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Posté : sam. févr. 09, 2013 6:50 pm
par Arios
"Sergent Adalbert Poggi - Légion Soult
1m74
yeux bleus
Brachycéphalie légère"


Adalbertu Poggi ferme de ses mains sèches le papier jauni de ses exploits passés, où son visage de jeune militaire dont l'indifférence trahit à ses yeux sa fierté de servir. Remontant la lanière du sac de toile qui roulait sur son épaule, il laisse ses anciens papiers militaires sur la meuble où repose un chandelier aux bougies figées dans leur chute.

Il tourne son regard à une femme de toile sur le mur, qui lui sourit pour toujours.

"Toi, au moins, tu m'aurais dit de pas le faire. Hè. Que veux-tu, c'est comme ça hè c'est pas moi qui choisit. On m'a dit : Adalbertu, tu rend cet argent, tu rend ce drapeau, tu rend même ton écharpe. Et ben moi je le fais, j'ai pas le choix va bè."

Il se dirige vers le placard, de l'autre côté du lit conjugal endeuillé depuis 12 ans. Il l'ouvre. Un drapeau fiémançais, d'un polyester sans noblesse, contraste dans la poussière de l'armoire ancienne avec de vieux oripeaux bleu et marron, marqués par Saint André, fleurdelisés ...

"Vous mes petits, je vous garde, qu'on me passe dessus."

Il ferme l'armoire, emporte avec lui la bannière blanche, qu'il serre désappointé de la corne de sa main forte. Soudain, dans son jean délavé, sonne un portable au son d'une marche de Lully. Il l'attrape de sa poigne libre et lit, sur son écran, le message qui s'affiche.

Rendez-tous les fonds. Le Comité Vallon Fiémançais est dissous sur ordre général.

Posté : ven. mars 08, 2013 7:25 pm
par Rezzacci
Opération "Tous azimuts !"

Bien que la flotte stalagmantine dans l'ensemble soit relativement moderne, rapide et fiable, elle possède toujours parmi ses rangs de magnifiques reliques datant des temps anciens, parfaitement entretenus, conservés pour un certain panache et en souvenir de temps meilleurs. Si les voiliers du temps du Grand Empire Commercial Stalagmantin étaient les plus connus, on trouvait également quelques bateaux à vapeurs, d'autres dont les roues à aubes étaient propulsées par des chevaux, et un exemplaire unique et rare de petit courrier tracté par des dauphins apprivoisés - néanmoins, nul ne sait s'il a effectivement navigué.

C'était dans un de ces galions d'antan que se trouvait le comte Luigi Rapaccini, Chancelier des Comptoirs Stalagmantins. La Scansion était l'un des plus beaux navires stalagmantins, et il appartenait à la famille Rapaccini depuis leur anoblissement. Il mouillait actuellement au large de l'île de Vallon, profitant du temps calme et de l'air doux pour se reposer.

Dans la cabine principale, le chancelier et le capitaine étudiaient des cartes. Le capitaine Ponticelli était le chef héréditaire de facto du bateau, et lui et sa famille vouait aux Rapaccini un culte de la personnalité plus par force d'habitude que par réelle conviction, mais on nommait généralement la famille Ponticelli l'Âme Damnée des Rapaccini, mais les gens racontent souvent n'importe quoi.

Les cartes représentaient le découpage administratif de Vallon ainsi que le cadastre, où chaque parcelle était soigneusement dessiné, le tout accompagné d'une liste des propriétaires avec, pour chacun d'eux, quelques petites notes ainsi que le prix nécessaire estimé pour les acheter.

Voyant la mine réjouie et satisfaite de son propriétaire spirituel, le capitaine Ponticelli ne se sentait pas très à l'aise. Ca annonçait toujours de mauvaises nouvelles qui, généralement, lui retombaient dessus.

Le plan était très simple : régner sur Vallon. Oh, pas de manière explicite, pas d’annexion officielle, mais faire en sorte que la Chancellerie des Comptoirs possède le gouvernement insulaire à sa botte et en fasse un gouvernement fantoche… Un peu à l’image d’Isla Paradiso et du conglomérat Fortuna, mais Rapaccini dédaignait cette image car il ne considérait pas qu’il avait un quelconque lien avec ces infâmes monétaristes.

Stalagmanque étant de nature neutre, la Chancellerie ne possédant aucune force armée effective et tout conflit armé risquant de dégénérer contre les stalagmantins, toute intervention militaire offensive de la part de Stalagmanque et de Rapaccini serait bien entendu catastrophique. C’est pourquoi le Comte avait opté pour une toute autre stratégie, plus subtile.

Ce qu’il comptait faire, c’était acheter toutes les parcelles de terrain agricole de l’île. Vallon était un pays relativement pauvre, et le comte avait des fonds illimités en comparaison de la faiblesse du niveau de vie insulaire. En devenant le propriétaire effectif de toutes les parcelles, la Chancellerie se voyait déjà propriétaire d’une grande partie de l’île. Néanmoins, ceci ne suffirait pas à faire tomber un gouvernement relativement nationaliste.

La Chancellerie chercherait à s’accorder la sympathie des ruraux en les aidant au développement agricole et en leur achetant, avec une large plus-value, tous leurs excédents agricoles, et en les détournant vers les comptoirs rivéens. De cette manière, une bonne partie de la population soutient les comptoirs, tandis que l’on arrive à affamer les populations citadines, et par voie de conséquence le gouvernement.

Bien évidemment, on risquait ainsi une révolte envers les stalagmantins si la supercherie était découverte, c’est pourquoi la Chancellerie avait fait appel à une cinquantaine de mercenaires de la Black Mud pour s’offrir une sécurité largement suffisante. Après tout, si le peuple vallonais est reconnu pour son sang-chaud et son impétuosité à poser des bombes avec cagoules, il reste également connu pour être un peuple indolent auquel il est difficile de faire louper l’heure de la sieste.

De cette manière, le gouvernement, afin d’avoir de nouveau accès aux matières premières, devra allouer à la Chancellerie de grandes libertés sur le territoire vallonais, et le comte exigera de posséder un droit de veto sur toute action gouvernementale. Tout ceci de manière officieuse, bien entendu.

Ponticelli s’était étonné sur le pourquoi de vouloir contrôler cette île. Après tout, elle ne représentait que peu d’intérêts agricoles et économiques primaires, qui sont les piliers de la recherche d’implantation de l’empire commercial stalagmantin. Mais le comte Rapaccini avait avancé plusieurs arguments : la première était que Vallon était admirablement situé entre le Zanyane et l’Alméra, et ferait une zone de transit parfaite pour entreposer des marchandises et ainsi mieux coordonner les flux commerciaux de la Compagnie Marchande ; la seconde était que Rapaccini avait avoué qu’il rêvait depuis tout petit de posséder une île, et qu’il allait donc réaliser son rêve de gosse. Ponticelli avait souri, mais s’inquiétait de plus en plus de l’équilibre mental de son patron.

Mais la chose qui inquiétait le plus le capitaine était que lorsqu’il avait posé la question à Rapaccini si tout ceci était légal et s’il avait reçu l’aval du Sénat, ce dernier n’avait fait que sourire d’un air entendu.

Mais bon, ce n’est pas son métier de discuter. Dès demain, il accosterait dans le port de San Pantaléonu et commencerait à envoyer des éclaireurs pour convaincre les propriétaires locaux de céder leurs terrains.

On pouvait tourner le problème sous tous les sens, Ponticelli le voyait de la même manière : l’invasion commençait. Oh, pas une invasion politique, diplomatique, militaire ou intellectuelle, mais ça restait de l’impérialisme commercial.

« Dieu nous pardonne », murmura-t-il tout doucement.

Posté : sam. mars 09, 2013 6:41 pm
par Arios
<center>[img]http://nsa32.casimages.com/img/2012/10/25/121025122537359146.png[/img]</center>

50 marins débarquent à San Pantaléonu depuis trois navires fiémançais.

Ces derniers demeurent dans le port.
Le drapeau n'est pas hissé.

La Marine organise une rencontre avec les milices du port. Face à la situation trouble de l'île depuis l’émiettement de l'ancien Grand-Duché, et au spectre d'être annexés à la manière du Countea de Carraira, la Fiémance parvient à ses fins avec les miliciens.

[quote]-La Fiémance ne revendique aucune propriété sur le port de San Pantaléonu.
-Les Vallonais n'imposent aucun droit de passage aux navires marchands fiémançais.
-Les taxes sur produits fiémançais exportés depuis les navires amarrés à San Pantaléonu sont maintenus tels qu'officiels avant l'accord.
-Pour les besoins de l'administration maritime, les textes fiémançais feront état de "Saint-Pantaléon".[/quote]

Posté : lun. avr. 01, 2013 7:46 pm
par Rezzacci
Opération "Tous azimuts !"

Compte-rendu de l’opération « Tous azimuts »

Commandité par : le Comte Luigi Rapaccini, Chancelier des Comptoirs Stalagmantin
Réalisé par : Secret

L’opération avance bien. 4 millions de ducats de la fortune personnelle du Chancelier ont déjà été dépensé, ce qui nous a rendu propriétaire de 25% du territoire vallonnais.
Les fonds ont, bien évidemment, été utilisés pour l’achat de terrains, tout en laissant les cultivateurs usagers et récipiendaires du fruit de leur labeur, mais également pour la rénovation d’anciennes églises, l’entretien des écoles et des routes, et l’aide aux paysans pour l’optimisation, dans leurs vues, de leurs exploitations, et également à l’élévation de leur niveau de vie (entretien du réseau électrique et d’eau potable, de gaz, et cætera).

Tous les surplus agricoles des terres nous appartenant sont rachetés et envoyés aux comptoirs rivéens. Les moyens de communication vers l’extérieur sont également étroitement mais subtilement surveillés.

D’après une récente enquête d’opinion, 45% de la population estime que Stalagmanque peut devenir un suzerain somme toute acceptable, et est bien plus à même de convenir aux besoins des vallonnais. Ce pourcentage s’élève à 75% dans les populations rurales.
28% restent cependant attachés à leur indépendance, et disent qu’il ne fallait pas se délester de ce boulet de royaume fiémançais pour se lancer dans les bras de ces pourceaux stalagmantins.
Le reste (27%) n’a aucun avis sur la question, et ce chiffre augmente parmi les citadins.

Le gouvernement commence à devenir circonspect de l’évolution de la situation, mais ne réagit pas encore. Le peuple urbain commence à gronder de la pénurie croissante de produits de premier besoin, comme le pain ou le lait, mais les manifestations restent marginales.

Posté : ven. avr. 19, 2013 3:45 pm
par Rezzacci
Opération "Tous azimuts !"

Secret

Umberto de Mericci, greffier au service de la Chancellerie des Comptoirs Stalagmantine, et accessoirement bras gauche du comte Luigi Rapaccini dans sa conquête mercantile de l'île de Vallon, était dans son bureau, en train de remplir des formulaires et des lettres de recommandations. Ayant fait des stages et des voyages en Hylé et en Azude, il leur enviait leurs systèmes administratifs carrés, simples et efficaces. A Stalagmanque, toute demande de budget, d'aide, de conseil, de permission ou d'autorisation devait passer sous la forme de lettres manuscrites emplies de formules de politesses alambiquées aussi inutiles qu'encombrantes. On avait compris le concept de "procédure" sans y avoir incorporé celui d'efficacité. Ce qui donnait des charges de travail phénoménales.

Fort heureusement, il avait peu de demandes à faire. Les comptoirs fonctionnaient en une relativement bonne autonomie, la Compagnie Marchande emmenant marchandises et ramenant ducats. On faisait fortune, et l'éloignement des omniscientes Archives et de l'implacable Inquisition permettaient même un lger détournement de fonds et des corruptions assez négligeables, mais qui permettaient d'arrondir les fins de mois.

De plus, le climat sur cette île était admirable, bien plus doux qu'à Stalagmanque, et il jouissait mine de rien d'une vie très agréable. Les mercenaires maintenaient la sécurité autour du manoir loué par la Chancellerie et servant de quartier général, et les autochtones étaient très sympathiques.

Normalement, d'ici quelques jours, le Chancelier des Comptoirs demanderait une audience aux autorités gouvernementales du pays afin de négocier une reddition à l'amiable.

On toqua à la porte. Un greffier subalterne passa le bout de son nez avant même d'avoir obtenu une réponse.


« Monsieur, je dois vous parler.
-Je vous en prie, entrez donc. »

Le subalterne pénétra dans le bureau, un papier à la main, et l’air visiblement contrarié. Et si Umberto de Mericci n’était pas fin psychologue, son vis-à-vis savait si mal cacher ses émotions qu’il était impossible de ne pas voir qu’il était contrarié.

« Mais vous avez l’air contrarié, mon vieux ! Que se passe-t-il ?
-Il se passe, monsieur, que nos plans vont devoir subir un léger… Contretemps.
-Un contretemps ? Comment ça ?
-Eh bien… Il s’avère que quelques informations auraient filtré. On suspecte pour l’instant les mercenaires qui auraient trop bu et auraient eu la langue déliée par l’alcool. Toujours est-il qu’à présent, il est dit dans la gazette locale que Stalagmanque aurait des vues purement expansionnistes sur Vallon.
-Aïe… Est-ce que c’est si grave que cela ?
-Selon les informateurs, on a évité de justesse la révolte dans les villes, mais les citadins sont à bout. Les denrées fondamentales commencent réellement à manquer, et même si la plupart des gens n’y croient guère, certaines mauvaises langues ont trouver dans Stalagmanque le parfait bouc émissaire.
-Avons-nous toujours le soutien des campagnes ?
-Nous avons perdu douze pourcent d’approbation chez eux, et quatorze pourcent chez les citadins. Notre popularité est en chute, et risque fort de descendre davantage si nous ne faisons rien. Il faudrait redorer notre blason auprès des populations.
-Et comment faire ?
-Je ne sais pas, moi ! Je ne suis là que pour relayer les informations !
-Bref, quoiqu’il en soit, si je comprends bien, mieux vaut retarder l’entrevue du Comte avec le gouvernement, n’est-ce pas ?
-Ceci me paraîtrait préférable. En effet, dans ce pays, la décision risque d’être prise par plébiscite, et il nous faut le soutien de la population.
-Bien. Bien bien bien… Bon, merci, je vais avertir le Comte. En attendant, eh bien… J’ai une idée !
-Vous êtes sûr, monsieur ? Normalement, c’est le travail de M. le Comte, de trouver des idées…
-Bien sûr, mais ce rétrograde paranoïaque refuse tout téléphone portable, et le seul moyen sûr de le contacter sont les lettres. Ça prendra du temps. En attendant, eh bien… Je vais faire venir du pain et des denrées de base de Stalagmanque, et bradez-les aux populations des villes. Ils verront ainsi que même lorsque le peuple Vallonais est dans la tourmente, Stalagmanque ne les laissera pas tomber.
-Ce n’est pas un subterfuge un peu gros ?
-Pour les conspirationnistes, bien entendu. Ils crieront même au scandale, à la corruption. Mais le clampin de base, lui, ne verra que son assiette pleine et à prix bas. Si nous ne sommes pas ses sauveurs, nous ne serons plus les méchants tout du moins.
-Vous croyez que ça peut marcher ?
-Il y a intérêt. C’est votre tête qui est en jeu.
-Ma… ma tête ?
-Vous ne croyez quand même pas que je vais risquer ma place alors que vous pourriez le faire ? C’est à ça que servent les subalternes. Maintenant, ouste. »

Un peu désemparé et choqué, le greffier sortit pantois et pantelant. Umberto de Mericci, agacé de voir sa journée gâchée ainsi, sortit une feuille de papier pour écrire au Comte. Sacrebleu ! Et en plus, il devrait écrire à la Compagnie marchande pour qu’on lui envoie du pain. Encore des formulaires littéraires et des formules à ne plus savoir qu’en faire qu’il va falloir envoyer.
Il fulminait, et était carrément devenu furieux. Sa plume crissait sur le papier. Même s’il désirait de toute son âme que le projet réussisse – après tout, de nombreuses récompenses attendaient les fidèles serviteurs du Comte – une part infinitésimale de son être désirait que tout échoue. Uniquement pour que le subalterne qui avait gâché sa journée se voit lynché par Rapaccini.
Trois pas en avant, un pas en arrière. Espérons que ça n’ira pas plus loin…

Posté : dim. juin 09, 2013 12:15 pm
par Arios
Ressources spéciales qui s'importent sur la côte fiémançaise, depuis Saint-Pantalélon (San-Pantaléonu)

Châtaignes
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Saucisses de foie de porc, Figatelles
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Laines de mouton vallonais
[img]http://nsa33.casimages.com/img/2013/06/09/130609021413940725.png[/img]

Vin blanc du Vallon
[img]http://nsa34.casimages.com/img/2013/06/09/130609021523565285.png[/img]

Brousse, Fromage frais de brebis
[img]http://nsa33.casimages.com/img/2013/06/09/130609021657924191.png[/img]

Posté : mer. nov. 13, 2013 7:55 pm
par Rezzacci
Opération "Tous azimuts !"

Secret

Que ce soit du côté rivéens, et donc proche voisin, où les comptoirs étaient redevenus de facto indépendants, du côté stalagmantin, où l'on commençait à renifler les manigances de Rapaccini, où du côté vallonnais, qui s'affamait, les menaces et les risques arrivaient toujours plus nombreux. Beaucoup de conseillers disaient aux responsables qu'on avait atteint le point de non-retour, et que la rupture était aux portes.

C'est pourquoi Rapaccini avait enfin accordé aux responsables sur place de rencontrer le gouvernement vallonnais pour vérifier s'il n'y avait pas moyen d'avoir une reddition propre et nette, afin de pallier à tous les soucis qui passaient par Vallon et qui étaient regrettables, sans compter qu'il ne fallait d'un rien pour arranger la situation.

Umberto de Mericci regardait donc partir le messager, porteur de sa missive en direction du gouvernement vallonnais. Il espérait que tout pourrait se passer sans anicroche, et permettre enfin la fin de cette atrocité et cette absurdité que le comte Rapaccini maintenait fermement.

Posté : lun. janv. 12, 2015 9:15 am
par Arios
So vallonu e ne so fieru

[img]http://nsa34.casimages.com/img/2013/06/09/130609021523565285.png[/img]

Ils taillaient leurs vignes dans la précipitation, car les jours de février étaient court et les veillées commençaient tôt, loin de leurs femmes qui souvent travaillaient chez les Fiémançais, de l'autre côté de l'île, à Saint-Pantaléon.
Ils virent sur l'horizon apparaître des patrouilleurs, une demi-douzaine qui se rapprochaient de l'île. Ils crurent d'abord à l'arrivée de navires militaires fiémançais, dont l'île en accueillait de nombreux avant leur arrivée à Aigebrancune, ou leur départ pour les océans.
Mais ces navires étaient apparu à des endroits où ils était rare d'en voir, et surtout leur course cessa, ils s'immobilisèrent dans l'horizon bleu et froid.
Des chaloupes, principalement, et des hélicoptères leur firent comprendre qu'il s'agissait d'une invasion. La Rostovie ? crièrent certains, effrayés d'imaginer les futurs crimes de la Main Noire sur cette île. Déjà ils ramassaient leurs outils, et se précipitaient vers les mules que l'on chargeait, pour les plus économes d'entre eux, de boisseaux pour le feu. La Fiémance ? elle aurait entendu parler des rumeurs permanentes sur son éviction, et voudrait s'emparer de toute l'île pour mettre fin au règne des familles - ce qui au passage, aurait plu à de nombreux travailleurs privés ainsi de quelques impôts -. Certains eurent le temps de supposer qu'il s'agissait de l'Hellas, que l'on confondait impardonnablement et continuellement avec l'Hylè parmi ces couches populaires, ou bien des Orientaux venus ici par aigreur de n'avoir pas débarqué en Vespasie. Déjà les mules avaient pris les sentiers en direction des hameaux, où la rumeur avait eu le temps de courir, et où certaines femmes avaient attelé la charrette nécessaire à un exode vers les montagnes. Mais les hélicoptères, des Chouans bien de fabrication fiémançaise, tranchaient déjà le ciel au-dessus des vignes côtières, pour aller semer leurs combattants sur les hauteurs, ou dans les plaines non loin des bourgs, on les voyaient se disperser vers les différentes destinations de l'île.
Mais ces machines volantes, au bruit formidable, ne portaient pas les couleurs de la Fiémance.

Sur la plage, étroite et difficile à trouver, entre les blocs de granit qui lui faisaient comme une ceinture de chasteté face à tous les conquérants imprudents, des soldats étaient descendus de la chaloupe.
On plantait la bannière dessus la terre précautionneusement protégée de l'érosion par un muret de pierres sèches, là où des vignes attendaient le printemps.
Aucun villageois n'était plus là pour supputer sur les uniformes des envahisseurs. Si on avait entendu leur langue, peut-être aurait-on été rassuré.

Dans le même moment, et à la surprise des filles de joie, la Fiémance descendait les couleurs à Saint-Pantaléon. La ville cru un temps qu'elle serait, à nouveau et pour tous, San Pantaleonu. En fait, elle devenait pour d'autres une ville côtière, riche, mais qui ne porterait pas ce nom.
Elles s'étaient dévêtu à Saint-Pantaléon, elles se rhabillaient à Sanpantaleone.