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Posté : mar. juin 29, 2010 11:18 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/24/0/a/b/himmler-y-serrano-suner-1d84dd7.gif.htm][img]http://img24.xooimage.com/files/f/d/3/himmler-y-serrano-suner-1d84dd8.gif[/img][/url]
Une photographie artistique, en noir et blanc, du général José Montalvo Súñer, coordinateur général de la Phalange, en visite au Rike du Lochlann en 2009</center>
Le général Montalvo Súñer avait fait venir Juan Pacheco dans sa demeure des environs de Filipina, à dix minutes du siège historique de la Phalange (le port maritime d'El Ferrol), afin de discuter avec lui des actions à mener dans les prochains jours dans le Royaume.
Mais, arrivé sur place, Juan Pacheco avait dû patienter près de deux heures dans l'antichambre du bureau du général, pour des raisons qu'on avait refusé de lui expliquer. Il sentait bien qu'une certaine effervescence régnait dans la maison; il croisa plusieurs des dignitaires du Parti Phalangiste, qui se contentèrent de le saluer en passant d'une pièce à l'autre.
A la fin, n'y tenant plus, il s'approche de la lourde porte lambrissée du général et colla son oreille contre le bois sombre, tâchant d'écouter ce qui pouvait bien se dire à l'intérieur. Le général Montalvo Súñer était au téléphone et semblait rire à gorge déployée.
Juan tenta le tout pour le tout, connaissant le caractère très formel et sévère du général, et entrebâilla la porte, passant juste la tête et les épaules dans l'embrasure.
- Mais naturellement, Francisco ! Bien sûr ! Bien sûr ! - s'exclama-t-il après avoir remarqué la présence de Juan. Je le lui dirai ! Toutes mes félicitations, Francisco ! A bientôt !
Le général fit signe à Juan qu'il pouvait entrer; celui-ci s'exécuta, referma la porte derrière lui et s'assit de l'autre côté du bureau du gradé lorsque ce dernier lui en donna la permission.
- Bien, Juan, j'ai de grandes nouvelles ! Don Francisco lui-même vient de m'appeler pour me dire que la Reine a officiellement autorisé par Ordonnance Royale les rassemblements et manifestations pacifiques de la Phalange, suite à la réintégration de trente mille de nos hommes qui étaient stationnés au Lochlann. Plus besoin de faire des rassemblements à la sauvette ou dans des planques connues de nous seuls : le grand jour nous attend, mon jeune ami !
- C'est en effet une excellente nouvelle, général.
- Que tu dis ! J'ai déjà un millier de projets qui fourmillent dans ma cervelle, mais je crois que nous allons commencer doucement, histoire de voir la réactivité de la société. Tu te souviens de cette manifestation illégale, il y a deux ans, entre le Palais Royal d'Occident et l'Opéra, à Hispalis ?
- Oui, bien entendu, c'est un grand souvenir pour moi. Je n'étais qu'une jeune recrue de la Phalange et je pouvais pour la première fois tenir une banderole de notre organisation entre les mains.
Et Juan Pacheco n'ajouta rien d'autre, [url=http://www.youtube.com/watch?v=hVEBHhlXQFQ&feature=related]mais lui et le général savaient comment cette manifestation avait finie[/url] : la Garde Civile avait débarqué quelques minutes après la fin de l'hymne officiel de l'organisation, Cara al sol (Face au soleil), et avait arrêté presque tout le monde, à l'exception de Juan et de deux camarades du même âge, qui s'étaient enfui à temps.
- Eh bien, mon cher Juan, vous allez faire pareil dans quelques jours, mais en beaucoup plus grand et en légal, cette fois-ci...
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/0/5/e/bandera-de-espa-a...o-aguila-1d852f9.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/f/f/a/bandera-de-espa-a...o-aguila-1d852fa.jpg[/img][/url]
Le drapeau du Numancia créé par José Antonio Primo de Rivera : l'aigle impérial y enserre un blason du pays réunissant le château à trois donjons de Romania, le lion de Parda, l'écu à bandes rouges et jaunes de Vadeable et les chaînes et l'émeraude de Filipina</center>
Posté : mar. juin 29, 2010 11:19 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>Juan Pacheco - Vie et actions d'un jeune phalangiste</center>
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/45/3/f/f/sans-titre-3-1d8370b.jpg.htm][img]http://img45.xooimage.com/files/8/1/d/sans-titre-3-1d8370c.jpg[/img][/url]
José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange numancienne</center>
Juan Pacheco n'en crut pas ses oreilles lorsqu'il entendit le général Irigarte, fidèle parmi les fidèles de Don Francisco del Ferrol (le Président du Parti Phalangiste), déclarer que la stratégie appliquée par la formation depuis sa création était mauvaise et qu'il fallait songer à la modifier totalement.
- Je n'en reste pas moins persuadé - s'exclama le général - que Don Francisco est un grand homme. C'est José Antonio lui-même qui l'a choisi pour le seconder puis pour le remplacer à la tête de la Phalange. Mais il a bien vieilli, il n'a pas vu venir l'évolution de la société et surtout de la pratique politique au Numancia. Désormais, si nous voulons compter, il va falloir passer par le circuit légal et réussir à nous attirer les grâce de la Reine.
- Mais, avec tout le respect que je vous dois, général, la Phalange est illégale, non ? Alors comment faire pour "passer par le circuit légal" ?
- Mon cher Juan, tu as beau être coordinateur de la jeunesse phalangiste, bien des choses échappent encore à ta sagacité ! - répondit le militaire en riant.
- Comment ça, général ?
- Figure-toi que depuis sa rencontre avec Augustus Carlman, le nouveau chancelier du Lochlann, la Reine a décidé de légaliser la Phalange pour en faire un détachement paramilitaire, chargé de... quelques opérations spéciales. L'on peut dire merci à Don Gregorio del Amo, cet incompétent notoire, pour avoir totalement raté l'opération en Astara ! C'est grâce à lui si une fenêtre s'ouvre maintenant pour nous !
- Vous voulez encore un peu de chapon, général ? - demanda le majordome.
- Non, ça ira bien comme ça, merci. Quoi qu'il en soit, il va nous falloir changer notre braquet.
- Comment ça, général ? - demanda Juan, inquiet autant qu'impatient.
- Nous en reparlerons plus tard, mais sache d'ores et déjà que je compte sur toi pour faire passer le changement en douceur auprès des jeunes enrôlés. Nous n'allons pas nous dénaturer, mais notre tactique risque d'en troubler plus d'un. Il faut que tout se passe au mieux, compris ?
- Compris, général.
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/b/3/6/banderafalange-1d83afb.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/7/f/d/banderafalange-1d83afc.jpg[/img][/url]
Le drapeau officiel de la Phalange : cinq flèches réunies en un faisceau</center>
En réalité, Juan n'avait rien compris. Que signifiait "changer notre braquet" dans les circonstances présentes ?
Après le repas, il attendit que le général Irigarte ait fini de passer quelques appels à des proches, eux aussi hauts dignitaires de la Phalange. Lorsqu'il revint, le jeune homme lui sauta dessus :
- Général, il faut absolument que vous m'expliquiez ce changement si troublant dont vous m'avez parlé durant le repas !
- Eh bien, vois-tu, mon petit, cela concerne les communistes - rien que ça. Je ne parle pas des pitoyables pantins du Parti Marxiste Unifié, non, je vois plus haut que ça : je vois Vladimir Kirov !
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/4/5/6/irigarte-1d83b39.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/d/4/7/irigarte-1d83b3a.jpg[/img][/url]
Un portrait du général Irigarte datant de 1999</center>
Posté : dim. juil. 11, 2010 11:42 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>Extrait du discours prononcé par Sa Majesté Sérénissime Felipe V le 26 juillet, devant la presse, au Palais Royal d'Occident</center>
[quote][...] Voir le bien, reconnaître le bien, est-ce nécessairement le suivre ?
La question s'était déjà posée dans la mythologie grecque à Hercule, comme nous le rapporte Xénophon dans ses Mémorables : au sortir de l'enfance, il lui avait fallu, à un croisement, choisir entre le chemin du vice et celui de la vertu. Ne sachant que choisir, il s'arrêta et s'assit et c'est alors qu'apparurent deux femmes, symbolisant chacune l'un de ces chemins. La première, joignant la noblesse à la beauté, n’avait d’ornements que ceux de la nature; dans ses yeux régnait la pudeur; dans tout son air la modestie; elle était vêtue de blanc. L’autre avait cet embonpoint qui accompagne la mollesse, et, sur son visage apprêté, la céruse et le fard altéraient les couleurs naturelles; la démarche altière et superbe, les regards effrontés; parée de manière à laisser entrevoir tous ses charmes, elle se considérait sans cesse elle-même, et ses yeux cherchaient des admirateurs; elle se plaisait à regarder son ombre.
Bien évidemment, la plus apprêtée des deux représentait le vice et a réussi à convaincre Hercule, affirmant que sans le réfréner, sans le brimer, sans jamais limiter sa liberté, elle le mènerait au bonheur. Elle réfuta par la même occasion, bien faiblement, les arguments pourtant convaincants de ses détracteurs qui la nommaient volupté.
Voilà la vraie figure du libéralisme : le vice, maquillé et paré, se présente sous meilleurs atours, pervertit et prétend ne jamais limiter alors qu'il réduit à l'état de loque humaine. Il ne nous laisse en vérité que la liberté de nous avilir car, soyons honnêtes : lorsque l'on nous présente la facilité vicieuse et la difficulté vertueuse, ne choisissons-nous presque pas toujours la voie de la facilité ?...[...][/quote]
Posté : dim. juil. 11, 2010 11:43 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>Extrait du discours prononcé par Sa Majesté Sérénissime Felipe V le 14 juillet, devant la presse, au Palais Royal d'Occident</center>
[quote][...] Un être humain est avant toute chose un corps, une entité physiologique avec des besoins. Et lorsque tous ses besoins sont assouvis, ce corps, alors, cesse d'être une pure entité biologique et devient un véritable être humain avec des désirs, des aspirations, des ambitions. Et un corps qui ne désire plus rien, n'aspire à plus rien, n'ambitionne plus rien, c'est un corps mourant, moribond, condamné à périr tôt ou tard.
Les nations sont pareilles aux corps : elles naissent, meurent, se développent, croissent, se montrent dynamiques ou apathiques. Les nations sont vivantes ou mourantes.
Les nations cessent de vivre, c'est un fait, lorsqu'elles n'agissent plus, se replient sur leurs acquis, n'attendent plus rien, n'espèrent plus rien, répètent comme des perroquets leur leçon, ne cherchent plus, ne développent plus... Et surtout, ce qui est pire que tout, elles ne défendent plus leur vision du monde, leur stratégie globale, leur culture.
Que dire dans ce cas de la République d'Adélie ou des Etats-Unis de Pelabssa, dont le trône est chaque jour un peu plus vacant ? Leur aboulie semble totale, un médecin parlerait quasiment de catatonie tant leur culture se meurt, dépérit en raison de leur inaction. Leur puissance ne se mesure plus qu'à la bombe atomique et à leurs divisions blindées : plus personne ne les identifie, plus personne ne les respecte, plus personne ne les craint.
Le Numancia doit au contraire désirer, travailler, parler, ambitionner : c'est à cela qu'on le reconnaîtra, c'est grâce à cela qu'il prospèrera, c'est grâce à cela qu'il sera vivant ! [...][/quote]
Posté : dim. juil. 11, 2010 11:43 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/9/3/2/a55_carelesstalk-1decaa8.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/7/3/0/a55_carelesstalk-1decaa9.jpg[/img][/url]
Le Pelabssa est un régime totalitaire : n'importe quel honnête citoyen y est la cible d'une honteuse propagande !</center>

"Felipe V nous mènera au bonheur et à la prospérité !"

"La Sainte Alliance est notre mère : ne laissez personne la bafouer !"

"Combattre pour la patrie, c'est combattre pour la famille"

"Un Roi, un peuple, une foi"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/48/2/d/0/propaganda_prozac-1decad4.gif.htm][img]http://img48.xooimage.com/files/8/b/8/propaganda_prozac-1decad5.gif[/img][/url]
Le meilleur moyen de se débarrasser des vrais rebelles en Occident ? La surdose médicamenteuse et l'asile psychiatrique !</center>

"Richard Sallinger est le nom de la bête"

"Longue vie au Parti Phalangiste !"

"Laisserez-vous les infidèles hindous massacrer les chrétiens ?"

"Henriette Coury est une fausse prophétesse : arrachez-lui sa langue de gorgone !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/9/0/8/antijapanesepropa...kedayoff-1decaf9.png.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/9/b/e/antijapanesepropa...kedayoff-1decafa.png[/img][/url]
Une honteuse affiche de propagande anti-éranéenne au Pelabssa</center>

"Célestin VI, Felipe V et Annabelle II - Le Père, le Fils et le Saint Esprit"

"Ordre, progrès et foi : telle est la devise des honnêtes gens"

"Don Enrique Bahamonde es el caudillo"

"Engagez-vous dans la Phalange !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/48/b/c/6/propaganda_shutmouth-1decb26.jpg.htm][img]http://img48.xooimage.com/files/d/9/e/propaganda_shutmouth-1decb27.jpg[/img][/url]
Le manichéisme et l'agressivité du libéralisme ne connaissent pas de limite : utilisons ses propres armes !</center>

"Fascisme ? Oui !"

"L'ennemi est partout !"

"Un bon patriote reconnaît son ennemi à son accent !"

"Ils veulent détruire notre culture : détruisons-les en premier !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/24/a/e/f/propaganda_shutmouth-1decb67.jpg.htm][img]http://img24.xooimage.com/files/0/2/4/propaganda_shutmouth-1decb68.jpg[/img][/url]
L'araignée adélio-pélabsienne file impitoyablement sa toile en Alméra occidental, mais l'aigle impérial numancien la bloquera !</center>

"Prie, travaille et combats"

"L'instruction et la culture sont les meilleurs armes contre l'ignorance libérale"

"Le Numancia est le Royaume de Dieu !"

"Les vrais ennemis ne sont pas des ethnies : ce sont des idées !"
Posté : dim. juil. 11, 2010 11:44 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/45/e/2/e/liberators-kultur...a-poster-1deac2f.jpg.htm][img]http://img45.xooimage.com/files/1/f/8/liberators-kultur...a-poster-1deac30.jpg[/img][/url]
Le "libérateur" capitaliste</center>

"Le libéralisme sème la mort, le phalangisme en vient à bout !"

"Felipe V est la lumière, le chemin et la vie : il vous sauvera de l'hérésie pelabssienne !"

"L'Adélie est une nation de marchands et de petits boutiquiers : il faut s'en méfier comme de la peste !"

"La Sainte Alliance est le dernier rempart d'Alméra occidental ! Célébrez vos preux chevaliers qui vont en Croisade contre le capitalisme sauvage et corrompu !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/b/5/6/755px-william_hogarth_032-1deae49.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/b/1/7/755px-william_hogarth_032-1deae4a.jpg[/img][/url]
Un peintre adélien représente sa société prétendument évoluée en plein XIXème siècle... et la satire n'est pas loin !</center>

"Contre la marchandisation de l'individu, contre l'oubli des valeurs, contre le mépris de la religion : le Numancia est là !"

"L'antéchrist s'appelle McDonald's !"

"Entre l'étau nihiliste et le marteau libéral, résistez, votez pour Don Enrique Bahamonde !"

"C'est la traîtrise progressiste qui a gagné la Guerre de l'Altevum : ne faites pas confiance à la vipère Rajoy !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/24/6/b/d/propaganda_quiet-1deafbf.jpg.htm][img]http://img24.xooimage.com/files/e/3/3/propaganda_quiet-1deafc0.jpg[/img][/url]
Voilà la place que l'on réserve au citoyen pelabssien malgré les beaux discours !</center>

"Jack Nikelson commande, Richard Sallinger obéit, Prabhakar Karikottil fait la sale besogne !"

"Felipe V et Annabelle II vous délivreront des mauresques des nouveaux temps : les libéraux !"

"Soutenons le Pacte de Novgorod : plutôt rouges que capitalistes !"

"Le libéralisme, c'est la loi de la jungle. Optez pour l'ordre et la sécurité, optez pour les phalangistes !"
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/41/d/1/a/garoto_propaganda15-1deb11d.jpg.htm][img]http://img41.xooimage.com/files/5/2/c/garoto_propaganda15-1deb11e.jpg[/img][/url]
Qu'elle est belle la belle natalité des libéraux !</center>

"Les nations libérales décadentes sont en voie de dépeuplement. La femme numancienne, elle, reste fertile !"

"¡No pasarán los liberales: pasaremos!"

"Le Roi est le seul maître à bord après Dieu !"

"Ils veulent tuer Dieu : chassez les déicides !"
Posté : sam. août 21, 2010 8:53 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/20/e/a/1/bureau_president_conseil_co-135058c.jpg.htm][img]http://img20.xooimage.com/files/1/d/5/bureau_president_conseil_co-135058d.jpg[/img][/url]
Le bureau privé de Sa Majesté Sérénissime</center>
Le Roi se tenait face à la fenêtre qui se trouvait derrière son bureau, contemplant les Jardins de Bettini, conçus et réalisés par l'architecte tripicien éponyme, Intendant Général des Jardins de Felipe II et Felipe III, qui avait grandement embelli les abords extérieurs de l'imposante bâtisse.
Les mains croisées dans le dos, il ne cessait de piaffer et de soupirer, visiblement exaspéré et ennuyé.
Au bout de dix minutes sans parler, il finit par rompre le silence :
"Je suis plus qu'embêté par toutes ces sombres histoires de coucheries, vous le savez, je pense ? A titre personne, je n'en ai strictement rien à faire, mais l'affaire prend un tour politique plus que déplaisant. Même la Rostovie nous critique, et peut-être à raison. J'exige des explications.
- Mais que puis-je vous dire, Votre Majesté ? Je ne suis responsable de rien, ce sont les médias, notamment étrangers, qui ont tout monté en épingle !"
Assis face au bureau, l'interlocuteur du Roi tâchait de contenir la gêne et l'angoisse qui l'envahissaient. Le monarque n'était ni très âgé, ni très grand, ni très imposant physiquement, mais il réussissait à produire, en bien ou en mal, une très forte impression sur tous ceux qui croisaient sa route.
"J'aimerais tout d'abord avoir une réponse à cette question - dit Felipe V en se retournant -, les médias ont-ils raison à propos de cette rumeur ?
- Mais... je croyais que cela ne vous intéressait pas à titre personnel ?! - glapit Sergio Gorjón.
- Je vous l'ai déjà dit, cela ne me concerne pas moi mais le Numancia et ses relations avec d'autres pays, dont la Rostovie et le Tripi. Répondez-moi, vous aurez l'assurance que la réponse ne sera pas divulguée : le droit à la vie privée est un devoir dans ce pays, sauf en cas de nécessité d'État - et il me semble que si nous n'y sommes pas encore, nous allons y arriver incessamment, au train où vont les choses. Alors répondez-moi, êtes-vous oui ou non homosexuel ? Avez-vous oui ou non une relation avec Diego Rivera ?
- Je suis vraiment obligé de répondre, Votre Majesté ?
- Oui ! Et vous avez intérêt à me dire la vérité, je détecte très vite les petits malins qui essayent de me mentir...
- Si je dois dire la vérité, alors la réponse aux deux questions est "oui".
- Bien, parfait, j'aime votre franchise.
- Mais je ne vois pas ce que apporte à tout cela ?
- Croyez-moi, mon cher Sergio, ça va nécessairement conditionner la façon dont je vais aborder politiquement tout ça...
- Parce que c'est un sujet politique ?
- Lisez-vous de temps en temps les journaux ? Vous devriez, si ce n'est pas le cas, vous vous rendriez compte que ça l'est, et plus que je ne le voudrais...
- Que dois-je faire, alors ?
- Je crois avoir compris, d'après mon dernier coup de fil à votre entraîneur, que vous allez prendre un week-end de repos à Ademtown, c'est cela ?
- Oui, c'est cela même.
- Puis-je vous demander avec qui ?
- Comment ça avec qui ?
- Vous m'avez très bien compris, Sergio.
- Je crains que non !"
Le Roi tapa alors du poing sur la table; ce dernier atterrit sur son cendrier en verre, le brisant net du même coup, ce qui ne manqua pas de lui entailler légèrement le revers de la main.
Il le constata sans broncher et appuya sur le bouton de son interphone.
"- Amalia ?
- Oui, Votre Majesté ?
- Une fois cette entrevue terminée, vous ferez venir un infirmier de mon service privé pour qu'il vienne me faire un bandage à la main.
- Bien, Votre Majesté."
Le Roi se contenta alors d'un mouchoir pour éponger le mince filet de sang qui coulait de sa main.
"Vous... vous allez bien, Votre Majesté ? demanda timidement le footballeur.
- Très bien, merci, ne vous occupez pas de ça. Bien, que les choses soient claires : je n'ai pas encore complètement perdu la tête et ne suis pas devenu un tyran sanguinaire - quoique... Néanmoins, je réitère la question : avec qui allez-vous passer ce week-end à Ademtown ?
- Avec...
- Oh, ne faites plus tant de manières, maintenant !
- Avec Diego.
- Bien. C'est ce que je pensais - répondit calmement Felipe V.
- Et... ?
- Eh bien de deux choses l'une : ou il reste à Hispalis, ou c'est vous qui y restez.
- Pardon ?
- Arrêtez de me demander "Pardon ?" quand vous avez très bien compris ce que je vous dis, bordel !
- Et... et si je refuse ?
- Oh, bien sûr, vous pouvez toujours refuser. Et en temps normal, je ne vous aurais contraint à rien du tout; mais là, il en va de la raison d'État, mon cher. Croyez-moi, que vous soyez avec lui ou pas... qu'est-ce que ça peut me faire ? Mais ni le Tripi, ni la Rostovie ne l'entendent de cette oreille-là, et vous comprendrez que dans le premier cas, je ne peux pas vous laisser gâcher votre carrière internationale pour une telle histoire - car au fond, vous représentez le Numancia conquérant et talentueux à l'étranger - et que, dans le deuxième, je ne peux pas me permettre une brouille avec Novgorod, bien que Kirov soit un type plus qu'odieux et que la Rostovie mérite mieux que lui.
- Je...
- Oh, taisez-vous ! - le coupa le Roi. Je ne veux plus vous entendre ! Obéissez-moi et sortez, maintenant !"
Sergio Gorjón sortit du bureau privé du Roi, à la fois dépité et meurtri par le tour que prenait cette affaire. Un infirmier entra immédiatement et vint bander la main du Roi après l'avoir désinfectée.
Ce dernier, lorsque son aide-soignant fut parti, s'empara du combiné de son téléphone et composa rapidement un numéro.
"Allô, Don Romano ?... Oui, c'est moi-même ! J'ai eu une entrevue avec le jeune Sergio Gorjón... Non, tout n'est pas réglé, et vous savez très bien que je ne "règlerai" pas tout; je vous interdis d'ailleurs de le faire vous-même. Mais en revanche, je vais essayer de vous assurer la paix et la meilleure publicité possible..."
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/49/9/b/b/green-11fd47f.jpg.htm][img]http://img49.xooimage.com/files/6/2/6/green-11fd480.jpg[/img][/url]
Sergio Gorjón à la sortie du Palais Royal d'Occident, photographié par un journaliste qui l'avait vu y entrer...</center>
Posté : sam. août 21, 2010 8:54 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/20/e/a/1/bureau_president_conseil_co-135058c.jpg.htm][img]http://img20.xooimage.com/files/1/d/5/bureau_president_conseil_co-135058d.jpg[/img][/url]
Le bureau privé de Sa Majesté Sérénissime</center>
Sa Majesté Sérénissime Felipe V était au téléphone avec Don Rodrigo Sagunto, qui lui donnait des nouvelles plus précises du front en Quem, où les coalisés loyalistes, almérans et astariens, étaient en déroute face à la puissance de feu et à la stratégie numanciennes.
Après plus d'une heure de discussion, il reçut un double appel et laissa le chef de son état-major en suspens. C'était le Ministre des Affaires Étrangères, Don Pedro de Tormes y Alvarfáñez, qui l'appelait visiblement en urgence.
- Votre Majesté ? J'ai une excellente nouvelle à vous annoncer. Nous pouvons lancer l'Opération Saltimbanque plus vite que prévu, les récentes inflexions internationales nous le permettent.
- Vous êtes sûr que ce soit le bon moment, Don Pedro ?
- Plus que jamais, Votre Majesté. Lorsque nous avons planifié "Operación Saltimbanqui", nous ne pensions pas être en mesure de la réaliser aussi rapidement. Il se trouve que la tentative de retour du Pelabssa sur la scène internationale, conjuguée à la récente "ouverture" venant de la part de Carlos Ier, nouveau souverain de l'Astara, mais également notre conflit en Quem, vont nous permettre d'agir beaucoup plus sûrement et rapidement. Mais il nous en faut l'autorisation officielle de votre part...
- Je suis pour le moins sceptique, Don Pedro. Nos services secrets sont-ils opérationnels à l'heure actuelle ?
- Ils le sont, Votre Majesté.
- J'en ai votre assurance ?
- Vous avez plus : vous avez ma parole, Votre Majesté.
- Le Ministre de la Défense, José Montalvo Súñer, a-t-il reçu l'ensemble des documents ?
- Je m'en suis chargé; il m'a contacté il y a une heure pour me dire qu'il n'avait plus qu'à enclencher le processus.
- C'est parfait, dans ce cas, vous avez carte blanche.
- Bien, Votre Majesté. A bientôt.
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/b/2/9/1e37d70.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/7/9/f/1e37d71.jpg[/img][/url]
Don Pedro de Tormes y Alvarfáñez, Ministre des Affaires Étrangères du Numancia</center>
Posté : sam. août 21, 2010 8:54 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/42/e/5/6/bureau_ministre-1e6a75a.jpg.htm][img]http://img42.xooimage.com/files/d/2/3/bureau_ministre-1e6a75b.jpg[/img][/url]
Le bureau du Ministre de la Culture et de l'Éducation du Numancia, Don Carlos Molina de Vega</center>
Dans le cadre de sa politique de rigueur budgétaire concernant les frais politiques et ministériels, Sa Majesté Sérénissime faisait le tour des ministères d'Hispalis et de leurs principales antennes en province. Il rendait aujourd'hui visite au Ministre de la Culture et de l'Éducation, Don Carlos Molina de Vega, qui faisait figure d'élève brillant concernant la sobriété et l'efficacité, bien qu'aucun serviteur de la Couronne ne fût un cancre en la matière et ne dilapidât les richesses publiques.
Ce que personne ne savait en dehors du Roi, du Ministre et de quelques conseillers du Palais Royal d'Occident, c'était que la visite de Felipe V avait également un autre objectif qui fut abordé dès lors que les deux hommes se retrouvèrent seuls dans le bureau ministériel...
- Vous avez eu connaissance, j'imagine, des chiffres du dernier sondage concernant la popularité de la Sainte Alliance auprès de mes sujets, Don Carlos, n'est-ce pas ?
- Tout à fait, Votre Majesté, et à mon grand regret, ils sont alarmants.
- C'est le moins que l'on puisse dire, Don Carlos. Je ne comprends d'ailleurs pas moi-même d'où vient ce mécontentement... ou plus exactement, si, je le comprends. Ce que je voulais dire, c'est que les résultats positifs sont là, pour le moment, et qu'un peu de positif à l'heure actuelle ne peut pas nous faire de mal. Mais le Thorval s'est entêté et va couronner contre vents et marées ce chien de Karikottil... Que la Reine assiste en personne ou non à ce sacre, que seul le primat du pays soit impliqué dans cette affaire strictement confessionnelle, le geste est suffisamment scandaleux et symbolique pour que mes sujets se voient une fois de plus déçus dans leurs aspirations et leurs espoirs. J'avoue de toute façon ne pas être loin de partager leur immense désillusion...
- Votre Majesté, le pire est malheureusement à venir concernant la Sainte Alliance : si cette affaire ne trouve pas une résolution rapide - et cela ne pourra se faire qu'à l'initiative du Thorval -, nous courrons droit au devant de grands dangers. Nous ne pourrons pas très longtemps tenir sur nos épaules une alliance dont le peuple ne veut plus. Quarante-trois pour cent des Numanciens semblent encore approuver cette coalition, mais la proportion des mécontents, c'est-à-dire de ceux qui souhaiteraient une rupture pure et simple de l'alliance, augmente de jour en jour, et ce même si notre puissance économique et politique s'est nettement accrue ces derniers temps grâce à la Sainte Alliance.
- Vous avez raison, Don Carlos, je ne le sais que trop bien. Mais qu'est-ce qui va pouvoir nous sortir de ce pétrin ?
Sans répondre à la question rhétorique du souverain, le Ministre ouvrit un tiroir à la droite de son bureau, en sortit un ouvrage d'une centaine de pages et referma le tiroir.
- Vous voyez, Votre Majesté, à la fois par goût personnel et du fait de ma fonction de Ministre de la Culture et de l'Éducation, j'ai à me tenir informé des sorties les plus importantes dans nos librairies. Et ce livre, rédigé par un politologue de l'Université d'Emerita Augusta, Don Pedro Alaminos, a piqué ma curiosité quand je l'ai vu dans le catalogue des dépôts légaux de la Bibliothèque Nationale. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu par son contenu, ou plus exactement que la pensée de l'auteur a été à la hauteur de la couverture...
- Quel est son titre ?
- Les Trois trahisons du Numancia, Votre Majesté. Si vous me permettez, je vais vous en faire un petit résumé et vous verrez rapidement quel est le rapport avec la situation qui nous occupe...
- Allez-y, Don Carlos, je vous en prie. J'ai tout mon temps et je sais que vous vous plaisez toujours à résumer et à synthétiser, exercices dans lesquels vous excellez, il est vrai...
- Merci, Votre Majesté. Soyons tout d'abord clairs : Don Pedro Alaminos est comme tous les Numanciens, idéaliste et pessimiste. Sa pensée n'en est pas moins concise, compréhensible et brillante.
L'auteur part d'un constat simple : le Numancia ne s'est pas réellement sorti de sa profonde crise généralisée des mois d'avril-juin derniers. Le changement de "personnel politique" (depuis le gouvernement et la majorité parlementaire jusqu'aux présidents des formations politiques en passant par le rôle-clef du monarque) a permis de momentanément donner le change, faire comme si tout était effacé. Mais au fond, au bout d'à peine deux mois de législature phalangiste, il faut se rendre à l'évidence : même si les nationalistes sont vraiment les seuls à même de mener la barque, l'austérité et la déception sont de rigueur.
- Et pour quels raisons, Don Carlos ?
- Elles sont nombreuses.
La première d'entre elles tient au profond discrédit qu'a enregistré le Numancia parmi les pays libéraux depuis la brusque volte-face de feue Isabel Ière dans l'affaire de la Guerre de la Péninsule. Si les pays libéraux sont nos ennemis depuis assez longtemps, nous jouissions dans leurs rangs d'une certaine crédibilité qui faisait de nous des partenaires au moins respectables. Depuis ce "grand chambardement", comme on l'a appelé à l'époque, nous avons perdu tout prestige aux yeux des capitalistes occidentaux. Cela dit, dans un contexte de tensions internationales et de fortes inimitiés, une telle réaction était somme toute logique.
Ce qui est mille fois plus inquiétant, c'est qu'en réalité, nous avons perdu toute crédibilité et tout prestige parmi nos alliés mêmes. Pour Don Pedro Alaminos, la Rostovie n'aide le Numancia que dans la mesure où cela sert ses intérêts : il ne s'agit pas là d'un aspect isolé de l'amitié numanco-rostove, c'en est le cœur même. Dès lors que Novgorod n'aura plus besoin d'Hispalis, elle s'en débarrassera d'un revers de main.
- C'est aussi ce que vous pensez, Don Carlos ?
- J'en parlerai à la fin de mon résumé, Votre Majesté. Par ailleurs, les trois fameuses trahisons du Numancia reposent d'une part sur les épaules du Lochlann, qui s'est montré sourd à toutes nos demandes de rencontre politique officielle, finance largement nos ennemis libéraux (dont le Wapong, provisoirement allié) et, d'après nos services secrets, agirait même dans le but de détruire la coalition en guerre contre notre pire ennemi, l'Astara, dans la Seconde Guerre de l'Altevum. Autant dire que nos relations avec Jarrstad sont pure poudre aux yeux et que nous en pâtissons plutôt que nous n'en bénéficions.
- Cet auteur, ma foi, a plutôt raison sur ce point...
- En effet. Mais les deux autres trahisons du Numancia, et c'est encore plus grave, sont imputables pour l'auteur au Royaume du Thorval, qui a lâchement abandonné le Numancia dans un moment critique de la Guerre de l'Altevum puis, après avoir fait mine de se réconcilier avec nous, a accepté le sacre sur son territoire et par son primat catholique du futur roi de l'Astara...
- Malheureusement, Don Carlos...
- Don Pedro Alaminos ajoute, pour parachever le tableau, qu'aujourd'hui, parmi nos alliés, seuls ceux qui nous sont encore inférieurs économiquement et politiquement, comme le Kirep ou la Cubalivie, nous traitent comme un partenaire respectable. Mais dès lors qu'une nation, même alliée dans notre vision géostratégique, devient virtuellement plus puissante que nous, elle nous dédaigne : c'est le cas typique du Sionving, qui n'a jamais daigné terminer les négociations politiques et économiques avec Hispalis, et ce malgré notre insistance. Le cas du Sionving, pour le politologue, révèle d'ailleurs à quel point notre retour en force ces deux dernières années s'est construit sur un simple feu de paille : nous avons été presque totalement supplantés comme protagoniste des pays émergents par cette puissance expansionniste, démographique et militaire.
- Le cas du Sionving, il est vrai, mobilise bien davantage la presse internationale que celui du Numancia, actuellement...
- C'est le cas, Votre Majesté, et certains commencent même à parler d'un "effet de mode éphémère" nous concernant ! Mais cela va encore plus loin : pour Don Pedro Alaminos, alors que nous parvenions encore à rayonner culturellement dans le monde entier jusqu'à peu, le Kirep et la Cubalivie, par leur petite "guerre des professeurs", polarisent aujourd'hui l'attention et ont totalement détourné de nous les regards de pays émergents comme le Wapong.
Et ce dernier possédera sans doute peu de temps après nous l'énergie atomique - le Lochlann financerait en effet activement un programme dans ce sens auprès des autorités wapongaises -, ce qui annulera complètement notre avantage en la matière : si le Wapong ne s'en mêlait, nous serions pour un bon bout de chemin la seule puissance émergente à faire tourner une centrale nucléaire !
- Et le cosmodrome rostov de l'Isla del Perejil ?
- Il va tarder, et c'est logique : il verra le jour au mieux dans deux ans. En attendant, aucun économiste numancien n'est d'accord avec son voisin concernant les effets que cela aura sur nos capacités politiques et économiques ainsi que sur notre prestige national.
- Comment l'auteur nous achève-t-il, Don Carlos ?
- D'une façon assez cinglante, Votre Majesté, je le crains : il commence par constater que, si nous sommes aujourd'hui la neuvième puissance économique mondiale, nous ne pouvons plus nous appuyer sur une croissance annuelle conséquente (l'objectif des 7% a été largement revu à la baisse pour 2012, ce qui constitue de l'aveu général une grosse déception pour le Numancia), ce qui va réduire notre dynamisme intérieur et extérieur. Par ailleurs, malgré les plans de relèvement et les investissements colossaux que nous avons consentis à ce sujet, nos forces armées restent ridicules. Notre marine, par exemple, malgré les récentes manœuvres en Mer Adélienne, assure aujourd'hui à peine la couverture de nos côtes. Le redressement véritable de notre armée va prendre énormément de temps et coûter des sommes folles dont nous ne sommes même pas sûrs de pouvoir les avancer pour l'avenir.
- Et le peuple, dans tout cela, Don Carlos ?
- Pour Don Pedro de Alaminos, le peuple numancien s'est laissé aller, face à tant de mauvaises nouvelles, à ses tendances naturelles : refuge dans la religion, le spectacle et la culture; pessimisme général; absence totale de perspective d'avenir; mécontentement et désespoir. Si le facteur psychologique ne fait pas tout dans une nation, il joue néanmoins dans une marge non négligeable. Je crois que nous n'avons pas fini de mesurer, par ailleurs, l'impact considérable qu'a eu la défaite lors de la Guerre de l'Altevum, tant d'un point de vue national qu'économique ou politique. Il est inutile de retourner le couteau dans la plaie et de rappeler que nous avons été vaincus par plus faible que nous, mais tout cela a considérablement joué dans un pays qui n'a plus gagné une guerre depuis trois siècles, a énormément décliné en trois cents ans et commençait tout juste à sortir la tête hors de l'eau lorsqu'une main étrangère est venu l'y enfoncer à nouveau.
- Et vous partagez donc cette analyse désastreuse, Don Carlos ?
- Totalement, Votre Majesté, totalement...
- J'avoue ne pas être loin non plus de la partager...
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/43/d/a/9/jorge.semprun-1e0fd2a.jpg.htm][img]http://img43.xooimage.com/files/7/8/7/jorge.semprun-1e0fd2b.jpg[/img][/url]
Un portrait de Don Carlos Molina de Vega</center>
Posté : sam. août 21, 2010 8:55 pm
par Ramiro de Maeztu
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/49/d/a/d/st-jean-de-latran-1c9e126.jpg.htm][img]http://img49.xooimage.com/files/6/e/f/st-jean-de-latran-1c9e127.jpg[/img][/url]
La nef centrale du Tempe Réformé Central d'Hispalis</center>
Cette visite n'était pas prévue à l'agenda de Sa Majesté Sérénissime mais elle avait subitement ressenti le besoin de converser avec le Haut Représentant du Culte Calviniste, Don Felipe Haz de los Amos.
La presse n'ayant pas été prévenue, sa limousine noire put se frayer sans trop de souci un chemin dans la ville avant d'arriver derrière l'immense bâtiment, dans les jardins privés du temple, où le clerc attendait déjà le Roi. Il avait en effet été prévenu par téléphone trois quarts d'heure auparavant.
Rapidement, le Roi se dirigea vers le Haut Représentant du Culte Calviniste, qui l'embrassa chaleureusement, puis ils marchèrent tous deux, en devisant de sujets sans conséquence, vers la maison du vieil homme.
Une fois dans le salon, ce dernier prépara un café qu'il servit dans deux tasses, puis ils se mirent à discuter plus sérieusement.
- J'ai senti au son de ta voix que ça n'allait pas, Felipe. Tu as bien fait de venir jusqu'ici. Dieu est toujours d'un grand réconfort.
L'on avait dit au Roi que Don Felipe Haz de los Amos était quelqu'un de profondément proche, détendu et qu'il avait l'habitude de tutoyer tout le monde, y compris le Roi, malgré son rôle théologique éminemment important.
- J'ai... des soucis, des questions, des interrogations, Don Felipe. Certains de ces sujets d'inquiétude sont proprement métaphysiques, d'autres trouvent leur origine dans le rôle qui m'est propre.
- C'est naturel et je suis là pour t'écouter sur les deux. Je ne suis pas un conseiller du Palais Royal ni même un grand spécialiste de géostratégie, de politique ou d'économie. Mais j'ai assez d'expérience et de lectures derrière moi pour te donner mon avis.
- Croyez-vous, Don Felipe, que Dieu ait totalement abandonné cette terre ? Croyez-vous qu'il laisse, malgré tous les préceptes qu'il nous a dispensés par la bouche du Christ ou de ses prophètes, se faire le mal, triompher le malin et souffrir l'innocent ?
- Ah, Felipe, c'est une bien vieille question tant de fois étudiée et retournée par tous les théologiens : si Dieu est omnipotent, pourquoi laisse-t-il faire le mal ? Nous avons fait le choix, par le péché originel, de gérer notre monde. Cela ne signifie en rien que nous devions baisser les bras, laisser le mal triompher comme si cela était inévitable. Rappelle-toi la parabole des cinq talents : il nous incombe de faire advenir chaque jour, sur terre, par notre travail et notre acharnement, le Royaume de Dieu.
- Mais si nous échouons ? Si, malgré tout nos efforts, cela n'est pas concluant ?
- Souviens-toi de même des sages paroles de l'Ecclésiaste : tout est vanité. Cela ne veut pas dire que nous devions tout laisser choir, comme si rien n'avait d'importance et rien ne devait aboutir. Fais ce que dois, advienne que pourra, dit le proverbe, et c'est finalement un excellent résumé de la pensée biblique : contente-toi de faire ton travail dans les règles de l'art, de mettre toutes les chances de ton côté... mais remets-en-toi à la Providence divine pour ce qui est de l'échec ou de l'insuccès dudit travail.
- C'est donc la Providence divine qui décide de porter aux nues l'injustice ?
- Le plan de Dieu, Felipe, est plus complexe que tu ne le crois. Parfois, il arrive que l'injustice triomphe, en effet, et que rien ne puisse être fait dans l'immédiat pour terrasser le Malin. Mais à toute chose, malheur est bon. C'est bien après coup que le triomphe du juste survient, et il n'en est que plus éclatant. Quelque chose en particulier te taraude-t-il à ce sujet ?
- Oui, c'est la guerre de la coalition tiers-mondiste contre l'Astara...
- Ah, j'aurais dû m'en douter. Sache en tout cas, Felipe, que la lâcheté, le déshonneur et le cynisme ne triomphent jamais durablement. A la fin, tu le verras, c'est la noblesse d'esprit, c'est l'idéalisme, c'est la supériorité des visées qui l'emportent. Mais il faut être patient : c'est une vertu cardinale ! Tôt ou tard, les autorités astariennes, coupables de bien des crimes, recevront leur juste châtiment. Et si ce n'est pas cette fois-ci, ne t'inquiète pas, cela arrivera bien assez vite : le méchant se croit toujours tout-puissant, invulnérable, invincible. Sa déchéance n'en est que plus humiliante. La Providence divine s'occupe toujours, d'une manière ou d'une autre, de rabaisser l'orgueil de l'injuste : c'est inévitable. La justice divine a systématiquement le dernier mot, je peux te l'assurer; ce ne sont pas de grands mots en l'air, je l'ai vécu à plusieurs reprises dans ma vie et ai donc une totale confiance en Dieu.
- J'aimerais avoir votre confiance, Don Felipe, mais je doute...
- Le doute est naturel, nous doutons tous de nous-mêmes, des autres ou du sort. Mais si nous pouvons douter des réalisations humaines, toujours imparfaites et incertaines, nous ne devons pas douter de Dieu : sa perfection seule devrait suffire à nous rassurer. Le doute en Dieu est l'arme la plus puissante du diable, Felipe, comprends-le bien.
Il te faut apprendre (et tu le peux encore à ton âge) à accepter ce qui arrive après avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir : en Dieu, remets ce sur quoi tu n'as aucune prise. C'est la voie de la sagesse et de la foi.
<center>[url=http://le-monde-de-selenia.xooit.com/image/44/7/d/0/jean-medard-1893-1970-1e59f93.jpg.htm][img]http://img44.xooimage.com/files/2/e/a/jean-medard-1893-1970-1e59f94.jpg[/img][/url]
Une photographie de Don Felipe Haz de los Amos, Haut Représentant du Culte Calviniste, datant des années 1960</center>