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Posté : ven. févr. 15, 2019 6:35 pm
par Arios
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[right]Territoires membres du Conseil Amarantin d'Épibatie[/right]


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Le Conseil Amarantin d'Épibatie réunit les différents territoires administratifs autonomes liés au peuplement colonial amarantin, bien que faisant officiellement partie de l'Empire d'Épibatie.

L'échec des entités indépendantistes lors de la [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=347281#p347281]Guerre épibato-amarantine de 1928-1940[/url] et la militarisation défensive du littoral épibate au XXème siècle sont les deux principaux facteurs qui ont nuit à l'essor économique de ces territoires. Les populations ont ainsi dû se tourner vers des formes de gouvernement local différentes, toutes tentatives de lutte contre la décadence tant redoutée.

Récemment, la tentative parjsporguéenne et néo-caducéenne de prise en main des vallées de l'Oszar et de l'Anis, dépeuplées bien qu'historiquement liées aux colons caskars, [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=347670#p347670]s'est soldée par une riposte militaire du Caskar[/url]. Une mise en échec qui a retenti dans l'ensemble de l'aire de peuplement amarantine.

Autrefois homogène, la "population amarantine" d'Épibatie connait un certain métissage, depuis au moins deux siècles. Confidentiel jusqu'à peu, du fait de l'histoire des Miksi/Meggi (serviteurs créés par hybridation entre aliénés céruléens et esclaves noirs) et des cas d'émancipation, il tend à devenir un vrai phénomène de transformation en Plantacratie palemojienne, surtout du fait d'Affranchis accédant au rang de planteur. Les entités esclavagistes ont également longtemps favoriser, malgré elles, l'entrée de sang "épibate" dans les veines de quelques familles pauvres, puis bourgeoises. A l'inverse, certains territoires pratiquent une lutte biologique affirmée contre les populations noires, [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=345083#p345083]considérées en certains endroits comme partie prenante de la faune[/url].

Les formes de "gouvernement" sont donc autant diversifiées que les mœurs auxquelles se soumettent les Amaranto-épibates, surtout dans les agglomérations - les petits villages de brousse ou de mangrove répondant à des activités et comportements plus universels et déterminés par le milieu. La Commune de Zumejovie se veut écologiste, l'Ochlocratie salembéenne tente de trouver le meilleur gouvernement par l'adhésion de masse à certaines idées, l'Union de Novaj-Teresis propose de raviver une démocratie plus complexe et institutionnelle en réaction à ces dérives démagogiques. La Nouvelle-Caducée, esclavagiste, se veut le sanctuaire d'un mode de vie amarantin idéalisé, quand l'Heptarchie parjsporguéenne s'appuie sur les sept plus grands people du territoire pour décider de l'avenir des lieux. Toj et Denaj proposent aux périls du siècle deux parti-pris de résolution : faire confiance aux plus anciens, ou au contraire aux plus jeunes, avec de bons arguments des deux côtés... Les fermiers-planteurs héritiers de la colonisation et de la "physiocratie à l'amarantine" perpétuent leurs traditions malgré les bouleversements démographiques, tentant de faire davantage de place aux Miksi que les Grizajéens continuent de cantonner à un rôle d'objet d'études naturalistes dans le grand laboratoire-safari qu'ils ont créé.

Aujourd'hui l'autonomie amarantine peut être jugée compromise par la remontée de l'autorité impériale, qui a dernièrement couvert l'opération caskare contre les initiatives parjsporguéennes, repris militairement une mine de coltan aux Vauvertiens luciféristes, et validé le chantier d'un laboratoire spatial dans une vallée du sud du pays... beaucoup d'Amaranto-épibates se soucient de cette remise en forme du pouvoir chrétien - quand beaucoup d'entre eux continuent de pratiquer des cultes dodécathéistes. Des entités devront-elles disparaître si les Épibates veulent retrouver les vallées jadis abandonnées ? Quels Amarantins, comme entre 1928 et 1940, se rangeront rapidement derrière les Chrétiens pour espérer des avantages d'une victoire contre leurs frères ennemis ? Les Caskars, au centre, les Italiques au nord, et d'autres communautés plus au sud posent également d'autres soucis.

Posté : mer. mars 20, 2019 4:16 pm
par Arios
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[right]Bureau de l'Empereur, Roi des Rois, fils de Salomon et Messie des Épibates[/right]


Sa chevelure était boursoufflée de petites vagues dues à un mélange de sueur et de restes alimentaires divers. Nu, il était assis au fauteuil de bois de son bureau, dans la pièce où il venait d'entrer précipitamment et en risquant de s'affaler. Ses yeux étaient rouges, il n'était pas dans un état normal, et avait, dans un sursaut de dignité, arraché un des deux rideaux de la fenêtre pour se recouvrir sa taille, à peine posé sur son bas-ventre. Il avait comme une barbe de quelques jours, qui avait en fait bien deux semaines mais il n'avait pas été gâté par la génétique de ce côté-là.

Fixant un papier qu'il avait au hasard saisi parmi la pile se trouvant sur son bureau, il s'essaya à lire mais avait apparemment l'esprit trop embrumé pour y comprendre quelque chose. Sa propre incompréhension le fit se prendre d'un fou-rire, qui ne voulait pas terminer et qui l'entraina bientôt dans une quinte de toux et un somme de quelques secondes. Une femme l'avait rejoint dans la pièce, visiblement atteinte elle aussi par quelques substances qui la privaient de son entière capacité de réflexion. Elle ne portait qu'une simple chemise transparente en soie légère, ses cheveux noirs brillants étaient attachés à l'arrière sa tête, bien qu'en partie décoiffée. Ses yeux amandes accompagnaient le sourire de ses lèvres fines. Elle était venue s'assoir sur le bureau, en plein sur le papier que tentait de lire, un instant plus tôt, son complice. Sa peau d'un blanc cassé typique contrastait avec l'ébène ambré du meuble. Se tenant en arrière sur ses avant-bras, elle tentait de réveiller Iaconno en jouant de ses pieds petits, tordus et martyrs, qui avaient dû être brisés en deux durant sa prime jeunesse afin qu'ils rentrassent dans on ne sait quelles sandales.

Pendant que l'amante tentait de réveiller l'amant, les gloussements et les esclaffes se poursuivaient dans la pièce d'à côté. Régulièrement, on entendait un bruit de verre, quelqu'un qui chavirait, des moqueries et de longues discussions sans logique. La playlist avait fini par s'éteindre mais personne ne s'en était rendu compte, et les bruits, et les petits cris, les rires avaient cessé à leur tour. Quelqu'un, réveillé un instant par un probable haut-le-cœur, avait en se recouchant eu la présence d'esprit d'éteindre une des lumières pour atténuer le feu qui leur brûlait, dans leurs songes malades, le fond des yeux. Dans le bureau, la ventélienne était avachie sur le bureau, la tête reposant sur une pile d'intercalaires multicolores, son ventre débordant de sa chemise et son intimité, à découvert, qui refroidissait entre ses cuisses disjointes. Malgré ses jeux de pieds et ses tentatives de réchauffer la bête, son Empereur ne s'était pas réveillé - il restait là, figé sur sa chaise. Le rideau déchiré, lui, avait glissé sur le tapis aux motifs de lions.

Posté : jeu. mars 21, 2019 1:35 pm
par Arios
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[right]Jungle de montagne, alentours du comptoir bantou de Bocamanghe[/right]


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Dadiba pleurait. C'était la deuxième fois qu'elle survivait à une attaque. Mais cette fois-ci, on pouvait dire que les singes avaient gagné. Le campement était à feux et à sangs, il y avait les corps d'amis et de membres de sa famille qui reposaient, comme jetés au sol, un peu partout autour d'elle et des cases en flammes. On ne savait pas qui des singes ou des hommes, maladroitement ou intentionnellement, avaient fait partir le feu, qui avait surpris les soldats et surtout les familles, dont beaucoup avaient fait le choix de prendre la fuite en sortant des maisons malgré les combats - ce qui avait rajouté à la désorganisation du terrain.

Lorsqu'ils avaient fendu sur le village, Dadiba était allé nourrir les porcs. Marquée depuis sa prime jeunesse par l'attaque que son ancien village avait subi, elle avait soudainement été replongée dans ses souvenirs dès lors que le bruit des feuilles et du galop des bêtes sur la terre humide était apparu derrière elle. Sans même les voir, saisie d'un effroi rare, elle avait alors plongé sous la mangeoire des animaux, s'était terrée entre le sol et deux planches rongées par le temps et les rats, fait toute petite, préférant encore s'offrir aux coups de groin des cochons plutôt que de risquer d'être vue par les singes. Mais ceux-ci avaient capté toute l'attention des suidés, car l'instinct surtout mais aussi pour certains quelques souvenirs peut-être les prévenaient d'une chose : les singes étaient là en partie pour eux.

Les primates n'étaient pas des voleurs de poule. Ils avaient un certain goût pour l'affrontement avec les hommes. Passés devant la porcherie, ils étaient de suite aller au contact des premiers hommes s'interposant, pour leur fracasser le crâne contre les poutres des bâtiments ou les mordre profondément aux épaules, avant de les rouer de coups de poings et de pieds. Certains s'y mettaient à plusieurs pour leur tirer sur les membres, même une fois la victime tombée au sol. D'autres goûtaient directement la chair, comme pour célébrer leur victoire et laisser leurs congénères se battre à leur place pendant qu'ils contemplaient la scène en s'humectant les lèvres du sang humain. Les singes n'avaient pas à proprement parlé une grande conscience écologique, ils utilisaient les campements des hommes pour se nourrir en les pillant, mais ils n'avaient pas eu l'idée de cultiver la présence humaine - qu'ils menaçaient, il est vrai, dans la région. Quand les hommes abandonnaient des vallées, quand ils se faisaient durs à trouver, avec leurs cochons, leurs chèvres et leurs plantations, les primates se contentaient de chasser des bêtes sauvages, de ramasser des racines, des mousses ou des insectes.

Cette fois-ci, l'attaque avait été puissante et les hommes partis en chasse dans une autre vallée avaient manqué à la défense du campement. Les vieux n'avaient pas fait l'affaire, la propagation de l'incendie avait désorganisé la capacité de résistance des humains. Une fois que la plupart avait été tuée, ou cachée, les singes avaient pillé les magasins des cases, ramassant fruits, légumes, morceaux de viande séchés. Ils s'étaient rué sur les biques et les porcs, les avaient tous tués en leur tapant sur le crâne, et en avait ramassé le plus possible, les portant sur l'épaule pour s'enfuir ou les tirant d'une patte jusqu'à la lisière de la forêt.

Dadiba les avait entendu crier férocement pour se féliciter de leur victoire. Ils s'arrêteraient un peu plus loin pour consommer déjà une partie de leur butin. En tendant bien l'oreille, elle aurait pu peut-être entendre le bruit de leurs mâchoires claquant et déchirant les morceaux d'animaux crus. La petite fille attendrait quelques heures entre la boue et la sciure, pour retrouver les survivants et avec eux s'enfuir vers un autre endroit dès lors que les chasseurs seraient revenus de leur quête.

Posté : dim. mars 31, 2019 7:40 pm
par Arios
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[right]Territoire autonome de la Basse-Anuzza[/right]


San-Cristiano, San-Marco, Scagnozzi, Aznella - il faut y rajouter Benetto, Spegia et Neddi, à peine repeuplés depuis la réouverture du littoral par Gighida - ce sont là les cinq seules villes italiques d'Épibatie, en dehors desquelles la population italique est rare, présente sous forme communautaire dans d'autres villes, ou dans les quelques territoires ruraux anthropisés autour de ces cités. Sur une trentaine de kilomètres en amont d'Aznella, l'agriculture, l'élevage et l'activité de mise en valeur du sol, dans ces territoires de forêts sèches, sont en effet prospères - mais au-delà, on ne trouve que la jungle, véritablement humide et équatoriale qu'à partir de San-Marco. La ville, à l'image de San-Cristiano, dépend entièrement de l'extérieur, elle n'a qu'une identité commerciale et ne disposait pas d'arrière-pays, sinon depuis quelques années et la tentative de mise en valeur d'une filière bois équatorial pour accompagner la filière bois de savane et bois rares de Scagnozzi, elle située au nord et plus bas, dans un espace bien plus sec et ouvert.

On compte ainsi environ quatre cent mille Italiques dans l'Empire d'Épibatie, lui-même peuplé de plus de dix-huit millions de personnes. Les quatre cinquième de cette population sont installés dans la Basse-vallée de l'Anuzza. Les tensions communautaires historiques avec les Amarantins, ainsi que la grande disponibilité des surfaces ont préservé les Italiques comme la plupart des communautés du mélange inter-ethnique (à l'exception notable [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=347281#p347281]de l'histoire des Miksi/Meggi[/url]). Ainsi, la Basse-Vallée de l'Anuzza est comparable à une petite province italique dans ce milieu de forêt sèche centre-algarbienne, arrosée par les remontées marines, et découpée dans sa partie basse en grandes prairies terrassées, champs et plantations tropicales. Si l'activité intérieure est vivace, fortement organisée autour du commerce de produits alimentaires, de biens tropicaux et de produits à forte valeur ajoutée provenant de Cérulée, par la ville de San-Cristiano, l'économie littorale redémarre péniblement après des décennies d'asphyxie due à la réserve militaire des côtes.


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Paysage agricole (et viticole) en amont d'Aznella


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Costume folklorique anuzzien,
dessiné en 1962 par l'ethnographe et carnavalier James Plymouth, lors de son service militaire parmi les troupes d'occupation britonne dans la Basse-Vallée.
C'est là un élément identitaire structurant central de la communauté, utilisé lors de ses fêtes et cérémonies traditionnelles.
Aznella quartier-nord, Noël de l'Été 2037.



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Femme anuzienne qui pose pour un calendrier

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Pizza, plat traditionnel bas-anuzzien, importé par les colons au XVIIIème siècle déjà.
Détail amusant : il s'agit en fait de deux demi-pizza juxtaposées, la subtilité se remarque grâce aux feuilles de roquette qui créent un contraste de couleur trahissant la nature complexe du plat.


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Bas-anuzzien aisé qui regarde son portable

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Immeuble bourgeois d'Aznella, périphérie aisée
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Posté : mer. avr. 10, 2019 7:29 pm
par Arios
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[right]Fotta, village épibate du Massif de l'Aghiar'[/right]


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Teccheme était sur sa fin. Avec lui, la saison des moissons se terminait. L'Épibatie allait entrer dans le mois d'Edare, qui était celui du grand passage vers le temps froid, et sec, de la fin d'année. Le village de Fotta était comme un parmi des dizaines de milliers, il était composé de quelques maisons de pierres sèches, accompagnées d'une dizaine de huttes en terre couvertes en chaumes de céréales. Il était le fruit de cette rencontre très lointaine, et oubliée, entre les hommes qui avaient trouvé ce morceau de terre prometteur, et la nature qu'ils avaient depuis combattue, dressée et asservie. C'était ainsi que sortant des jungles, selon la science, des grottes des montagnes aux roches acérées, selon les légendes, ou de ce curieux Jardin d'Eden dont on avait oublié l'emplacement exact, selon l'Église, la petite foule humaine s'était répandu sur la plus grand partie de l'Épibatie et de ses haut-plateaux. Les hommes étaient arrivés, avec femmes et enfants, ils s'étaient réparti le travail, partagé des mois difficiles, ramassés les pierres au fond des vallons, posées les premières fondations de leurs enclos à bétail et de la cahutte qui abriterait leur famille au temps des forts orages, ils avaient modelé la terre, l'avait épaulée en l'appuyant sur des murets épousant le galbe de ses flancs pentus.

Il avait fallu des centaines de vie, et des millions de larmes au fil des générations, pour faire reculer la jungle, pour éloigner les fauves, pour faire survivre chaque communauté à la maladie, et surtout à la faim. On s'était transmis les troupeaux, des pères envers les fils, demi-siècle après demi-siècle, sans compter les heures, sauf peut-être un peu lors des longues journées de garde, sur les hauteurs des vallées, à l'affût de la menace du lion ou du loup. Pour dresser les maisons, pour tracer les canaux, pour reposer les pentes sur lesquelles un autre établirait les vergers, et tout ça en soignant les champs, année après année, il avait fallu du courage, mais les Épibates en avait... et c'est de ça, surtout, qu'étaient sortis les Épibates.

Mais depuis quelques décennies, quelque chose avait changé. Il y avait de plus en plus de départs - il y avait toujours eu des départs, vers d'autres vallons surtout, de ménages en quête d'un endroit neuf à mettre en culture sous la protection des soldats et des prêtres - mais ces départs-là s'étaient fait pour les villes. Des jeunes gens, hommes et femmes, partant parfois en groupe d'une à plusieurs dizaines de personnes, avaient eu l'audace de quitter les sentiers battus du pays, de descendre les rivières et des rivières vers le fleuve, de guet en guet ou crête après crête, puis par chemins et routes, pour trouver à travailler dans les bourgs les plus florissants. Mais il n'y poussaient pas les fleurs des hautes prairies. Beaucoup d'anciens étaient morts sans ne plus voir leurs enfants dans les fermes - beaucoup étaient morts sans avoir pu leur raconter beaucoup. Beaucoup s'était perdu, et les cadavres étouffés dont les os déjà vieux étaient encore là à disparaitre lentement dans la terre ne l'expliqueraient plus.

Ces changements, accompagnés par une diminution des activités et des savoir-faire, une spécialisation des bourgs vers certaines activité au détriment d'autres, avaient fait émerger une certaine angoisse... un certain climat eschatologique, grandissant au fil des décennies, à mesure que les fermes s'agrandissaient, que les places jadis communautaires se partageaient entre pré-carrés de grandes familles en concurrence. Et dans un contexte aussi eschatologique, la quête sotériologique n'était plus très loin : surtout quand l'Église, acculée par la résignation grandissante de son impuissance à gérer les changements qu'elle voyait venir depuis longtemps, dans un dernier effort réactionnaire essayait de se projeter en instrumentalisant ces craintes.

C'était pourquoi, lorsque la nouvelle de la mort de ce jeune empereur célibataire était parvenue jusqu'à Fotta, des jeunes aux vieux qu'il restait, beaucoup s'entendaient à penser que là était le signe supplémentaire, et charnière, que quelque chose ne tournait plus rond sur la terre et qu'il était peut-être temps de faire quelque chose.

Posté : mar. avr. 16, 2019 7:27 pm
par Arios
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[right]Bassin versant de l'Aramo, Camp militaire d'Amibezza[/right]


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La nouvelle de la mort de l'Empereur Iaconno avait fini par atteindre, 48 heures après son annonce officielle, le camp militaire d'Amibezza, un grand carré de terre battue au milieu d'un océan de jungle. Installé à la confluence du fleuve d'une importante rivière équivalente, le camp débordait d'humidité, et il était déjà gagné par des arbres de plusieurs années poussant au milieu des tentes et des containers d'habitation ou de stockage de matériel. Depuis combien d'années il n'y avait pas eu de visite de supérieurs ? Le ravitaillement parvenait tous les deux mois, en temps normal. Amibezza recevait des rations, des bâches, quelques médicaments, et souvent quelques chèvres, utiles autant pour l'alimentaire que pour les distractions de tous ordres. Avec les problèmes de succession, on craignait que le prochain héliportage soit retardé. Le chef auto-proclamé du camp, Amanuel, avait tapé du poing sur la table pour que les nouveaux responsables de la radio se relaient convenablement pour suivre les ondes 24 heures du 24. Leurs prédécesseurs étaient toujours pendus à l'envers à une branche de l'arbre central de la cours, un filet de sang caillé sortait de leur bouche pour le plus grand régal des taons et des mouches.

Perdu dans ses pensées, sur la base du constat simple de son manque de moyens humains et matériels pour peser grand chose dans la situation, Amanuel prospectait silencieusement sur l'avenir, les yeux rivés sur ses dernières victimes, et s'en voulant un peu d'avoir encore sacrifié deux vies qui auraient pu être utiles en cas d'affrontements. Car il ne savait pas à quelle sauce il serait mangé, si un camp, ou un autre, comme cela semblait se dessiner, reprenait en mains la gestion du pays, et surtout des troupes auxiliaires stationnées depuis des décennies au milieu de rien. Un de ses soldats le sortit de sa torpeur (en fait son ancien capitaine, mais la loi du plus fort l'avait destitué de ses galons, et le jeune aristocrate s'était enfin montré, devant la mort, plein d'humour, puis meilleur à obéir qu'à commander).


Abaine : Le Lion ! le Lion !

Amanuel : Qu'est-ce que tu veux soldat ?

Abaine : Les transmissions ont reçu du nouveau sur la situation à Gighida. D'après les informations, la capitale serait acquise au nouvel Empereur Giorggis... mais des manifestations violentes contre la décision du Palais, concernant la régence, ont éclaté dans les autres grandes villes, en premier lieu desquelles Amosciderenat.

Amanuel : Des manifestations violentes ?

Abaine : Des tensions entre la foule et les militaires du maintien de l'ordre, des dispersions difficiles, un peu de casse, dit la radio.

Amanuel : Si la radio dit ça, alors c'est qu'il y a eu des émeutes. Les grandes villes sont derrière Mazaa la putain.

Amanuel n'était pas un Épibate de souche. Il avait été capturé, avec d'autres enfants, alors qu'il avait approximativement entre 5 et 8 ans. Il avait été rapté au cours d'une razzia dans la jungle par des professionnels de la chasse à l'homme, revendeurs trafiquants de jeunes enfants au profit de l'Armée, qui les intégrait pour en faire des soldats. Il avait dès lors passé le reste de son enfance, puis son adolescence et sa vie d'homme, à obéir à une hiérarchie, à survivre au milieu de camarades de son âge qui n'eurent pas toujours cette chance et ses capacités d'adaptation. Le fait qu'aujourd'hui, il parlait de Mazaa la putain, comme tout bon conservateur épibate, était sans doute la démonstration de sa bonne intégration. Malgré ça, il était un séditieux, mais pour des raisons de vénalité personnelle, plutôt que par convictions politiques.

Abaine : Autre chose, le Lion.

Amanuel émit un son avec sa gorge, gardant ses lèvres jointes.

Abaine : Il y a des hommes qui projettent de déserter le camp au vu des événements. Je sais qui. Certains pensent être originaires des environs, cela fait longtemps qu'ils y pensent, mais la situation les y incite...

Amanuel se mit à rire grassement.

Amanuel : Ce sont des ignares. Ont-ils reconnu une fougère géante ? Ces abrutis ne savent pas plus que moi où nous sommes.

Abaine : Bien, Lion.

Amanuel : Attends. Fais-leur savoir qu'ils peuvent partir. De toutes façons, ils mourront en quelques jours dans cette jungle. S'ils ne meurent pas, c'est qu'ils seront revenus au camp, mais dis-leur que s'ils reviennent alors nous les mangerons, nous leur briserons les os et nous mélangerons leur viande à celle des singes. Va leur dire !

Posté : lun. juin 03, 2019 9:10 am
par Arios
[center][url=https://nsa40.casimages.com/img/2019/06/03/190603110010894978.png][img]https://nsa40.casimages.com/img/2019/06/03/190603105916895415.png[/img][/url][/center]

[right]Épibatie, printemps 2039[/right]


Alors que la jeune bourgeoisie citadine du centre du pays, dans la ceinture urbaine à l'est de la capitale Gighida, attendaient beaucoup jusque-là de la Ligue de Lébira pour les appuyer contre une monarchie dont ils souhaitaient la fin, Cartagina semblait avoir choisi son camp : celui de nouvel Empereur Giorggis IV, et surtout de l'État impérial épibate. La puissance céruléenne avait besoin d'alliés, et à défaut d'amis, de pays périphériques prêts à la soutenir, contre pièces sonnantes et trébuchantes, contre les prétentions de jeunes coqs en Cérulée, contre ces nouveaux Barbares qui voulaient faire tomber la puissance latine... dont les citoyens, c'était le moins qu'on pût dire, avaient quelques peu pris le goût de la molesse, délaissé bien souvent la carrière des armes, et même du travail, pour préférer les délices de la vie moderne, voire l'oisiveté directe du système allocataire.

Cartagina n'était pas encore tout à fait prête à reconnaître la souveraineté de l'Empereur épibate, mais elle plaçait déjà ses Cités sous sa protection puisque d'importants contrats militaires de Défense avaient été signés. Les arsenaux jadis achetés par les Empereurs asociaux du XXème siècle dans leur préparation active de lutte contre les extra-terrestres, participaient déjà à la défense aérienne lébirienne. La conversion à l'orthodoxie monophysite de la Ligue n'était pas non plus envisageable dans le sens où une grande liberté de cultes et de conscience persistait, dans un pays pétri de tradition isiaque, voire maçonnique, en dépit de la reconnaissance officielle du culte catholique comme ciment du pays.

L'Épibatie ne serait donc pas inquiétée pour sa politique de reconquête ethnique contre les populations de ses territoires autonomes, comme pour ces sombres histoires de combats déséquilibrés contre des populations civiles, à l'ombre de la canopée. Cartagina n'avait aucune puissance démographique, et savait que l'avenir de la Cérulée ne se ferait pas sans deux ethnies majeures : les Coptes d'Illythie, et les Épibates. Elle n'avait aucune puissance militaire sérieuse et comptait sur les barbares pour la protéger d'autres barbares. Elle n'avait que la puissance de l'argent, et c'était déjà énorme, dans un monde allant décidément vers une réalité dans laquelle tout pouvait s'acheter.

Posté : lun. sept. 09, 2019 8:58 pm
par Arios
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[right]Janvier 2040[/right]

L'Épibatie s'était déchirée comme s'ouvre une vaste plaie après une mauvaise blessure. Et comme ces blessures qui ne guérissent pas, comme ces plaies qui purulent au lieu de guérir, l'Épibatie restait déchirée et se préparer à saigner beaucoup.

Les eaux étaient basses. Le temps était sec, les températures froides. Les bergers avaient couvert leur peau noire de la laine grise des brebis, beaucoup d'entre eux devaient entrer dans les rangs de la grande insurrection chrétienne contre le banquier étranger. Au centre du pays, les gens qui avaient acquis un peu d'aisance demeuraient enfermés dans leur appartement la plupart du temps, n'allant plus travailler, s'attendant au courroux des rebelles et des Prêtres qui légitimaient leur violence.

L'Armée Chrétienne d'Épibatie, comme s'étaient nommés les hordes de militaires rechignant à reconnaître l'Empereur libéral qui voulait les assujettir aux nouveautés fiscales, et leurs nouveaux domaines forestiers qu'ils s'étaient taillé sur les terres sauvages à la supervision étrangère de juges des droits de l'homme, contrôlait peu de ressources, mais l'essentiel du territoire national épibate, c'est à dire des milliers de villages dont la population homogène prenait pour agent comptant, faute d'autre chose, son discours.
L'Armée Épibate Libre, si peu épibate et très dépendante de l'étranger, avait assuré ses arrières en Haute-Illythie, où elle intégrait à tour de bras les milices autonomes qui voulaient leur revanche sur les officiers aujourd'hui rebelles, et était rejointe par de nombreux volontaires lébiriens, illythes essentiellement. Elle contrôlait, au nom de Giorggis IV, l'essentiel de la tranquille vallée de l'Anuzza, le bas cours de l'Ibabbi, et surtout la poche de Gighida, un symbole de première importance que l'antique ville impériale... principal lieu de délocalisation d'importantes NTICs lébiriennes.

De grandes inconnues obsédaient des deux côtés de la dynastie, stratèges et financiers : comment finiraient par réagir les territoires autonomes amarantins ? les rebelles parviendraient-ils à obtenir le soutien logistique étranger qu'ils attendaient ? Giorggis IV parviendrait-il à sécuriser une zone contiguë entre l'Anuzza et le Naos ? Ioannes XII entre son vaste pays rural, et les grandes villes fluviales qui le craignaient ?

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Posté : jeu. nov. 28, 2019 7:07 pm
par Arios
[center]Gighida[/center]

[right]24 septembre 2040[/right]

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Au printemps 2038, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=347343#p347343]le Centro Zibbibo prenait des dimensions plus impressionnantes que prévues[/url], en devenant le lieu de stockage des données de secours de la Banca di Montefiori, Banque centrale de la Ligue de Lébira, et par-là de l'intégralité du système bancaire lébirien. Une stratégie promue par le clan des Algarbiens au sein du Gouvernement central de la Ligue, sur des bases pourtant en partie très rationnelles. La vulnérabilité de la Ligue en Cérulée avait été démontrée lors de la Guerre d'Aminavie, où durant plusieurs mois la première puissance économique mondiale s'était retrouvée à la merci de n'importe-quelle invasion, ou simplement du moindre raid sur ses infrastructures.

Ses capacités industrielles et numériques devaient pouvoir croître à l'avenir dans un écrin plus sûr et confortable. Après l'entrée de l'Illythie dans la Ligue, qui devenait un centre de délocalisations massives du tissu industriel céruléen, l'Épibatie devait constituer a minima la forteresse naturelle qui garderait les ressources et le "cerveau" lébiriens. L'intégralité de la vie économique était dès lors sauvegardée dans la plus grande ferme à serveurs d'Algarbe, derrière l'antique capitale impériale d'une monarchie acquise, finalement, aux promesses de richesses de Cartagina.

Trois ans après les premiers effets de l'impérialisme lébirien en Épibatie, une résistance inédite à l'expansionnisme financier et mercantile des Céruléens avait vu le jour, d'abord dans les Églises d'un peuple et d'un clergé irrités par leur propre décadence sous l'effet de l'attraction de la mondialisation "à la céruléenne". Les pins maritimes, importés par les colons blancs quelques siècles auparavant, grignotaient déjà d'anciennes terrasses de fenaisons derrière les chapelles de centre de villages. Le départ des forces vives vers les villes du nord dopées par l'industrie naissante contribuait à dessiner un paysage d'angoisse. La révolte du sabre et du goupillon avait eu lieu, le sabre des mercenaires, tortionnaires et militaires désargentés par les infinies campagnes de jungle d'un pouvoir lointain et paraissant déliquescent, et le goupillon d'une Église monophysite en perte de vitesse [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348881#p348881]face au pragmatisme de terrain des missions catholiques[/url].

En septembre 2040, les négociations patinent entre la Ligue de Lébira et l'Épibatie rebelle. La première a annoncé cesser le combat pour assurer à ses trois mille prisonniers de pouvoir retourner à la maison. Mais beaucoup savent que pèse dans la balance, autant sinon plus, les gigantesques investissements industriels et numériques réalisés dans la capitale impériale, qui pour les "Algarbiens" devait être la nouvelle Cartagina défendue par les barrières naturelles du cœur de l'Algarbe. Dans le même temps, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=359226#p359226]prise en porte-à-faux par son "indéfectible" allié briton[/url], la Ligue de Lébira cherche à ménager son retrait, à gagner du temps, à récupérer ses hommes, du matériel, sans abandonner pour autant des positions solides au nord, dont un retrait sacrifierait définitivement sa popularité aussi bien parmi les populations locales, que parmi ses propres populations, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=359396#p359396]dont les Illythes qui ne conçoivent pas que soit laissée aux troupes épibates "rebelles" la Haute-Illythie, peuplée par leurs frères[/url].

Le manque de gages apportés par Cartagina a fini par agacer l'Abuna Basilios, le Patriarche des Monophysites d'Épibatie, à l'origine de la nomination d'un Empereur concurrent. Les militaires, pour mettre la pression sur Cartagina sans doute, parce-que ces hommes des jungles et des montagnes n'avaient pas tout compris peut-être à l'importance accordée à la Ligue à ces installations, ont fini par prendre d'assaut le quartier numérique de Gighida, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=355604#p355604]cible à défendre de la vaste opération aéroportée de décembre 2040[/url], et par le réduire en cendres.

Des milliers d'ordinateurs, des milliards de gigaoctets, réunis bruyamment et sans égards au milieu des pièces aux fenêtres fracassées pour y faire entrer de l'air, machines encore chaudes chahutées et mélangées aux morceaux de parquets démolis, aux plafonds arrachés et au matériel de bureau divers, puis soudain s'enflammant, sous les regards de soldats du rang en mission, déguenillés, exultant, emportant quelques disques durs espérant les revendre, ou les fondre pour récupérer quelques métaux. La fumée bientôt s'élevait au-dessus du Centre, le bâtiment était à son tour embrassé par les flammes, ses lettres scintillantes hier perdant leur verni en fusion.

Les rebelles avaient avancé une pièce pour faire réagir l'adversaire. La prochaine fois ils brûleraient ses prisonniers. Le message devait passer. Mais les forestiers ignoraient sans doute que Cartagina aurait préféré qu'ils commençassent par brûler ses hommes.