Arts en Atis et Ababe

Répondre
the0

Message par the0 »

[center]"Au collège Tanstaoek, le révérend Blesp, chargé de la discipline et des enseignements, était consterné à la vue de ces étudiants qui n'ouvraient qu'avec désinvolture les livres d'apologétique, de théologie et de sciences, pour réserver leur enthousiasme aux romans les plus fougueux. En vingt ans d'enseignement, il n'avait réussi à transmettre sa passion des sciences naturelles et d'Aristote qu'à quelques élèves. Blesp se trouvait tout barbouillé de ce trop-plein de passions et de frémissements lyriques qu'il ne saisissait pas - il se savait ici étranger et la résignation acheva ses dernières onces de motivation à la fin de l'année, lorsqu'il retourna dans son Laagland natal."
L'aventure moderne, Jan Pretorius, 1950

Arts en Atis et Ababe[/center]
the0

Message par the0 »

Les départs lointains, Armand Lasalle, 1899, 1978 pages, première édition Lafont-Royal

[justify]Bernard, jeune collégien de 17 ans, s'apprête à passer ses bachots à la fin de l'année 1893. Son frère Olivier de cinq ans son aîné abandonne au même moment les études de droit pour partir avec Rosaline (dont il est épris d'amour), Stéphane et Marc dans l'intérieur des terres et y rejoindre un village nouvellement fondé où des terres arables peuvent être appropriées moyennant une petite caution. Pour réunir la somme de 130 livres nécessaire à toutes ces dépenses, il décide d'escroquer Olaf Sigmurson, un négociant thorvalien qui traite alors avec son père, notaire de profession à Terreneuve-Ville. L'affaire dégénérant, Olaf Sigmurson, se croyant abusé par le notaire plutôt que par son fils, le fait assassiner avant de prendre le large. La mère de Benard plonge dans une profonde dépression alors qu'au trépas de son mari doit s'ajouter le départ définitif de son fils Olivier pour l'intérieur des terres.

Bernard, plongé dans ce drame familial, ne passe pas ses bachots et préfère mener une vie de bohème avec l'héritage paternel. Il dilapide sa petite fortune en filles de joie, spectacles, soirées passées dans des salons de littérature et mécénats peu judicieux. C'est alors qu'il rencontre Marie-Louise, magnifique jeune fille de son âge nourrissant l'ambition de devenir nonne dans l'un des rares couvents catholiques du pays. Tombant sous le charme irresistible de la future bonne soeur qui le convertit au même moment à la foi catholique la plus pure, il promet que lui aussi rejoindra les ordres pour que leur amour, jamais consommé ni consacré par les liens du mariage, soit la substance du sacrifice inhérent à leur vie cléricale.

Olivier réapparaît dans la vie de Bernard par l'envoi de plusieurs lettres où il fait état de sa parfaite installation agricole et de la vie qui se déroule paisiblement à l'intérieur des terres. La correspondance continuant, Olivier apprend que Bernard compte prendre l'habit. Furieux, l'aîné se rend lui-même à Terreneuve-Ville pour convaincre Bernard de le rejoindre dans sa ferme où il vit bien entouré et dans une parfaite opulence. Bernard cède et accepte de rejoindre Olivier un mois plus tard, lorsqu'il aura réglé toutes ses affaires. Il lègue le peu qu'il reste de l'héritage à sa mère toujours plongée dans le désarroi et annonce à Marie-Louise qu'il ne la reverra plus et que leur engagement romantico-clérical est caduque. Celle-ci, effondrée, se suicide le soir-même. Bernard, bouleversé, part pour la ferme d'Olivier, à trois cent kilomètres de là.

Loin des éloges de son aîné, la ferme est une misérable bicoque, les rendements sont faibles et l'on y vit chichement. Bernard se sent trahi mais accablé par la mort de Marie-Louise et la détresse de sa mère qu'il abandonne, il se résigne à devenir l'adjoint servile de son aîné. Ce dernier bat sa femme Rosaline. Bernard se lie d'amour avec la fille du laitier. Rosaline, folle de jalousie et depuis longtemps dégoûtée par Olivier, met tout en oeuvre pour séduire Bernard et le pousser au fratricide afin de se départir de la violente tutelle de son mari. Bernard, lassé et écoeuré par tous ces gens, abandonne ce qu'il reste de sa famille pour devenir simple ouvrier agricole dans une ferme à plusieurs centaines de kilomètres de là, près des terres indigènes.

Le propriétaire de la ferme tient Bernard en haute-estime et le nomme à de plus nobles responsabilités dans sa grande exploitation. Deux ans plus tard, au décès du propriétaire, Bernard est légataire de la ferme. Devenu mature et fort de caractère, il affronte les difficultés quotidiennes d'un exploitant agricole dans l'intérieur des terres : escarmouches avec des bandits nègres, miséreux venant proposer leurs bras inutiles, solitude loin de toute ville. Il se marie à une fille d'un fermier proche, mais est sauvagement abattu par des indigènes quelques jours après la naissance de son deuxième enfant.[/justify]
--------------------------------------
Ce roman faramineux de près de deux mil pages est considéré par beaucoup comme l'oeuvre majeure de la littérature atisababienne. Profondément romantique et passionnée, elle lie les problématiques de la fougue de la jeunesse, de l'amour, de la recherche de la foi, de la famille, de l'aventure, et dresse un portrait difficile mais formidablement viril et héroïque des hommes partis des villes pour aller loin dans les terres y construire leur propre vie. Traduite dans huit langues, c'est l'oeuvre la plus vendue après la Bible en Atis-Ababe et sa lecture est incontournable durant les études classiques. Les départs lointains est la pierre angulaire de l'identité littéraire atisababienne.
Armand Lasalle (1839-1920) est un écrivain terreneuvois. Principalement connu pour son magnum opus, il a néanmoins écrit de nombreux autres ouvrages littéraires (dont L'Alméra en 1880, Lettre à une inconnue en 1902, Les brigands du fleuve Nègre en 1918, ainsi que six recueils de poème et deux tragédies. C'est aussi un homme de lettres engagé pour l'identité des nations blanches, qui a produit de nombreux articles défendant la séparation des cultures et la sauvegarde des identités.
the0

Message par the0 »

L'astérisme de tes yeux, Jan Hallije, 1952, 389 pages, première édition Koning

[justify]Valentijn, jeune musicien de Nuwestad, joue dans les restaurants et les piano-bars des airs de jazz et de blues pour plaire aux dandies petits-bourgeois. Ceux-ci, fatigués du romantisme et de la politique, se désintéressent de toutes les problématiques sociales et culturelles et prônent un hédonisme en dilettante. Valentijn se laisse emporter dans ce monde alors qu'il tombe amoureux de Madelien, de son vrai nom indigène Mumba, une jeune Métisse entretenue par un vieux marchand d'arts d'une soixantaine d'années, Bregje Kristensen, qui l'entretient et la prostitue dans son groupe d'amis bien placés.

Devenu un parfait dandy, Valentijn est ramené à la réalité lors de la restauration du service militaire obligatoire suite à de brèves révoltes indigènes à l'intérieur des terres. Affaibli par ses années de légèreté et de mondanités, il se montre d'une grande inutilité dans son régiment et est sujet aux pires brimades. Les autres jeunes conscrits, de jeunes gaillards venus des campagnes zanyaaner, l'humilient régulièrement moralement et sexuellement. Un jour, son régiment est appelé à maîtriser une ultime révolte dans les territoires du fleuve Nègre. Incapable de se battre, il est sauvé in extremis d'une embuscade par Madelien qui a secrètement suivi les trajets de son convoi.

Valentijn tente de déserter avec l'aide de Madelien et de fuir pour le Lito voisin avant de prendre un bateau pour l'Alméra. Mais les garde-frontières l'arrêtent deux kilomètres avant la démarcation, et Valentijn et Madelien sont traduits devant les juridictions. Valentijn est condamné à dix ans d'emprisonnement dans les prisons militaires. Déshonoré, son père le répudie et le déshérite. Il se suicide dans sa cellule trois mois après son incarcération.[/justify]
--------------------------------------
Ce roman prend certainement de grandes libertés avec la bonne morale atisababienne. Un petit-bourgeois devenu dandy, qui s'entiche d'une Métisse... description de scènes de violence homosexuelle... la désertion, puis le déshonneur familial. Loin de la glorification romantique, cet ouvrage verse plutôt dans la licence bohème. Très mal reçu, L'astérisme de tes yeux ne sera réhabilité que dix ans plus tard par un essai de Jochum Valke, qui vante les mérites de l'ouvrage et insiste pour sa réédition par lui préfacée. Il commente :
"Loin des fantasmes d'une liberté illimitée que nous vendent certains modernes, L'astérisme de tes yeux de Jan Hallje propose la seule version noble et romantique de la liberté, celle de la liberté en contraste avec la contrainte. Ce n'est pas une liberté libertaire, mais une liberté profondément rebelle qui ne se limite pas petitement à sa propre rebellion, comme si le medium pouvait se réduire au medium. C'est donc une liberté porteuse de sens, qui propose une expérience individuelle. Cette expérience individuelle à contre-courant social est nécessairement condamnée, réprimée, désavouée. Et c'est dans des passages d'un lyrisme fameux - et d'une tragédie déchirante (la mobilisation, les brimades, la désertion, la condamnation, le suicide) - que Jan Hallje nous montre que la rebellion n'est pas une fin en soi, et que la contrainte est noble puisqu'elle produit un espace de désobéissance qui ouvre d'autres chemins. C'est une liberté qui fait sens. Poussée à l'extrême, l'oeuvre de Jan Hallje nous ferait presque vouloir d'une dictature, pour y trouver une liberté encore plus rare, et donc davantage sublimée. C'est un ouvrage conservateur et révolutionnaire, qui promeut les traditions, les fondements, les normes, la rigidité, pour engendrer une liberté d'autant plus grande, en contraste avec la sévérité des règles."
Répondre

Retourner vers « Atis-Ababe »