Posté : ven. févr. 22, 2013 6:09 pm
<center>Départ
[url=http://www.youtube.com/watch?v=KzmJDCI4kOA]Musique : (CLIQUABLE)[/url]</center>
Mattiew Fronch regarda l'heure à sa montre. 13H41. Dans exactement deux heures l'avion à destination spéciale de Rostovie décollerait. Un vol spécifique uniquement composé des chercheurs allant travailler sur le projet d'Intelligence Artificielle rostove. Encore une heure avant de partir, et une en plus avant le décollage, de quoi terminer de lire quelques rapports et de coordonner le tout. Un travail long et peu passionnant mais utile et satisfaisant aux yeux du Responsable National. Quelques lignes, conseils de forme, notes de communication inter-projets.
Déjà 14H27, plus qu'une heure et quart. Il vérifia que sa valise était bien prête, l'attendant dans le hall d’accueil sous les soins de l'employé chargé d’accueil. 14H37, 4 minutes d'avance sur son horaire. Il sortit de son bureau le pas léger, arpentant les couloirs vers l’ascenseur tridimensionnel qui le ramènerait vers la sortie. Il s’arrêta quelques instants pour contacter Justice Clavez via son téléphone portatif.
« Bonjour, ici Mattiew Fronch, où êtes-vous citoyenne Clavez ? »
« Bonjour ici bien Justice Clavez, je suis déjà à l'aéroport Responsable National Fronch. »
« Merci, je vous y rejoins immédiatement. Que la Raison soit avec vous. »
« De rien, avec vous aussi. »
Il coupa la communication puis reprit sont chemin. Il sentait pourtant que quelque chose clochait, sans pouvoir dire quoi. Il se trouvait maintenant à seulement quelques couloirs de l’ascenseur, soit tout au plus une centaine de mètres. Une question lui vint à l'esprit. Pourquoi une suractivité aujourd'hui ? Quasiment tout les rapports étaient arrivés bien plus tôt que la normale. Quasiment... ? Non, tous. Le Responsable National stoppa net. Une pendule dans le coin de son champ de vision avait par habitude attiré son regard. 14H57. Ça n'allait pas. Il remonta brusquement sa manche pour regarder sa montre. 14H42. Sa montre retardait de quinze minutes ! Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? Mattiew recalcula rapidement son temps de trajet. Il pouvait atteindre l'aéroport à temps, mais avec seulement 5 à 10 minutes d'avance. 15 à 20 s'il arrivait à dépêcher un taxi diplomatique pour « urgence diplomatique ». Lieu top secret, les Rostovs voulaient éviter les complications : un seul avion, un seul groupe. Il n'y aurait pas de second départ.
Il s'engouffra dans l’ascenseur et composa de ses doigts tremblants les coordonnées des bâtiments d’accueil, et donc de sortie. L'ascenseur commença une lente ascension, rassurant ainsi l'ex Administrateur National. Les bureaux qu'il venait de quitter se situaient à moins d'un kilomètre sous terre, il serait rapidement remonté. Il regardait les chiffres défiler inlassablement sur le compteur. -800m. -700m. -600m. -500m. -400m. Il s'approchait, lentement mais sûrement, du bon niveau. -200m. -100m -50m. Soudain l’ascenseur s'immobilisa. Une voix désincarnée annonça :
« Niveau -50 mètres. Maintenance en cours sur le rail de module de transport tridimensionnel. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser du dérangement occasionné et vous prions de changer de module de transport. »
« Merde! »
Mattiew Fronch appuya frénétiquement sur le bouton d'ouverture des portes et se glissa entre elles lorsqu'elles commençaient à s'ouvrir.
<center>[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2013/08/1361556280-int1.jpg[/img]</center>
Il regarda furtivement autour de lui. Pas d’ascenseurs en vue. Sur le mur, une icône de plan holographique ! Il l'activa. Un plan en trois dimension s'alluma, projetant une légère lumière bleutée. 15H05. Le temps pressait, il avançait, inexorablement. Le scientifique repéra rapidement un ascenseur non loin de la, à quelques couloirs. Il s'en approcha à grandes foulées. Il n'était plus qu'à quelques pas quand soudain une alarme retentit, ainsi qu’une voix désincarnée.
« Initialisation de l'exercice d'urgence en cours. Veuillez ne pas bouger pendant la mise en place de la procédure. Veuillez rester groupés et respecter les consignes de survie apprises lors des formations précédentes. »
Un exercice sans qu'il en ait été averti ? Impossible, le règlement stipulait d'envoyer des mémos à tout les employés du complexe pour un exercice d'une telle ampleur ! Les plus longs pouvaient durer jusqu'à une semaine si vous travailliez dans les niveaux les plus en profondeurs.
Sa réflexion fut interrompue par l’arrêt brusque de la réception électrique dans le complexe. Prudemment, à tâtons, il essaya de continuer dans le bâtiment à la recherche d'un escalier. En effet l'ascenseur l'avait déposé à l'entrée d'un bâtiment mais non d'une passerelle de maintenance, rendant impossible l'accès à d'autres lieux sans celle-ci. En effet les bâtiments n'étaient que des assemblages mobiles de panneaux et autres structures, maintenus en l'air et non posés sur un sol. Or pour trouver un accès de service il devrait traverser au moins la moitié du bâtiment.
Progressivement, les innombrables moteurs auxiliaires démarrant à grands bruits, de faiblardes lumières rouges s'allumèrent. Il s'agissait d'un bâtiment de maintenance et sécurité, il dût donc parfois user de son ADN (prélèvement sanguins infimes de l'index, remplaçant les cartes personnelles) afin d'aller au plus court, encore qu'il ne pût pas l'utiliser sur toutes les portes. Après plusieurs détours il arriva enfin à une porte de service et pu enfin emprunter les passerelles de maintenance.
<center>[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2013/08/1361556398-int4.jpg[/img]</center>
Après plusieurs montées rapides de marches il arriva à une porte menant dans le hall d'entrée, à la surface. Derrière la vitre opaque , la lumière du jour était visible au loin à l'entrée du hall. Il appliqua son index sur l'appareil de prélèvement.
« Mattiew Fronch : Accès refusé... »
« Quoi ?! »
« … Vous devez suivre le protocole et vous rendre dans la salle centrale de rassemblement. Vous n'êtes pas autorisé à sortir lors des phases d'exercices. S'il advenait que la salle de rassemblement fut inutilisable nous vous informons que l'ensemble des bâtiments présents, sous couvert d'une utilisation judicieuse, peuvent servir de salles de rassemblement. »
Il réfléchit, il devait faire vite.
Impossible de casser la porte, impossible de s'extraire suffisamment de sang sans se mettre en danger et ne pas pouvoir prendre l'avion, pour que la camera (capable de détecter une atteinte à l'intégrité physique via une quantité de sang importante) ouvre la porte, impossible de déjouer le système d'analyse génétique. Il regarda autour de lui. Des passerelles, des rails d’ascenseurs, des bâtiments modulables à perte de vue sur des kilomètres en profondeur. Le lieu rêvé pour faire disparaître quelqu'un s'il n'y avait pas eu autant de caméras. Mattiew chassa cette pensée en frissonnant et se concentra sur la situation. Quant, soudain, il aperçu une cage d'ascenseur un peu plus loin. Un bon vieil ascenseur unidimensionel (haut-bas). Il se frappa le front en se réprimandent de ne pas y avoir pensé plus tôt, lui qui venait juste d'en quitter un tridimensionnel. Il s'y dirigea à grandes foulées. 15H15, il pouvait encore y être a temps avec maximum 5 minutes d'avance s'il prenait un taxi de fonction.
D'un geste vif, il posa ses mains blanches sur les portes de l'ascenseur, enchaînant immédiatement sur un mouvement de poussée latérale afin d'ouvrir les portes. Celles-ci n'opposèrent qu'une résistance minime. Par chance l'ascenseur était ici, quoique inutilisable en tant que tel. Rapidement il repéra la trappe supérieure, la dégagea d'un simple coup de main et entreprit de monter sur l'ascenseur. Nulle lampe auxiliaire n'éclairait les lieux, mais un mince rayon de lumière filtrait des portes de l'étage supérieur : le rez-de-chaussée. A vue d’œil : approximativement une dizaine de mètres à parcourir sur la gaine. Mattiew Fronch posa ses mains dessus puis il se hissa avant d'enrouler ses jambes autour. Prenant soin du mieux qu'il pouvait de ne pas glisser, il commença sa lente ascension vers son objectif : la Rostovie. Tout son corps se contractait pour cet effort, la moindre fibre de son corps tendait vers cette ultime convergence : atteindre le rez-de-chaussée avant qu'il ne soit trop tard. Chaque traction supplémentaire lui endommageait un peu plus l’épiderme de ses paumes. Chaque traction supplémentaire l’amenait un peu plus près de sa délivrance. Il voulait participer à la conception de cette IA, il le devait, afin de pouvoir réfléchir aux implications d'une IA en Azude le plus tôt possible. Pour Azude, il devait s'instruire des techniques nécessaires à la conscience artificielle, pour sa Nation il devait donc se mouvoir jusqu'au niveau du sol et de l'air libre. Petit à petit ses yeux retransmettaient l'approche lente mais sure de la raie de lumière salvatrice. Le temps ne facilitait pas la tâche, puisque plus il se blessait plus ses mains devenaient glissantes. Efforts après efforts, il montait pourtant, mètres après mètres. Il arriva finalement en face de la porte mais le plus dur restait à faire : l'ouvrir sans faire une chute de plusieurs mètres. Se tenant fermement au câble, il élança son corps vers ladite porte. De justesse il pu poser ses ongles sur l'interstice de l'ouverture, et se laissa revenir d'un coup vers le câble. La lumière inonda la cage d'ascenseur, enfin. Enfin il voyait la lumière du jour, oubliée depuis trop longtemps. Immédiatement sa vision adaptée à une telle intensité, il s'élança encore en posant ses mains sur le rebord de la cabine avant de laisser aller ses jambes et remonter ainsi sur le rez-de-chaussée.
Il ne serait pas fort difficile de mesurer la surprise que fut celle de l'employé chargé de l’accueil voyant surgir Mattiew Fronch depuis une cage d'ascenseur vide, les mains en sang, celui-ci restant tétanisé jusqu’à ce que le Responsable National lui dise :
« J'ai besoin d'un taxi diplomatique pour l'aéroport MAINTENANT ! Il s'agit d'une urgence maximale ! Et donnez-moi ma valise s'il-vous-plait»
« … Oui Responsable National, comme le prévoit la procédure une enquête ultérieure sera lancée afin de vérifier la véracité de... »
« Je connais la procédure ! Vous pouvez vérifier à la date actuelle ! Dites moi plutôt l'heure s'il vous plaît. »
« Il est 15H25, Responsable National. Votre taxi sera là dans trois minutes. »
Trois minutes. Avec un temps de voyage de 10 minutes, il lui resterait exactement trois minutes pour parcourir l'aéroport. Faisable. Juste, mais faisable.
Il attendit. Trois minutes plus tard toujours pas de taxi. Complot ? Erreur humaine ? Hasard ? Comment savoir ? Il ne fallait pas tomber dans la paranoïa non plus. A cinq minutes le taxi arriva finalement en trombe devant le hall et freinant dans un crissement de pneus juste devant le scientifique qui attendait sur le trottoir.
« Responsable National Mattiew Fronch, une urgence ? Je suis l'homme qu'il vous faut ! »
Le responsable s'engouffra dans le véhicule avec sa valise et à peine la porte fermée la voiture noire partit à pleine vitesse, avec, chose inhabituelle, un gyrophare.
La voiture sillonnait les rues, slalomait entre les passants, manquant sans doute de peu d'en écraser. Mattiew Fronch, tendu, s'exclama :
« Mais vous êtes fou ! Respectez les limitations si nous voulons arriver sans morts ! »
Le chauffeur lui adressa un regard dans le rétroviseur.
« Hey gamin, je crois qu'ici personne ne connais la route mieux que moi. J'étais policier dans le temps, j'ai eu une formation. Alors accroche-toi si tu veux arriver à l'heure. »
Peu rassuré, Mattiew Fronch s’agrippa à son siège pendant que le véhicule continuait sa course infernale dans les petites rues de la capitale. Lentement mais sûrement, par son habileté, le taxi rattrapait son retard. Ils arrivèrent dans les champs et à cette allure il restait 3 minutes pour parcourir l'aéroport. Mais ces routes-là sont toujours vides, du moins 99,998% du temps. Aussi le taxi accéléra encore plus, fonçant sur la route droite. Rapidement ils sortirent de la ville, contrôleurs prévenus, ils n'eurent pas besoin de ralentir. Fort peu de temps après il enchaîna le virage vers l'aéroport dans un magnifique dérapage contrôlé dont les crissements ne furent pas pour rassurer le voyageur.
Quelques instants plus tard la voiture s’arrêtait devant les portes de l'aéroport et Mattiew Fronch en descendit rapidement, quoiqu'un peu nauséeux, en remerciant vivement le conducteur. Quatre minutes pour traverser un aéroport vide avec une valise d'environ 40kg. Faisable. Il se précipita, faisant rouler sa valise sur deux roues à vive allure. Hormis les salariés, l'aéroport était pour ainsi dire désert. En effet, quoique se soit le seul aéroport du pays, il fallait vouloir partir, et en plus pouvoir venir jusqu'ici, chose fort longue vue le manque de moyens de transports inter-cités et les distances entre les villes. Le scientifique monta quatre à quatre les escalators, parcourut les immenses salles d'attentes vides, puis arriva enfin au guichet. Plus que deux minutes. Il tendit son billet.
« Voyage spécial en partance pour Rostovie, 15h41 s'il-vous-plaît. »
L’hôtesse vérifia le billet.
« Vos papiers d'identités, s'il-vous-plaît ? »
Bon sang, il n'avait pas une seconde à perdre !
« Oui, excusez moi, les voici. » Il les sortit nerveusement de ses poches.
L'employée tendit un petit appareil plat :
« Empreinte génétique s'il-vous-plaît, la procédure standard pour un vol spécial. »
« Quoi, les deux ? »
Ne pas perdre de temps...
« Bien. » Dit-il en apposant son index sur la machine.
Il regarda une des horloges de l'aéroport : plus que 47 secondes. Repérer, analyser, agir. Regardant autour de lui, en une poignée de secondes il repéra à quelle piste était son avion, et comment s'y rendre. Il n'avait que très peu de temps. En Azude l'heure c'est l'heure, pas de retards acceptés, fut-on Administrateur National, ce que n'était plus en tant que tel Mattiew Fronch, quoique son poste fut plus d'une spécialité différente, qu'à une différente hiérarchie. Il parcourut à toute vitesse les couloirs vides, traînant sa valise derrière lui. Ayant le plan en tête, et regardant les divers panneaux de l'aéroport il savait parfaitement où aller, optimisait au maximum ses virages, sa position dans les couloirs, afin de prendre le chemin le plus court et rapide possible. Il arriva enfin devant les portes vitrées coulissantes menant dehors et dut ralentir un peu le temps qu'elles le repèrent et s'ouvrent. Une fois sorti du bâtiment le froid l'assaillit quelques instants puis il reprit de plus belle sa course. 30 secondes maximum, pour environ une centaines de mètres aux bout desquels il voyait pleinement l'avion à destination de Rostovie. Il s'élança à son maximum, puisant dans ses dernières réserves d'énergie musculaire déjà entamées par la traversée de l'aéroport en trombe avec une valise de 40kg approximativement.
Encore 67 mètres à vue de nez, il pouvait le faire ! Ses forces s'épuisaient mais sa vitesse ne diminuait pas. Plus que 40 mètres. Sa vitesse commença à lentement diminuer mais rien d'alarmant. Quand soudain, focalisé sur son objectif, il vit enfin les employés qui arrivaient, et étaient maintenant sur le coté de l'escalier d'embarquement. Et commençaient à le retirer.
Non ! Ce n'est pas possible ! Pas maintenant ! Pas après tout ce que j'ai fait pour venir ici !
Continuant de courir, quoi qu’à bien moindre allure, il ne put qu'assister à son échec cuisant.
Il avait échoué. À servir la Nation il avait faillit. Il se laissa tomber à genoux sur le sol, totalement désemparé. Il resta la, perdu dans ses pensées. Quand une voix masculine le tira de ses songes.
« Un verre d'eau, Responsable National Fronch ? Je dois bien avouer que vous nous avez ébahis. Pendant quelques instants j'ai bien cru que vous réussiriez. »
L'inconnu tendit sa main afin d'aider Mattiew Fronch à se relever, puis un gobelet d'eau en plastique. Mattiew Fronch le but, puis ils rentrèrent se mettre à l’abri du bruit des réacteurs.
« Ma montre ne pouvait pas être en retard, c’était vous, n'est ce pas ? »
« En effet, c'était nous. »
« La maintenance ? »
« Prévue, nous l'avons simplement ajustée. »
« L'exercice ? »
« De même, nous avons eu une part de chance, ils n'ont pas lieu souvent. »
« Le contrôle de papiers d'identité ET test génétique ? »
« Aucunement, vous virez dans la paranoïa. »
Le Responsable National regarda l'avion s'éloigner.
« Pourquoi tant d'efforts ? »
« Vous savez bien que nous sommes un pays où une des bases de nos mécanismes sociétaux et organisationnel est l'assurance. Nous n'avions aucune assurance de vous voir revenir en vie, alors que votre rôle est crucial pour le bon développement de la Nation. »
Mattiew Fronch soupira doucement. Quelques secondes plus tard il répondit.
« Eh bien, soit. »
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Alors que l'avion décollait, Justice Clavez aperçut Mattiew Fronch sur le tarmac de l'aéroport. Elle fut soulagée : au moins rien ne lui était arrivé en cours de route, quoiqu'elle ignorait totalement comment il ai pu avoir autant de retard. Puis se fut une sorte de joie diffuse, un sentiment de victoire. Elle avait finalement, par le hasard des choses, réussi à partir en Rostovie, à la place de Mattiew Fronch, pour la sûreté de la Nation.
[url=http://www.youtube.com/watch?v=KzmJDCI4kOA]Musique : (CLIQUABLE)[/url]</center>
Mattiew Fronch regarda l'heure à sa montre. 13H41. Dans exactement deux heures l'avion à destination spéciale de Rostovie décollerait. Un vol spécifique uniquement composé des chercheurs allant travailler sur le projet d'Intelligence Artificielle rostove. Encore une heure avant de partir, et une en plus avant le décollage, de quoi terminer de lire quelques rapports et de coordonner le tout. Un travail long et peu passionnant mais utile et satisfaisant aux yeux du Responsable National. Quelques lignes, conseils de forme, notes de communication inter-projets.
Déjà 14H27, plus qu'une heure et quart. Il vérifia que sa valise était bien prête, l'attendant dans le hall d’accueil sous les soins de l'employé chargé d’accueil. 14H37, 4 minutes d'avance sur son horaire. Il sortit de son bureau le pas léger, arpentant les couloirs vers l’ascenseur tridimensionnel qui le ramènerait vers la sortie. Il s’arrêta quelques instants pour contacter Justice Clavez via son téléphone portatif.
« Bonjour, ici Mattiew Fronch, où êtes-vous citoyenne Clavez ? »
« Bonjour ici bien Justice Clavez, je suis déjà à l'aéroport Responsable National Fronch. »
« Merci, je vous y rejoins immédiatement. Que la Raison soit avec vous. »
« De rien, avec vous aussi. »
Il coupa la communication puis reprit sont chemin. Il sentait pourtant que quelque chose clochait, sans pouvoir dire quoi. Il se trouvait maintenant à seulement quelques couloirs de l’ascenseur, soit tout au plus une centaine de mètres. Une question lui vint à l'esprit. Pourquoi une suractivité aujourd'hui ? Quasiment tout les rapports étaient arrivés bien plus tôt que la normale. Quasiment... ? Non, tous. Le Responsable National stoppa net. Une pendule dans le coin de son champ de vision avait par habitude attiré son regard. 14H57. Ça n'allait pas. Il remonta brusquement sa manche pour regarder sa montre. 14H42. Sa montre retardait de quinze minutes ! Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? Mattiew recalcula rapidement son temps de trajet. Il pouvait atteindre l'aéroport à temps, mais avec seulement 5 à 10 minutes d'avance. 15 à 20 s'il arrivait à dépêcher un taxi diplomatique pour « urgence diplomatique ». Lieu top secret, les Rostovs voulaient éviter les complications : un seul avion, un seul groupe. Il n'y aurait pas de second départ.
Il s'engouffra dans l’ascenseur et composa de ses doigts tremblants les coordonnées des bâtiments d’accueil, et donc de sortie. L'ascenseur commença une lente ascension, rassurant ainsi l'ex Administrateur National. Les bureaux qu'il venait de quitter se situaient à moins d'un kilomètre sous terre, il serait rapidement remonté. Il regardait les chiffres défiler inlassablement sur le compteur. -800m. -700m. -600m. -500m. -400m. Il s'approchait, lentement mais sûrement, du bon niveau. -200m. -100m -50m. Soudain l’ascenseur s'immobilisa. Une voix désincarnée annonça :
« Niveau -50 mètres. Maintenance en cours sur le rail de module de transport tridimensionnel. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser du dérangement occasionné et vous prions de changer de module de transport. »
« Merde! »
Mattiew Fronch appuya frénétiquement sur le bouton d'ouverture des portes et se glissa entre elles lorsqu'elles commençaient à s'ouvrir.
<center>[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2013/08/1361556280-int1.jpg[/img]</center>
Il regarda furtivement autour de lui. Pas d’ascenseurs en vue. Sur le mur, une icône de plan holographique ! Il l'activa. Un plan en trois dimension s'alluma, projetant une légère lumière bleutée. 15H05. Le temps pressait, il avançait, inexorablement. Le scientifique repéra rapidement un ascenseur non loin de la, à quelques couloirs. Il s'en approcha à grandes foulées. Il n'était plus qu'à quelques pas quand soudain une alarme retentit, ainsi qu’une voix désincarnée.
« Initialisation de l'exercice d'urgence en cours. Veuillez ne pas bouger pendant la mise en place de la procédure. Veuillez rester groupés et respecter les consignes de survie apprises lors des formations précédentes. »
Un exercice sans qu'il en ait été averti ? Impossible, le règlement stipulait d'envoyer des mémos à tout les employés du complexe pour un exercice d'une telle ampleur ! Les plus longs pouvaient durer jusqu'à une semaine si vous travailliez dans les niveaux les plus en profondeurs.
Sa réflexion fut interrompue par l’arrêt brusque de la réception électrique dans le complexe. Prudemment, à tâtons, il essaya de continuer dans le bâtiment à la recherche d'un escalier. En effet l'ascenseur l'avait déposé à l'entrée d'un bâtiment mais non d'une passerelle de maintenance, rendant impossible l'accès à d'autres lieux sans celle-ci. En effet les bâtiments n'étaient que des assemblages mobiles de panneaux et autres structures, maintenus en l'air et non posés sur un sol. Or pour trouver un accès de service il devrait traverser au moins la moitié du bâtiment.
Progressivement, les innombrables moteurs auxiliaires démarrant à grands bruits, de faiblardes lumières rouges s'allumèrent. Il s'agissait d'un bâtiment de maintenance et sécurité, il dût donc parfois user de son ADN (prélèvement sanguins infimes de l'index, remplaçant les cartes personnelles) afin d'aller au plus court, encore qu'il ne pût pas l'utiliser sur toutes les portes. Après plusieurs détours il arriva enfin à une porte de service et pu enfin emprunter les passerelles de maintenance.
<center>[img]http://image.noelshack.com/fichiers/2013/08/1361556398-int4.jpg[/img]</center>
Après plusieurs montées rapides de marches il arriva à une porte menant dans le hall d'entrée, à la surface. Derrière la vitre opaque , la lumière du jour était visible au loin à l'entrée du hall. Il appliqua son index sur l'appareil de prélèvement.
« Mattiew Fronch : Accès refusé... »
« Quoi ?! »
« … Vous devez suivre le protocole et vous rendre dans la salle centrale de rassemblement. Vous n'êtes pas autorisé à sortir lors des phases d'exercices. S'il advenait que la salle de rassemblement fut inutilisable nous vous informons que l'ensemble des bâtiments présents, sous couvert d'une utilisation judicieuse, peuvent servir de salles de rassemblement. »
Il réfléchit, il devait faire vite.
Impossible de casser la porte, impossible de s'extraire suffisamment de sang sans se mettre en danger et ne pas pouvoir prendre l'avion, pour que la camera (capable de détecter une atteinte à l'intégrité physique via une quantité de sang importante) ouvre la porte, impossible de déjouer le système d'analyse génétique. Il regarda autour de lui. Des passerelles, des rails d’ascenseurs, des bâtiments modulables à perte de vue sur des kilomètres en profondeur. Le lieu rêvé pour faire disparaître quelqu'un s'il n'y avait pas eu autant de caméras. Mattiew chassa cette pensée en frissonnant et se concentra sur la situation. Quant, soudain, il aperçu une cage d'ascenseur un peu plus loin. Un bon vieil ascenseur unidimensionel (haut-bas). Il se frappa le front en se réprimandent de ne pas y avoir pensé plus tôt, lui qui venait juste d'en quitter un tridimensionnel. Il s'y dirigea à grandes foulées. 15H15, il pouvait encore y être a temps avec maximum 5 minutes d'avance s'il prenait un taxi de fonction.
D'un geste vif, il posa ses mains blanches sur les portes de l'ascenseur, enchaînant immédiatement sur un mouvement de poussée latérale afin d'ouvrir les portes. Celles-ci n'opposèrent qu'une résistance minime. Par chance l'ascenseur était ici, quoique inutilisable en tant que tel. Rapidement il repéra la trappe supérieure, la dégagea d'un simple coup de main et entreprit de monter sur l'ascenseur. Nulle lampe auxiliaire n'éclairait les lieux, mais un mince rayon de lumière filtrait des portes de l'étage supérieur : le rez-de-chaussée. A vue d’œil : approximativement une dizaine de mètres à parcourir sur la gaine. Mattiew Fronch posa ses mains dessus puis il se hissa avant d'enrouler ses jambes autour. Prenant soin du mieux qu'il pouvait de ne pas glisser, il commença sa lente ascension vers son objectif : la Rostovie. Tout son corps se contractait pour cet effort, la moindre fibre de son corps tendait vers cette ultime convergence : atteindre le rez-de-chaussée avant qu'il ne soit trop tard. Chaque traction supplémentaire lui endommageait un peu plus l’épiderme de ses paumes. Chaque traction supplémentaire l’amenait un peu plus près de sa délivrance. Il voulait participer à la conception de cette IA, il le devait, afin de pouvoir réfléchir aux implications d'une IA en Azude le plus tôt possible. Pour Azude, il devait s'instruire des techniques nécessaires à la conscience artificielle, pour sa Nation il devait donc se mouvoir jusqu'au niveau du sol et de l'air libre. Petit à petit ses yeux retransmettaient l'approche lente mais sure de la raie de lumière salvatrice. Le temps ne facilitait pas la tâche, puisque plus il se blessait plus ses mains devenaient glissantes. Efforts après efforts, il montait pourtant, mètres après mètres. Il arriva finalement en face de la porte mais le plus dur restait à faire : l'ouvrir sans faire une chute de plusieurs mètres. Se tenant fermement au câble, il élança son corps vers ladite porte. De justesse il pu poser ses ongles sur l'interstice de l'ouverture, et se laissa revenir d'un coup vers le câble. La lumière inonda la cage d'ascenseur, enfin. Enfin il voyait la lumière du jour, oubliée depuis trop longtemps. Immédiatement sa vision adaptée à une telle intensité, il s'élança encore en posant ses mains sur le rebord de la cabine avant de laisser aller ses jambes et remonter ainsi sur le rez-de-chaussée.
Il ne serait pas fort difficile de mesurer la surprise que fut celle de l'employé chargé de l’accueil voyant surgir Mattiew Fronch depuis une cage d'ascenseur vide, les mains en sang, celui-ci restant tétanisé jusqu’à ce que le Responsable National lui dise :
« J'ai besoin d'un taxi diplomatique pour l'aéroport MAINTENANT ! Il s'agit d'une urgence maximale ! Et donnez-moi ma valise s'il-vous-plait»
« … Oui Responsable National, comme le prévoit la procédure une enquête ultérieure sera lancée afin de vérifier la véracité de... »
« Je connais la procédure ! Vous pouvez vérifier à la date actuelle ! Dites moi plutôt l'heure s'il vous plaît. »
« Il est 15H25, Responsable National. Votre taxi sera là dans trois minutes. »
Trois minutes. Avec un temps de voyage de 10 minutes, il lui resterait exactement trois minutes pour parcourir l'aéroport. Faisable. Juste, mais faisable.
Il attendit. Trois minutes plus tard toujours pas de taxi. Complot ? Erreur humaine ? Hasard ? Comment savoir ? Il ne fallait pas tomber dans la paranoïa non plus. A cinq minutes le taxi arriva finalement en trombe devant le hall et freinant dans un crissement de pneus juste devant le scientifique qui attendait sur le trottoir.
« Responsable National Mattiew Fronch, une urgence ? Je suis l'homme qu'il vous faut ! »
Le responsable s'engouffra dans le véhicule avec sa valise et à peine la porte fermée la voiture noire partit à pleine vitesse, avec, chose inhabituelle, un gyrophare.
La voiture sillonnait les rues, slalomait entre les passants, manquant sans doute de peu d'en écraser. Mattiew Fronch, tendu, s'exclama :
« Mais vous êtes fou ! Respectez les limitations si nous voulons arriver sans morts ! »
Le chauffeur lui adressa un regard dans le rétroviseur.
« Hey gamin, je crois qu'ici personne ne connais la route mieux que moi. J'étais policier dans le temps, j'ai eu une formation. Alors accroche-toi si tu veux arriver à l'heure. »
Peu rassuré, Mattiew Fronch s’agrippa à son siège pendant que le véhicule continuait sa course infernale dans les petites rues de la capitale. Lentement mais sûrement, par son habileté, le taxi rattrapait son retard. Ils arrivèrent dans les champs et à cette allure il restait 3 minutes pour parcourir l'aéroport. Mais ces routes-là sont toujours vides, du moins 99,998% du temps. Aussi le taxi accéléra encore plus, fonçant sur la route droite. Rapidement ils sortirent de la ville, contrôleurs prévenus, ils n'eurent pas besoin de ralentir. Fort peu de temps après il enchaîna le virage vers l'aéroport dans un magnifique dérapage contrôlé dont les crissements ne furent pas pour rassurer le voyageur.
Quelques instants plus tard la voiture s’arrêtait devant les portes de l'aéroport et Mattiew Fronch en descendit rapidement, quoiqu'un peu nauséeux, en remerciant vivement le conducteur. Quatre minutes pour traverser un aéroport vide avec une valise d'environ 40kg. Faisable. Il se précipita, faisant rouler sa valise sur deux roues à vive allure. Hormis les salariés, l'aéroport était pour ainsi dire désert. En effet, quoique se soit le seul aéroport du pays, il fallait vouloir partir, et en plus pouvoir venir jusqu'ici, chose fort longue vue le manque de moyens de transports inter-cités et les distances entre les villes. Le scientifique monta quatre à quatre les escalators, parcourut les immenses salles d'attentes vides, puis arriva enfin au guichet. Plus que deux minutes. Il tendit son billet.
« Voyage spécial en partance pour Rostovie, 15h41 s'il-vous-plaît. »
L’hôtesse vérifia le billet.
« Vos papiers d'identités, s'il-vous-plaît ? »
Bon sang, il n'avait pas une seconde à perdre !
« Oui, excusez moi, les voici. » Il les sortit nerveusement de ses poches.
L'employée tendit un petit appareil plat :
« Empreinte génétique s'il-vous-plaît, la procédure standard pour un vol spécial. »
« Quoi, les deux ? »
Ne pas perdre de temps...
« Bien. » Dit-il en apposant son index sur la machine.
Il regarda une des horloges de l'aéroport : plus que 47 secondes. Repérer, analyser, agir. Regardant autour de lui, en une poignée de secondes il repéra à quelle piste était son avion, et comment s'y rendre. Il n'avait que très peu de temps. En Azude l'heure c'est l'heure, pas de retards acceptés, fut-on Administrateur National, ce que n'était plus en tant que tel Mattiew Fronch, quoique son poste fut plus d'une spécialité différente, qu'à une différente hiérarchie. Il parcourut à toute vitesse les couloirs vides, traînant sa valise derrière lui. Ayant le plan en tête, et regardant les divers panneaux de l'aéroport il savait parfaitement où aller, optimisait au maximum ses virages, sa position dans les couloirs, afin de prendre le chemin le plus court et rapide possible. Il arriva enfin devant les portes vitrées coulissantes menant dehors et dut ralentir un peu le temps qu'elles le repèrent et s'ouvrent. Une fois sorti du bâtiment le froid l'assaillit quelques instants puis il reprit de plus belle sa course. 30 secondes maximum, pour environ une centaines de mètres aux bout desquels il voyait pleinement l'avion à destination de Rostovie. Il s'élança à son maximum, puisant dans ses dernières réserves d'énergie musculaire déjà entamées par la traversée de l'aéroport en trombe avec une valise de 40kg approximativement.
Encore 67 mètres à vue de nez, il pouvait le faire ! Ses forces s'épuisaient mais sa vitesse ne diminuait pas. Plus que 40 mètres. Sa vitesse commença à lentement diminuer mais rien d'alarmant. Quand soudain, focalisé sur son objectif, il vit enfin les employés qui arrivaient, et étaient maintenant sur le coté de l'escalier d'embarquement. Et commençaient à le retirer.
Non ! Ce n'est pas possible ! Pas maintenant ! Pas après tout ce que j'ai fait pour venir ici !
Continuant de courir, quoi qu’à bien moindre allure, il ne put qu'assister à son échec cuisant.
Il avait échoué. À servir la Nation il avait faillit. Il se laissa tomber à genoux sur le sol, totalement désemparé. Il resta la, perdu dans ses pensées. Quand une voix masculine le tira de ses songes.
« Un verre d'eau, Responsable National Fronch ? Je dois bien avouer que vous nous avez ébahis. Pendant quelques instants j'ai bien cru que vous réussiriez. »
L'inconnu tendit sa main afin d'aider Mattiew Fronch à se relever, puis un gobelet d'eau en plastique. Mattiew Fronch le but, puis ils rentrèrent se mettre à l’abri du bruit des réacteurs.
« Ma montre ne pouvait pas être en retard, c’était vous, n'est ce pas ? »
« En effet, c'était nous. »
« La maintenance ? »
« Prévue, nous l'avons simplement ajustée. »
« L'exercice ? »
« De même, nous avons eu une part de chance, ils n'ont pas lieu souvent. »
« Le contrôle de papiers d'identité ET test génétique ? »
« Aucunement, vous virez dans la paranoïa. »
Le Responsable National regarda l'avion s'éloigner.
« Pourquoi tant d'efforts ? »
« Vous savez bien que nous sommes un pays où une des bases de nos mécanismes sociétaux et organisationnel est l'assurance. Nous n'avions aucune assurance de vous voir revenir en vie, alors que votre rôle est crucial pour le bon développement de la Nation. »
Mattiew Fronch soupira doucement. Quelques secondes plus tard il répondit.
« Eh bien, soit. »
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Alors que l'avion décollait, Justice Clavez aperçut Mattiew Fronch sur le tarmac de l'aéroport. Elle fut soulagée : au moins rien ne lui était arrivé en cours de route, quoiqu'elle ignorait totalement comment il ai pu avoir autant de retard. Puis se fut une sorte de joie diffuse, un sentiment de victoire. Elle avait finalement, par le hasard des choses, réussi à partir en Rostovie, à la place de Mattiew Fronch, pour la sûreté de la Nation.