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Posté : mer. nov. 18, 2015 8:51 pm
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 11 : Histoire d'un temps passé -[/bask]
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« Les fresques sont époustouflantes ! »
L’évêque, Jan et plusieurs ouvriers se tenaient, torches à la main, face à un mur décoré de fresques colorées et brillant sous l’effet de la lumière. L’exclamation du religieux exprima la pensée de tous les observateurs. Guidés par Jan, ils avaient creusé pendant des longues heures au pied de la colline pour déterrer l’entrée de la pyramide. C’était donc à travers une petite ouverture qu’ils avaient pu se frayer un chemin vers le cœur de l’édifice, toujours enterré sous des tonnes de terre. Là, ils étaient tombés sur une grande salle à colonnes au cœur de laquelle siégeait un sarcophage en pierre représentant une femme en habit royal. Le petit groupe ignora la sépulture car leur regard fut attiré par les fresques couvrant les murs du hall.
Ils représentaient en grande partie des paysages urbains, agraires et sauvages. On pouvait voir des cités avec des puissantes murailles en briques, contenant des maisons antiques, des temples ainsi que des tourelles et des pyramides. Les paysages étaient marqués par des grandes forêts et des nombreux animaux, parmi lesquels on comptait des chevaux grands et musclés, des lamas, des chèvres et d’autres animaux domestiques et sauvages. Des scènes maritimes montraient des vaisseaux qui défilaient, crachant de la fumée et abritant des hommes de toutes les couleurs. Beaucoup entre eux étaient enchaînés et leurs regards se tournaient vers les cités portuaires. A côté de chaque cité avaient été dessiné des suites de lettres, vaguement similaires à l’alphabet tarnois. L’évêque dit en voyant ces écrits.
« Jésus-Christ ! C’est du proto-tarnois ! »
Avec une voix hésitante, il lisait certaines descriptions.
« Voici la cité de Pa-Ris, la Lumineuse. 129 tourelles couvrent sa muraille, défense contre le Mal. »
Il tenta de lire le texte autour d’autres dessins, mais les lettres avaient été attaquées par l’humidité. Le religieux abandonna sa tentative de lecture et il conclut.
« C’est fascinant ! Nous avons ici la preuve de l’existence d’une civilisation antérieure aux peuples connus ! Et dire que les indiens se croient d'être les natifs de ces terres ! »
Jan s’agitait, quelque chose semblait l’inquiéter. Le jeune dit.
« Je sens une présence maléfique, c’est comme si quelque chose tenterait de prendre possession de mon esprit. »
« Que dites-vous ? » demanda l’évêque, inquiet par la réaction du mystique. Soudainement, Jan tomba au sol, son corps fut frappé de spasme et ses yeux devenaient blancs. L'esprit du jeune se perdit dans l’obscurité et il crut voir une créature se dresser devant lui. C’était un jeune homme aux traits durs, les cheveux et les yeux noirs ainsi que doté de deux grandes ailes obscures tombantes. La créature dit alors dans une voix inaudible aux simples mortels, mais parfaitement claire pour le mystique.
« Fuyez, pauvres fous ! Ces terres sont entre les mains d’un dieu d’outre-mer. Fuyez ou vous deviendrez les esclaves de sa volonté ! »
Jan se réveilla, ses yeux reprenant leur allure habituelle et son corps cessant de s’agiter. Il se tourna vers l’évêque et proclama.
« Nous devons partir ! Quelque chose de maléfique hante ces terres ! Ne perdons pas du temps ! Partons ! »
Le groupe obéit à l’avertissement de Jan. Ils prenaient vite quelques photos des fresques et décampèrent à vive allure. Une fois arrivé dehors, l’évêque crut sentir quelque chose de différent dans les terres qu'ils traversaient rapidement à dos de cheval. Les compatriotes qu’ils rencontraient semblaient apathiques, faibles et perdus à leurs tâches comme si une puissance étrangère avait pris possession de leurs esprits. Cela anima le religieux à accélérer la cadence et à voyager en direction de Hellington, loin des côtes et de cette étrange puissance envahissant les USP.
Posté : dim. nov. 29, 2015 10:49 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 12 : Le chant des anges -[/bask]
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La base de lancement de Wartown était en pleine agitation. Dans le centre de contrôle, les ingénieurs tarnois et rostoves s'ameutaient devant leurs ordinateurs ou procédaient à des dernières vérifications sur papier avec à travers les fenêtres une vue sur une fusée située à quelques centaines de mètres d’eux. L'engin n'était pas très différent de ceux utilisés dans le passé pour envoyer des charges dans l'espace, mais elle était la première fusée à jamais décoller de la péninsule tarnoise. Sa surface métallique était couverte d'une peinture blanche sur laquelle se trouvaient des signes cyrilliques rostoves. On pouvait aisément la confondre avec un des premiers missiles de la toute-puissante union communiste, au moins avant que la Main noire se saisisse de ce pays. Cependant, aux yeux des Tarnois elle était unique et précieuse. Elle était le premier engin destiné à être envoyée grâce à un moteur à combustion vers l'espace depuis la péninsule. Ce simple fait la rendait inestimable aux yeux d'un pays peinant à sortir de la crise économique et identitaire des années passées.
Depuis le Grand Chaos, le programme spatial tarnois était mort car le ciel s'était transformé dans un vaste champ de débris peuplé par ce qui restait du parc satellitaire de l'ancien monde. La chute de Philadelphie avait été de mauvais augures pour les explorateurs du système solaire et la Main noire avait fait perdre des décennies aux programmes de conquête de l'espace des grandes puissances en détruisant en un coup tous les satellites de la planète. Néanmoins, des nouvelles opportunités s'ouvraient avec la fin de la construction du spatioport de Wartown. Bien évidemment, le base de lancement n'était pas le seul projet en cours.
Le Gouvernement avait aussi investi massivement dans la conception d'une mais était resté très discret à son sujet. On ne voulait pas avouer que l'envoi de sondes et de satellites n'était qu'un projet du programme spatial tarnois, une première phase pour être plus précis. Dans l'ombre des ministères les plus puissants, on planifiait depuis au moins une décennie de procéder à un coup d'éclat politique. Ce projet était en partie coupable pourquoi les nombreuses tentatives de dompter l'arme atomique avait été financièrement sabotées. Chaque fois, des milliards de dollars étaient promis au développement de l'arme nucléaire avant que l'argent disparaisse discrètement en faveur des programmes spatiaux. C'est ainsi que le projet Manhattan avait été sacrifié pour construire l’accélérateur électromagnétique dans les années dix. Celui-ci fut au final un succès technologique mais il était incapable de satisfaire les ambitions secrètes des chefs d'état tarnois successifs. Il permettait au mieux d'installer des satellites voire de rêver de reconstruire une base spatiale internationale.
C'est alors que le Gouvernement tarnois post-Grand Chaos avait lancé un autre projet pour développer, en collaboration avec l'Azude, un moteur à réaction de dernière génération capable de faire quitter à un avion la gravité terrestre. Le prototype étant un succès et on avait décidé de se lancer dans la conception d'un deuxième modèle, plus grand et devant permettre d'atteindre l'objectif final. Néanmoins, à nouveau les autorités tarnoises étaient confrontées à des problèmes techniques. Quelques militaires avaient alors proposé de changer l'angle d'attaque d problème et l'idée d'une mission kamikaze avait était posé sur la table. On avait déjà envisagé cette procédure dans le cadre de la catapulte électromagnétique mais les autorités de l’époque avaient balayé du revers d'une main le projet affirmant que c'était une idée outrageante.
Tout cela était avant qu'un jeune ingénieur du nom d'Octavien Septimus, deuxième fils de feu Alexis Septimus, grand ingénieur de la Fédération d'Aquanox propose une autre idée : si on ne peut pas atterrir sur un corps céleste, alors pourquoi ne pas faire un abordage ? Les ingénieurs officiels rigolaient devant la proposition mais cela était sans compter sur le Premier Ministre tarnois qui se montrait fortement intéressé par l'idée du jeune scientifique. C’est ainsi que quelques heures avant le lancement de la fusée, Octavien Septimus entra dans le bureau du Premier Ministre. A travers la fenêtre on pouvait voir un grand clocher en style néo-gothique et une tasse de thé fumante posée sur la table de travail. Personne ne prit de protocole de cet entretien.
Au spatioport, c'est tard dans le soir que les derniers préparatifs arrivaient à leur terme. Vers minuit, alors que le ciel était d'un noir d'encre et parsemé d'astres argentés, la fusée décolla en projetant un feu infernal et une fumée noire et dense derrière elle. L'engin semblait se lever avec une certaine lenteur voire même lourdeur avant d’accélérer. Dans les bars et cafés de Wartown, où ce qu'il en resta depuis le Grand Chaos, les gens levaient le regard vers le ciel pour observer cette étrange lueur de feu se levant au loin. Certains craignaient le départ d'un missile annonciateur d'une nouvelle guerre mais la plus part se rendaient vite compte que c'était probablement une fusée au départ du nouveau spatioport. Après quelques minutes, la fusée disparue dans l'obscurité du ciel et s’élança dans les couches supérieures de l'atmosphère.
La fusée se projeta jusqu'à l'orbite basse de la planète pour arrêter ses moteurs à cette hauteur, suffisamment élevée pour ne pas retomber mais pas trop loin du sol. Là-haut, elle lâcha deux petits objets qui lentement se mettaient en orbite autour de la terre. C'étaient des satellites de communications civiles achetées à la Rostovie dans le cadre de la coopération économique et technologique entre l’Etat tarnois et elle. Après une demi-heure de mise en place, le premier des deux satellites projeta en direction de la Terre un signal radio. Un astronaute située près du satellite aurait pu voir depuis cet emplacement comment la lumière diurne avançait lentement en direction de la péninsule tarnoise, éclairant l'Est du Vicaskaran et commençant à illuminer la Mer orientale.
Au sol, un Soleil rouge et vif s'élevait à Orkmonkon sur la Mer orientale. Soudainement, des nombreuses radios allumées commençaient à émettre un son semblant venu de nulle part. Depuis le Grand Chaos, les gens écoutaient des chaines locales transmises par des stations émettrices régionales car il n'existait plus les moyens d'assurer la diffusion des ondes radios à l'échelle de toute la péninsule. Cela était entra de changer maintenant. Les gens déjà réveillés et cherchant comme à leur habitude des chaînes sur leur radio, tombaient sur la musique de l'ouverture de 1812 de Tchaïkovski. Le son était parfaitement audible, sans interférence et venait d'une fréquence d'habitude libre. La musique majestueuse se transmettait dans toutes les villes de l'Est de la péninsule, contaminant au fur à mesure le reste de la péninsule que les gens se réveillaient et allumaient leurs appareils. C'est alors que chaque fois que l'ouverture se terminait, les voix d'un chœur de moines résonnaient à leur tour, prononçant des mots sacrés et inoubliables. Le nôtre-père se répandait à son tour à travers les radios de la péninsule, résonnant bientôt même à travers les haut-parleurs dans les villes tarnoises, une attention des autorités publiques.
Vers midi, la péninsule était noyée dans cette musique et prière, la première fois que depuis le Grand Chaos un seul son et un seul message se transmettent de manière simultanée sur tous les territoires. Même à Borisk, ville fantôme tout à l'Ouest, une radio émettait dans une chambre vide et froide la prière et la musique avec la dernière énergie restante de ses batteries. C'était la première fois que la radio émettait un son sur cette fréquence depuis des années.
Un clochard assis dans un coin de la salle de ce gratte-ciel à moitié en ruines écoutait le son émis par l’appareil, observant à travers les fenêtres aux vitres brisées les gratte-ciels abandonnés et noyés dans la lumière de l'aurore. Son corps était épuisé et il avait allumé la radio afin de rompre le silence absolu l'entourant avec le grésillement de la machine. Il ne s'était pas attendu à recevoir de la musique sur cette fréquence et surtout pas un chant hérétique. Son histoire était bien triste car le laissé-pour-compte n'avait pas été retrouvé par l'Armée et ce pauvre homme pensait toujours être le dernier habitant de la cité alors qu'aux pieds de son gratte-ciel la vie reprenait son cours. Il ne pouvait donc pas comprendre comment une telle musique pouvait être diffusée sur une fréquence morte depuis des années.
Terré dans le bâtiment, la nuit avait été longue et froide pour lui, épuisant son vieux corps. Incapable de réfléchir d'avantage, il s'assoupit, entendant vaguement les mots « et ne nous soumet pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal. » avant de lâcher son dernier souffle. Il sera retrouvé deux mois plus tard par une équipe de démolisseurs, la radio sera muette et l'histoire du pauvre bougre oublié par tous. Quittant le corps, l'âme du clochard s'éleva au-dessus la cité et se dissolue pour quitter les quatre espaces du Simpo-Monde. Elle franchit le seuil de l’espace-temps en entrant dans le temple de son créateur. Jugée noble et apte, elle fut autorisée à se réincarner. L’âme quitta ainsi l’auguste édifice et se lança dans une nouvelle aventure.
Posté : mer. déc. 02, 2015 10:46 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 13 : Danse parmi les loups -[/bask]
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Le Cabral était un grand pays de l'Est du Vicaskaran situé au Sud du Khaldidan. Proche de l'Empire septentrional, le chef d'état de ce pays en plein développement avait décidé de mettre sa nation sous le protectorat du puissant voisin nordique. C'était une décision qui était propre au pays et qui sans aucun doute allait condamner cette contrée à devoir jouer de manière subtile dans le concert des nations du Vicaskaran. Afin de célébrer cette nouvelle alliance, le gouverneur du Cabral, un certain François Chevalier, avait invité les ambassadeurs des pays voisins pour un grand bal. Une invitation avait été envoyée à l'adresse de la Fédération, contrée qui juridiquement n'existait plus mais le nouveau gouvernement à Titanua avait fait fi de ce petit détail en recevant la lettre. Beaucoup à Titanua considéraient que cette invitation, plus informelle qu'officielle, était probablement destiné à pouvoir permettre au chef d'état du Cabral de vanter l'esprit de concorde de sa nation avec ces voisins et qu’il n’était pas vraiment attendu à ce que les Tarnois se déplacent au Bal de la Confédration. Sans aucun doute que le gouverneur Chevalier ne s'était pas attendu à ce que cette invitation soit prise au sérieuse et de se trouver avec quelqu'un de complètement imprévu aux festivités.
Le bal était entra de commencer quand une ultime voiture arriva à l'entrée du palais. Elle était tirée par deux cheveux noirs comme la nuit et aux crinières d'un bleu obscure. Quand le véhicule s'arrêta à l'entrée, un homme et une femme en sortirent. La plus part des personnes présentes sur place ne reconnaissaient pas le couple et n'avaient probablement même pas entendu leurs noms. Pourraient-ils seulement les prononcer correctement ? Cela n'avait pas d'importance. Les deux Tarnois s'avancèrent et montèrent les marches conduisant au somptueux bâtiment qui abritait les festivités. C'est alors que dans le grand hall central, l'homme et la femme, vêtus dans des tenues de gala, firent leur apparition à l'entrée et qu'un des serviteurs proclama leur arrivée dans l'illustre assemblée composée de grands et petits dignitaires. L'homme était jeune, dans la trentaine ou la quarantaine probablement, avec des yeux d'un bleu saphir, les cheveux blonds et la peau claire. La femme avait des longs cheveux tressés noires, la peau cuivrée et les traits dignes des derniers descendants des vicaskarindiens. Le majordome annonça alors.
« Messieurs et mesdames, le Premier Ministre de la Principauté tarnoise, Topias Savela et son épouse, la princesse honoraire de la Rekanie, Ara Huampa. »
Certains jetaient des coups d’œil curieux, d'autres au contraire laissaient entrevoir des regard furieux voire même outrés. Se tenant au bras de son époux, Ara dit à Topias dans un doux chuchotement et en quechua.
« L'ambassadeur du Khaldidan semble hors de lui...nous semblons avoir fait une bonne entrée. »
Le Premier Ministre jeta un regard au diplomate et inclina respectueusement la tête en respect pour l’ambassadeur en laissant en même temps passer un sourire provocateur. Il répondit à sa femme, à son tour en langue inca.
« Il aurait été bien malpoli de refuser cette invitation surtout si elle nous permet de visiter le nouveau fief de ce bon empereur Padisha. »
Il ajouta immédiatement.
« Ne trouves-tu pas qu'il manque quelque chose ici ? Ah oui ! Je n'ai pas encore vu de journalistes pendus ou écartelés. Les Khaldidanais se laissent aller ces derniers temps… »
« Ne t'inquiète pas, ils en commenceront bien assez tôt. Ils débutent par piller les ressources du pays et ensuite ils imposent leur religion et leur doctrine. Ne les condamnons pas car notre peuple a le malheur d'être confronté au problème inverse ; ce sont nos vassaux qui nous imposent leurs mœurs et leurs lois. » dit-elle avec une pointe d'ironie. Elle le faisait avec humour, car elle était elle-même catholique, référence au fait que la Nueva Esperanza avait était la base logistique pour conduire la conversion de la péninsule tarnoise au christianisme. Un politologue avisé lui aurait certainement donné raison sur le fait que la Nueva Esperanza avait non seulement bien profité de l'occupation tarnoise mais était devenue le foyer intellectuel de la nouvelle élite de cet empire qui se cachait derrière le nom de principauté.
Le couple arriva au cœur du hall et se joignit aux notables et aristocrates qui avaient déjà commencés à danser. L'orchestre en charge faisait résonner une musique des plus classiques qui soit possibles. C'était probablement une valse lochlannaise ou quantarienne voire peut-être composée dans les lointaines contrées du Thorval.
Topias ne s'y connaissait pas en musique classique car c'était son épouse qui avait passée plusieurs années à la cour du Numancia et qui jouissait d'une formation aristocratique digne de ce nom. Il pouvait détenir les honneurs politiques mais des deux, c'était Aya qui avait la position sociale la plus élevée. Elle faisait partie de cette population indienne qui s'était alliée aux Tarnois durant les conquêtes d'Orkmon III en servant comme masse de haut-fonctionnaires dans l'administration des provinces orientales, dénomination qui comprenait la région de l'Icario et du Java. Après l'invasion du Numancia et la perte de l'Orient, beaucoup d'indiens avaient été massacrés mais quelques familles avaient trouvé refuge dans la péninsule tarnoise avec les millions d’autres réfugies tarnois. Beaucoup de ces Indiens avaient tissé des liens de sang avec les grandes familles tarnoises, arrivant ainsi à intégrer ce groupe social mal défini qu'était l'élite impériale, une forme d'aristocratie poreuse et plus ou moins méritocratique. Aya, elle, était le produit final de cette fusion entre les indiens du Haut-Nord vicaskaran et les indiens des plaines du Vicaskaran austral. Lointaine cousine des van Tarnos, elle aurait été en Alméra une duchesse ou une comtesse.
Le couple dansait avec tous les autres en profitant d'un bal qui devait célébrer la victoire du Khaldidan. Cependant, les deux ne fêtaient pas pour cet empire aux traits dangereusement ambigus même si aucun des deux n’avait quelque chose sur le plan personnel contre l'Empereur et ses territoires. Leur danse était consacrée à autre chose : un avenir pour leur peuple loin des considérations politiques quotidiennes, ce rêve d'un lendemain plus doux et savoureux que les jours sombres de la Révolution et de la Grande Guerre du Vicaskaran.
Topias jeta un rapide regard autour de lui, observant avec une certaine admiration l'apparat du hall. Malheureusement, le Cabral était un pays assis sur une poudrière sociale qui pouvait en tout instant exploser. Savela ne pouvait donc pas retenir une question.
« Tu penses que ce palais survivra quand ce pays succombera à la Révolution »
« Pourquoi une révolution ? Le changement peut se faire en douceur. » dit Aya, peu convaincue par ses propres paroles. C'est à quoi Topias ajouta.
« Des millions de gens tenues en esclavage par une élite au nom de principes racistes ? Comment est-ce que tout cela ne pourrait pas se terminer dans la violence et le sang ? A-t-on déjà vu des maîtres d'esclaves affranchir leurs victimes volontairement ? Ce pays ne pourra pas s'industrialiser sur le dos des esclaves où uniquement au prix de la pire répression. Les esclaves se révolteront inévitablement. »
Aya ne disait rien. Elle n'était pas d'accord avec son mari ou elle ne voulait pas croire que le scénario du pire était inévitable. Certes, le Cabral était une société brutale, raciste et peu encline à l'ouverture d'esprit mais en pouvait-on lui tenir rigueur ? Elle était le fruit d'une longue évolution combinée aux importations des pires idées venues de l'Alméra. Le Cabral était une terre contaminée par la pensée réactionnaire de l'Alméra moderne et comme un corps dont le sang était empoisonné, il faudrait beaucoup de temps pour faire guérir ce patient. Néanmoins, le pouvait-il ? Les grands penseurs de la Révolution bleue avaient tout tenté pour casser le système des trois races de l'Empire tarnois. Tout, absolument tout avait été essayé mais sans succès. Plusieurs millénaires d'évolution sociale ne pouvaient pas être balayés par un trait de crayon. Comme les communistes rostoves avaient échoués à exterminer l'orthodoxie ainsi les révolutionnaires tarnois avaient été vaincus par la Grande Roue.
Posté : mer. déc. 23, 2015 10:33 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 14 : Une promenade stratégique -[/bask]
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Les jardins du Palais impérial avaient été envahis au fil des ans par la mauvaise herbe, les buissons et quelque fois même par des animaux sauvages. Il ne restait plus beaucoup de la gloire des espaces verts de la résidence impériale mais même dans cet état de sauvagerie avancée, les jardins restaient un lieu apte aux longues promenades. Beaucoup de notables préféraient passer leur temps libre dans les jardins mieux entretenus du bas de la vieille-ville mais pas le prince Oroskon. Il trouvait du réconfort à traverser les chemins ensablés, observant les oiseaux faire leurs nids sur les statues antiques et la végétation prendre le dessus sur ce qui avait été jadis une chef d’œuvre civilisatrice.
Depuis quelques semaines, le Prince avait pris pour habitude de faire ses promenades en compagnie d'une jeune donzelle venue de la lointaine Alméra, une jeune dame du nom de Helle-Marie de Tarnlund. Elle faisait partie de l'aristocratie du Thorval, un pays dont la souveraine avait une forte influence sur le clergé tarnois et en conséquence aussi sur le Parlement péninsulaire. Ce n'était donc surprenant à ce que des nobles du Thorval se sentent assez à l'aise pour faire le voyage vers le Vicaskaran et venir présenter leurs jeunes filles au prince célibataire.
C'est ainsi qu'il y a un mois, un émissaire de la famille de Tarnlund était venu et avait présenté la jeune dame à la Cour tarnoise, une assemblée composée surtout par des moines franciscains, des prêtres et des fonctionnaires qui voyaient tous soudainement arriver dans cet antre de la catholicité monacale une jeune créature septentrionale. Sans aucun doute que cela avait dû être un choc pour ces braves gens mais aussi pour Helle-Marie qui venait d'arriver dans un endroit si austère à première vue. Il fallait dire qu'on était loin des splendeurs de la cour des Kansteltans dont les voyageurs almérans avaient fait le récit dans le passé. A l'heure actuelle, il n'avait presque pas de spectacles à la Cour mais un nombre incalculable de messes et de cérémonies mélangeant des coutumes païennes avec la théologie catholique la plus radicale. C'était une conséquence directe de cette conversion en masse et par le bas de la péninsule. Les moines des ordres mendiants avaient été au premier front durant ce qui avait été une véritable conquête religieuse. Ils se retrouvaient désormais comme les pères fondateurs d'une nouvelle église, bien plus radicale et militante que celle du continent alméran.
Cependant, le Prince n'était pas accompagné cette fois par Helle-Marie. Le jeune homme marchait sur les chemins du jardin avec à ses côtés l’archevêque de Nueva Esperanza qui était venu quelques jours à Titanua sous la demande du souverain. Les deux hommes accomplissaient tranquillement leur promenade et parlaient sur les plus récentes actualités.
« J'ai entendu dire que Votre Altesse profite de la présence de la demoiselle de Tarnlund ? Vous faites un bon choix. C'est une personne non seulement de bonne naissance mais qui pourra vous être d'une grande aide. »
Aucun des deux promeneurs était ignorant du fait que Helle-Marie de Tarnlund n'était pas venue pour simplement visiter le Vicaskaran. Tout le monde savait que son père l'avait fait entreprendre le voyage et fait présenter à la Cour dans l'esprit de proposer un mariage entre sa maison et celle des Tarnos. C'était un acte hardi mais qui semblait porter des fruits. Le Premier Ministre, l’Archevêque et le Prince avaient longtemps discuté sur la personne pouvant faire une bonne partie pour un mariage qui semblait devenir chaque jour plus nécessaire pour renforcer la dynastie. Bien évidemment, chaque acteur avait d'autres motivations. Le Prince désirait épouser une femme pour laquelle il pourrait avoir le plus élementaire des sentiments d'affection, le Premier Ministre voulait un mariage favorable sur le plan géopolitique et l’Archevêque désirait avant tout promouvoir la candidature d'une femme de bonnes mœurs et instruisant avec efficacité la Foi aux futurs enfants.
Bien évidemment, beaucoup de possibilités avaient été étudiées. Certains avaient proposé le mariage avec la dynastie de Raksasa ou du Khaldidan mais les récentes évolutions géopolitiques avaient rendu un tel mariage fort peu probable. L'arrivée de Helle-Marie de Tarnlund avait donc résolu une partie du problème car le Prince semblait visiblement l'apprécier et les deux autres personnalités avaient pu se mettre d'accord sur le fait que l'alliance avec une famille du Thorval était autant bénéfique sur le plan géopolitique qu’au niveau religieux.
Les deux promeneurs passaient à côté de trois cyprès ensauvagés par le temps et le manque d'attention de jardiniers compétents. C'est alors que l’archevêque demanda au Prince.
« Vous semblez songeur. Est-ce que vous rencontrez des difficultés avec le Premier Ministre ? »
Le Prince répondit.
« Pas vraiment. Mes inquiétudes se portent plutôt sur la situation géopolitique. L'Internationale Communiste semble augurer une radicalisation des politiques étrangères des pays socialistes. Cela n'est aucunement une bonne nouvelle pour notre contrée. Nous tenons face à l'Axe impériale avant tout grâce au soutien du monde socialiste et ce conflit ne semble pas prêt de prendre fin surtout si on observe l'attitude du Khaldidan. Des fois je demande si nous ne devrions pas envisager de rejoindre une des organisations de la troisième voie pour sortir de cette position entre le marteau et l'enclume. »
Le prêtre garda un silence pensif pendant une minute avant de répliquer.
« Il est vrai que le comportement du Khaldidan est regrettable. Leur refus d'accorder une chose aussi élémentaire comme l'accès à l'espace aérien montre qu'ils sont plus sous l'influence raksase que supposé. Peut-être que le Gouvernement devrait-il mettre fin aux licences accordés aux compagnies aériennes du Khaldidan et du Raksasa ? Des concurrents prêts à reprendre ces licences ne devraient pas manquer. En général, il me semble être temps d'avoir une approche plus radicale et surtout plus agressive à leur encontre car la douceur a échouée. Cela pourrait être une aubaine pour des pays comme l'Hokkaido, le Wapong et le Mayong qui remplaceront le Raksasa dans tous les domaines que vous jugerez nécessaire.
En ce qui concerne le problème géopolitique, il est difficile de vous donner une réponse claire et avisée. Notre contrée a toujours été entre les deux blocs et cela nous n'a pas toujours été favorable. Cependant, nous devons cultiver notre alliance avec la Rostovie quel que soit la situation car ce pays nous a soutenu même dans les heures les plus sombres. Néanmoins, rien ne vous empêche d’intégrer une structure tierce pour faire sortir notre pays du viseur des deux superpuissances. La Fédération technocratique serait par exemple un bon choix car c'est une association avant tout tournée vers les projets scientifiques et la hausse du niveau de vie de la population, deux objectifs qui vous tiennent beaucoup à cœur, selon ce que je sais. »
Le Prince écouta avec attention les paroles du prince de l’Église et réfléchit aux conseils du vieux prêtre. Il était d'accord avec lui sur le fait que la politique d'apaisement par rapport au Raksasa et au Khaldidan avaient visiblement échouées. Désormais, le temps semblait venu d'avoir une approche bien plus conséquente par rapport aux deux empires.
L'idée de rejoindre la Fédération était sans aucun doute une suggestion originale mais pas entièrement farfelue. Après tant de malheurs, le prince Oroskon VI désirait conduire une politique mettant au centre le progrès et l'augmentation du niveau de vie des centaines de millions de Tarnois. Sa conclusion fut donc qu’il devrait engager des premières discussions avec les autorités de la Fédération technocratique pour juger l'intérêt et la faisabilité d'un projet d’adhésion.
Posté : dim. févr. 28, 2016 7:44 pm
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 15 : Dans l'ombre de Borisk -[/bask]
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Le quartier-général de la Xème Division se trouvait situé à une dizaine de kilomètres des premières maisons de la banlieue de Borisk. Depuis le camp, on pouvait voir les gratte-ciels défenestrés et tombant lentement en ruines du Downtown. Il y avait aussi une drôle odeur dans l'air, un soupçon de pourriture qui semblait être porté par le vent depuis la cité. Certains suggéraient que c’était l'odeur des victimes du Grand Chaos restées coincées dans la ville ; d'autres, plus pragmatiques, avançaient l'idée que les égouts de Borisk étaient régulièrement débordées, faisant remonter à la surface les derniers vestiges de la civilisation pré-Grand Chaos. Quel que soit la vérité, les gens évitaient de vivre à proximité de cette cité. Néanmoins, même s'ils avaient voulu, ils n'auraient pas pu car l'Armée fédérale veillait avec beaucoup de soin à ne pas laisser entrer des civils dans l'ancienne cité. Toute l’agglomération était devenue depuis quelques années une zone militaire.
Karn Belm se trouvait en face du général Xark, chef de la dixième division, dans ce qui était le bureau du militaire. La chambre était exiguë et l'air lourde. Il y avait à peine la place pour une table de travail et deux fauteuils. Le reste de l'espace était monopolisé par des armoires d'archivage et une petite fenêtre offrant un peu de lumière de jour. Le vieux militaire observa l’archevêque avec méfiance et lui dit sans aucun remord.
« Je suis désolé de devoir vous annoncer que votre requête est refusée. Vous ne pourrez pas entrer dans la ville de Borisk. »
Le prêtre fut visiblement irrité et répliqua.
« Je vous l'ai déjà expliqué trois fois, je dois trouver un document d'un intérêt stratégique pour notre pays. »
Il se décida alors à sortir une autorisation signée par le Premier Ministre et la posa sur la table de travail. Le chef militaire y jeta un regard rapide avant de réaffirmer.
« Certes, le Premier Ministre vous autorise à accéder à tout lieu pour trouver votre fameux bouquin, mais une telle autorisation ne peut pas outrepasser les restrictions qui pèsent sur Borisk. Uniquement des militaires armés et équipés peuvent entrer dans cette ville. »
« Je ne le comprends pas. Nous avons juste besoin d’accéder au Musée de Borisk pour trouver un exemplaire de l’œuvre de Ghoron de Sylvatrie sur les chroniques de Thony Leranon. Comment pouvez-vous refuser à un représentant du Gouvernement l'accès à cette ville ? » expliqua Belm. L’entêtement du militaire commençait lentement à l’exaspérer. Le général Xark prit son temps, réfléchissant calmement avant de demander.
« Nous avons des excellentes raisons de ne pas vous laisser entrer dans la ville. Peut-être que nous pourrions faire une exception pour le centre-ville, mais le Musée est en basse-ville. Je pense que le Premier Ministre pourra vous expliquer les raisons pourquoi on vous refuse l'accès. »
« J'ai été à la tête du Gouvernement moi-même. Je veux connaître les raisons, maintenant. » insista Belm. Le militaire lâcha alors.
« Bien, si vous insistez. Je pars du principe que vous êtes soumis au respect de la confidentialité sur ce sujet. C'est relativement simple : la basse-ville est exposée à une contamination radioactive. »
L’archevêque s'exclama.
« Quoi ! La centrale nucléaire est compromise et vous me le dites cela ainsi ! »
Le militaire attendit que le prêtre se calma et lui expliqua.
« La centrale est en bon état...aussi bien que puisse être une installation ayant tenu le choc du Grand Chaos. C'est juste que le dépôt des déchets a été inondé en 2023. Depuis, la basse-ville est un véritable étang radioactif. Bien évidemment, nous avons pu contenir les fuites, mais il vous suffit de tomber à l'eau pour recevoir une sacrée dose de saleté. C'est pour ça que nous ne voulons pas de civils dans le secteur et surtout pas des gens sous-équipés. Le musée, les archives militaires et le Palais présidentiel sont ainsi condamnés. Et même si vous pourriez y aller. A quoi bon ? Ce secteur est inondé depuis le tsunami de 2023. Les livres du musée ont depuis longtemps finis dans l'estomac d'un poisson à trois yeux. »
Karn Belm faillit s'évanouir. Inondé ? Le musée ? Alors tout était perdu. Le religieux se laissa tomber dans le fauteuil. Le militaire sourit malicieusement avant d'ajouter, avec un plaisir certain de voir ce religieux ennuyeux affaissé.
« Cependant, je sais que le Musée a été évacué avant l'inondation. Les livres ont donc été récupérés. »
L’archevêque leva la tête et demanda immédiatement.
« Ils sont où ? »
« Bonne question. La plus part des objets ont été vendus, mais je suis certain que nous pourrons vous donner le nom de l'acquéreur. La liste doit traîner quelque part. L’archiviste du camp pourra sans aucun doute vous aider. »
Une petite heure plus tard, Karn Belm se retrouva face à un militaire dans ce qui semblait être l'archive central de la garnison. Le jeune sayaken tenait devant lui un grand registre composé de centaines de pages. Au contraire du général, l'archiviste n'avait pas posé de véritable problème au prêtre. Il avait rapidement accepté de lui dire où se trouvait désormais le livre de Ghoron de Sylvatrie à condition de le laisser consulter le registre.
Il n'était pas très simple de retrouver le dit livre car celui-ci pouvait être catalogué sous plusieurs noms. Le registre n'avait pas un système uniforme et comme tout devait être mis sur papier, internet n’existant plus depuis le Grand Chaos, la tâche était fastidieuse. Ainsi, un livre pouvait être catalogué par son titre, le nom ou prénom de l'auteur voire même d'un intitulé plus prosaïque comme « livre » ou « amas de papier ». Les soldats sayaken n'étaient pas connus pour leur créativité en matière de classification. Il fallait ainsi chercher parmi des dizaines de catégories aux noms les uns plus farfelus que les autres. Cependant, après un travail minutieux, le jeune soldat dit à l’archevêque.
« Le voilà. La transcription de Ghoron de Sylvatrie a été vendue à un certain Varjo Aurinko, habitant à Nagwon et selon les informations retenues, c'est un homme d'affaire spécialisée dans l’agro-alimentaire. Vous ne devriez pas avoir trop de peine pour le retrouver, mais je peux vous donner son numéro de téléphone en cas où. »
Après avoir noté le numéro du dénommé Aurinko, le soldat donna le papier à l’archevêque qui s'en saisit et qui après un bref remerciement quitta l'archive d'un pas sûr. Décidément, la quête pour ce livre était entra de prendre des proportions inattendues, pensa le prêtre. A l'air libre, Karn Belm réfléchit quelques secondes s'il devrait se mettre immédiatement en route vers le Mayong. Il hésitait car peut-être qu'il n'était pas idéal à ce qu'il y aille en personne. Devrait-il envoyer quelqu'un d'autre ? Une personne plus jeune et plus capable de gagner la confiance de l'homme d'affaire en question ? L’archevêque pensa immédiatement à son novice. Sans aucun doute que celui-ci ne dirait pas non à l'occasion de pouvoir voyager au Mayong surtout si cela incluait un vol en avion. Après, il faudrait aussi qu'il ait les fonds pour racheter le livre si l'homme d'affaire accepte de s'en séparer.
Karn Belm quitta le camp militaire pour se mettre en route vers Titanua. Il devait discuter au plus vite avec le Premier Ministre pour lui faire le rapport sur la situation et aussi avoir les fonds pour la suite des opérations. Belm ne savait pas encore qu’une véritable course contre la montre politique était entra de s’engager à Titanua.
Posté : ven. mars 04, 2016 10:09 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 16 : Shadow -[/bask]
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La villa de Varjo Aurinko était située dans un quartier érigé sur les collines avoisinantes de la ville de Nagwon City. C'était l'endroit le plus sélect et le foyer d'un grand nombre de nouveaux-riches et de stars plus connus que talentueux. Pendant que les ouvriers s'entassaient dans les tours de Nagwon, la classe superbe de la capitale du Mayong se prélassait aux bords de ses piscines à l'eau cristalline, feintant d'ignorer tout sur la misère humaine se jouant à quelques kilomètres d’eux.
La demeure d'Aurinko n'était pas conçue dans le style moderne des bâtisses voisines, mais formait un syncrétisme entre l'architecture tarnois et les exigences de la modernité. Le toit était composé d'une multitude de petites coupoles en bronze dont la rouille donnait cette couleur bleu-vert caractéristique. Des colonnes sonyïques ornaient les abords des murs en briques qu'on avait couvertes avec une couche d'enduit blanc. Les fenêtres étaient également en style tarnois. Elles avaient le haut arqué et prenaient au moins la moitié de la hauteur du mur afin d’offrir un maximum de lumière à l'occupant.
C'est ici que le novice de Belm Karn avait été envoyé. Sa mission ? Négocier avec Varjo Aurinko pour racheter l’œuvre de Ghoron de Sylvatrie. Ce dernier, un riche entrepreneur avait accepté d'accueillir le jeune moine dans sa demeure pour discuter sur un rachat du livre. Il s'était avéré qu'Aurinko n'était pas foncièrement opposé à l'idée de se séparer du livre qu'il avait acquis pour une bouchée de pain durant le Grand Chaos. Le jeune homme frappa ainsi à la porte et celle-ci s'ouvrit quelques secondes plus tard. Le visage d'un vieux makaran ridé se présenta à lui vêtu d’un uniforme de domestique noir.
« Monsieur Beletrix, je suppose ? » demanda le majordome.
« En personne. » répondit le novice. Il avait mis un costard-cravate pour cet entretien et le tissu le gratta légèrement. Malheureusement, il ne pouvait pas se soulager maintenant qu'il était observé par le domestique. Le majordome lui dit alors.
« Veuillez me suivre. Monsieur Aurinko vous attend. »
Le moine entra avec le domestique dans ce qui devait être le salon. Les murs étaient ornés avec des tableaux encadrant des peintures tarnoises. Des grandes vitres offraient aussi une vue particulièrement impressionnante sur la cité de Nagwon.
C'est alors que son hôte apparut en descendant un escalier. A la surprise du jeune religieux, celui-ci n'était pas un vieux patriarche, mais un homme dans la trentaine et sportif. Il était imberbe et avait les cheveux coupés courts. Il était visiblement Nameken et portait un débardeur et un pantalon noir. Cependant, ce qui attira le plus l'attention du novice fut son bras droit. Là ou devrait se trouver un membre en chair et os, le novice vit un bras cybernétique. Son hôte remarqua cela et l'expliqua.
« Un don du professeur Septimus. On n'en fait plus de telles prothèses à notre époque. Nous avons vraiment perdu beaucoup avec son décès. »
Il marqua une pause avant d'ajouter.
« Vous pouvez m'appeler Varjo...ou Shadow, cela revient au même. »
Le moine fut surpris par cette familiarité. Dans un premier instant, il ne comprit pas le rapport entre Varjo et Shadow jusqu'à ce qu'il se souvienne que Varjo signifiait en tarnois ombre. C'était assez intelligent de reprendre son correspondant anglais dans un pays comme le Mayong, pensa le moine. Probablement que cela était plus facile à comprendre pour les interlocuteurs de l’homme d’affaire.
Le novice fut arraché de ses réflexions quand Shadow l'invita à s'asseoir dans le salon. Il prit alors place sur le sofa en cuir noir et jeta un regard rapide autour de lui. C'est alors qu'il remarqua près d'un des murs, un grand terrarium dans lequel se trouvaient des plantes aux pétales géantes et bleues. Son hôte l’expliqua, toujours à l'affut du regard de son invité.
« Matkustava kasui, la plante du voyage. Les feuilles sont particulièrement toxiques, mais un bon pharmacien peut en extraire un puissant hallucinogène. Les prêtres novunistes utilisent ses feuilles pour leurs méditations. Je la trouve assez belle. »
Le novice avait entendu parler de cette plante. On disait qu'elle poussait dans les terres près des Montagnes orientales, mais la plus part des gens connaissaient presque rien sur elle. Il y avait un désintérêt général assez grand pour ce type de fleurs. Celles-ci faisaient parties des millions de plantes existantes dans la péninsule et dont la plus part n'avaient même pas encore été cataloguées. A quoi bon donc porter de l'intérêt pour une fleur, certes belle, mais sans aucun intérêt médical notable ? C'était au moins ce que pensait le moine. Shadow était d'un tout autre avis.
« Vous êtes donc intéressé par l'œuvre de Ghoron de Sylvatrie ? » demanda l'hôte. Le novice écouta en observant une épée accrochée au mur au-dessus de Shadow. La lame d'un bleu clair révélait qu'elle était composée d'un alliage mélangeant fer et théodian. Le moine avait toujours cru que des tels alliages ne se faisaient plus depuis des lustres. Pour une raison inconnue, personne n’avait retrouvé la bonne procédure. Cette arme devait valoir plusieurs millions de dollars à elle seul, pensa le novice. Cet objet le permit de constater que toute la maison était décorée avec des reliques d'une valeur inestimable. Ce jeune homme n'était pas seulement un homme d'affaire à succès, mais aussi un avide collectionneur d'antiquité, jugea le moine.
« Oui, comme vous savez, ce livre appartient au Musée de Borisk. Il semble donc normal qu'il revienne en main publique surtout après avoir été vendu dans des conditions n’étant pas optimales. » fit remarquer le novice à quoi Shadow répliqua.
« Si je ne me trompe pas, le dit musée est à cinq mètres sous l'eau ? Je doute donc qu'il ait beaucoup de monde pour réclamer son retour dans cette institution. Après, on peut s'interroger sur la pertinence de dénoncer les conditions de vente. Le Gouvernement provisoire en a tiré un bon profit, surtout dans le contexte du Grand Chaos. Néanmoins, je suis bon joueur. Je suis prêt à le restituer à votre gouvernement contre une juste compensation. »
« Le Gouvernement est prêt à négocier une somme convenable. » dit le novice. Shadow leva la main pour l’arrêter et précisa.
« Oh, l'argent ne m'intéresse pas vraiment. Il ne se refuse pas, mais je trouve qu'il existe des choses correspondant mieux à la valeur de ce livre et étant également moins coûteux pour votre administration. »
Après une courte pause, il proposa.
« Je pense qu'une concessions portuaire à Namikon serait une juste compensation pour une œuvre d'une aussi grande valeur. Cela me permettra de développer mes affaires dans la ville des seigneurs. Bien évidemment, je ne demande pas toute, mais seulement une petite part du port. Juste quelques entrepôts et un quai. Cela devrait vous sembler non seulement convenable, mais aussi intéressant, n'est-ce pas ? »
Le moine réfléchit à la proposition. Elle semblait honnête, mais il n'avait pas reçu de mandat pour négocier un tel accord. La compensation devait être uniquement de nature pécuniaire. Cependant, la perspective de pouvoir régler l'affaire sans devoir dépenser des millions de ryaïns était séduisante. Pourquoi pas à la fin ? Cela ne devait pas être une grande affaire de permettre à cet homme d'acquérir quelques vieux entrepôts et un point d'amarrage, pensa le novice. Il répliqua alors.
« Très bien. Je ferais part de cette proposition au Gouvernement. Je pense qu'il acceptera. »
Shadow se leva alors, sourit et proposa au novice de boire un verre d'un vieux vin fiémançais qu’il sortit d’une armoire à vin. Le moine accepta timidement, jugeant propice de ne pas heurter son hôte surtout que l'affaire était conclue. Il quitta la villa une heure plus tard, légèrement étourdi, mais fier d'avoir pu accomplir sa mission.
Posté : jeu. mars 17, 2016 11:46 pm
par Amaski
[spoiler="Remerciements"]Merci à Maxima pour avoir accepté de céder l'avatar de Robb.[/spoiler]
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 17 : Le mariage royal -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/671642RobbwedsTalisa145825820240039.jpg[/img][/center]
L'Arkenbaum était l’arbre le plus ancien de Titanua. Personne ne connaissait son âge exact, mais on affirmait que les premiers Tarnois venus s'installer dans la région l'aurait déjà découvert sous sa forme actuelle. D'autres affirmaient que l'arbre ne devait avoir que quelques siècles, mais personne pouvait le prouver. Il aurait fallu l'abattre pour en savoir d'avantage, mais personne n’aurait pu imaginer commettre un tel sacrilège. L'Arkenbaum avait une aura sacrée et était le plus grand des arbres de la péninsule tarnoise. On le considérait comme le Père des Arbres et beaucoup de sectes l'avaient voué un culte au fil des siècles. Quelques rares adorateurs venaient encore pour faire des sacrifices aux pieds de ces racines qui s’enfonçaient dans les profondeurs de la terre.
Le paysage autour de l'Arkenbaum avait bien changé depuis les temps les plus anciens. L'arbre était désormais au cœur d'un vaste parc dans les quartiers nord de la capitale tarnoise, entouré de confrères de tout type et de toute taille. Au loin, une forme de frénésie s'était emparée de la contrée depuis plusieurs mois. Partout les gens faisaient construire des immeubles bourgeoisiaux en pierre et brique et les entrepreneurs se lançaient dans l'édification d'usines dont les cheminées crachaient de la fumée noire s’élevant vers le ciel. Le Grand Chaos avait exigé un tribut effroyable, mais les premiers signes de guérison devenaient évidents. Chaque jour, des familles immigraient dans la capitale en construction en quête de travail et d'un avenir meilleur. Titanua, jadis synonyme de désolation et d'une gloire révolue, devenait le symbole de cette révolution industrielle qui s'emparait de toute la péninsule. Après des années de stagnation, la croissance économique poussait tout le pays vers l'avant à un rythme sans précèdent.
C'était une révolution bien étrange car elle n'avait rien en commun avec celle ayant eu lieu dans le reste du monde. Après le Grand Chaos, les gens se méfiaient de la grande industrie qu'on accusait d'avoir créée une dépendance néfaste de tout le pays envers quelques grands super-conglomérats. C'est ainsi que les manufactures et usines coopératives côtoyaient les entreprises publiques et étatiques. Les groupes comme le Baal Group était désormais un objet du passé et personne pleurait leur disparition. N'avait pas le Baal Group par la concentration excessive des industries conduit à rendre le Tarnosia si vulnérable aux effets du Grand Chaos ? En conséquence, les gens préféraient investir dans des petites structures, coopératives ou familiales, et de cultiver un potager pendant leur temps libre. Certains auraient dit que le pays était revenu en arrière, mais la vérité était que le monde n'appartenait plus au capitalisme pelabssien. Les USP et leur culture du gaspillage, de l'excès et du gigantisme étaient non seulement morts, mais aussi enterrés.
La nuit avait pris possession de la cité en perpétuelle ébullition et surplombait le parc de l'Arkenbaum avec une pleine-lune argentée. Le parc était illuminé par les lampadaires au bord des chemins et des torches enfoncées dans la terre autour de l'arbre géant. Des gardes au regard sombre surveillaient les entrées au parc, laissant passer uniquement les personnes officiellement invitées à la cérémonie de cette soirée. Près de l'Arkenbaum, une petite centaine de dignitaires avaient pris place sur des sièges spécialement apportés pour l'occasion et aligner en rangs devant un autel en bois derrière lequel une grande croix en bois s'éleva avec l'Arkenbaum en arrière-fond. Un fin observateur politique reconnaîtrait aisément parmi l'assemblée la plus part des membres du gouvernement fédéral, des représentants des plus importantes familles du pays ainsi que la reine Annabelle et le roi Ménélok.
Une dizaine de minutes plus tard, quand les derniers invités avaient pris place et que tout le monde était prêt, l’archevêque de Titanua s'avança d'un pas lent et solennel. Il était suivi par le prince Oroskon et la princesse Abeba qui étaient vêtus dignement, mais sans aucun bijou et apparat. Le vénérable prêtre prenait place derrière l'autel pendant que les deux jeunes monarques se mettaient devant l'autel, face à la croix. Le religieux entama alors la cérémonie avec une voix basse et dominante.
« Nous sommes tous réunis, ici, devant la puissance ancestrale de l'Arkenbaum et sous le signe de notre Sauveur, pour célébrer l'union de deux gens, de deux clans et surtout pour assister à la naissance d'un avenir meilleur pour ce pays. »
L’archevêque marqua une pause avant de continuer. Il n'y avait nulle musique et aucun autre son que les bruits naturels de la nuit et la voix du prêtre.
« Il y a trois mille ans, ces terres étaient habitées par un peuple qu'on nomme les Ishakis. Certains les nommeraient aujourd'hui indiens, mais ils ne méritent nullement cette appellation. Les Ishakis ont dévasté ces terres et abattus tous les arbres à l'exception d'un seul, celui que nous pouvons observer ce soir. »
Il montra avec sa main en direction de l'Arkenbaum.
« Leur folie a brûlé cette terre et conduit leur civilisation à l'agonie. Quand les premiers Tarnois sont arrivés depuis le Nord sur les côtes de la péninsule, les Ishakis se combattaient sans cesse entre eux et s'adonnaient au cannibalisme. Voilà l'histoire que nous témoigne l'Arkenbaum. Celle-ci est une leçon importante car elle nous montre que ce qui ne vit pas dans l'équilibre avec la nature, ne pratique pas l'harmonie, est destiné à périr. Ainsi va de même pour toute famille. Pour qu'une famille soit solide, elle doit vivre dans l'harmonie et celle-ci est que possible quand le couple qui forme son noyau s'aime et se respecte.
L'amour dans la famille est la base de tout. Si les familles vivent en harmonie, les villages et les quartiers le font à leur tour. Si les villages et les villes sont en harmonie, tout le pays jouit de la paix et de la prospérité. C'est au plus petit niveau que se décide le sort des peuples. C'est ainsi que j'appelle ce jeune couple à ne jamais s'écarter du chemin du respect mutuel et de chercher à vivre selon les préceptes de notre Seigneur. Uniquement ainsi leur couple durera et permettra à tout le pays d'en profiter. »
Le prêtre demanda au prince et à la princesse de se mettre à genoux ce qu'ils firent. Il leur demanda alors.
« Vous qui désirez vous unir devant le Dieu Unique et Multiple, le Dieu d’Israël et du Tarnosia, jurez-vous de vous engager dans cette union sacrée avec la ferme volonté de respecter votre conjoint, d'affronter les temps difficiles avec patience et sérénité ainsi que de profiter des époques de plénitude avec modération ? Jure-vous d'être époux et épouse jusqu'au jour de votre dernier souffle ? »
Abeba se leva, sa robe blanche virevoltant légèrement dans le vent nocturne, regarda vers la croix et dit.
« Je le jure devant le Dieu Unique et Multiple. »
L'archevêque traça doucement avec son index le signe de la croix sur le front d'Abeba. Oroskon se leva à son tour et promit.
« Je le jure devant le Dieu Unique et Multiple. »
Le religieux refit le signe de la croix sur le front du prince, s’adressa au public et proclama.
« Vous voilà unis devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Restez en toute circonstance fidèle à votre serment car nul bien ne peut provenir de la trahison. Ne craignez pas l'obscurité car Dieu veille sur vous et sur votre descendance. Affrontez le Mal avec courage car vous portez sur vos épaules une charge exceptionnelle. Sachez que toute nuit se termine par l'aube écarlate et purificatrice. En somme, soyez époux et épouse en toute circonstance. »
Et c'est ainsi qu'Oroskon et Abeba furent unis aux pieds de l'Arkenbaum à l'image des premiers rois tarnois. Peu de choses avaient changé en trois mille ans, à part que c’était un nouveau Dieu qui servait de témoin.
Posté : dim. mars 20, 2016 9:42 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 18 : L'aube sera rouge -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/384371maxresdefault145846670381778.jpg[/img][/center]
Le chambellan se tenait face au Prince à une distance respectueuse et vêtue de la dernière mode faisant rage, le mot convenait, dans la capitale. Il portait un chapeau de couleur orange fluo, aux bords amples et surplombé d'une grande plume rouge. Son veston et son pantalon jaune contrastaient avec les bottes en jute rouges munis de pompons dorés. Le haut-fonctionnaire était d'un grand sérieux même si son accoutrement aurait paru ridicule à bien de gens non-familiarisés avec les aléas de la mode de Titanua. Il s’adressa avec beaucoup de calme et de dignité au Prince.
« Votre Altesse, la question Savela mérite une profonde réflexion. Je suis convaincu que nous saurons trouver un arrangement car il ne fait pas de doute que la situation actuelle ne peut pas durer. J'ai à ce but discuté avec les principaux partis du Sénat. Tous s'accordent sur le fait que le mieux consiste à nommer un nouveau Premier Ministre, bien évidemment en assurant à Topias Savela un départ avec tous les honneurs. »
Le Prince garda le silence pendant quelques instants avant de répondre.
« Cela ne semble faire aucun doute. Nous devrions donc proposer à Monsieur Savela l'opportunité de prendre en main un ministère adapté à ses compétences. Cela lui permettra de rester au Gouvernement et de surcroît d'éviter à ce que son successeur puisse prendre trop de liberté. Un certain équilibre des forces peut qu'être favorable à l'action du Gouvernement et Savela peut contribuer à le créer. »
Intrigué, le haut-fonctionnaire demanda.
« Votre Altesse a déjà réfléchi à un ministère précis ? A l'heure actuelle, seul le Ministère des Affaires étrangères est libre. Peut-être qu'il n'est pas idéal à ce que Savela s'occupe précisément de ce ministère. Cela pourrait envoyer une mauvaise image aux conservateurs qui demanderont sans aucun doute à ce que ce ministère reste entre les mains d'un des leurs. »
Oroskon n'avait pas du tout envisagé de nommer Savela à ce poste. C'était une fonction bien trop importante pour la laisser entre les mains d'une personne pouvant encore avoir des ambitions politiques majeures.
« Non, mais un Ministère de l’Économie et du Développement serait parfaitement adapté à ses talents. Il faudra bien évidemment le créer, mais le Ministère de l'Industrie à lui seul n’est de toute façon pas suffisamment armé pour les défis que connaît notre économie. Savela pourra alors continuer certains de ces projets dans le domaine économique pendant que le nouveau Premier Ministre se focalisera sur d'autres sujets. »
Le serviteur écouta attentivement. L'idée ne lui semblait pas mauvaise. Cela pourrait aussi éviter à ce que Savela puisse commencer à poser problème en dehors du Gouvernement en ralliant les progressistes autour de lui. Le pays avait d'autres priorités que de devoir s'occuper des querelles entre partis politiques, pensa le serviteur. Pour le fonctionnaire, rien ne serait pire à devoir faire chaque année face à une série de tensions politiques car l'équilibre au sein du Sénat se serait modifié suite aux résultats des examens sénatoriaux. D'un autre côté, l’homme se l’avoua, cela avait l’avantage d'éviter de devoir faire face à un changement brutal et complet de tout le Sénat chaque quatre années.
« J'approuve la proposition de Votre Altesse. Néanmoins, nous devrions encore trouver un successeur pour Topias Savela, une personne qui arrive à lui tenir tête. Il serait fâcheux à ce que le Ministre de l'Economie et du Développement commence à prendre le dessus dans le Gouvernement surtout quand le changement effectué devait permettre de rassurer les conservateurs au Parlement. »
Le monarque répliqua.
« Ne vous inquiétez pas pour cela, j'ai déjà un candidat en tête. Cependant, je vais devoir encore discuter avec lui en privé. Vous serez informé sur le résultat des discussions en temps voulu. »
Le haut-fonctionnaire comprit que le temps était venu pour lui de se retirer. Il s'inclina alors, suffisamment pour témoigner du respect, mais sans compromettre la stabilité de son couvre-chef farfelu, et quitta le bureau. Quelques minutes plus tard, on fit entrer un autre homme qui était aux antipodes du fonctionnaire sortant. C'était un Nameken dans la cinquantaine, cheveux gris et habillés d’un costume et d'un chapeau melon d’un noir profond. Il avait quelque chose d'austère et on disait de lui qu'il ne souriait jamais. Heureusement, personne n'exigeait de lui cela car en tant que chef des services secrets, on lui demandait d'être efficace et pas poli.
« Votre Altesse m'a demandé ? » fit savoir l'agent qui s’inclina devant le souverain. Le Prince l’observa et s’adressa à lui.
« Oui, j'aimerais vous dire qu'il aura prochainement un changement à la tête du Gouvernement. La personne que j'ai choisie pour succéder à l'actuel Premier Ministre ne devrait pas vous être inconnue. »
A quoi l'agent répliqua.
« Non et il est un excellent choix, si Votre Altesse me permet ce commentaire. Nos services pourront travailler sans difficulté avec lui. Il possède le parfait profil pour soutenir les opérations à venir, chose que Topias Savela n'avait pas. »
« Il me tient à cœur à ce que vos opérations se fassent en évitant toute forme de violence inutile. Je préfère à ce que nous subissions des retards à voir des personnes innocentes de tout crime souffrir sans justification. L'histoire peut nous donner raison, mais nous devons en toute circonstance garder en tête que ces gens ne peuvent pas être tenus coupables pour les crimes de leurs ancêtres. » dit le Prince avec un profond sérieux. L'agent inclina la tête et répondit avec un calme olympien.
« Je vous ai déjà dit que cela sera très difficile, mais nos services sont à vos ordres et peuvent trouver des alternatives dites pacifiques. Nous tenterons donc d'éviter toute violence qui ne soit pas indispensable à la poursuite des opérations. Je dois néanmoins vous informer que le Raksasa va sans aucun doute vouloir intervenir dans cette affaire. Cela sera une occasion unique pour bloquer les Provinces-Unies au Vicaskaran et les faire perdre des précieuses ressources. De même pour le Wapong. Nous devrons nous attendre à leur intervention et donc profiter pour les contraindre à investir des ressources massives dans la région. »
Le Prince intervient en levant la main, arrêtant l’agent immédiatement.
« L'objectif doit rester à restaurer l'ordre historique sans mettre le continent à feu et à sang. Il n'est nullement intéressant à vouloir abuser du Vicaskaran comme d’un bourbier pour affaiblir le Raksasa. Il se pourrait même qu'un affaiblissement trop important du Raksasa puisse avoir des conséquences négatives pour la stabilité du monde et renforcer des pays qui ne devraient pas l'être. Je suis à titre personnel très inquiet par les ambitions toujours grandissantes de l'Hokkaido. Leur faim territorial ne semble pas avoir été satisfaite avec leur dernière victoire. »
L'agent acquiesça avec la tête même s'il n'était pas entièrement d'accord avec son souverain. Il conclut.
« Sans aucun doute, mais nous devons envisager la possibilité à ce que le Raksasa veuille intervenir. Ils sont malheureusement imprévisibles et agissent le plus souvent par la force brute et sans envisager un véritable dialogue. Nos tentatives de régler le cas de Kapasane montre que le dialogue avec cette contrée n'a aucun sens. Nous devons considérer ce pays comme ce qu'il est : un danger majeur pour la stabilité régionale. Cela demande à être prêt à prendre des mesures drastiques à son encontre si cela est nécessaire. L’opération Limes peut être un outil pour diminuer cette menace. »
Posté : dim. mars 27, 2016 3:09 pm
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 19 : La naissance du Mon Son -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/298432WonderWoman145909132758821.jpg[/img][/center]
Marie- Élisabeth était une sœur du couvent d'Arkania, une communauté située dans la forêt vierge entre Orokon et les Montagnes orientales. C'était une jeune femme pieuse et pas dépourvue de courage, mais personne n’aurait jamais pu imaginer qu'elle puisse tenir un quelconque rôle dans les événements à venir. Les cyniques auraient ricané devant son corps chétif caché sous les draps noirs de ses vêtements de religieuse. Néanmoins, le Destin avait prévu pour elle un avenir d'exception, un que seule une femme au service de Dieu peut connaître.
Comme tant de fois auparavant, Marie- Élisabeth se promena à travers la forêt millénaire munie d'une simple corbeille à la quête de champignons et d’herbes médicinales. Elle connaissait presque chaque buisson de cette région, mais même mille promenades ne pouvaient pas vous révéler toutes les merveilles de la nature. Ses yeux scrutaient le sol, cherchant ici et là un champignon ou une herbe ayant émergé de ce désordre de verdure. Les rayons du Soleil peinaient à traverser les couronnes d'arbres et c’est ainsi que même si c’était midi, les températures restaient clémentes sous le manteau protecteur des sommets sylvestres. Marie-Élisabeth arriva alors vers une petite clairière et s'apprêta à la traverser pour aller dans la partie Nord de la forêt.
Soudainement, la jeune femme fut aveuglée par une lumière. Ce n'était pas le Soleil car la luminosité fut trop dense et était apparue de manière brutale. Qu'arrivait-il, se disait-elle ? Qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Une lueur bleuâtre semblait provenir du centre de la clairière. La religieuse osa faire un pas en avant et ses yeux s'habituaient lentement à la luminosité ambiante. Au cœur de la sphère lumineuse blanche-bleu, elle crut apercevoir des petits éclairs, mais n'en était pas sûre. C'est alors qu'une voix profonde émana de la lumière et s'adressa à elle. C'était une langue étrange, sauvage, venue d'un passé lointain mais son esprit semblait la décrypter, même si avec une certaine lenteur.
« Avance-toi ! Approche-toi ! »
La voix fut rugueuse, mais étrangement la sœur ne sentit nulle menace en elle. Quelque chose de rassurant émanait de la lumière. Avec une certaine prudence, Marie-Élisabeth s’avança et hésita quelque peu avant d'entrer au cœur de la clairière. Elle se crut alors prise dans un tourbillon. Tout tournait autour d'elle et les arbres environs disparaissaient. La lumière s’atténua soudainement, révélant une grande salle en marbre. Elle n'était plus dans la forêt, mais à l'intérieur de ce qui semblait être une église intemporelle. Levant le regard vers le plafond, elle voyait des colonnes se perdant dans le noir. C'est alors qu'elle vit devant elle ce que les Anciens nommaient un démon ou un ange. Il avait l'allure d'un homme aux cheveux noirs avec des traits de visage balkaniques et doté d'une taille devant frôler les trois mètres. Deux puissants ailes noires naissaient en haut de son dos et s'étendaient derrière lui. La créature était calme et attendit quelques instants que la mortelle trouve ses marques dans ce lieu insolite. C'est alors qu'elle lui dit, à nouveau dans la langue antique.
« Ne craigne rien, ce lieu n'est ni dans le temps ni dans l'espace de ton monde. Les Dieux cruels du Simpomonde n'ont pas de prise ici. Ce temple est plus ancien que leur entreprise malfaisante. »
Marie-Élisabeth dépassée par ce qui lui arriva, demanda dans un Latin téméraire, ne sachant pas dans quelle autre langue répondre. La langue des Urbains lui semblait le meilleur choix face à quelque chose d'aussi étranger. Cependant, elle craignait la réponse à sa question.
« Que me voulez-vous ? »
La créature lui sourit pendant que ses ailes s'étendaient et il proclama dans l'idiome préhistorique.
« Les démons antiques ont foulé le sol du Simpomonde depuis bien trop longtemps, semant le chaos et le désordre depuis une décade. Un entre eux, nommé par les mortels Jules César Pooda, a trop longtemps agis sur les affaires des hommes et le temps est venu de le bannir dans le Monde vert.
A l'Est, le Dieu numancien a infesté la moitié de l'Empire tarnois. Son emprise faiblit, mais la contamination est toujours forte. Au Nord du Vicaskaran, la pestilence se renforce. Tout ce qui est unique au Simpomonde est détruit en faveur de la monoculture terrienne. Il faudra l'action de nombreux hommes et femmes de Foi pour lutter contre ce Mal afin de donner à ce monde une chance de grandir libre. »
« Mais que puisse je faire contre cela ? Je suis qu'une femme faible et sans armes ? » répliqua la religieuse. Le démon montra avec son index en direction d'une des parois du temple. Une fresque aux couleurs chatoyants apparut, montrant une épée somptueuse.
« Le Créateur t'a désigné pour être celle qui aidera le Prince tarnois dans les luttes à venir. Loin au Nord, au plus haut sommet de la plus haute chaîne de montagne, le Créateur a laissé une épée dans une roche. Seul le Mon Son, l'enfant du Soleil et de la Lune, peut s'en approprier. Cette arme est la seule pouvant tuer un démon du Vieux Monde. »
Un rayon de lumière tomba sur la sœur, illuminant le visage de la jeune femme. L'ange proclama.
« Toi qu'on nomme Marie-Élisabeth; toi, la plus simple et la plus miséreuse des femmes, tu es la Mon Son, la fille du Soleil et de la Lune. Ton destin est d'être le paladin devant aider les Tarnois dans la Lutte finale, le combat ultime pour créer le Royaume de Dieu. »
Il ajouta.
« Oroskon, Abeba et Toi, vous formez la Trinité tarnoise, le Triforce terrestre devant lutter contre les démons et les dieux du Vieux Monde. En ce siècle fatidique, le combat sera long et ardu. Vous n'obtiendrez pas la liberté du Tarnosia sans devoir faire des nombreux sacrifices. L'Egzonkan en sera votre premier objectif. Libérez les terres de l'Empire et vous pourrez forger le Royaume de Dieu sur Terre. Vous aurez l'occasion de créer un paradis pour les hommes et femmes tarnois. »
Le Mon Son sentit alors une chaleur s'étendre dans son corps. Elle tomba à genoux et ouvrit grands ses yeux, voyant des milliers d'images défiler. Soudainement, elle s'écroula. Elle se réveilla que bien plus tard dans l'herbe de la forêt vierge. Timidement, elle se leva et trébucha. Venait-elle de rêver ? Est-ce que tout cela était réel ? Elle crut un instant d'avoir succombé à une hallucination. C'est alors qu'elle porta sa main à son cou et sentit quelque chose. Un médaillon se révéla à elle. C'était une pièce ronde avec la représentation d'un astre mi-Soleil mi-Lune. Elle était certaine de ne jamais avoir posséder un tel bijou, même d'en jamais avoir eu quelconque médaillon de toute sa vie. C'est alors qu'elle comprit que quelque chose d'unique venait d'avoir lieu.
Un mois plus tard sur le sommet du Mont Helia, une jeune femme camouflée dans des peaux de bêtes marcha à travers une tempête de neige. Elle avança d'un pas sûr, luttant contre le vent glacial, portant son sac à dos fièrement. Plusieurs fois, le vent faillit l'emporter, mais elle ne céda jamais. La foi brûla dans son âme et elle avança, pas après pas. Arrivé au sommet, la tempête cessa et la guerrière s’avança vers le socle dans lequel était enfoncée une longue épée avec une lame en acier écarlate. Elle saisit la poignée en bronze travaillé de l'arme et la retira de la roche. L'épée bâtarde brilla dans la lumière du ciel tarnois, un rouge clair et pur. Au loin, on crut entendre le bruit d'ailes géantes battant dans l'air. Le ciel de l'aube était d'un orange-jaune vif avec le Soleil se levant à l'Est pendant que la Lune se couchait à l'Ouest. Les deux astres se voyaient ainsi pour quelques instants pendant que le Mon Son tenait l'épée sacrée dans ses mains. C'était l'an 1965 du calendrier divin ou le 21 septembre 2029 du calendrier simpoliticien.
Posté : mer. mars 30, 2016 9:59 am
par Amaski
[bask][center]LE CYCLE DES DIEUX ET DES ROIS
- Chapitre 20 : Professeur Xarok -[/bask]
[img]http://img15.hostingpics.net/pics/133677xarok145933192128673.jpg[/img][/center]
Le laboratoire du professeur Xarok était situé dans le dixième sous-sol du complexe souterrain de Minas Sun. La cité avait été largement abandonnée par l'Armée depuis la vente de Vashara San Corporation, mais le Gouvernement fédéral avait maintenu plusieurs usines et laboratoires secrets pour le jour où il faudrait relancer la production militaire dans le site. La désaffectation du site, au moins officielle, était une nécessité pour éviter à ce que les inspecteurs de la Fédération transnationale viennent fouiner, pire que l'Ocularia se trouvait des raisons à venir dans ce lieu. Pourquoi ? Car le Gouvernement tarnois avait qu'une confiance relative dans la Fédération transnationale en matière de défense et donc il préférait pouvoir entretenir des programmes confidentiels. Cela lui permettait de jouir d'une certaine autonomie que les bureaucrates de la Fédération transnationale auraient trop vite voulu anéantir.
Xarok avait peut-être que vingt-quatre ans, mais faisait déjà partie de l'élite intellectuelle de son pays. Il avait étudié la physique avec les rares professeurs de l’École Polytechnique de Borisk ayant pu fuir à temps la capitale. En somme, il ne possédait pas de diplôme universitaire, mais ses qualifications ne faisaient pas de doute. D'un autre côté, Xarok était connu pour ses théories et ses méthodes peu orthodoxes. Néanmoins, dès qu'il fallait trouver des solutions à des problèmes très complexes, les gens venaient chez lui. Étrangement, le jeune physicien était d'une compagnie très agréable, une chose rare dans ce métier, sachant amuser ses convives et faire preuve de légèreté. On prétendait même qu'il avait une collection plus que respectable de vins de qualité et s'y connaissait en œnologie comme presque personne. En somme, le professeur Xarok était un personnage à la réputation établie.
L’atelier de Xarok était très spacieux, un des rares avantages qu'offrait Minas Sun. Le sol était en béton nu et les murs avaient été peints en blanc. Des innombrables tableaux noirs couverts de signes, numéros et calculs étaient parsemés dans la salle et aux murs. Entre deux tableaux noirs, on pouvait trouver une table de travail sur laquelle s'empilaient de la paperasse, des calculatrices et des stylos. Étrangement, il n'y avait pas un seul ordinateur dans la salle. Ces machines n'avaient jamais été très nombreuses dans la péninsule tarnoise, mais le Grand Chaos les avait rendues d'une rareté presque affligeante. L'embargo raksas avait encore compliqué la situation, mais étrangement, ces machines ne semblaient pas manquer aux bureaucrates. Toute une nouvelle profession avait émergé depuis: les calculateurs, des hommes et femmes se vouant à une seule chose, faire des calculs. C'était une solution primitive au manque de machines, mais tant que l'accès aux ordinateurs ne serait pas plus simple, la profession des calculateurs avait des beaux jours devant elle.
Le physicien se trouvait perché sur une échelle entra de gribouiller des chiffres sur un tableau noir quand le commissaire Fernorn entra dans le laboratoire. Xarok sursauta, s'agrippa à l'échelle en regardant qui était l'intrus venant déranger la paix de son domaine. Reconnaissant le fonctionnaire du Gouvernement central, Xarok descendit lentement l'échelle et tapota son tablier blanc pour enlever la poussière de craie.
« Votre Excellence, je ne vous attendais pas de sitôt. Le gouverneur m'avait dit que vous viendriez que demain. »
Le vieux commissaire regarda le scientifique. Il n’appréciait pas vraiment ce jeune, mais il avait une mission claire : venir s'informer sur l'avancée de l'enquête exigée par le cardinal Belm.
« J'ai pu prendre un train à hydrogène, ils sont décidément plus rapides que les vieux diesels, mais assez palabré. Avez-vous fait des progrès au niveau de l'enquête que nous vous avons confié ? Le cardinal désire avoir des résultats le plus rapidement que possible. »
C'était un mensonge, car Karl Belm n'était pas pressé du tout de découvrir ce qu'il en était autour de l'artefact qu'on avait confié au professeur. Néanmoins, le commissaire jugea de son devoir de mettre un minimum de pression sur le physicien.
« Ah, vous parlez de l'épée ? »
Xarok s’avança vers une des tables de travail et retira un drap posé par-dessus. Sous la lumière des lampes du laboratoire, on pouvait voir l'épée à la lame écarlate posée sur la surface de travail. Le physicien expliqua.
« J'ai fait plusieurs analyses spectrographiques. C'est une épée en acier dotée d'un poignet en argent et bronze. Rien de vraiment particulier en ce qui concerne sa composition atomique. »
Le commissaire fronça le sourcil.
« Le cardinal m'avait dit que cela n'était pas possible. Selon les pesées faites par son secrétaire, l'arme ne pesé à peine quelques centaines de grammes. Apparemment, l'arme ne pourrait pas être composée d'acier avec un tel poids. »
Le physicien sourit aimablement. Il se pencha alors sous la table de travail et sortit une bouteille de Château Bryen 2012, un vin originaire des terres australes de la Fiémance. Le liquide rougeâtre flottait allégrement dans la bouteille.
« Vous ne voulez pas un verre ? Je pense que vous en aurez besoin. » proposa Xarok.
« Je suis en service. » affirma le fonctionnaire, presque insulté. Le physicien rangea la bouteille, se saisit de l'épée et affirma.
« Matériellement parlant, cette arme a une masse correspondant à 2 kilos 300 grammes sous gravité standard. Si vous voulez mon avis, nous avons deux choix : soit c'est de la magie, soit c'est le produit d'une science qui nous dépasse. »
« Soyez clair et précis ! La magie n'est pas une option. Nous ne sommes pas dans un conte de fée. » grogna Fernorn, visiblement irrité. Xarok haussa les épaules et expliqua alors.
« Si vous ne croyez pas dans la magie, il reste la science avancée. Donc nous avons une arme qui devrait peser 2300 grammes, mais n'en pèse que 870. Si la masse est constante, le poids variable, alors il y a qu'une solution : la gravité à laquelle est soumis l'objet est différente. Je vous rappelle que le poids est une force qu'on peut égaler à la masse fois la gravité. »
« C'est impossible ! » s’écria le vieux commissaire. Xarok continua comme s'il était entra de parler de la prévision météorologique de demain.
« Pas forcement. Le problème est que nous avons appris à penser en quatre dimensions donc trois dimensions d'espace avec une dimension de temps. Si l'objet est soumis à une autre gravité que celle de notre monde, cela signifie qu'il est sans aucun doute le produit d'un plan dimensionnel supérieur. Il agit de manière incompréhensible, car les lois physiques auxquelles il est soumis ne sont pas les nôtres. Ce que nous voyons ici n'est probablement que le reflet de quelque chose bien plus complexe. Rien à voir avec la magie, mais pouvons-nous reprocher les gens de le penser quand ils voient l'action d'une science en avance de plusieurs siècles ? »
Le commissaire l'écouta, avec peine, mais il le fit. Le physicien continua alors.
« Depuis plusieurs années, il y a des rapports sur toute la planète de visiteurs étrangers. La campagne de la Fiémance pollue de récits d'extraterrestres. »
« Le charabia habituel, vous n'allez pas me dire que cet arme a été planté par des extraterrestres dans la roche du mont Helia? » protesta le serviteur d’État.
« Sauf que sociologiquement parlant, les paysans fiémançais ne sont pas une population susceptible à expliquer des phénomènes extraordinaires par la venue d'extraterrestres. Cela est une lubie de populations très modernisées et une populace agraire et primitive comme celle de la Fiémance tenterait d'expliquer ces choses par l'action de Dieu...un peu comme cette jeune femme venue auprès le cardinal et qui prétend avoir vu un ange. Le discours d'explication est donc étrange. En somme, je pense que nous ne devrions pas écarter la thèse selon laquelle notre planète est devenue depuis dix ans une sorte de restaurant d'autoroute galactique. Cela expliquerait comment une jeune religieuse peut avoir des hallucinations et trouver un objet ressemblant à quelque chose venue d'un conte qui ne respecte pas les normes physiques habituelles. Peut-être qu'un des extraterrestres s'est amusé à transformer les fantasmes d'une religieuse un peu trop zélée en réalité avec l'aide d'une technologie faisant appel à une sorte de mécanisme quantique multidimensionnel. Nous ne devrions pas exclure le fait que les visiteurs extraterrestres puissent être aussi amateur de farces. La bêtise est une denrée universelle. »
A la surprise de Xarok, le fonctionnaire semblait avoir plus ou moins suivit son explication. Fernorn osa même le poser une question.
« Vous voulez dire quoi par mécanisme quantique multidimensionnel ? »
« Je veux dire que notre épée pourrait être comme une particule élémentaire soumise à la mécanique quantique donc en plusieurs lieux en même temps. Cela expliquerait son comportement étrange à nos yeux. Elle serait alors sous influence d'une gravité différente car l'original serait situé autre part dans le temps et l'espace. Peut-être même que la gravité à laquelle elle est soumise est une sorte de moyenne de toutes les gravités auxquelles sont soumises ces versions. »
« Je croyais que la mécanique quantique s'appliquait qu'aux objets à l'échelle subatomique ? Cette épée est tout sauf plus petite qu'un atome ! » remarqua le commissaire.
« Vous marquez un point, mais qu'est-ce qui prouve que nous ne sommes pas un plan inférieur pour une dimension supérieure ? Peut-être que les objets d'une autre dimension interagissent avec notre monde comme le font les particules élémentaires dans le nôtre. Cela expliquerait bien de choses. Après, comme dit, c'est qu'une théorie mais elle explique de manière plausible un phénomène sinon inexplicable donc notre fameuse épée. »
Xarok prit l'arme dans les mains et l'observa un court instant. Il eut alors une idée.
« Je pense que vous pourriez dire au cardinal que l'arme est faite d'un métal ultraléger ? Nous pourrions garder l’information sur la véritable nature de l’arme entre nous, ce qui serait sans aucun doute une bonne chose pour toute le monde. Une arme magique n'est pas ce que nous avons besoin à l'heure actuelle. Le nombre de fanatiques religieux est déjà assez grand dans notre contrée. En revanche, je vais garder l'arme. J'aimerais pouvoir l'étudier en profondeur. »
« Mentir au cardinal ! » s'exclama son interlocuteur. C'est alors que ce dernier réfléchit quelques instants et après une minute de réflexion venait à la même conclusion que Xarok. Oui, si la théorie du professeur était juste, mieux ne valait pas alerter Belm Karn.
« Bien, je lui dirais donc que l'arme n'est rien d'autre qu'une réplique. J'espère que vous savez ce que vous faites. Je prends des risques à mentir à mon supérieur. »
« Ne vous inquiéter pas, je vais étudier d'avantage cet objet et voir ce que nous pourrions en découvrir. Qui sait, peut-être que cela nous permettra d'avoir des réponses à des questions insoupçonnées. » conclut Xarok de manière énigmatique.