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Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:14 pm
par Ramiro de Maeztu
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Un bureau de tabac à Hispalis</center>


Après une bonne nuit de sommeil réparateur, je pris un rapide petit-déjeuner, dont la composition m'étonna (quelques olives noires, un café tout aussi noir, un peu de charcuterie et des tartines de pain grillé recouvertes d'une légère couche d'huile d'olive), je décidai d'aller visiter quelques monuments historiques d'Hispalis.

Mais avant toute chose, je voulais m'enquérir des nouvelles du Numancia et du monde, lire un peu en espagnol, armé de mon dictionnaire de poche, et me dirigeai donc vers le bureau de tabac le plus proche, signalé par son fronton brun et jaune portant l'inscription "Tabacos". Je demandai au buraliste quels étaient les périodiques dont il disposait, et il me répondit avec un sourire :
"Je ne vends pas de journaux, Monsieur. Les bureaux de tabac ne vendent que des cigarettes et autres cigares ainsi que des abonnements de transport."

Je fus un peu surpris, mais le buraliste m'expliqua que si je voulais acheter un titre de la presse nationale, il fallait que j'aille dans une de ses guérites servant de point de presse que l'on trouvait dans tous les lieux fréquentés et que j'avais déjà vues. Je lui achetai tout de même un abonnement de transport pour quinze jours, puis me dirigeai vers un point de presse où je constatai qu'étrangement, entre les cartes postales et quelques babioles, il n'y avait que peu de journaux et magazines : j'en comptais tout au plus huit ou neuf !
Je demandais à la vendeuse si elle n'avait pas d'autres titres en réserve, et elle me répondit que la presse que je voyais là constituait l'ensemble des journaux disponibles au Numancia. La liberté d'expression était donc bel et bien limitée dans ce pays...

Je m'achetai, pour avoir deux points de vue différents, le journal le plus lu et diffusé, La Concordia, ainsi que l'organe officiel du Parti Marxiste Unifié, El Cambio Revolucionario, puis pris le métro en direction du parc de l'Alameda de Osuna, dont on m'avait dit grand bien à l'hôtel. Je descendis à la station du même nom et découvris en effet une immense étendue verte et boisée comme je n'en avais jamais vue dans une ville adélienne...


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Une serre au parc de l'Alameda de Osuna</center>

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:14 pm
par Ramiro de Maeztu
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La vieille dame avec qui le touriste adélien a passé sa soirée à discuter et débattre</center>


Nous devisions déjà depuis deux heures et en oubliions parfois de nous nourrir. Je découvris avec cette charmante dame, qui portait le nom de Micaela, un point de vue interne très original sur le Numancia.

"Voyez-vous, mon jeune ami, me disait-elle, nous vivons dans un régime qui n'a rien de totalitaire. Tout au plus est-il autoritaire et ce n'est finalement pas un mal.
En attendant, ce que je vois, c'est que Sa Majesté Sérénissime et le Président du Gouvernement ne sont pas corrompus, travaillent pour notre bien et obtiennent des résultats concrets.
Depuis le retour de la monarchie, notre niveau de vie a considérablement augmenté, l'insécurité a énormément diminué, nous pouvons nous défendre à l'extérieur et le peuple se sent enfin écouté.
Il est souvent drôle que les étrangers soient persuadés que la majorité d'entre nous soit brimée, agressée, opprimée... N'oubliez pas qu'il existe des élections dans notre pays et qu'elles ont même tourné à plein régime ces derniers temps.

A un moment, les libéraux auraient pu arriver au pouvoir, mais ils nous ont trahis, ils ont trahi le Numancia et cela a été prouvé. Vouliez-vous donc que nous votassions pour eux ensuite ? Impossible !
Le peuple numancien, au fond, est comme tous les autres peuples : il vote pour qui lui inspire confiance. Et pour le moment, les phalangistes méritent la nôtre. C'est aussi simple que cela.

Il est étrange que la plupart des étrangers, notamment les Adéliens et les Pelabssiens, voient le Numancia comme un enfer sur terre. Je ne fais partie des classes aisées, je n'ai aucun rapport direct avec le monde politique; j'ai été ouvrière dans une usine textile toute ma vie et ma retraite me permet, vous le voyez, de passer une belle semaine de vacances dans ce très bel hôtel loin de chez moi.

Ai-je l'air malheureuse ? Non ! Le suis-je ? Non ! Et je ne suis pas sûre que vous puissiez en dire autant de tous vos compatriotes, mon jeune ami. Nous ne vivons pas en esclaves mais nous savons où est notre place et nous laissons faire les élites car nous savons qu'elles méritent ce titre.
Ne trouvez-vous pas, par contraste, étrange qu'un citoyen adélien ait toujours quelque chose à redire sur le politique d'un gouvernement qu'il a par ailleurs contribué à faire élire ? Qu'il en soit toujours insatisfait ? Qu'il éprouve de la méfiance à son égard ?..."

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:14 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/29/e/0/3/01-11fabb7.jpg.htm][img]http://img29.xooimage.com/files/a/d/0/01-11fabb8.jpg[/img][/url]
La salle de restauration de l'hôtel du touriste adélien</center>


Après m'être reposé quelques heures, je descendis dans la salle de restauration, qui s'avéra être magnifique, tapissée à la mode classique, avec d'immenses lustres et des appliques imitant les chandeliers du XVIIème siècle.

Un peu impressionné par tout ce luxe et ce clinquant, je m'assis à une table de six personnes libre et un serveur vint me dire bonjour en souriant puis me donna la carte. Je fus confronté au même problème que dans la brasserie dans laquelle j'avais été à midi, mais pris mon courage et demain et décidai de me lancer à l'aventure.

Pendant que je consultais le menu, un couple vint s'assoir à la même table, puis une femme âgée. J'écoutais d'une oreille distraite la conversation des deux jeunes tourtereaux et compris, puisqu'ils parlaient en allemand, qu'ils devaient venir du Quantar ou du Freutschland. Tout à coup, alors que j'étais plongé dans la section des viandes, la femme âgée se mit à me parler en espagnol.
Je compris rapidement qu'elle était numancienne et elle m'expliqua qu'elle venait de Vadeable, qu'elle n'avait jamais vu la capitale et qu'elle passait donc quelques jours à Hispalis.

Je lui demandai à mon tour, dans un castillan approximatif, si elle avait une retraite dorée, vu le luxe de cet hôtel. A ma grande surprise, elle me répondit qu'en réalité, ce genre de palace était devenu très abordable les dix dernières années, d'une part au vu de l'augmentation générale des salaires et pensions, d'autre part du fait de la limitation d'un certain nombre de prix par la Couronne.
J'en profitai pour embrayer sur le régime politique, lui demandant en chuchotant si elle approuvait le régime en place, si la répression n'était pas trop forte.
Mon interlocutrice me regarda d'abord d'un regard mi-surpris, mi-effrayé, puis explosa de rire, ce qui ne manqua pas d'attirer brièvement l'attention des autres convives, qui étaient assez nombreux à cette heure. Néanmoins, le brouhaha de la salle reprit assez rapidement.

"Mais mon pauvre, c'est donc la première fois que vous venez au Numancia ?" me demanda-t-elle en souriant.

C'était en effet la première fois et j'avais beaucoup à apprendre de ce pays.

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:15 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/a/3/5/taureau_contre_ch...blinde_1-1e12e57.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/e/1/e/taureau_contre_ch...blinde_1-1e12e58.jpg[/img][/url]
Un picador est renversé par un taureau en action...</center>


Je crois que je me souviendrai toute ma vie de cet étrange spectacle très codifié, où les picadors ne pouvaient venir après les banderilleros, où le paseo avait une importance capitale, où couper une oreille de taureau, ce n'était pas en couper deux...
Il y avait évidemment beaucoup de sang et parfois quelques tripes à l'air, c'était indéniable. Mais je n'avais pas été dégoûté; très surpris, sans nul doute, mais jamais écœuré.

Il semblait que tout un peuple vibrait, acclamait, vivait à l'heure de la corrida. J'ignorais, avant que ma voisine ne me le dît, que j'avais assisté à un exploit de la part d'un toréador déjà confirmé, le matador Juan Belmonte. Cet homme semblait être une légende vivante même si j'avais un peu de mal à comprendre, je dois l'avouer, ce qu'il avait de spécial par rapport à d'autres toréros. Je me tus toutefois, de peur de passer pour un ignorant...

Fatigué par un spectacle où le public participait presque autant que les "rejoneadores" et autres "écarteurs", je sortis des arènes dans une véritable marée humaine vers six heures trente et retournai à mon hôtel dans un métro bondé où tout le monde discutait, souriait et riait.

En passant devant la réception, je demandais, affamé, à quelle heure le dîner était servi et la réceptionniste me répondit que le premier service se ferait... à onze heures ! J'avais dû mal comprendre et lui redemandai, mais elle me répondit la même chose en souriant. Elle précisa, face à mon incompréhension évidente, qu'on mangeait toujours très tard au Numancia, surtout en période estivale, mais que je pourrais me restaurer jusqu'à deux heures du matin si je le voulais.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/49/d/4/7/800px-estaci-n_de..._de_lago-1e1315a.jpg.htm][img]http://img49.xooimage.com/files/3/b/e/800px-estaci-n_de..._de_lago-1e1315b.jpg[/img][/url]
Une des stations du métro d'Hispalis empruntée par le touriste adélien...

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:15 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/0/c/4/corrida-sports-ca...s-519453-1e0b5fd.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/1/9/6/corrida-sports-ca...s-519453-1e0b5fe.jpg[/img][/url]
Un torero en action lors de la corrida</center>


Je me dirigeai vers la billetterie, où une queue déjà impressionnante s'était amassée. Moi qui croyais que ce spectacle n'attirait que quelques grabataires oisifs, des jeunes désœuvrés en mal de sensations fortes... ou des touristes curieux !

Lorsque ce fut enfin mon tour, je demandai une place et l'on m'interrogea sur l'emplacement que je désirai. Je ne compris pas tout de suite pourquoi on ne m'attribuait pas une place au hasard et la vendeuse se mit à m'expliquer par le menu les différences de prix selon l'exposition au soleil, la proximité de la loge royale, de celle du maire, de la hauteur de la place... Je choisis un peu au hasard et selon le prix et suivit la masse qui se dirigeait vers le quatrième secteur, qu'indiquait mon billet.

Je m'installai à la place indiquée, déjà bien entourée de spectateurs qui visiblement n'étaient pas des étrangers. La corrida ne devait commencer que dans trois quarts d'heure et je ne savais comment passer le temps.

Je décidai donc d'engager la conversation avec la personne à côté de moi, une femme d'une quarantaine d'années, roide, un peu guindée, en bref, le type de personne que je ne m'attendais pas du tout à voir ici.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/f/4/2/plaza_de_toros_de..._mar-a_6-1e0bacd.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/a/b/5/plaza_de_toros_de..._mar-a_6-1e0bace.jpg[/img][/url]
L'intérieur des Arènes Royales d'Hispalis</center>


Cette charmante femme, qui m'expliquait qu'elle était mère de deux enfants, comprit vite que je venais d'Adélie et me parla alors avec enthousiasme de la corrida, depuis le "paseo" jusqu'au "tercio" de pique en passant par les banderilles...
Je ne comprenais pas grand'chose à cette description mais la corrida allait bientôt commencer...

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:15 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/46/f/7/4/ccn194b-1e02c15.jpg.htm][img]http://img46.xooimage.com/files/f/e/7/ccn194b-1e02c16.jpg[/img][/url]
Une affiche pour une corrida à Hispalis</center>


Après avoir fini mon repas, je payai l'addition - assez peu élevée - et sortis pour continuer ma promenade, qui allait prendre un tour digestif.

Je décidai de me diriger vers le bureau de tabac le plus proche pour aller acheter des timbres, quelques cartes postales et surtout des cigarettes. J'avais oublié les miennes en Adélie et allais difficilement pouvoir tenir quinze jours sans fumer.
Je reconnus l'un de ces points de vente à sa carotte brune, sur la façade, et pénétrai dans le bâtiment. Je fus étonné par le prix extrêmement élevé d'un simple paquet, bien que je prisse toute une cartouche. En Adélie, on fumait pour bien moins cher ! Je remarquai, en sortant, que le paquet portait un sceau :
"Ley especial del tabaco - 35% de tasas"
Les taxes expliquaient donc tout. L'on m'indiqua par la suite que la lutte contre le tabagisme et pour la santé publique était une priorité en Numancia, d'où ce prix exorbitant.

En me promenant dans la vaste avenue de la brasserie, la Avenida del Paraninfo, je remarquai plusieurs panneaux d'affichage avec des écriteaux de propagande. L'Adélie en prenait fortement pour son grade, représentée comme une araignée velue tissant sa toile sur tout l'Alméra occidental. Je ressentis un certain malaise, comme si l'on me jugeait personnellement alors que c'était évidemment le Président Richard Sallinger qui était visé. Bien des gens savaient ou avaient deviné à Hispalis que j'étais adélien - la réceptionniste de l'hôtel, le serveur du restaurant... - mais personne n'avait été agressif ou désobligeant avec moi, bien au contraire. La haine numancienne pour l'Adélie était bien paradoxale : le pays était détesté dans sa globalité mais personne n'eût eu l'idée, en Numancia, d'aller lyncher un Adélien.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/c/6/4/madrid_metro_station-1e03195.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/6/6/b/madrid_metro_station-1e03196.jpg[/img][/url]
La station de métro de Ventura Rodríguez, où le touriste adélien est descendu...</center>


Sur ces panneaux, je remarquai une très belle affiche pour une corrida qui devait se tenir deux heures plus tard, aux Arènes Royales d'Hispalis. Ne sachant pas quoi faire de mon après-midi, je me décidai : j'irais, même si je ne savais pas réellement ce à quoi j'allais assister. En Adélie, on décrivait ce spectacle comme un massacre barbare ne respectant pas les droits des animaux, réalisé pour le plaisir de quelques fanatiques sanguinaires...

Je rentrai rapidement à mon hôtel, me rafraîchis, pris ma carte et un peu d'argent et descendis à la station de métro de Ventura Rodríguez, sur la ligne 7. A la station de Canal, je pris la deuxième ligne jusqu'à la station de Ventas, où se trouvait les arènes.
A ma grande surprise, ces souterrains étaient propres, bien éclairés et les rames étaient modernes et engageantes. Et surtout, lorsque je descendis à Ventas, je vis que des milliers de personnes pénétraient dans les Arènes Royales...

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:16 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/24/6/d/3/tapas_large-51ff8d.jpg.htm][img]http://img24.xooimage.com/files/4/d/9/tapas_large-51ff8e.jpg[/img][/url]
Les fameuses "tapas", dont le touriste adélien ignorait le principe...</center>


Un peu apeuré par cette carte immense, dont les noms ne me disaient le plus souvent rien du tout, même si le prix me paraissait généralement peu élevé, je me décidai pour des "tapas" variées (quelle réalité ce terme pouvait-il bien recouvrer ?) et un poulet grillé accompagné d'un consommé de poisson. Cette réunion de deux plats que je n'avais jamais mangés ensemble s'intitulait étrangement "combinado mixto"...

Lorsque le serveur passa de moi, je le hélai en tâchant de soigner mon espagnol.
"¡Camarero, por favor!"

Il s'approcha de moi, prit rapidement ma commande et repartit tout aussi rapidement en cuisines. Je jetai un coup d'œil autour de moi, histoire de passer le temps.
Derrière le comptoir, l'un des serveurs était occupé à découper un énorme jambon en fines tranches. Plusieurs personnes entrèrent brusquement, ce qui fit tinter la clochette de la porte, saluèrent un couple attablé au fond du restaurant et le rejoignirent.
Tous les clients discutaient bruyamment - bien plus fort que n'importe quel Adélien ne se le serait permis ! - et gaiment, devisant autour de petits ramequins remplis d'olives vertes et noires, de tranches de jambon cru ou de saumon fumé, de dés d'emmenthal, de jambon cuit ou de chorizo, de chaussons fourrés de produits salés et d'une multitude de spécialités dont je m'étonnait qu'elles fussent servies ainsi.

Tout à coup, le serveur réapparut et m'apporta en même mes "tapas" et mon poulet grillé accompagné de son consommé. Je fus quelque peu décontenancé : il me semblait que les "tapas" constituaient des entrées d'après ce qui était marqué sur la carte et le tout m'avait été servi en même temps ! Je regardai autour de moi et constatai que c'était ainsi que tous les plats étaient servis au Numancia !

Je commençai donc à manger et découvris que les "tapas" étaient cet ensemble d'amuse-gueule que j'avais repéré sur plusieurs tables autour de la mienne. Le poulet avait l'air savoureux à souhait, accompagné qu'il était de son bouillon, de sa salade verte croquante et de ses petits légumes. La gastronomie numancienne n'était certes pas très diététique bien qu'elle fût classée parmi les gastronomies méditerranéennes, le tout baignait souvent dans l'huile d'olive mais c'était délicieux !


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/26/8/c/2/pollo-asado-verduras-1df8d6f.jpg.htm][img]http://img26.xooimage.com/files/5/c/e/pollo-asado-verduras-1df8d70.jpg[/img][/url]
Le fameux "combinado mixto" dégusté par le touriste adélien</center>

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:16 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/d/9/4/affiche2-a98602.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/6/e/7/affiche2-a98603.jpg[/img][/url]
L'un des panneaux d'affichage de la propagande où s'entassent des dizaines d'affiches lacérées et déchirées</center>


Après un brin de repos et de toilette, je décidai de prendre quelques renseignements sur les horaires et commodités de l'hôtel puis de sortir dans la rue.
Je partis à l'aventure, sans plan, sans appareil photographique, afin de passer le moins possible pour un touriste et d'éviter de fausser mes relations avec les gens. Je ne voulais pas avoir de traitement de faveur mais surtout, je voulais voir la vérité de la quotidienneté du Numancia. Me cachait-on des choses ? Cachait-on des choses aux touristes de façon générale ?

Je me baladai, sans aucun a-priori, tâchant de flâner intelligemment, regardant partout autour de moi. La première chose qui me frappa, c'était l'apparente décontraction de tous les passants : personne ne courait. Je m'attendais à voir quelque salarié, homme d'affaires, employé en retard se précipiter dans le métro, vers un arrêt d'autobus, s'engouffrer en quatrième vitesse dans un bâtiment, mais rien. Ces gens n'avaient-ils donc aucune conscience du temps qui passe, des impératifs, des dossiers à ficeler ? Cela me déboussolait, me changeait profondément du quartier où je travaillais à Barrow. A croire que je ne croisais que des flots de touristes dans ces rues.

Et par ailleurs, j'avais beau chercher à m'éloigner du centre d'Hispalis, m'engouffrer dans des ruelles, des impasses, je ne croisais aucun clochard, pas un bâtiment où l'on ait cherché à les "parquer". La misère absolue n'existait-elle donc pas, ou seulement de façon très marginale, dans ce pays que l'on décrivait comme l'enfer sur terre au Numancia ? Tout cela me laissa interdit et perplexe.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/c/c/a/g19586_4a47d79854939_big-1df421a.png.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/0/2/9/g19586_4a47d79854939_big-1df421b.png[/img][/url]
Le grand café-brasserie sur le Paseo de Recoletos où déjeune le touriste </center>


Après trois bonnes heures de marche dans l'immense centre-ville, je sentis un petit creux et décidai de m'arrêter dans un café-restaurant pour y déjeuner.
Je ne connaissais à peu près rien des bonnes manières numanciennes ou de la gastronomie nationale ou locale et était donc un peu terrifié à l'idée de pénétrer dans l'établissement. Je pris mon courage à demain et passai le pas de la porte.

Je fus rapidement accueilli par un serveur en livrée qui comprit que je ne pouvais que bredouiller que quelques phrases. Voyant que j'étais seul, il m'assit à une table simple et me présenta rapidement une carte en anglais. Malgré tout, la majeure partie des spécialités portait leur nom espagnol... Comment allais-je faire ?

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:17 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/48/9/5/5/the-westin-palace...-default-1de8180.jpg.htm][img]http://img48.xooimage.com/files/2/8/8/the-westin-palace...-default-1de8181.jpg[/img][/url]
L'hôtel Atlántida, véritable palace sur la Plaza de la Villa


Je payai le chauffeur (la course n'était vraiment pas onéreuse : à peine vingt latinias !), qui me salua chaleureusement, puis je ne pénétrait, hésitant, dans l'hôtel.
Son hall était superbe : une énorme coupole de cristal surmontait une salle marbrée, illuminée par un lustre de cristal lui aussi. Des touristes germanophones, anglophones, italophones, francophones se promenaient, discutaient, sirotaient un verre.

La réceptionniste m'interpella et je lui présentai mon bon de réservation, un peu intimidé par la démesure de lieux. Elle tape brièvement sur son clavier, releva le nez de son écran et me dit :
- Bienvenido, Señor Johnson.

La façon dont elle prononça mon nom, "Yohnson" au lieu de "Djohnson", me fit sourire, mais je contins mon rire : il fallait être respectueux des habitants du pays.

Ma carte magnétique portait le numéro 828 et la réceptionniste m'avait indiqué "Octavo piso". Je pénétrai dans le vaste ascenseur, suivi par un groupe de touristes pelabssiens avec lesquels je discutai brièvement. Ils furent d'abord étonnés de mon accent si puriste mais comprirent sa cause lorsque je leur expliquai que je venais d'Adélie.
Je les laissai au huitième étage; ils montaient au treizième et il y avait encore deux étages. Quinze paliers ? Ce palace était véritablement démesuré. Même à Barrow, je n'avais pas le souvenir d'en avoir vu un aussi grand.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/40/2/4/c/hotel-luxe-chambre-ritz-mad-1de844f.jpg.htm][img]http://img40.xooimage.com/files/2/f/e/hotel-luxe-chambre-ritz-mad-1de8450.jpg[/img][/url]
La chambre du touriste adélien dans son palace</center>


Quelle luxe ! Je n'en revenais pas : comment un pays comme le Numancia, décrit comme un enfer de misère sur terre par les médias adéliens, pouvait-il abriter un tel hôtel ?

Après avoir déballé mes affaires, je pris une rapide douche et décidai de me reposer quelques heures avant d'aller visiter la ville. Je voulais tirer cette affaire au clair en allant à la rencontre de l'habitant : on devait forcément cacher bien des choses au touriste moyen, dans ce pays dictatorial.

Posté : jeu. sept. 09, 2010 12:17 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/f/f/d/autovia-1ddf177.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/f/f/d/autovia-1ddf177.jpg[/img][/url]
La voie rapide empruntée par le taxi du touriste adélien pour se rendre à Hispalis</center>


Après avoir traversé la banlieue chic de Negrilla de Palencia, dont le chauffeur m'expliqua qu'elle abritait la demeure personnelle de l'actuelle Président du Gouvernement, le fasciste Don Enrique Bahamonde, nous arrivâmes enfin dans la ville d'Hispalis elle-même, traversant tout d'abord une zone de résidences pavillonnaires.
Puis nous pénétrâmes dans la partie historique, ancienne de la capitale numancienne, qui m'impressionna par son aspect imposant, massif et richissime. Je savais que le Numancia était un pays à l'histoire riche et complexe mais je m'attendais à ne retrouver que quelques bâtiments typiques - la télévision adélienne avait récemment déclaré que presque tout avait été détruit dans ce pays suite aux dix années de la République autoritaire.
Nous passâmes tout dans d'abord dans le très long Cours des Peupliers - "el Paseo de los Álamos", comme me l'indiqua le conducteur -, parsemé d'hôtels particuliers, d'anciens palais nobiliaires et de sublimes sculptures.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/5/2/2/fuente_del_-ngel_caido-1ddf358.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/0/e/6/fuente_del_-ngel_caido-1ddf359.jpg[/img][/url]
La Fontaine de l'Ange Déchu, monument rappelant l'exil de Lucifer dans le Parque Real Edénico, qui donne sur le Paseo de los Álamos</center>


Puis le taxi bifurqua sur le Paseo de Gustavo II, et son superbe hôtel Metropolis, surmonté d'une immense statue en fonte représentant un archange.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/46/a/3/f/edificiometropolis-1ddf3c8.jpg.htm][img]http://img46.xooimage.com/files/a/0/e/edificiometropolis-1ddf3c9.jpg[/img][/url]
L'immeuble Metropolis, de nuit, au croisement du Paseo de los Álamos et du Paseo de Gustavo II</center>


La circulation automobile était dense à cette heure et je jetai un rapide coup d'œil par la vitre. Je constatai, allant de surprise en surprise, qu'il n'y avait pas de mendiants ou de miséreux dans la rue. Je m'attendais à une avalanche, à un défilé de pauvreté criante mais remarqué qu'au contraire, il existait tout type de passants, aux horizons certes très divers, à la bourse plus ou moins bien remplie, mais sans véritable clochard.
Nous tournâmes ensuite dans la Calle de los Deseos, rue semi piétonne qui étala sous mes yeux ébahis une centaine de boutiques de tout type - merceries, quincailleries, friperies, crèmeries, boulangeries... - mais pas une seule grande surface.


<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/47/c/6/b/gran-via-1ddf554.jpg.htm][img]http://img47.xooimage.com/files/4/f/5/gran-via-1ddf555.jpg[/img][/url]
La partie centrale de la Calle de los Deseos, l'une des artères les plus animées d'Hispalis</center>


Après quelques minutes de route et de conversation, nous arrivâmes enfin sur la Plaza de la Villa, placette bien calme au cœur du centre ville, où se trouvait entre autre la mairie d'Hispalis.
Mon hôtel, El Ramero, un véritable palace, se trouvait là, en face du Couvent des Carmélites Déchaussées.


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La Plaza de la Villa et sa statue du tout premier maire d'Hispalis, Fernando Gómez de Ayala</center>