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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:37 pm
par Ramiro de Maeztu
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Ma mère avait absolument voulu fêter ma promotion à un poste si important que celui d'attaché du directeur de la délégation provinciale de l'Institut National des Statistiques, et sur ses deniers propres, bien entendu. Je n'avais guère envie de célébrer ce que je ne savais pas encore comment considérer, mais je n'eus pas le cœur de lui refuser cette joie. Elle avait été faire le marché elle-même, achetant plusieurs darnes de saumon en provenance des bancs au large d'Hispalis, et avait cuisiné une bonne partie de la journée. Elle avait même pris un congé spécial pour cela, ce qui m'affola tout d'abord :
- Mais tu es folle ? Ils vont sûrement te licencier.
- Mais pas du tout, mon trésor, tu sais bien que les nouvelles conventions collectives que nous a accordées le pouvoir numancien nous laissent des congés payés !
C'était bien la première fois que j'entendais cette expression qui ne pouvait pour moi qu'être un oxymore : "congés payés". Cela devait même figurer dans mon nouveau contrat d'embauche, mais je n'avais pas pris le temps de le lire réellement...
Après le repas, elle nous fit une surprise en nous emmenant mon frère et moi-même dans l'un des cinémas qui avait été rénovés et rouverts dans la capitale. Je reconnus d'emblée l'édifice : c'était l'antique Kinothon, qui avait changé de nom et s'appelait maintenant "El Ateneo" (sans doute plus castillan - "castizo" comme l'eut dit mon directeur). La façade avait été reconstruite dans un faux style romain qui suintait le néoclassicisme prétentieux. L'on n'y projetait bien entendu plus que des longs métrages en espagnol, numanciens pour la plupart.
Le lendemain, je résumais l'intrigue du film que j'avais vu, intitulé El Gran Desastre (Le Grand Désastre), à l'un de mes collègues qui ne l'avait pas encore vu mais m'affirmait que sur le continent, d'où il venait, c'était un énorme succès. Cela évoquait à ma grande surprise non pas les hauts faits ou les victoires de la brillante nation numancienne mais bien la perte de la totalité de ses colonies numanciennes dans les années 1980. Pour une fois que ces gens ne se passaient pas la brosse à reluire...
Sur mon bureau, mon directeur avait déposé un énorme dossier concernant l'organisation de la Coupe du Monde de Football en Province Cisplatine. Jamais je n'eusse pu croire qu'une cérémonie d'ouverture et deux simples rencontres footballistiques nécessitassent tant de travail...
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:38 pm
par Ramiro de Maeztu
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Après avoir quitté la grande salle de réception sous l'œil inquisiteur d'une assistance incrédule, je pénétrai dans le bureau du Gouverneur de la Province Cisplatine en compagnie de ce dernier et du Roi, qui ouvrait la marche.
Je découvris un bureau de forme ovale plutôt modeste, bien que richement décoré, avec un portrait officiel de Felipe V accroché au mur en face de la porte. Plusieurs bibliothèques imposantes masquaient les parois latérales et présentaient des volumes sublimement reliés ainsi que plusieurs bibelots, des serre-livres et des coupe-papier. Le monarque s'assit sur le fauteuil de Don Pedro López Mendo et celui-ci s'empara d'un autre fauteuil, un peu moins rembourré, situé en face d'un bureau plus petit (sans doute pour une secrétaire particulière), sous une immense baie vitrée.
Le Roi me fit signe de m'asseoir en face de lui, de l'autre côté du bureau en acajou, et, sans piper mot, il se mit à fouiller dans les tiroirs, calmement mais méthodiquement, puis en sortit un imprimé pré-rempli et s'empara d'un stylographe à plume.
- Bueno, querido señor Pardillos, vamos a ver, ¿cuál es su puesto actual?
- Bien, mon cher monsieur Pardillos, voyons voir, quel est votre poste actuel ?
Je fus étonné qu'après m'avoir tutoyé, Felipe V se mette subitement à me vouvoyer comme si je venais passer un entretien d'embauche. Je promenai rapidement mon regard entre le Roi et le Gouverneur, qui me fixaient tous deux du regard. Je mis quelques secondes à répondre mais pus finalement articuler :
- Me encargo de la centralización y el estudio de las estadísticas provinciales para el Instituto Nacional.
- Je suis en charge de la centralisation et de l'étude des statistiques provinciales pour l'Institut National.
Le souverain me sourit puis ajouta :
- Y dígame, ¿cuál es su calificación académica?
- Et dites-moi, quel est votre niveau académique ?
Je balbutiai d'abord des mots incompréhensibles, totalement troublé par le tour que prenait ma soirée, mais finis par me ressaisir :
- Me he graduado en la Universidad Real Canovista de Hispalis, en la facultad de Matemáticas.
- J'ai passé mon doctorat à l'Université Royale Canoviste d'Hispalis, à la faculté de Mathématiques.
Le Gouverneur me jeta un regard aussi froid que surpris. Sans doute ne s'attendait-il pas à ce que j'aie suivi mes études dans ce qui était - je devais bien le reconnaître - l'établissement universitaire le plus prestigieux et le plus coté du monde.
Ce fut toutefois Sa Majesté Sérénissime qui reprit la parole :
- Así que es usted un joven doctor... Por tanto, está subempleado.
- Vous êtes donc un jeune docteur... Par conséquent, vous êtes actuellement sous-employé.
- Si lo dice usted...
- Si vous le dites... - répondis-je sans conviction.
Le Roi contint un petit ricanement, prit des notes sur un carnet qu'il avait à portée de main puis poursuivit :
- En efecto, lo digo. Vamos a hacer algo : le voy a proponer un puesto de agregado junto al actual director provincial del Instituto Nacional. Supondrá más responsabilidades pero también mayor sueldo y mayor consideración social. ¿Lo acepta usted?
- En effet, je le dis. Nous allons faire quelque chose : je vais vous proposer un poste d'attaché auprès de l'actuel directeur provincial de l'Institut National. Cela supposera plus de responsabilités mais également un plus grand salaire et plus de considération sociale. L'acceptez-vous ?
Je ne sus quoi répondre. Je crus d'abord que l'on se payait ma tête, que l'on allait briser toutes mes illusions dans les minutes à venir et que je ne devais donc pas me laisser prendre au jeu. Pourtant, ni Felipe V, ni Don Pedro López Mendo ne semblaient avoir l'air de plaisanter. Je ne comprenais décidément pas pourquoi un homme d'une telle importance, que j'avais insulté et à qui j'avais parlé comme au dernier des chiens galeux, s'intéressait à moi et me proposait une telle promotion.
Je hochai la tête, faisant signe que j'acceptais le poste que l'on m'offrait, machinalement, sans même y réfléchir.
Le Roi se mit à griffonner quelques mots sur son imprimé, le fit signer par le Gouverneur puis me le tendit pour que je le paraphasse. Je me saisis du stylographe qu'il me présentait et apposai mes initiales au bas de la page.
J'eus à ce moment-là l'impression d'avoir vendu mon âme au diable.
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:39 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/28/a/1/8/people-hayden-chr...649_1370-21a6b8a.jpg.htm][img]http://img28.xooimage.com/files/7/c/a/people-hayden-chr...649_1370-21a6b8b.jpg[/img][/url]</center>
J'avais déjà vu Felipe V à la télévision, lorsque TV Numancia avait commencé à retransmettre ses programmes en Province Cisplatine et avait notamment diffusé la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d'Hiver de Filipina. Il était en fait moins grand, moins âgé et moins impressionnant que je ne me l'imaginais.
J'étais toutefois un peu interloqué par son entrée en matière et ne sus tout d'abord que lui dire ou lui répondre. Tout autour de nous, les invités nous regardaient, l'air à la fois outré et interdit, attendant une réaction de part ou d'autre.
Ce fut finalement le Roi qui me relança, d'un ton un peu plus agressif, mais toutefois poli :
- Bueno, vamos, jovencito, ¿qué es lo que quieres?
Comment ça, qu'est-ce que je voulais ? Et de quel droit m'appelait-il "petit jeune" ? Je sentais la colère bouillir en moi mais, en même temps, la voix de la raison me rappelait qu'il était en fait mon employeur ultime et mon nouveau Roi et que je ne pouvais pas totalement compromettre mon avenir professionnel. Finalement, pourtant, mon mécontentement fut plus fort et, après quelques secondes d'hésitation, je lui répondis :
- ¿Lo que quiero? Pero, ¿acaso no ves lo que está pasando? Lo festejáis, lo celebráis como unos cerdos, como si no hubiera muertos, como si no hubiera destrucciones, como si no hubiera obras laboriosas... ¡Me dáis asco de verdad! Y pensar que una bomba explotó hace poco en Astara...
- Ce que je veux ? Mais, tu ne vois peut-être pas ce qui est en train de se passer ? Vous le fêtez, vous le célébrez comme des porcs, comme s'il n'y avait pas eu de mort, comme s'il n'y avait pas eu de destructions, comme s'il n'y avait pas de laborieux chantiers... Vous me dégoûtez vraiment ! Et dire qu'une bombe a explosé il y a peu en Astara...
J'entendis tout autour de moi des cris et des soupirs d'indignation. Pourtant, ce qui les avait choqué le plus, ce n'était pas mon énervement ni mon insulte à peine déguisée : j'avais osé tutoyer le Roi.
Je regrettai presque immédiatement ce que j'avais dit, mais il était trop tard. J'étais de toute façon prêt à affronter les conséquences de mes propos, j'en avais trop gros sur le cœur. Curieusement, Felipe V ne montra aucun signe extérieur de colère ou de trouble. Il continua à me regarder fixement, de ses yeux froids, presque glaçants, sans piper mot. Au bout de deux bonnes minutes de silence gêné dans la salle de réception, il répondit :
- Tienes razón: la iniciativa del gobernador, Don Pedro, ha sido desastrosa. Por más que sea un amigo mío, no me había advertido de la índole de esta cena y eso es intolerable.
- Tu as raison : l'initiative du gouverneur, Don Pedro, a été désastreuse. Il a beau être l'un de mes amis, il ne m'avait pas prévenu de la nature de ce dîner et c'est intolérable.
Quelque peu marri par cette critique du Roi, le gouverneur, Don Pedro López Mendo, voulut se défendre et justifier sa petite surprise, mais à peine se mit-il à glapir que le souverain lui intima l'ordre de se taire :
- Cállate, Don Pedro.
Puis il ajouta :
- Pero, en fin, ¿no te regocijas de la liberación de tu pueblo?
- Mais, enfin, ne te réjouis-tu pas de la libération de ton peuple ?
A cette question si simple, je ne sus répondre. J'eusse aimer crier ma colère contre cet homme qui semblait si sûr de lui, maîtrisait tous ses sentiments et était pourtant presque plus jeune que moi. Mais aucun son articulé et cohérent ne sortit de ma bouche. Felipe V, voyant que j'étais presque paralysé, en profita pour enfoncer le clou :
- Es verdad que explotó una bomba termonuclear en Astara hace poco. También es verdad que la Guerra de la Cisplatense ha causado muchos muertos y muchas destrucciones. Sin embargo, la guerra hace muertos: eso es pura perogrullada. Y los soldados lealistas lo habían elegido. Sabían lo que estaban haciendo.
Ahora bien, jovencito... ¿Cómo te llamas?
- Il est vrai qu'une bombe thermonucléaire a explosé en Astara il y a peu. C'est aussi vrai que la Guerre de la Cisplatine a causé bien des morts et bien des destructions. Néanmoins, la guerre fait des morts : c'est une pure lapalissade. Et les soldats loyalistes l'avait choisi. Ils savaient ce qu'ils étaient en train de faire.
Cependant, jeune homme... Comment t'appelles-tu ?
Je voulais lui opposer mille arguments, lui démontrer qu'il avait tort, qu'il ne pouvait pas parler des soldats quemiens de la sorte, mais je ne sus que lui répondre ceci :
- Emilio... Emilio Pardillos.
Le Roi me sourit, comme un père sourit à son enfant, et poursuivit :
- Bueno, Emilio, hablemos de verdad. Bien sabes que Luis II era un dictador. Pero ése no es el problema: bien sabes que era un dictador incompetente. Dime, ¿cuál era tu condición hace un año? Estabas en el paro, supongo, ¿no? Y hoy, ¿cuál es tu condición? ¿Acaso prefieres tú la pobreza, la humillación, el pordioseo, la enfermedad, las ruinas, la corruptela del gobierno?
- Bien, Emilio, parlons vraiment. Tu sais fort bien que Luis II était un dictateur. Mais là n'est pas le problème : tu sais fort bien qu'il était un dictateur incompétent. Dis-moi, quelle était ta condition il y a un an ? Tu étais au chômage, je suppose, non ? Et aujourd'hui, quelle est ta condition ? Peut-être préfères-tu la pauvreté, l'humiliation, la mendicité, la maladie, les ruines, la corruption du gouvernement ?
Dans un sens, il n'avait pas tort. Ces quelques arguments me touchèrent suffisamment pour que je ne susse quoi rétorquer. Le Roi continua son petit discours, sous les yeux médusés de l'assistance :
- Quizá sea yo un cabrón, quizá sea Numancia una puta, pero esa puta y ese cabrón te dan de comer y, sobre todo, te reconocen como persona de valor, competente, capaz de hacer algo de tu vida.
Y ya entiendo porque has subido tan deprisa en el escalafón : eres cojonudo. Por eso te atreves a tutearme, por eso te atreves a rebelarte, y por eso me gustas. Por eso quieres que vengas con el gobernador y conmigo al despacho : te vamos a hacer una propuesta, una de esas que no se rechazan.
- Peut-être suis-je un salaud, peut-être le Numancia n'est-il qu'une pute, mais cette pute et ce salaud te donnent à manger et, surtout, te reconnaissent comme une personne de valeur, compétente, capable de faire quelque chose de ta vie.
Et je comprends bien pourquoi tu as aussi vite grimpé dans la hiérarchie : tu es sacrément culotté. C'est pour cela que tu oses me tutoyer, c'est pour cela que tu oses te rebeller et c'est pour cela que tu me plais. C'est pour cela que je veux que tu viennes avec le gouverneur et moi-même dans son bureau : nous allons te faire une proposition, une de celles que l'on ne refuse pas.
Je fus interloqué par cette invitation. Je pensais déclencher l'ire vengeresse de la Couronne numancienne, je pensais faire perdre patience au Roi, je pensais me faire jeter dehors. Mais rien ne se passait comme prévu : l'on me proposait même de suivre Sa Majesté et le gouverneur dans le bureau de ce dernier.
Tout autour de moi, les invités étaient tout aussi surpris mais pas un n'osait contredire une sentence royale.
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:39 pm
par Ramiro de Maeztu
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Ce qui devait n'être à l'origine qu'un simple repas intime s'était transformé, avec l'annonce de la victoire et de la reddition des dernières troupes loyalistes, un véritable dîner de gala au Palais du Gouverneur, à Puerto Real.
Je m'étais mis sur mon trente-et-un, sachant que le cœur n'y était pourtant pas : la défaite du Quem, qui devenait définitivement Province Cisplatine, était aussi un peu la défaite des Quemiens, même si l'indifférence, voire l'amour du nouveau colonisateur, régnaient de plus en plus.
J'en voulais pourtant autant à Felipe V et à son gouvernement fasciste qu'à Luis II, ce poltron qui s'était enfui sur le continent et nous avait abandonnés à notre sort.
C'est mon supérieur hiérarchique, qui était le directeur délégué de l'Institut National des Statistiques pour la Province Cisplatine, qui était venu me chercher chez moi, en voiture. Ma mère avait presque les larmes aux yeux de me voir invité "dans le grand monde", comme elle disait, ce qui était pour elle un honneur suprême, d'autant plus que le Numancia représentait la civilisation et la richesse. Je n'eus pas envie de lui gâcher son plaisir, même si nos émotions étaient radicalement différentes.
La voiture de mon patron se gara devant la porte; j'y montai rapidement après avoir embrassé ma mère et mon petit frère, qui semblait assez fier de son aîné lui aussi, et m'installai à l'arrière. Je fis connaissance avec l'épouse de mon chef, une femme charmante, au demeurant, qui me dit immédiatement qu'elle me trouvait ravissant dans mon costume.
"Ya verás: ¡es una cena para lo más selecto de la Cisplatense!"
J'avais conservé le réflexe de tout traduire dans ma tête, pour être sûr de comprendre ce que l'on me disait : "Tu vas voir : c'est un dîner pour le beau monde de la Cisplatine !".
Je redoutai déjà l'étalage de richesses, de parures, de mets raffinés, qui ne contrasteraient pas forcément avec la nouvelle prospérité de l'archipel (ou tout du moins des zones que le Numancia avait contrôlées jusqu'à présent), mais ces réjouissances me semblaient indécentes pour moi qui n'avais jamais voulu de ce nouveau dominateur et travaillais pourtant pour son compte.
Nous arrivâmes devant le Palais du Gouverneur, qui brillait de mille feux, et qui avait déroulé le tapis rouge pour ses invités, parmi lesquels je reconnus bien des Quemiens d'origine, vaguement enrichis pour la plupart, qui avaient totalement retourné leur veste. Nous descendîmes du véhicule et un voiturier se chargea de stationner la berline.
Il ne manquait que la horde de photographes pour parachever ce tableau qui m'écœurait déjà.
Nous pénétrâmes rapidement dans le vestibule, nous nous débarrassâmes de nos manteaux, déjà superflus en avril et nous dirigeâmes vers la sale de réception, que nous indiqua aimablement un majordome qui, de toute évidence, n'était pas cisplatin d'origine.
Il y avait déjà beaucoup de monde à l'intérieur, à tout le moins une centaine de personnes. Mon supérieur hiérarchique me conseilla de rester près de lui et de son épouse, afin qu'il m'expliquât qui était qui et faisait quoi, tant en Cisplatine qu'au Numancia métropolitain.
Il me présenta tout d'abord le Duc et la Duchesse de Montalbanejo, deux célèbres mécènes numanciens dont j'ignorais l'existence cinq minutes auparavant, et il me confia au creux de l'oreille qu'ils possédaient la plus grande fortune privée du Royaume, que l'on disait supérieure d'au moins cinq fois à la fortune personnelle du Roi, qui avait pourtant déjà reçu un important héritage à la mort de son banquier de père.
Il me signala également le gouverneur fraîchement nommé de la province, Don Pedro López Mendo, ami personnel de Sa Majesté Sérénissime, qui avait toujours travaillé dans les hautes sphères de l'administration sans jamais faire de politique à proprement parler, attitude à laquelle il devait d'ailleurs sa survie à la chute des différents gouvernements. Il discutait avec un jeune homme en uniforme militaire, un gradé d'à peine trente-cinq ans, qui affectait un air solennel et guindé.
"Ése es Don Rodrigo Sagunto" - m'expliqua mon chef.
C'était donc lui, le fameux chef d'état-major qui avait conduit l'armée quemienne à sa perte et avait pactisé avec les groupuscules paramilitaires lochlannais ?
Alors que nous continuions à faire le tour de cette réception où l'on riait aux éclats autour de darnes de saumon ou de flûtes de champagne, le gouverneur attira l'attention de l'assemblée et déclara porter un toast à la victoire numancienne et à la libération du "peuple cisplatin" :
"¡Un brindis por la victoria y la liberación del pueblo cisplatense!"
J'étais déjà passablement dégoûté par cette atmosphère festive, alors que la guerre était à peine finie et que, même si tout était déjà reconstruit ou presque, mon peuple avait perdu une guerre.
N'y tenant plus, je me rapprochai, sous l'œil stupéfait de bien des invités, du gouverneur et lui lançai en pleine face :
"Como repita lo que acaba de decir, le meto una torta."
Je l'avais calmement mais fermement prévenu qu'il n'avait pas intérêt à répéter cela... ou je lui collerais mon poing dans la figure. Le gouverneur en question, qui devait approcher de la cinquantaine, se montra tout d'abord interloqué, puis il me répondit :
"Joven impertinente, ¡se está pasando!"
Je n'étais pas un jeun impertinent et ne dépassais pas les bornes. Mais je ne pouvais tolérer davantage de réjouissances pour ce qui était, à mon sens, une grave débâcle. Le gouverneur rajouta sur un ton comminatoire que j'avais tout intérêt à ne rien ajouter et à me faire tout petit, mais une voix surgit du fond de la salle et donna un ordre au gouverneur :
"¡Déjale que hable!"
Un Numancien, à entendre son accent, était visiblement intéressé par ce que je disais et voulait qu'on me laissât parler. Surpris, je me retournai, à la manière de toute l'assistance, et découvris un jeune homme d'au plus vingt-cinq ans, en costume lui aussi, qui me regardait fixement, l'air intrigué.
"¿Quién eres?" - lui demandais-je en le tutoyant. Il ne me semblait pas avoir vu cet homme de ma vie et son identité m'était totalement inconnue.
Le gouverneur, croyant bien faire, répondit à la place de mon nouvel interlocuteur : "Joven idiota : ¡es el mismo Rey!"
J'avais donc Felipe V, en personne, face à moi.
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:39 pm
par Ramiro de Maeztu
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L'intervention de groupes paramilitaires formés et armés par le Rike du Lochlann dans le Nord du pays a beaucoup fait parler à Puerto Real, tout du moins dans les hautes sphères où je me meus désormais.
J'en ai effet été rapidement promu et je côtoie désormais des pontes numanciens, hauts fonctionnaires mandatés par le pouvoir central pour organiser la vie dans les zones contrôlées par le Numancia en Province Cisplatine.
Mais, à l'inverse, dans le peuple, dont je suis issu, c'est avec une grande indifférence que cette nouvelle a été accueillie. J'ai été extrêmement surpris de voir les réactions des personnes avec qui j'en parlais et qui semblaient plus préoccupées par les rapides avancées en matière économique de la région que par les moyens employés dans la poursuite de l'invasion.
Mon grand-père, seul membre de ma famille encore vivant avec ma mère et mon frère cadet, a même haussé les épaules lorsque je le lui ai expliqué, s'exclamant : "Et alors ? Tu ne vois pas ce qui se passe autour de nous, toi qui travailles pour les Numanciens ? Tu ne trouves pas que les continentaux ont beau nous avoir envahis, ils nous respectent et nous tirent du marasme dans lequel nous avait mis ce despote de Luis II ? Tout ce que je vois, c'est que notre famille toute entière a enfin retrouvé du travail et vit dans des conditions décentes. Alors Lochlannais ou pas Lochlannais, c'est le cadet de mes soucis !"
Il avait dans un sens tout à fait raison : j'avais obtenu un poste qui m'aurait été inaccessible il y a encore un an, ma mère avait décroché un poste dans une usine textile flambant neuve et mon frère allait à l'école.
Pourtant, j'étais de plus en plus tiraillé entre mon allégeance naturelle envers l'ancien régime, dont je connaissais pourtant l'incurie, et la reconnaissance envers le nouveau dominateur, qui semblait bien disposé à rester sur place.
Mais le plus difficile restait à venir. Mon supérieur hiérarchique direct m'avait indiqué, lors d'une pause, que le Roi du Numancia en personne devait se rendre à Puerto Real pour la première fois de son règne afin de rencontrer ses agents sur place, ses troupes mais aussi les populations d'origine quemienne. Et un dîner privé devait se dérouler le soir même au Palais du Gouverneur, Don Pedro López Mendo, dîner auquel j'avais été convié. Je n'avais osé refuser l'invitation, de peur de perdre mon poste, mais je n'avais aucune envie de rencontre Felipe V, dont on m'avait dit le plus grand mal.
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:40 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/4/0/c/ski-jo-20b05ca.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/4/e/a/ski-jo-20b05cb.jpg[/img][/url]</center>
Le groupe télévisuel public numancien TV Numancia, dont je n'avais jamais pu regarder un seul programme dans ma vie, avait commencé à émettre il y a quelques jours sur l'ensemble des postes de télévision de la zone contrôlée par les Hispaniques.
Nous avions ainsi eu droit aux dernières épreuves des Jeux Olympiques d'Hiver de Filipina et surtout à leur très belle cérémonie de clôture. Nous avions découvert que le Royaume qui nous avait envahis n'était pas une dictature sanglante, gouvernée par un Roi dément et assoiffé de pouvoir, mais une nation moderne, capable d'organiser un tel événement et de réaliser, dans un grand stade de football, une superbe cérémonie à la scénographie travaillée.
La télévision, qui avait commencé à refaire son apparition dans l'archipel après la guerre, était l'un de nos seuls divertissements, et nous regardions désormais les chaînes numanciennes, qui étaient les seules disponibles. Ma mère ne comprenait pas tout très bien mais j'étais étonné de voir à quel point l'espagnol, qui n'était pour elle qu'un bien vieux souvenir, lui revenait vite en tête. Je le maîtrisais mieux qu'elle et lui expliquait parfois ce que disait la présentatrice du journal télévisé, Doña Pilar del Bravo, même si je n'osais lui avouer que je ne saisissais pas toujours tout et que cet exercice me permettait moi aussi de me perfectionner. Nous n'avions désormais plus le choix : nous devions parfaitement parler le castillan car c'était devenu la seule langue autorisée.
Les autorités numanciennes faisaient des efforts pour que les moins avancés d'entre nous dans la maîtrise de l'idiome comprissent ce qu'ils leur disaient mais je sentais bien que plus vite je dominerais totalement la langue, plus j'aurais de chance de m'intégrer pleinement dans ce qui semblait se profiler pour l'ancien Royaume du Quem : la Cisplatine totalement numancienne. Je m'étais résigné à cette perspective.
Et je n'étais pas le seul ! Il faut bien dire que tous les habitants des zones sous contrôle numancien mangeaient et vivaient normalement, avaient un travail décent et bien payé, suivaient des formations ou des cours du soir, étaient soignés sans avoir à débourser un seul sou... Je me méfiais souvent et me demandais le prix que nous aurions à payer pour de tels bienfaits venus de l'extérieur : j'avais vite compris que rien n'était gratuit en ce bas monde. Pourtant, même en étant proche de chefs d'entreprise et de fonctionnaires continentaux, mais rien ne filtrait et je n'entrais jamais dans les secrets d'arcane.
J'avais vu les premiers magasins de proximité (épiceries, boucheries, quincailleries...), les premiers gymnases, les premières écoles, les premiers collèges et lycées, les premiers théâtres et cinémas et toute sorte de bâtiments s'élever. Le Conglomérat numancien à la Construction avait même entamé un nouveau stade de football à Puerto Real et Palencia, tandis que les plans d'une université de la Cisplatine avaient été validés par mes services. Nous semblions totalement entrer dans le monde moderne et la civilisation, ce qui contrastait avec notre état antérieur.
Je vis de mes yeux vus des professeurs, des médecins, des ingénieurs, des vendeurs, des boulangers... cisplatins, formés par des Numanciens, se mettre au travail, enseigner, soigner, bâtir, vendre ou façonner du pain.
Dire que, dans le même temps, la guerre continuait à quelques centaines de kilomètres de Puerto Real. Les nouvelles du front n'étaient d'ailleurs pas excellentes pour le Numancia, puisque ses alliés slaves s'étaient désistés. Je ne savais comment je devais prendre cette nouvelle, partagé entre les bienfaits de "l'envahisseur" (qui peu à peu n'apparaissait plus comme tel) et la résistance de mes frères de jadis qui nous avaient pourtant tiré dessus sans vergogne.
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:40 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/40/8/a/2/chantier01-204971f.jpg.htm][img]http://img40.xooimage.com/files/5/7/3/chantier01-2049720.jpg[/img][/url]</center>
Je devais suivre aujourd'hui plusieurs contremaîtres, ingénieurs et fonctionnaires numanciens dans la nouvelle zone contrôlée par le Royaume Canoviste de Numancia, au centre de l'Île de Cáceres, autour des villes de Palencia et Cádiz, jadis appelées Palace Hills et Crown City.
La construction y avait déjà recommencé ! Les pelleteuses, bétonneuses et grues y étaient affairées, au milieu de plusieurs quartiers en ruines, tandis que nombre de médecins, soldats et membres de l'administration s'occupaient des survivants.
Tout à coup, je vis passer sur une route cahoteuse et mal goudronnée plusieurs autobus aux vites grillagées, conduits par des membres de l'administration pénitentiaire numancienne. J'y reconnus nombre d'hommes qui ne pouvaient être continentaux d'origine : il s'agissait très probablement des milliers de soldats de la marine quemienne qui s'étaient rendus, suite à la destruction totale des navires de guerre de l'ancien royaume indépendant.
Le conflit semblait de toute façon perdu à plus ou moins court terme pour les troupes loyalistes, ce qui était loin de me ravir totalement. C'était inéluctable : le Numancia, aidé par des troupes slaves, semblait submerger la région, d'abord lentement et sûrement, puis rapidement et terriblement.
Par un curieux hasard du destin, je me retrouvais, par nécessité, à mettre mes compétences au service de l'envahisseur : un vrai sujet de casuistique ! Les jésuites en eussent beaucoup disserté, mais je n'avais pas le temps de faire un véritable examen de conscience : je devais noter, calculer, consigner et classer.
Un travail avec des aspects intéressants (comptabilité et prospections, notamment) et d'autres plus ingrats (photocopies - une grande modernité dans le pays - et autres télécopies). Mais je ne me plaignais pas : j'étais bien payé, d'abord en nature, maintenant en monnaie numancienne, la latinia, et je pouvais rapporter à manger, à boire et de nombreux objets nécessaire à ma mère et à mon frère. C'était l'essentiel pour le moment !
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:41 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/26/6/7/1/visite-chantier-bouygues-151-15eda21.jpg.htm][img]http://img26.xooimage.com/files/3/6/3/visite-chantier-bouygues-151-15eda22.jpg[/img][/url]</center>
Je devais accompagner aujourd'hui plusieurs fonctionnaires numanciens, arrivés il y a quelques semaines chez nous avec leur famille, pour visiter divers chantiers de bâtiments d'habitation qui avançaient un peu trop lentement au goût du gouvernement hispalien.
Pourtant, dans le secteur (la banlieue orientale de Puerto Real), les nouveaux bâtiments modernes et flambant neufs avaient poussé comme des champignons, de l'avis même de ceux qui étaient déjà relogés ou allaient l'être. Les Numanciens étaient-ils donc des gens si pressés ?
Quoi qu'il en fût, nous nous dirigeâmes à pied vers le chantier en question, où les grues, les poutres, le béton armé et les vitrages dominaient le paysage aux côtés des bétonneuses, des ouvriers en uniforme et des outils divers.
J'enfilai mon casque, précédé des quatre employés numanciens que j'accompagnais, et les suivis, prenant de temps à autre des notes chiffrées selon les consignes que l'on me donnait. Visiblement, la visite fut plutôt fructueuse et positive; j'entendis les fonctionnaires congratuler les contremaîtres et plusieurs représentants des ouvriers. Une immense majorité d'entre eux était d'ailleurs quemienne... ou plutôt cisplatine. Le chômage avait drastiquement baissé ces derniers temps : si tant était que les statistiques que je manipulais fussent vraies (mais je n'en doutais pas réellement, les fonctionnaires sur place me paraissaient très vertueux et incorruptibles), une chute de plus de 20% avait suivi le plan de reconstruction de la zone.
Je redoutai tout d'abord que cette embellie ne fût que temporaire, car la reconstruction n'allait pas durer une décennie, mais nombre d'entre eux étaient déjà en formation pour divers métiers de première utilité : infirmerie, médecine, professorat...
Le Numancia ne dépensait pas tant de temps, d'argent et d'énergie pour rien ici. Quelque chose se tramait à Hispalis, c'était sûr...
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Posté : sam. déc. 11, 2010 3:41 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/41/e/0/c/construction-2022020.jpg.htm][img]http://img41.xooimage.com/files/4/e/c/construction-2022021.jpg[/img][/url]</center>
C'est de nouveau un cauchemar qui m'a réveillé ce matin, en sueur. Il est difficile d'oublier le bruit que font les tirs des canons de mortier, même lorsque l'on a vingt-trois ans.
La guerre est officiellement finie dans la zone que contrôlent désormais les troupes numanciennes, mais elle est encore dans toutes les têtes, bien que personne n'ose en parler. Même mes longues études ne m'ont jamais préparé à cela : voir la destruction et le chaos au Quem... ou plutôt devrais-je dire en Province Cisplatine. C'est comme ça, en effet, que les Numanciens appellent l'archipel; c'est un nom bien étrange dont j'ai récemment appris qu'il signifiait "Province au-delà de la Mer d'Argent", en référence à l'Océan Altevum.
Ces gens se sont mis à tout renommer et à changer tous les panneaux indicateurs. L'on m'a dit qu'ils voulaient chasser la langue anglaise de la région et y rétablir le castillan, qui y régnait durant la période coloniale. Cela ne me pose aucun problème, j'ai appris l'espagnol au collège et au lycée, mais ma mère et mon petit frère sont loin de tout comprendre, malgré les efforts de la nouvelle administration.
Il est fou de voir à quelle vitesse le Numancia s'est imposé et développé ici : à l'issue d'une guerre éclair dont j'aimerais ne pas me souvenir, ils ont chassé l'armée traîtresse quemienne, qui a osé nous prendre pour cible et ont immédiatement commencé l'approvisionnement en nourriture et en matériaux de construction. Freetown... je veux dire Puerto Real est en train de devenir un chantier géant où les constructions s'achèvent à une vitesse faramineuse. Un grand palais s'élève désormais en lieu et place du château de Luis II, que je n'ai jamais aimé; les autorités nous ont affirmé qu'il s'agissait du Palais du Gouverneur, un certain Don Pedro López Mendo. Je me demande combien de temps vont rester les Numanciens et ce qu'ils cherchent vraiment ici...
Quoi qu'il en soit, personne n'ose réellement se plaindre de leur présence ici pour le moment. Tout le monde mange en effet à sa faim grâce aux vivres apportés en quantité depuis le continent; nous avons obtenu des vêtements et des médicaments gratuits; mon petit frère, Andrés, a même été vacciné contre la rage et le tétanos; j'ai trouvé un travail en tant que vacataire dans une institution qui s'occupe, je crois, de recenser la population locale et d'en établir les principales caractéristiques; le calme est revenu, partout, et l'avenir semble un peu meilleur.
Mais ce que personne n'ose demander, c'est le temps que vont rester ici les soldats numanciens : allons-nous pouvoir nous déterminer par nous-mêmes ou allons-nous continuer à vivre dans un régime semi-militaire ? Et que font les Numanciens fascistes ici ? Car personne n'est dupe, néanmoins : le gouvernement hispalien a beau nous arroser de ses libéralités, il n'en reste pas moins autoritaire.
Pourtant, je vois bien que certains s'accommodent déjà du nouveau dominateur : ils ont trouvé un emploi, mangent correctement sans avoir à rapiner ou à arnaquer quiconque et affirment que la présence armée numancienne n'est pas pire que la répression policière qu'avait mise en place Luis II ces dernières années, contre les communistes notamment.
Il est vrai que les soldats hispaniques ne se montrent ni violents, ni agressifs, ni désagréables avec nous. Jamais l'un d'entre eux ne m'a mal parlé et ils ont même aidé ma mère à s'extraire des gravats qui l'emprisonnaient juste après la fin des combats. Ils auraient très bien pu la laisser mourir d'étouffement... mais je me méfie. Une telle présence militaire doit bien cacher quelque chose !
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Posté : sam. janv. 15, 2011 4:31 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/7/5/5/logoaltavista-221e65c.gif.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/7/5/5/logoaltavista-221e65c.gif[/img][/url]
Le logotype officiel d'Altavista, consortium informatique numancien<center>
Le Royaume Canoviste de Numancia : un pays hyperactif sur le plan international, craint, trahi, aimé, détesté ou respecté, sixième (et bientôt cinquième) puissance économique mondiale, meneur de la Sainte Alliance, pays en pleine expansion dans tous les sens du terme... et particulièrement dans le domaine de l'informatique.
Son Conglomérat National à l'Informatique, aux Réseaux et aux Nouvelles Technologies, Altavista, dirigé par Don Rubén Ciro Alegría et sis à Nicolasol, dans la Province de Península del Ponente, commercialise toute sa gamme d'ordinateurs fixes et portables; de systèmes d'exploitation; de logiciels de bureautique ou de réseau; met en place ses réseaux sociaux et ses bibliothèques virtuels, concurrençant sérieusement le Pelabssien Doors et vendant ses produits chez tous ses partenaires commerciaux.
Les Numanciens deviennent une large majorité à disposer d'un ordinateur personnel (en plus des nombreux parcs informatiques que possèdent déjà les écoles, collèges, lycées, universités, collectivités locales et provinciales, institutions officielles, entreprises...) et à être connecté à Internet. Les deux réseaux sociaux numanciens, Libritos et Píos, sont en plein essor dans toute la Sainte Alliance.
Mais toute pièce a deux faces et l'expansion de la connaissance informatique entraîne aussi la naissance du piratage en ligne, fléau que ne connaissait jusque-là pas le Royaume.
Et si un petit malin très doué parvenait, depuis sa tranquille demeure de banlieue, dans une ville numancienne moyenne, à pirater les bases de données diplomatiques de la Couronne ? Celles qui renferment les communications du gouvernement phalangiste, de la Couronne et des ambassadeurs royaux à l'étranger ? Des détails croustillants au rendez-vous ? Des révélations surprenantes, dérangeantes, scandaleuses ou dangereuses ? C'est ce que nous allons voir...
Avertissement que vous devez tous lire avant d'entamer la lecture de la suite de ce sujet :
1) Ce sujet est semi-public; en d'autres termes, vous ne pouvez pas y poster mais, en revanche, tous les télégrammes recopiés entre les balises "RÉVÉLATIONS PUBLIQUES (UTILISABLES PAR TOUS)" sont officiellement divulgués au monde entier. Vous pouvez donc en parler dans vos médias et je vous le recommande même fortement afin de donner un peu vie à cette idée empruntée à la réalité.
2) Ni les autorités, ni la Couronne du Numancia ne peuvent être tenues pour responsables de ce qui sera révélé ici. Elles vont bien entendu tout nier en bloc car, si vous avec accès à ces informations, rien n'indique qu'elles soient véridiques et qu'il ne s'agisse pas d'une farce de très mauvais goût. Bien entendu, elles sont suffisamment crédibles pour que tout le monde les relaye, mais personne ne peut prouver leur véracité (ou leur fausseté).
3) Les autorités numanciennes auront dans un premier temps du mal à localiser le pirate informatique à l'origine du scandale Palaciegos, du nom du site intraçable où seront hébergés télégrammes et communications, de façon à faire durer les révélations et le suspense. Néanmoins, pour le réalisme et l'honneur du pays, il finira par être piégé et arrêté. Profitez bien de ce sujet, donc, dans vos médias...
<center>RÉVÉLATIONS PUBLIQUES (UTILISABLES PAR TOUS) - DÉBUT
[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/48/4/1/b/20050801072301-2341db7.png.htm][img]http://img48.xooimage.com/files/4/1/b/20050801072301-2341db7.png[/img][/url]
"Palaciegos: porque os pertenece la información" - "Palaciegos : parce que l'information vous appartient"
Télégramme n°1 : communication secrète de l'Ambassadrice Royale en Ranekika, Micaela Guiomar, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 14 juillet 2013, 22h15 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
J'ai traité avec la Présidente ranekikienne, Guillermina Marak-Ahertk, du sujet dont vous m'avez entretenu il y a deux semaines.
Je pense que nous pourrons finir par établir une ligne diplomatique minimale entre nos deux nations, au-delà des simples traités économiques, et ce malgré l'évidente religion libérale qui règne à Amache Picha-Ak.
La Présidente de ce très beau pays, asservi par une clique de mafieux à la solde du Pelabssa, s'est finalement révélée plus maligne qu'elle n'en a l'air. Tout du moins la soupçonné-je d'être sous la coupe de sa Ministre des Affaires Étrangères, Amarilis Socorro, une greluche insupportable mais redoutablement intelligente. L'on connaît en effet tous les capacités intellectuelles limitées de la dirigeante suprême ranekikienne...
Je vous ferai part de l'avancement des tractations dès que j'aurai du nouveau."
Télégramme n°2 : communication secrète de l'Ambassadeur Royal en Wapong, Salvador Felipe Cea Bermúdez, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 17 mars 2013, 12h35 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
Nute Fan peut se révéler un partenaire économique extrêmement intéressant. S'il est encore largement menacé par les visées expansionnistes de son voisin remuant, le Wapong, bien que de taille ridicule, est gouverné par des libéraux affreusement pervertis et corrompus, mais moins dogmatiques qu'on a bien voulu le dire à l'origine : ils accepteront de laisser la culture et la puissance numanciennes entrer sur leur territoire s'ils peuvent "bouffer".
Vous m'excuserez pour le caractère cru de l'expression, mais c'est tout ce qui intéresse à l'heure actuelle les Wapongais, outre la formation d'élites scientifiques et techniques à une vitesse remarquable. Le gouvernement de Nute Fan, qui est un sot infatué mais un vrai renard politique, sera donc sensible à nos arguments alimentaires et nous pourrons ainsi profiter de la situation pour nous implanter largement dans le pays.
Espérons que Jiyuan ne soit pas de la partie avec ses guerres sempiternelles..."
Télégramme n°3 : communication secrète de l'Ambassadeur Royal en Thorval, José de Pimentel y Abascal, à Sa Majesté Sérénissime Felipe V - 23 avril 2013, 9h22 (heure numancienne)
"Votre Majesté Sérénissime,
Voilà plus de cinq fois que vous restez sourd à ma demande de mutation : je ne veux plus rester un seul instant dans ce pays que vous adorez certes mais que je déteste.
Cela n'est plus un secret pour vous depuis longtemps : si Son Altesse Sérénissime Annabelle II et vous-mêmes êtes de bons amis, mes relations avec la reine du Thorval, qui m'est insupportable, sont déplorables.
Je fais le dos rond, mais pour combien de temps encore ? Elle et son Numancien de mari (Don Enrique Bahamonde est aussi prétentieux que vous me l'aviez décrit) forment un duo infernal et agissent en parfaits despotes, tant au Palais Royal qu'avec tous les ambassadeurs étrangers présents sur son sol. Combien de temps devrai-je encore souffrir leurs foucades, leurs fanfreluches et leurs sautes d'humeur ?
Nous nous connaissons bien et c'est pourquoi je me permets une telle liberté de ton, mais le séjour adémois est devenu pour moi et ma famille un calvaire presque comparable à celui de Notre Seigneur Jésus-Christ."
RÉVÉLATIONS PUBLIQUES (UTILISABLES PAR TOUS) - FIN
[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/6/5/9/508748irene1-2341ef2.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/6/5/9/508748irene1-2341ef2.jpg[/img][/url]
Amarilis Socorro, Ministre des Affaires Étrangères de la République Démocratique du Ranekika<center>