Posté : lun. nov. 20, 2017 11:47 pm
[justify][center]Il n’en restera qu’un (4/6)
République maritime de Céjanoise / République maritime de Dentegorie
31 août 2034
République maritime de Céjanoise[/center]
[center][img]https://img4.hostingpics.net/pics/830883maisonretraite.png[/img][/center]
L’été touchait à sa fin mais la chaleur caniculaire brûlait encore les cotes de la République maritime de Céjanoise, avec des températures supérieures à 30°C. Dans la maison de retraite de Pelargona, une petite ville à l’ouest de l’entité, la vieille climatisation semblait donner ses derniers efforts. L’odeur du gaz frigorigène, en contact avec l’humidité persistante des lieux, mêlé à celle des déjections de chaises percées non vidées des pensionnaires, donnait une atmosphère olfactive nauséabonde. Le personnel semblait s’en accoutumer, il n’avait guère le choix. Placido Gxiba, lui, était un notable et n’était guère habitué à ce genre de parfums. Si bien qu’il en venait à trouver plaisante cette senteur d’eau de Javel bon marché que les aides-soignants déversaient allègrement dans les couloirs. Le député du Parti national n’était pas venu faire campagne électorale mais remplir une mission qui lui avait été confiée par son allié Horasiu Zamfir. L’homme suivait l’infirmier-en-chef des lieux, tenant en permanence un mouchoir sur son nez pour limiter tant que possible son calvaire.
[center][img]https://img15.hostingpics.net/pics/767265PlacidoGxiba.jpg[/img]
Placido Gxiba
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise[/center]
Rappeler que la maison de retraite avait mauvaise réputation était un euphémisme mais, au moins, dans la misogyne Céjanosie, hommes et femmes y étaient logés à la même enseigne. Il s’agissait pour la plupart de personnes âgées sans le sou, placées dans ce mouroir et recevant le minimum exigé d’assistance sociale. Placido suivait Olafo, l’infirmier-en-chef dans ce dédale de couloirs. Durant son parcours, il put remarquer plusieurs pensionnaires déshydratés dont certains qui avaient probablement rendu l’âme.
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Attendez-moi ici quelques instants… »
Placido attendit à l’entrée de la salle du personnel, où plusieurs employés qui n’avaient de « soignants » que le nom profitaient de leur pause, pour jouer aux cartes. Dans un coin de la pièce, une femme âgée avait les mains ligotées sur son fauteuil roulant n’arrêtait de couiner. Visiblement sénile, la femme avait essayé de s’enfuir de l’hospice, et voilà maintenant six heures qu’elle était là à attendre, immobile. Le responsable demanda à ses subordonnés :
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Le député est là. Tu sais où est Madame Batalo ? »
Livio :
Aide-soignant de la maison de retraite de Pelargona
« Je l’ai jetée au lit il y a dix minutes. Elle est dans la chambre 134. »
« Jeter au lit » signifiait tout simplement dans le vocable professionnel « mettre au lit », mais il témoignait de l’ambiance de travail de cet établissement. Placido Gxiba fut d’ailleurs étonné qu’aucun n’eut la politesse de lui adresser le moindre bonjour, lui le député de la Nation ! Mais il ne fit aucune remarque et se contenta de suivre Olafo vers la chambre 134. Là, une vieille dame végétait dans le lit. Evidemment, elle ne dormait pas : il n’était même pas dix-huit heures, le soleil brillait encore et ne couchera que d’ici trois heures. La femme, muette, contemplait stoïquement le mur décrépi en face d’elle.
[center][img]https://img4.hostingpics.net/pics/459589senior.png[/img]
Madame Batalo[/center]
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Vous êtes sûr qu’il s’agit de la mère du Premier ministre ? Elle dit n’avoir que des filles, qui sont parties au Thodermoscya il y a longtemps. »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Elle n’a plus toute sa tête. Mais regardez bien, elle a les mêmes joues creuses que lui… Pouvez-vous me laisser avec elle, quelques instants, s’il vous plaît ? »
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Bien sûr. »
Olafo s’éclipsa de la chambre et attendit le député à l’extérieur de celle-ci. Placido fixa la vieille dame, laquelle venait à peine de remarquer sa présence :
Madame Batalo :
« Vous êtes ce charmant infirmier que j’ai rencontré hier ? »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Non, Madame. Je suis un ami de votre fils… Oui, vous savez, Renardo. Renardo Stangor… »
Madame Batalo :
« Ah ? Vous êtes sûr ? J’ai un fils ? »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Oui. Vous l’avez bien éduqué, il est le Premier ministre de Céjanosie aujourd’hui. Il s’excuse de ne pas venir vous voir, il a un planning très chargé, vous vous doutez bien… Alors, il m’a demandé de réaliser quelques photos et vidéos de vous, pour lui. »
La pensionnaire arbora un large sourire.
Madame Batalo :
« Ah, j’ai toujours su qu’il allait devenir quelqu’un d’important… »
Placido sortit son smartphone et commença à prendre plusieurs photos de Madame Batalo. Ses grains de beauté distinctifs, l’iris de ses yeux… Le député la mitraillait littéralement de clichés, et l’intéressée semblait se prêter au jeu avec beaucoup d’amusement.
[hr][/hr]
[center]République maritime de Dentegorie
[img]https://img4.hostingpics.net/pics/514537amarantinafolioj.png[/img]
Salle de rédaction du journal Amarantina Folioj[/center]
Il était vingt-trois heures au siège des Amarantina Folioj et s’il restait quelques journalistes téméraires et bourreau du travail, l’effervescence matinale était largement retombée. Horasiu Zamfir aimait tout particulièrement écrire à ses éditoriaux à ce moment, dans la nuit. Dans ce lieu désert, il avait pour ainsi dire l’impression de dominer le monde ou tout du moins, être le rédacteur-en-chef du principal quotidien amarantin. Mener une grande carrière de journaliste ne l’intéressait plus, il avait d’autres projets mais pour ce faire, il avait besoin de la machine médiatique. En fait, Horasiu Zamfir était détesté de toute la rédaction des Amafolioj comme on disait ici. Ses collègues lui reprochaient son impulsivité, son obsession misogyne pathologique. Sa tête fut souvent demandée mais Zamfir continuait d’avoir le soutien indéfectible du rédacteur-en-chef. Alors que son statut d’éditorialiste ne lui conférait aucune autorité statutaire sur ses collègues, il était devenu un de leurs supérieurs par la force des choses. Par le passé, Zamfir avait réussi à faire licencier ceux qui lui avaient tenu tête au sein de la rédaction.
Horasiu arriva au siège avec un petit dossier rempli de divers documents émanant de la Société Navale de Céjanosie. Ceux-ci, paraphés « RS » - comprendre « Renardo Stangor » - concernaient une « cession de brevet d’exploitation à la République Aminienne Démocratique et Populaire ». Le dossier se voulait explosif : le Premier ministre céjanosien aurait donné son accord pour transmettre les secrets de fabrication du principal chantier naval amarantin à l’Aminavie, en vue d’une probable délocalisation de l’activité. Tout était évidemment faux, l’Amarantie et l’Aminavie n’avaient jamais signé un tel accord. Et d’ailleurs, le journaliste à qui il demanda de relayer l’information restait dubitatif :
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Ecoutez, Horasiu, j’ai épluché de manière très attentive votre dossier. Tout ce que je peux dire, c’est que les faits allégués sont très graves. Mais comprenez bien que je ne peux pas publier tout de suite. Devas Scii serait ravi d’avoir cette information et de la relayer de sitôt en exclusivité mais ici, nous sommes une maison sérieuse. Je dois vérifier l’authenticité des documents. »
[center][img]http://img11.hostingpics.net/pics/678131journa.png[/img]
Horasiu Zamfir
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif[/center]
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Vous n’avez pas confiance en moi, Ĵafaro ? »
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Ecoutez, vous êtes censé représenter la Céjanosie au Conseil Exécutif, pas de faire couler votre gouvernement. Je ne vois pas quel est votre intérêt à ce que l’affaire soit publiée. »
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Mais Stangor est un crétin ! Il va mener le Parti national à sa perte, je veux éviter ça. Je publierais l’information si je n’étais pas membre du Conseil Exécutif. On parle tout de même d’un enjeu de sécurité nationale : des brevets d’exploitation de nos croiseurs et frégates seront cédés à l’Aminavie, la même Aminavie où a été proclamée une [url=http://www.simpolitique.com/post327000.html#p327000]république britonne[/url]. Nos ennemis vont tout savoir sur notre flotte ! »
Ĵafaro Hekton feuilleta silencieusement les documents mais reste dubitatif. Au bout de quelques secondes, il rendit le dossier :
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Désolé, je ne marche pas. Si ce dossier montre que la sécurité nationale est compromise, ce n’est pas à la presse qu’il faut le montrer mais aux services de renseignement. Je ne peux rien faire pour vous. Je vais devoir rendre des comptes si je publie un tel article, vous le savez ? Pas seulement à la direction des AmaFolioj, mais aussi au Renseignement amarantin. Je ne peux pas attester de l’authenticité du document. Vous, vous le pouvez. Encore désolé. »
Horasiu Zamfir récupéra le dossier, tandis que son collègue retourna à ses occupations, devant son écran d’ordinateur. Les deux hommes étaient maintenant seuls dans la salle de rédaction et l’éditorialiste bouillonnait : ce Ĵafaro savait maintenant trop de choses. Il DOIT publier l’article. Jetant le dossier sur un bureau, il attrapa violemment le poignet du journaliste.
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Mais lâchez-moi, vous êtes fou !!! »
Le journaliste se défendit à coup de genoux dans l’abdomen de Zamfir, qui se recroquevilla sur le choc du coup. Ĵafaro tenta de saisir son téléphone mais Zamfir le retint.
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Tu n’es qu’une petite merde de journaliste, c’est-à-dire rien du tout. Quand je te demande de publier une information capitale comme celle-ci, je ne demande pas ton avis, je te demande de le faire. Si tu refuses, j’ai les moyens de rendre plus misérable encore ta minable vie : aucun autre journal ne voudra de toi, pas même Devas Scii et ça peut aller plus loin encore. Je peux écrire ton nom comme « persona non grata » en Amarantie. Tu auras un mandat d’arrêt contre toi, tu finiras tes jours comme fugitif si tu n’es pas jeté en prison avant… ou jeté dans la fosse aux lions. Le peuple est sur les nerfs en ce moment avec la guerre. Si jamais il sait que tu as gardé une info qui menacerait leur sécurité, il va t’étriper et personne ne pourra te sauver. Et quand il aura fini, il s’en prendra à ta mère. »
Ĵafaro Hekton resta bouche bée, puis avala sa salive comme pour signer sa capitulation face au « bouledogue » comme il était surnommé ici. Le journaliste se saisit du dossier et le feuilleta de nouveau. Le bouledogue, lui, s’assit à côté tel un chien de garde prêt à mordre à la moindre erreur.[/justify]
République maritime de Céjanoise / République maritime de Dentegorie
31 août 2034
République maritime de Céjanoise[/center]
[center][img]https://img4.hostingpics.net/pics/830883maisonretraite.png[/img][/center]
L’été touchait à sa fin mais la chaleur caniculaire brûlait encore les cotes de la République maritime de Céjanoise, avec des températures supérieures à 30°C. Dans la maison de retraite de Pelargona, une petite ville à l’ouest de l’entité, la vieille climatisation semblait donner ses derniers efforts. L’odeur du gaz frigorigène, en contact avec l’humidité persistante des lieux, mêlé à celle des déjections de chaises percées non vidées des pensionnaires, donnait une atmosphère olfactive nauséabonde. Le personnel semblait s’en accoutumer, il n’avait guère le choix. Placido Gxiba, lui, était un notable et n’était guère habitué à ce genre de parfums. Si bien qu’il en venait à trouver plaisante cette senteur d’eau de Javel bon marché que les aides-soignants déversaient allègrement dans les couloirs. Le député du Parti national n’était pas venu faire campagne électorale mais remplir une mission qui lui avait été confiée par son allié Horasiu Zamfir. L’homme suivait l’infirmier-en-chef des lieux, tenant en permanence un mouchoir sur son nez pour limiter tant que possible son calvaire.
[center][img]https://img15.hostingpics.net/pics/767265PlacidoGxiba.jpg[/img]
Placido Gxiba
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise[/center]
Rappeler que la maison de retraite avait mauvaise réputation était un euphémisme mais, au moins, dans la misogyne Céjanosie, hommes et femmes y étaient logés à la même enseigne. Il s’agissait pour la plupart de personnes âgées sans le sou, placées dans ce mouroir et recevant le minimum exigé d’assistance sociale. Placido suivait Olafo, l’infirmier-en-chef dans ce dédale de couloirs. Durant son parcours, il put remarquer plusieurs pensionnaires déshydratés dont certains qui avaient probablement rendu l’âme.
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Attendez-moi ici quelques instants… »
Placido attendit à l’entrée de la salle du personnel, où plusieurs employés qui n’avaient de « soignants » que le nom profitaient de leur pause, pour jouer aux cartes. Dans un coin de la pièce, une femme âgée avait les mains ligotées sur son fauteuil roulant n’arrêtait de couiner. Visiblement sénile, la femme avait essayé de s’enfuir de l’hospice, et voilà maintenant six heures qu’elle était là à attendre, immobile. Le responsable demanda à ses subordonnés :
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Le député est là. Tu sais où est Madame Batalo ? »
Livio :
Aide-soignant de la maison de retraite de Pelargona
« Je l’ai jetée au lit il y a dix minutes. Elle est dans la chambre 134. »
« Jeter au lit » signifiait tout simplement dans le vocable professionnel « mettre au lit », mais il témoignait de l’ambiance de travail de cet établissement. Placido Gxiba fut d’ailleurs étonné qu’aucun n’eut la politesse de lui adresser le moindre bonjour, lui le député de la Nation ! Mais il ne fit aucune remarque et se contenta de suivre Olafo vers la chambre 134. Là, une vieille dame végétait dans le lit. Evidemment, elle ne dormait pas : il n’était même pas dix-huit heures, le soleil brillait encore et ne couchera que d’ici trois heures. La femme, muette, contemplait stoïquement le mur décrépi en face d’elle.
[center][img]https://img4.hostingpics.net/pics/459589senior.png[/img]
Madame Batalo[/center]
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Vous êtes sûr qu’il s’agit de la mère du Premier ministre ? Elle dit n’avoir que des filles, qui sont parties au Thodermoscya il y a longtemps. »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Elle n’a plus toute sa tête. Mais regardez bien, elle a les mêmes joues creuses que lui… Pouvez-vous me laisser avec elle, quelques instants, s’il vous plaît ? »
Olafo :
Infirmier-en-chef de la maison de retraite de Pelargona
« Bien sûr. »
Olafo s’éclipsa de la chambre et attendit le député à l’extérieur de celle-ci. Placido fixa la vieille dame, laquelle venait à peine de remarquer sa présence :
Madame Batalo :
« Vous êtes ce charmant infirmier que j’ai rencontré hier ? »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Non, Madame. Je suis un ami de votre fils… Oui, vous savez, Renardo. Renardo Stangor… »
Madame Batalo :
« Ah ? Vous êtes sûr ? J’ai un fils ? »
Placido Gxiba :
Député du Parti national de la République maritime de Céjanoise
« Oui. Vous l’avez bien éduqué, il est le Premier ministre de Céjanosie aujourd’hui. Il s’excuse de ne pas venir vous voir, il a un planning très chargé, vous vous doutez bien… Alors, il m’a demandé de réaliser quelques photos et vidéos de vous, pour lui. »
La pensionnaire arbora un large sourire.
Madame Batalo :
« Ah, j’ai toujours su qu’il allait devenir quelqu’un d’important… »
Placido sortit son smartphone et commença à prendre plusieurs photos de Madame Batalo. Ses grains de beauté distinctifs, l’iris de ses yeux… Le député la mitraillait littéralement de clichés, et l’intéressée semblait se prêter au jeu avec beaucoup d’amusement.
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[center]République maritime de Dentegorie
[img]https://img4.hostingpics.net/pics/514537amarantinafolioj.png[/img]
Salle de rédaction du journal Amarantina Folioj[/center]
Il était vingt-trois heures au siège des Amarantina Folioj et s’il restait quelques journalistes téméraires et bourreau du travail, l’effervescence matinale était largement retombée. Horasiu Zamfir aimait tout particulièrement écrire à ses éditoriaux à ce moment, dans la nuit. Dans ce lieu désert, il avait pour ainsi dire l’impression de dominer le monde ou tout du moins, être le rédacteur-en-chef du principal quotidien amarantin. Mener une grande carrière de journaliste ne l’intéressait plus, il avait d’autres projets mais pour ce faire, il avait besoin de la machine médiatique. En fait, Horasiu Zamfir était détesté de toute la rédaction des Amafolioj comme on disait ici. Ses collègues lui reprochaient son impulsivité, son obsession misogyne pathologique. Sa tête fut souvent demandée mais Zamfir continuait d’avoir le soutien indéfectible du rédacteur-en-chef. Alors que son statut d’éditorialiste ne lui conférait aucune autorité statutaire sur ses collègues, il était devenu un de leurs supérieurs par la force des choses. Par le passé, Zamfir avait réussi à faire licencier ceux qui lui avaient tenu tête au sein de la rédaction.
Horasiu arriva au siège avec un petit dossier rempli de divers documents émanant de la Société Navale de Céjanosie. Ceux-ci, paraphés « RS » - comprendre « Renardo Stangor » - concernaient une « cession de brevet d’exploitation à la République Aminienne Démocratique et Populaire ». Le dossier se voulait explosif : le Premier ministre céjanosien aurait donné son accord pour transmettre les secrets de fabrication du principal chantier naval amarantin à l’Aminavie, en vue d’une probable délocalisation de l’activité. Tout était évidemment faux, l’Amarantie et l’Aminavie n’avaient jamais signé un tel accord. Et d’ailleurs, le journaliste à qui il demanda de relayer l’information restait dubitatif :
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Ecoutez, Horasiu, j’ai épluché de manière très attentive votre dossier. Tout ce que je peux dire, c’est que les faits allégués sont très graves. Mais comprenez bien que je ne peux pas publier tout de suite. Devas Scii serait ravi d’avoir cette information et de la relayer de sitôt en exclusivité mais ici, nous sommes une maison sérieuse. Je dois vérifier l’authenticité des documents. »
[center][img]http://img11.hostingpics.net/pics/678131journa.png[/img]
Horasiu Zamfir
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif[/center]
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Vous n’avez pas confiance en moi, Ĵafaro ? »
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Ecoutez, vous êtes censé représenter la Céjanosie au Conseil Exécutif, pas de faire couler votre gouvernement. Je ne vois pas quel est votre intérêt à ce que l’affaire soit publiée. »
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Mais Stangor est un crétin ! Il va mener le Parti national à sa perte, je veux éviter ça. Je publierais l’information si je n’étais pas membre du Conseil Exécutif. On parle tout de même d’un enjeu de sécurité nationale : des brevets d’exploitation de nos croiseurs et frégates seront cédés à l’Aminavie, la même Aminavie où a été proclamée une [url=http://www.simpolitique.com/post327000.html#p327000]république britonne[/url]. Nos ennemis vont tout savoir sur notre flotte ! »
Ĵafaro Hekton feuilleta silencieusement les documents mais reste dubitatif. Au bout de quelques secondes, il rendit le dossier :
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Désolé, je ne marche pas. Si ce dossier montre que la sécurité nationale est compromise, ce n’est pas à la presse qu’il faut le montrer mais aux services de renseignement. Je ne peux rien faire pour vous. Je vais devoir rendre des comptes si je publie un tel article, vous le savez ? Pas seulement à la direction des AmaFolioj, mais aussi au Renseignement amarantin. Je ne peux pas attester de l’authenticité du document. Vous, vous le pouvez. Encore désolé. »
Horasiu Zamfir récupéra le dossier, tandis que son collègue retourna à ses occupations, devant son écran d’ordinateur. Les deux hommes étaient maintenant seuls dans la salle de rédaction et l’éditorialiste bouillonnait : ce Ĵafaro savait maintenant trop de choses. Il DOIT publier l’article. Jetant le dossier sur un bureau, il attrapa violemment le poignet du journaliste.
Ĵafaro Hekton :
Journaliste aux Amarantina Folioj
« Mais lâchez-moi, vous êtes fou !!! »
Le journaliste se défendit à coup de genoux dans l’abdomen de Zamfir, qui se recroquevilla sur le choc du coup. Ĵafaro tenta de saisir son téléphone mais Zamfir le retint.
Horasiu Zamfir :
Journaliste éditorialiste des Amarantina Folioj
Représentant de la République maritime de Céjanoise au Conseil Exécutif
« Tu n’es qu’une petite merde de journaliste, c’est-à-dire rien du tout. Quand je te demande de publier une information capitale comme celle-ci, je ne demande pas ton avis, je te demande de le faire. Si tu refuses, j’ai les moyens de rendre plus misérable encore ta minable vie : aucun autre journal ne voudra de toi, pas même Devas Scii et ça peut aller plus loin encore. Je peux écrire ton nom comme « persona non grata » en Amarantie. Tu auras un mandat d’arrêt contre toi, tu finiras tes jours comme fugitif si tu n’es pas jeté en prison avant… ou jeté dans la fosse aux lions. Le peuple est sur les nerfs en ce moment avec la guerre. Si jamais il sait que tu as gardé une info qui menacerait leur sécurité, il va t’étriper et personne ne pourra te sauver. Et quand il aura fini, il s’en prendra à ta mère. »
Ĵafaro Hekton resta bouche bée, puis avala sa salive comme pour signer sa capitulation face au « bouledogue » comme il était surnommé ici. Le journaliste se saisit du dossier et le feuilleta de nouveau. Le bouledogue, lui, s’assit à côté tel un chien de garde prêt à mordre à la moindre erreur.[/justify]