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Posté : jeu. févr. 06, 2020 11:18 pm
par Sébaldie
    • [justify][center][img]https://i.imgur.com/oYuVMvi.png[/img]
      19 avril 2041

      Nationalisés, les abattoirs de l'ancienne entreprise Carnatio abandonnent les caméras

      [img]https://i.imgur.com/bo46F3j.png[/img][/center]

      Cessant ses activités en Santogne du fait de la réforme fiscale, la société Carnatio et ses différents établissements avaient été [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=360211#p360211]rachetés par l’Etat santognais[/url] et cette nationalisation est entrée en vigueur officiellement dès le 1er janvier. Voulant faire table rase du passé, la nouvelle direction a annoncé qu’elle romprait avec les pratiques de l’ancien exploitant qui soumettaient les ouvriers à un rythme de travail effréné, au mépris bien trop souvent de règles de sécurité élémentaire. Outre une revalorisation de leur paye et de leurs droits, les ouvriers ont réussi à obtenir de leur nouvel employeur l’abandon des caméras de surveillance, jugées par le syndicat majoritaire, l’UST, comme une « humiliation ». Celles-ci avaient été obtenues sous la pression d’associations de protection animale après un scandale de maltraitance en 2032. Mal acceptées par les ouvriers, ces caméras sont selon l’Union Santognaise du Travail « une mise sous pression et une culpabilisation permanentes du travailleur, exercées au nom d’un inversement des valeurs, où le sort d’une vache émet davantage que celui d’un être humain doué un intellect ». Le lobbying exercé par les associations véganes, très actives sur les réseaux sociaux, avaient alors porté leurs fruits et les grossistes ont fini par boudé les carcasses des abattoirs Carnatio. Un changement total de gouvernance, de stratégie et de communication a alors été opéré, provoquant également une grève d’une vingtaine de jours. Les salariés avaient alors consenti aux caméras en échange d’une semaine de congés payés.

      La nationalisation de Carnatio a rebattu les cartes et les associations véganes y voient un net recul. Guilhèm Frayssinet, le député chef de file de la Fédération des Ecologistes, n’a pas manqué l’occasion pour balayer d’un revers de la main « les pleurnicheries de ces ouvriers sans amour propre qui craignent que les caméras révèlent leur incompétence crasse » et trouver « indécent le fait de porter la moindre revendication quand on a du sang sur les mains ». L’UST a annoncé qu’elle porterait plainte pour diffamation et injure publique contre le pourfendeur de « l’égologie anthropocentriste ». Des militants vegans vont jusqu’à considérer que le modèle capitaliste est le plus à même à prendre en compte la question de l’animal, si tant est que la clientèle fasse bloc et entretienne un « bad buzz » suffisamment intense, là où le modèle de nationalisation proposé par l’accord de coalition entre Teysseire et les communistes sanctuarise les sociétés rachetées par l’Etat en excluant du champ décisionnel et de pression les associations de consommateurs. Le Parti Communiste santognais accorde peu de place à la question du bien-être animal, estimant que c’est un écran de fumée dont usent et abusent fascistes et capitalistes, pour restreindre toujours plus le droit des travailleurs et les humilier d’autant plus.


      [right]Justin Cazal[/right][/justify]

Posté : ven. févr. 07, 2020 1:25 am
par Sébaldie
    • [justify][center][img]https://i.imgur.com/rVlXSZ1.png[/img]
      20 avril 2041

      « À l’âge adulte, plus personne ne devrait utiliser d’emojis »

      [img]https://i.imgur.com/iHANoy9.png[/img][/center]

      Des centaines de pouces vers le bas, de têtes colériques rouges, d’étrons et autres salières ont accompagné la décision, relayée par voie de presse, de la ville de Carméjane, de bannir de l’espace public les emojis ou « émoticônes », ces pictogrammes utilisés sur les espaces de discussions Internet pour traduire toute une palette d’émotions ou d’illustrations. Leur importance est allée crescendo au cours du XXIe siècle et ces icônes font maintenant partie de la vie quotidienne. Leur harmonisation au niveau mondial, qu’ils soient utilisés par téléphone ou Internet, indifféremment des marques, des modèles et des systèmes d’exploitation, ont largement contribué à leur diffusion. L’idée a été portée au conseil municipal après que des collégiens aient « trollé » leur professeur de gallique en insérant des « :-D » et autres « :-P » dans leurs copies. Un consensus assez large a été trouvé dans cette municipalité conservatrice pour en interdire leur représentation dans l’espace public, les reléguant à des « icônes abrutissantes constituant des troubles à l’ordre public et à l’éveil citoyen ». Mais la mairesse, Marie-Ange Jullien, se réfute de tout puritanisme : « Je suis peut-être vieux jeu mais j’ai une conception épurée du débat et j’estime qu’il est impossible de le mener avec ceux qui répondent par des « émodjis ». C’est une forme de démission, de capitulation ; en utilisant un « émodji », on cherche à résumer le débat à un concours de popularité parce qu’on est incapable de retranscrire par le texte sa pensée. C’est de la tyrannie émotionnelle ! ».

      Sa décision aura sans doute peu d’effet mais la première magistrate de la ville est convaincue de son bienfondé moral. « C’est très infantilisant, on perd un peu de son amour propre à utiliser ces icônes. Seuls les bébés expriment leur pensée par des pleurs ou en déféquant. À l’âge adulte, plus personne ne devrait utiliser d’emojis ! » assure, les bras croisés, Marie-Ange Jullien, ses trois adjoints autour d’elle hochant la tête par approbation muette. À contre-courant de la concurrence entre les grands noms de l’informatique et de la téléphone mobile qui cherchent à proposer toujours plus d’émojis, la ville de Carméjane lancera un appel d’offres pour équiper les ordinateurs et téléphones des services publics qui relèvent de son territoire d’un système d’exploitation épuré, avec lequel il sera impossible d’envoyer ou de voir des emojis. L’entreprise lébirienne Zibbibo, qui prépare actuellement la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=356550#p356550]version V de son O. S. Operativo[/url], pourrait sauter sur l’occasion et répondre à cette demande assez peu contraignante par une version aménagée pour Carméjane. D’autres concurrents pourraient sauter sur l’occasion, comme le ventélien Lianxiang ou le système caeturien [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=358139#p358139]PAH conçu Sup’Cyber[/url]. Longtemps dominant sur le marché, Altek est aujourd’hui en perte de vitesse. Et compte tenu de la rupture des relations économiques de la Santogne avec la Ligue Islamique Mondiale, le système Sharandj qui n’est pas loin philosophiquement de partager la pudeur demandée par la Ville de Carméjane, ne pourra pas participer à l’appel d’offres.


      [right]Léon Beaugendre[/right][/justify]

Posté : ven. févr. 07, 2020 8:19 pm
par Sébaldie
    • [justify][center][img]https://i.imgur.com/oYuVMvi.png[/img]
      21 avril 2041

      Toujours moins de commodités dans les quartiers riches de Forcastel-Varaunes :
      un paradoxe créé par la gentrification et la spéculation immobilière


      [img]https://i.imgur.com/JmPY0z1.png[/img][/center]

      Lorsque la famille Genest est venue s’installer dans le quartier de la Maribonne à Forcastel, c’était avant tout pour profiter de l’ambiance bourgeoise-bohème qu’il dégageait. Lui cadre supérieur, elle à la tête d’un grand réseau de clubs de yoga franchisés et leurs deux enfants se sont acheté en 2038 une demeure de 200m² avec un jardin, un bien d’exception qui leur a coûté la bagatelle de 1.2 millions ₱. Il y a encore dix ans, un tel bien aurait été vendu un tiers moins cher. Et il y a cent ans, on y logeait les ouvriers qui travaillaient dans l’automobile. Le quartier de la Maribonne, malfamé en 1940, est devenu en 2040 le quartier le plus cher de la capitale, un processus de gentrification similaire à celui de la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=342914#p342914]Grandevue[/url] à Varaunes s’étant chargé d’expulser les pauvres qui ne parvenaient plus à répondre aux loyers et aux taxes locales. Le lieu, au nord de la capitale est extrêmement privilégié, au plein cœur de la métropole Forcastel-Varaunes. Pour autant, la famille Genest regrette, trois ans plus tard leur acquisition. Eux qui espéraient par exemple jouir de la proximité des services publics en ont eu pour leurs frais. Non loin de chez eux, l’hôpital Saint-Denis accueille certes les médecins les plus réputés de Santogne mais la prise en charge est catastrophique. En cause un manque d’effectifs. Les offres d’emplois des petites mains – aides-soignants, agents d’entretien… - restent non pourvues. L’année dernière, les Genest en ont fait l’expérience au cours d’une appendicite de leur fils, Tobie : l’hôpital a été contraint de supprimer des lits et de les renvoyer vers le centre hospitalier de la banlieue sud. Comment expliquer ce personnel manquant ? Au cœur d’une importante conurbation, l’hôpital est situé dans un quartier où le loyer moyen s’élève à l’intégralité d’un mois de salaire d’aide-soignant. La grande majorité de ce personnel peu payé habite en réalité à plus d’une heure de transports en commun de leur lieu de travail.

      L’arrivée de nouveaux riches du quartier a contribué à la suppression progressive des petites épiceries pas chères et autres lavoirs automatiques au profit de « bars à algues », qui proposent notamment de boire un mojito à la spiruline. Pour autant, il serait trop facile de pointer la responsabilité de la gentrification, le phénomène est en réalité marginal. C’est celui de la spéculation immobilière qui asphyxie le quartier. Des investisseurs achètent des immeubles par centaines, qui restent toutefois vides d’activité et d’habitants, en attendant de réaliser une plus-value suffisamment conséquent. À Maribonne, on estime à 40 % la proportion de logements vacants, une « aberration » selon les conseillers municipaux de gauche, qui contribuent d’ailleurs à faire mourir l’économie locale. Faute d’habitants et donc de clients, de nombreux commerces baissent le rideau. « L’avantage, c’est qu’on peut se garer plus facilement. » ironise Baptiste Genest, qui joue nerveusement avec les clés de sa propriété. Ces spéculateurs qui, d’ailleurs, ne sont pas pour beaucoup originaires de Santogne mais de pays comme le Lorthon où le niveau de vie atteint des sommets mondiaux. Pour autant, à Forcastel comme à Varaunes, les équipes municipales restent inertes face au problème et croient en la magique loi du marché, selon laquelle les prix reviendront à des niveaux décents si l’activité économique et culturelle venait à trop souffrir. Un vœu pieux qui ne se confirme pas : dans ce quartier riche où l’on manque d’aide-soignantes et où il faut parcourir un bon kilomètre avant de pouvoir acheter une chocolatine, les prix continuent de grimper.


      [right]Tibotz Casaban[/right][/justify]

Posté : mer. févr. 12, 2020 9:37 am
par Sébaldie
    • [justify][center][img]https://i.imgur.com/iB4oEW7.png[/img]
      5 mai 2041

      Au pays du vin, on préfère de plus en plus la bière

      [img]https://i.imgur.com/RETRKe7.png[/img][/center]

      Entourés par les vignes, les Santognais plébiscitent pourtant de plus en plus la bière, c’est ce que nous apprend le dernier rapport sur la consommation de boissons alcoolisées dans le pays. En 2010, parmi les alcools consommés, 75 % étaient des vins, 20 % des bières et 5 % des spiritueux et autres alcools. Trente ans plus tard, le marché est complètement éclaté : les vins le dominent encore par défaut et de manière toute relative en représentant 45 % des boissons alors que les bières montent à 35 % et les spiritueux à 20 %. Les chiffres sont décevants pour le secteur viticole, qui est l’un des lobbies les plus puissants dans le pays, et qui espérait trouver dans la Communauté des Nations Dytoliennes un moyen d’écouler la production plus facilement. L’opération séduction n’a pas fonctionné, notamment en raison d’une jeune génération qui boude de plus en plus les cépages, qu’ils jugent vieillots, sans réel attrait et sans renouvellement. La production viticole est à vrai dire monopolisée par quelques grands domaines qui s’attachent à garder coûte que coûte leur appellation d’origine et leurs procédés de fabrication ancestraux. Les brasseries, elles, poussent comme des champignons, chacune tentant d’innover et répondre à des jeunes en perpétuelle quête de nouvelles « expériences gustatives ». L’activité brassicole est à vrai dire nettement moins capitalistique que son homologue viticole et chacun peut s’essayer à mettre au point sa propre bière locale.

      Les cépages en Santogne correspondent d’ailleurs plus ou moins aux frontières des anciens comtés, lorsque le pays était encore sous le régime féodal. Chaque noble se devait d’avoir son propre domaine viticole, notamment pour séduire le clergé à qui il offrait le vin nécessaire à la liturgie. Les évêques pouvaient d’ailleurs accorder leur soutien selon ce seul critère gustatif. Dans certains fiefs, il était en outre interdit aux indigents de consommer du « sang du Christ ». Ces derniers se rabattaient dès lors sur la bière, qui perd ainsi littéralement ses lettres de noblesse durant plusieurs siècles. Aujourd’hui encore, il n’y a que deux lieux de production proéminents : la province des moines trappistes de Canongie et les plaines du Méguès, notamment les provinces du Darbac et de Bessadière. Cette domination se vérifie toutefois de moins en moins devant l’explosion de l’offre des « bières locales », qui s’accompagne également d’une montée en gamme. L’influence grandissante des Îles Lorthon et de la Slézanie contribuent elle aussi à populariser les boissons concurrentes du vin, une quiétude que ne vient pas troubler le reste de la « Dytolie du vin », entre une Flavie retranchée derrière sa « souverainitude » et la volonté de son roi ; et une Ligue de Lébira qui connaît actuellement les affres de la guerre. Seul échappatoire pour les vignobles santognais : la demande étrangère. De plus en plus désormais, on produit pour exporter – notamment pour les pays nordiques - ce qui expose l’activité à la très instable conjoncture internationale.


      [right]Bruno Allaire[/right][/justify]