jusqu'à maintenant, je suis d'accord avec vous.
- Bueno. Considere ahora a los liberales, especialmente a los de la Unión Almerana. ¿Cree usted, Doña Mariana, que puede jactarse de ser democrática una Presidenta como Abby Venternen, cuando todos sabemos que la eligió apenas el 45% de su pueblo, estando el resto del país acabando una guerra desastrosa? Pero sobre todo, ¿no cree usted que los fanáticos son aquellos que, como ellos, idolatran al becerro de oro? “Fuera del mercado, ninguna salvación posible” nos dicen sus economistas. “¡Viva el capitalismo! ¡Viva el Dios-dinero!” gritan sus dirigentes. Y por supuesto, hay que llevar a cabo unas cruzadas contra los anatemas: los comunistas, los antiliberales…
- Bien. Considérez maintenant les libéraux, particulièrement ceux de l'Union Almérane. Croyez-vous, Doña Mariana, qu'une Présidente comme Abby Venternen puisse se vanter d'être démocratique, lorsque nous savons tous qu'elle a été élue par à peine 45% de son peuple, alors que le reste du pays était en train de terminer une guerre désastreuse ? Mais surtout, ne croyez-vous pas que les fanatiques sont ceux qui, comme eux, idolâtrent le veau d'or ? "Hors du marché, pas de salut possible", nous disent leurs économistes. "Vive le capitalisme ! Vive le Dieu-argent !" hurlent leurs dirigeants. Et bien entendu, il faut mener à bien quelques croisades contre les anathèmes : les communistes, les antilibéraux...
La Ministre des Affaires Étrangères suivait attentivement le discours du monarque et ne pipait mot. Elle était on ne peut plus d'accord avec son argumentation. Il poursuivit.
- Y en cuanto a los marxistas más fanáticos… huelga decir que son los más dogmáticos de todos. Los quirapianos construyen Casas del Ateísmo como los cristianos construyen iglesias y templos; adoran a sus autores predilectos, desde Bakunin hasta Proudhon; quieren sembrar sus ideas (o, mejor dicho, imponerlas) como se siembra la Santa Palabra por el mundo conocido. ¿Y se consideran ateos? ¡Vaya ateos!
- Et quant aux marxistes les plus fanatiques... nul n'est besoin de dire qu'ils sont les plus dogmatiques de tous. Les Kirepiens construisent des Maisons de l'Athéisme comme les chrétiens construisent des églises et des temples; ils adorent leurs auteurs favoris, depuis Bakounine jusqu'à Proudhon; ils veulent semer leurs idées (ou, en d'autres termes, les imposer) comme l'on sème la Sainte Parole dans tout le monde connu. Et ils se considèrent athées ! Drôles d'athées !
Doña Mariana Fernández réfléchit un long instant; ses traits traduisaient à la fois la méditation et l'inquiétude. Mais elle finit par reprendre la parole et conclut cette conversation d'une façon que n'aurait pu imaginer le Roi :
- Está usted muy obsesionado por Quirep, aunque lo puedo comprender. Ya sabemos todos que urde, sigiloso, nuestra ruina, aunque no lo dejaremos maniobrar. Pero recuerde algo importante: nunca se puede otorgar demasiada importancia a la gente paradójica. ¿Se consideran ateos? Pero, ¡allá ellos! Entonces, según dicen, no existe Dio, ¡maravilloso! Y al mismo tiempo, construyen Casas del Antiteísmo. ¡Ridículo! ¡Insensato! ¿Cómo se puede afirmar “Dios no existe” y “Estoy luchando contra Dios” al mismo tiempo? Todo ello demuestra sobre todo que si algo tenemos que tomar en serio en Quirep, es su capacidad militar. En cuanto a su ideología, basta con esto para entender hasta qué punto es seria e interesante…
- Vous êtes vraiment obsédés par le Kirep, bien que je puisse le comprendre. Nous savons tous parfaitement qu'il ourdit, silencieux, notre perte, bien que nous le laissions pas faire. Mais souvenez-vous d'une chose importante : l'on ne peut jamais octroyer trop d'importance aux gens paradoxaux. Ils se considèrent athées ? Mais, tant mieux pour eux ! Alors, d'après ce qu'ils disent, Dieu n'existe pas, merveilleux ! Et, dans le même temps, ils construisent des Maisons de l'Antithéisme. Ridicule ! Insensé ! Comment peut-on à la fois affirmer "Dieu n'existe pas" et "Je suis en train de lutter contre Dieu" ? Tout cela démontre surtout que si nous devons prendre quelque chose au sérieux chez le Kirep, c'est sa capacité militaire. Quant à son idéologie, il suffit de cela pour comprendre à quel point elle est sérieuse et intéressante...
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:29 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/6/8/7/madrid-11-1e60541.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/f/2/b/madrid-11-1e60542.jpg[/img][/url]
Le Palais Royal d'Occident, à Hispalis, vu depuis la Place d'Occident, ornée de sa célèbre statue-fontaine de Felipe Ier</center>
1er septembre 2013
Les dossiers épineux en matière d'affaires étrangères s'accumulaient depuis quelques temps sur le dossier de Sa Majesté Sérénissime et de la Ministre Doña Mariana Fernández. La constitution de la Sainte Alliance étant une tâche ardue, tous le savaient mais aucun n'avait pu prévoir l'ampleur des travaux pour former une union à la fois aussi solidaire et aussi libre. Comment réussir à concilier l'indispensable souveraineté nationale avec le désir de parler d'une seule voix sur la scène mondiale lorsque le besoin s'en faisait sentir ?
Malgré tout, Felipe V était assez fier de l'édifice politique et idéologique qu'il portait à bouts de bras avec Annabelle II, Friedrich IV, Klaas Timmerman et Charles-Henri de Merfeuille. Les membres de l'organisation communiquaient, se respectaient et se réunissaient régulièrement, évitant ainsi l'incurie ridicule de l'Union Almérane, l'absence inquiétante de l'Union des Démocraties, l'inutilité patente de l'Union du Tiers-Monde (antichambre du Pacte de Novgorod)... Il y avait là un formidable défi à relever, un pari à faire sur l'avenir, et Felipe V l'avait fait sans hésiter, confiant malgré la difficulté.
Vint le moment d'aborder directement les relations entre le Royaume de Numancia et le Pacte de Novgorod...
- Claros estemos, Doña Mariana, me gusta cada vez menos la arrogancia y la puerilidad de los dirigentes quirepianos.
- Soyons clairs, Doña Mariana, j'aime de moins en moins l'arrogance et la puérilité des dirigeants kirepiens.
- Supongo que sabe Vuestra Majestad que, a pesar de su actitud desdeñadora, no tenemos por el momento otra elección que seguir siendo los aliados del Pacto de Novgorod. De todo el Pacto. A mí también sólo me gusta el comunismo ortodoxo de Rostovia y Erán – o por lo menos vamos a decir que no me da demasiado asco. Y hombres como Iván Davánrov o mujeres como Nina Saratova siguen siendo muy estimables y apreciables. Son unos aliados de mucho peso.
- Je suppose que Votre Majesté sait que, malgré son attitude méprisante, nous n'avons pour le moment pas d'autre choix que de continuer à être les alliés du Pacte de Novgorod. De tout le Pacte. Moi aussi je n'aime que le communisme orthodoxe de la Rostovie ou de l'Eran - ou tout du moins ne me dégoûte-t-il pas trop. Et des hommes comme Ivan Davanrov ou des femmes comme Nina Saratova restent estimables et appréciables. Ce sont des alliés de grand poids.
Felipe V réfléchit un instant, griffonna quelques mots sur un morceau de papier, le classa dans une pochette à rabats et reprit la parole.
- Por supuesto, le doy toda la razón, Doña Mariana: la fe, el patriotismo y el respeto a los principios de la Sagrada Alianza hacen de esas dos personas unos seres entrañables y capitales. Asimismo, por muy esquizofrénico e insufrible que sea Loclán (y basta con ver el último artículo de su periodicucho para percatarse de ello…), por lo menos tiene sus ideales.
- Bien entendu, je vous donne entièrement raison, Doña Mariana : la foi, el patriotisme et le respect des principes de la Sainte Alliance font de ces deux personnes des êtres chéris et capitaux. De la même façon, bien que le Lochlann soit schizophrène et insupportable (il suffit de voir le dernier article de sa feuille de chou pour s'en rendre compte...), il a au moins pour lui ses idéaux.
- ¿Qué quiere decir usted?
- Que voulez-vous dire ?
- ¿Lo que quiero decir? Quiero decir que Loclán no necesita pisotear a los demás países para sentirse todo un hombre; quiero decir que esa nación por lo menos tiene el valor de afrontar a sus enemigos sola. No forma parte de una jauría que se siente todopoderosa cuando se encuentra con sus amigotes; no forma parte de esos países que sólo ladran ante los países menos fuertes que ellos y atacan repúblicas subdesarrolladas.
- Ce que je veux dire ? Je veux dire que le Lochlann n'a pas besoin de piétiner les autres pays pour se sentir tout viril; je veux dire que cette nation a pour le moins le courage d'affronter ses ennemi seule. Elle ne fait pas partie d'une meute qui se sent toute-puissante quand elle se trouve avec ses petits copains; elle ne fait pas partie de ces pays qui n'aboient que devant les pays moins forts qu'eux et attaquent des républiques sous-développées.
- Y nosotros, ¿quiénes estamos ante esas perradas, Vuestra Majestad?
- Et nous, qui sommes-nous face à ces hordes de chiens, Votre Majesté ?
- Somos unas presas, Doña Mariana. Pero unas presas menos débiles de lo que se creen…
- Nous sommes des proies, Doña Mariana. Mais des proies moins faibles que ce qu'ils croient...
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:30 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/b/a/e/01-22332b7.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/d/d/e/01-22332b9.jpg[/img][/url]
L'un des nombreux jardins agrémentant la Maison de Pizarro, résidence officielle des Présidents du Gouvernement numanciens</center>
20 juillet 2013
Sa Majesté Sérénissime Felipe V observa attentivement sa main. Il n'avait pas un jeu brillant, c'était le moins que l'on pût dire ! Pourtant, il disposait malgré tout de deux rois (le roi de pique et le roi de trèfle) et espérait donc être appelé par Doña Mariana Fernández, qui avait distribué les cartes.
En face de lui, la Présidente du Gouvernement, Doña Laura Arbenz Ortega, semblait plutôt ravie des cartes dont elle avait hérité. Felipe espérait pourtant finir par la battre : elle avait gagné les trois premières parties de la soirée !
Finalement, la Ministre des Affaires Étrangères fit son appel au roi :
- ¡Rey de tréboles!
- Roi de trèfle !
Le souverain sourit intérieurement : la donneuse semblait avoir la main et être en bonne posture. Elle devait disposé d'au moins deux bouts et la partie serait plus simple à gagner puisqu'il ne faudrait alors que quarante-et-un points pour l'emporter à ses côtés, contre les trois autres joueurs.
Il y avait là, dans le salon privé de la Maison de Pizarro, la maîtresse des lieux, la Présidente du Gouvernement Doña Laura Arbenz Ortega; la Ministre du Sport et de la Santé, Doña Ana Ana Griñán Salgado; et le Ministre de la Culture et de l'Éducation, Don Carlos Molina de Vega.
Le tarot à cinq était l'un des passe-temps favoris des compères, qui laissaient pour quelques heures tous leurs titres et toutes leurs responsabilités au placard et se retrouvaient comme de bons amis pour leurs fameuses "tertulias". Il s'agissait assez classiquement de soirées (généralement le jeudi ou le vendredi) où l'on se retrouvait à dix-huit heures, l'on buvait un apéritif, l'on dînait ensemble et l'on regardait un film ou l'on jouait à des jeux de société en discutant de tout et de rien, et surtout pas de politique ou de gestion du Royaume.
Étant donné la roideur de l'étiquette nobiliaire et institutionnelle numancienne, beaucoup eussent pu s'étonner de voir une telle liberté de ton entre les invités, qui se tutoyaient sans peine, loin du cérémoniel, des tracas du quotidien et des convenances qu'ils se devaient de conserver en public.
Cette soirée-là, le Premier Ministre, Doña Laura Arbenz Ortega, gagna toutes les parties, qu'elle fût dans la position de donneuse ou dans celle de défenseur. Il fallait dire que son duo avec Don Carlos Molina de Vega, qui avait appris ce jeu à quatorze ans, était assez imparable.
Une fois rentré au Palais Royal d'Occident, Felipe V remercia longuement Dieu de lui prêter assez de vie non seulement pour pouvoir conduire aux destinées de son Royaume mais aussi pour lui offrir ces vrais et rares moments de bonheur et de détente.
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:30 pm
par Ramiro de Maeztu
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Le général Castillo Leal inspectant des troupes de la Légion Étrangère en compagnie du Président de la Province de Península del Ponente, Don Gumersindo Montijo (Parti Régénérationniste)</center>
10 juin 2013
Sa Majesté Sérénissime Felipe V avait réclamé la présence du Ministère de la Défense, Don Francisco Cavazos Mandiola, un jeudi après-midi, demi-journée où les ministres avaient l'habitude de rendre visite à leur famille ou de se reposer chez eux, au cours d'une semaine chargée.
L'homme politique se dit donc que le rendez-vous devait être capital et se hâta donc de se rendre en voiture au Palais Royal d'Occident. Sur place, il fut accueilli par le Majordome Royal qui avait été prévenu de son arrivée et le conduisit donc rapidement dans le bureau privé du Roi. Le domestique frappa à la porte, l'ouvrit, annonça la venue du Ministre puis introduisit ce dernier et repartit en prenant bien soin de refermer derrière lui.
- Buenos días, Vuestra Majestad. ¿Ha pedido que venga?
- Bonjour, Votre Majesté. Vous m'avez fait demander ?
- En efecto, Don Francisco. Siéntese, por favor.
- En effet, Don Francisco. Asseyez-vous, s'il vous plaît.
Le Ministre s'exécuta mais voyait bien que le Roi, qui était plongé dans un dossier, semblait préoccupé. Il tourna de nombreuses pages, feuilletant un rapport qu'il devait déjà connaître sur le bout des doigts. Il soupira puis reprit le fil de sa pensée :
- Recibí anteayer un informe de Don Rodrigo Sagunto, el comandante del estado mayor, sobre la situación de las fuerzas armadas. Sin embargo, sólo tuve tiempo para leerlo anoche.
- J'ai reçu avant-hier un rapport de Don Rodrigo Sagunto, le commandant de notre état-major, sur la situation de nos forces armées. Cependant, je n'ai eu le temps de le lire qu'hier soir.
- Perfecto, Vuestra Majestad. También lo recibí, aunque sigo sin poder leerlo desde hace dos días. ¿Cuáles son sus primeras conclusiones?
- Parfait, Votre Majesté. Je l'ai également reçu bien que je n'aie pas encore pu le lire depuis deux jours. Quelles sont vos premières conclusions ?
Le Roi referma le dossier, se gratta le menton, se leva, se servit un verre de bourbon dans son mini-bar, en but une gorgée puis répondit :
- He moderado el entusiasmo.
- J'ai modéré mon enthousiasme.
C'était une bien drôle de litote et Don Francisco Cavazos Mandiola s'en rendit rapidement compte. Il s'empara du dossier sur le bureau du Roi, ayant compris qu'il s'agissait de ce rapport de l'état-major, et en lut promptement les conclusions préliminaires.
- Bueno, Vuestra Majestad, no hay nada sorprendente en eso. Ya se había previsto cierto aumento de la puntuación en la clasificación internacional, aunque queda por supuesto mucho por hacer.
- Eh bien, Votre Majesté, il n'y a rien de surprenant là-dedans. L'on avait déjà prévu une certaine augmentation de notre notation dans le classement international, bien qu'il reste évidemment beaucoup à faire.
Felipe V vint se rassoir à sa place, reprit le dossier, consulta la page que venait de lire son Ministre, le referma et répondit :
- El informe de Don Rodrigo no es nada alarmante, menos mal. No obstante, como dice usted, queda muchísimo por hacer. ¿Qué es de plan de recuperación de las fuerzas armadas? ¿Del reclutamiento forzoso y voluntario?
- Le rapport de Don Rodrigo n'est pas du tout alarmant, encore heureusement. Néanmoins, comme vous le dites vous-même, il reste énormément à faire. Qu'en est-il du plan de redressement des forces armées ? De la conscription et du recrutement volontaire ?
- Vuestra Majestad, todo funciona, aunque todo siene su ritmo propio. No se puede pasar de un ejército de apenas cuarente mil hombres a un ejército de quinientos mil soldados en tan poco tiempo.
- Votre Majesté, tout fonctionne, bien que tout ait son rythme propre. L'on ne peut pas passer d'une armée d'à peine quarante mille homme à une armée de cinq cent mille soldats en si peu de temps.
- ¿Y el estado de los pedidos militares?
- Et l'état de nos commandes militaires ?
- Eso está mucho más comprometido, por el momento. Ya conoce usted la situación en Rostovia, no le voy a enseñar nada. Si logramos restablecer a Vladimiro Kirov o a partidarios de la Sagrada Alianza en el poder - y no es nada seguro -, quizá podamos contar con una entrega a mediados de 2014.
- C'est bien plus compromis, pour le moment. Vous connaissez déjà la situation en Rostovie, je ne vais rien vous apprendre. Si nous parvenons à rétablir Vladimir Kirov ou des partisans de la Sainte Alliance au pouvoir - et ce n'est pas certain du tout -, nous pourrons peut-être tabler sur une livraison à la mi 2014.
- Es demasiado lento...
- C'est trop lent...
Le Roi se leva à nouveau, furieux et préoccupé; il savait que Don Francisco Cavazos Mandiola faisait de son mieux à son poste et qu'il avait toutes les compétences requises pour l'occuper. Néanmoins, le temps jouait contre le Royaume en matière militaire et il fallait absolument sécuriser la nouvelle Province Cisplatine, où l'armée venait tout juste d'être rétablie et restructurée.
Le Ministre de la Défense finit, gêné, par reprendre la parole. Il tenta de rassurer le souverain :
- Ya sabe usted, Vuestra Majestad, que podremos asegurar la protección atómica del territorio metropolitano y ultramarino a partir de inicios del año próximo, gracias a la fabricación de nuestras primeras cabezas nucleares. Ya habremos progresado mucho. Además, la clasificación del reino no es tan buena como lo habíamos esperado, pero es bastante alentadora: con unos veinticinco puntos, nos encontramos en la categoría de las potencias militares intermedias, lo cual significa un gran éxito si consideramos la situación inicial del ejército...
- Vous savez bien, Votre Majesté, que nous pourrons assurer la protection atomique de notre territoire métropolitain et ultramarin à partir du début de l'année prochaine, grâce à la fabrication de nos premières ogives nucléaires. Nous aurons déjà beaucoup progressé. En outre, le classement du royaume n'est pas aussi bon que nous l'avions espéré, mais il est assez encourageant : avec environ vingt-cinq points, nous nous trouvons dans la catégorie des puissances miliaires intermédiaires, ce qui signifie un grand succès si nous considérons la situation initiale de l'armée.
"La puissance du soleil dans le creux de ma main", pensa Felipe V, "voilà tout ce qui, pour le moment, va nous permettre de boucler la sécurisation complète et autonome du Numancia". Il ne sut comment prendre cette nouvelle.
Posté : dim. janv. 16, 2011 3:30 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/d/a/a/patio-desde-recepcion-21a6862.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/f/7/4/patio-desde-recepcion-21a6863.jpg[/img][/url]
La cour intérieure de la Maison de Pizarro, résidence officielle des Présidents du Gouvernement numancien à Hispalis, dans le style sévillan</center>
2 juin 2013
La réunion hebdomadaire de la Présidente du Gouvernement, Doña Laura Arbenz Ortega, avec Sa Majesté Sérénissime Felipe V touchait à sa fin. Plusieurs sujets avaient été abordés, depuis la règlement de la question Youri et l'action des services secrets centraux dans cette affaire, les exactions antichrétiennes en Rostovie, le rapatriement de la jeune bergère résistante, le tirage au sort et la tenue de la Coupe du Monde de Football, les affaires internes à la Sainte Alliance...
Le temps était à la conclusion, même si quelque chose semblait tracasser le Roi outre mesure. Le Premier Ministre ne le remarqua tout d'abord pas, totalement concentré dans un dossier sur le renouvellement en cours des infrastructures ferroviaires régionales. Mais, lorsque la Ministre releva le nez, elle remarqua que son jeune ami était méditatif, voire même soucieux.
- ¿Qué te pasa, Felipe? ¿Algo que añadir?
- Que t'arrive-t-il, Felipe ? Quelque chose à ajouter ?
Le monarque se leva de son siège, soupira, fit les cent pas, totalement perdu dans ses pensées, sans même prêter attention à ce que lui demandait Doña Laura Abenz Ortega. Il avait pourtant parfaitement entendu sa question mais cherchait la meilleure façon de formuler son sentiment.
- ¿Qué vamos a hacer con la política anticristiana y atea de Kirep? Y eso que es un aliado nuestro...
- Qu'allons-nous faire à propos de la politique antichrétienne et athée du Kirep ? Et dire que c'est l'un de nos alliés...
La Ministre, sans cesser d'annoter son dossier, ricana et se tut. Intrigué, Felipe lui demanda ce qu'elle avait à dire à ce sujet, presque énervé. Elle finit par répondre, négligemment :
- ¿Yo? No tengo nada que decir. Y nosotros no haremos nada en contra de Quirep.
- Moi ? Je n'ai rien à dire. Et nous, nous ne ferons rien à l'encontre du Kirep.
- ¿Nada? ¿Conque podemos dejar que se hagan unas persecuciones ominosas?
- Rien ? Ainsi donc, nous pouvons laisser se faire des persécutions infamantes ?
Doña Laura Arbenz Ortega capuchonna son stylographe et se leva à son tour pour se diriger vers la fenêtre de son bureau. Elle ricana à nouveau, sibylline, puis répondit longuement à Felipe :
- Combatir una cosa, ya es reconocer que existe. Construir una ridícula "Casa del Ateísmo", ya es reconocer que Dios existe pero que nos da miedo. O mejor dicho, que lo rechazamos. Es seguir definiéndose según un ser divino y, por eso, viene a admitir la victoria del creyente sobre el incrédulo. Los quirepianos no pueden más que definir su ateísmo ése en relación con la creencia y por eso reconocen la superioridad y anterioridad de la creencia sobre la incredulidad. Asimismo, los ulifes combaten un neocolonialismo fantaseado rechazando las categorías almeranas... pero definiéndose en oposición con el mundo almerano. Y así aseguran la pervivencia de ese neocolonialismo que les da asco.
- Combattre une chose, c'est déjà reconnaître qu'elle existe. Construire une ridicule "Maison de l'Athéisme", c'est déjà reconnaître que Dieu existe mais qu'il nous fait peur. Ou, plus exactement, que nous le rejetons. C'est continuer à se définir selon un être divin et c'est pourquoi cela revient à admettre la victoire du croyant sur l'incrédule. Les Kirepiens ne peuvent que définir leur espèce d'athéisme par rapport à la croyance et c'est pourquoi ils reconnaissent la supériorité et l'antériorité de la croyance sur l'incrédulité. De la même façon, les Ulifs combattent un néocolonialisme fantasmé en rejetant les catégories alméranes... mais en se définissant en opposition avec le monde alméran. Et c'est ainsi qu'ils assurent la survivance de ce néocolonialisme qui les dégoûte.
Felipe sourit à l'argumentation de Doña Laura Arbenz Ortega, qu'elle assénait avec grand calme mais détermination et certitude. Elle respirait la foi en la vie et en Dieu, mais aussi la pénétration, l'intelligence et la perspicacité.
Elle poursuivit :
- Ya sabes, Felipe, Dios, la religión, la tradición, la cultura, las iglesias, las mezquitas... Todo ello es tan farragoso cuando se trata de instalar el capitalismo salvaje en un país. Dime, a tu parecer, ¿para qué sirven los monjes, los curas, los pastores, los rabinos, los imanes? Te lo voy a decir: para nada. Son unos inútiles; no producen riquezas, no permiten el desarrollo. Quirep vive bajo el imperio del utilitarismo: como en un perfecto Estado liberal, todo ha de servir, todo ha de ser útil, nada puede ser gratuito. Vaya marxismo para el gran discípulo de Rostovia...
- Tu sais, Felipe, Dieu, la religion, la tradition, la culture, les églises, les mosquées... Tout cela est si pesant lorsqu'il s'agit d'installer le capitalisme sauvage dans un pays. Dis-moi, à ton avis, à quoi servent les moines, les curés, les pasteurs, les rabbins, les imams ? Je vais te le dire : à rien. Ce sont des inutiles; ils ne produisent pas de richesses, ils ne permettent pas le développement. Le Kirep vit sous l'empire de l'utilitarisme : comme dans un parfait État libéral, tout doit servir, tout doit être utile, rien ne peut être gratuit. Il est beau le marxisme du grand disciple de la Rostovie...
Felipe V fut bien amusé par le développement provocateur mais réaliste de la Présidente du Gouvernement. Toutefois, il voulait faire payer l'athéisme agressif et répugnant de Vliduj Gak sans parvenir à en trouver le moyen.
Il s'écria :
- Pero, ¿qué le vamos a hacer?
- Mais que pourrons-nous y faire ?
- Te lo repito, Felipe: no vamos a hacer absolutamente nada. Sólo tendremos que esperar el gran cisma...
- Je te le répète, Felipe : nous n'allons absolument rien faire. Nous n'avons qu'à attendre le grand schisme...