Anarchie syiro-qarluke (occupation eashe au Sud, implantation janubienne au Dahar)
1335 à 1370
Capitale : /
_ Frappé par la peste noire, les famines et les conflits tribaux, ethniques et dynastiques, le Khanat de Qaïdu, devenu le Mara'utoglar, plonge dans le chaos. Le Khaganat touranien s'effondre avec lui.
_ Dans cette anarchie, se distingue plusieurs tribus syrio-qarloukes toute converties à l'islam, dont une tribu syire turcophone, celle des Barlas.
_ A l'implantation démographique janubienne du sud du Karmalistan succède une implantation politique. L'empire eash (Janubie Nord) annexe le Dahar, et atteint son apogée territoriale, militaire, économique et culturelle. Les Eashes s'efforcent de prolonger la guerre civile en Arkadiane (nord du Karmalistan) en montant les tribus syro-qarlukes les unes contre les autres de façon à affaiblir l'ensemble, voire de piller la région au profit du seul développement du Dahar.
Les contrastes de richesses se creusent dangereusement entre populations sédentaires du Sud et semi-nomades du Nord.
[HRP : en cette fin d'empire touranien, un résumé vidéo (très simplifié, caricaturé et incomplet, mais original et bien présenté) sur les débuts de l'empire mongol IRL ===> [url]https://www.youtube.com/watch?v=D_lHO9TLVh8[/url]
lien mort, désolé]
--- ATLAS DU KORMALESTAN ---
-
Vladimir Ivanov
[url=https://www.youtube.com/watch?v=D4CIh_Lx8SY]Ambiance musicale[/url]
[img]https://i.imgur.com/C4Sz7Cp.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi)
1370 à 1507
« Puisqu'il n'y a qu'un Dieu dans l'au-delà, il ne doit y avoir qu'un Roi ici-bas. »
Capitale : Tchardjou
[img]https://i.imgur.com/vu1fA3d.png[/img]
L'inhospitalière steppe karmale, qui symbolise la terrible Justice divine pour les Syirs et les Qarlouks, fait partie de l'identité du pays.
Aux âges obscurs de la fin du Moyen-Age marqués par les tourments de la guerre et de la peste, au carrefour des mondes ventélien, marquézien, janubien et natolicain, entre civilisations chrétienne, animiste, bouddhiste, hindoue et surtout musulmane, une vision allait changer la face du Monde. Dans les steppes arides de la Transkormalie, au village-relais de Khodja-Ilgar sur la stratégique Route de la Soie, au milieu d'une nuit calme et glaciale, Chigachaï, un chef syir de la tribu syire turcisée des Barlas (descendants indirects lointains des djaghataïdes) et récemment converti à l'islam, est troublé dans son sommeil par la venue d'un ange, sublime, majestueux et inquiétant. Entre Lumière et Terreur, le spectre lui présente un cimeterre ensanglanté. L'interprétation de ce rêve prémonitoire ne laisse aucun doute : selon les shaykh naqshbandis locaux (cheikh sunnites soufis), il s'agit d'un signe divin, annonçant que le fils porté par son épouse va conquérir le monde... pour y semer la terreur. Après le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=320376#p320376]général inconnu qui éradiqua les Grecs et les Amazones du Karmalistan en 149 avant Jésus-Christ[/url], après [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=323068#p323068]Akhchounwâr et Mihirakoula [Attila] qui ravagèrent la Perse karmale[/url], et le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=324702#p324702]conquérant syir Djaghataï [Gengis Khan] au XIIIe siècle[/url], il sera le quatrième grand fléau de Dieu, chargé de punir les Hommes de leurs vices et impiétés.
Les Sürgüngë (proto-turciques) avaient mis un terme à l'Antiquité. Les Syiro-qarlouks de Taragaï mettront fin au Moyen-Âge.
Le 9 avril 1336, à Khodja-Ilgar, nait Taragaï, fils d'un seigneur syir converti à l'islam au sein de la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]confrérie soufi de Naqshband[/url]. Parmi les nombreuses légendes noires qui circuleront au sujet du fils de Taragaï, l'une d'elles affirme qu'il serait né les mains trempées de sang. L'éducation du jeune enfant, soignée par son père, oscille entre formations militaire et religieuse : un entraînement intensif au combat ponctué de lectures assidues du Coran. Pourtant, à en croire certains témoignages écrits, le jeune Taragaï est alors de "nature tendre et timide".
Alors que son enfance s'achève à peine, le chaos sonne à sa porte avec l’effondrement du Khaganat Syir puis Mara'utoglar. Les bey ("chefs" turcs) locaux rivalisent en cruauté, jusqu'à leur destruction mutuelle. Avec l'appui des Rajans (au Sud, le riche Rajanagar -Dahar- s'est relevé de ses cendres grâce à l'appui eashe), des seigneurs bouddhistes et taoïstes conquièrent alors le khanat démantelé, et y instaurent une cruelle hiérarchie. Les nouveaux maîtres oppriment les populations musulmanes (abjurations forcées, tortures à amputations...). Les sujets musulmans sont généralement réduits en esclavage, souvent pour le compte du royaume de Rajanagar, lui-même vassal des Eashes. Sous la domination bouddhiste, la pire des fautes est la "sédition" : ceux qui s'y livrent ne sont pas mis à mort (cette religion réputée "pacifique" l'interdit -sauf cas de guerre-), mais torturés jusqu'à l'infirmité (jambes brisées, yeux crevés, mains coupées...). Le vol, même en cas de nécessité, est considéré comme une sédition puisqu'il lèse la propriété privée, garante de l'ordre établi : les voleurs subissent le même sort que les esclaves révoltés. La sagesse du Tao, défendu par de nombreux guerriers au service du Rajanagar, n'est pas en reste : réputée "libertaire", cette philosophie prône la soumission à un ordre naturel immuable (le "Tao"), qui sacralise une "complétude", une "distinction harmonieuse et incontestable" entre les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les gagnants et les perdants. Cette hiérarchisation exacerbée qu'imposent des bouddhistes et taoistes ultra-minoritaires ne pouvait que susciter le dégoût des populations abrahamiques majoritaires.
Le jeune Taragaï entre alors en insurrection, et mène avec son père une guérilla dans les montagnes. Lors d'une escarmouche ratée, son père est tué et lui grièvement blessé à la jambe et au bras gauches. Estropié à vie, on le surnommera péjorativement "le boiteux", ou "l'estropié".
Son insurrection est alors écrasée et sa famille réduite à néant. Il devient un orphelin déconsidéré, raillé pour son piteux état hémiplégique, à l'instar de nombreux autres musulmans. Signe de déchéance sociale autant que divine, en des temps encore largement superstitieux.
[img]https://i.imgur.com/4E9K8k2.png[/img]
Néanmoins, un seigneur syir local du nom de Tughluq (à la tête du petit khanat indépendant d'Orkodyr) le prend sous son aile protectrice et constate ses talents en matière de stratégie politique et militaire. Il le place à la tête d'une petite armée de 10 000 hommes (un "tümen") et les victoires qu'il remporte contre l'empire bouddhiste grâce à ses méthodes non-conventionnelles de lutte (guérilla, art opératif), précipitent la chute des infidèles et font la gloire de son mentor... jusqu'à son assassinat, par un rival musulman. Le nouveau maître du khanat n'est autre que le meurtrier, Hoseyn. Et celui-ci n'apprécie guère Taragaï. En effet, tout oppose les deux hommes : Hoseyn est arrogant et cupide, accaparant les richesses des populations qu'il soumet pour de futiles dépenses ; à l'inverse, Taragaï se montre humble et généreux, soumis à Dieu n'hésitant pas à partager ses biens en faveur de ses subordonnés directs. Ce dernier entre alors à nouveau en insurrection. Les affrontements armés entre leurs partisans respectifs tournent en faveur de l'Estropié, qui reçoit alors le soutien du peuple, paysans, marchands et même le clergé musulman de l'école de Naqshband. Meilleur stratège et nettement plus populaire, Taragaï bat Hoseyn puis l'envoie en pèlerinage forcé vers les Lieux Saints... avant d'être assassiné sur le chemin du retour. A 33 ans, après une vie parsemée d'oppressions, de souffrances et de trahisons, Taragaï prend la tête du Karmalistan.
[img]https://i.imgur.com/rtNCGYV.png[/img]
Un jour d'hiver 1370, la légendaire cité d'Enokh, capitale des exilés de la Tour de Babel - alors surnommée Oum al-Balâd, « la mère des villes » en arabe -, située au cœur des terres de « Nod » où errèrent les Hommes bannis du jardin d'Eden à la suite du premier meurtre (assassinat d'Abel par Caïn), recevait le plus grand meurtrier de l'Histoire, Taragaï, dit « le Boîteux », pour l’élire Émir d'Orkodyriane et Souverain du Sharqoz. C'est ici qu'il y annonce solennellement la renaissance de l'Empire syir fondé par Djaghataï.
Malgré les coutumes dynastiques, ce nouvel ordre syiro-qarluk (turco-mongol) est révolutionnaire par bien des aspects. A commencer par son essence idéologique elle-même : est en effet substitué au vieux régime coutumier et animiste des premiers Syirs, une véritable théocratie, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]celle de l'ordre mystique musulman de Naqshband[/url]. Révélant l'orientation religieuse du Khanat, Taragaï (pourtant ni arabe, ni turc, mais ethniquement mongol) se fait appeler Amir al-Kabir (« grand-prince » en arabe). Les bases philosophiques de sa légitimité combine l'idéologie universelle islamo-mongole (le Coran et le Yassak : l'égalité de tous les Hommes et de tous les Peuples devant Dieu et son représentant servile), et le mouvement perpétuel : celui de l'Homme libre (le "qazak" / "cosaque" / kazakh"), à savoir le nomade, dans la steppe, rappelant l'infinie grandeur de la redoutable Justice de Dieu.
De 1370 à 1380, il réunifie toutes les tribus syires de l'Orkodiane puis du Karmalistan avant de poursuivre son programme fédérateur des frontières du Sengaï jusqu'en Marquézie centrale et sur le pourtour du grand lac natolicain.
A la fin du XIVe siècle, le vieux monde se sépare alors en cinq pôles civilisationnels majeurs :
_ la Ventélie ====> avec l'éternel empire du Kaiyuan,
_ la Janubie ====> à la tête de laquelle on trouve le richissime empire d'Eashatri, alors première puissance mondiale,
_ la Marquézie, elle-même partagée entre :
====> le Khanat taragaïde de Sharqoz (l'Est turco-mongol)
====> le Sultanat solimanide du Marharb (l'Ouest turco-arabe)
_ la Dytolie-Cérulée ====> et ses innombrables petits royaumes.
A la fois Khanat et Émirat, le Sharqoz syir-qarlouk (turco-mongol) s'apprête à faire renaître l'Empire des steppes.
Désormais maître du Karmalistan, Taragaï va pouvoir mettre en œuvre le plan de ses aïeuls : conquérir le Monde pour y répandre par le Coran et le Yassak, l'idéologie universaliste des Syirs, et y instaurer la terrible Justice de Dieu sur Terre.
à suivre...
[img]https://i.imgur.com/C4Sz7Cp.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi)
1370 à 1507
« Puisqu'il n'y a qu'un Dieu dans l'au-delà, il ne doit y avoir qu'un Roi ici-bas. »
Capitale : Tchardjou
[img]https://i.imgur.com/vu1fA3d.png[/img]
L'inhospitalière steppe karmale, qui symbolise la terrible Justice divine pour les Syirs et les Qarlouks, fait partie de l'identité du pays.
Aux âges obscurs de la fin du Moyen-Age marqués par les tourments de la guerre et de la peste, au carrefour des mondes ventélien, marquézien, janubien et natolicain, entre civilisations chrétienne, animiste, bouddhiste, hindoue et surtout musulmane, une vision allait changer la face du Monde. Dans les steppes arides de la Transkormalie, au village-relais de Khodja-Ilgar sur la stratégique Route de la Soie, au milieu d'une nuit calme et glaciale, Chigachaï, un chef syir de la tribu syire turcisée des Barlas (descendants indirects lointains des djaghataïdes) et récemment converti à l'islam, est troublé dans son sommeil par la venue d'un ange, sublime, majestueux et inquiétant. Entre Lumière et Terreur, le spectre lui présente un cimeterre ensanglanté. L'interprétation de ce rêve prémonitoire ne laisse aucun doute : selon les shaykh naqshbandis locaux (cheikh sunnites soufis), il s'agit d'un signe divin, annonçant que le fils porté par son épouse va conquérir le monde... pour y semer la terreur. Après le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=320376#p320376]général inconnu qui éradiqua les Grecs et les Amazones du Karmalistan en 149 avant Jésus-Christ[/url], après [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=323068#p323068]Akhchounwâr et Mihirakoula [Attila] qui ravagèrent la Perse karmale[/url], et le [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=324702#p324702]conquérant syir Djaghataï [Gengis Khan] au XIIIe siècle[/url], il sera le quatrième grand fléau de Dieu, chargé de punir les Hommes de leurs vices et impiétés.
Les Sürgüngë (proto-turciques) avaient mis un terme à l'Antiquité. Les Syiro-qarlouks de Taragaï mettront fin au Moyen-Âge.
Le 9 avril 1336, à Khodja-Ilgar, nait Taragaï, fils d'un seigneur syir converti à l'islam au sein de la [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]confrérie soufi de Naqshband[/url]. Parmi les nombreuses légendes noires qui circuleront au sujet du fils de Taragaï, l'une d'elles affirme qu'il serait né les mains trempées de sang. L'éducation du jeune enfant, soignée par son père, oscille entre formations militaire et religieuse : un entraînement intensif au combat ponctué de lectures assidues du Coran. Pourtant, à en croire certains témoignages écrits, le jeune Taragaï est alors de "nature tendre et timide".
Alors que son enfance s'achève à peine, le chaos sonne à sa porte avec l’effondrement du Khaganat Syir puis Mara'utoglar. Les bey ("chefs" turcs) locaux rivalisent en cruauté, jusqu'à leur destruction mutuelle. Avec l'appui des Rajans (au Sud, le riche Rajanagar -Dahar- s'est relevé de ses cendres grâce à l'appui eashe), des seigneurs bouddhistes et taoïstes conquièrent alors le khanat démantelé, et y instaurent une cruelle hiérarchie. Les nouveaux maîtres oppriment les populations musulmanes (abjurations forcées, tortures à amputations...). Les sujets musulmans sont généralement réduits en esclavage, souvent pour le compte du royaume de Rajanagar, lui-même vassal des Eashes. Sous la domination bouddhiste, la pire des fautes est la "sédition" : ceux qui s'y livrent ne sont pas mis à mort (cette religion réputée "pacifique" l'interdit -sauf cas de guerre-), mais torturés jusqu'à l'infirmité (jambes brisées, yeux crevés, mains coupées...). Le vol, même en cas de nécessité, est considéré comme une sédition puisqu'il lèse la propriété privée, garante de l'ordre établi : les voleurs subissent le même sort que les esclaves révoltés. La sagesse du Tao, défendu par de nombreux guerriers au service du Rajanagar, n'est pas en reste : réputée "libertaire", cette philosophie prône la soumission à un ordre naturel immuable (le "Tao"), qui sacralise une "complétude", une "distinction harmonieuse et incontestable" entre les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les gagnants et les perdants. Cette hiérarchisation exacerbée qu'imposent des bouddhistes et taoistes ultra-minoritaires ne pouvait que susciter le dégoût des populations abrahamiques majoritaires.
Le jeune Taragaï entre alors en insurrection, et mène avec son père une guérilla dans les montagnes. Lors d'une escarmouche ratée, son père est tué et lui grièvement blessé à la jambe et au bras gauches. Estropié à vie, on le surnommera péjorativement "le boiteux", ou "l'estropié".
Son insurrection est alors écrasée et sa famille réduite à néant. Il devient un orphelin déconsidéré, raillé pour son piteux état hémiplégique, à l'instar de nombreux autres musulmans. Signe de déchéance sociale autant que divine, en des temps encore largement superstitieux.
[img]https://i.imgur.com/4E9K8k2.png[/img]
Néanmoins, un seigneur syir local du nom de Tughluq (à la tête du petit khanat indépendant d'Orkodyr) le prend sous son aile protectrice et constate ses talents en matière de stratégie politique et militaire. Il le place à la tête d'une petite armée de 10 000 hommes (un "tümen") et les victoires qu'il remporte contre l'empire bouddhiste grâce à ses méthodes non-conventionnelles de lutte (guérilla, art opératif), précipitent la chute des infidèles et font la gloire de son mentor... jusqu'à son assassinat, par un rival musulman. Le nouveau maître du khanat n'est autre que le meurtrier, Hoseyn. Et celui-ci n'apprécie guère Taragaï. En effet, tout oppose les deux hommes : Hoseyn est arrogant et cupide, accaparant les richesses des populations qu'il soumet pour de futiles dépenses ; à l'inverse, Taragaï se montre humble et généreux, soumis à Dieu n'hésitant pas à partager ses biens en faveur de ses subordonnés directs. Ce dernier entre alors à nouveau en insurrection. Les affrontements armés entre leurs partisans respectifs tournent en faveur de l'Estropié, qui reçoit alors le soutien du peuple, paysans, marchands et même le clergé musulman de l'école de Naqshband. Meilleur stratège et nettement plus populaire, Taragaï bat Hoseyn puis l'envoie en pèlerinage forcé vers les Lieux Saints... avant d'être assassiné sur le chemin du retour. A 33 ans, après une vie parsemée d'oppressions, de souffrances et de trahisons, Taragaï prend la tête du Karmalistan.
[img]https://i.imgur.com/rtNCGYV.png[/img]
Un jour d'hiver 1370, la légendaire cité d'Enokh, capitale des exilés de la Tour de Babel - alors surnommée Oum al-Balâd, « la mère des villes » en arabe -, située au cœur des terres de « Nod » où errèrent les Hommes bannis du jardin d'Eden à la suite du premier meurtre (assassinat d'Abel par Caïn), recevait le plus grand meurtrier de l'Histoire, Taragaï, dit « le Boîteux », pour l’élire Émir d'Orkodyriane et Souverain du Sharqoz. C'est ici qu'il y annonce solennellement la renaissance de l'Empire syir fondé par Djaghataï.
Malgré les coutumes dynastiques, ce nouvel ordre syiro-qarluk (turco-mongol) est révolutionnaire par bien des aspects. A commencer par son essence idéologique elle-même : est en effet substitué au vieux régime coutumier et animiste des premiers Syirs, une véritable théocratie, [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]celle de l'ordre mystique musulman de Naqshband[/url]. Révélant l'orientation religieuse du Khanat, Taragaï (pourtant ni arabe, ni turc, mais ethniquement mongol) se fait appeler Amir al-Kabir (« grand-prince » en arabe). Les bases philosophiques de sa légitimité combine l'idéologie universelle islamo-mongole (le Coran et le Yassak : l'égalité de tous les Hommes et de tous les Peuples devant Dieu et son représentant servile), et le mouvement perpétuel : celui de l'Homme libre (le "qazak" / "cosaque" / kazakh"), à savoir le nomade, dans la steppe, rappelant l'infinie grandeur de la redoutable Justice de Dieu.
De 1370 à 1380, il réunifie toutes les tribus syires de l'Orkodiane puis du Karmalistan avant de poursuivre son programme fédérateur des frontières du Sengaï jusqu'en Marquézie centrale et sur le pourtour du grand lac natolicain.
A la fin du XIVe siècle, le vieux monde se sépare alors en cinq pôles civilisationnels majeurs :
_ la Ventélie ====> avec l'éternel empire du Kaiyuan,
_ la Janubie ====> à la tête de laquelle on trouve le richissime empire d'Eashatri, alors première puissance mondiale,
_ la Marquézie, elle-même partagée entre :
====> le Khanat taragaïde de Sharqoz (l'Est turco-mongol)
====> le Sultanat solimanide du Marharb (l'Ouest turco-arabe)
_ la Dytolie-Cérulée ====> et ses innombrables petits royaumes.
A la fois Khanat et Émirat, le Sharqoz syir-qarlouk (turco-mongol) s'apprête à faire renaître l'Empire des steppes.
Désormais maître du Karmalistan, Taragaï va pouvoir mettre en œuvre le plan de ses aïeuls : conquérir le Monde pour y répandre par le Coran et le Yassak, l'idéologie universaliste des Syirs, et y instaurer la terrible Justice de Dieu sur Terre.
à suivre...
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Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/2phRz8o.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -deuxième partie-
1370 à 1507
« La Justice par la Terreur. »
Capitale : Tchardjou
[url=https://www.youtube.com/watch?v=mtYL5bnpVdg]Ambiance musicale[/url]
[img]https://i.imgur.com/c9WKFbb.png[/img]
Les premières grandes invasions
En guerre contre ses cousins septentrionaux, Taragaï « le boîteux » s'efforce de réunifier l'ancien Khanat Djaghataï, soit toutes les tribus turques et mongoles de Touranie. Purgeant ses ennemis de l'intérieur, réunifiant les peuples de Transkormalie, puis annexant l'Ala-Tau et reconfigurant l'organisation administrative de la région, son khanat-émirat s'étend vers 1380, sur l'ensemble du Karmalistan, hors Rajanagar (Dahar).
En 1380, la « conquête du Monde », en tant que telle, commence : c'est l'invasion de la Marquézie perse, au centre de ce continent, au sud-ouest de la Touranie.
La même année au Nord, le Khanat tatar de Natolique (Mamaï) est considérablement affaibli par les dissensions internes et l'héroïque résistance des peuples slaves menée par le grand-prince Dmitri. Quelques semaines plus tard, le reste de son armée est anéanti sur la rivière Khalkha par les troupes d'un autre chef mongol, Tokhtamych, khan de la Horde Blanche, descendant de Djaghataï régnant sur les steppes touraniennes septentrionales, et... général de Taragaï.
La chute de Mamaï permet à Tokhtamych de réunifier les deux Hordes... et de venger les victoires slaves.
Exigeant à nouveau un tribut aux princes slaves (lourde taxe en nature imposée depuis l'avènement du joug syir), Tokhtamych, avec le soutien de son mentor (Taragaï), lance en été une expédition punitive contre les principautés rebelles : ses trois plus grandes cités sont pillées et incendiées. L'autorité du khanat est rétablie, cet « ulus » connaît un nouvel âge d'or, le dernier.
A la tête d'un gigantesque ulus réunifié s'étendant de la steppe pontique nistrovienne aux limites orientales du Daliang des Wei (Liang), Tokhtamych s'émancipe de la tutelle de Taragaï, et cherche à stopper l'expansion de son ancien protecteur en Touranie perse, tout en lui disputant le pourtour du grand lac intérieur. Commence alors une longue confrontation entre les deux prétendants à la succession du défunt Empire syir pour la domination de la Touranie, entre tartars kiptchaks de Natolique et turco-mongols syiro-qarluks du Karmalistan.
1386 : invasion taragaïde de la Marquézie septrentrionale. Cela afin d'y établir un glacis protecteur face à la menace majeure que représente le khanat tatar de son ancien protégé Tokhtamych en Natolique. C'est pourquoi à son tour, les royaumes caucasiens chrétiens de la région sont envahis, leurs capitales assiégées puis mises à sac, les familles royales capturées et emprisonnées. Les rois et locaux et leurs familles assisteront impuissants à la terreur semée par Taragaï sur leurs terres. Le « diable boiteux » syir leur promet de cesser ses massacres à la condition qu'ils se convertissent à l'islam. Pour sauver son peuple, l'un de ces rois captifs abjurera sa religion chrétienne au profit du mahométisme, avant d'être libéré et de revenir au pays avec sa famille comme vassal.
Au printemps 1387, le fils et général de Taragaï, Miran Shah, remporte une victoire sur le khanat de Tokhtamych. Suivi à l'automne 1387 de l'invasion du royaume Muzaffaride. La capitale Fars est prise en octobre : sa population est épargnée. Les autres provinces se soumettent. Le khanat de Taragaï domine toute la Marquézie orientale persane.
Une fois de plus harcelé par son plus redoutable adversaire -le khan tartar Tokhtamych-, Taragaï lance une incursion punitive par le sud. Franchissant les monts de Marquézie septentrionale, l'armée taragaïde remporte deux victoires décisives : une sur la rivière Iaïk, une seconde -couronnant de succès l'expédition- sur la rivière Kondurcha. Le Khanat de Tokhtamych se soumet, et Taragaï pardonne les défections du khan.
Pendant ce temps, loin au-delà de la limite orientale de l'Empire, un détachement de l'armée taragaïde atteint le Kaiyuan. Mais la Ventélie ne pourra s'inquiéter que lorsque la Marquézie et la Janubie conquises. D'ici là, les Syiro-qarlouks n'y tentent pas d'incursion.
1389 : de retour à Tchardjou, Taragaï quitte aussitôt la capitale pour relancer une nouvelle invasion de la Marquézie perse, encore marquée au Sud du territoire par la résistance de Shah Mansour, de la dynastie des Muzaffarides.
En 1390, il reprend à nouveau Fars. C'est la destruction de l'empire des Muzaffarides : Taragaï extermine ses 70 000 habitants et érige 28 pyramides avec leurs crânes. Shah Mansur est exécuté. Pour être certain de tenir la région après son départ, cette fois-ci, tous les princes sont pourchassés avec acharnement puis égorgés : c'est la fin de la dynastie. En automne, il s'empare de la Marquézie arabe, alors dépourvue d'unité et de puissance militaire. Dans son sillage, quelques pyramides à crânes humains sont érigés autour de villes arabes dépeuplées. Le peuple de Mohammed n'est pas épargné.
[img]https://i.imgur.com/FBCzODB.jpg[/img]
Taragaï représenté ici avec l'un de ses hommes, en barbare sadique et sanguinaire par un artiste contempteur (derrière, des têtes arabo-perses empilées). S'il fut effectivement, et paradoxalement, l'un de plus grands "massacreurs de musulmans" de l'Histoire, la réalité de ses motivations est plus prosaïque : d'un tempérament froid et sérieux, Taragaï emploie la terreur bien davantage par rationalisme et souci stratégique (et héritage syir) que par passion colérique, absente de son caractère.
Au bout du compte, toute la Marquézie centrale et orientale perso-arabe est sous son contrôle. Mais les Tatars de Tokhtamych au Nord se rebellent à nouveau...!
1391 : de la menace persistante que fait peser sur lui le khanat natolicain, Taragaï souhaite en finir une bonne fois pour toute. C'est ainsi que débute l'invasion de la Natolique.
Tokhtamych est d'abord défait sur la Kura. Ensuite, depuis l'extrémité nord de la Marquézie orientale (où il détruit au passage l'Etat musulman proto-tchétchène Simsim), franchissant sans peine le fleuve Terek, l'armée de Taragaï déferle sur la Natolique. Rien ne semble l'arrêter : avant de prendre deux autres villes d'importance, il détruit la capitale Saraï-Tokhtamych. L'immense ulus du khanat natolicain est désormais vassalisé. Mais Taragaï ne s'arrête pas là : il poursuit son avance vers les principautés slaves... Alors que, sur la route du Bykova, ses troupes exterminent la population de plusieurs cités slaves, le grand-prince bykov Vassili Ier Dmitrievitch fait venir d'urgence dans la capitale -dans l'espoir que Dieu la protège- la mythique icône de la « Vladimirskaïa », ou « Vierge de Vladimir ». A la stupéfaction des Bykoviens, et visiblement sans raison, Taragaï fait demi-tour et repart vers le Sud, épargnant le Bykova d'un tourment annoncé comme inévitable.
Néanmoins, sur le chemin du retour, le sanguinaire turco-mongol en profite pour emprunter un autre trajectoire afin de piller de riches comptoirs et détruire d'autres petits royaumes locaux, chrétiens comme musulmans.
Avec la chute de Tokhtamych, le khanat natolicain sera désormais dirigé -au détriment du khan- par le général des armées tatares, Edigu, protégé de Taragaï et fondateur de la dynastie syire non-djaghataïde des Nogaï.
A la tête de l'ensemble du Sharqoz : Karmalistan et Touranie, Marquézie centrale et orientale arabo-persane, ainsi que la Natolique méridionale, Taragaï peut enfin tourner son regard vers le Sud.
A l'automne 1394, il rassemble ses tümen (divisions militaires) vers Karagol, et se lance à l'assaut de l'ennemi historique n°1 du Karmalistan : le Dahar et son protecteur, l'immense et puissant empire d'Eashatri.
Traversant la Ciskormalie, les Syiro-qarlkouks anéantissent le Dahar en trois mois. La plupart des grandes cités commerçantes sont mises à sac, rasées, et leurs populations exterminées. Alipur, alors capitale des Rajans, n'existe plus. Passant par l'Isthme d'Ashurdabad en novembre, c'est le début de l'invasion de la Janubie. Les armées eashates sont toutes mises en déroute, les places fortes -tour à tour- écrasées. Astapur au Nord de l'empire, alors l'une des plus grandes cités du Monde... disparaît. On estime le nombre des victimes autour du demi-million. Les villes de Lesabad, Iséphir, Eskha et Padrahamphur connaissent le même sort : elles sont prises, pillées et rasées. En périphérie de chacune d'elles : une forêt de pyramides de crânes.
Dans le sillage laissé par Taragaï et son cortège d'horreurs, toute la Janubie tombe dans l'anarchie et la famine.
Dix-huit ans durant, entre 1397 et 1415, c'est l'ensemble de l'empire eashe qui est occupé, ainsi que d'autres royaumes de Janubie centrale et septentrionale. Des vassaux taragaïdes sont placés à la tête de nombreux Darughachi régionaux, malgré quelques insurrections parcellaires. Enfin, les grands savants et artisans de Janubie, architectes, scientifiques, astronomes, médecins, techniciens... sont massivement déportés au Karmalistan.
« L'Estropié » doit d'abord ses innombrables victoires à la fidélité politique, à l'exceptionnelle discipline et surtout à la redoutable détermination idéologique de ses troupes, trois atouts hérités de l'ancien commandement djaghataïde : terrible mais juste, à visée politico-religieuse universelle (lui accordant sa légitimité).
L'archerie montée à arcs réflexes, toujours aussi compétente, rapide et endurante, est désormais mieux pourvue en armure solide, légère et flexible, laquelle recouvre désormais les chevaux. Les kilij ou shamshir (cimeterre, sabre à lame courbée typiquement turcique, adaptée aux cavaliers) sont universalisés. L'armée est également dotée d'une puissante artillerie lourde : trébuchets à projectiles incendiaires (pots de naphtes) et explosifs (poudre noire), mais aussi légère, avec l'apparition des couleuvrines.
Mais ces compétences et innovations ne sont rien sans la stratégie :
_ le renseignement grâce à ses réseaux d'informateurs qui lui transmettent le nécessaire avant l'invasion,
_ la subversion, directe ou indirecte, souterraine ou terroriste, pour y multiplier les défections, démoraliser l'ennemi jusqu'à y semer le chaos ou la désolation
_ et enfin l'opération en profondeur, la manœuvre à "petite échelle" (c'est à dire sur de longues distances), fuyant les batailles rangées, profiter du terrain et d'une mobilité supérieure, épuiser et démoraliser l'ennemi, à qui on impose ses propres règles du jeu.
Cette habile combinaison entre audace stratégique et prudence tactique, subtilité du renseignement et terreur subversive, fidélité et détermination des troupes, contribua grandement aux succès militaires des cavaliers des steppes syiro-qarlouks à la fin du Moyen-Âge.
En 1398, Taragaï retourne dans sa terre natale, et planifie l'embellissement de sa capitale, Tchardjou, grâce à l'immense main d’œuvre qualifiée qu'il a amassé à la suite de toutes ses conquêtes. Il administre son empire en imposant des seigneurs locaux syirs issus de l'islam naqshbandi, tout en respectant les minorités religieuses parmi les peuples assujettis. Sa sagesse d'administrateur et son intérêt pour la science et les arts (astronomie, médecine, architecture, poésie...) contraste avec son effroyable cruauté en temps de guerre. Il n'en demeure pas moins constamment sérieux, zélé et persévérant dans toutes ses tâches politiques, administratives et militaires.
Le khanat syiro-qarlouk s'élève désormais au rang de superpuissance : il s'étend désormais en Touranie, en Natolique méridionale, en Marquézie centrale et orientale, ainsi qu'en Janubie du Nord.
Ainsi, à l'aube du XVe siècle, en Marquézie, seul échappe au pouvoir de Taragaï le puissant Sultanat Solimanide. Entre Dytolie et Marquézie, après les victoires décisives de 1389 en Estolie puis celle de 1396 contre une coalition de princes chrétiens, le Sultanat turc-oghouz des Solimanides se dresse comme la nouvelle grande puissance musulmane, dotée de la plus grande armée de l'hémisphère occidental. Son souverain Bayezid, tout en assiégeant Constance, étend son empire jusqu'en Valdaquie. Face à cette nouvelle menace aux portes de la Dytolie, les croisades lancées par le pape s'avèrent toutes des échecs cuisants.
Pour Taragaï, il s'agit là d'un nouveau rival potentiel, à la fois religieux (deux empires musulmans concurrents) et géopolitique (pour la domination de la Marquézie). Néanmoins, il n'y voit pas là un ennemi prioritaire... du moins pas encore.
Certes, l'épouvante que sème Taragaï dans toute la région provoque l'afflux de réfugiés en Estolie solimanide, lesquels transmettent leur effroi aux populations locales, vulnérables à la panique. On témoigne des pyramides de crânes humains qui s'élèvent partout de la Janubie jusqu'en Natolique en passant par la Marquézie aussi bien perse qu'arabe. Mais le sultan turc Bayézid, vainqueur par deux fois des croisés, bénéficiant lui aussi d'une redoutable réputation jusqu'en Dytolie, ne prend pas la peine de s'y intéresser : s'estimant protégé par son immense armée, seuls comptent à ses yeux, le siège de Constance et ses conquêtes en direction de la Valdaquie.
Il commet là une grave erreur...
[img]https://i.imgur.com/rDFvkpY.jpg[/img]
à suivre... (demain !)
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -deuxième partie-
1370 à 1507
« La Justice par la Terreur. »
Capitale : Tchardjou
[url=https://www.youtube.com/watch?v=mtYL5bnpVdg]Ambiance musicale[/url]
[img]https://i.imgur.com/c9WKFbb.png[/img]
Les premières grandes invasions
En guerre contre ses cousins septentrionaux, Taragaï « le boîteux » s'efforce de réunifier l'ancien Khanat Djaghataï, soit toutes les tribus turques et mongoles de Touranie. Purgeant ses ennemis de l'intérieur, réunifiant les peuples de Transkormalie, puis annexant l'Ala-Tau et reconfigurant l'organisation administrative de la région, son khanat-émirat s'étend vers 1380, sur l'ensemble du Karmalistan, hors Rajanagar (Dahar).
En 1380, la « conquête du Monde », en tant que telle, commence : c'est l'invasion de la Marquézie perse, au centre de ce continent, au sud-ouest de la Touranie.
La même année au Nord, le Khanat tatar de Natolique (Mamaï) est considérablement affaibli par les dissensions internes et l'héroïque résistance des peuples slaves menée par le grand-prince Dmitri. Quelques semaines plus tard, le reste de son armée est anéanti sur la rivière Khalkha par les troupes d'un autre chef mongol, Tokhtamych, khan de la Horde Blanche, descendant de Djaghataï régnant sur les steppes touraniennes septentrionales, et... général de Taragaï.
La chute de Mamaï permet à Tokhtamych de réunifier les deux Hordes... et de venger les victoires slaves.
Exigeant à nouveau un tribut aux princes slaves (lourde taxe en nature imposée depuis l'avènement du joug syir), Tokhtamych, avec le soutien de son mentor (Taragaï), lance en été une expédition punitive contre les principautés rebelles : ses trois plus grandes cités sont pillées et incendiées. L'autorité du khanat est rétablie, cet « ulus » connaît un nouvel âge d'or, le dernier.
A la tête d'un gigantesque ulus réunifié s'étendant de la steppe pontique nistrovienne aux limites orientales du Daliang des Wei (Liang), Tokhtamych s'émancipe de la tutelle de Taragaï, et cherche à stopper l'expansion de son ancien protecteur en Touranie perse, tout en lui disputant le pourtour du grand lac intérieur. Commence alors une longue confrontation entre les deux prétendants à la succession du défunt Empire syir pour la domination de la Touranie, entre tartars kiptchaks de Natolique et turco-mongols syiro-qarluks du Karmalistan.
1386 : invasion taragaïde de la Marquézie septrentrionale. Cela afin d'y établir un glacis protecteur face à la menace majeure que représente le khanat tatar de son ancien protégé Tokhtamych en Natolique. C'est pourquoi à son tour, les royaumes caucasiens chrétiens de la région sont envahis, leurs capitales assiégées puis mises à sac, les familles royales capturées et emprisonnées. Les rois et locaux et leurs familles assisteront impuissants à la terreur semée par Taragaï sur leurs terres. Le « diable boiteux » syir leur promet de cesser ses massacres à la condition qu'ils se convertissent à l'islam. Pour sauver son peuple, l'un de ces rois captifs abjurera sa religion chrétienne au profit du mahométisme, avant d'être libéré et de revenir au pays avec sa famille comme vassal.
Au printemps 1387, le fils et général de Taragaï, Miran Shah, remporte une victoire sur le khanat de Tokhtamych. Suivi à l'automne 1387 de l'invasion du royaume Muzaffaride. La capitale Fars est prise en octobre : sa population est épargnée. Les autres provinces se soumettent. Le khanat de Taragaï domine toute la Marquézie orientale persane.
Une fois de plus harcelé par son plus redoutable adversaire -le khan tartar Tokhtamych-, Taragaï lance une incursion punitive par le sud. Franchissant les monts de Marquézie septentrionale, l'armée taragaïde remporte deux victoires décisives : une sur la rivière Iaïk, une seconde -couronnant de succès l'expédition- sur la rivière Kondurcha. Le Khanat de Tokhtamych se soumet, et Taragaï pardonne les défections du khan.
Pendant ce temps, loin au-delà de la limite orientale de l'Empire, un détachement de l'armée taragaïde atteint le Kaiyuan. Mais la Ventélie ne pourra s'inquiéter que lorsque la Marquézie et la Janubie conquises. D'ici là, les Syiro-qarlouks n'y tentent pas d'incursion.
1389 : de retour à Tchardjou, Taragaï quitte aussitôt la capitale pour relancer une nouvelle invasion de la Marquézie perse, encore marquée au Sud du territoire par la résistance de Shah Mansour, de la dynastie des Muzaffarides.
En 1390, il reprend à nouveau Fars. C'est la destruction de l'empire des Muzaffarides : Taragaï extermine ses 70 000 habitants et érige 28 pyramides avec leurs crânes. Shah Mansur est exécuté. Pour être certain de tenir la région après son départ, cette fois-ci, tous les princes sont pourchassés avec acharnement puis égorgés : c'est la fin de la dynastie. En automne, il s'empare de la Marquézie arabe, alors dépourvue d'unité et de puissance militaire. Dans son sillage, quelques pyramides à crânes humains sont érigés autour de villes arabes dépeuplées. Le peuple de Mohammed n'est pas épargné.
[img]https://i.imgur.com/FBCzODB.jpg[/img]
Taragaï représenté ici avec l'un de ses hommes, en barbare sadique et sanguinaire par un artiste contempteur (derrière, des têtes arabo-perses empilées). S'il fut effectivement, et paradoxalement, l'un de plus grands "massacreurs de musulmans" de l'Histoire, la réalité de ses motivations est plus prosaïque : d'un tempérament froid et sérieux, Taragaï emploie la terreur bien davantage par rationalisme et souci stratégique (et héritage syir) que par passion colérique, absente de son caractère.
Au bout du compte, toute la Marquézie centrale et orientale perso-arabe est sous son contrôle. Mais les Tatars de Tokhtamych au Nord se rebellent à nouveau...!
1391 : de la menace persistante que fait peser sur lui le khanat natolicain, Taragaï souhaite en finir une bonne fois pour toute. C'est ainsi que débute l'invasion de la Natolique.
Tokhtamych est d'abord défait sur la Kura. Ensuite, depuis l'extrémité nord de la Marquézie orientale (où il détruit au passage l'Etat musulman proto-tchétchène Simsim), franchissant sans peine le fleuve Terek, l'armée de Taragaï déferle sur la Natolique. Rien ne semble l'arrêter : avant de prendre deux autres villes d'importance, il détruit la capitale Saraï-Tokhtamych. L'immense ulus du khanat natolicain est désormais vassalisé. Mais Taragaï ne s'arrête pas là : il poursuit son avance vers les principautés slaves... Alors que, sur la route du Bykova, ses troupes exterminent la population de plusieurs cités slaves, le grand-prince bykov Vassili Ier Dmitrievitch fait venir d'urgence dans la capitale -dans l'espoir que Dieu la protège- la mythique icône de la « Vladimirskaïa », ou « Vierge de Vladimir ». A la stupéfaction des Bykoviens, et visiblement sans raison, Taragaï fait demi-tour et repart vers le Sud, épargnant le Bykova d'un tourment annoncé comme inévitable.
Néanmoins, sur le chemin du retour, le sanguinaire turco-mongol en profite pour emprunter un autre trajectoire afin de piller de riches comptoirs et détruire d'autres petits royaumes locaux, chrétiens comme musulmans.
Avec la chute de Tokhtamych, le khanat natolicain sera désormais dirigé -au détriment du khan- par le général des armées tatares, Edigu, protégé de Taragaï et fondateur de la dynastie syire non-djaghataïde des Nogaï.
A la tête de l'ensemble du Sharqoz : Karmalistan et Touranie, Marquézie centrale et orientale arabo-persane, ainsi que la Natolique méridionale, Taragaï peut enfin tourner son regard vers le Sud.
A l'automne 1394, il rassemble ses tümen (divisions militaires) vers Karagol, et se lance à l'assaut de l'ennemi historique n°1 du Karmalistan : le Dahar et son protecteur, l'immense et puissant empire d'Eashatri.
Traversant la Ciskormalie, les Syiro-qarlkouks anéantissent le Dahar en trois mois. La plupart des grandes cités commerçantes sont mises à sac, rasées, et leurs populations exterminées. Alipur, alors capitale des Rajans, n'existe plus. Passant par l'Isthme d'Ashurdabad en novembre, c'est le début de l'invasion de la Janubie. Les armées eashates sont toutes mises en déroute, les places fortes -tour à tour- écrasées. Astapur au Nord de l'empire, alors l'une des plus grandes cités du Monde... disparaît. On estime le nombre des victimes autour du demi-million. Les villes de Lesabad, Iséphir, Eskha et Padrahamphur connaissent le même sort : elles sont prises, pillées et rasées. En périphérie de chacune d'elles : une forêt de pyramides de crânes.
Dans le sillage laissé par Taragaï et son cortège d'horreurs, toute la Janubie tombe dans l'anarchie et la famine.
Dix-huit ans durant, entre 1397 et 1415, c'est l'ensemble de l'empire eashe qui est occupé, ainsi que d'autres royaumes de Janubie centrale et septentrionale. Des vassaux taragaïdes sont placés à la tête de nombreux Darughachi régionaux, malgré quelques insurrections parcellaires. Enfin, les grands savants et artisans de Janubie, architectes, scientifiques, astronomes, médecins, techniciens... sont massivement déportés au Karmalistan.
« L'Estropié » doit d'abord ses innombrables victoires à la fidélité politique, à l'exceptionnelle discipline et surtout à la redoutable détermination idéologique de ses troupes, trois atouts hérités de l'ancien commandement djaghataïde : terrible mais juste, à visée politico-religieuse universelle (lui accordant sa légitimité).
L'archerie montée à arcs réflexes, toujours aussi compétente, rapide et endurante, est désormais mieux pourvue en armure solide, légère et flexible, laquelle recouvre désormais les chevaux. Les kilij ou shamshir (cimeterre, sabre à lame courbée typiquement turcique, adaptée aux cavaliers) sont universalisés. L'armée est également dotée d'une puissante artillerie lourde : trébuchets à projectiles incendiaires (pots de naphtes) et explosifs (poudre noire), mais aussi légère, avec l'apparition des couleuvrines.
Mais ces compétences et innovations ne sont rien sans la stratégie :
_ le renseignement grâce à ses réseaux d'informateurs qui lui transmettent le nécessaire avant l'invasion,
_ la subversion, directe ou indirecte, souterraine ou terroriste, pour y multiplier les défections, démoraliser l'ennemi jusqu'à y semer le chaos ou la désolation
_ et enfin l'opération en profondeur, la manœuvre à "petite échelle" (c'est à dire sur de longues distances), fuyant les batailles rangées, profiter du terrain et d'une mobilité supérieure, épuiser et démoraliser l'ennemi, à qui on impose ses propres règles du jeu.
Cette habile combinaison entre audace stratégique et prudence tactique, subtilité du renseignement et terreur subversive, fidélité et détermination des troupes, contribua grandement aux succès militaires des cavaliers des steppes syiro-qarlouks à la fin du Moyen-Âge.
En 1398, Taragaï retourne dans sa terre natale, et planifie l'embellissement de sa capitale, Tchardjou, grâce à l'immense main d’œuvre qualifiée qu'il a amassé à la suite de toutes ses conquêtes. Il administre son empire en imposant des seigneurs locaux syirs issus de l'islam naqshbandi, tout en respectant les minorités religieuses parmi les peuples assujettis. Sa sagesse d'administrateur et son intérêt pour la science et les arts (astronomie, médecine, architecture, poésie...) contraste avec son effroyable cruauté en temps de guerre. Il n'en demeure pas moins constamment sérieux, zélé et persévérant dans toutes ses tâches politiques, administratives et militaires.
Le khanat syiro-qarlouk s'élève désormais au rang de superpuissance : il s'étend désormais en Touranie, en Natolique méridionale, en Marquézie centrale et orientale, ainsi qu'en Janubie du Nord.
Ainsi, à l'aube du XVe siècle, en Marquézie, seul échappe au pouvoir de Taragaï le puissant Sultanat Solimanide. Entre Dytolie et Marquézie, après les victoires décisives de 1389 en Estolie puis celle de 1396 contre une coalition de princes chrétiens, le Sultanat turc-oghouz des Solimanides se dresse comme la nouvelle grande puissance musulmane, dotée de la plus grande armée de l'hémisphère occidental. Son souverain Bayezid, tout en assiégeant Constance, étend son empire jusqu'en Valdaquie. Face à cette nouvelle menace aux portes de la Dytolie, les croisades lancées par le pape s'avèrent toutes des échecs cuisants.
Pour Taragaï, il s'agit là d'un nouveau rival potentiel, à la fois religieux (deux empires musulmans concurrents) et géopolitique (pour la domination de la Marquézie). Néanmoins, il n'y voit pas là un ennemi prioritaire... du moins pas encore.
Certes, l'épouvante que sème Taragaï dans toute la région provoque l'afflux de réfugiés en Estolie solimanide, lesquels transmettent leur effroi aux populations locales, vulnérables à la panique. On témoigne des pyramides de crânes humains qui s'élèvent partout de la Janubie jusqu'en Natolique en passant par la Marquézie aussi bien perse qu'arabe. Mais le sultan turc Bayézid, vainqueur par deux fois des croisés, bénéficiant lui aussi d'une redoutable réputation jusqu'en Dytolie, ne prend pas la peine de s'y intéresser : s'estimant protégé par son immense armée, seuls comptent à ses yeux, le siège de Constance et ses conquêtes en direction de la Valdaquie.
Il commet là une grave erreur...
[img]https://i.imgur.com/rDFvkpY.jpg[/img]
à suivre... (demain !)
-
Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/2phRz8o.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -troisième partie-
1370 à 1507
« Puisqu'il n'y a qu'un Dieu dans l'au-delà, il ne doit y avoir qu'un Roi ici-bas. (2) »
Capitale : Tchardjou
TROISIÈME PARTIE
LA LUTTE POUR LE CALIFAT : MARHARB (turcs-occidentaux solimanides) contre SHARQOZ (turco-mongols taragaïdes)
Au crépuscule du terrible XIVe siècle, après son cortège d'horreurs entre invasions militaires et bactérienne (peste), la Dytolie se retrouve à nouveau confrontée à une menace pourtant disparue depuis deux siècles : l'expansionnisme islamique.
Cette fois-ci, l'étendard du Prophète est brandi par le redoutable Sultanat turc-oghouz des Solimanides (ou "Sultanat oghouz de Marharb"). Entre Cérulée et Marquézie, cette nouvelle grande puissance musulmane, vient d'unir tous les beylicats turcs de la région, avant de bâtir la plus grande armée de l'hémisphère occidental. Avec elle, il s'apprête à partir à l'assaut de l'Occident chrétien.
Face à cette menace inédite, le Pape lance l'alerte et dépêche en Orient une première croisade en 1389, avec la contribution des peuples chrétiens locaux d'Estolie, directement menacés. Cette téméraire expédition débouche sur un échec cuisant. Le Sultanat solimanide se répand dans toute la Marquézie occidentale jusqu'aux portes de la Valdaquie. Sept ans plus tard, en 1396, afin de préserver Constance et la Valdaquie d'un désastre annoncé, une seconde croisade dytolienne est lancée, cette fois-ci plus importante encore : le Pape doit obtenir sa revanche et sauver l'honneur de sa religion. Leurs sont envoyés en renfort des armées entières, assistées par les meilleurs chevaliers de la chrétienté. Dytoliens germaniques, italiques, et même gaéliques, Olténiens, Dobrogéviens, et bien-sûr Estoliens se rassemblent aux confins de la Marquézie septentrionale pour infliger un coup d'arrêt aux Solimanides.
Mais leur bravoure est vaine : c'est une fois de plus un désastre. Les musulmans s'emparent de la quasi-totalité de l'Estolie, tandis qu'une bonne partie de la Valdaquie actuelle est vassalisée (Dobrogévie et Olténie).
Des armées entières rejoignent comme vassales les forces armées du Sultan oghouz. Aux familles estoliennes sous leur joug, les Solimanides arrachent leurs enfants : ils sont réduits en esclavage et convertis de force à l'islam. Ils formeront plus tard les troupes d'élite ("janissaires") du nouvel empire, désormais surnommé "la Sublime Porte".
Le maître de cette superpuissance incontestée, commandant resté invaincu, tacticien de génie vainqueur par deux fois d'immenses coalitions chrétiennes, s'appelle Bayézid. Après avoir vaincu ses rivaux ghâzi oghouz (les ghâzi sont des chefs turcs -ayant fuit les invasions syires du XIIIe siècle- chargés de défendre les frontières de l'Islam), il fera assassiner tous ses adversaires politiques, existants et potentiels... jusqu'à la réunification et au pouvoir suprême. Une fois à la tête d'un royaume réunissant toutes les tribus oghouzes de Marquézie, Bayézid annonce le retour du processus d'islamisation du Monde. Écrasant tour à tour deux coalitions de forces locales chrétiennes et expéditionnaires croisés, il étend son empire sur toute la rive orientale de la Cérulée, en Marquézie occidentale jusqu'au cœur de la Valdaquie vassalisée, et gagne ainsi une réputation immense parmi les musulmans. Son nom suffit à effrayer toutes les cours de Dytolie. De par ses talents militaires et d'administrateur, ainsi que de son caractère sulfureux, colérique et arrogant, on le surnomme désormais « La Foudre ».
[img]https://i.imgur.com/Pk27poO.png[/img]
Bayézid « la Foudre » : le Sultan maître du Marharb, glorieux vainqueur des croisés dytoliens, des Romains d'Estolie et des Valdaques. Leader des musulmans algarbo-céruléens, il est l'ennemi juré de la Papauté.
Alors qu'il assiège « tranquillement » (depuis plusieurs années déjà), la célèbre et millénaire cité de Constance (la capitale estolienne située au cap le plus occidental du pays), Bayézid, se reposant dans son harem, reçoit la visite d'un messager lui annonçant qu'une cité prospère de son empire à l'Est, Sévaste, vient tout-juste d'être attaquée. Jusqu'alors dépourvu d'adversaire à sa hauteur, la menace semble cette fois-ci autrement plus sérieuse que les précédentes : c'est le retour des Mongols, syiro-qarlouks du Sharqoz. Il s'agit là en effet d'un ennemi qu'il connaît bien : d'ethnie relativement cousine (turcisme) et de religion commune (islam), les Syiro-qarlouks sont de redoutables guerriers nomades, héritiers directs du terrible syir du Liang, Djaghataï, et dont les aïeuls étaient justement à l'origine de la destruction de l'empire oghouz du XIIIe siècle (le peuple de Bayézid) et de leur fuite vers l'Estolie.
La raison de ce curieux retournement fratricide, alors que Taragaï aspirait essentiellement à des conquêtes orientales (Ventélie), remonte à un évènement tragicomique.
Quelques années plus tôt, le qarlouk Kharazi-Bourandin, ami personnel de Taragaï, était assassiné au poignard par deux riches turcs oghuz de Sévaste, dont le bey et chef tribal Qara Yussuf, est un indéfectible protégé de l'intrépide sultan Bayezid. Les ambassadeurs de Taragaï, envoyés en toute amitié entre puissances musulmanes pour que justice soit rendue pacifiquement, y sont traités avec mépris : l'arrogant Bayézid, ivre de ses succès militaires, juge bon de les humilier personnellement.
Ô quelle erreur...
[url=https://www.youtube.com/watch?v=9UmfH_cwdwo]Ambiance musicale[/url]
[img]https://i.imgur.com/xGwFdHn.png[/img]
Après avoir semé la terreur et la mort en Marquézie orientale perse, en Marquézie méridionale arabe, en Touranie, en Natolique et en Janubie, l'armée syiro-qarlouke a choisi sa nouvelle cible : le redoutable Sultanat solimanide...
Informé de cette agression, le « Foudroyant » solimanide réagit sans plus attendre : il se rend au plus vite à Sévaste avec son armée.
Mais il est trop tard : Bayézid, du haut de son cheval inquiet et escorté par des milliers d'hommes ahuris, n'y voit qu'un champ de ruines avec pour seul édifice à l'entrée, une gigantesque pyramide de crânes humains.
Le silence est lourd. Le bruit du vent a remplacé le cri des citadins, sans parvenir à évacuer l'odeur pestilentielle des lieux. Le sol, noirci est comme corrompu en profondeur. Les rats pullulent. Les corbeaux et les vautours gypaètes se régalent. Les éclaireurs solimanides lui rapportent que d'autres pyramides de crânes s'élèvent aux quatre coin de la défunte cité. Des têtes arrachés, des monceaux de cadavres, mais pas l'ombre d'un ennemi.
En plus de la perte d'une de ses villes les plus prospères, on lui ramène un autre corps inanimé : celui de son fils aîné.
Fou de rage, le sultan oghouz jure de venger son héritier.
Malgré leurs origines et leur religion commune, allait alors s'affronter deux sociétés, deux philosophies et deux personnalités rivales.
[img]https://i.imgur.com/IoEsMrs.png[/img]
En plus de ces deux visions du monde antagoniques, se rencontrent et se heurtent deux personnalités foncièrement différentes.
Sultan talentueux, Bayezid est un puissant chef de guerre, brave et intrépide. Habile, vivace et rusé à la fois, il est reputé pour sa promptitude, sa vitesse de réaction tant militaire que politique : il frappe comme la foudre, d'où son surnom. Mais il est sûr de lui jusqu'à l'arrogance, et bien souvent colérique. Il est tolérant sur le plan politique, mais extrêmement désagréable à titre personnel, toujours dans l'invective et la confrontation directe.
Taragaï au contraire, est un chef de guerre non-seulement redoutable, mais aussi et surtout prudent. Rusé, il avance lentement, mais sûrement. Il ne prend de décision qu'après une longue et mûre réflexion. Sous couvert d'une imperturbable froideur, il canalyse sa colère, parfaitement maîtrisée, pour un dessein tactique supérieur et une impitoyable détermination. Politiquement, c'est un barbare fanatique qui pratique la plus sanguinaire des terreurs. Personnellement... il est doux comme un agneau.
Bien décidé à devenir Calife, soit maître incontesté de l'ensemble du monde musulman, Bayézid n'avait d'autre choix pour ce faire que d'arrêter la tempête turco-mongole venue de l'Est. Il rassemble donc une armée gigantesque, non-seulement composée de Turcs oghouz musulmans, mais aussi d'alliés arabes et de nombreux vassaux, aussi bien musulmans (qarlouks), que chrétiens (valdaques et estoliens).
L'ultime affrontement entre ces deux géants de l'islam commence.
Mais cette fois-ci, plutôt que d'attendre derrière des murailles (ce qui n'avait jusque-là jamais été une bonne idée), le turco-musulman Bayézid, qui connaît ses ennemis, s'avance de lui-même, afin d'attaquer frontalement les envahisseurs nomades. Mais Taragaï est doté d'un réseau d'informateurs inégalé : cette stratégie du renseignement est elle aussi héritée des Syirs de Djaghataï. Informé par ses espions, « l'Estropié » décide de poursuivre -à toute allure- son périple sanguinaire, s'emparant et détruisant les villes du Sultanat envahi, les unes après les autres, pendant que l'armée de Bayézid le poursuit, toujours à quelques lieues de retard en raison des manœuvres innattendues d'un envahisseur extrêmement mobile.
Ce jeu du chat et de la souris entre les deux armées à travers la Marquézie, volontairement orchestré par Taragaï, eu deux effets. D'abord il épuisa les Solimanides, démoralisé à la vue des pyramides de crânes à l'entrée de chaque cité prise par les barbares orientaux, et permis au mongol/syir de choisir le champ de bataille avec soin.
C'est finalement dans une plaine sèche de la Marquézie, à Tchubuk, en plein été, le 20 juillet 1402, que se livre la bataille décisive entre « la Froudre » (Bayezid) et « l'Estropié » (Taragaï), entre les deux géants de la foi islamique (pour ne pas dire les deux plus grandes puissances mondiales) :
_ d'un côté, les Turcs-oghuz occidentaux, civilisateurs sédentarisés, « oppresseurs tolérants » (solimanides)
_ de l'autre, les Mongols (syirs) et turciques orientaux (qarlouks), barbares nomades, « terroristes fanatiques » (taragaïdes).
En théorie les deux armées qui se font face mobilisent des forces sensiblement équivalentes (autour de 100 000 soldats chacune).
Les Oghouz comptaient surtout des guerriers à pieds, dont les redoutables milices des Janissaires -troupes d'élite de l'empire-, avec l'appui toutefois de cavaliers sipahi et de pas moins de 40 000 chevaliers estoliens et dobrogéviens (ces chrétiens valdaques sont alors les vassaux des Solimanides, ce qui n'enlève rien à leur détermination). Si beaucoup sont épuisés par les manœuvres stratégiques du « Boiteux », les Solimanides demeurent unis, motivés et déterminés en raison notamment de leur solide expérience (et connaissant l'absence de pitié chez leur adversaire...).
En face d'eux, d'innombrable cavaliers nomades turco-mongols, avec quelques supplétifs sibériens natolicains, indo-janubiens, turcomans (turkmènes, tribus qoyunlu) et même arméniens. A noter la présence d'une cinquantaine d'éléphants de guerre venus d'Eashatri. Tous les effectifs taragaïdes n'ont pas pu être alignés pour la bataille en raison du siège de la ville de Tchubuk, qui se déroule au même moment.
Particulièrement téméraire, Bayézid lance les hostilités. Son premier assaut, massif, est stoppé net par les archers de la cavalerie syiro-qarlouke. L'essaim de flèches tuera plusieurs centaines de ses sujets. La bataille commence mal. Pire, alors qu'il prend maladroitement l’initiative, Bayézid perd le contrôle d'un village de la plaine, doté d'un grand puits d'où il tirait l'approvisionnement en eau pour son armée... ce qui le force une fois de plus à modifier ses plans pour récupérer le village et éviter que la soif ne s'empare de ses hommes, combattants dans la poussière et la chaleur. Pendant que Bayézid s'efforce à récupérer ce puits, Taragaï, en grand stratège, fait manœuvrer ses troupes pour prendre l'armée solimanide à revers.
C'est alors qu'enfin, des dizaines de milliers de chevaliers valdaques -vassaux dévoués des solimanides- partent à l'assaut pour désorganiser les lignes ennemies et renverser la situation. Mais... leur charge est brisée par la cavalerie turco-mongole. Comme si cet enchaînement de fiascos ne suffisait pas, une division entière de l'armée turque de Bayézid le trahit : sur sa gauche, les clans turcs qarlouks, dégoûtés par son arrogance, mécontents de la politique fiscale de leur suzerain et séduits par les promesses d'agents subversifs de Taragaï, rallient les forces de ce dernier.
Ces déconvenues successives finissent par semer le chaos dans les rangs solimanides. C'est un désastre. Heureusement pour eux, quelques détachements parviennent à s'enfuir.
Emporté par sa rage alors que son armée se fait assaillir, Bayézid résiste courageusement jusqu'à la fin avec ses derniers janissaires. Quand ceux-ci s'effondrent (ils n'en restent plus que 300), Bayézid, comprenant que tout est perdu, veut sauver sa peau et s'enfuit à cheval. Mais les cavaliers syiro-qarlouks sont trop rapides...
Son cheval tué, lui-même neutralisé et capturé, « la Foudre » est livrée à « l'Estropié ». Lorsque ses guerriers amène le captif royal dans sa tente, Taragaï le Boiteux se met à sourire. Le sultan humilié lui dit : « Tu as tort de te moquer de moi, regarde mon état, cela pourrait aussi bien t'arriver ! ». C'est alors que Taragaï répond : « Je ne me moque pas de toi, mais de l'ironie d'Allah, qui a partagé le destin du monde entre un borgne et un boiteux ! ».
Heureusement, et c'est là une des curieuses exceptions de sa vie de souverain, Taragaï se montre magnanime : il le traite avec égards, lui et son épouse (également captive). Mieux, il autorise la libération de nombreux chrétiens valdaques faits prisonniers après la bataille, en reconnaissance de leur courage.
Cela n'empêchera pas le « suicide passif » du Sultan déchu, « mort de chagrin » en 1403.
Après cette retentissante victoire, l'Empire taragaïde termine le siège de Tchubuk, et s'empare de la ville. Elle subira le même sort que Sévaste... : pour un total de 40 000 citadins exterminés.
Mais la furie turco-mongole ne s'arrête pas là. A l'automne 1402, prolongeant son épopée en Marquézie, Taragaï sème la terreur dans toute la région (alors une des plus prospères). A l'ouest, il arrive aux portes de la capitale et plus grande ville de l'empire solimanide vaincu : Bursa. Sa valeur stratégique n'a d'égal que sa valeur symbolique : il s'agit ni-plus ni-moins de la pointe occidentale de la Route de la Soie qui relie Orient et Occident, autrement dit son terminus, tourné vers la Dytolie. Centre textile (richissimes soieries -soie naturelle venant de Ventélie-, broderie), de l'artisanat (coutellerie et carrosserie), et de la culture (somptueux palais, école théologique renommée), un véritable trésor se cache derrière ses remparts.
L'investissement, les trébuchets et mangonneaux en finissent rapidement.
C'est ainsi qu'après avoir été décapité, le Sultanat solimanide voit sa capitale économique, culturelle et universitaire prise, mise à sac, incendiée et dépeuplée. Les Syiro-qarlouks de Taragaï érigent sur les ruines de la malheureuse capitale, vingt-et-une pyramides de 10 000 crânes chacune.
La chute de Bursa (avec la mort du captif Bayézid l'année suivante) fera sombrer le Sultanat dans la guerre civile.
Hier si puissant, cet empire dont le seul nom du Sultan suffisait à effrayer toute la civilisation occidentale... est anéanti en quelques mois à peine par des « barbares » orientaux. Il mettra un demi-siècle à s'en relever.
Il n'est pas absurde de prétendre que Taragaï sauva Constance, et permis aux puissances chrétiennes de se redresser lors de cette « traversée du désert » solimanide.
Dans son sillage en Estolie musulmane, Taragaï installe de nouveaux feudataires placés sous sa suzeraineté : le long de la côte céruléenne, il restaure les vieux beylicats jadis sous suzeraineté syire (Aydin, Menteshe, Saruhan, Hamid, Germiyan, Karaman), tandis que plus à l'est, il accorde à ses alliés turcomans un autre grand beylicat, dédié aux Aq Qoyunlu, ou « moutons blancs ». Et ce n'est pas fini : à la fin de l'automne, Taragaï s'empare de l'antique cité [d’Éphèse rp], qu'il transforme en QG régional. Connaissant la sinistre réputation des envahisseurs, la population turque avait massivement déserté la ville avant son arrivée.
Quant à [Smyrne rp], grande cité de la côte céruléenne, défendue par deux citadelles rivales qui s'opposaient depuis 70 ans, à savoir celle du port, occupée par les chevaliers chrétiens (hospitaliers), et celle dite de « velours », tenu par les turco-musulmans solimanides... est prise, et rasée par Taragaï en décembre. Aussi bien les chrétiens du célèbre Ordre que les turco-musulmans sont massacrés jusqu'aux derniers.
Printemps 1403 : maître incontesté de toute la Marquézie, Taragaï quitte la Cérulée et retourne à Tchardjou, dans son Karmalistan natal. Il ne laisse derrière lui, en Marquézie, que terreur, chaos et désolation. Sur le chemin du retour, il ravagera encore 700 bourgs, chacune de leurs populations massacrée.
Assujettir par la terreur l'Ala-Tau, la Ciskormalie, le Dahar, l'Ashurdabad, la Shukténie, la Marquézie perse et arabe, vassaliser par la terreur les khanats de Touranie australe jusqu'aux confins occidentaux du Sengaï et du Liang, ainsi que les beylicats du Marharb, semer le chaos par la terreur dans l'Eashatri entière et toute la Marquézie, vaincre et humilier tour à tour trois des plus grandes puissances mondiales de l'époque, raser des villes entières de la Ventélie jusqu'à la Cérulée, de la Natolique jusqu'au cœur de la Janubie, exterminer 20 millions de personnes (selon les estimations des historiens et démographes)... ne suffisaient pas à Taragaï.
Son nouvel objectif : vaincre les dernières grandes puissances qui lui échappaient encore, à savoir les royaumes du Daliang des Wei (Liang) et du Kaiyuan.
Un jour de décembre, après avoir préalablement collecté toutes les informations transmises par ses espions sur l'appareil militaire ennemi, la topographie et même sa culture, puis noué une alliance avec ses « vieux frères » Syirs de Touranie, Taragaï, 68 ans, réunit ses meilleurs tümens depuis Orkodyr (la deuxième grande cité transkormalienne), et lance son expédition militaire contre le Kaiyuan.
Quand soudain, divine surprise, le vieux conquérant est mortellement frappé par la peste à Otrar (ou Turarband, parfois appelée Farab, au sud de la Touranie) et y laisse la vie.
Le Kaiyuan est sauvé.
C'est ainsi que s'achève l'extraordinaire épopée du plus grand criminel de l'Histoire.
Environ 5% de l'Humanité. Tel est l'effroyable montant de ses tueries. La Terreur chez Taragaï n'avait rien d'un déchaînement instinctif : elle procédait clairement d'une volonté politique, d'une idéocratie qui syncrétise un fanatisme coranique bien particulier (sorte de djihadisme soufi pantouranien) avec l'ancestrale barbarie mongole (extermination préventive afin d'épouvanter les ennemis intérieurs et extérieurs et détruire à la racine tout risque de révoltes ou émergences de puissances rivales).
Sharqoz, Gurkaniya, Empire transkormalien, Khanat djaghataïde, Émirat taragaïde, Sultanat turco-mongol, voire Califat islamique naqshbandi, quelles que soient ses appellations ou désignations, cette entité, malgré son caractère foncièrement terroriste, demeure également dans les mémoires pour avoir fait rayonner la culture karmale depuis son inestimable joyau : Tchardjou, sublime capitale de la Route de la Soie entre Orient et Occident et cœur mystique du supercontinent ptolémaïque.
[img]https://i.imgur.com/G6l5SiA.png[/img]
Taragaï rendant visite à son prisonnier Bayézid après la destruction de son sultanat. Les "barbares" ont triomphé des "civilisés".
(oui, mon avatar sur discord)
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -troisième partie-
1370 à 1507
« Puisqu'il n'y a qu'un Dieu dans l'au-delà, il ne doit y avoir qu'un Roi ici-bas. (2) »
Capitale : Tchardjou
TROISIÈME PARTIE
LA LUTTE POUR LE CALIFAT : MARHARB (turcs-occidentaux solimanides) contre SHARQOZ (turco-mongols taragaïdes)
Au crépuscule du terrible XIVe siècle, après son cortège d'horreurs entre invasions militaires et bactérienne (peste), la Dytolie se retrouve à nouveau confrontée à une menace pourtant disparue depuis deux siècles : l'expansionnisme islamique.
Cette fois-ci, l'étendard du Prophète est brandi par le redoutable Sultanat turc-oghouz des Solimanides (ou "Sultanat oghouz de Marharb"). Entre Cérulée et Marquézie, cette nouvelle grande puissance musulmane, vient d'unir tous les beylicats turcs de la région, avant de bâtir la plus grande armée de l'hémisphère occidental. Avec elle, il s'apprête à partir à l'assaut de l'Occident chrétien.
Face à cette menace inédite, le Pape lance l'alerte et dépêche en Orient une première croisade en 1389, avec la contribution des peuples chrétiens locaux d'Estolie, directement menacés. Cette téméraire expédition débouche sur un échec cuisant. Le Sultanat solimanide se répand dans toute la Marquézie occidentale jusqu'aux portes de la Valdaquie. Sept ans plus tard, en 1396, afin de préserver Constance et la Valdaquie d'un désastre annoncé, une seconde croisade dytolienne est lancée, cette fois-ci plus importante encore : le Pape doit obtenir sa revanche et sauver l'honneur de sa religion. Leurs sont envoyés en renfort des armées entières, assistées par les meilleurs chevaliers de la chrétienté. Dytoliens germaniques, italiques, et même gaéliques, Olténiens, Dobrogéviens, et bien-sûr Estoliens se rassemblent aux confins de la Marquézie septentrionale pour infliger un coup d'arrêt aux Solimanides.
Mais leur bravoure est vaine : c'est une fois de plus un désastre. Les musulmans s'emparent de la quasi-totalité de l'Estolie, tandis qu'une bonne partie de la Valdaquie actuelle est vassalisée (Dobrogévie et Olténie).
Des armées entières rejoignent comme vassales les forces armées du Sultan oghouz. Aux familles estoliennes sous leur joug, les Solimanides arrachent leurs enfants : ils sont réduits en esclavage et convertis de force à l'islam. Ils formeront plus tard les troupes d'élite ("janissaires") du nouvel empire, désormais surnommé "la Sublime Porte".
Le maître de cette superpuissance incontestée, commandant resté invaincu, tacticien de génie vainqueur par deux fois d'immenses coalitions chrétiennes, s'appelle Bayézid. Après avoir vaincu ses rivaux ghâzi oghouz (les ghâzi sont des chefs turcs -ayant fuit les invasions syires du XIIIe siècle- chargés de défendre les frontières de l'Islam), il fera assassiner tous ses adversaires politiques, existants et potentiels... jusqu'à la réunification et au pouvoir suprême. Une fois à la tête d'un royaume réunissant toutes les tribus oghouzes de Marquézie, Bayézid annonce le retour du processus d'islamisation du Monde. Écrasant tour à tour deux coalitions de forces locales chrétiennes et expéditionnaires croisés, il étend son empire sur toute la rive orientale de la Cérulée, en Marquézie occidentale jusqu'au cœur de la Valdaquie vassalisée, et gagne ainsi une réputation immense parmi les musulmans. Son nom suffit à effrayer toutes les cours de Dytolie. De par ses talents militaires et d'administrateur, ainsi que de son caractère sulfureux, colérique et arrogant, on le surnomme désormais « La Foudre ».
[img]https://i.imgur.com/Pk27poO.png[/img]
Bayézid « la Foudre » : le Sultan maître du Marharb, glorieux vainqueur des croisés dytoliens, des Romains d'Estolie et des Valdaques. Leader des musulmans algarbo-céruléens, il est l'ennemi juré de la Papauté.
Alors qu'il assiège « tranquillement » (depuis plusieurs années déjà), la célèbre et millénaire cité de Constance (la capitale estolienne située au cap le plus occidental du pays), Bayézid, se reposant dans son harem, reçoit la visite d'un messager lui annonçant qu'une cité prospère de son empire à l'Est, Sévaste, vient tout-juste d'être attaquée. Jusqu'alors dépourvu d'adversaire à sa hauteur, la menace semble cette fois-ci autrement plus sérieuse que les précédentes : c'est le retour des Mongols, syiro-qarlouks du Sharqoz. Il s'agit là en effet d'un ennemi qu'il connaît bien : d'ethnie relativement cousine (turcisme) et de religion commune (islam), les Syiro-qarlouks sont de redoutables guerriers nomades, héritiers directs du terrible syir du Liang, Djaghataï, et dont les aïeuls étaient justement à l'origine de la destruction de l'empire oghouz du XIIIe siècle (le peuple de Bayézid) et de leur fuite vers l'Estolie.
La raison de ce curieux retournement fratricide, alors que Taragaï aspirait essentiellement à des conquêtes orientales (Ventélie), remonte à un évènement tragicomique.
Quelques années plus tôt, le qarlouk Kharazi-Bourandin, ami personnel de Taragaï, était assassiné au poignard par deux riches turcs oghuz de Sévaste, dont le bey et chef tribal Qara Yussuf, est un indéfectible protégé de l'intrépide sultan Bayezid. Les ambassadeurs de Taragaï, envoyés en toute amitié entre puissances musulmanes pour que justice soit rendue pacifiquement, y sont traités avec mépris : l'arrogant Bayézid, ivre de ses succès militaires, juge bon de les humilier personnellement.
Ô quelle erreur...
[url=https://www.youtube.com/watch?v=9UmfH_cwdwo]Ambiance musicale[/url]
[img]https://i.imgur.com/xGwFdHn.png[/img]
Après avoir semé la terreur et la mort en Marquézie orientale perse, en Marquézie méridionale arabe, en Touranie, en Natolique et en Janubie, l'armée syiro-qarlouke a choisi sa nouvelle cible : le redoutable Sultanat solimanide...
Informé de cette agression, le « Foudroyant » solimanide réagit sans plus attendre : il se rend au plus vite à Sévaste avec son armée.
Mais il est trop tard : Bayézid, du haut de son cheval inquiet et escorté par des milliers d'hommes ahuris, n'y voit qu'un champ de ruines avec pour seul édifice à l'entrée, une gigantesque pyramide de crânes humains.
Le silence est lourd. Le bruit du vent a remplacé le cri des citadins, sans parvenir à évacuer l'odeur pestilentielle des lieux. Le sol, noirci est comme corrompu en profondeur. Les rats pullulent. Les corbeaux et les vautours gypaètes se régalent. Les éclaireurs solimanides lui rapportent que d'autres pyramides de crânes s'élèvent aux quatre coin de la défunte cité. Des têtes arrachés, des monceaux de cadavres, mais pas l'ombre d'un ennemi.
En plus de la perte d'une de ses villes les plus prospères, on lui ramène un autre corps inanimé : celui de son fils aîné.
Fou de rage, le sultan oghouz jure de venger son héritier.
Malgré leurs origines et leur religion commune, allait alors s'affronter deux sociétés, deux philosophies et deux personnalités rivales.
[img]https://i.imgur.com/IoEsMrs.png[/img]
En plus de ces deux visions du monde antagoniques, se rencontrent et se heurtent deux personnalités foncièrement différentes.
Sultan talentueux, Bayezid est un puissant chef de guerre, brave et intrépide. Habile, vivace et rusé à la fois, il est reputé pour sa promptitude, sa vitesse de réaction tant militaire que politique : il frappe comme la foudre, d'où son surnom. Mais il est sûr de lui jusqu'à l'arrogance, et bien souvent colérique. Il est tolérant sur le plan politique, mais extrêmement désagréable à titre personnel, toujours dans l'invective et la confrontation directe.
Taragaï au contraire, est un chef de guerre non-seulement redoutable, mais aussi et surtout prudent. Rusé, il avance lentement, mais sûrement. Il ne prend de décision qu'après une longue et mûre réflexion. Sous couvert d'une imperturbable froideur, il canalyse sa colère, parfaitement maîtrisée, pour un dessein tactique supérieur et une impitoyable détermination. Politiquement, c'est un barbare fanatique qui pratique la plus sanguinaire des terreurs. Personnellement... il est doux comme un agneau.
Bien décidé à devenir Calife, soit maître incontesté de l'ensemble du monde musulman, Bayézid n'avait d'autre choix pour ce faire que d'arrêter la tempête turco-mongole venue de l'Est. Il rassemble donc une armée gigantesque, non-seulement composée de Turcs oghouz musulmans, mais aussi d'alliés arabes et de nombreux vassaux, aussi bien musulmans (qarlouks), que chrétiens (valdaques et estoliens).
L'ultime affrontement entre ces deux géants de l'islam commence.
Mais cette fois-ci, plutôt que d'attendre derrière des murailles (ce qui n'avait jusque-là jamais été une bonne idée), le turco-musulman Bayézid, qui connaît ses ennemis, s'avance de lui-même, afin d'attaquer frontalement les envahisseurs nomades. Mais Taragaï est doté d'un réseau d'informateurs inégalé : cette stratégie du renseignement est elle aussi héritée des Syirs de Djaghataï. Informé par ses espions, « l'Estropié » décide de poursuivre -à toute allure- son périple sanguinaire, s'emparant et détruisant les villes du Sultanat envahi, les unes après les autres, pendant que l'armée de Bayézid le poursuit, toujours à quelques lieues de retard en raison des manœuvres innattendues d'un envahisseur extrêmement mobile.
Ce jeu du chat et de la souris entre les deux armées à travers la Marquézie, volontairement orchestré par Taragaï, eu deux effets. D'abord il épuisa les Solimanides, démoralisé à la vue des pyramides de crânes à l'entrée de chaque cité prise par les barbares orientaux, et permis au mongol/syir de choisir le champ de bataille avec soin.
C'est finalement dans une plaine sèche de la Marquézie, à Tchubuk, en plein été, le 20 juillet 1402, que se livre la bataille décisive entre « la Froudre » (Bayezid) et « l'Estropié » (Taragaï), entre les deux géants de la foi islamique (pour ne pas dire les deux plus grandes puissances mondiales) :
_ d'un côté, les Turcs-oghuz occidentaux, civilisateurs sédentarisés, « oppresseurs tolérants » (solimanides)
_ de l'autre, les Mongols (syirs) et turciques orientaux (qarlouks), barbares nomades, « terroristes fanatiques » (taragaïdes).
En théorie les deux armées qui se font face mobilisent des forces sensiblement équivalentes (autour de 100 000 soldats chacune).
Les Oghouz comptaient surtout des guerriers à pieds, dont les redoutables milices des Janissaires -troupes d'élite de l'empire-, avec l'appui toutefois de cavaliers sipahi et de pas moins de 40 000 chevaliers estoliens et dobrogéviens (ces chrétiens valdaques sont alors les vassaux des Solimanides, ce qui n'enlève rien à leur détermination). Si beaucoup sont épuisés par les manœuvres stratégiques du « Boiteux », les Solimanides demeurent unis, motivés et déterminés en raison notamment de leur solide expérience (et connaissant l'absence de pitié chez leur adversaire...).
En face d'eux, d'innombrable cavaliers nomades turco-mongols, avec quelques supplétifs sibériens natolicains, indo-janubiens, turcomans (turkmènes, tribus qoyunlu) et même arméniens. A noter la présence d'une cinquantaine d'éléphants de guerre venus d'Eashatri. Tous les effectifs taragaïdes n'ont pas pu être alignés pour la bataille en raison du siège de la ville de Tchubuk, qui se déroule au même moment.
Particulièrement téméraire, Bayézid lance les hostilités. Son premier assaut, massif, est stoppé net par les archers de la cavalerie syiro-qarlouke. L'essaim de flèches tuera plusieurs centaines de ses sujets. La bataille commence mal. Pire, alors qu'il prend maladroitement l’initiative, Bayézid perd le contrôle d'un village de la plaine, doté d'un grand puits d'où il tirait l'approvisionnement en eau pour son armée... ce qui le force une fois de plus à modifier ses plans pour récupérer le village et éviter que la soif ne s'empare de ses hommes, combattants dans la poussière et la chaleur. Pendant que Bayézid s'efforce à récupérer ce puits, Taragaï, en grand stratège, fait manœuvrer ses troupes pour prendre l'armée solimanide à revers.
C'est alors qu'enfin, des dizaines de milliers de chevaliers valdaques -vassaux dévoués des solimanides- partent à l'assaut pour désorganiser les lignes ennemies et renverser la situation. Mais... leur charge est brisée par la cavalerie turco-mongole. Comme si cet enchaînement de fiascos ne suffisait pas, une division entière de l'armée turque de Bayézid le trahit : sur sa gauche, les clans turcs qarlouks, dégoûtés par son arrogance, mécontents de la politique fiscale de leur suzerain et séduits par les promesses d'agents subversifs de Taragaï, rallient les forces de ce dernier.
Ces déconvenues successives finissent par semer le chaos dans les rangs solimanides. C'est un désastre. Heureusement pour eux, quelques détachements parviennent à s'enfuir.
Emporté par sa rage alors que son armée se fait assaillir, Bayézid résiste courageusement jusqu'à la fin avec ses derniers janissaires. Quand ceux-ci s'effondrent (ils n'en restent plus que 300), Bayézid, comprenant que tout est perdu, veut sauver sa peau et s'enfuit à cheval. Mais les cavaliers syiro-qarlouks sont trop rapides...
Son cheval tué, lui-même neutralisé et capturé, « la Foudre » est livrée à « l'Estropié ». Lorsque ses guerriers amène le captif royal dans sa tente, Taragaï le Boiteux se met à sourire. Le sultan humilié lui dit : « Tu as tort de te moquer de moi, regarde mon état, cela pourrait aussi bien t'arriver ! ». C'est alors que Taragaï répond : « Je ne me moque pas de toi, mais de l'ironie d'Allah, qui a partagé le destin du monde entre un borgne et un boiteux ! ».
Heureusement, et c'est là une des curieuses exceptions de sa vie de souverain, Taragaï se montre magnanime : il le traite avec égards, lui et son épouse (également captive). Mieux, il autorise la libération de nombreux chrétiens valdaques faits prisonniers après la bataille, en reconnaissance de leur courage.
Cela n'empêchera pas le « suicide passif » du Sultan déchu, « mort de chagrin » en 1403.
Après cette retentissante victoire, l'Empire taragaïde termine le siège de Tchubuk, et s'empare de la ville. Elle subira le même sort que Sévaste... : pour un total de 40 000 citadins exterminés.
Mais la furie turco-mongole ne s'arrête pas là. A l'automne 1402, prolongeant son épopée en Marquézie, Taragaï sème la terreur dans toute la région (alors une des plus prospères). A l'ouest, il arrive aux portes de la capitale et plus grande ville de l'empire solimanide vaincu : Bursa. Sa valeur stratégique n'a d'égal que sa valeur symbolique : il s'agit ni-plus ni-moins de la pointe occidentale de la Route de la Soie qui relie Orient et Occident, autrement dit son terminus, tourné vers la Dytolie. Centre textile (richissimes soieries -soie naturelle venant de Ventélie-, broderie), de l'artisanat (coutellerie et carrosserie), et de la culture (somptueux palais, école théologique renommée), un véritable trésor se cache derrière ses remparts.
L'investissement, les trébuchets et mangonneaux en finissent rapidement.
C'est ainsi qu'après avoir été décapité, le Sultanat solimanide voit sa capitale économique, culturelle et universitaire prise, mise à sac, incendiée et dépeuplée. Les Syiro-qarlouks de Taragaï érigent sur les ruines de la malheureuse capitale, vingt-et-une pyramides de 10 000 crânes chacune.
La chute de Bursa (avec la mort du captif Bayézid l'année suivante) fera sombrer le Sultanat dans la guerre civile.
Hier si puissant, cet empire dont le seul nom du Sultan suffisait à effrayer toute la civilisation occidentale... est anéanti en quelques mois à peine par des « barbares » orientaux. Il mettra un demi-siècle à s'en relever.
Il n'est pas absurde de prétendre que Taragaï sauva Constance, et permis aux puissances chrétiennes de se redresser lors de cette « traversée du désert » solimanide.
Dans son sillage en Estolie musulmane, Taragaï installe de nouveaux feudataires placés sous sa suzeraineté : le long de la côte céruléenne, il restaure les vieux beylicats jadis sous suzeraineté syire (Aydin, Menteshe, Saruhan, Hamid, Germiyan, Karaman), tandis que plus à l'est, il accorde à ses alliés turcomans un autre grand beylicat, dédié aux Aq Qoyunlu, ou « moutons blancs ». Et ce n'est pas fini : à la fin de l'automne, Taragaï s'empare de l'antique cité [d’Éphèse rp], qu'il transforme en QG régional. Connaissant la sinistre réputation des envahisseurs, la population turque avait massivement déserté la ville avant son arrivée.
Quant à [Smyrne rp], grande cité de la côte céruléenne, défendue par deux citadelles rivales qui s'opposaient depuis 70 ans, à savoir celle du port, occupée par les chevaliers chrétiens (hospitaliers), et celle dite de « velours », tenu par les turco-musulmans solimanides... est prise, et rasée par Taragaï en décembre. Aussi bien les chrétiens du célèbre Ordre que les turco-musulmans sont massacrés jusqu'aux derniers.
Printemps 1403 : maître incontesté de toute la Marquézie, Taragaï quitte la Cérulée et retourne à Tchardjou, dans son Karmalistan natal. Il ne laisse derrière lui, en Marquézie, que terreur, chaos et désolation. Sur le chemin du retour, il ravagera encore 700 bourgs, chacune de leurs populations massacrée.
Assujettir par la terreur l'Ala-Tau, la Ciskormalie, le Dahar, l'Ashurdabad, la Shukténie, la Marquézie perse et arabe, vassaliser par la terreur les khanats de Touranie australe jusqu'aux confins occidentaux du Sengaï et du Liang, ainsi que les beylicats du Marharb, semer le chaos par la terreur dans l'Eashatri entière et toute la Marquézie, vaincre et humilier tour à tour trois des plus grandes puissances mondiales de l'époque, raser des villes entières de la Ventélie jusqu'à la Cérulée, de la Natolique jusqu'au cœur de la Janubie, exterminer 20 millions de personnes (selon les estimations des historiens et démographes)... ne suffisaient pas à Taragaï.
Son nouvel objectif : vaincre les dernières grandes puissances qui lui échappaient encore, à savoir les royaumes du Daliang des Wei (Liang) et du Kaiyuan.
Un jour de décembre, après avoir préalablement collecté toutes les informations transmises par ses espions sur l'appareil militaire ennemi, la topographie et même sa culture, puis noué une alliance avec ses « vieux frères » Syirs de Touranie, Taragaï, 68 ans, réunit ses meilleurs tümens depuis Orkodyr (la deuxième grande cité transkormalienne), et lance son expédition militaire contre le Kaiyuan.
Quand soudain, divine surprise, le vieux conquérant est mortellement frappé par la peste à Otrar (ou Turarband, parfois appelée Farab, au sud de la Touranie) et y laisse la vie.
Le Kaiyuan est sauvé.
C'est ainsi que s'achève l'extraordinaire épopée du plus grand criminel de l'Histoire.
Environ 5% de l'Humanité. Tel est l'effroyable montant de ses tueries. La Terreur chez Taragaï n'avait rien d'un déchaînement instinctif : elle procédait clairement d'une volonté politique, d'une idéocratie qui syncrétise un fanatisme coranique bien particulier (sorte de djihadisme soufi pantouranien) avec l'ancestrale barbarie mongole (extermination préventive afin d'épouvanter les ennemis intérieurs et extérieurs et détruire à la racine tout risque de révoltes ou émergences de puissances rivales).
Sharqoz, Gurkaniya, Empire transkormalien, Khanat djaghataïde, Émirat taragaïde, Sultanat turco-mongol, voire Califat islamique naqshbandi, quelles que soient ses appellations ou désignations, cette entité, malgré son caractère foncièrement terroriste, demeure également dans les mémoires pour avoir fait rayonner la culture karmale depuis son inestimable joyau : Tchardjou, sublime capitale de la Route de la Soie entre Orient et Occident et cœur mystique du supercontinent ptolémaïque.
[img]https://i.imgur.com/G6l5SiA.png[/img]
Taragaï rendant visite à son prisonnier Bayézid après la destruction de son sultanat. Les "barbares" ont triomphé des "civilisés".
(oui, mon avatar sur discord)
-
Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/bJzOiyu.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -quatrième partie-
1370/1405 à 1507
De la barbarie aux arts, de la terreur à la science
Capitale : Tchardjou, puis Khunjerab
QUATRIÈME PARTIE : LA RENAISSANCE TARAGAIDE (1)
[img]https://i.imgur.com/g8PeIGJ.png[/img]
Extension maximale du Khanat syiro-qarlouk de Sharqoz ou "empire taragaïde" en 1403-1405 : c'est l'apogée du Karmalistan
[HRP : cette étendue ne fut contrôlée que quelques mois durant, toutes les autres années, la superficie réelle tenue par l'empire à un instant t était bien-entendu très inférieure]
[center][img]https://i.imgur.com/8JujtJI.png[/img]
La "Princesse aînée", Bibi Khanoum, la prestigieuse épouse de Taragaï, descendante mongole/syire en ligne directe de Djaghataï, impératrice influente et protectrice des arts du khanat.[/center]
A la mort de Taragaï, c'est son influente épouse qui obtient de facto la régence. Bibi Khanoum était à la fois pieuse et tolérante, humble et intelligente, protectrice des arts et garante de la stabilité intérieure alors que son mari guerroyait à l'autre bout du monde. Elle était admirée par ses contemporains, aimée de ses proches et de son peuple.
Déjà aux commandes "administratives" depuis plusieurs décennies, la fatigue allait l'emporter elle aussi : ne restant impératrice douairière qu'une année, elle meurt en 1406.
La mort des deux plus grands personnages de l'empire conduit à l'éclatement d'une terrible guerre de succession qui annonce en quelque sorte un mauvais présage, lequel prendra effet un siècle plus tard. En attendant, c'est le petit-fils Khalil Sultan, 22 ans, qui s'empare du pouvoir au détriment du dernier des fils "sains" encore en vie de Taragaï, le pieux Shahrukh (son aîné Miran Shah, père de Khalil Sultan, était tombé dans la folie en 1399).
Le jeune Khalil Sultan régna largement sous l'influence de son épouse, la redoutable Shadmulk. Sous ses "conseils", il rompit avec le Khanat djaghataïde en remplaçant le khagan "fainéant" de la lignée directe, par un taragaïde (la descendance de Djaghataï passa ainsi de "directe" à "indirecte") qui lui était plus proche à titre filial.
Shadmulk, véritable cheffe de l'émirat-khanat, n'est pas mongole/syire. Il s'agit en réalité d'une esclave perse. Ambitieuse, talentueuse et séductrice, elle parvînt à charmer le prince Khalil Sultan. Leur mariage, du vivant de Taragaï, fit scandale. Mais leur amour, finalement sincère, résista à toutes les épreuves... et reçue la bénédiction -quoi qu’après maintes tergiversations- de Bibi Khanoum elle-même !
Mais le décès de Taragaï, puis de l'impératrice douairière, révéla sa soif de pouvoir : elle incita son époux à s'emparer du trône au détriment de Shahrukh. Sa légendaire beauté n'avait d'égale que sa cruauté : impitoyable, elle fait exécuter par milliers tous les opposants politiques, réels, potentiels ou probables de son mari, et instaure un véritable climat de terreur. On la pense folle et on raconte déjà qu'elle boit le sang de ses victimes.
Leur pouvoir (véritable dyarchie) fut ainsi marqué par l'instabilité politique et la disette : son impopularité grandissante précipite le retour en force du prétendant légitime, Shahrukh. Prince froid et ascète, compétent et pieux, celui-ci l'emporte sur le terrain militaire, allant jusqu'à capturer Shadmulk, promettant sa restitution à Khalil Sultan qu'à condition qu'il abandonne le trône. Ce qu'il fît -certainement par amour- en 1409. Son épouse restituée et non-lésée, Khalil Sultan consentit avec elle à devenir gouverneur de province, jusqu'à leur mort en 1411 (elle se suicida peu après son décès, la même année).
[center][img]https://i.imgur.com/LZOLATg.png[/img] - [img]https://i.imgur.com/t2P4Qy8.png[/img]
A gauche, Khalil Sultan, le petit-fils et éphémère successeur, émir-khan du Sharqoz de 1406 à 1409...
...et à droite, son épouse Shadmulk, surnommée la "belle-fille" (épouse du petit-fils de Taragaï), l'esclave devenue tyran[/center]
Emir-khan en 1409, Shahrukh rappelle un descendant légitime et direct de Djaghataï pour occuper la fonction symbolique de Khaghan. La légitimité de l'empire est recouvrée.
Néanmoins, une fois la situation intérieure stabilisée, sa politique change de cap : à la tradition "turco-mongole", conquérante et terroriste de son père, est substituée une politique "islamique" quiétiste, emprunte de sagesse et de diplomatie.
Signe majeur de ce tournant : en 1415, après de nombreuses révoltes populaires, l'Eashatri est définitivement abandonnée. Qui plus est, Shahrukh décide de déplacer la capitale à Khunjerab. Ville des contreforts de l'Ala-Tau qui, sans toutefois faire d'ombre à Tchardjou, continue de se développer.
Shahrukh était réputé extrêmement pieux, parfois jusqu'au pacifisme, jusqu'à s'attacher une réputation de "pudeur excessive". Une religiosité qui paradoxalement, fit craindre de la part de son père Taragaï, un reniement des valeurs syires djaghtaïdes auxquelles il tenait tant, malgré son propre islamisme (quoique davantage "djihadiste"). Ce qui explique la méfiance que son paternel lui voua tout au long de sa vie.
Pourtant, rappelons que Shahrukh avait participé avec succès à la bataille de Tchubuk en Estolie, à la tête de l'aile gauche du dispositif militaire syiro-qarlouk, et qui vit l'humiliante défaite de l'empire des Solimanides.
Autre anecdote significative, alors que Taragaï agonisait, celui-ci exprima de profonds regrets à l'égard de son fils Shahrukh, et ses derniers souhaits furent de le revoir une dernière fois avant sa mort.
Intenables sans perpétrer d'autres massacres, la Marquézie septentrionale et le Marharb (Marquézie occidentale et australe) furent abandonnés. Le soulèvement massif des nombreux Turciques nomades oghouz de l'Ouest, Aq et Qara Qoyonlu (Moutons Blancs et Noirs), contribua largement à cette rétractation territoriale.
Shahrukh parvînt à tenir la majeure partie du Sharqoz (Marquézie orientale, avec Karmalistan et alentours au Nord et à l'Ouest, soit le Sud de la Touranie) en remportant plusieurs victoires décisives face aux tentatives d'incursions oghouzes venues du Marharb. Cette résistance des nomades Qara et Aq Qoyulnu fut acharnée, et se prolongea presque tout le long du règne des Taragaïdes.
Mais les principales menaces venaient de l'intérieur. Non-pas seulement au sein de l'empire, mais surtout parmi ses frères de sang. De nombreuses rébellions, dirigées par des princes taragaïdes jaloux, durent être matées, à plusieurs reprises, au cours de son règne.
En 1426, il fut victime d'une tentative d'assassinat : poignardé par une victime de la politique de son père, celle-ci ne parvînt toutefois pas à lui porter un coup fatal, malgré la profondeur de la plaie. Grâce à la médecine locale, l'une des plus évoluées de l'époque dans le sillage d'Avicenne, Shahrukh se remit de ses blessures en quelques semaines.
Sa réaction fut d'opérer une vaste purge contre les intellectuels de l'empire, avec exécutions, mais surtout exils.
[center][img]https://i.imgur.com/YIVHtZ5.png[/img]
Sharukh, l'émir-khan du Sharqoz de 1409 à 1447[/center]
Néanmoins, malgré ces agitations sporadiques, le règne de Shahrukh fut relativement stable : sa puissance reste intacte, le développement continue, dans une empire relativement prospère.
Ainsi, paradoxalement, malgré l'amorce d'un déclin militaire, l'empire entre dans son âge d'or. C'est la "Renaissance taragaïde".
Le génie du souverain fut, entre-autres, d'avoir su s'entourer des bonnes personnes. Parmi elles curieusement, des membres de sa famille : à commencer par l'impératrice Goharshad, laquelle par ses soutiens prodigues et goûts personnels, rendit possible, aux côtés de son époux, cette renaissance culturelle majeure. Artistes, architectes, philosophes et poètes, mais aussi astronomes, médecins, mathématiciens et ingénieurs affluèrent dans les deux capitales. Respectivement le nouveau siège du pouvoir, Khunjerab, et Tchardjou, l'ancienne capitale politique, alors administrée par leur fils, le prince-savant Ulugh-Beg. Troisième bienfaiteur dans le domaine culturel, son deuxième fils, Baysunghur, un bibliophile tout-aussi respecté.
D'autres figures majeurs ont su par leur extraordinaire talent, conserver leur poste plusieurs décennies. Tels Jalal-ud-din Firuz Shah, commandant suprême de l'armée pendant trente-cinq ans, Ghiyas-ud-din Pir Ali Khwafi, secrétaire suprême pendant trente-et-un ans, et Amir Alika Kokultash, ministre des finances de l'État pendant quarante-trois ans.
Les deux épicentres de la renaissance taragaïde, pôles urbains et économiques majeurs de la Route de la Soie :
__________ Tchardjou (capitale politique de 1370 à 1415)
__________ Khunjerab (capitale politique de 1415 à 1507).
Se développent aussi d'autres cités importantes, comme celle de Karagol, la future capitale du Karmalistan actuel. Les mosquées poussent comme des champignons, et leur architecture représente un syncrétisme entre cultures perse, touranienne (turco-mongole), ventélienne et arabe.
Au premier paradoxe, celui de voir émerger une renaissance culturelle, cela en période de relatif déclin militaire, s'ajoute un second grand paradoxe. Celui d'une islamisation radicale... s'harmonisant avec un essor scientifique sans précédent, et surtout, un pouvoir grandissant de la gent féminine.
L'islamisation s'opère au détriment de la "mongolicité", en particulier dans les domaines judiciaire et militaire : la Sharia se substituant désormais au Yassak en terme de justice, tandis qu'on renonce à toutes nouvelles conquêtes. De plus, la persianisation culturelle s'accélère avec la sédentarisation, éloignant les syiro-qarlouks de leurs vieilles origines nomades. Néanmoins, l'attachement aux illustres aïeuls des peuples des steppes et à leurs coutumes, perdure dans les cœurs, les consciences et les comportements. Caractéristiques de la tradition djaghataïde, le rôle de la femme dans la société, particulièrement respectée, la tolérance religieuse elle aussi typique des syirs, ainsi que le goût de la recherche scientifique, sont tous trois nettement plus prononcées (euphémisme) que dans la plupart des autres pays musulmans, notamment chez les Arabes.
La politique extérieure, outre les conflits avec les nomades qoyunlu à l'Ouest, est dominée par la diplomatie et le commerce. Les relations avec les puissances ventéliennes, alors que Taragaï s'apprêtait à les envahir en 1405, se sont pacifiées jusqu'à la bonne entente : les échanges d'ambassades avec le Kaiyuan et le Daliang des Wei (Liang) se multiplient de part et d'autre. La Route de la Soie connaît une nouvelle période de faste. Au Sud, même après le retrait de 1425, des relations politiques et commerciales subsistent, notamment avec des princes musulmans du nord de l'Eashatri. Même si le contrôle direct n'est plus effectif en Marharb, les beys solimanides qui ont succédé au malheureux Bayézid après sa défaite en 1402, et cherchent à reconstituer la puissance turque, continuent de rendre hommage à l'Emir-khan Shahrukh, qu'ils considèrent toujours comme leur suzerain.
[img]https://i.imgur.com/tsXTXVy.png[/img]
Le Khanat de Sharqoz ou "empire taragaïde", sous le règne de Sharukh (début du XVe siècle).
[center][img]https://i.imgur.com/3vMS0PY.png[/img]
"Joyau de joie", Goharshad, impératrice du khanat taragaïde 48 ans durant, et grande bienfaitrice, au zénith culturel et politique de l'Histoire du Karmalistan.[/center]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -quatrième partie-
1370/1405 à 1507
De la barbarie aux arts, de la terreur à la science
Capitale : Tchardjou, puis Khunjerab
QUATRIÈME PARTIE : LA RENAISSANCE TARAGAIDE (1)
[img]https://i.imgur.com/g8PeIGJ.png[/img]
Extension maximale du Khanat syiro-qarlouk de Sharqoz ou "empire taragaïde" en 1403-1405 : c'est l'apogée du Karmalistan
[HRP : cette étendue ne fut contrôlée que quelques mois durant, toutes les autres années, la superficie réelle tenue par l'empire à un instant t était bien-entendu très inférieure]
[center][img]https://i.imgur.com/8JujtJI.png[/img]
La "Princesse aînée", Bibi Khanoum, la prestigieuse épouse de Taragaï, descendante mongole/syire en ligne directe de Djaghataï, impératrice influente et protectrice des arts du khanat.[/center]
A la mort de Taragaï, c'est son influente épouse qui obtient de facto la régence. Bibi Khanoum était à la fois pieuse et tolérante, humble et intelligente, protectrice des arts et garante de la stabilité intérieure alors que son mari guerroyait à l'autre bout du monde. Elle était admirée par ses contemporains, aimée de ses proches et de son peuple.
Déjà aux commandes "administratives" depuis plusieurs décennies, la fatigue allait l'emporter elle aussi : ne restant impératrice douairière qu'une année, elle meurt en 1406.
La mort des deux plus grands personnages de l'empire conduit à l'éclatement d'une terrible guerre de succession qui annonce en quelque sorte un mauvais présage, lequel prendra effet un siècle plus tard. En attendant, c'est le petit-fils Khalil Sultan, 22 ans, qui s'empare du pouvoir au détriment du dernier des fils "sains" encore en vie de Taragaï, le pieux Shahrukh (son aîné Miran Shah, père de Khalil Sultan, était tombé dans la folie en 1399).
Le jeune Khalil Sultan régna largement sous l'influence de son épouse, la redoutable Shadmulk. Sous ses "conseils", il rompit avec le Khanat djaghataïde en remplaçant le khagan "fainéant" de la lignée directe, par un taragaïde (la descendance de Djaghataï passa ainsi de "directe" à "indirecte") qui lui était plus proche à titre filial.
Shadmulk, véritable cheffe de l'émirat-khanat, n'est pas mongole/syire. Il s'agit en réalité d'une esclave perse. Ambitieuse, talentueuse et séductrice, elle parvînt à charmer le prince Khalil Sultan. Leur mariage, du vivant de Taragaï, fit scandale. Mais leur amour, finalement sincère, résista à toutes les épreuves... et reçue la bénédiction -quoi qu’après maintes tergiversations- de Bibi Khanoum elle-même !
Mais le décès de Taragaï, puis de l'impératrice douairière, révéla sa soif de pouvoir : elle incita son époux à s'emparer du trône au détriment de Shahrukh. Sa légendaire beauté n'avait d'égale que sa cruauté : impitoyable, elle fait exécuter par milliers tous les opposants politiques, réels, potentiels ou probables de son mari, et instaure un véritable climat de terreur. On la pense folle et on raconte déjà qu'elle boit le sang de ses victimes.
Leur pouvoir (véritable dyarchie) fut ainsi marqué par l'instabilité politique et la disette : son impopularité grandissante précipite le retour en force du prétendant légitime, Shahrukh. Prince froid et ascète, compétent et pieux, celui-ci l'emporte sur le terrain militaire, allant jusqu'à capturer Shadmulk, promettant sa restitution à Khalil Sultan qu'à condition qu'il abandonne le trône. Ce qu'il fît -certainement par amour- en 1409. Son épouse restituée et non-lésée, Khalil Sultan consentit avec elle à devenir gouverneur de province, jusqu'à leur mort en 1411 (elle se suicida peu après son décès, la même année).
[center][img]https://i.imgur.com/LZOLATg.png[/img] - [img]https://i.imgur.com/t2P4Qy8.png[/img]
A gauche, Khalil Sultan, le petit-fils et éphémère successeur, émir-khan du Sharqoz de 1406 à 1409...
...et à droite, son épouse Shadmulk, surnommée la "belle-fille" (épouse du petit-fils de Taragaï), l'esclave devenue tyran[/center]
Emir-khan en 1409, Shahrukh rappelle un descendant légitime et direct de Djaghataï pour occuper la fonction symbolique de Khaghan. La légitimité de l'empire est recouvrée.
Néanmoins, une fois la situation intérieure stabilisée, sa politique change de cap : à la tradition "turco-mongole", conquérante et terroriste de son père, est substituée une politique "islamique" quiétiste, emprunte de sagesse et de diplomatie.
Signe majeur de ce tournant : en 1415, après de nombreuses révoltes populaires, l'Eashatri est définitivement abandonnée. Qui plus est, Shahrukh décide de déplacer la capitale à Khunjerab. Ville des contreforts de l'Ala-Tau qui, sans toutefois faire d'ombre à Tchardjou, continue de se développer.
Shahrukh était réputé extrêmement pieux, parfois jusqu'au pacifisme, jusqu'à s'attacher une réputation de "pudeur excessive". Une religiosité qui paradoxalement, fit craindre de la part de son père Taragaï, un reniement des valeurs syires djaghtaïdes auxquelles il tenait tant, malgré son propre islamisme (quoique davantage "djihadiste"). Ce qui explique la méfiance que son paternel lui voua tout au long de sa vie.
Pourtant, rappelons que Shahrukh avait participé avec succès à la bataille de Tchubuk en Estolie, à la tête de l'aile gauche du dispositif militaire syiro-qarlouk, et qui vit l'humiliante défaite de l'empire des Solimanides.
Autre anecdote significative, alors que Taragaï agonisait, celui-ci exprima de profonds regrets à l'égard de son fils Shahrukh, et ses derniers souhaits furent de le revoir une dernière fois avant sa mort.
Intenables sans perpétrer d'autres massacres, la Marquézie septentrionale et le Marharb (Marquézie occidentale et australe) furent abandonnés. Le soulèvement massif des nombreux Turciques nomades oghouz de l'Ouest, Aq et Qara Qoyonlu (Moutons Blancs et Noirs), contribua largement à cette rétractation territoriale.
Shahrukh parvînt à tenir la majeure partie du Sharqoz (Marquézie orientale, avec Karmalistan et alentours au Nord et à l'Ouest, soit le Sud de la Touranie) en remportant plusieurs victoires décisives face aux tentatives d'incursions oghouzes venues du Marharb. Cette résistance des nomades Qara et Aq Qoyulnu fut acharnée, et se prolongea presque tout le long du règne des Taragaïdes.
Mais les principales menaces venaient de l'intérieur. Non-pas seulement au sein de l'empire, mais surtout parmi ses frères de sang. De nombreuses rébellions, dirigées par des princes taragaïdes jaloux, durent être matées, à plusieurs reprises, au cours de son règne.
En 1426, il fut victime d'une tentative d'assassinat : poignardé par une victime de la politique de son père, celle-ci ne parvînt toutefois pas à lui porter un coup fatal, malgré la profondeur de la plaie. Grâce à la médecine locale, l'une des plus évoluées de l'époque dans le sillage d'Avicenne, Shahrukh se remit de ses blessures en quelques semaines.
Sa réaction fut d'opérer une vaste purge contre les intellectuels de l'empire, avec exécutions, mais surtout exils.
[center][img]https://i.imgur.com/YIVHtZ5.png[/img]
Sharukh, l'émir-khan du Sharqoz de 1409 à 1447[/center]
Néanmoins, malgré ces agitations sporadiques, le règne de Shahrukh fut relativement stable : sa puissance reste intacte, le développement continue, dans une empire relativement prospère.
Ainsi, paradoxalement, malgré l'amorce d'un déclin militaire, l'empire entre dans son âge d'or. C'est la "Renaissance taragaïde".
Le génie du souverain fut, entre-autres, d'avoir su s'entourer des bonnes personnes. Parmi elles curieusement, des membres de sa famille : à commencer par l'impératrice Goharshad, laquelle par ses soutiens prodigues et goûts personnels, rendit possible, aux côtés de son époux, cette renaissance culturelle majeure. Artistes, architectes, philosophes et poètes, mais aussi astronomes, médecins, mathématiciens et ingénieurs affluèrent dans les deux capitales. Respectivement le nouveau siège du pouvoir, Khunjerab, et Tchardjou, l'ancienne capitale politique, alors administrée par leur fils, le prince-savant Ulugh-Beg. Troisième bienfaiteur dans le domaine culturel, son deuxième fils, Baysunghur, un bibliophile tout-aussi respecté.
D'autres figures majeurs ont su par leur extraordinaire talent, conserver leur poste plusieurs décennies. Tels Jalal-ud-din Firuz Shah, commandant suprême de l'armée pendant trente-cinq ans, Ghiyas-ud-din Pir Ali Khwafi, secrétaire suprême pendant trente-et-un ans, et Amir Alika Kokultash, ministre des finances de l'État pendant quarante-trois ans.
Les deux épicentres de la renaissance taragaïde, pôles urbains et économiques majeurs de la Route de la Soie :
__________ Tchardjou (capitale politique de 1370 à 1415)
__________ Khunjerab (capitale politique de 1415 à 1507).
Se développent aussi d'autres cités importantes, comme celle de Karagol, la future capitale du Karmalistan actuel. Les mosquées poussent comme des champignons, et leur architecture représente un syncrétisme entre cultures perse, touranienne (turco-mongole), ventélienne et arabe.
Au premier paradoxe, celui de voir émerger une renaissance culturelle, cela en période de relatif déclin militaire, s'ajoute un second grand paradoxe. Celui d'une islamisation radicale... s'harmonisant avec un essor scientifique sans précédent, et surtout, un pouvoir grandissant de la gent féminine.
L'islamisation s'opère au détriment de la "mongolicité", en particulier dans les domaines judiciaire et militaire : la Sharia se substituant désormais au Yassak en terme de justice, tandis qu'on renonce à toutes nouvelles conquêtes. De plus, la persianisation culturelle s'accélère avec la sédentarisation, éloignant les syiro-qarlouks de leurs vieilles origines nomades. Néanmoins, l'attachement aux illustres aïeuls des peuples des steppes et à leurs coutumes, perdure dans les cœurs, les consciences et les comportements. Caractéristiques de la tradition djaghataïde, le rôle de la femme dans la société, particulièrement respectée, la tolérance religieuse elle aussi typique des syirs, ainsi que le goût de la recherche scientifique, sont tous trois nettement plus prononcées (euphémisme) que dans la plupart des autres pays musulmans, notamment chez les Arabes.
La politique extérieure, outre les conflits avec les nomades qoyunlu à l'Ouest, est dominée par la diplomatie et le commerce. Les relations avec les puissances ventéliennes, alors que Taragaï s'apprêtait à les envahir en 1405, se sont pacifiées jusqu'à la bonne entente : les échanges d'ambassades avec le Kaiyuan et le Daliang des Wei (Liang) se multiplient de part et d'autre. La Route de la Soie connaît une nouvelle période de faste. Au Sud, même après le retrait de 1425, des relations politiques et commerciales subsistent, notamment avec des princes musulmans du nord de l'Eashatri. Même si le contrôle direct n'est plus effectif en Marharb, les beys solimanides qui ont succédé au malheureux Bayézid après sa défaite en 1402, et cherchent à reconstituer la puissance turque, continuent de rendre hommage à l'Emir-khan Shahrukh, qu'ils considèrent toujours comme leur suzerain.
[img]https://i.imgur.com/tsXTXVy.png[/img]
Le Khanat de Sharqoz ou "empire taragaïde", sous le règne de Sharukh (début du XVe siècle).
[center][img]https://i.imgur.com/3vMS0PY.png[/img]
"Joyau de joie", Goharshad, impératrice du khanat taragaïde 48 ans durant, et grande bienfaitrice, au zénith culturel et politique de l'Histoire du Karmalistan.[/center]
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Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/2Pezn1n.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -quatrième partie (2)-
1370/1405 à 1507
De la barbarie aux arts, de la terreur à la science
Capitale : Khunjerab
QUATRIÈME PARTIE : LA RENAISSANCE TARAGAIDE (2)
Peu avant sa mort, et déjà malade, Shahrukh dû faire face à une nouvelle révolte, celle de son petit-fils Sultan Mukhammad, lui-même fils de Baysunghur, mort quelques années plus tôt. Il eut juste le temps de mater sa rébellion, poussant son petit-fils à l'exil. Une fois son autorité, et la paix, rétablis, il décède de sa maladie en mars 1447. Lui succède alors immédiatement, de fait, son épouse, la très influente impératrice douairière Goharshad.
Le pouvoir politique et militaire est finalement détenu par Ulugh-Beg, fils de Shahrukh et gouverneur de Tchardjou, qui devient émir-khan. Néanmoins, cet astronome et mathématicien était davantage un savant qu'un politique.
Son rôle, durant les 36 ans de son "gouvernorat" comme prince de Tchardjou, puis de son court règne de 2 ans en tant qu'empereur, fut donc surtout scientifique et administratif.
Il contribua d'abord largement à l’embellissement de sa ville (amorcé sous son grand-père Taragaï), et à sa bonne gestion en temps de paix relative. Il orna sa ville de prestigieux monuments, [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=334148#p334148]dont la médersa qui porte son nom au Registon[/url], le [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=347794#p347794]portail/pishtak/iwan principal du Gur Emir[/url], ainsi que de splendides parcs ([url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=349170#p349170]agrandissement de la nécropole de Shohizinda[/url]). Il bâtit également d'autres merveilles à Orkodyr.
Mais sa plus grandiose réalisation n'est pas artistique, mais scientifique : en plus de sa contribution au développement des tables trigonométriques, il dirigea l'équipe d'astronomes et de mathématiciens (un peu plus d'une soixantaine) qui rédigèrent les célèbres tables gurkaniennes, à partir des travaux effectués depuis l'observatoire astronomique de Tchardjou qu'il a lui-même édifié. A partir des instruments de cet observatoire (dont un gigantesque sextant), alors sans équivalent dans le monde et par le passé, on parvînt à calculer avec une relative précision, la position de plus de mille étoiles. La plupart d'entre-elles ont conservé le nom qu'on leur avait alors attribué.
Parmi les membres éminents de cette équipe, trois persans (tojiks) :
_ Qadi-zadeh Rumi, de son vrai nom Salah ad-Din Musa Pasha, originaire de Marharb, et qui, sur conseil de ses professeurs arabes, vînt perfectionner ses études de mathématiques chez les turco-persans de la prestigieuse Tchardjou ; il y devînt ensuite le professeur d'Ulugh-Beg. Il est l'auteur d'ouvrages traitant du sinus, et de théorèmes. C'est avec une précision inégalée qu'il calcula le sinus d'1 degré.
_ Ali Quchtchi, "fils de fauconnier", l'élève d'Ulugh-Beg, qui succèdera au premier comme directeur de l'observatoire. Il est aussi un mutakallim, métaphysicien (philosophe-théologien) des sciences islamiques, chargé de comprendre sa religion par la raison ([url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]kâlam[/url], ou dialectique). A cette fin, on lui doit la retour de l'hypothèse héliocentrique, via son ouvrage "De la dépendance qu'aurait l'astronomie par rapport à la philosophie", dans lequel il y conteste la soi-disant supériorité de l'aristotélisme par rapport à la philosophie naturelle (ensemble des sciences astronomique, physique, chimique et biologique).
_ Al-Kachi, qui, dans son Risala al-mouhitiyy (« Traité de la circonférence », 1424), calcula la valeur de π avec une précision de 16 décimales (3,1415926535897932), battant les deux précédents records historiques : celui du kaiyuanais Zu Chongzhi, avec 7 décimales découvertes en 465 après JC, puis de l'eashe Madhava avec 11 en 1410. Un record qui restera infranchissable pendant 170 ans (!), jusqu'aux travaux de van Ceulen (20 décimales en 1596). Outre ses travaux mathématiques pratiques pour divers domaine dans Miftah al-hisab (« Clé de l'arithmétique »), il a aussi mis au point un calculateur analogique, permettant de faire des interpolations linéaires (opérations très courantes en astronomie). On lui doit enfin, le théorème qui porte son nom, ou "loi (trigonométrique) du sinus", généralisant le célèbre théorème de Pythagore.
Sa contribution à la mise au point de ces tables gurkaniennes provienne directement de ses Khaqani zij ("tables du Grand Khan", travaux astronomiques révolutionnaires, au service de Shahrukh).
Ulugh-Beg, prince-savant humble et curieux, était une personnalité en tous points remarquables. Il détestait particulièrement l'obséquiosité. Il allait jusqu'à commettre des erreurs volontaires lors de ses interventions, reprochant à quiconque n'oserait pas l'informer de cette erreur.
Bien que pieux musulman, il n'hésitait pas à rejeter nombre de vieilles traditions qu'il considérait comme néfastes, et à prôner la recherche et l'amélioration des méthodes et pratiques dans de multiples domaines.
Malgré le grand respect qu'il témoignait tant pour les personnes savantes que pieuses, le "prince astronome" se fit de nombreux ennemis, et pas seulement chez les extrémistes musulmans : les prétendants au trône d'abord (issus de sa propre famille), ainsi que les partisans zélés de la philosophie aristotélicienne, qui ne pardonnèrent pas à Ulugh-Beg et son élève Quchtchi d'en avoir contesté les principaux dogmes. Il fut assassiné par son propre fils Abdu Latif, en 1449.
"Océan de sagesse et de science", Ulugh-Beg est célébré jusqu'à nos jours comme le prince-savant par excellence, symbole d'un Karmalistan pacifique en développement. Honoré en martyr, on l'ensevelit dans un sarcophage.
Abu Latif ne règnera que quelques mois : il sera à son tour assassiné en 1450 par un fidèle d'Ulugh-Beg, qui avait juré de venger son maître.
Après la mort d'Ulugh-Beg, puis la destruction de l'observatoire par des intégristes religieux (qui lui reprochèrent une consommation -pourtant occasionnelle- d'alcool), c'est son élève Ali Quchtchli qui sauva leurs conjoints et inestimables travaux mathématiques et découvertes astronomiques, en les transmettant au reste du Monde (notamment l'Occident) grâce à son long périple vers le Marharb et la Marquézie septentrionale.
La précision de ces tables astronomiques restera inégalée pendant deux siècles.
[center][img]https://i.imgur.com/J8NBXwx.png[/img]
Ulugh Beg, prince-savant de Tchardjou (1409-1447), émir-khan du Sharqoz (1447-1449), bâtisseur, astronome et martyr du Karmalistan[/center]
[quote]« Après cela est venu le plus humble des serviteurs de Dieu, celui qui sent le plus vivement combien il a besoin du secours divin qu'il implore, Ulugh Beg, fils de Shahrukh, fils de Taragaï Gourgân, lointain fils du Grand Khan Djaghataï : que le Très-Haut le rende heureux et lui accorde une fin tranquille ! Dans la nécessité où il se trouve d'appliquer son esprit à des objets divers, désirant suffire aux nombreuses occupations dépendant de la mission qui lui est confiée de veiller aux intérêts des peuples et de préparer aux fils de Caïn des résultats avantageux, suivant l'exigence des individus ; désirant s'élever sur les ailes des hautes pensées, éviter la passion, maintenir l'intégrité de ses décisions, et réunir les mérites de la bonté et de la générosité, il a tourné les rênes de ses efforts les plus énergiques et la bride d'une assiduité rare vers la connaissance des vérités scientifiques et des subtilités philosophiques, de telle sorte qu'avec l'aide de Dieu secourable et clément, et suivant cette maxime « que celui qui cherche péniblement une chose la trouve », le pauvre auteur a su expliquer avec sécurité, en se servant de la plume de l'intelligence et de la réflexion, les obscurités de la science et surtout de la philosophie, qui n'est pas sujette à la poussière des vicissitudes des sectes, ni aux différences des langages selon les temps. » [/quote]
Prolégomènes, Ulugh Beg.
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -quatrième partie (2)-
1370/1405 à 1507
De la barbarie aux arts, de la terreur à la science
Capitale : Khunjerab
QUATRIÈME PARTIE : LA RENAISSANCE TARAGAIDE (2)
Peu avant sa mort, et déjà malade, Shahrukh dû faire face à une nouvelle révolte, celle de son petit-fils Sultan Mukhammad, lui-même fils de Baysunghur, mort quelques années plus tôt. Il eut juste le temps de mater sa rébellion, poussant son petit-fils à l'exil. Une fois son autorité, et la paix, rétablis, il décède de sa maladie en mars 1447. Lui succède alors immédiatement, de fait, son épouse, la très influente impératrice douairière Goharshad.
Le pouvoir politique et militaire est finalement détenu par Ulugh-Beg, fils de Shahrukh et gouverneur de Tchardjou, qui devient émir-khan. Néanmoins, cet astronome et mathématicien était davantage un savant qu'un politique.
Son rôle, durant les 36 ans de son "gouvernorat" comme prince de Tchardjou, puis de son court règne de 2 ans en tant qu'empereur, fut donc surtout scientifique et administratif.
Il contribua d'abord largement à l’embellissement de sa ville (amorcé sous son grand-père Taragaï), et à sa bonne gestion en temps de paix relative. Il orna sa ville de prestigieux monuments, [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=334148#p334148]dont la médersa qui porte son nom au Registon[/url], le [url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=347794#p347794]portail/pishtak/iwan principal du Gur Emir[/url], ainsi que de splendides parcs ([url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=349170#p349170]agrandissement de la nécropole de Shohizinda[/url]). Il bâtit également d'autres merveilles à Orkodyr.
Mais sa plus grandiose réalisation n'est pas artistique, mais scientifique : en plus de sa contribution au développement des tables trigonométriques, il dirigea l'équipe d'astronomes et de mathématiciens (un peu plus d'une soixantaine) qui rédigèrent les célèbres tables gurkaniennes, à partir des travaux effectués depuis l'observatoire astronomique de Tchardjou qu'il a lui-même édifié. A partir des instruments de cet observatoire (dont un gigantesque sextant), alors sans équivalent dans le monde et par le passé, on parvînt à calculer avec une relative précision, la position de plus de mille étoiles. La plupart d'entre-elles ont conservé le nom qu'on leur avait alors attribué.
Parmi les membres éminents de cette équipe, trois persans (tojiks) :
_ Qadi-zadeh Rumi, de son vrai nom Salah ad-Din Musa Pasha, originaire de Marharb, et qui, sur conseil de ses professeurs arabes, vînt perfectionner ses études de mathématiques chez les turco-persans de la prestigieuse Tchardjou ; il y devînt ensuite le professeur d'Ulugh-Beg. Il est l'auteur d'ouvrages traitant du sinus, et de théorèmes. C'est avec une précision inégalée qu'il calcula le sinus d'1 degré.
_ Ali Quchtchi, "fils de fauconnier", l'élève d'Ulugh-Beg, qui succèdera au premier comme directeur de l'observatoire. Il est aussi un mutakallim, métaphysicien (philosophe-théologien) des sciences islamiques, chargé de comprendre sa religion par la raison ([url=https://www.simpolitique.net/viewtopic.php?p=326890#p326890]kâlam[/url], ou dialectique). A cette fin, on lui doit la retour de l'hypothèse héliocentrique, via son ouvrage "De la dépendance qu'aurait l'astronomie par rapport à la philosophie", dans lequel il y conteste la soi-disant supériorité de l'aristotélisme par rapport à la philosophie naturelle (ensemble des sciences astronomique, physique, chimique et biologique).
_ Al-Kachi, qui, dans son Risala al-mouhitiyy (« Traité de la circonférence », 1424), calcula la valeur de π avec une précision de 16 décimales (3,1415926535897932), battant les deux précédents records historiques : celui du kaiyuanais Zu Chongzhi, avec 7 décimales découvertes en 465 après JC, puis de l'eashe Madhava avec 11 en 1410. Un record qui restera infranchissable pendant 170 ans (!), jusqu'aux travaux de van Ceulen (20 décimales en 1596). Outre ses travaux mathématiques pratiques pour divers domaine dans Miftah al-hisab (« Clé de l'arithmétique »), il a aussi mis au point un calculateur analogique, permettant de faire des interpolations linéaires (opérations très courantes en astronomie). On lui doit enfin, le théorème qui porte son nom, ou "loi (trigonométrique) du sinus", généralisant le célèbre théorème de Pythagore.
Sa contribution à la mise au point de ces tables gurkaniennes provienne directement de ses Khaqani zij ("tables du Grand Khan", travaux astronomiques révolutionnaires, au service de Shahrukh).
Ulugh-Beg, prince-savant humble et curieux, était une personnalité en tous points remarquables. Il détestait particulièrement l'obséquiosité. Il allait jusqu'à commettre des erreurs volontaires lors de ses interventions, reprochant à quiconque n'oserait pas l'informer de cette erreur.
Bien que pieux musulman, il n'hésitait pas à rejeter nombre de vieilles traditions qu'il considérait comme néfastes, et à prôner la recherche et l'amélioration des méthodes et pratiques dans de multiples domaines.
Malgré le grand respect qu'il témoignait tant pour les personnes savantes que pieuses, le "prince astronome" se fit de nombreux ennemis, et pas seulement chez les extrémistes musulmans : les prétendants au trône d'abord (issus de sa propre famille), ainsi que les partisans zélés de la philosophie aristotélicienne, qui ne pardonnèrent pas à Ulugh-Beg et son élève Quchtchi d'en avoir contesté les principaux dogmes. Il fut assassiné par son propre fils Abdu Latif, en 1449.
"Océan de sagesse et de science", Ulugh-Beg est célébré jusqu'à nos jours comme le prince-savant par excellence, symbole d'un Karmalistan pacifique en développement. Honoré en martyr, on l'ensevelit dans un sarcophage.
Abu Latif ne règnera que quelques mois : il sera à son tour assassiné en 1450 par un fidèle d'Ulugh-Beg, qui avait juré de venger son maître.
Après la mort d'Ulugh-Beg, puis la destruction de l'observatoire par des intégristes religieux (qui lui reprochèrent une consommation -pourtant occasionnelle- d'alcool), c'est son élève Ali Quchtchli qui sauva leurs conjoints et inestimables travaux mathématiques et découvertes astronomiques, en les transmettant au reste du Monde (notamment l'Occident) grâce à son long périple vers le Marharb et la Marquézie septentrionale.
La précision de ces tables astronomiques restera inégalée pendant deux siècles.
[center][img]https://i.imgur.com/J8NBXwx.png[/img]
Ulugh Beg, prince-savant de Tchardjou (1409-1447), émir-khan du Sharqoz (1447-1449), bâtisseur, astronome et martyr du Karmalistan[/center]
[quote]« Après cela est venu le plus humble des serviteurs de Dieu, celui qui sent le plus vivement combien il a besoin du secours divin qu'il implore, Ulugh Beg, fils de Shahrukh, fils de Taragaï Gourgân, lointain fils du Grand Khan Djaghataï : que le Très-Haut le rende heureux et lui accorde une fin tranquille ! Dans la nécessité où il se trouve d'appliquer son esprit à des objets divers, désirant suffire aux nombreuses occupations dépendant de la mission qui lui est confiée de veiller aux intérêts des peuples et de préparer aux fils de Caïn des résultats avantageux, suivant l'exigence des individus ; désirant s'élever sur les ailes des hautes pensées, éviter la passion, maintenir l'intégrité de ses décisions, et réunir les mérites de la bonté et de la générosité, il a tourné les rênes de ses efforts les plus énergiques et la bride d'une assiduité rare vers la connaissance des vérités scientifiques et des subtilités philosophiques, de telle sorte qu'avec l'aide de Dieu secourable et clément, et suivant cette maxime « que celui qui cherche péniblement une chose la trouve », le pauvre auteur a su expliquer avec sécurité, en se servant de la plume de l'intelligence et de la réflexion, les obscurités de la science et surtout de la philosophie, qui n'est pas sujette à la poussière des vicissitudes des sectes, ni aux différences des langages selon les temps. » [/quote]
Prolégomènes, Ulugh Beg.
-
Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/2Pezn1n.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -cinquième partie-
1370/1405 à 1507
Après la terreur et la science, le chaos.
Capitale : Khunjerab
CINQUIÈME PARTIE : PREMIÈRE PHASE D'UN INEXORABLE DECLIN
Après que justice soit faite avec l'assassinat du parricide Abdu Latif, son cousin (et prisonnier, désormais libéré) Abdallah Mirza lui succède : son règne ne durera pas plus longtemps. En 1451, tout aussi impopulaire que son prédécesseur, il est victime d'une révolte dirigée par Abu Sa'id Mirza, neveu de Khalil Sultan et arrière-petit-fils de Taragaï. Sévèrement réprimée, cette révolte ne doit finalement son succès qu'à l'intervention d'un peuple nomade venu du Nord : les Chaïbans, dirigés par Abul Khaïr Khan. Sa'id Mirza lui en sera reconnaissant : il lui versera une récompense particulièrement généreuse.
[center][img]https://i.imgur.com/t0yDesu.png[/img]
Abu Sa'id Mirza, émir-khan du Sharqoz (règne : 1451-1469)[/center]
Mais alors que l'empire se dota d'un dangereux et imprévisible "allié" au Nord-Est, il vit s'accentuer la menace à l'Ouest des Turciques oghouz, eux aussi nomades : les Kara et Aq Qoyunlu. Conduits respectivement par les redoutables Jihan Shah et Uzun Hasan, les tribus oghouz des "moutons noirs" et "moutons blancs" se constituent en empire qui s'étend sur toute la partie centrale de la Marquézie du Sud, entre Kars et Karmalistan actuels.
A cette nouvelle menace à l'Ouest, s'ajoutent les dissensions dynastiques intérieures qui persistent, avec le soulèvement d'un autre prince taragaïde qui contestait sa légitimité : Yadgar Mukhammad Mirza, fils de Sultan Mukhammad, celui qui s'était révolté contre son propre grand-père Shahrukh en 1446.
Pour ne rien arranger à cette situation explosive, en 1457, Abu Sa'id Mirza, plus que jamais sous l'influence des religieux, fait exécuter son arrière-grand-mère, la respectée et vénérée Goharshad (malgré son grand âge).
C'est ainsi que commence le déclin des Taragaïdes, incessamment tourmentés par leurs divisions intestines, d'origine à la fois dynastique, religieuse et tribale.
En 1458, le puissant empire des Kara-Qoyunlu dirigé par leur plus glorieux conquérant, Muzaffar al-Din Jahan Shah ibn Yusuf, investissent Khunjerab, la mythique capitale taragaïde. Abu Sa'id doit signer un traité humiliant, perdant des pans entiers de son empire à l'Ouest. Ce qui lui permet toutefois de réprimer les révoltes intérieures : une alliance insurrectionnelle de trois autres princes taragaïdes est vaincue à la bataille de Sarakh en 1459. Ce qui à son tour, permet à Sa'id Mirza de se tourner à nouveau vers l'extérieur.
Une campagne militaire est lancée contre les Aq Qoyunlu, vainqueurs des Kara Qoyunlu. L'affrontement décisif a lieu sur les hauteurs de l'Ala-Tau occidental en 1469, c'est la bataille de Qarabagh. C'est une défaite majeure pour les Taragaides, au point qu'ils en perdent leur émir-khan, capturé par Uzun Hasan. Celui-ci, livre son précieux captif à l'insurgé taragaide Yadgar Mukhammad Mirza, alors son allié objectif. Ce dernier, vengeant leur arrière-grand-mère mutuelle, le fait exécuter, et s'empare du pouvoir.
Si le défunt Abu Sa'id Mirza était une sorte de vassal des Chaïbans qarlouks du Nord, son successeur Yadgar Mukhammad était le vassal des Aq Qoyunlu oghouz de l'Ouest.
Ne restait alors de réellement "national" / "taragaïde" et finalement "kormali", que le prince Sultan Husayn Mirza Bayqara, dit plus couramment Husayn Bayqara. Pour combattre ce prince aussi populaire qu'avisé, Yadgar Mukhammad fît appel à son allié / tuteur Uzun Hasan, chef des Oghouz Aq Qoyunlu. Celui-ci dépêcha des troupes commandées par deux de ses fils. Mais le peuple kormali, refusant ce lien de vassalité, soutient Bayqara, et la révolte s'étend largement à la capitale Khunjerab, qui passe finalement sous le contrôle de Bayqara.
Bayqara sera le dernier grand souverain taragaïde. Il n'y en aura pas d'autre.
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -cinquième partie-
1370/1405 à 1507
Après la terreur et la science, le chaos.
Capitale : Khunjerab
CINQUIÈME PARTIE : PREMIÈRE PHASE D'UN INEXORABLE DECLIN
Après que justice soit faite avec l'assassinat du parricide Abdu Latif, son cousin (et prisonnier, désormais libéré) Abdallah Mirza lui succède : son règne ne durera pas plus longtemps. En 1451, tout aussi impopulaire que son prédécesseur, il est victime d'une révolte dirigée par Abu Sa'id Mirza, neveu de Khalil Sultan et arrière-petit-fils de Taragaï. Sévèrement réprimée, cette révolte ne doit finalement son succès qu'à l'intervention d'un peuple nomade venu du Nord : les Chaïbans, dirigés par Abul Khaïr Khan. Sa'id Mirza lui en sera reconnaissant : il lui versera une récompense particulièrement généreuse.
[center][img]https://i.imgur.com/t0yDesu.png[/img]
Abu Sa'id Mirza, émir-khan du Sharqoz (règne : 1451-1469)[/center]
Mais alors que l'empire se dota d'un dangereux et imprévisible "allié" au Nord-Est, il vit s'accentuer la menace à l'Ouest des Turciques oghouz, eux aussi nomades : les Kara et Aq Qoyunlu. Conduits respectivement par les redoutables Jihan Shah et Uzun Hasan, les tribus oghouz des "moutons noirs" et "moutons blancs" se constituent en empire qui s'étend sur toute la partie centrale de la Marquézie du Sud, entre Kars et Karmalistan actuels.
A cette nouvelle menace à l'Ouest, s'ajoutent les dissensions dynastiques intérieures qui persistent, avec le soulèvement d'un autre prince taragaïde qui contestait sa légitimité : Yadgar Mukhammad Mirza, fils de Sultan Mukhammad, celui qui s'était révolté contre son propre grand-père Shahrukh en 1446.
Pour ne rien arranger à cette situation explosive, en 1457, Abu Sa'id Mirza, plus que jamais sous l'influence des religieux, fait exécuter son arrière-grand-mère, la respectée et vénérée Goharshad (malgré son grand âge).
C'est ainsi que commence le déclin des Taragaïdes, incessamment tourmentés par leurs divisions intestines, d'origine à la fois dynastique, religieuse et tribale.
En 1458, le puissant empire des Kara-Qoyunlu dirigé par leur plus glorieux conquérant, Muzaffar al-Din Jahan Shah ibn Yusuf, investissent Khunjerab, la mythique capitale taragaïde. Abu Sa'id doit signer un traité humiliant, perdant des pans entiers de son empire à l'Ouest. Ce qui lui permet toutefois de réprimer les révoltes intérieures : une alliance insurrectionnelle de trois autres princes taragaïdes est vaincue à la bataille de Sarakh en 1459. Ce qui à son tour, permet à Sa'id Mirza de se tourner à nouveau vers l'extérieur.
Une campagne militaire est lancée contre les Aq Qoyunlu, vainqueurs des Kara Qoyunlu. L'affrontement décisif a lieu sur les hauteurs de l'Ala-Tau occidental en 1469, c'est la bataille de Qarabagh. C'est une défaite majeure pour les Taragaides, au point qu'ils en perdent leur émir-khan, capturé par Uzun Hasan. Celui-ci, livre son précieux captif à l'insurgé taragaide Yadgar Mukhammad Mirza, alors son allié objectif. Ce dernier, vengeant leur arrière-grand-mère mutuelle, le fait exécuter, et s'empare du pouvoir.
Si le défunt Abu Sa'id Mirza était une sorte de vassal des Chaïbans qarlouks du Nord, son successeur Yadgar Mukhammad était le vassal des Aq Qoyunlu oghouz de l'Ouest.
Ne restait alors de réellement "national" / "taragaïde" et finalement "kormali", que le prince Sultan Husayn Mirza Bayqara, dit plus couramment Husayn Bayqara. Pour combattre ce prince aussi populaire qu'avisé, Yadgar Mukhammad fît appel à son allié / tuteur Uzun Hasan, chef des Oghouz Aq Qoyunlu. Celui-ci dépêcha des troupes commandées par deux de ses fils. Mais le peuple kormali, refusant ce lien de vassalité, soutient Bayqara, et la révolte s'étend largement à la capitale Khunjerab, qui passe finalement sous le contrôle de Bayqara.
Bayqara sera le dernier grand souverain taragaïde. Il n'y en aura pas d'autre.
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Vladimir Ivanov
[img]https://i.imgur.com/2Pezn1n.png[/img]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -sixième partie-
1370/1405 à 1507
Le chant du cygne
Capitale : Khunjerab
SIXIÈME PARTIE : LE CHANT DU CYGNE
Depuis le meurtre de son illustre prince-savant Ulugh Beg en 1449, l'empire taragaïde avait sombré dans le chaos. Chaos dynastique entre frères, fils et petits-fils, chaos social avec la suprématie des obscurantistes religieux, et chaos politique avec la double-pression étrangère qui prenait en étau le Karmalistan : celle des Turciques oghouz / Turcomans Qoyunlu (Moutons noirs et blancs) à l'Ouest, et celle des Turciques qarlouks Chaïbans au Nord-Est.
Arrière-arrière-petit-fils de Taragaï, ses deux parents descendent du syir Djaghataï. Prince rebelle en lutte contre Abu Said Mirza, il n'était à la tête que d'une force de mille hommes. Le plus souvent traqué, toutes ses interventions se conclurent par de lamentables échecs. Il connut les pires années de sa vie entre 1461 et 1468 : défait, abandonné de tous et condamné à l'errance, il frôla la mort à de maintes reprises. Sa situation désespérée pris fin en 1468, lorsqu'enfin il pu profiter du chaos ambiant semé par les Moutons Blancs, les Aq Qoyunlu, pour reconstituer son armée grâce au soutien d'une population hostile aux influences étrangères, et s'attaquer au successeur d'Abu Said, Yadgar Mukhammad, lui-même poulain d'Uzun Hasan, souverain-conquérant desdits Moutons Blancs.
Bayqara s'empare sans combattre de la capitale Khunjerab le 24 mars 1469, tandis que Yadgar prend la fuite.
Devenu souverain de Khunjerab, il était de jure, celui du Sharqoz, bien que son espace réellement commandé se soit considérablement rétracté au profit de principautés rivales et des conquêtes nomades respectives à l'ouest des Moutons Blancs, et à l'est des Chaïbans.
Pensant pouvoir récupérer une capitale qu'ils lui croient favorable, les fils du défunt Abu Said Mirza, se joignent pour récupérer leur dût : mais une fois aux portes des nouvelles murailles de la cité, ils constatent qu'en plus du soutien populaire, Husayn Bayqara pouvait compter sur l'armée de leur père qui lui avait prêté allégeance. Ils renoncent donc à leur projet et se retirent.
C'est Yadgar, l'assassin d'Abu Said Mirza revendiquant sa succession directe au trône, qui se dresse finalement comme principal ennemi. De retour dans la région de l'Ala-Tau avec une armée largement rebâtie grâce à l'appui des Aq Qoyunlu, il s'apprête à reprendre de force le trône perdu quelques mois plus tôt. Les troupes fidèles à Bayqara prennent les devants en franchissant l'Ala-Tau. Elles sont soutenues par les Chaïbans. La bataille entre les deux prétendants se déroule à Chenaran le 15 septembre 1469, à l'extrémité nord-ouest du Karmalistan. Un conflit qui semble voir s'affronter par procuration deux peuples nomades : les oghouz (turcs occidentaux) Aq Qoyunlu et les qarlouks (turciques orientaux) Chaïbans.
Yadgar est d'abord vaincu, mais l'intervention directe de renforts moutons blancs renversent le cours de la bataille. Yadgar récupère le trône à Khunjerab quelques mois durant au cours de l'été 1470, mais il y est de-nouveau chassé l'automne suivant !
Huseyn Bayqara, assisté par les Chaïbans, revient au contact à cette date et bat cette fois-ci tour à tour Yadgar (qui est exécuté) et les fils d'Abu Saïd revenus tenter leur chance.
La victoire est telle que la guerre civile proprement dite prend fin à la fin de l'année 1470. Ses encombrants alliés chaïbans étaient repartis, mais Bayqara savait qu'ils s'apprêtaient à revenir un jour... avec d'autres intentions.
Pour autant, son empire se stabilisa autour du Karmalistan du Nord-Ouest jusqu'en 1506. Respectueux tant des Chaïbans que de ses anciens adversaires Aq Qoyunlu, les frontières extérieures se stabilisèrent elles-aussi. Souverain "amoureux de Paix et de Justice", aimé du peuple, sa réputation est méritée. Doux et généreux, plein de miséricorde, il mène une politique de pardon pour ses anciens ennemis politiques et d'aide en faveur des démunis. Bien que souffrant de paralysie partielle, il s’évertue à reconstruire sa ville et ses alentours. Admirateur de ses aïeuls Sharukh et Ulugh-Bek, renouant avec les sciences, de nombreuses écoles sont érigées. Khunjerab redevenait l'un des plus importants centres intellectuels du monde musulman.
[center][img]https://i.imgur.com/FAVblb8.png[/img]
Husayn Bayqara, le dernier grand émir-khan du Sharqoz (règne : 1469-1506)[/center]
La prestigieuse cité connut alors d'illustres personnages, tel le célèbre poète soufi de langue persane Djâmî, le grand peintre miniaturiste tojik Bihzâd (professeur du célèbre Doust Mohammad), le calligraphe Sultan 'Ali ou encore les historiens tojiks Mîrkhond et Khondémir.
Abd al-Rahman ibn Aḥmad Nur al-Dîn Gamî Djâmî, dit Djâmî est un érudit formé à Tchardjou, écrivain et poète tojik, soufi de l'école de Naqshband, et l'un des plus célèbres de la culture persane. Conformément à son école de pensée islamique, ses poèmes véhiculent une philosophie d'amour et de tolérance. L'amour est à ses yeux la pierre angulaire indispensable à tout cheminement spirituel. Quiconque n'aime pas, ne peut espérer un rapprochement vers Dieu. Son style original, fin et recherché est encore très apprécié de nos jours : il demeure l'un des poètes les plus populaires du Karmalistan.
[center][img]https://i.imgur.com/OOvmih1.png[/img]
Le poète persan tojik Djâmî, l'un des plus grands de la littérature karmale[/center]
Faisant resplendir la culture persane d'un nouvel éclat, Khunjerab avait aussi son versant turc : le puissant et respecté ministre de Bayqara jusqu'en 1501, Mîr 'Alî Chîr Navoy (1441-1501), grand mécène défenseur de la littérature turque-qarlouke.
Son œuvre la plus célèbre est une réécriture originale du conte tragique Leily et Medjnoun, qui narre un amour impossible, semi-historique, dont est victime un jeune poète en Marquézie il y a fort longtemps. On le surnomme le "Roméro et Juliette oriental".
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[img]https://i.imgur.com/bvbULZx.png[/img]
Mir Alicher Navoy, philosophe et poète turco-iranien, géant de la littérature turcique-orientale (qarlouke) [/center]
[img]https://i.imgur.com/LJ240vO.png[/img] - [img]https://i.imgur.com/iYM5kEe.png[/img] - [img]https://i.imgur.com/uTznSRC.png[/img] - [img]https://i.imgur.com/ggi7rRs.png[/img]
Les miniatures de Bihzad (Taragaï y figure sur les trois premières)
Mais cette nouvelle renaissance taragaïde, était leur chant du cygne. Comme l'émir Bayqara l'avait pressenti, les nomades turcs chaïbans qui l'avaient jadis aidé à prendre le pouvoir, se retourneraient contre lui. Conduits par le khan mongol (syir) Mokhammad Chaïbani, ceux-ci accusèrent le khanat taragaï d'avoir trahi l'héritage culturel et idéologique de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=324654#p324654]Djaghataï[/url]. L'islam "arabo-persan" les avait "ramolli", "dé-turcisé", "occidentalisé", bref, en un mot, sédentarisé. Les Chaïbans se sentaient investis par une mission divine, celle de rétablir au Karmalistan l'islam turco-mongol, l'islam épuré de Taragaï, celui des steppes, celui des ascètes nomades, celui des disciples [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=319326#p319326]marqués de Qobyl (Caïn)[/url].
Le khanat taragaïde, zénith historique du Karmalistan, était né dans [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348476#p348476]le sang et la terreur[/url]. Après un siècle de survie, cet empire déclinant, déchiré par les conflits internes, sociaux et dynastiques, était parvenu malgré ses origines et son instabilité politique, à y fleurir d'innombrables merveilles culturelles tant dans les arts que dans les sciences. Un âge d'or et de lumière, qui allait s'éteindre en quelques mois, submergé par les ténèbres, cette force mystérieuse propre à la steppe et qui sans cesse, tourmente le Karmalistan par la souffrance et la mort.
[center][img]https://i.imgur.com/99YYmtC.png[/img][/center]
Khanat Taragaïde du Sharqoz (Syiro-qarluks musulmans-naqshbandi) -sixième partie-
1370/1405 à 1507
Le chant du cygne
Capitale : Khunjerab
SIXIÈME PARTIE : LE CHANT DU CYGNE
Depuis le meurtre de son illustre prince-savant Ulugh Beg en 1449, l'empire taragaïde avait sombré dans le chaos. Chaos dynastique entre frères, fils et petits-fils, chaos social avec la suprématie des obscurantistes religieux, et chaos politique avec la double-pression étrangère qui prenait en étau le Karmalistan : celle des Turciques oghouz / Turcomans Qoyunlu (Moutons noirs et blancs) à l'Ouest, et celle des Turciques qarlouks Chaïbans au Nord-Est.
Arrière-arrière-petit-fils de Taragaï, ses deux parents descendent du syir Djaghataï. Prince rebelle en lutte contre Abu Said Mirza, il n'était à la tête que d'une force de mille hommes. Le plus souvent traqué, toutes ses interventions se conclurent par de lamentables échecs. Il connut les pires années de sa vie entre 1461 et 1468 : défait, abandonné de tous et condamné à l'errance, il frôla la mort à de maintes reprises. Sa situation désespérée pris fin en 1468, lorsqu'enfin il pu profiter du chaos ambiant semé par les Moutons Blancs, les Aq Qoyunlu, pour reconstituer son armée grâce au soutien d'une population hostile aux influences étrangères, et s'attaquer au successeur d'Abu Said, Yadgar Mukhammad, lui-même poulain d'Uzun Hasan, souverain-conquérant desdits Moutons Blancs.
Bayqara s'empare sans combattre de la capitale Khunjerab le 24 mars 1469, tandis que Yadgar prend la fuite.
Devenu souverain de Khunjerab, il était de jure, celui du Sharqoz, bien que son espace réellement commandé se soit considérablement rétracté au profit de principautés rivales et des conquêtes nomades respectives à l'ouest des Moutons Blancs, et à l'est des Chaïbans.
Pensant pouvoir récupérer une capitale qu'ils lui croient favorable, les fils du défunt Abu Said Mirza, se joignent pour récupérer leur dût : mais une fois aux portes des nouvelles murailles de la cité, ils constatent qu'en plus du soutien populaire, Husayn Bayqara pouvait compter sur l'armée de leur père qui lui avait prêté allégeance. Ils renoncent donc à leur projet et se retirent.
C'est Yadgar, l'assassin d'Abu Said Mirza revendiquant sa succession directe au trône, qui se dresse finalement comme principal ennemi. De retour dans la région de l'Ala-Tau avec une armée largement rebâtie grâce à l'appui des Aq Qoyunlu, il s'apprête à reprendre de force le trône perdu quelques mois plus tôt. Les troupes fidèles à Bayqara prennent les devants en franchissant l'Ala-Tau. Elles sont soutenues par les Chaïbans. La bataille entre les deux prétendants se déroule à Chenaran le 15 septembre 1469, à l'extrémité nord-ouest du Karmalistan. Un conflit qui semble voir s'affronter par procuration deux peuples nomades : les oghouz (turcs occidentaux) Aq Qoyunlu et les qarlouks (turciques orientaux) Chaïbans.
Yadgar est d'abord vaincu, mais l'intervention directe de renforts moutons blancs renversent le cours de la bataille. Yadgar récupère le trône à Khunjerab quelques mois durant au cours de l'été 1470, mais il y est de-nouveau chassé l'automne suivant !
Huseyn Bayqara, assisté par les Chaïbans, revient au contact à cette date et bat cette fois-ci tour à tour Yadgar (qui est exécuté) et les fils d'Abu Saïd revenus tenter leur chance.
La victoire est telle que la guerre civile proprement dite prend fin à la fin de l'année 1470. Ses encombrants alliés chaïbans étaient repartis, mais Bayqara savait qu'ils s'apprêtaient à revenir un jour... avec d'autres intentions.
Pour autant, son empire se stabilisa autour du Karmalistan du Nord-Ouest jusqu'en 1506. Respectueux tant des Chaïbans que de ses anciens adversaires Aq Qoyunlu, les frontières extérieures se stabilisèrent elles-aussi. Souverain "amoureux de Paix et de Justice", aimé du peuple, sa réputation est méritée. Doux et généreux, plein de miséricorde, il mène une politique de pardon pour ses anciens ennemis politiques et d'aide en faveur des démunis. Bien que souffrant de paralysie partielle, il s’évertue à reconstruire sa ville et ses alentours. Admirateur de ses aïeuls Sharukh et Ulugh-Bek, renouant avec les sciences, de nombreuses écoles sont érigées. Khunjerab redevenait l'un des plus importants centres intellectuels du monde musulman.
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Husayn Bayqara, le dernier grand émir-khan du Sharqoz (règne : 1469-1506)[/center]
La prestigieuse cité connut alors d'illustres personnages, tel le célèbre poète soufi de langue persane Djâmî, le grand peintre miniaturiste tojik Bihzâd (professeur du célèbre Doust Mohammad), le calligraphe Sultan 'Ali ou encore les historiens tojiks Mîrkhond et Khondémir.
Abd al-Rahman ibn Aḥmad Nur al-Dîn Gamî Djâmî, dit Djâmî est un érudit formé à Tchardjou, écrivain et poète tojik, soufi de l'école de Naqshband, et l'un des plus célèbres de la culture persane. Conformément à son école de pensée islamique, ses poèmes véhiculent une philosophie d'amour et de tolérance. L'amour est à ses yeux la pierre angulaire indispensable à tout cheminement spirituel. Quiconque n'aime pas, ne peut espérer un rapprochement vers Dieu. Son style original, fin et recherché est encore très apprécié de nos jours : il demeure l'un des poètes les plus populaires du Karmalistan.
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Le poète persan tojik Djâmî, l'un des plus grands de la littérature karmale[/center]
Faisant resplendir la culture persane d'un nouvel éclat, Khunjerab avait aussi son versant turc : le puissant et respecté ministre de Bayqara jusqu'en 1501, Mîr 'Alî Chîr Navoy (1441-1501), grand mécène défenseur de la littérature turque-qarlouke.
Son œuvre la plus célèbre est une réécriture originale du conte tragique Leily et Medjnoun, qui narre un amour impossible, semi-historique, dont est victime un jeune poète en Marquézie il y a fort longtemps. On le surnomme le "Roméro et Juliette oriental".
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Mir Alicher Navoy, philosophe et poète turco-iranien, géant de la littérature turcique-orientale (qarlouke) [/center]
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Les miniatures de Bihzad (Taragaï y figure sur les trois premières)
Mais cette nouvelle renaissance taragaïde, était leur chant du cygne. Comme l'émir Bayqara l'avait pressenti, les nomades turcs chaïbans qui l'avaient jadis aidé à prendre le pouvoir, se retourneraient contre lui. Conduits par le khan mongol (syir) Mokhammad Chaïbani, ceux-ci accusèrent le khanat taragaï d'avoir trahi l'héritage culturel et idéologique de [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=324654#p324654]Djaghataï[/url]. L'islam "arabo-persan" les avait "ramolli", "dé-turcisé", "occidentalisé", bref, en un mot, sédentarisé. Les Chaïbans se sentaient investis par une mission divine, celle de rétablir au Karmalistan l'islam turco-mongol, l'islam épuré de Taragaï, celui des steppes, celui des ascètes nomades, celui des disciples [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=319326#p319326]marqués de Qobyl (Caïn)[/url].
Le khanat taragaïde, zénith historique du Karmalistan, était né dans [url=https://simpolitique.net/viewtopic.php?p=348476#p348476]le sang et la terreur[/url]. Après un siècle de survie, cet empire déclinant, déchiré par les conflits internes, sociaux et dynastiques, était parvenu malgré ses origines et son instabilité politique, à y fleurir d'innombrables merveilles culturelles tant dans les arts que dans les sciences. Un âge d'or et de lumière, qui allait s'éteindre en quelques mois, submergé par les ténèbres, cette force mystérieuse propre à la steppe et qui sans cesse, tourmente le Karmalistan par la souffrance et la mort.
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